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 La vie légendée du bon docteur Laennec

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Vic Taurugaux

Vic Taurugaux

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MessageSujet: La vie légendée du bon docteur Laennec   La vie légendée du bon docteur Laennec EmptySam 13 Fév 2010 - 21:38

De la vérité et autres balivernes.

Il vous faudra toujours croire les mamans. Mais cependant, ce n’est pas tout. Car, les mamans disent la vie autant qu’elles la créent. Comment un enfant pourrait-il en croire autrement ? Sa maman sait tout, sa maman, c’est tout, car, quoiqu’il puisse advenir, sa maman, c’est sa vie.

La chose était déjà ainsi établie dès l’époque de notre bon docteur Laennec. Breton comme moi. A la différence, une cuiller d’argent dans la bouche pour gage de destin. Oh ! Celui-là, il n’habitait guère loin de moi ! Peu avant non plus ! Il naissait à Quimper dès 1789.

Autant dire que pour le clergé de l’époque, les Laennec représentaient indubitablement la Sainte Famille. L’évêque lui-même était invité à leur table tous les dimanches. Là, ne seraient-ce les femmes et les enfants, nous aurions pu, outre les cigares, discuter plus amplement de l’expansion de l’économie. Celle de la Cornouaille bien sûr, de ses tisserands, ses céramistes, ses pêcheurs, ses paysans, aussi, malgré tout, ses colporteurs de balivernes que l’on ne nommait pas encore les artistes ou la culture, enfin tout ce marché de journaliers ayant hissé bon gré malgré la haute bourgeoisie bretonne au plus haut du pavé. Ce n’était pas encore un Michel Edouard Leclerc, cela en avait pourtant indubitablement le goût, un peu comme votre Canada Dry vous permet d’absorber aujourd’hui sans la moindre grimace le coût hebdomadaire de votre caddy.

René, puisque vous me direz, il lui faut bien un prénom, René donc naquit là puisque somme toute, à vous autres également, un jour au l’autre, il vous faudra bien renaître.
Sa maman était chrétienne, bourgeoise, adorable. Et René était son troisième enfant. Autant vous dire tout de suite, la meilleure place, sa génitrice ayant usé sur les puînés des maladresses fort excusables. On allait à la messe. Aux vêpres, à la confession. Tout cela sentait le cierge un tant soit peu consumé d’accord, mais aussi l’encens. De notre place d’enfant de chœur, La Vérité planait donc bien au dessus de nous et de ce vol, toute la paroisse lui en était grée.

Or, et c’était ainsi toujours que vont les contes, par un beau matin d’hiver, celle qui depuis toujours avait enseigné à ses enfants toute la Matière de Bretagne, mourut. Le deuil fut prononcé. Et, plus loin que tout le Finistère, tous ceux qui font la Bretagne concoururent à ses obsèques.
Elle avait déjà dit pourtant à son fils toutes les légendes, toutes les magies qu’aucune Bretagne aussi belle soit-elle n’ait jamais pu contenir. Mais, allez savoir pourquoi, et je vous le demande, peu à peu sa parole s’était fanée. Elle toussait en disant le conte. Oh ! D’abord pas grand-chose… elle s’excusait tout en reprenant le fil. Mais, année après année, et c’est toujours ici que vont les choses, l’enfant avait fini par s’apercevoir que, malgré toutes les fioritures de son beau mouchoir de dentelle, la maman outre sa poésie, crachait du sang.

Alors, quand elle fut morte, du haut de ses cinq ans, René demanda à son père : pourquoi, pourquoi ? Ce dernier lui répondit qu’il ne pouvait pas s’occuper de lui à cause de tous ses magasins. Mais, par pitié pour sa descendance et pour sa femme, il confia René d’abord à son oncle le curé d’Eliant puis aux bons soins des jésuites de Brest. Tous ceux-ci lui enseignèrent le grec et l’enfant l’apprit. Arrivé au bout, on lui demanda ce qu’il voulait faire. Docteur ! : Qu’il répondit. Car, malgré le temps, il voulait toujours savoir pourquoi. De Brest, les bons pères l’auraient bien envoyé faire Navale à Bordeaux, aussi fut-ce de justesse que nos bonnes âmes le sauvèrent en le rattrapant in extremis pour lui faire faire sa médecine à Nantes. Comme désormais à son habitude, il en sortit major.

Mais, la question, toujours la question, se reposa tout docteur qu’il était. Je veux faire de la recherche ! Alors, que voulez-vous, nous autres bien obligés, nous dûmes le laisser partir pour Paris. A cette époque, la recherche logeait dans les caves de l’hôpital Necker. Je ne saurais vous dire si elle en a beaucoup bougé depuis. René arrive dans l’amphithéâtre de l’éminent professeur Bayle.
-Qu’est-ce que tu veux ? : que lui demande le savant.
-Je veux savoir pourquoi ma maman est morte. Elle ne me l’a pas dit.
-Prends un scalpel et une scie sur l’établi et tapes dans le tas ! répondit le professeur qui était lui aussi fort occupé.

