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 Le jeu du texte sur image

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Romane
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MessageSujet: Le jeu du texte sur image   Mer 3 Fév 2010 - 2:34

Puisque vous semblez avoir envie de vous prêter aux jeux d'écriture, voici un intermède entre deux défis ;

Je vous propose une image. Le jeu consiste à écrire un texte selon ce qu'elle vous inspire. Vers ou prose, dialogues ou pas, longueur à volonté. Lâchez-vous, c'est le moment.


*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*
"Bonjour, je suis Romane, alors je m'appelle Romane, c'est pour ça que mon pseudo c'est Romane."
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MessageSujet: Re: Le jeu du texte sur image   Mer 3 Fév 2010 - 3:12

Fracassé ! L'éclair pressurisant avait joué dans les fenêtres, puis, les avait brisées alors que le vent, plaintif, laissait échapper des notes qu'on eut dit empruntées à un Chopin particulièrement mélancolique. J'erre depuis... oh ! au moins tout le temps que les fenêtres sont restées sans carreaux ! J'ai survolé les jours comme une âme en peine, puisque l'amant peine. J'étais là, simplement. J'étais là, parce qu'il fallait bien être quelque part. Mais c'est où, c'est quoi, c'est quand, c'est comment "quelque part" ? Rien qu'un endroit entre le bout du nez, et le bout du monde.

Alors, on se fixe, comme quelques secondes noyées dans toute une vie. Que dire sur cet endroit ? Rien qui fasse sens, en vérité. Une ruine croulante, avec vue sur désert. Depuis un illustre moment, déjà, d'odieuses masses métalliques, creusées par la rouille, s'étaient effondrées sur l'ombre qui n'était plus que moi-même. J'accroche et j'éclate ! Ici, sur un plancher de verre brisé, j'écope l'opale sous la semelle convexe de mes bottes sculptées. Ici, j'envole ses branches d'acier chromatogènes, et je cours sur la rampe de l'escalier passablement détruit. Je m'éffondre à mon tour, et pourtant, c'est si bon ! L'ineffable équité, véritable jouissance de la patience des fils d'Hermès !

Alors je rebondis, dodelinant doucement en plumes d'aubes, d'épines. Et tombant, heureux dans l'infinité bleue de l'onyx incrusté de ses diamants vivants dans ce qui n'est pourtant, aux yeux de tous, qu'un mastodonte de ciment et de métal.

Jamais je n'aurais douté de l'issue. J'y suis, enfin ! Et j'aurais fait le même choix si ce tas de pierres n'avait du exister que bien plus tard, aprés d'encore plus nombreuses épreuves... puisqu'à vrai dire, celui qui aurait pensé pouvoir empécher sa création n'eut été qu'un fou aveugle. Qui peut faire quelque chose contre ceux qui n'ont rien à perdre ?

Présence du miracle qui renaît, présence bourgeonnière. C'est maintenant que tout commence !
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Romane
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MessageSujet: Re: Le jeu du texte sur image   Mer 3 Fév 2010 - 3:58

C'est maintenant que tout commence.

Dans la déflagration et le bouleversement de l'ordre. Dans l'éparpillement de la bienséance. Dans son démantèlement résolu, sous les tuiles défaites, dans l'échancrure d'un toit qui ne recouvre plus rien si ce n'est le sol, de ses débris.

J'avais accroché trop de tentures, j'avais rempli trop d'albums photos, trop bu de ce thé aux heures anesthésiées, trop écrit, trop dormi, trop arpenté un jour après l'autre, dans l'abrutissement, l'imbécilité, dans la trop sale beauté surfaite, avec en fond de gorge le chat qu'emprisonnaient tous ces mots qui jamais ne voulaient se dire, avec au bout des doigts l'inutilité des sculptures oisives, inexpressives, stupides.

Et l'accordéon, là-bas, tournicotait sa rengaine d'un vieux Paris désenchanté...

