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 Carnet de Voyage Mars 2010

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blue note



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MessageSujet: Re: Carnet de Voyage Mars 2010   Mer 10 Mar 2010 - 0:27

bisou
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Bobonne

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MessageSujet: Re: Carnet de Voyage Mars 2010   Mer 24 Mar 2010 - 19:37

En écho à ce carnet de route: la Brenne de Bobonne, d'Anne donc puisqu'un jour ou l'autre il faut bien assumer ce que l'on est.

Mars
1/03/10

La bouche noire de la cheminée aspire les volutes de fumées. Que serais-tu sans ta cigarette, un être éteint ? J’ai si peur mon amie de te décevoir, de ne pas savoir remplir les vides et les silences, toi qui parle des heures au téléphone avec tes amis, qui passe des nuits entières à tchacher, discuter, échanger et à rire. Je sais pourtant que tu me connais et m’apprécies. Moi non. Respire, respire profondément, imprègne toi de la douceur du feu, de la mélopée des notes qui se distille comme un alcool dans l’air ambiant. Cesse donc de trembler comme une feuille blanche. Ici tout est histoire, au coin de cette cheminée ancestrale qui a vu se dérouler tant de vies paysannes de l’aube au couchant, succession de tâches rudes et nobles à la fois, qui a vu l’eau frémir, la soupe s’épaissir, les doigts gourds redevenir agiles à écosser, vanner, broder, lier et délier et les paroles rares devenir ronflantes et crépitantes comme le feu et pourquoi pas légères et irrévérencieuses comme les flammèches qu’il libère. Bordel que c’est beau un feu ! Des étincelles dans les yeux et le cœur voilà ce que le feu et l’amour des tiens t’ont donné, ma Ro, ici dans le cœur sauvage et lent du Berry, espiègle amie, flamme vivace arrachée à la terre lourde et grasse d’un coin de terre, au Centre, au centre d’un rond universel, mandala de traces, de sillons, de sentes à moitié effacées qui courent pourtant dans nos mémoires de génération en génération au son d’un accordéon mélancolique.

2/03/10

Tout basculer, tout inverser, tout réinventer, tout rire en pétant les lentilles ! Le Berry rit, rit le Berry, bouche bée, béat, elle rit, je ris et puis…et puis quoi ? Qu’est-ce que ça fait je te le demande si on se déride en Berry ? Le bois pète dans la cheminée, nos cheminées ronflent à l’unisson, la sienne fait feu de tout bois, une brindille, elle pétille, une lentille, je pète…les plombs ! Non, je reste malgré tout de bon ton mais malgré tout c’est bon ! Qu’est-ce que tu crois jeune fille que je me la pète ? Je suis sérieuse de nature, un vrai costard sur mesure, j’vous jure. Elle c’est la fantaisie, la fantasy fantaisie, rien n’est jamais assis, toujours une moitié de cul en équilibre, prête à basculer, dans la poésie, dans l’hilarité, cul par-dessus tête tout ce qui est établi, une vraie tempête de vie. Elle rit et m’entraîne avec peine dans ses jongleries, moi la reine du cul entre deux chaises, bien raides. Tout basculer, tout inverser, tout réinventer, un grain de sable et la machine débraye, point mort…et roue libre, libre, libre, dans un rire, un sourire ; si tu veux savoir la folie c’est vraiment sérieux !

8/03/10

La Brenne
Pour moi la Brenne restera Jo, une âme simple et tendre, un sourire d’enfant plein de sagesse d’homme, quelque chose d’un ange. Ses yeux brillent quand il me parle de sa terre sauvage et pauvre, hérissée d’épines et d’ajoncs mais douce de ses eaux cachées dans leurs nids de roseaux, berceaux de paille d’une vie grouillante et secrète, invisible à celui qui ne prend pas le temps ni la peine de s’y pencher, douce aussi de ses champs qui s’étirent en courbant l’horizon, vastes échines qui viennent mourir dans le creux d’un petit bois de peupliers ou de sapins, triangles féminins, havre de fraîcheur pour des étés qu’on dit torrides, repos du laboureur. Pour moi la Brenne restera Jo et sa maison d’enfance qui est comme lui une halte, une respiration, un mirage isolé de la laideur du monde, un matin lumineux sous sa voûte d’étoiles, quatre murs posés là qui vous tendent les bras. Pour moi la Brenne restera Jo et en le quittant je pleure et je le remercie de m’avoir offert dans un sourire tout son pays que j’ai pris dans mon cœur et où je reviendrais, je sais.

