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 la Chasse aux Sorcières

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Tryskel
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MessageSujet: la Chasse aux Sorcières   Lun 15 Fév 2010 - 18:28

11/02/10


CHASSE AUX SORCIERES



I) DEFINITION

Le terme Chasse suppose qu’on désigne un gibier et qu’on le poursuive pour le capturer ou le tuer.
On n’est donc pas dans la démarche de découvrir incidemment et sanctionner des pratiques illicites ou jugées condamnables mais d’une traque systématique, qui va cumuler ; non au Moyen Age contrairement à une idée reçue ; mais aux XVI et XVIIème siècle, avec des prolongations au XVIIIème. La dernière « sorcière » est brûlée en Suisse (protestante) en 1782
L’expression trouve une acception plus large et se popularise avec le Mac Carthysme qui lance à partir de Février 1954 une traque des communistes et de leurs sympathisants dans le cadre de la paranoïa due à la Guerre Froide. L’expression est depuis très utilisée par les groupes s’estimant victime de diabolisation : elle fait souvent partie des discours s’inscrivant dans un processus de victimisation.

En Europe à partir du XIIème siècle, L’Eglise lance une chasse aux pratiques magiques. Car si l’Eglise combat la magie, c’est qu’elle y croit ! Cette campagne est essentiellement tournée contre les femmes (avec un pic entre 1580 et 1630) faisant au total un nombre considérable de victimes, estimation : 100 000 procès, 50 000 exécutions. Ce qui montre que tous les procès ne se terminaient par une condamnation au bûcher.

II) DEROULEMENT

L’Eglise entend exercer un contrôle absolu non seulement sur les contenus théologiques et les pratiques religieuses mais aussi sur les modes de vie. Il n’est que de lire les « Pénitentiels » recueil de questions que les prêtres devaient poser aux fidèles à confesse pour être édifiés. Je vous assure que c’est pas triste, il s’agit surtout de la surveillance de la vie sexuelle, cernée par de multiples interdits, même entre époux.
L’Inquisition est organisée par le pape Grégoire IX pour lutter contre les hérétiques suite au IVème Concile de Latran. Ses premières victimes sont les Cathares et les Vaudois.
En réaction aux fièvres millénaristes, les sectes se multiplient, réclamant davantage de liberté des esprits et des corps. On y trouve un grand nombre de femmes qui réclament une libéralisation de leur statut. Les Béguines qui cristallisent ce courant de libéralisation des mœurs prônent une plus grande liberté sexuelle et récusent l’autorité des hommes.
Vers 1326, le pape Jean XXII rédige la bulle « Sper Illius Specula » qui définit la sorcellerie comme une hérésie.
En 1484, le pape Innocent VIII lance le signal en rédigeant une bulle qui organise la lutte et élargit la mission de l’Inquisition aux « praticiens infernaux ».
La persécution commence à grande échelle après la publication du «Malleus Maleficarum » par deux dominicains. Le « Marteau des Sorcières » (marteau pour les frapper et les anéantir) est une description des sorcières, de leurs pratiques et des méthodes à suivre pour les reconnaître. Bien que rapidement rejeté par L’Inquisition, il sert de référence à la justice séculière.
Car, et c’est là le truc, l’Eglise ne peut être accusée d’avoir du sang sur les mains, elle juge mais ne condamne ni n’exécute. La mise en œuvre de la sentence appartient au bras séculier. C’est pourquoi Jeanne d’Arc, jugé par l’Eglise, fut exécutée par les anglais puisqu’à cette période de la Guerre de Cent Ans, Rouen était anglaise.
Je reviendrai sur le « Malleus », mais qu’il ait été rédigé par des dominicains ne doit rien au hasard. L’ordre, fondé par l’espagnol Dominique de Guzman, se voue dés sa création à la conversion des hérétiques. Les méthodes de conversion sont quelque peu musclées, et les plus grands inquisiteurs sont dominicains. CF : Le Nom de la Rose, Bernado Gui a bien existé, il a même réussi par son comportement à s’attirer des reproches des autres inquisiteurs, fallait le faire !
Les sorcières n’en sont pas quittes avec la Réforme, l’Eglise protestante les poursuit avec autant sinon plus d’ardeur que la catho !

L’usage de la torture (pratique courante pour faire avouer tout suspect quelque soit son rang social dans la justice tant séculière qu’ecclésiastique) aboutit à des aveux aussi détaillés que fantaisistes. Outre que la question souffle la réponse, style : « Avez-vous copulé avec le Diable », les accusés connaissent bien le scénario popularisé par les livrets de colportage, les contes et le bouche à oreilles. Ce qui fait qu’une fois passé le choc des outrances, les minutes de procès sont répétitives, à même question, même réponse.
Les victimes sont à 80% des femmes dont un grand nombre issues des classes populaires, mais les riches ne sont pas à l’abri. Voir le procès en sorcellerie de Gilles de Rai, Maréchal de France, ancien compagnon de Jeanne d’Arc. D’autant que les accusateurs, si la culpabilité était prouvée (cas le plus fréquent) touchaient une part de leur biens. Grosse tentation, dans un tel climat, les dénonciations pleuvent, par peur, par lucre, vengeance, jalousie beaucoup plus que par esprit pieux ! Les condamnations peuvent parfois être étendues aux enfants, surtout les filles.
On met dans le même sac : juifs, homosexuels, marginaux, errants. L’accusation de sorcellerie englobe un large panel !

