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 Va, gamine...

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MBS

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Localisation : Toulouse
Date d'inscription : 31/10/2007

MessageSujet: Va, gamine...   Lun 25 Jan 2010 - 22:39

Va, je sais bien que les paroles d’un vieux croulant comme moi, ça ne te fait ni chaud ni froid. Je crois bien que j’ai connu ça moi aussi à une époque. Cette ivresse de vivre, ce besoin de tout découvrir, de jouer aux jeux les plus dangereux juste pour se prouver qu’on n’a pas peur. Mais qu’importe, j’essaye…
Il fut un temps pas si lointain où les mots qui quittaient ma bouche vers toi ne faisaient pas le voyage pour rien. Oh certes tu n’entendais pas tout, tu ne comprenais pas toujours ce que je voulais dire et, surtout, tu n’obéissais pas forcément sans quoi tu n’aurais pas acquis ta belle réputation de tête de mule. Mais au moins tu faisais cet effort immense d’écouter, de te placer en face de moi en me regardant comme un animal regarde l’eau à laquelle il vient s’abreuver. Je pense bien t’avoir appris quelques trucs comme ça, en jouant sur ta fierté, en pariant sur ta mémoire. Il me suffisait de t’interroger quelques minutes plus tard pour vérifier que tu avais retenu. Puis, petit à petit, nous sommes passés à des questions plus graves, à des problèmes qui te tourmentaient. C’était toujours de grands « pourquoi » auxquels j’essayais de mon mieux d’apporter une réponse… mais il n’y en avait pas toujours : il y a des choses qui ne s’expliquent pas, il y a des parts d’humanité qui sont avant tout inhumaines et auxquelles je ne sais donner un sens.
Et puis, tu t’es fermée. Comme une huître jalouse de sa perle de nacre. Comme un tombeau clos sur le cadavre de ta première vie. L’adolescence. La frontière invisible entre l’enfance et l’âge adulte. Plus rien ne t’allait. Tout le monde était contre toi. Les mots que tu nous balançais étaient comme des agressions préventives. Comme pour dire « Ne venez pas me chercher ! ». Il paraît que c’est l’âge où il faut réussir quand même coûte que coûte à maintenir le contact… Alors on s’est accroché, on a continué à parler, à te dire… Et quelque part, au détour de ces conversations à une seule voix, il y avait un rire ou un silence éloquent ou une franche bouderie qui montraient que, quand même, le message était passé… Et puis, il t’arrivait de sortir de ton rôle de grande frustrée pour te retremper dans ce que tu étais avant. Avant les seins qui pointent et les mois qui se mettent à ne plus avoir que 28 jours. Avant de devenir une quasi femme…
Mais voilà aujourd’hui, c’est Berlin dans la maison. Plus rien ne passe. Ta langue de vopo tire sur tout ce qui bouge. Ton frère, le chien, ta mère, la couleur du papier peint… Et tu réclames dans des hurlements de folle furieuse « un peu de liberté ». Cette liberté, tu vas l’acquérir et on ne peut rien contre ça. C’est la loi et la loi n’a jamais tort… Elle est juste parfois un peu ambitieuse, un peu trop optimiste.
Ta liberté elle a le visage de cette fille ; elle a sa voix à l’autre bout du téléphone, ses mots sur l’écran de l’ordinateur ; elle a ses manières rugueuses et nerveuses, son profil de folasse déjantée. Fais gaffe ma chérie, fais gaffe ! Ce qu’elle te propose du haut de ses vingt-deux ans, ce n’est pas la vie. C’est sa vision à elle de la vie !... Une vision bizarre où les personnes sont systématiquement rangées, étiquetées, valorisées ou dévalorisées selon l’utilité qu’elles lui apportent. Je te vois sans arrêt te ruer à ses côtés quand tu l’invites à la maison, quand je te laisse devant le ciné. C’est toujours la dernière que tu embrasses quand je te récupère. Mais l’as-tu seulement passée au travers du regard hypercritique que tu balayes sur nous ? As-tu relevé ses incohérences ? Ses discours à l’emporte-pièce où elle se contredit sans cesse ? As-tu vu qu’elle ne te garde près d’elle que pour mieux te broyer ? Tu es devenue son jouet. Tu es en train de devenir son clone. Et ça, tu vois, c’est quelque chose que je ne parviens pas à supporter. Parce que tu avais, parce que tu as tout pour être une fille formidable. Parce que tu as en toi quelque chose d’unique qui brille, qui brûle et qui nous use le regard à force de chercher à le distinguer encore. Ne perds pas ce qui faisait ta force ! Ne perds pas ce qui faisait notre fierté ! Reste toi-même et ne va pas fracasser ta vie sur le mur d’une incroyable suceuse d’amour.
Ces mots je les écris sans savoir si tu les liras. Tu ne les aurais pas écoutés de toute manière. Là, je me dis que peut-être… Peut-être qu’ils porteront… Peut-être que tu rouvriras les yeux en te disant que changer ça n’est pas rompre, qu’évoluer ça n’est pas trahir, qu’être ça n’est pas qu’exister.
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