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 Fortuno Sorano

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Astérisque
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MessageSujet: Fortuno Sorano   Mer 3 Mar 2010 - 18:26

Je mets ce lien, j'ignore s'il est permis de et comment rapporter la photo ici.
http://www.photo.fr/portfolios/siecle/index7.html

Fortuno Sorano

1911… « Fortuno Sorano compagnon de Zapata et Pancho Villa pendant la révolution mexicaine, devant le peloton d’exécution. 1911. Photo anonyme. La « photo du siècle » selon Henri Cartier-Bresson. »

La photo est terrible. Terrible et belle.
Vous le connaissez ?
Moi non plus…
Un inconnu illustre.
Sauf… sauf qu’au premier coup d’œil il ne m’a plus quittée. Impossible d’oublier cette attitude, ce visage, ce sourire… Ce défi. Devant ce mur-là.

C’était en 1965, si ma mémoire est bonne. La découverte de la civilisation hispanique d’Amérique Latine… Je ne me souviens pas m’être attardée sur ce portrait plus que sur d’autres illustrations. Pas nécessaire. C’est le genre de cliché qui s’imprime à votre insu. Définitivement. Le noir et blanc. Très noir. L’ombre.

Sur le cliché de mon livre, je ne me souviens pas qu’il était nommé. Une de ces ombres dans le sillage de Pancho (Francisco) Villa, homme de main d’Emiliano Zapata, les lieutenants de Francisco Indalecio Madero, plus surement un compagnon du premier, pas un enfant de cœur sans doute. La révolution de 1910, pour la non-réélection et le suffrage universel… du banal ? Là-bas, comme ailleurs, la requête d’un peu d’équité et un gage d’échapper au parti unique et à ce qu’il faut bien nommer dictature… Du déjà vu, toujours recommencé… parce que les êtres humains ont la mémoire courte.

Je l’ai cherché longtemps, obstinément, infructueusement, dans les quelques livres scolaires conservés, dans les dictionnaires aussi… en vain. Mais allez donc trouver la photo d’un individu dont vous ignorez le nom… Sauf que ce matin, « bon sang, mais c’est bien sûr ! » : le web ! Révolution mexicaine. Images. Et il est là, la cinquième photo en partant de la gauche.

Pourquoi rechercher ce portrait-là en particulier ? C’est toute une histoire. Peut-être baignée d’une pointe de romantisme, allez savoir ? Vous avez quinze ans, les rebelles vous attirent. Un révolutionnaire si beau… le panache de l’attitude… la désinvolture et la provocation… faire face aux fusils sans ciller… Avec le recul, et puis cette saleté de distanciation qui nous a été inculquée, on se demanderait presque s’il ne s’agissait pas de propagande… provocation contre provocation… nous avons tellement appris, depuis cette époque, à remettre en cause, à nous distancier, à traquer le montage…
Mais non, j’ai un vague souvenir des leçons sur la révolution mexicaine qu’il illustrait. Et maintenant, ce gage du témoignage de Cartier-Bresson… une référence majeure en quelque sorte. Une seconde de doute est permise, pas deux. Et puis je ne le peux pas, sauf à tricher avec moi-même. L’ombre est sans prise… est-ce emprise ?

De façon parfaitement anachronique, j’ai immédiatement associé ce regard au peloton d’exécution comme l’illustration du « chant des partisans » (celui du tandem Kessel et Druon), avant la lettre… « Ami, si tu tombes un ami sort de l’ombre à ta place ». Peut-être qu’une touche de bravade machiste s’y glisse aussi, culture hispanique oblige… Quelle que soit la combinatoire des sentiments sous-jacents, il n’en reste pas moins que les fusils vont cracher incessamment. Courage ? Provocation ? Panache ? L’énigme demeure, mais non le sentiment poignant de l’urgence. Regarder sa mort en face…

Des images, j’en ai ajouté bien d’autres depuis dans ma boite à trésors. D’autres regards sont venus estomper celui-là, voire carrément le concurrencer. Regards animés d’amis, plus insistants, immuables, de portraits. Regards rassurants, énigmatiques, ou grand-ouverts sur des vides insondables… Des photos chocs, il y en eut bien d’autres après celle-là, les photos de conflits plus précisément, complaisantes parfois jusqu’à l’indécence, comme des surenchères à chaque nouveau déferlement. De celles qu’on préférerait n’avoir pas vues.

Mais s’agissant de celle-là, j’avais besoin de me prouver que je n’avais pas seulement rêvé… que le portrait existait bien. Rassurance dérisoire. Car j’ai rêvé de cet homme. Il y a bien longtemps, par deux fois au moins. Un de ces rêves qui ressurgissent lorsque l’on commence à lâcher prise, plus précisément à la suite d’une séance de relaxation. Son impact émotionnel était si fort, si douloureux que j’ai éprouvé le besoin d’écrire ce rêve, je l’ai couché sur le papier. Cet homme de l’ombre, lui dont alors j’ignorais le nom, j’ai crié son prénom en le reconnaissant. Un prénom double, à la fois masculin et féminin. Le mien, enfin le second que ma mère avait conçu comme solidaire du premier. Il m’a fallu écrire, graver ce nom pour le reconnaître et cesser de le projeter sur autrui, sur les hommes de mon entourage. C’est douloureux d’affronter sa propre lâcheté, après, il faut compter avec.