En France, la persécution s’arrête pratiquement après 1680.
En Juillet 1682, Louis XIV, Colbert et le Tellier légifèrent à propos du « crime de sorcellerie » et le relèguent au rang de l’escroquerie. Dés lors, les « devins magiciens et sorciers » ne sont que des imposteurs guignant la bourse des « personnes ignorantes ou crédules. »
Qu’on ai éprouvé le besoin de légiférer au plus haut niveau prouve l’importance du phénomène.
Ce qui n’empêche pas la sorcellerie d’être au premier plan de « L’Affaire des Poisons » impliquant des membres de la Cour dont la plus connue est la Marquise de La Voisin qui fût brûlée.

III) DEFENSE

Les avocats sont généralement absents de ces simulacres de procès où le suspect est coupable d’avance (ça a pas beaucoup changé, Sarko aurait pu accuser Villepin de sorcellerie)
Ceux qui défendent les sorcières, appelés « Avocats du Diable » se mettent en danger eux-mêmes.
« Les autorités ne doivent pas permettre aux avocats de s’occuper des affaires de sorcières et de leur sauver la vie pour provoquer encore plus de dommages et de maux. Car tout le mal que de telles fiancées du Diable font, les régents et les honorables avocats devront un jour en répondre devant Dieu. »
Super intendant de Henneberg ; Allemagne 1613.
Les juges pratiquent une certaine douceur pour mettre l’accusée en confiance, mais les questions théologiques (alors que la théologie est réservée aux ecclésiastiques) perdent les pauvres paysannes incultes que sont souvent les sorcières.
Les plus cultivées ne sont pas à l’abri :
En 1646 quand on demande à Adrienne d’Heur si elle croit aux sorciers, elle sait que si elle répond non, on l’accusera de ne pas croire au Diable e donc de s’opposer aux dogmes de l’Eglise, et que si elle répond oui, on lui demandera d’où elle tient cette certitude suspecte…

Un moment clef de l’interrogatoire est l’apparition des témoins qui sont souvent des proches de la sorcière. L’instant d’avant elle ne savait pas qui avait déposé contre elle, et tout à coup elle s’effondre quand elle réalise quelles personnes se sont liguées contre elle.
Tout est donc sciemment et techniquement mis en œuvre pour que l’accusée, désignée coupable avant même le procès soit condamnée.
Les sorciers ne peuvent que mourir : s’ils n’avouent pas, ils sont accusés de taciturnité diabolique, s’ils avouent sous la souffrance, ils sont également brûlés !

La persécution des sorcières culmine aux XVIème/ XVIIème et coïncide avec la Renaissance, les débuts de l’Epoque Moderne, l’Humanisme et l’imprimerie qui le diffuse.
Les sorcières étant des boucs émissaires, les chasses aux sorcières correspondent avec les périodes de guerre (Religion, Trente Ans) et les malheurs du temps (famines, épidémies). Avant, c’étaient les juifs qui prenaient !
Et quand on entend aujourd’hui un pasteur baptiste américain proclamer dans son émission TV que le séisme c’est bien fait pour les haïtiens qui ont (texto) « fait un pacte avec le Diable à Bois Caïman pour obtenir leur indépendance », on se dit que la Chasse aux Sorcières a de beaux jours devant elle !
Les grands penseurs humanistes ne s’élèvent pas contre ce mouvement, à de rares exceptions près :
Heinrich Cornélius Agrippa von Nettesheim qui fut attaqué pour soutien à la sorcellerie.
Le pasteur allemand Anton Praetorius de l’Eglise calviniste édite en 1602 un livre contre la persécution des sorcières.
Le jésuite Von Spee qui a accompagne de nombreuses sorcières au bûcher, publie sous l’anonymat un livre pour les défendre ce qu’il fit toute sa vie. Il invitait tous ceux qui contribuaient à cette chasse à assister à des séances de torture au cours desquelles il disait avoir vu blanchir ses cheveux devant tant de souffrance et de détresse qu’il ne pouvait soulager.
Il les adjurait d’appliquer la constitution caroline de Charles Quint, un système de droit pénal évolué et protecteur des droits des accusés. Mais les pratiques locales étaient souvent peu respectueuses des textes.
Dans certains lieux, il y eu des flambées de violence, alors qu’il ne se passait rien à 50Km.
Les « Sorcières de Salem » ne semblent pas avoir fait d’adeptes hors de la localité !

Au XVIIème, au moins en France, les procès en sorcellerie s’épuisent quelque peu, remplacés par la « Possession ». A ne pas confondre avec la sorcellerie proprement dite, j’y reviendrai, mais les sorcières ne sont pas des « possédées », elles sont totalement responsables de leur « pacte ».

Anecdotes : Une loi anglaise de 1677 condamnait au bûcher les météorologues, taxés de sorcellerie !


Mais la loi, qui ne fut abrogée qu’en 1955 n’a pas toujours été appliquée à la lettre, heureusement pour le Capitaine Stagg qui avait prévu une accalmie du mauvais temps pour le débarquement de Normandie le 6 juin 1944 !
Jeanne d’Arc : outre ses voix, on lui reproche de s’habiller en homme, délit passible de la peine capitale, c’était quand même plus pratique pour monter à cheval, mais ça aussi on lui reproche de monter « comme un homme », les dames comme il faut montaient en amazone, d’avoir quitté ses parents sans qu’ils lui aient donné la permission (elle avait 24 ans !)

En conclusion, les « sorcières » sont bien souvent des femmes qui travaillent et jouissent donc d’une relative indépendance économique qui la font sortir des normes et du rôle imposés à la féminité.


IV) LE MAC CARTHYSME

Une Chasse aux Sorcières aussi contemporaine que délirante se déroule aux Etats-Unis de 1947 à 1954, sept ans de dèlire!
Les accusés ne pactisent plus avec le Satan de l’Enfer, mais avec le diable rouge communiste !
CF : Hérodote. fr
http://www.herodote.net/histoire/evenement.php?jour=19500209
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