C'est maintenant que tout commence. Dans la déconstruction asymétrique, dans le dérangement et le bouleversement à crever les yeux. Le plus fou des jardins perce le sol de son indocilité. Le mien.

Je vis. Je vis.

Ecoute le courant d'air des perce-murailles, son insolence, sa persévérance, sa rébellion en déchirures d'encore un peu à tomber ici ou là, sans calcul ni revendications.

Je vis. Je vis.

*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*
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MessageSujet: Re: Le jeu du texte sur image   Mer 3 Fév 2010 - 4:13

(Il faut que je poste à la suite, ou c'est juste un texte par personne ?)
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Romane
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MessageSujet: Re: Le jeu du texte sur image   Mer 3 Fév 2010 - 4:16

Octopus a écrit:
(Il faut que je poste à la suite, ou c'est juste un texte par personne ?)

Tu peux continuer jusqu'à plus soif. Ta dernière phrase m'a donné l'envie de rebondir, je ne m'en suis pas privée. Que l'écriture soit libre, libre, libre, et toi aussi, mon grand. Ecris autant que tu veux, surtout.

*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*
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MessageSujet: Re: Le jeu du texte sur image   Mer 3 Fév 2010 - 4:48

Il est de ces lieux, certains soirs, certains jours, certaines nuits, certains matins volés, où peau, contours, inhibition vacillent de concert mis à l'épreuve par une même secousse. L'éboulement !

Il est de ces cris enflammés, de ces brasiers tonnants, des ces effondrements qui d'un temps étiolé profitent par fragments. Quand au devant de ruines frontalières installées par notre propre pensée, celles-ci s'aveuglent jusqu'à en faire crever un individu victime de la non-assistance de ses fréres et soeurs.

Alors même qu'ils ne s'en rendent pas compte et s'évertuent à resserer aux mêmes les murs venus de leurs conventions, celle-là même qui les fait avancer.

Alors que je m'égare bien trop souvent, qu'à peine j'ose moi même, que la difficulté de notre monde outre-aspect je ne puis la voir entière je veux y croire ! Il n'est pas de murs qu'on ne saurait abattre, même si par là, il faut détruire l'ensemble.

J'y croyais ! j'avais vu les teintures d'argent de l'aube, accrochées aux murs, avant leur délabrement. Je les avais vu sublimer les tours impériales. Je m'étais de nombreuses fois assis sur ces fauteuils qui traînaient, douillets au coin d'un feu ronronnant, sans trop savoir comment de leur douceur de velours, les étoiles fuient la coloration de cette lumière vive et chaude. Personne n'aurait pu ou n'aurait voulu dire que mon comportement avait éclaboussé de corruption et de vide jusqu'à l'édifice lui-même, à présent détruit.

Je m'en étais chargé... seul... et bien assez tôt. Leur jugement procédurier n'avait été que le reflet extérieur de celui que je m'étais organisé. Faire sauter la structure ! Attendre la fin dans une cellule grise et délabrée -dont la magnificence fânée me laissait dans l'incompréhension la plus totale-, être immolé à l'aube dans ces décombres désertiques, désertées.
Et quoi ?! on venait me sauver ? Quatre fois on était revenu sans tenir compte du moindre refus. Quatre fois on s'était présenté dans ma cellule, vêtu de bleu (ma couleur préférée). Quatre fois on avait escaladé les murs percés de l'immeuble, et on avait fini mains ensanglantées -comme moi lorsque jadis, j'avais fait de même par fierté, lorsque j'étais encore un héros-. Je m'étais efforcé d'effacer toute trace, dormant le jour, vivant la nuit, errant parmi les décombres.
Et ils courraient maintenant, loin de mon destin. Pourquoi ? La question me brûlait les lèvres.
<<-Mais... pourquoi sauver un meurtrier ?
-Ce n'est pas à vous de décider quand vous cesserez d'être un héros.
-Je n'ai rien d'un héros! Je l'étais... autrefois.>>
Je regardai le printemps et je sus ce qui avait toujours été en moi , ce que j'avais rejeté, causant ce flot de désastres.
La lune éclaira mon visage. Finalement , elle parla:
<<-La reconstruction se fait attendre !>>
Elle continua, je la suivis ; oui, je saurai créer, reconstruire. J'y croyais !
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Romane
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MessageSujet: Re: Le jeu du texte sur image   Mer 3 Fév 2010 - 15:07

J'y croyais !

