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 Un avocat général parle des policiers

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blue note

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Localisation : Paris
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MessageSujet: Un avocat général parle des policiers   Dim 21 Fév 2010 - 0:37

Si j'étais policier...

Si j'étais policier...
J'en aurais assez. Je serais fatigué. Lassé d'entendre sans cesse les mêmes accusations, les mêmes récriminations, les mêmes injustices.
Je n'en pourrais plus d'être écartelé chaque jour entre le besoin qu'on a de moi, de l'ordre et de l'autorité que je représente et l'hostilité qu'on éprouve à l'égard de la police et de la contrainte nécessaire qu'elle doit exercer. On me veut ou on me déteste ?
J'aurais envie de dire, à ceux qui m'obligent à frôler les murs dans le quartier où j'habite, aux professionnels de l'indignation et de la société théorique, à toutes les bonnes consciences heureuses d'avoir avec mes collègues et moi des boucs émissaires idéaux, qu'ils n'ont qu'à prendre ma place, mon service et mes responsabilités. Qu'ils fassent "mon boulot" et on verra si leur angélisme ne s'imprégnera pas alors d'un peu de réalisme !
Je ne supporterais plus d'être toujours et à tout coup traité de coupable. On dirait que la police patrouille, interpelle, se bat, est frappée et outragée par plaisir. Il n'y aurait que des pacifiques partout et nous aurions tort de nous mêler de ce que notre mission implique. Moi aussi, je voudrais pouvoir bénéficier de la présomption d'innocence et sentir, en ma faveur, la grande houle systématique des droits de l'homme, des syndicats, des avocats et des humanistes patentés. Mais coupable d'entrée de jeu, je devrais encore m'estimer chanceux si on ne me renvoie pas devant le tribunal correctionnel.
Je serais dégoûté d'être abandonné en rase République par ceux qui auraient dû être nos alliés naturels, les politiques, les juges, les citoyens honnêtes, les partisans d'une société à peu près vivable où l'ordre ne serait que le moyen de la justice.
Les magistrats, toutes tendances confondues, qui se croient d'une essence supérieure à la nôtre. Nous aurions les mains sales et noires et eux auraient l'esprit et la morale propres. Forcément, puisque le réel passe à travers nous et ne les atteint qu'épuré et filtré. Les politiques fluctuent à notre égard au gré de l'imprévisibilité sociale. Poussant les feux quand l'opinion publique est scandalisée par un crime. Prétendant réguler et désarmer quand des avocats protestent, quand des journalistes sont placés en garde à vue et que la démagogie ordonne de suivre, alors qu'un Etat responsable choisit ses actions et ses abstentions et n'est pas mû par un réflexe de Pavlov.
Je me révolterais devant ces incidents, parfois ces tragédies qui naissent souvent parce qu'un jeune homme, dans des cités où on a à peine le droit d'entrer, a commis un délit ou un crime et que, poursuivi légitimement par la police, il va chuter, être blessé ou malheureusement parfois mourir.
Immédiatement, on va oublier la cause pour ne s'attacher qu'à la conséquence dont la charge sera exclusivement imputée à la police. Les médias montreront la famille éplorée de la victime qui nous traînera dans la boue en direct. Il faudrait accepter cela sans réagir ? Comme si le drame occultait l'équité et même le bon sens ?
Je m'éloignerais de nos meilleurs ennemis : les journalistes. Qu'on leur parle ou non, peu importe. Il y a pour eux quelque chose de plus fondamental que la bonne foi policière : le fait que la police ne peut pas être de bonne foi. Ce n'est pas vrai seulement pour les publications de gauche, voire gauchistes qui ont besoin de "se faire" la police par une sorte d'hygiène à parfum anarchiste ou vaguement révolutionnaire. Ce l'est aussi pour les journaux conservateurs ou "apolitiques", tant
avec une complaisance masochiste le petit monde médiatique éprouve le besoin de crier d'une seule voix, d'écrire d'une seule plume. Ces contempteurs au quotidien ne seront pas les derniers à nous fustiger lorsque nous interviendrons avec dix secondes de retard à la fin de manifestations où eux aussi auront été pris à partie par des voyous.
Je dénoncerais ces projets de réforme qui parlent du travail des policiers sans les solliciter le moins du monde, comme si ceux-ci n'étaient pas là disponibles, légitimes pour traiter de ce qu'ils connaissent au quotidien. C'est D'ABORD eux qu'il aurait fallu écouter, comprendre et consulter sur
la garde à vue.
Je tournerais en dérision, si j'avais le courage d'en rire, ce débat qui a été imposé à l'Etat, qu'il n'a pas du tout initié et qui sous le feu conjugué de l'humanisme européen et de la formidable pression du barreau va sans doute aboutir à une cote mal taillée tant le fait d'ouvrir une porte, sans véritable nécessité, vous condamne à des acrobaties intellectuelles (Le Monde, Le Parisien, Le Figaro, nouvelobs.com). On aboutit à ce paradoxe que, par crainte de nos réactions, on nous rend hommage tout en affirmant - comme la garde des Sceaux - qu'on ne va toucher que "le cadre légal" qui en l'occurrence est tout.
Jean-Marie Bockel, lui, sent bien la difficulté ! Autrement dit, on n'a rien à nous reprocher, on exige de nous des résultats, la garde à vue offre des garanties et est adaptée à la majorité des personnes interpellées mais il convient pourtant de la modifier. Des dysfonctionnements singuliers vont être le prétexte pour une agitation législative plurielle. Que l'avocat, puisque la garde à vue est souvent efficace, souhaite y imposer sa présence, rien de plus normal, mais que le pouvoir politique lui emboîte le pas sans s'interroger... Il y aura sans doute des manifestations de policiers, banderoles et slogans à l'appui mais le processus est enclenché. A tel point que notre défenseur Brice Hortefeux, vaillant et déterminé, a été obligé d'admettre qu'il n'était pas "hostile à une réforme" mais à certaines conditions (JDD.fr). Il y a tout de même aussi des magistrats, contrairement à ce qu'on veut faire croire, qui n'applaudissent pas cette évolution prétendue inéluctable. Celle-ci semble faire perdre le sens commun à certains juges qui dispensent de peine parce que la garde à vue aurait été "indigne". Où va-t-on ? En réalité, mais il y faudrait du courage politique et de la constance professionnelle, plutôt que de modifier les règles il faudrait un contrôle vigilant et impitoyable des gardes à vue et l'exclusion des fonctionnaires de police qui les déshonorent soit par paresse - combien d'actes négligés !- soit à cause d'une violence inadmissible. Mais une telle démarche serait infiniment plus ardue et éprouvante que de faire voter une nouvelle loi ! Nous serions nombreux à approuver une telle rigueur. Elle nous dispenserait du procès global qui nous est intenté à cause de quelques-uns. Ce qui est sûr pour les policiers, c'est que les moyens de la lutte contre l'insécurité vont subtilement être infléchis, atténués mais qu'on continuera pourtant à réclamer une police réactive partout et favorisant l'émergence d'un degré zéro de délinquance, ce qui est à la fois impossible et absurde. Travailler plus et mieux avec moins, comment faire ?
Je m'opposerais à tous les donneurs de leçons. Aux vertus qu'on exige de nous, connaîtrait-on beaucoup de politiques, de magistrats, d'avocats et de journalistes dignes d'être policiers ? Je sais que parmi nous il n'y a pas que des "aigles" et qu'il est dangereux de donner du pouvoir à des
médiocres. Mais là aussi qu'attend-on ? Comme dans la magistrature qui a aussi ses incompréhensibles protections, nous avons nos "brebis galeuses". Il faut s'en débarrasser. Rien cependant n'autorise qui que ce soit à se poser en face de nous comme modèle éthique. La fonction de policier est une charge, un honneur, parfois une souffrance. Auxiliaire de tranquillité publique et de démocratie, comme les magistrats et les avocats sont auxiliaires de justice. Rien de plus, rien de moins.