Le tas de l’époque, c’était l’immense charnier des hôpitaux parisiens. Des cadavres, vous pensez s’ils en avaient à la pelle ! Alors, comme tout bon médecin, c’est d’abord là-dedans que notre René chercha. Acharné comme un breton, vous pensez bien qu’après des nuits et des jours passés à disséquer, il y en trouva des choses. D’abord la péritonite qui en étonna plus d’un. Puis bien plus, et là, on organisa des journées scientifiques si célèbres que même ceux de la Pitié ou de Lariboisière se déplacèrent. D’accord, des internes pour venir espionner, mais c’est juste pour vous dire l’importance !
L’amphi fit salle comble. On rajouta des strapontins. Le désormais professeur Laennec récura sobrement une bassine pour y déposer le fruit de toutes ses années de recherche.
-Voila ! Qu’il dit en exhibant devant toute l’assemblée le morceau de viande !
-Qu’est-ce que c’est ? Qu’on s’exclama.
- La cirrhose du foie !

Vous pensez bien qu’une maladie comme ça, à l’époque à Paris et aux alentours, ça expliquait bien des morts. Le docteur Laennec fit fortune. Or, c’est comme toujours partout, dès qu’un gars touche sa première paie, les gens sont tous là pour le marier. On lui trouva une épouse aussi belle, douce et bonne que sa mère. Alors obligé, avec celle-ci, il fit comme tout le monde : des enfants. Les morts, c’est bien joli, mais avec les femmes, que voulez-vous qu’on y fasse, elles seront toujours comme ça, ce sera toujours la vie qui compte en premier !

C’est comme ça que ça s’est passé ! Le docteur Laennec a été distrait dans ces travaux. Lui qui jamais encore n’avait levé, ne serait-ce qu’un seul instant, ses yeux de ses devoirs, lui qui au grand jamais n’avait pris une minute pour s’amuser, voila que dans cet après-midi d’Octobre 1801, alors qu’il est déjà en retard pour l’amphi et qu’il coupe par le Louvre, sa recherche est tout à coup arrêtée net par des enfants ! Des mômes, la légende le raconte, qui jouent au téléphone avec un tronc d’arbre. L’un frappe à un bout et l’autre, cinq mètres plus loin, l’oreille posée sur le tronc, écoute le message.
Il arrive en retard à l’amphi. Le professeur Bayle ne lui en veut pas. Lui aussi est à la bourre, il était chez son tailleur du Sentier qui mettait la dernière main à son costume d’académicien obtenu pour cinquante pour cent de sa valeur !
-On s’ouvre une bière ! qui dit le patron à son apprenti.
Mais, l’apprenti, les cadavres, ça ne l’enchante plus ! Je veux monter en salles !
-Avec les bonnes sœurs ?
Au bout d’un moment à l’hôpital, et c’est toujours comme çà, tout le monde le sait et le redoute, surtout le professeur Bayle, l’interne veut voler de ses propres ailes !

A l’époque, les salles étaient tenues par les bonnes sœurs, c’était plus pratique pour l’extrême-onction. Les médecins ne s’y aventuraient guère. Seuls quelques inconscients d’entre eux passaient, mais alors vite fait, pour la visite ! Une sœur lui montrait le mourant. Il faudrait que vous l’écoutiez. Le docteur mettait son mouchoir dessus pour le tapoter, l’autre, l’indigent, râlait, faisait du bruit et le docteur disait : Mon dieu ! C’est terrible ! Il ne passera pas la nuit ! Appelez plutôt votre curé ! Si la bonne sœur insistait pour un deuxième malade, le docteur rétorquait qu’il était déjà en retard et que d’autres patients l’attendaient à la Tour d’Argent ! La religieuse le remerciait et c’était bon !
Tout ça pour vous dire que quand notre René est monté en salle, ça a été la révolution !
-Vos gueules ! : Qu’il a crié pour faire taire les jérémiades des para-médicales. Désormais, j’écoute vraiment le malade.
Il sort de sa poche une feuille de papier, il la roule pour en faire un cornet, applique ce dernier sur le malade et écoute comment cet agonisant tousse. Et là, enfin il entend ! Il écoute toute une sémiologie des affections pulmonaires. Et, il découvre enfin pourquoi un européen sur sept meurt dans d’atroces souffrances tout comme autrefois sa maman. Il a enfin trouvé la maladie. Alors, il se rappelle d’un coup tout son passé d’enfant de chœur en Bretagne. Du temps ou il fallait parler latin devant monsieur le recteur et manger des pommes de terre. C’est pour ça qu’il appelle la maladie tuberculosis : la tuberculose.

Après, déjà arrivé à quarante cinq ans, il meurt de la maladie pour rejoindre sa maman.
Mais, si un jour vous allez vous aussi voir votre docteur, rappelez-lui que dans sa recherche fébrile, son patron a eu la langue qui a un peu fourché. Ce n’est pas qu’on lui en veut vraiment, mais en médecine, les termes se doivent toujours d’être les plus précis.

Car, même si tout le monde peut toujours réentendre l’esprit de sa maman, revoir une dernière fois son doux visage après que la mort la prise devient impossible. alors, il ne faut pas prononcer un stéthoscope mais plus exactement, comme vous l’enseigneront toujours les bons pères jésuites : un stéthophone !
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MessageSujet: Re: La vie légendée du bon docteur Laennec   La vie légendée du bon docteur Laennec EmptySam 13 Fév 2010 - 23:44

Merci Vic de cet article intéressant... j'aime le ton quelque peu impertinent, mais aussi le côté instructif de la chose.
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MessageSujet: Re: La vie légendée du bon docteur Laennec   La vie légendée du bon docteur Laennec EmptyLun 22 Fév 2010 - 21:43

mdr Vic, mais excellent. Vu comme ça, la bio du bon toubib breton elle est bien plus drôle!
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