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 De l’empathie et de son utilisation en pédopsychiatrie.

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Vic Taurugaux

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MessageSujet: De l’empathie et de son utilisation en pédopsychiatrie.   Sam 13 Fév 2010 - 12:52

De l’empathie et de son utilisation en pédopsychiatrie.

Selon les neuro-comportementalistes, l’empathie serait innée chez l’être humain. Bien évidemment, ce postulat demeure une hypothèse d’école qui, comme toute théorie scientifique demande à être validée par de nombreuses expérimentations pratiques.

L’insight ayant conduit ces savants à une telle affirmation est la suivante : ils ont observé que partout dans le monde, quand vous présentez à un nouveau-né en bonne santé un visage humain souriant, l’enfant répond à ce sourire en l’imitant. Le bébé participe à la même émotion que son vis-à-vis. L’image qu’il voit : un être humain heureux, le remplit de bonheur et sa bouche, seul organe moteur capable de répondre à sa volonté reproduit le schème comportemental perçu chez son congénère. Si vous êtes méchants, vous pouvez également proposer à ce même nouveau-né votre visage le plus sombre. Par empathie, le bébé vous imitera car vous l’aurez saturé par votre malheur.

Mais, une seule observation, aussi séduisante soit-elle, n’apaisera jamais le scepticisme atavique de vos confrères scientifiques. Heureusement, les progrès de l’imagerie médicale vous autorisent aujourd’hui une seconde observation. Les scanners et autres IRM nous permettent désormais de visualiser parfaitement les zones corticales et de différencier par de la couleur sur votre écran celles en activité de celles en repos. Ainsi, si je vous caresse le mollet alors que vous êtes tranquillement allongé dans un scanner, la tomographie de votre cerveau mettra en évidence l’activité électrique générée par vos quelques neurones chargés de vous rendre conscient le fait que je vous tripote la jambe. Mais, là où la chose devient intéressante, c’est que ce sont deux zones corticales qui s’allument simultanément en rouge alors que je ne vous touche qu’une seule jambe. Deux petites zones symétriquement disposées dans chacune de vos hémisphères cervicales. Comme si une seule information était traitée concurremment par deux logiciels. Les chercheurs dénomment alors ces cellules nerveuses des neurones miroirs. Heureux de cette découverte, ils poussent l’expérimentation plus loin. Ils ne veulent plus que je vous pelote le genou. A la place, il vous passe un film où vous voyez ma main passant sur un mollet alors que je n’ai plus le droit de me rendre utile. Là, chose terrible, à la vision de ce film, vos neurones miroirs s’allument de la même façon. Je ne vous touche pas, vous voyez une main qui touche un mollet et, pour votre cerveau, vous êtes touché tout pareil !

De là à dire que si je m’absente deux mois, vous vous contenterez bien de mon avatar, j’entends déjà les sceptiques !

Non, ce que met sérieusement en évidence cette observation, c’est que ce sont les mêmes neurones qui traitent à la fois l’information sensitive de ma main sur votre peau que de l’évocation visuelle de celle-ci. Etre touché ou se voir l’être, en quelques sortes se l’imaginer passeraient par les mêmes tuyaux disposés en miroir !

Mais l’empathie humaine va plus loin que de partager entre nous les mêmes sensations, les mêmes émotions. Elle impliquerait aussi les mêmes réponses motrices. En effet, le bébé n’est pas seulement heureux de vous découvrir heureux, son cerveau séduit par votre joie lui commande une réponse motrice : il sourit à son tour ! Et allez sourire quand vous n’avez dans le corps que l’équipement neuro-musculaire d’un enfant de quelques jours, vous imaginez bien la prouesse sportive ! Mais, avec ce sourire plus ou moins réussi le bébé accroche une maman qui n’attendait plus que ça pour réellement devenir mère et là après ! … Bébé est sauvé et je n’ai pas suffisamment de place ici pour vous décrire la réponse maternelle vu qu’elle va durer quelques années !

Donc, le bébé ne va pas se contenter de ressentir ce que les adultes ressentent, il va les imiter dans son comportement, c'est-à-dire que lui aussi va se mettre à penser.


Troisième observation.

Video tournée dans un laboratoire de sciences humaines de l’Université de Berlin par des étudiants en neuro-comportementalisme chargés également de valider la théorie s’ils espèrent un jour avoir leur diplôme.

Prenez un bébé plus vieux qu’un nouveau-né d’environ dix-huit mois. Placez-le dans une pièce sous l’œil de votre caméra. Pour assurer son équilibre affectif, disposez à son côté la plus jolie et douce étudiante que vous trouverez sur le campus. Laissez-les un peu jouer ensemble histoire que l’empathie prenne un peu entre ces deux humains. Pour cela, vous leur aurez fourni comme unique jouet une armoire vide qui ferme ou s’ouvre grâce à une porte. Au moment ou vous voyez qu’ils commencent un peu à s’ennuyer, faites entrer dans la pièce un grand dadais que personne ne connaît mais que vous fournira le même campus avec, dans ces deux mains, une énorme pile de dossiers. Ce grand dadais qui est un peu con vu qu’il est allemand veut alors à tout prix mettre ses dossiers dans l’armoire qui est fermée. Et là, ce pauvre garçon pousse plusieurs fois la porte avec sa pile, mais en vain puisque le battant s’ouvre dans l’autre sens. La porte, il faut la tirer, pas la pousser ! Mais, cet étudiant qui est pourtant en cinquième année de psycho, n’a pas idée de poser sa pile parterre afin de se libérer au moins une main pour tirer sur la poignée. Non, il pousse puis reste là comme un grand couillon immobile à réfléchir de comment il va bien pouvoir ranger tout son barda. L’étudiante ne fait rien, ne présente pas la moindre empathie envers son collègue. Bébé assiste à tout cela. On voit bien qu’il est un peu triste pour ce grand mais pauvre garçon qu’il ne connaît pas. Alors, le bébé se sert de son cerveau plus vite que ce puîné. Il avance vers l’armoire, tire sur la poignée pour ouvrir la porte en grand et retourne vite se réfugier auprès de sa copine. Aussitôt l’étudiant se réanime, il peut désormais poser ses dossiers dans l’armoire. Il le fait et il s’en va ravi, le sourire aux lèvres. L’expérience est concluante, le bébé par empathie a pensé mieux que l’étudiant.

Ce que nous enseigne surtout cette troisième observation, c’est que l’empathie du bébé fonctionne car la scène se déroule dans un cadre affectif suffisamment sécure pour que la pensée émerge plutôt que les pleurs. Dans ce cadre idyllique personnifiée par l’étudiante, un événement fâcheux ce produit : la survenue de l’incompétence d’un adulte. Face à cette cruelle épreuve, l’enfant trouve seul et apporte une solution par empathie.


