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 Pierre Willequet : Mère et filles, histoire d'une emprise

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lucarne



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MessageSujet: Pierre Willequet : Mère et filles, histoire d'une emprise   Sam 27 Fév 2010 - 14:05



Mères et filles, histoire d’une emprise


Voilà déjà un moment que je souhaitais parler de ce livre. Mais voilà, je ne savais par quel bout commencer. Il m’a tellement ouvert de portes. Sur les relations mères-filles, mais aussi sur les "principes" féminin et masculin. Pas une mince affaire, vous avouerez… Mais passionnant. Un essai écrit dans un style brillant. Quelques passages un peu plus abrupts, mais le tout se lit comme un roman.

Alors, comme je suis bien incapable de le résumer ni d’extraire des passages du tout, tant ce tout est dense et intense, je me contente de poster la quatrième de couverture :

*
Pour la majorité des femmes, la relation à la mère est brûlante, et nombreuses sont celles qui se débattent dans l’imbroglio de leurs amours maternelles. Loin du schéma classique de la fascination pour le père, c’est entre mère et fille que l’intensité du lien, le climat incestuel se manifestent avec le plus de violence, et dans une récurrence qu’on soupçonne difficilement.

Pour comprendre les raisons de l’emprise des mères, Pierre Willequet propose la notion de "principe maternel", car il semble que ce soit d’une dimension quasiment supra-individuelle que la mère tienne sa puissance agissante. Mais ce qui dispose particulièrement la fille à l’emprise de sa génitrice, c’est que leur relation est la seule, entre les générations, où l’organe mâle – pénétrant, envahissant – est absent. En d’autres termes, il s’agit d’un lien autorisant la croyance qu’il échappe au risque d’inceste, et permettant d’en imaginer le tabou inutile. Or, paradoxalement, un tel fantasme ouvre une voie royale à l’intrusion et à l’inceste… psychiques de la mère à l’égard de sa fille.

À la lumière de ces notions, et convoquant le mythe de Déméter et de sa fille Perséphone, séduite par Hadès, dieu des Enfers, Pierre Willequet explore les différents destins et étapes possibles de la relation mère-fille.

*
Pierre Willequet est docteur en psychologie et psychanalyse. Il exerce en France et a notamment publié Le rêve : sa créativité, ses bizarreries. Diplômé de l’Institut C.G. Jung de Zurich, il travaille également dans une institution genevoise d’accueil parents/enfants d’orientation analytique.


Dernière édition par lucaerne le Sam 27 Fév 2010 - 18:55, édité 1 fois
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lucarne



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MessageSujet: Re: Pierre Willequet : Mère et filles, histoire d'une emprise   Sam 27 Fév 2010 - 18:54

Difficile d'en parler succinctement car je l'ai lu afin de mieux comprendre mon enlisement dans mes relations avec ma mère et ses conséquences. Donc, une résonnance très personnelle.

Par exemple, un père maltraitant ou absent pourra rendre l'accès au monde difficile pour son enfant (perfectionnisme, manque de confiance en soi...) mais ce trait pourra être compensé par l'environnement et les expériences valorisantes.

En revanche, la mère peut littéralement dénier à son enfant le droit d'exister. Ce dernier reste une partie de sa génitrice, comme une espèce de membre inutile. Un fils s'en sortira mieux, car il ne pourra s'identifier à sa mère, à la féminité (à part quelques exceptions). Une fille, elle, va devoir se positionner avec deux options : se soumettre ou se rebeller. Mais dans les deux cas, il lui sera impossible de s'individuer (même si le deuxième choix permet une individualisation). En gros, elle élaborera une "fausse séparation", mais sera incapable de se construire en dehors de la relation à la mère (ici opposante).

Citation :
Les cas que j’ai qualifiés de particulièrement douloureux, ou de lourds (dans tous les sens du terme), possèdent certains traits distinctifs. Ces patientes, qui évoquent de manière aiguë (bien qu’allusive, détournée) l’influence exercée sur elles par leur mère, manifestent d’emblée une étonnante inhibition ou impossibilité à (se) penser. Il existe chez elles une forme d’incapacité – ressemblant à s’y méprendre à un interdit – à faire usage de leur réflexion pour tout ce qui les concerne. L’accès à une autoreprésentation, ou à tout ce qui pourrait ressembler à une élaboration de leur insertion dans le monde, dans leur histoire, semble barré. On se trouve là déjà – à mon sens – au cœur du problème. Nous y reviendrons.

Ce premier trait est souvent accompagné d'une forme de torpeur ou de nébulosité émotionnelle, affective, mais aussi bien sûr conceptuelle, qui teinte tout ce que je nomme souvent "l'ambiance psychique" de l'individu.

De quoi s'agit-il ? Ces femmes, qui se reconnaissent totalement désemparées par l'intensité de leur ambivalence, sont comme engluées dans une sorte d’épais brouillard constitué d’éléments épars. Elles en parlent d’ailleurs comme d’une substance les maintenant accolées à leur génitrice par de multiples attaches : attentes frustrées, émotions inexprimées, intuitions mal identifiées, sentiments plus ou moins haineux (bien que niés), tout autant que détresse sur fond éminemment dépressif. Ces personnes sont habitées par l’effroi d’une totale absence de perspective. Elles se sentent captives d’une molle et invisible nasse n’ayant d’autres finalités que d’éternellement les séquestrer. Cette nasse, à proprement parler diabolique – et l’on verra plus loin le rapport effectif aux enfers dans la relation d’une mère à sa fille -, semble avoir pour effets, primo, de figer le mouvement psychique, ce qui engendre un intense sentiment de souffrance, et, secundo, de rassurer paradoxalement les individus en maintenant les choses en l’état. De cette façon, ce piège les apaise en leur assurant que leur appréhension du monde est et demeurera inchangée, et que les outils, qui, jusque là, leur ont été utiles pour s’y repérer le resteront indéfiniment.