9/03/10

Le long des chemins 1
Le long des chemins des rencontres, multiples, avec nos sens, nos semblables, la nature et la vie animale. Une plongée au rythme lent des pas qui s’enchaînent comme une histoire qui s’écrit mot après mot.

Des cris au-dessus de nos têtes, langue étrange qui nous appelle, qui nous fait nous mouvoir, sortir de la maison, sonder l’azur qui vibre et là tout près pourtant inaccessible un ballet dans le ciel : les grues nous offrent leur danse et leur musique sur leur scène sans limites et les pensées s’arrêtent et le cœur s’élargit, ondule et tourbillonne à l’unisson de leur chorégraphie. Instant de grâce. Sous nos yeux neufs et vierges les lignes se disloquent, se reforment, se courbent, s’enroulent sur elles-mêmes pour mieux se redresser. Elles se réorganisent à grand renfort de cris , ordres lancés, indications précises, encouragements ….on ne peut qu’imaginer, interpréter mais sous nos yeux le résultat est là, elles organisent la relève et bientôt la pointe d’une nouvelle flèche jaillit, fraîchement aiguisée prête à fendre le ciel d’un nouveau trait dans le sillage duquel les plus fatiguées se laisseront littéralement aspirées et reprendront des forces jusqu’à ce que la flèche s’émousse et ainsi de suite de flèche en flèche elles atteindront la cible sans qu’aucune ne s’épuise ni ne meure. Belle leçon de solidarité à l’heure où ce monde malade veut nous faire croire que nous ne sommes que des flèches isolées lancées vers une cible factice qui recule à chaque fois. Toutes s’épuisent et meurent. Les grues s’en sont allées mais elles nous laissent pleines d’une leçon de vie !

9/03/10

Le long des chemins 2
Des cris humains dans le lointain, des cris rauques, brefs, gutturaux, une cacophonie traverse le champ au grand galop et vient frapper au carreau. Là-bas dans la marnière les jappements d’une meute de chiens dégringolent la pente, s’éparpillent incontrôlables malgré les ordres stridents et rocailleux des maîtres. La chasse prend possession des terres, bloque les chemins de ses véhicules boueux, son boucan déchire l’espace. Nos yeux scrutent en vain la bête traquée, aux abois comme elle. Soudain le lièvre débouche derrière le hangar, il trace son sillon à grandes enjambées tandis qu’au loin les chiens fouillent encore le taillis, seul il parcourt l’espace dénudé, s’autorise une halte, contrôle visuel les oreilles dressées, avant de détaler à une vitesse incroyable et d’avaler d’un trait la distance qui le sépare de l’horizon et le soustrait à nos regards solidaires et à ceux menaçants de ses ennemis qui se regroupent et abandonnent la place. Respiration, retour au calme mais il reste cette tension palpable, le fil tendu de la course effrénée du lièvre à travers le champ et le souvenir d’un vacarme indécent. Hier Jo nous montrait le petit pont qu’on fit sauter pendant la guerre et qui sauva la vie de son frère au dernier moment bloquant ses poursuivants. Dix-sept impacts de balles à l’arrière de la voiture… souvenir d’un temps où l’homme traquait l’homme et la même tension fébrile dans la voix de Jo !