Le cadre sécure est la base de l’empathie. Un autre chercheur l’a mis en évidence différemment. C’est un professeur américain dont j’ai oublié le nom. Il utilise ces étudiants de première année d’une autre façon. Il divise la classe en deux. La moitié de ses élèves porteront un tee-shirt bleu et seront les gardiens. L’autre moitié habillés en rouge, les prisonniers. Il les informe que pendant les quinze jours de l’expérience la fac sera une prison dans lesquels ils vont vivre ensemble, la preuve, c’est que le professeur a fait installer des barreaux à toutes les fenêtres, dans les salles de classes : des cellules grillagées dont il confie les clés aux gardiens. Après, c’est un peu comme Loft Story, le professeur s’en va, il y a des caméras partout, mais là, les étudiants ne le savent pas. Au bout d’une semaine, le professeur est obligé d’arrêter l’expérience. Les gardiens appliquant la consigne avec un zèle aussi terrifiant qu’insoupçonné. Non seulement, ils enferment consciencieusement leurs prisonniers, mais après les brimades et les humiliations sur leurs camarades, ils en sont arrivés au stade des tortures. Aucun des gardiens ne levant le petit doigt pour critiquer un tant soit peu un autre gardien qui agresse sadiquement un pseudo-prisonnier.

Déontologiquement, on ne peut pas continuer.

Pourquoi, ces jeunes gens et jeunes filles, étudiants en sciences de la relation, qui avaient tout pour sympathiser puisque c’étaient des humains n’éprouvent-ils pas la moindre empathie entre eux et n’utilisent différemment ces deux semaines de vacances pour faire connaissance ?

Et bien, explique le professeur, c’est parce que l’autorité, en transformant leur fac en prison, les a tous placés dans un cadre insécure et stressant.

Cette expérience peut par exemple expliquer le comportement récent de soldats américains ayant eu pour mission de garder en Irak des prisonniers de guerre. Jamais l’état-major ne leur avait demandé de torturer leurs victimes. Juste d’appliquer le règlement militaire régissant une prison en temps de guerre sur le sol ennemi. Mais, il faut croire que l’état-major américain avait sous-estimé le stress imposé à ces soldats.
Le cadre, le « background » dans lequel interagissent les humains est donc essentiel au maintien de l’empathie. Bien sûr, ce cadre, ce n’est pas seulement l’environnement matériel même si celui-ci est important, mais ce cadre est aussi et surtout l’état mental dans lequel vous vous trouvez.
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Vic Taurugaux

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MessageSujet: Re: De l’empathie et de son utilisation en pédopsychiatrie.   Sam 13 Fév 2010 - 12:57

Illustration par un cas clinique en consultation de pédopsychiatrie.

Nathan a deux ans et demi et sa maman nous téléphone sur le conseil d’une pédiatre qui suspecte chez cet enfant une maladie du chromosome X. Pour l’instant, cette aberration n’est encore que virtuelle, le médecin venant juste de prescrire les analyses nécessaires à son diagnostic. Comme c’est moi qui prends cette communication téléphonique, je me permets aussi de demander à cette maman en tant que psychomotricien comment va son enfant en dehors de cette vision purement médicale. Elle me dit alors qu’il est très dur et qu’il ne fait rien que des bêtises. Je demande encore en tant que thérapeute familial qui habite à la maison : un papa, une maman, Nathan et son petit frère Adrien un an et demi. Ils vivent dans un petit hameau de la vallée de l’Isle depuis deux ans. Avant, ils habitaient dans le Nord du côté de Roubaix. Enfin, en tant que membre de l’équipe de pédo-psychiatrie, je dis à la maman que je ne vais pas lui donner un rendez-vous tout de suite, nous sommes plusieurs consultants, je vais parler de son problème jeudi à mes collègues et ensuite, l’un ou l’une d’entre nous la rappellera pour lui proposer de les recevoir.

Le protocole de notre équipe veut que, lorsque nos usagers nous appellent pour une première consultation, la personne de l’équipe qui reçoit l’appel (généralement la secrétaire, mais pas toujours, quand elle est absente comme dans ce cas, un autre membre de l’équipe) inscrive sur une fiche téléphonique les coordonnées du demandeur et l’objet de son appel. Puis, chaque jeudi matin, nous ouvrons en synthèse, le classeur de toutes ces nouvelles demandes collectées durant la semaine afin de nous les répartir. L’orthophoniste préfère toujours que l’enfant soit d’abord vu par le médecin, mais, à cette exception, en fonction de critères dépendant autant des particularités de la nouvelle demande que de nos envies et disponibilités personnelles, le reste de l’équipe réfléchit à qui va recevoir. Il existe actuellement six possibilités. Soit un des trois thérapeutes individuels reçoit seul ce nouveau cas, soit, une des trois équipes de thérapies de familiales reçoit à deux thérapeutes. (Nous vivons encore avec cette vieille utopie de systémiciens qui serait que de découvrir ensemble une même situation dans la même séance nous permettrait de nous forger une représentation commune de la chose alors même que nous avons des professions aussi différentes que pédopsychiatre, psychologue ou psychomotricien).

En ce qui concerne la fiche téléphonique de Nathan, les thérapeutes individuels ne s’y voient pas trop, le médecin psychiatre pense que cette histoire de chromosome X à une connotation trop médicale qui risquerait de l’empêtrer dans sa fonction, restent donc les deux autres équipes de thérapie familiale. Je retéléphone à la maman et puisque cette famille est plus disponible le Vendredi que le Mardi, ce sera l’équipe 3 et dont je fais partie qui la recevra.

La première rencontre est fixée au vendredi 18 décembre à 9h30. Je ne sais pas si vous vous rappelez de cette date, veille des vacances de Noël. Sa particularité est pourtant d’importance : il neige. A peine, j’arrive au CMP, le téléphone sonne. C’est ma collègue qui m’annonce qu’elle ne peut pas venir, bloquée par les intempéries dans sa lointaine campagne. Faut-il alors annuler ce rendez-vous pour respecter notre protocole où recevoir malgré tout ? Le fait que nous travaillons depuis longtemps ensemble et aussi que j’ai déjà de la compassion pour cette maman inquiète m’invite à proposer à ma co-thérapeute une entorse à notre règle : je vais les recevoir seul. Je raccroche et aussitôt le téléphone sonne à nouveau. Ce sont les parents. Ils sont déjà en route mais vu l’état de la circulation, ils m’annoncent qu’ils risquent d’être en retard. Je leur conseille de rester prudents, je peux désormais tout à fait les attendre.

Car, l’attente fait aussi partie de notre travail. C’est là où le psychisme du thérapeute commence à gamberger pour ses clients. Ce sont de jeunes enfants : j’enferme donc dans le placard de la salle de thérapie les trop nombreux jouets qui risqueraient de nous déborder. Je laisse en évidence sur la table basse de notre salon un jeu de dînette et une collection de petites figurines animales. Pas de feutres surtout, ces crayons représentant souvent des armes redoutables dans les mains des pré-scolaires. Je m’assure de la disposition des fauteuils, des petites chaises autour de notre table basse afin de recevoir au mieux mes invités. Je me mets aussi un peu la pression en me rappelant je ne sais plus quel auteur de systémie qui écrit que 50 pour cent d’une thérapie familiale se joue durant le premier quart d’heure. Mais, il est 9h 25, et le portier vient de sonner. La famille est déjà là. Je leur ouvre et les invite à prendre place dans la salle d’attente pendant que je m’enferme dans le secrétariat.