Cette nasse, qui enferme, anesthésie en même temps par immobilisation et stagnation. Si l’on pouvait entendre le discours implicite qui, du côté de la fille, sous-tend cette logique, on percevrait sans doute quelque chose comme ceci : "Je me sais enfermée, retenue dans un espace intime qui, à la fois, me détruit et me sécurise. Il me nourrit et, en même temps, me dévore". Situation pernicieuse, ambiguë, crucifiante, dans laquelle se démène (ou s’enlise) le sujet atteint par cette véritable asphyxie psychique ?

Dans la problématique mère/fille, on a l’impression que c’est précisément là que le bât blesse : la constitution du moi semble souvent avoir été entravée, obstruée par et dans le lien au maternel. L’élaboration structurante d’un moi capable de se mouvoir dans son environnement, de s’y repérer et de s’y sentir légitime apparaît comme défaillante(…)

(ce qui explique aussi que la "volonté" puisse paraître quelque chose de bien illusoire)

Cette problématique (motif du livre) est bien entendu largement développée. Mais l'auteur va plus loin en interprétant aussi le monde et son aspect "vertical" (masculin) et horizontal (féminin). Le point d'équilibre pouvant être représenté par une croix (pas étonnant que la plupart des civilisations connaissent ce signe).

Le discours paternel dirait, en gros :

Citation :
Conforme-toi à mes attentes dans ta manière de t’insérer et de te bâtir une place dans le monde. Faute de quoi tu souffriras d’un inéluctable sentiment de manque et de médiocrité. Travaille, produis encore et toujours plus. Brille aux yeux des autres, sors du lot, obéis-moi et je t’accepterai. C’est la condition que je t’impose pour que tu n’aies pas trop à souffrir.

Le principe maternel :
Citation :
Conforme-toi à mes attentes dans ta façon d’être à mon égard. Faute de quoi c’est moi qui en pâtirai et, par conséquent (ceci sous-entendu), toi bien plus encore.
Continue de croire que, si je souffre, c’est uniquement de ton fait.
Ce n’est pas tant ce que tu fais (dans le monde) qui véhicule ta faute, mais bien ce que tu éprouves – et commets - à mon encontre.

Citation :
Là où le surmoi paternel tonne : "Tu as mal fait !", le maternel geint : "Tu m’as fait mal…"

Les motifs comportementaux liés aux attentes paternelles sont relativement définis : peut-être nous épuiseront-ils, ils sont néanmoins discernables. Le moi y trouve son grain à moudre et peut "œuvrer" dans leur sens en constatant que ce qui a été exigé de lui se retrouve là, face à lui, sous la forme d’un objet externe relativement concret (une réalisation, une prouesse, quelque chose…).

Les attentes maternelles sont d’une tonalité bien plus insidieuse. Il est difficile – voire affolant – de s’entendre dire que ce qu’on éprouve ou est ne correspond pas à ce que l’on devrait éprouver ou être. (…) cette flèche la transperce de part en part. La tue, littéralement, en lui soustrayant l’accès à son identité. Car ces assignations échappent, pour la plupart, à la sphère des aptitudes conscientes. Elles ont à voir avec le psychisme subjectif et non avec un quelconque savoir-faire. Dans cette mesure, le sujet va désespérément essayer de colmater les manques exprimés par le surmoi maternel en d’innombrables circonvolutions censées les apaiser. Le pouvoir qui en émane est difficile à décrire. La "Mère Souffrante" - qu’elle soit interne (sous forme surmoïque) ou externe (sous forme réelle) – est une instance au pouvoir illimité.
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Rosacée



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MessageSujet: Re: Pierre Willequet : Mère et filles, histoire d'une emprise   Sam 27 Fév 2010 - 20:45

Dès que je pourrai, j'essaierai d'acheter ce livre. Il a l'air d'être super enrichissant.

Cependant, je ne pense que tout pourra rentrer en compte dans la relation mère/fille que j'ai pu avoir avec ma mère.

Mais sans doute que cela pourra m'aider à comprendre cette relation (emprise) d'une femme (mère) a un autre femme en devenir (en toute puissance).
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blue note

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MessageSujet: Re: Pierre Willequet : Mère et filles, histoire d'une emprise   Dim 28 Fév 2010 - 0:07

Ce livre a l'air en effet très intéressant.
J'y retrouve hélas trop de choses personnelles, entre autre relations avec une mère toxique qui a fait pas mal de dégâts. Mais je me soigne tong
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Romane
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MessageSujet: Re: Pierre Willequet : Mère et filles, histoire d'une emprise   Dim 28 Fév 2010 - 0:11

D'après les citations de luca, il me semble que le sujet est abordé d'une manière assez globale, pouvant s'adapter à pas mal de cas particuliers. Est-ce cela, Luca ?

*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*
"Bonjour, je suis Romane, alors je m'appelle Romane, c'est pour ça que mon pseudo c'est Romane."
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lucarne



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MessageSujet: Re: Pierre Willequet : Mère et filles, histoire d'une emprise   Dim 28 Fév 2010 - 1:27

Oh oui ! J'avoue que j'ai eu du mal au début, justement parce que trop de résonnances. Mais au bout de quelques pages, c'est tellement passionnant et universel qu'on ne s'arrête plus. Et on comprend beaucoup de choses, qui nous concernent directement ou non. Comme le dis Romane, on voit ensuite autrement les situations autour de soi.

J'essaierai de mettre d'autres passages, mais je ne vais quand même pas citer le livre entier.
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MessageSujet: Re: Pierre Willequet : Mère et filles, histoire d'une emprise   

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