Si j'étais policier... 14 février 2010

Philippe Bilger
Avocat Général près la cour d'appel de Paris
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MessageSujet: Re: Un avocat général parle des policiers   Mer 24 Fév 2010 - 10:31

"Not comment" pour moi, je n'ai pas envie de finir en garde à vue...
Qui a parlé de totalitarisme : Incroyable mais vrai
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Rosacée



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MessageSujet: Re: Un avocat général parle des policiers   Mer 24 Fév 2010 - 11:17

Tout ce que je peux dire, c'est que je ne voudrais pas être policier ou gendarme.
On a besoin d'eux et en même temps ils sont réprimés. Peut-être que de temps en temps, certains devraient revoir leur méthode d'action.
Je pense à deux choses : le côté justice mais aussi à l'abus de pouvoir. On ne peut pas nier ce que subissent les policiers, mais on ne peut pas nier ce que subissent certaines personnes et ce de façon tout à fait injuste par certains d'entre eux.

Ensuite, je pense aussi à la peur.
Serait-ce lié à cela pour qu'il y ait tous ces débordements ?
Il faut dire qu'ils en voient de toutes les couleurs dans la rue.

On met souvent en place des cellules psychologiques pour dédramatiser des chocs. Mais est-ce que les policiers ont ce genre de chose pour temporiser toute cette violence, cette méfiance, cette crainte ?