Il existe un éminent professeur de pédopsychiatrie qui s’appelle Guy Ausloos. Il vous enseigne entre autre à distinguer votre fonction de votre rôle que ce soit dans votre famille ou dans votre institution. C’est un enseignement très utile. Mais pour l’heure, seul dans le secrétariat, privé de ma co-thérapeute, si je pense à cet enseignant, c’est surtout parce qu’il est aussi un spécialiste des grands froids : le professeur Ausloos est belge mais depuis plus de vingt ans vit au Québec. Et le Québec, c’est six mois de neige par an. C’est grâce à toute cette neige que ce professeur a inventé pour les thérapeutes familiaux le concept du dépompage. Il faut savoir en effet que, lorsqu’une famille vient nous consulter, un temps de dépompage lui est nécessaire. Il ne faut jamais lui sauter dessus, dixit le professeur, sous prétexte que ce serait l’heure du rendez-vous ou que même, ils seraient en retard. Non, il faut respecter un temps d’attente pour leur permettre de dépomper. Littéralement, dépomper signifie : enlever ses pompes, ses moonboots pleines de neige pour pouvoir pénétrer dans votre bureau sans tout inonder. Mais dépomper signifie également pour une famille, prendre un temps dans la salle d’attente pour y éprouver sa cohésion avant d’affronter cet étranger qui risque fort de bousculer ses rituels intra-familiaux mais qu’elle souhaite néanmoins consulter.

Chez nous, le retrait d’après-skis est très rare aussi généralement le temps de dépompage est employé de la façon suivante. La maman signale grâce à son portable au papa qu’elle est déjà arrivée dans la salle d’attente de la consultation avec les enfants. Le papa lui répond qu’il vient juste de sortir du bureau et qu’il est là dans cinq minutes. Au bout d’un temps très variable, le papa arrive enfin et la maman va aux toilettes. Quand elle revient, c’est au tour du papa de visiter nos WCs. Quand enfin le couple parental se retrouve, la maman qui en plus de son travail, avait conduit puis récupérer les enfants à l’école demande à son conjoint s’il n’a pas oublié ce matin de sortir les croquettes pour le chat. Le papa ment que non, bien sûr, pour qui tu me prends ? La maman voudrait bien aborder alors le sujet du mensonge-poison des couples tout de suite mais, elle préfère réserver ce plat de résistance pour la thérapie et de toute façon un des enfants demande lui aussi à aller faire pipi. Il faut y accompagner le gosse car nos WC peuvent être pour les enfants aussi impressionnants qu’un cabinet de psychanalyste lorsque vous vous y rendez pour la première fois. Donc, utilisant la pensée magique propre aux pères que ceux-ci soient iroquois, ou périgourdins, le papa par un inattendu subterfuge (accompagner enfin une fois le gosse aux Wcs), tente une dernière fois d’échapper à toute ou partie de la thérapie. Alors, c’est seulement quand il est de retour en salle d’attente et qu’enfin la famille s’y trouve réunie, que les thérapeutes peuvent s’y présenter à leur tour pour débuter la consultation. Parfois, il arrive qu’au bout de ce premier temps, il n’y ait plus personne dans la salle d’attente. Ils sont déjà tous partis ! C’est vous dire l’impressionnante puissance thérapeutique de nos murs qui ont pu les guérir sans nous !


La famille de Nathan échappe à ces deux modèles familiaux en ce sens qu’au bout de dix minutes de dépompage, elle n’est toujours ni dehors, ni dedans la salle d’attente. Au sortir du secrétariat pour enfin venir à sa rencontre, je la trouve éparpillée sur toute la consultation. J’avais entendu le bruit des deux parents qui étaient ressortis tour à tour pour retourner à la voiture, puis un même manège vers les WCs avec ou sans enfants, leurs cris pour s’appeler les uns les autres. De trouver un enfant au bout du couloir, son frère dans la salle d’attente, un parent près de la sortie un autre au lavabo des toilettes n’a fait que confirmer mon appréhension : cette famille n’avait pas la moindre cohésion. Les deux enfants m’évitent prudemment et je n’arrive qu’à me présenter à l’un et l’autre des deux parents pour leur proposer de me suivre en salle de thérapie avec leurs deux garçons. J’observe alors la façon particulière avec laquelle les deux parents communiquent avec leurs enfants. Pour répondre à ma consigne, chaque adulte posté à deux trois mètres d’un de leurs fils l’invite à le suivre un peu la manière des enfants à qui on a offert un jeune chiot et dont il convient désormais de se faire obéir. Je regarde la maman depuis la porte de la salle de thérapie. Elle appelle de loin Nathan en frappant sa main sur sa cuisse et en répétant : allons viens, viens Nathan, le monsieur veut qu’on aille dans son bureau ! Le papa fait de même avec Adrien. Les enfants regardent leurs parents à la manière de gentils toutous et leurs yeux semblent dire : dois-je continuer à gambader joyeusement ou veux-tu plutôt me prendre dans tes bras ? Finalement, presque par hasard, les deux garçons suivent leurs parents dans ma salle. Autrefois, les systémiciens vous auraient dit que de tels parents adressaient à leurs enfants des messages paradoxaux : viens et en même temps ne viens pas. Viens : message digital exprimé par un verbe à l’impératif associé à tout un analogique, c'est-à-dire un comportement, une tonalité qui interrogent inquiets : est-tu vraiment sûr de vouloir suivre un parent aussi peu fiable que moi ? Enfin, ce genre de messages mortifères dont se rendaient à l’époque coupables les mères schizophrégènes. Aujourd’hui, les thérapeutes familiaux préfèrent de beaucoup qualifier ces messages d’ambigus grâce au concept de l’ambiguïté créé par nos cousins du collège de psychanalyse groupale et familiale : Racamier, Caillot, Berger et consorts.

