Les deux visions sont intimement liées : le côté métier du côté médical, et la dépression de ces patients gravement atteints. Le reportage est bien ficelé, on entre dans un monde tout à fait particulier que nous ne pourrions pas imaginer si nous n'y sommes jamais allés pour visiter un ami, ou si soi-même on n'y a pas été confronté.
Il ressort très fort le caractère "maladie" de la dépression (la vraie, évidemment pas les notions déviantes pour lesquelles il faudrait trouver un autre mot). Du coup, je suis restée sur ma faim (malgré la richesse du document) sur l'accompagnement psychologique. On voit la nécessité d'isoler le patient dans ses périodes de violences extrêmes, les calmants qui lui sont administrés, et quelque part les réponses évasives au sujet de leur sortie (dont on apprend souvent par ailleurs que lorsque certains en ont bénéficié, ils ont récidivé dans la violence auto-destructrice ou violence appliquée à des tiers).
Un truc me chiffonne et pourtant je comprends ce qu'il veut dire : les propos d'un des psy qui dit qu'il a le droit de garder quelqu'un contre sa volonté. Je comprends par rapport au danger que la liberté peut engendrer sur autrui, mais j'ai encore du mal avec le "contre sa volonté". D'ailleurs il exprime la même chose. Cette difficulté et toutes les questions engendrées par ce droit et son application. En fait, ce qui me chiffonne c'est que selon la personnalité du psy, on pourrait imaginer que certains usent de ce droit facilement, par rapport à d'autres qui se poseraient vraiment les bonnes questions et se remettraient en question quant à ce pouvoir dont ils jouissent. Je ne sais pas si "la vérité" existe, ou plus exactement "la solution idéale humainement et éthiquement parlant, justement, puisqu'un autre fil est ouvert au sujet de l'éthique.
Quoiqu'il en soit, on entre là dans un domaine extrêmement complexe d'autant plus qu'il touche le profond de l'humain.
Qu'est-ce qui mène quelqu'un à la dépression, quand on ne parvient pas à en déchiffrer la source ? Bon, ça c'est une question. Mais l'autre, celle qui me vient à l'esprit immédiatement après, c'est : quel parcours psychologique et comment est-il arpentable et arpenté par le tandem psy/patient, afin de mener à quelque sérénité, réconciliation avec soi-même ?
En fait, il existe sans doute plusieurs matérialisations de la dépression, dont celles-ci qui me frappent : l'auto-mutilation, le transfert sur X, ou pas d'agression morale ou physique sur autrui mais un repli hors vie extérieure.
L'auto-mutilation est impressionnante, j'ai d'ailleurs apprécié le passage où il est question de la douleur "positive" (qui fait du bien à l'auto-mutilé) parce que je me posais la question. Je n'en sais pas davantage, il faudrait fouiller et trouver de la documentation à ce sujet.
Le transfert sur X est épouvantable pour celui qui en fait les frais, parce qu'il n'a rien à voir dans l'histoire de celui qui le charge soit de toutes les qualités du monde, soit de toutes les méchancetés possibles et inimaginables. J'introduis ici la notion d'injustice ressentie par la victime de celui qui est lui-même victime de sa propre dépression. Du coup, on pourrait imaginer que deux psy vont avoir du pain sur la planche : l'un pour le dépressif, l'autre pour la victime-objet du dépressif. Car s'il n'est pas confortable d'être dépressif, il n'est pas plus confortable d'être pris pour objet dans une histoire qui n'est pas la sienne à soi.
Le retrait hors vie est aussi épouvantable, car on assiste (pas, puisqu'on ne le voit que très peu et on ne peut imaginer) à une espèce de mort sans mort physique proprement dite, à une absurdité de l'existence, je dirais. Pour ceux qui sont suicidaires, c'est assez vite vu : ils ne supportent pas longtemps ce retrait et mettent un terme à leur vie. Pour les autres, l'enfer peut durer l'éternité...
Il y aurait encore beaucoup à dire, je voudrais quand même laisser la parole aux LUs, quitte à y revenir plus tard, une chose après l'autre la réflexion continue à cheminer.
En tout cas merci luca pour ce lien. Fameux !
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"Il ne suffit pas de dire. Encore faut-il prouver."
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