Aux oeuvres inachevées, aux élans de ravaudage, aux élaborations, à la reconstruction après dévastation, aux idées créatrices, à la force d'ériger, de colmater, de balayer les ravages du temps, à recommencer. J'y croyais.

Il suffisait de multiplier les bras et les idées, d'une concertation de groupe, pas n'importe lequel, pas n'importe comment, un de ceux qui rament dans le même sens, vers le même but ; construire.

J'avais toujours pensé que la vie n'aurait aucun sens si l'on s'éparpillait chacun de son côté, chacun tourné vers un chemin divergent de celui des autres, et en cela je ne pensais pas qu'il est nécessaire de créer une unité de pensée, mais plutôt une unité de raison d'être, plutôt positive que réductrice, sans pour autant tuer ce qui fait la particularité de chacun, le trésor en soi que l'on pose en partage sur la table de l'humanité. J'y croyais.

Il ne me serait pas venu à l'idée de m'attaquer à une oeuvre seul dans mon coin, dans la solitude impossible à tenir autrement que dans la déprime. Il ne me serait pas venu à l'idée de me croire capable là où d'autres avaient échoué. Oui, j'y croyais.

Aujourd'hui, mon enfant, je suis vieux, j'ai donné tout mon sang à la vie, j'ai donné tous mes mots, tous mes gestes, j'ai tout donné, je suis au seuil du départ et je ne sais pas ce que je trouverai de l'autre côté. Cela m'est égal, au fond. Il faut savoir prendre ce qui vient quand c'est le moment, ne pas lutter contre les éléments et surtout, oh oui surtout, ne pas espérer refaire le monde, mais le faire, à petits pas, à petites doses, à petits points parmi la grande fresque historique.

Vois comme elle est belle maintenant. Avant elle ressemblait à un chantier en démolition, aujourd'hui elle accueille les oeuvres des plus grands peintres, pendant que les musiciens envolent l'atmosphère au pays des partitions. Vois comme elle flamboie, faite d'un travail collectif, vivante architecture. Elle ne durera qu'un temps, il faudra toujours recommencer mais ce seront d'autres mains, dans un autre temps.

J'y croyais, j'avais raison ; on peut toujours recommencer autrement, rien ne finit jamais si ce n'est soi-même ainsi.

*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*
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Octopus

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MessageSujet: Re: Le jeu du texte sur image   Mer 3 Fév 2010 - 16:03

"La lune éclaira mon visage"...

A la lumière de la lune le verre de la fenêtre n'opposait aucune forme de résistance, il se replaca de lui-même entre les croisillons restaurés. Il n'en allait pas de même pour l'air, lourd, dense, irrespirable... jusqu'à ce qu'une cape vienne heurter l'onde, laquelle remonta jusqu'au tympan, enflant et crépitant pour donner naissance au rugissement du tonnerre. Un second raclement du ciel, accompagné d'un flash : l'écho avait de suite pris la place du phénomène original, pourtant terrible. Son souvenir avait été effacé par l'impression dans l'ambiance générale de son cadet lumineux... effacé par tant de présence, de matérialité en somme. Comme ils l'avaient été.

Je me trouvais dans une pièce d'apparence tordue, passablement ravagée... j'avais froid ! Réparez cette toiture, bon sang ! Peut-être étaient-ce les ombres recouvrant le mobilier minimaliste ou bien la composition de l'ensemble manufacturé dans un bois devenu sec à outrance, vidé de toute âme. Rien ne se dégageait de cet endroit ... rien... rien... La vision de mon ombre projetée par le reflet nocturne m'entraîna...