Alors que je referme enfin la porte de la salle de thérapie sur eux, la maman me prévient : vous savez, mes enfants vont ressortir de votre bureau dans moins de trois minutes ! J’arrive tout de même à faire asseoir tout le monde tout en excusant l’absence de ma co-thérapeute. J’observe que le papa est un jeune adulte de moins de trente ans, grand et sportif quand la maman flirte avec la quarantaine, habillée et maquillée de façon plutôt bon chic bon genre mais stricte. Puis, je commence l’entretien :
T Bad Qu’est-ce que c’est que cette histoire de chromosome X ? (Je demande ça parce que je suis quand même un peu para-médical.)
M : C’est mon compagnon qui a voulu aller voir un médecin.
P : A la maison, ça ne va pas. Nathan bouge trop. Il fatigue sa mère. Alors, j’ai été montré Nathan à cette pédiatre pendant que madame restait à la maison pour garder Adrien. Aller quelque part avec eux deux, c’est tout à fait impossible. Mais, ce docteur nous a fait attendre trois quart d’heure dans sa salle d’attente alors que Nathan ne supporte pas de rester enfermé trois minutes dans une pièce. Aussi, après, forcément, il a mis le bazar dans le bureau de cette dame. C’est pour ça qu’elle m’a dit qu’il avait peut-être une maladie du chromozome X et qu’il fallait venir vous voir.
T : Mais, il a la maladie du chromozome X ou il ne l’a pas ?
P : On n’a pas encore les résultats.
Pendant ce temps, pour tromper son emprisonnement, Nathan farfouille dans le convecteur électrique. Adrien vient le rejoindre car mes quelques jouets ont déjà fini de les intéresser. J’en regarde la moitié qui traîne parterre. Le papa comprend mon embarras. Il prend au sol, un jouet incongru que, par inadvertance, j’avais laissé dans la dînette, un poignard et appelle Adrien pour le lui donner. Adrien vient prendre ce grand couteau. Il court avec à l’autre bout de la salle. Nathan le voit, le rejoint et le lui arrache des mains.
- C’est ça ! commente la maman, ils n’arrêtent pas de se disputer.
Nathan regarde alors l’interrupteur, hésite, et choisit plutôt la poignée de la porte. Il ouvre et s’en va dans le couloir. Adrien ne le suit pas car il explore la solidité de notre paper-board. Les parents me regardent et attendent de moi ma prochaine intervention.
T : Ce serait mieux s’il pouvait rester avec nous.
La maman se lève et va chercher Nathan. Le papa en profite :
P : Vous savez, ma femme n’est pas très patiente, elle s’énerve beaucoup.
Quand, la maman revient avec Nathan, je lui restitue la confidence du papa :
T : Monsieur me disait que les garçons sont difficiles pour vous.
Elle me répond pendant que Monsieur sort à son tour récupérer Adrien qui s’est fait la belle.
M : A la maison, c’est toute la journée comme ça, les garçons vont et viennent d’une pièce à l’autre. Ils n’arrêtent pas de bouger.
P : (qui est revenu) le matin ça va. C’est le soir quand je reviens du travail, le pire. Ma femme n’en peut plus d’avoir passé ainsi toute la journée avec eux.
Comme, cette maman n’est pas habillée en mère au foyer, je m’étonne :
- Vous, Madame, vous ne travaillez pas ?
M : Je ne travaille plus depuis deux ans, mais je vais reprendre au mois de Février, les garçons vont aller à la crèche et puis Nathan ira à l’école mais il n’est pas encore propre. Mon compagnon, grâce à ses relations politiques, va nous obtenir deux places à la crèche.
Les relations politiques, c’est toujours très intéressant et je demande à Monsieur son métier pendant que Madame va récupérer les enfants dans la salle d’attente.
Il est représentant en panneaux solaires. C’est pour ça le déménagement dans le Sud-Ouest car dans le Nord de la France, les panneaux solaires, ça marche moins bien. Mais, il ne fait pas que cela. Il est surtout arbitre de foot au niveau national. Je comprends alors le rapport entre foot et politique.
La maman précise en rentrant : les matchs, c’est les week-ends !
Les enfants sont repartis. Les deux parents restent avec moi pour souffler un peu et reparler de leur maison. Madame y ferme la porte d’entrée à clé pour que les enfants ne sortent pas sur la route. Je les rassure : ici, la porte de la consultation qui donne sur la rue est difficile à ouvrir pour un enfant une fois fermée. Le papa m’informe alors qu’il croit l’avoir laisser entrouverte.

La différence qui existe entre un psychomotricien supérieur de cinquante ans et un arbitre évoluant en national de moins de trente ans se situe essentiellement dans la rapidité respective de leurs déplacements, c’est pourquoi je conseille au papa de récupérer au plus vite ses garçons et de vérifier la fermeture de la porte d’entrée. Il revient avec un enfant dans chaque main, referme sur eux la porte de la salle et s’accroupit devant elle pour barrer le passage à ses fils. Je prends pitié pour ces deux parents. Ce n’est pas que Nathan et Adrien veulent les fuir comme des enfants opposants, non, ces enfants ne jouent pas à ce qu’on leur court après, ils divaguent plutôt dans l’espace captés par tous les objets qu’ils y croisent. Pour l’heure, ce sont les rideaux de la fenêtre, ils les secouent, les manipulent puis les abandonnent. Je leur propose à nouveau mes jouets, mais ils ne me regardent pas. J’ai également observé qu’à aucun moment Nathan n’est venu vers sa mère. C’est un constat très déprimant pour un psychomotricien un enfant de deux ans et demi qui ignore sa mère. Mais, je ne peux qu’en même pas dire aux parents que je suspecte une psychose. Je ne suis pas habilité pour : je ne suis pas pédiatre.

Et voilà que tout à coup, comme une évidence m’apparaît la solution. La clé de leur problème. Dans les formations de thérapeutes systémiques, on apprend non seulement à faire découvrir aux familles leurs propres compétences ignorées longtemps enfouies au plus profond d’elles-mêmes mais aussi et surtout à développer les compétences personnelles et intimes que les thérapeutes n’osent pas toujours s’avouer. Or, si je possède bien une compétence de base, c’est d’abord que je suis payé par un hôpital psychiatrique. Et là, je sens tout à coup dans la poche de mon pantalon, l’outil principal que m’a fourni l’hôpital, une clé qui permet de verrouiller les portes de la consultation.
-Je vais fermer la porte de la salle de thérapie à clé pour que vous puissiez revenir vous asseoir dans votre fauteuil : que j’annonce fièrement au Papa. Les deux parents sont ravis. Ils ne pouvaient trouver meilleur thérapeute à leur problème familial. Désormais, grâce à notre ingénieur, ne sommes plus obligés de nous balader comme dans l’ancien temps avec un énorme trousseau de clé dans cet hôpital ou même de demander la permission à un supérieur hiérarchique pour entrer ou sortir. Pour chaque service, une clé par agent suffit car notre ingénieur y a équipé toutes les portes de la même serrure. Et donc, je me dis : si ma clé ferme les deux portes d’entrées de la consultation, elle doit aussi fermer la porte de la salle de thérapie familiale. Je sors donc le précieux objet de ma poche et vais pour l’introduire dans la serrure. Vous pensez alors combien Adrien et Nathan sont tout à coup intéressés par la chose. Ils abandonnent illico le démontage du radiateur pour venir me voir opérer.