C’est une belle journée de soleil qu’aujourd’hui. Malgré le froid, au jardin le premier crocus a percé annonçant le printemps. Fortuno, est-ce ton nom qui t’inspirait face à ton sort ? Cruelle ironie de ta fortuna ?... Ton portrait est là, insolite mais à sa place, parmi les familiers… Ta révolution c’était il y a cent ans, hier, maintenant. Chaque jour.
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blue note

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MessageSujet: Re: Fortuno Sorano   Mer 3 Mar 2010 - 22:40

Merci de ce témoignage, et de cette photo.
Il y a beaucoup de choses étonnantes dans cette photo, d'ailleurs, ne serait-ce que la texture étrange du mur derrière l'homme.
Et puis cette maigreur, ce pied fièrement posé en avant, ce sourire... il est vrai que c'est marquant.
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Astérisque
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MessageSujet: Re: Fortuno Sorano   Jeu 4 Mar 2010 - 2:13

blue note a écrit:
Merci de ce témoignage, et de cette photo.
Il y a beaucoup de choses étonnantes dans cette photo, d'ailleurs, ne serait-ce que la texture étrange du mur derrière l'homme.
Et puis cette maigreur, ce pied fièrement posé en avant, ce sourire... il est vrai que c'est marquant.

Oui, étrange... ce qui avait soulevé pour moi ce soupçon de doute quant à son authenticité... Ce n'est pas le mur qui me pose problème, un mur composite, on en voit en maints endroits... peut-être la régularité des moellons?... C'est surtout la blancheur de sa chemise... on doute d'une exécution sommaire... une mise en scène?
Sa maigreur par contre ne me surprend pas... des paroles de Brel me reviennent, même si elles concernent un tout autre contexte: "ces deux-là sont trop maigres pour être malhonnêtes..." Tu me diras que le poids ne prouve pas grand chose...
Il demeure que regard critique où non, propagande ou pas, j'éprouve toujours le premier ressenti à la revoir. C'est aussi toute la force spontanée du sentiment indifférent aux arguments de la raison...
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filo

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MessageSujet: Re: Fortuno Sorano   Jeu 4 Mar 2010 - 2:20

Une photo forte en effet, ainsi que ton ressenti.

Je l'affiche pour faciliter la navigation sur ce fil :



*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*
L'art est parfois un sale boulot, mais il faut bien que quelqu'un le fasse
Le site Filosphere ** Filographies : photo & design ** Ma musique récente ou inédite ** Musique de la Juste Parole
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MessageSujet: Re: Fortuno Sorano   Jeu 4 Mar 2010 - 10:58

Il a de la gueule ^^
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lucarne



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MessageSujet: Re: Fortuno Sorano   Jeu 4 Mar 2010 - 15:22

Cette photo est fabuleuse !
Je creuse ma cervelle et la compare aux images de ces résistants de tous pays exécutés en criant leur lutte. Rien de tout ça ici, et du coup, c'est mille fois plus fort. Un genre de "J'ai fait ce que j'avais à faire. Le reste je m'en moque. Basta." Même si oui, le machisme, la rapport particulier qu'ont les mexicains avec la mort. Mais quand même...

Pour la chemise, j'ai eu l'occasion de voir certaines "vieilles" photos jouant sur le niveaux de gris, avec explications techniques d'un photographe. On s'imagine souvent que le travail sur les photos est venu avec l'informatique, mais pas du tout. Les anciens photographes savaient mettre au point des techniques de traitement de la luminosité et des contrastes de gris, tant au moment de la prise de vue que du développement.

Enfin, il n'en reste pas moins la signification du cliché. Forte ! Merci pour ce partage.
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MessageSujet: Re: Fortuno Sorano   Jeu 4 Mar 2010 - 20:05

Merci @ Filo pour le coup de pouce.

lucaerne a écrit:
Cette photo est fabuleuse !
Je creuse ma cervelle et la compare aux images de ces résistants de tous pays exécutés en criant leur lutte. Rien de tout ça ici, et du coup, c'est mille fois plus fort. Un genre de "J'ai fait ce que j'avais à faire. Le reste je m'en moque. Basta." Même si oui, le machisme, la rapport particulier qu'ont les mexicains avec la mort. Mais quand même...

Pour la chemise, j'ai eu l'occasion de voir certaines "vieilles" photos jouant sur le niveaux de gris, avec explications techniques d'un photographe. On s'imagine souvent que le travail sur les photos est venu avec l'informatique, mais pas du tout. Les anciens photographes savaient mettre au point des techniques de traitement de la luminosité et des contrastes de gris, tant au moment de la prise de vue que du développement.

Enfin, il n'en reste pas moins la signification du cliché. Forte ! Merci pour ce partage.

chinois à cent pour cent...
A propos de la chemise, il faut aussi noter les deux taches blanches latérales du mur qui enflent l'accent mis sur la poitrine. Le siège du coeur... Retravaillée probablement après développement comme tu l'indiques... Tout un art...
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