Pourquoi ? Comment avais-je pu en arriver là ? Partout, tout autour de moi s'agitait une masse qui s'autodétruisait ! La scène avait des airs de fête impie, quelque chose de gai, d'abominable dans cette ardeur, dans la bestialité proche de l'excitation charnelle et d'attirant à la fois par ses délires, ses giclées de sang comme autant de rubis liquéfiés sous le regard des étoiles. L'envie de les rejoindre, de m'unir à eux.

Les cris...c'étaient eux, bien plus lourds que les bruits métalliques qui s'entremêlaient semblables à des détonations cristallines... c'étaient eux qui avaient pu me rejoindre grâce à leur densité, jusqu'au fond de l'abîme où j'avais glissé, lorsque j'avais vu la danse funèbre de ces bourreaux condamnés.

C'était ce qui m'avait sauvé, discours d'une éloquence parfaite, qui s'était détachée des mots. J'eus un autre flash mais me réveillai en sursaut. J'avais encore très froid... Ma première vision fut les feuilles sur fond d'un halo argenté perçant difficilement. Je pleurai, allongé parmi les décombres et je sus que j'étais en vie.
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Rosacée



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MessageSujet: Re: Le jeu du texte sur image   Mer 3 Fév 2010 - 16:10

Tiens donc un restant de civilisation récupérée par la Nature ?
Je n'y croyais pas ! Non !
"Regarde-moi ça ! Vois ce qu'il en est de la civilisation ! Que reste-t-il maintenant ?"

Une empreinte humaine dédiée à ce monde empreint d'une nature sauvage.
Ah, vous voilà bien fait avec vos méfaits. Je vous sens criant sous cette chevauchée muette. Où sont passés tous vos visages, ceux que le travail a achevé. Ceux aux regards livides enfouis dans le vide absolu. Ceux que le temps a effacés, marquant à tout jamais la blessure sur vos corps usés. Voyez l'ancrage de vos sillons. Les fossés creusés en votre chair décharnée. Voici ce qu'il reste : quelques bribes de vous que la végétation, fruits des entrailles de la Terre, doucement vient ronger.

Je parcourais les lieux sans but. J'observais tout ce qu'il restait d'eux. Ceux que je n'ai pas connus. Ceux-là, que l'absence figeait. Ils étaient passés par là. Ils avaient vécu. Ils s'étaient vider pendant des heures, respirant le domaine synthétique. Se fluidifiant de cette énergie atomique. Ils étaient vaincus par la Vie émergeant du sous-sol, celle des ténèbres venant s'offrir aux yeux des vestiges.

Je me promenais parmi les décombres. La tempête était passée par là.
Que restait-il maintenant de moi ?
Je me souviens encore, quand j'étais assise devant la machine, les mains transpirant l'effroi de la besogne, de la douleur. Que reste-t-il de mes souvenirs. Je regarde. Je vois parmi les ignorés, parmi le capharnaüm silencieux, le désastre de ma création : mon Dolmen. Celui de mon imagination, celui de ma cupidité, celui de mon avidité. Le Dolmen du tableau, chef-d'œuvre momifié.

Je viens de te traverser, oh, pièce caricaturale. Et j'y ai vu la beauté de ton toit, l'abri de tes murs, l'ouverture de tes fenêtres, ouverture vers la liberté. J'ai marché sur ton sentier, sur le grain de ta chair, sur les plaies de ta mémoire. Et vois ce qu'il reste aujourd'hui : une lueur figée sur une image. Et le chemin de la vie reprenant possession de son territoire.
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Romane
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MessageSujet: Re: Le jeu du texte sur image   Mer 3 Fév 2010 - 23:53

(Vous êtes fameux, j'adore ! Je dois deux fois merci à Octo parce qu'il m'a fourni la première phrase de chacun de mes deux textes ci-dessus, et un merci à l'atelier théâtre ados, qui m'a quasiment dicté celui ci-dessous)


- Et vous avez trouvé ça tout comme ça ?
- Oui. Effarant, n'est-ce pas ?
- Je ne pensais pas que sa folie l'aurait poussée aussi loin...