Làs ! Trois fois hélas ! J’avais oublié que je faisais partie de l’équipe du Docteur H. : une de ces pédopsychiatres qui a horreur qu’on enferme les enfants. Ou même, qu’on habille ces pauvres petits carencés de la moindre petite camisole, du plus léger diagnostic pouvant leur servir de layette. Forcément, c’eut été trop facile, mais, ma clé ne correspond en rien avec la serrure de la salle de thérapie familiale. Mon docteur a sans doute fait changé le barillet pour qu’on ne puisse plus s’enfermer avec les enfants ni même avec leur famille. Je suis absolument désolé pour eux, je reviens m’asseoir dans mon fauteuil, les parents font de même, les enfants réintègrent leurs petites chaises, aussi dépités que moi : ils en oublient jusqu’au couloir.

T : Mais, que j’ose encore demander au père, quand vous, vous rentrez le soir du boulot, pour aider votre femme, qu’est-ce que vous faites ?
P Bad Je joue avec mes garçons.
T : Et comment ?
P : Je m’accroupis, je leur tends les bras et ils courent tous les deux pour venir se blottir entre mes cuisses. Il me fait la démonstration avec Nathan pour me rassurer.

Puis, Nathan va tout droit vers le placard. Il ouvre la porte sur tous les jouets dissimulés. La maman hausse les yeux vers le ciel : la pause sans bêtises est déjà terminée. Le papa referme le placard, dit que le monsieur ne veut pas, que c’est interdit. Or, Nathan revient à la charge, il tourne la clé du placard en me regardant pour la première fois dans les yeux. La maman me dit : vous voyez comme il vous nargue ! Mais, moi, je comprends différemment ce que fait Nathan et je dis : mais non, Nathan ne veut pas voler mes jouets, il me montre comment on se sert d’une clé. Le papa dit alors : Ah, moi aussi, j’avais remarqué que mes garçons cherchaient à m’imiter.
T : Quand vous jouez avec eux, votre compagne peut enfin se reposer des enfants ?
P : Oui ! Elle monte dans notre chambre et moi, je reste avec eux en bas.
T : Et qu’est-ce qu’elle fait là-haut sans vous trois ?
M : Ben, Elles discutent longuement avec ses garçons !

Salvador Minuchin était un pionnier de la thérapie familiale. Ils travaillaient dans les années cinquante dans le Bronx avec des populations très défavorisées, des familles très enchevêtrées, très chaotiques. Un jour, un de ses élèves lui a tout de même posé la question : mais enfin Monsieur Minuchin : dans ces cités, pour vous : qu’est-ce que c’est qu’une famille ? Et Minuchin avait répondu : ce sont des gens qui vivent sous le même toit.
C’est pour cela que j’avais demandé au téléphone qui vivait à la maison. Comme si aujourd’hui, une famille se résumait encore à un seul toit. Que la maison définissait la famille. Or, depuis les années cinquante, on a inventé toute sortes de familles nouvelles et en particulier les familles recomposées à plusieurs toits.

La maman m’explique : quand le soir monsieur rentre, elle peut enfin téléphoner à ses deux autres garçons Jérémie 14 ans et Quentin 8, qui sont restés dans le Nord. Elle ne les a plus depuis son divorce. Leur père en a obtenu la garde et la grand-mère maternelle les droits de visite. C’est sa mère qui s’en était beaucoup occupée jusqu’alors quand elle, la maman, travaillait dans une agence immobilière qui lui prenait beaucoup de temps. Alors, depuis deux ans, ces grands garçons, elle ne les a qu’au téléphone où ils lui disent combien ils sont malheureux avec leur père. Elle leur promet qu’elle va les récupérer le plus tôt possible et qu’ils viendront très bientôt vivre en Périgord.
Je demande à Monsieur ce qu’il pense de cette idée. Quatre enfants à la maison : mais ce serait enfin le bonheur !


J’arrête sur cette note d’espoir ce premier entretien et leur propose un prochain rendez-vous dès la rentrée, avec ma collègue cette fois.


Malheureusement, à la rentrée, ils ne peuvent pas venir. Les enfants ont bénéficié du rappel de la grippe A et ils ont de la fièvre. Je reporte le rendez-vous d’une semaine tout en m’inquiétant de comment se sont passé les vacances. La maman me rassure autant qu’elle m’étonne : depuis notre entretien, les deux garçons sont beaucoup plus calmes, les bêtises ont beaucoup diminué ! En fait, de reporter le rendez-vous, ça m’arrange, vu qu’il a de nouveau neigé et que ma collègue n’est toujours pas là !
Seulement, le vendredi suivant, il ne neige plus, mais c’est l’enfant de ma collègue qui est malade à son tour, elle doit rester le garder ! Dans notre équipe, pour faire de la thérapie familiale, il faut vraiment le vouloir !

Donc, je me retrouve à nouveau seul au deuxième entretien.
Les garçons n’ont plus de fièvre, la maman me confirme l’amélioration de leur comportement mais le père dit qu’on pourrait faire mieux. Je m’inquiète de la maladie chromosomique. La maman préfère laisser parler Monsieur.
La semaine dernière, ne voyant toujours rien venir, le papa a téléphoné au laboratoire d’analyses. On lui a appris qu’on les avait oubliés. Les résultats sont à Paris et n’ont pas été faxés. Le papa hausse le ton et exige les résultats. Il attend vingt minutes au téléphone. Je m’inquiète alors que pour une telle maladie, ce ne soit pas la pédiatre qui annonce les choses aux parents. Mais, le papa a déjà posé la même question à la secrétaire du laboratoire qui lui a confirmé que d’habitude, c’est bien la procédure mais comme cette pédiatre n’a pas de fax et que donc Paris ne peut lui expédier les résultats de ses nombreuses demandes d’examens génétiques, c’est le laboratoire qui a pris l’habitude de s’en charger. La réponse arrive enfin : le chromosome de Nathan est en parfaite santé.
Nathan retourne au placard et l’ouvre comme pour me montrer qu’il n’a rien oublié.

T : Vous avez du être soulagée ? Mais là, j’ai plutôt l’impression de parler de mes propres inquiétudes de para-médical à la maman. Dès le retour de son compagnon de la consultation pédiatrique, elle avait regardé sur internet ce qu’était la maladie du chromosome X et surtout ce qui pouvait la faire suspecter à savoir une dysmorphie faciale : un front bombé et des oreilles décollées. Ce qui, pour ses yeux de maman, n’était absolument pas le cas de son fils. Je regarde Nathan et je me dis que parler de dysmorphie faciale chez cet enfant, c’est évidemment un peu exagéré et surtout très vexant. Par contre, je ne sais pas si la maman a lu la description de la maladie jusqu’au bout, mais elle ne semble pas non plus inquiétée par l’important et réel retard psychoaffectif que son enfant me présente. Je demande aux deux parents si Nathan avait les mêmes compétences qu’Adrien à son âge. Mais, ils ne se rappellent pas. Qu’aujourd’hui Nathan qui a un an de plus que son frère fasse à peu près les mêmes choses ne paraît pas plus les contrarier. D’ailleurs, le papa me reparle de son jeu avec les enfants car il l’a sophistiqué et voudrait mon avis. Désormais, quand, il fait venir Nathan entre ses genoux, une fois accroupi, il dit à son fils d’aller de la même façon courir dans les bras de sa mère. Or, Nathan ne le fait pas. Le papa conclut que Nathan a repéré que jouer, c’est avec Papa et manger avec Maman. Doit-on remettre en cause cet apprentissage ? Je dis qu’il n’hésite pas à proposer des choses nouvelles et variées aux enfants. Car, je m’aperçois que le principal jeu relationnel proposé consiste à ce jeu que font tous les parents avec un bébé qui apprend juste à marcher. Or, question jambes, les deux bambins semblent déjà plutôt bien équipés !

