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 La folie...

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Astérisque
"J'étais pas là"
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Date d'inscription : 21/02/2008

MessageSujet: La folie...   Jeu 4 Mar 2010 - 20:11

La folie Serrabonne

La sonorité chante l’intime des jours heureux, la douceur et l’élan mesuré de ses pierres taillées comme joyaux lustrés par les ans, trésor caché parmi les épineux. Nous l’avons espérée, projetée, déréalisée, mais avons-nous mérité Serrabone ?
Monter l’interminable chemin qui serpente dans la sombre forêt de pins. Et là-haut dans la clairière, poser son sac, pénétrer le trésor recueilli au creux de la combe mystérieuse. Retrouver les masques grimaçants, dans les contours soyeux du marbre rose.
Nous ne ferons jamais le pèlerinage qui s’éloigne au bout du bout de notre rêve. Assassiné. Nous sommes des marcheurs d’occasions roulant jusqu’à l’impénitence nos bosses et nos illusions d’un sentier toujours vert.

Elle symbolisa notre visée de bonheur. De bonne heure nous aurions dû nous mettre en route pour ne pas essuyer l’affront de la porte close. Pour un Requiem. Pour travaux. Pour l'hiver. Pour que le garde-chiourme puisse prendre sa pause… Esquisser un pas de danse au bord de l'abîme, se traîner vers l'autre et lui demander la seule absolution qui vaille, se prosterner dans la seule posture qui soit convenable, main sur main et prunelles mutuellement irisées. Absoudre, dissoudre les mots vides de sens. Faire le plein des sens.
Serrabone calice d'amertume, de larmes et de frissons mêlés.
Isis ne soulève son voile qu'à ceux qui l'en ont priée. Mais nous ne savons plus prier. Je te prie est devenu je te prends. J’entre, je visite, j’ai payé. Combien ? Cher pour une visite même pas guidée… On en aurait bien fait le tour complet, mais il y avait trop d’orties et de toute façon, la nuit s’en venait. Chacun est reparti à tâtons. Quitte.
À l’intérieur, un concert se préparait. Il fallait enjamber les fils et contourner des obstacles massifs, ces sortes de boîtes où les sons se perdent et se métamorphosent au bon vouloir de l’homme de l’art… Ton coffre à toi aurait fait tonner « ô fortuna » du haut de la tribune, un parterre de vestales à tes pieds, suspendues à tes lèvres… boudeuses… orgueilleuses… amères.

Qu’avais-je pressenti à Serrabonne ? Dans la paix, la fraîcheur et le silence trompeurs, avais-je osé espérer le cocon de mystérieuses métamorphoses ?
Qu’avais-tu rêvé de Serrabone ? Quel festin universel ? Essentiel. Qu’as-tu tenté sur la tribune d’albâtre ? Mystifier les anges ou doubler les démons ?
Tandis que sous le dais je jouais à cache-cache parmi les acanthes, avec les fauves et les vipères bibliques… là, sous nos yeux incrédules, la trace des genoux du bon peuple, des croyants au bonheur, qui ont laissé une trace rampante, mendiante, méprisable, la nôtre, mille et mille fois renouvelée. Là, nous aurions célébré nos noces à la dure, de rires, de coups de sang, de sueurs et de larmes. Loin des sifflets des benêts, des merles bienheureux et des marmottes enrouées d’outre-terre.
Qu’avions nous vu à Serrabone ? Qu’avions nous pressenti de cet absolu qui ronge toute félicité ? Là est le lieu de notre sépulture. Nos cendres désassorties y trouveront-elles un même cyprès à féconder ?


Toi, tu chanterais là-haut, l’amour dans toutes ses douleurs, dans ses atours fanés, par-delà de ses chœurs ajournés.
Moi je me tiendrai sous le dais de pierre dure, parmi mes soeurs, à psalmodier mon chant de sirène mais tu ne le distingueras pas, homme distrait, ta cire est bien trop épaisse. Ainsi j’attendrai que ton chant s’éteigne enfin, pour recueillir la cendre de tes os.
Tu n’écriras ni ne scanderas mon épitaphe.
Tu ne seras pas mon Bossuet.

Tout là-haut, dans le froid du silence et du dépouillement, Serrabone se tait. J’ai trouvé ma place parmi les orants là, dans le bas-côté. Mes yeux ont parcouru l’espace essentiel de cet intérieur dénudé et se sont fixés sur cette dalle, celle de notre amour secret. Il git ici, loin du bruit et des vociférations inutiles. Des imprécations contre l’injustice et la méchanceté du monde tel qu’il est, de toute éternité.
Tu peux bien racoler, caracoler, chevaucher dans ta hâte oublieuse un baudet traîne-misère, emboucher tous les porte-voix, convoquer tous les justiciers du monde, tous ces artefacts seront impuissants à dire la vérité du lieu et de ses amants secrets.
Combien avant nous sont venus et combien viendront après déposer ici le fardeau de leur impuissance ? Sans honte et sans regrets. Juste sentir un avant goût du tombeau qui les attend, dans la viscosité des jours et leur indifférence.
Tu peux bien sélectionner tes mots, les hurler jusqu’à la caricature, éructer tes désaccords et ton altérité. Tes laudateurs au faîte de leur adulation ne pourront jamais retenir une once de ton cœur bien trop morcelé.
Serrabone est un tombeau pour les rêves avortés.


Dernière édition par Astérisque le Jeu 26 Aoû 2010 - 2:08, édité 1 fois
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Vilain
Nain de Jourdain
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Nombre de messages : 9160
Date d'inscription : 20/02/2004

MessageSujet: Re: La folie...   Jeu 4 Mar 2010 - 22:24

chinois ...au delà des mots.....
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La folie...
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