Sa folie l'avait poussée plus loin encore. Après avoir renversé le contenu de son sac à main sur la moquette, elle avait perdu les pédales. Dégringolé la pile de CD, les bouquins des étagères, éparpillé les épices dans la cuisine, vidé toutes les bouteilles de vin sur le carrelage, dégommé les piles d'assiettes, les rangées de verres et de bols, arraché les rideaux, fracassé les bibelots contre les murs, déchiqueté les tapisseries, ravagé le contenu des armoires, balancé les chaises contre les meubles, visé les lampes avec ses mocassins, envoyé tout ce qui lui était tombé sous la main à travers les vitres, dépecé les plantes vertes, lacéré les draps et toute sa garde-robe. A coups de hurlements hystériques, elle avait tout détruit, comme ça, dans une force herculéenne, oui comme ça, sans autre raison que celle de sa folie dont elle ne voulait pas entendre parler. On a retrouvé les albums photos en partie brûlés, mais aussi ses manuscrits, et ce qui ressemblait à des lettres. Celles-là, elle les avait aussi maculées de sang. Probablement pendant la tentative de son suicide raté. Quant à elle, elle gisait, méchamment amochée, nue, lardée de blessures qu'elle s'était infligée pendant sa crise de destruction massive. Elle avait même étranglé son chat.

- Sait-on pourquoi elle a fait cela ?
- Sait-on pourquoi on devient fou ?

Non. Personne ne savait quel avait été le facteur déclenchant. Cependant, tout le monde s'est accordé à souligner son incapacité à vivre, tout simplement vivre sans se faire des noeuds au cerveau. Elle accrochait n'importe quel détail dans sa tête, et c'en était obsessionnel, elle y revenait sans cesse, épuisant son entourage pour des queues de cerises. Quand elle ne parvenait plus à attirer l'attention sur ces broutilles, elle montait la pression d'un cran. Un cran plus un cran plus un cran, elle en est arrivé là. Mais dire ce qui s'est produit ce jour là pour qu'elle disjoncte à ce point, personne ne sait.

- Vous voulez dire que tout se passait dans sa tête ? C'est ça ?
- Comment croire autre chose et autrement. Vous penseriez quoi, vous ?
- J'en sais rien...

La maison n'a pas changé depuis le jour du drame. Personne n'a jamais voulu la racheter. Le notaire a classé le dossier, en attendant qu'un jour les autorités demandent la démolition totale, pour cause de risques d'effondrement sur un passant, ou un curieux. Au fond, le drame qui se tisse dans la tête des gens n'a d'importance que s'il atteint la sécurité des autres.

- Mais personne n'a eu l'idée de l'aider ? Je ne sais pas, moi... par exemple, lui offrir un peu d'écoute, une présence, enfin, tout ça, quoi...
- Bien sûr que si. Mais vous savez ce que c'est, il n'y a pas plus sourd que celui qui ne veut pas entendre.
- C'est triste. On n'a rien retrouvé d'intact ?
- Si. Une cocotte en papier, qu'elle tenait serrée entre ses dents.

Un passage en vie fugace, tourmenté. Un passage en cris à destination perdue. Un passage stupide, en quelque sorte.

*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*
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Tryskel
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MessageSujet: Re: Le jeu du texte sur image   Lun 8 Fév 2010 - 19:39

08/02/10

REVE DESAFFECTE



Un décor de rêve, son rêve, celui qui revenait si souvent…

De rêve, vraiment ? Comment peut-on rêver de jachère industrielle?