Mais, ce qui me chiffonne le plus en tant que psychomotricien, c’est que je n’arrive pas beaucoup à croiser le regard de Nathan. Adrien par contre, s’est blotti dans les bras de sa mère et m’observe. De là, il n’a aucun mal à soutenir mon regard quand je lui parle. Mais, malgré mes sollicitations, Nathan semble ignoré ma présence, et l’aide de son père ni change rien. Madame me reparle de son souci de mettre au plutôt les enfants à la crèche même si Nathan n’est pas encore propre. Il ne comprend pas à quoi ça sert le pot et il le renverse qu’il y ait ou non du pipi dedans. Le papa explique cela par le fait que Nathan n’a compris que depuis peu qu’un verre garde l’eau qu’il contient que si on le porte à la verticale. Depuis cela, Nathan peut boire seul. Mais, Nathan ne semble pas faire le rapport avec le pot qu’il renverse à chaque fois. Alors, comme le papa avait constaté la dernière fois que Nathan aimait bien imité, il a acheté un réducteur pour lunette de W.C. Pour faire comme les adultes ! La maman critique cet objet. Car, avec ce dispositif, on ne sait pas quand Nathan doit quitter le W.C. Dans un W.C, a la différence d’un pot, on ne voit pas le pipi dedans, il se mélange aussitôt à l’eau. Je dis alors au Papa qu’il peut apprendre dès à présent à son garçon à faire pipi debout. Comme cela, tout le monde constatera avec fierté l’exploit psychomoteur. Le pipi, ce n’est pas fait pour être gardé ni regardé. Mais la maman m’écoute avec suspicion. Elle imagine déjà Nathan faisant pipi contre les murs de sa chambre. Je dis dehors, bien sur, dehors, sur la pelouse, comme les footballeurs. Mais, je vois bien que la maman n’approuve pas ce conseil. Elle dit encore son inquiétude. Ils devraient remonter dans le Nord prochainement à la faveur d’un arbitrage de Monsieur en région parisienne. Ainsi, ils iraient voir la famille. Or, Nathan ne tient pas plus de dix minutes dans son siège auto. Il se détache pour se mettre entre les deux sièges avant. Alors, s’arrêter toutes les dix minutes sur un voyage de dix heures !

Nathan vient jouer avec le téléphone qui est près de moi. Je lui dis qu’on ne peut pas jouer avec. Il revient à la charge et me regarde droit dans les yeux. La maman me dit : vous avez-vu comment il se moque encore de vous ? Le papa trouve aussitôt dans la caisse de jouets, le téléphone en plastique pour son fils. Mais, le jouet ne l’intéresse pas. Alors, la maman explique qu’à la maison, il aime aussi le vrai téléphone pour parler à Mamie et à ses frères du Nord. Je fais le lien entre la voiture et le téléphone et conseille aux parents de lui expliquer le but du voyage. La maman préfère ce genre de conseils : surtout qu’elle avait déjà commencé à dire aux garçons qu’on allait partir voir Mamie, Jérémie et Quentin pour de vrai.
On arrête là. J’aide les parents à aider les enfants à ranger les jouets. Tout cela est très désordonné. On convient d’un prochain rendez-vous avant le voyage dans le Nord. Je leur promets alors que ma collègue sera enfin là.

Outre un banal DESS de psychologie, ma co-thérapeute possède surtout une compétence que je n’ai pas, celle d’être d’abord une femme. Et çà, dans les thérapies familiales, c’est drôlement précieux. Quand, je lui raconte fièrement mes deux premières séances, elle me dit qu’elle a surtout grand hâte de rencontrer cette maman bien que j’insiste sur mon inquiétude quant aux deux garçons.

A la troisième séance, où elle est enfin là, je veux la présenter à une famille métamorphosée car chacun s’est sagement assis sur son siège. Sauf ma co qui est pourtant au courant de nos us et coutumes. Il faut que je vous dénonce que dans notre couple de co-thérapie vieux de plus de quinze ans, elle n’en a toujours jamais fait rien qu’à sa tête. Elle a horreur des trucs qu’on devrait pourtant planifier ensemble. Elle, c’est Madame Sans-Gêne et elle se conduit dans nos thérapies comme une véritable maîtresse de maison. Et, là, avec Nathan et sa famille, elle ne m’écoute en rien quand j’excuse à nouveau son absence, elle a vu qu’il manquait quelque chose de plus important. Elle va directement au placard, l’ouvre et en sort les feuilles de papier et les feutres qu’elle distribue aux deux enfants malgré mes nombreuses mises en garde.
La maman regarde faire la psychologue comme si c’était le Messie et quand enfin ma collègue s’assoit, Madame se met à lui parler très vite comme pour retenir toute son attention. Les deux enfants, comme leur mère, cherchent aussi le regard de ma consoeur. Mais, elle, elle ne leur accorde qu’une attention certes bienveillante mais peu engagée. Elle écoute et regarde surtout et très attentivement leur mère. Alors, Nathan, pour capter un petit morceau de sa thérapeute lui rend une à une sur ces genoux, toutes ces feuilles si généreusement offertes. Et comme ça ne suffit pas, il lui rend aussi les feutres un à un, puis les feuilles de son frère une à une et les crayons de son frère pareillement. Le papa voudrait intervenir pour défendre Adrien de son frère. Mais, du banc de touche où je me trouve désormais relégué, je fais signe à l’arbitre de laisser tomber : il n’y a pas vraiment faute, le match semble terminé, il n’y a plus aucun feutre à se battre : les enfants ont désormais un intérêt commun : ma collègue. Devant moi, je vois le profil de la maman qui continue de parler. J’avais remarqué les dernières fois qu’elle mettait trop de fond de teint, comme pour se masquer, opposer une façade infranchissable à qui désirerait d’elle un peu plus d’authenticité. Or, voila qu’apparaît à la base de son cou, une petite rougeur qui au fur et à mesure de la discussion prend de plus en plus d’importance, le rouge envahit tout son visage au point qu’il devient presqu’aussi écarlate que souvent le mien, mais avec en plus maintenant du rouge sur tout son décolleté. L’inconvénient, dans les thérapies familiales, c’est comme un peu comme dans la vraie vie, on ne peut que trop rarement se contenter de regarder les femmes, on est souvent obligé aussi, c’est le contrat qui veut ça, d’écouter toutes leurs salades. Donc, je rebranche mon sonotone au moment où la maman dit à ma collègue avec la concision que permettent les euphémismes : Vous comprenez, au bout de douze ans, un mari : ça devient lourd !