Et la garde à vue, ça ne me tente pas non plus... Pace que j'y ai vu des témoignages, et je vous jure que certains policiers n'ont pas de pitié, je me demande même s'ils sont humains.
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novi

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MessageSujet: Re: Un avocat général parle des policiers   Mer 24 Fév 2010 - 14:07

Bilger est magistrat ? Étrange ! A le lire, j'aurai parié qu'il travaillait au cirque Pinder comme mauvais clown...
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Vic Taurugaux

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MessageSujet: Re: Un avocat général parle des policiers   Mer 24 Fév 2010 - 14:21

Il existe aussi depuis toujours en France le devoir de désobéissance. Ce devoir a été récemment rappelé à chaque citoyen français lors du procès Papon à Bordeaux.
Mon beau-père qui a aujourd’hui 82 ans a débuté sa carrière de policier à Paris comme hirondelle. Puis, il a été versé à Police Secours. Son travail consistait alors à « récupérer » les morts lors des nombreuses explosions de gaz dans les appartements parisiens de l’époque. Les pompiers n’étant alors pas aussi outillés qu’aujourd’hui. Plus tard, pour sortir de cet enfer, il trouva une « planque » aux renseignements généraux. C’était plus facile pour faire carrière. Il suffisait alors de faire un rapport compromettant contre les « ratons » puisque nous étions en 1962. Il a refusé et, à la différence de nombreux collègues propulsés au ministère de l’Intérieur, il s’est trouvé placardisé.
Ensuite, il a continué modestement sa carrière à mi-temps dans ces mêmes RG pour devenir à l’heure de la retraite inspecteur divisionnaire.
C’était un simple flic. Il a loupé sa carrière. Mais, il a conservé son honneur. Sans la moindre médaille.
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francoisdalayrac

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MessageSujet: Re: Un avocat général parle des policiers   Mer 24 Fév 2010 - 14:32

Vic Taurugaux a écrit:
Il existe aussi depuis toujours en France le devoir de désobéissance. Ce devoir a été récemment rappelé à chaque citoyen français lors du procès Papon à Bordeaux.
Mon beau-père qui a aujourd’hui 82 ans a débuté sa carrière de policier à Paris comme hirondelle. Puis, il a été versé à Police Secours. Son travail consistait alors à « récupérer » les morts lors des nombreuses explosions de gaz dans les appartements parisiens de l’époque. Les pompiers n’étant alors pas aussi outillés qu’aujourd’hui. Plus tard, pour sortir de cet enfer, il trouva une « planque » aux renseignements généraux. C’était plus facile pour faire carrière. Il suffisait alors de faire un rapport compromettant contre les « ratons » puisque nous étions en 1962. Il a refusé et, à la différence de nombreux collègues propulsés au ministère de l’Intérieur, il s’est trouvé placardisé.
Ensuite, il a continué modestement sa carrière à mi-temps dans ces mêmes RG pour devenir à l’heure de la retraite inspecteur divisionnaire.
C’était un simple flic. Il a loupé sa carrière. Mais, il a conservé son honneur. Sans la moindre médaille.

Hum... Ne perd - on pas son honneur à accepté les médailles, trop souvent?

François
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novi

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MessageSujet: Re: Un avocat général parle des policiers   Mer 24 Fév 2010 - 14:56

Pour plussoyer Vic : Je m'entraine de temps en temps au coté d'un simple flic retraité, qui me raconte souvent comment par gout de la désobéissance face à ce qui pour lui ne correspondait pas à son engagement premier..., il resta affecté à la circulation toute sa carrière. Ce qui lui laissa le temps de devenir plusieurs fois champion de culturisme.
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blue note

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MessageSujet: Re: Un avocat général parle des policiers   Mer 24 Fév 2010 - 23:41

Cochonou, le petit reportage que tu as ajouté me semble très édifiant, et je pense qu'il se rapproche de la réalité.

Rosacée, actuellement dans pas mal de métiers il existe des cellules de débriefing, je ne doute pas que cela soit mis en place régulièrement. Néanmoins, comme cela s'est passé pour tous les suicide à France Télécom, ne serait-il pas souhaitable d'essayer d'améliorer le quotidien de certaines professions plutôt que de payer des psy a ramasser les morceaux ?
Comme de prescrire des antalgiques au lieu de chercher à supprimer la source de la douleur, il s'agit d'une politique indigne, destinée à camoufler les vrais problèmes.

Pour connaitre un peu le droit, il faut regarder la garde à vue avec plus de recul et voir aussi dans quel but elle a été crée.
Techniquement, pour aboutir à la connaissance de la vérité dans une affaire, par le biais d'auditions, de perquisitions...etc, mais aussi d'assurer que la personne retenue va bénéficier de droits. Comme de voir un médecin, un avocat, d'avoir des pauses obligatoires dans les auditions...etc. Tout est noté, donc s'il y a abus, ça se verrait rapidement. S'il s'agissait d'auditions "libres", tout serait permis.
Il n'empêche qu'il doit s'agir d'une expérience traumatisante, et je ne la souhaite à personne. En partie parce qu'elle se déroule dans des locaux où les conditions de vie sont épouvantables, ces même locaux d'ailleurs où la police ou la gendarmerie travaille, dans l'indifférence générale.

Sinon, vic et novi, concernant le devoir de désobéissance, on est bien d'accord. C'est d'ailleurs un devoir déontologique, trop souvent oublié dans notre pays.
Je vous mets un petit article de jacques attali sur le sujet, pas mal ficelé.

http://www.lexpress.fr/actualite/societe/le-devoir-de-desobeir_493546.html
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