Lui poser la question, s’était s’entendre répondre :

« Personne ne contrôle ses rêves. J’aime les ruines, sans doute est ce pour cela que j’en rêve.
Et dans ces ruines, j’appelle, celui que j’aime, je l’ai longtemps cherché dans ce rêve avant d’aboutir ici… Je sais qu’il n’est pas loin, mais je ne le vois pas, je crie son nom. Je sais qu’il ne répondra pas… Je dois chercher encore et encore, encore et encore crier, toujours crier… J’ai les mains en sang d’avoir gravi les escaliers branlants…

Et dans ces ruines, au centre de cette dévastation, je trouve une forme d’apaisement. Je sais qu’il est vain de tenter d’aller plus loin pour cette nuit.
Alors, j’écoute les fantômes. Ceux qui ont peiné ici, ceux dont il ne reste que des traces, les murs sont imprégnés de leur force, de leur peine…
Ont-ils souffert face à ces machines dont il ne reste rien ? Non, si on les écoute…
J’entends ceux qui ont travaillé dur, très dur, parler avec fierté de leur travail. L’amour de la belle ouvrage, il s’est dissipé, aspiré par le vortex qui à brisé le plafond de verre. C’est cela que les fantômes déplorent, non leur peine.
Ils disent qu’ils sont trahis, trahis par le goût du lucre, anéantis dans leur essence par l’annihilation de l’humain dans le travail.
Il n’y a plus de travailleurs, la main est méprisée, seul le profit compte, exécuter la besogne le plus rapidement possible. Ce n’est plus de l’ouvrage, c’est de l’abattage…

La main, que fait celle de celui que j’aime depuis qu’il a lâché la mienne ?
Pourquoi est ce que je suis là dans les courants d’air, à regarder « la nature reprendre ses droits » en poussant quelques branches timides dans les crevasses du béton ? Une vie après la vie, une vie végétale dans des débris de bois de métal et de verre.
Les fantômes sont compatissants, ils offrent un verre, comme avant, à la pause de midi. La pause où l’on parlait de tout et de rien, mais surtout de l’ouvrage.
Un verre de rouge, rouge sang, je n’ose pas refuser, pourtant je n’aime pas le rouge.

Ils disent qu’il ne faut pas désespérer, ils savent ce que je cherche…
Ils savent qu’une autre nuit, encore et encore, je reviendrai, dans des ruines, chercher, appeler, crier. Et regarder les bourgeons sur l’arbre obstiné qui s’élève vers la lumière. Les pieds dans le béton, pourtant le béton est stérile, mais l’arbre ne le sait pas, il pousse là, là où une graine, porté par un oiseau est tombée.
J’aime bien les oiseaux, ils sont libres…
Les fantômes disent que les rêves sont libres eux aussi. Que leurs rêves rencontrent le mien. »

Ils souhaitent bonne quête à la rêveuse.

Comment peut-on rêver de ruines et de fantômes sans avoir peur ? Comment peut-on rêver qu’on cherche si on ne cherche pas éveillé ?
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Rosacée



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MessageSujet: Re: Le jeu du texte sur image   Mar 9 Fév 2010 - 11:51

C'est vraiment génial et beau tout ce qu'il en ressort de nous au travers d'une simple image.
J'aime beaucoup tous ces textes et ce dernier.
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Tryskel
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MessageSujet: Re: Le jeu du texte sur image   Dim 28 Fév 2010 - 2:14

2ème truc inspiré par la photo...


15/02/10



64 RUE DE PARADIS
REHABILITATION



Cabinet d’Architecture d’Interieur « Welcome Home » 8H30, grande effervescence, ça discute ferme, au point que le chef est obligé d’élever la voix pour ramener le calme.