Rassurez-vous pour moi, à Périgueux, j’en ai entendu beaucoup d’autres ! Ce qui me choque le plus dans cet échange, ce n’est pas ce que cette pauvre maman raconte mais plutôt le comportement de ma collègue. Je vous rappelle pour mémoire qu’elle est payée plus que moi pour être et psychologue et systémicienne : c'est-à-dire doublement curieuse. Mais là, aucune question de sa part : elle reçoit madame cinq sur cinq et avale cette couleuvre comme on boit du petit lait.
Le problème dans les couples, nous voyons ça dans les thérapies de couple qu’il nous arrive d’entreprendre, c’est quand les conjoints se laissent trop aller à leurs instincts naturels. Bien sûr, les statistiques et nos trop nombreuses mamans de chez SOS femmes nous rappellent la triste réalité de l’instinct de beaucoup d’hommes qui discutent surtout à coups de poings dans la figure ou à coups de pieds dans le ventre. Mais il m’appartient ici de mettre en évidence un instinct féminin souvent désastreux. Quel est en effet l’argument massue de la femme dans le conflit conjugal ? Et bien, c’est de déclencher la panade en affirmant que : puisque c’est comme ça : je retourne chez ma mère !

Vous me direz que tant que ce sont des paroles dites dans le feu de l’action : il n’y a pas mort d’homme si vous me permettez l’expression, c’est plutôt de bonne guerre. Seulement, quand l’oreiller n’arrange pas les choses, certaines femmes commencent à penser sérieusement à ce qu’elles avaient dit juste comme ça, et le malheur, c’est que certaines passent à l’acte. Et c’est ici le cas de la maman de Nathan. En bonne fille éplorée, elle revint au bercail. Elle confia à sa mère : je n’aime plus mon mari : il est beaucoup trop lourd, je vais divorcer ! Mais, ne t’inquiète pas ma petite maman, j’en ai déjà trouvé un autre, un jeune collègue de travail, si beau, si fort et si gentil qu’il en est tout léger : je l’aime et je vais refaire ma vie avec lui !

Or, la mamie de Nathan ne possédait pas toute la psychologie et la compréhension de ma collègue qui trouve là encore ces choses tout à fait naturelles. Parce que, figurez-vous que la mamie de Nathan, quand sa fille avait à peine cinq ans, s’était faite plaquée par un mari parti courir lui aussi le guilledou avec une jeunesse. Et bien que devenue femme, beaucoup de filles ont du mal à comprendre qu’avant elle, leur mère avait eu elle aussi une vie amoureuse faite de bonheurs et de chagrins. Cet aveuglement explique certainement la suite car Mamie voit d’autant les choses d’un autre œil que c’est elle qui depuis la naissance de Quentin et de Jérémie s’en occupent quotidiennement pour permettre à sa fille d’aller honnêtement travailler à son tour dans l’intérêt de son ménage ! Alors, au divorce, folle de rancœur, la mamie fait alliance avec son cocu de gendre pour que celui-ci bénéficie du droit de garde et elle, la grand-mère des droits de visite. Le juge, dans sa grande sagesse, accorde tout de même à cette femme adultère d’approcher sous contrôle maternel ses enfants au domicile grand-parental.

Quand vous vous retrouvez ainsi répudiée par votre propre mère qui vous confisque vos enfants: c’est dur affectivement. Mais, il vous reste tout de même une dernière cartouche : votre père même si depuis plus de trente ans, ce dernier ne s’est pas beaucoup soucié de vous. Alors, la maman de Nathan décide de renouer avec celui qui serait somme toute le plus en mesure de comprendre la versatilité des cœurs. Elle va le visiter pour la fête des pères disculpant par un simple baiser filial sa coupable légèreté d’antan. Or, le papa volage n’est pas seul. Non ! Ce n’est pas ce que vous pensez ! Pour la fête de pères, (qui est quand même la plus belle réunion familiale que je connaisse), le papa est aussi visité par le petit frère de Madame. Et ça tombe bien car ce petit frère assisté de sa femme a justement beaucoup, beaucoup de choses à dire à sa grande sœur. Ces choses, c’est tout ce que la justice française trop laxiste omet de signaler aux salopes qui trompent leurs maris. Vous trouverez à votre guise tous ces qualificatifs nécessaires pour injurier les mauvaises femmes dans un bon dictionnaire d’argot. Bien sûr, la maman est sonnée une deuxième fois, mais ce qui la fait le plus souffrir, ce n’est pas tant que son frère l’accable, c’est qu’à aucun moment, son père ne prenne sa défense. Alors, elle rompt aussi avec lui et jure de ne plus jamais le revoir.

Elle dit à son jeune amant, les panneaux solaires c’est mieux que d’acheter et vendre des maisons afin de venir trouver refuge avec lui dans notre forêt périgourdine. Et c’est là, dans sa petite chaumière que vaille que vaille, elle cherche aujourd’hui à se faire encore aimer du peu qui lui reste de famille : Nathan et Adrien.

Les deux angelots laissent désormais leur maman parler. Elle en a gros sur le cœur. Eux court-circuitent le plus sagement du monde notre convecteur électrique comme pour mieux explorer le chaud et le froid. Mais, leur maman attendrie ne voit plus qu’ils font des bêtises.
Et, comme maintenant, Madame désire aussi se faire comprendre de son jeune amant et de son trop vieux thérapeute, elle nous explique à tous le problème chromosomique. Si, elle s’énerve parfois contre ses enfants, c’est qu’elle tient son caractère terrible de sa mère. Car sa mère : elle est spéciale. Elle est dure comme vous ne pouvez pas pensez. Elle est d’origine moitié bretonne, moitié espagnole, alors, vous imaginez ?
Nous, le couple de thérapeutes, on imagine à deux cent pour cent. La mère de ma collègue est cent pour cent espagnole, et moi, je vous laisse deviner. On propose alors puisqu’il n’y a pas pour l’instant plus de place en crèche, d’essayer lors de notre prochaine rencontre de déposer les deux garçons à la halte-garderie d’à côté. Pour continuer d’écouter les parents et commencer avec les enfants le travail de séparation.


Voilà l’exemple d’une thérapie ou l’enjeu, c’est l’empathie. Privée d’un background suffisament sécure, cette maman ne capte que maladroitement les informations que lui envoie son enfant : il ne fait rien que des bêtises. Bien sûr que ce petit diable est l’enfant du péché. Sa propre famille le lui a suffisamment martelé dans la tête pour qu’elle le comprenne vraiment. Alors les diables de cet âge, ce sont effectivement des clients pour un psychomotricien.
Mais, lui aussi doit posséder un background suffisament sécure pour que sa « famille » ne lui reproche pas d’être passé à côté d’un diagnostic d’autisme, afin qu’il demeure capable d’imaginer encore que c’est ce même enfant qui par sa réponse va lui apporter la clé de l’énigme. Non ! Je ne suis pas malade mental, c’est juste papa et maman qui ont un peu de mal à me comprendre !