12/03/10

Le long des chemins 3 : Traversée
Nos pieds naviguent d’un bord à l’autre, recherchent les touffes d’herbe grasse, îles bienvenues, c’est la houle des sentiers boueux des lendemains de tempête qui nous pousse à l’aventure, nous tirons des bords minuscules, à nous la traversée des champs. A bâbord soudain s’ouvre un désert blanc , une plage de sable fin, une oasis et son lagon, la Marnière nous appelle de son éclat particulier. Mais le désert blanc est mouvant, gluant, il aspire par le fond nos coques frêles avec un doux bruit de succion et nous n’irons pas plus avant de crainte d’être retenues prisonnières ou pire englouties toutes entières si nous cédons au chant subtil de ses sirènes. Nous rejoignons bien vite le courant des ornières qui nous mène à la dérive vers des terres plus hospitalières peuplées d’inattendus poussins qui deviendront de délicieux poulets dont je vous dirais des nouvelles plus tard. Mais voilà que, ses fossés devenus rivières, le chemin se meut en digue traversant l’océan des champs. En contrebas nous apercevons la maison, notre port d’attache, bercée par le clapotis paisible des bambous : nous ne sommes pas perdues. D’ailleurs un arbre tel un phare se dresse là . Un cavalier surgi de nulle part nous y rejoint, fier Neptune de la Brenne, les pieds au sec, il refuse de nous prendre en amazone sur son destrier, nous devons faire un peu souillons avec nos souliers crottés et il ne s’appelle pas Pierre B. Mais le conte ne s’arrête pas là , voilà qu’un peu plus loin nous tombons, échouée dans un marigot, sur la pantoufle en goretex de la monture du Neptune de la Brenne, perdue lors de sa fuite peu glorieuse. Devrons-nous tel Ulysse entamer un interminable périple entre tous les îlots fermiers de cette contrée sauvage pour le retrouver ? Comme les douze coups de treize heure viennent de sonner et que nous avons l’estomac en cale sèche nous décidons d’accrocher la dite pantoufle à un hameçon végétal afin d’y ferrer le beau Neptune et sa monture à l’occasion. Encore quelques méandres et nous voilà à quai, fourbues mais grisées par cette traversée, tous nos appétits aiguisés !

24/03/10

Les jours d’Angles
Couseuses, fileuses, brodeuses, ne craignez point que l’on oublie vos points, ni votre adresse ! De nouvelles fées sont penchées sur vos trames, prêtes à couper les fils de vos destins pour mieux les renouer dans l’harmonie des vides et des pleins. Peu à peu le dessin se fait jour. A dessein elles tranchent ce qui a été assemblé, avec habileté elles incisent la chair diaphane des tissus puis elles pansent les plaies. Penchées à la fenêtre ouverte, elles suturent l’espace de leurs fines aiguilles pour qu’il ne s’effiloche pas et avec lui le temps passé, présent, futur. Coule le jour dans les jours d’Angles, dompté en motifs aériens par des mains ouvrières et les noms de ces points, poésie populaire, s’égrènent comme une litanie à travers ces tamis de patience infinie.
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Romane
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MessageSujet: Re: Carnet de Voyage Mars 2010   Jeu 25 Mar 2010 - 0:23

Anne...

Merci.

Beaucoup d'émotion à relire ce journal. Beaucoup.


Merci.

*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*
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MessageSujet: Re: Carnet de Voyage Mars 2010   Jeu 25 Mar 2010 - 1:09

De plus en plus passionnant, surtout que Anne commence à 6 mètres, pardon à s'y mettre... une vue sous d'autres angles.
Touché ici, là, juste.




(et chasse à courre, banane! )

*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*
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MessageSujet: Re: Carnet de Voyage Mars 2010   Jeu 25 Mar 2010 - 2:07

Bon, c'est épatant lorsque Ro rend compte d'un voyage! Pas besoin de faire le déplacement, on a tout vu, senti et goûté!
Pas taper, hein?

Très heureuse d'y découvrir la plume d'Anne... à suivre, j'espère!
Merci à vous deux...
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blue note

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MessageSujet: Re: Carnet de Voyage Mars 2010   Ven 26 Mar 2010 - 0:27

Elle écrit bien, Bobonne...
Elle sait dire, surtout, le fond des âmes.
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MessageSujet: Re: Carnet de Voyage Mars 2010   

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