« Je vois que tout le monde apporte ses idées pour « Rue de Paradis », c’est un joli nom, j’espère qu’il vous a inspiré…
Pas tant que ça ? Pourtant c’est un projet comme on en a rarement.
D’abord, détail non négligeable, depuis 6 ans qu’on l’a sur les bras, on a enfin réussi à le vendre. Condition d’achat, on le réhabilite, selon les critères du client. Ca vous paraît irréalisable, mais on est là pour ça, l’impossible c’est notre job ! On a une réputation à tenir, on la tiendra, d’autant qu’avec la conjoncture, les affaires explosent pas !
Au lieu de râler, déballez vos propositions. Et je veux du neuf, de l’original, de l’inédit…

Il faut tenir compte de ses exigences, que demande t-il ?
Qu’on préserve ce qu’il appelle « L’esprit du Lieu ».
C'est-à-dire ?
Quelque part vous me gavez, faut tout vous expliquer !!!
C’est à dire l’esprit de ceux qui ont travaillé là, c’était une petite usine, il veut conserver cette idée de travail, pigé ?
Pour ça, il veut garder un maximum du mobilier restant, au moins ce qui tient à peu prés debout. Bien sûr, il faudra le remettre en état, non, pas « rénover », ni peindre, juste remettre en état, le reste, ponçage, peinture, ils s’en chargeront. On peint juste les murs en blanc et les parties métalliques vert pastel.
Son projet c’est d’habiter et d’en faire un atelier d’artistes, tous les arts.
Donc dégager de l’espace libre, sur 1000m2 carrés, y’a de quoi !
Le reste du mobilier, du simple et fonctionnel ; non ; pas de design,il déteste. De l’ancien, au moins deux d’entre vous doivent se charger des brocantes !

Comment ça il est chiant, il sait trop ce qu’il veut ? Et vous, l’êtes pas chiants ?
Quand des clients ne savent pas ce qu’ils veulent style :
« Ce qui ce se fait de mieux, dans le ton, qu’est ce qui est « tendance », vous râlez, quand on en trouve un qui sait où il va, vous râlez…
Moi, je trouve ça plutôt sympa son idée, ça change des bobos attardés ou des snobinards qui changent tous les 6 mois pour suivre la mode !
Bien sûr, ça paye mieux ces imbéciles, mais j’aime bien son truc !
Pourquoi il a besoin de nous ? Manque de temps, sa date de crémaillère est prévue avec raout de presse, le maire et tout le tintouin, on est invité bien sûr ! Il est en partie subventionné, partie son fric, il vient de faire un héritage. Alors on livre dans les délais. A six, se serait bien le diable si on y arrive pas…

Chauffage ? Solaire. Ben oui sur le toit, tu veux le mettre à la cave ? Alternance verrière et accus, heureusement qu’y en une qui suit ! Il a trouvé dans une récup de démolition deux cheminée de ferme, à installer, et oui, faut qu’elles fonctionnent ! Je vous préviens, c’est de vrais monuments, j’étais avec lui quand il a choisi. Ce qu’il attend au fond ce sont des conseils pour être sûr de pas se planter, et l’installation.

Oui, le plus dingue de ce projet c’est qu’il veut garder le plus grand des arbres ! Il dit qu’il a poussé tout seul dans des conditions difficiles, et qu’il refuse d’abattre ce cadeau de la nature !
Comment on fait ?
Casser le béton autour et mettre de la terre, vous avez vu l’état du sol ? Il raison, c’est un miracle qu’un végétal ait pu s’installer ici ! Recouvrir la terre de billes d’argile et d’écorce de pin, ça fera joli et ça maintiendra l’humidité. Des fleurs autour, je note, je lui demanderais… Au moins d’autes arbres dans des caisses.
Et si l’arbre pousse jusqu’au plafond ? Je lui ai dit, mais avec une hauteur de 10m, on a le temps de voir grandir…
Ca va lui coûter la peau des fesses ? Pas un problème pour lui, il sait compter, au mieux et au plus juste !
Ce qu’il fait ? Il est d’abord écrivain, et non il n’en vit pas. Il est directeur culturel machin, j’ai pas compris son titre exact, d’où le choix du lieu-un loft c’est son rêve- et l’atelier.