La suite de la thérapie consistera comme toujours à caler les représentations de chacun. Que les parents se sentent suffisamment compétents, que l’enfant se montre suffisamment compétent et que surtout les thérapeutes se croient suffisamment compétents pour s’arroger un jour le droit de proposer la fin de leurs services !
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MessageSujet: Re: De l’empathie et de son utilisation en pédopsychiatrie.   Dim 14 Fév 2010 - 0:53

Lu ce midi, j'y reviens ce soir, après avoir pensé à ce récit (fort bien tourné, comme à l'accoutumée) durant ma séance travailleuse et théâtrale (comme quoi, je confirme, les femmes peuvent faire plusieurs choses simultanément).

Je voulais à propos d'empathie, poser une question : Dirais-tu que l'empathie est aussi signe d'engagement du thérapeute ?

*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*
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MessageSujet: Re: De l’empathie et de son utilisation en pédopsychiatrie.   Dim 14 Fév 2010 - 0:56

Passionnant.
Je me posais une autre question. Veux-tu dire que si tu avais continué à les suivre seul, sans l'intervention d'une thérapeuthe féminine, tu n'aurais jamais trouvé la "solution" ?
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MessageSujet: Re: De l’empathie et de son utilisation en pédopsychiatrie.   Mar 16 Fév 2010 - 18:47

Bon, Vic a décidé de faire la grève de la réponse, alors j'en profite...
Je me disais qu'en fait, il ne s'agit pas d'empathie mais de projection d'empathie, non ? Tu as autant d'empathie que ta collègue femme, seulement la patiente ne peut pas reconnaitre la tienne alors qu'elle valide immédiatement celle de la soignante-femme ?
Avec le temps, n'aurait-elle pas fini par voir aussi ton empathie ?
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MessageSujet: Re: De l’empathie et de son utilisation en pédopsychiatrie.   Mer 17 Fév 2010 - 11:13

lucaerne a écrit:
Passionnant.
Je me posais une autre question. Veux-tu dire que si tu avais continué à les suivre seul, sans l'intervention d'une thérapeuthe féminine, tu n'aurais jamais trouvé la "solution" ?

C'est toujours embêtant pour une dame d'aller raconter à un monsieur qu'elle trompe son mari ... Cela peut laisser place à une certaine ambiguïté.
La "solution", ce n'est pas moi qui la trouve. La solution se trouve par notre "cadre": par la possibilité offerte à cette dame de confier son "péché" à une autre femme. Car, entre femmes, on peut se comprendre ... du moins le croyait-elle, en se confiant tout d'abord à sa mère. Elle ne pensait pas se ramasser une telle gifle!

L'autre difficulté de me parler plus à moi de son "défaut" est que son compagnon avait précédemment cherché à faire alliance avec moi en m'informant que si les enfants allaient mal, c'était aussi que leur mère était nerveuse. Sans doute, cette maman ne voulait-elle pas davantage prêter le flanc à cette évidence que si les enfants vont mal, c'est forcément de la faute des mères. C'est déja assez difficile d'aller voir les psys, alors, si en plus, c'est pour se faire prendre pour une folle!

En systémie, nous essayons toujours de nous sortir des explications causalistes. On ne cherche pas à savoir pourquoi les choses vont mal, mais comment les choses vont mal. Ici, la consultation a lieu parce que le jeune papa commence à douter des compétences maternelles de sa compagne. Lui, il n'y connait rien en enfants, mais sa compagne si, qui en déja eu deux. Seulement, il voit bien à la maison que ça ne se passe pas comme il faut. Que comprendre? Sa première référence a un savoir extérieur: c'est la pédiatre. Malheureusement, celle-ci n'aime pas qu'on dérange son cabinet et elle fout le papa et son fils à la porte.

Aubaine chez les psys, il tombe sur un autre homme. Là, entres hommes, nous ne nous confions pas notre peur mutuelle des enfants, plutôt nos doutes sur les femmes.

Déja, que par les demandes répétées de consultation de son compagnon, (n'oublions pas qu'elle n'a pas été se montrer chez la pédiatre), cette maman est "obligée" de me montrer qu'elle n'est pas foutue de tenir ses gosses, alors, cela ferait beaucoup de venir en plus m'avouer son péché de chair.

Mon incompétence à garder les enfants mieux qu'eux finit par me rendre moins dangereux. Finalement, je ne suis pas beaucoup plus malin qu'eux. Seulement, à quoi ça sert d'aller voir un spécialiste des enfants qui est aussi bête que vous! Heureusement, ma collègue qui était absente à préserver toute son aura de spécialistes! Maintenant que sur moi, ces deux parents ont pu éprouvé qu'ils sont dans un lieu où on ne les juge pas, alors ma collègue apparaît comme la "bonne mère": elle au moins, elle doit savoir!

Bien sûr que dans d'autres situations familiales, il arrive souvent que ce soit à moi qu'on confie les secrets les plus lourds à porter. Mais ici, la façon dont la consultation débute distribue les rôles autrement. C'est comme au théâtre, le fait d'enter en premier sur scène me donne un rôle qui n'est pas réductible à mes caractéristiques physiques ou professionnel: être un psychomotricien, être un homme.
Si, à l'inverse, c'eut été moi l'absent des deux premières scéances, alors peut-être serait-ce moi aujourd'hui moi le "meilleur thérapeute". Les stars soignent toujours leurs entrées!

En fait, on voit ici combien notre couple de thérapeutes est pris à partie pour jouer le bon papa et la bonne maman ... Qu'est-ce qu'un bon papa et une bonne maman. C'est grandement ce qui se joue dans la tête des parents. Ici, on va pouvoir leur servir de modèle expérimental !
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MessageSujet: Re: De l’empathie et de son utilisation en pédopsychiatrie.   Mer 17 Fév 2010 - 12:27

Vic Taurugaux a écrit:
C'est comme au théâtre
C'est ce que je me disais en te lisant. Tu as une façon de raconter... on en reprendrais volontiers un peu.
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MessageSujet: Re: De l’empathie et de son utilisation en pédopsychiatrie.   Mer 17 Fév 2010 - 15:51

lucaerne a écrit:
Vic Taurugaux a écrit:
C'est comme au théâtre
C'est ce que je me disais en te lisant. Tu as une façon de raconter... on en reprendrais volontiers un peu.

Mais l'histoire est loin d'être finie. nous nous revoyons la semaine prochaine!
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MessageSujet: Re: De l’empathie et de son utilisation en pédopsychiatrie.   Mer 17 Fév 2010 - 16:59

Bien chef... euh... avec ou sans ta collègue ?
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MessageSujet: Re: De l’empathie et de son utilisation en pédopsychiatrie.   

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