Depuis 20 ans que je fais ce boulot, c’est le premier vrai projet insolite que je rencontre, alors on fonce, au boulot et pas de rouspétances…

Comté de Lohéac Guadeloupe (Basse Terre)
Usine sucrière désaffectée depuis les années 80.
Photo exposée sous le titre "Assaut végétal".
C'est une photo de photo, mais c'est regardable!

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HestiaVesta

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MessageSujet: Re: Le jeu du texte sur image   Mar 21 Juin 2011 - 17:00

J'ai eu envie d'essayer. Je ne promets rien, et surtout, ça risque de ne pas correspondre entièrement à l'image, pardonnez moi. Embarassed


Je reviens.

Je veux revenir, là bas, chez moi. Je ne reconnais pas cet endroit, l'extérieur m'est inconnu. Tout est tellement différent... De grand tags sur les murs, des briques éparpillées sur ma terrasse. Ma terrasse ? Non, ce n'est plus la mienne. Ce n'est plus mon endroit, mon jardin secret, ce n'est plus rien pour moi.
J'avance lentement parmi les débris, observant ce lieu où j'ai grandis, ce lieu où je passais mes après midis les plus folles. Mes fleurs, elles sont fanées ! Plus rien n'est pareil depuis que je suis partie. Plus aucun oiseau ne chante, plus aucune gaieté n'est présente.
La porte est ouverte. Non, pas ouverte, plutôt... fracassée. Il n'y a plus de serrure, une partie du bois est déchiquetée. Que cela me fait mal ! Jamais je n'aurais pensé qu'un jour, ce petit coin de paradis deviendrait le repère du Diable. Non, ce n'est pas possible. L'intérieur est... en ruine ! Mais où sont mes meubles, mes affaires ? Des bouts de verres partout, des planches, des briques, mais qu'est-ce que tout ça !? Je ne suis partie que deux ans plus tôt... Tout était si grand, si riche. Pourquoi ? Je ne pensais pas que ma mort pourrait changer un endroit aussi magnifique. Non, même décédée, je ne peux croire ce que je vois. C'était MON endroit, c'était MON paradis sur Terre. Il n'y a plus rien, plus rien du tout !




Je sais, quand on est mort, on ne peut plus marcher, bouger. Mais en fait, l'image m'a fait pensé à un scénario pour une nouvelle. Je n'en dis pas plus, au cas où je l'écrive dans les jours qui viennent. Mais pour la petite explication : imaginez que cette femme est bien morte, qu'elle revient sur les lieux où elle a vécu. C'est une sorte de fantôme. Smile



Dernière édition par HestiaVesta le Mar 21 Juin 2011 - 18:03, édité 1 fois
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Sbreccia



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MessageSujet: Re: Le jeu du texte sur image   Mar 21 Juin 2011 - 17:58

Capharnaum...

Il n’y a plus rien, plus rien du tout. Elle a tout saccagé..
Détruit, déchiqueté jusqu’au moindre souvenir, écrasé les structures, déplacé les pavés, gratté, rogné, griffé à en rugir…
Les murs en sont témoins, l’horreur suinte par les pores des parpaings bouillants de la haine accumulée au cours de ces années à tout jamais perdues.
Aucune larme, aucun regret, aucun remords ne viendra calmer la hargne explosée sous ce toit.
Il ne reste plus qu’à ravaler ses rancœurs comme les débris des meubles éparpillés sur son parcours dévastateur. Renifler les dernières odeurs des rares moments de bonheur au hasard d’un pot de fleur fracturé, d’une persienne éventrée, d’une table fendue comme une plaie purulente.
Tu es le mal, la haine, le mensonge, la malédiction qui plane sur ce lieu, j’en appelle à l’oubli pour ensevelir ces ruines qu’à tout jamais je hais….

P.S: en rebondissant sur la dernière phrase du texte ci dessus, encore un texte plein d'optimisme...
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