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 J.R.R. TOLKIEN

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JoK
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MessageSujet: J.R.R. TOLKIEN   Lun 22 Mar 2010 - 15:45

Le Seigneur des Anneaux

J.R.R. Tolkien
Né en 1892 à Bloemfontein, en Afrique du Sud, mort à Oxford en 1973, John Ronald Reuel Tolkien sera engagé, en 1920, par l’université de Leeds pour y enseigner l’anglais.
En 1925, il rejoint Oxford et collabore au grand Oxford English Dictionary. Jusqu’à sa retraite, en 1959, il occupera 3 chaires de langues et littérature anglo-saxonne, et spécialiste des textes médiévaux, publiera 2 ouvrages de philologie classique qui font autorité.
À partir de 1936, il compose une mythologie personnelle exprimée dans son premier roman, Bilbo le Hobbit (1936). Le succès de ce conte encourage à composer une vaste odyssée en 3 volumes, Le Seigneur des Anneaux (1954 – 1955), qui deviendra un véritable livre-culte. Tolkien cherchera à pousser plus loin encore sa cosmogonie dans une autre trilogie, Le Silmarillion, qui sera publié en 1977, à titre posthume par son fils.
Son œuvre comporte également un essai (sur les contes de fées), des contes, un volume de chansons…

Christopher Franck (Le Point) a écrit:
Le Seigneur des Anneaux doit-il la majeure partie de son charme à la conviction qui a présidé sa conception ? Géographie, histoire, généalogie légendaire, juxtaposition minutieuse d’infimes détails sur un canevas si riche et si coloré… sur ces peuples étranges, Hobbits, Elfes, etc. qui rendent le conte plus attachant que je ne saurais le dire et peuplent les rêves du lecteur d’images indélébiles, au charme et à la grandeur sournoisement efficaces. J’envie celui ou celle qui ouvrira Le Seigneur des Anneaux pour la première fois et va découvrir l’un des plus beaux livres que je connaisse.

Vous pourrez trouver nettement plus d'informations sur Wikipedia ( http://fr.wikipedia.org/wiki/Le_Seigneur_des_anneaux ) et même des citations ( http://fr.wikiquote.org/wiki/Le_Seigneur_des_anneaux ).

Première page.

Trois Anneaux pour les Rois Elfes sous le ciel,
Sept pour les Seigneurs Nains dans leurs demeures de pierre,
Neuf pour les Hommes Mortels destinés au trépas,
Un pour le Seigneur des Ténèbres sur son sombre trône
Dans le Pays de Mordor où s'étendent les Ombres.
Un Anneau pour les gouverner tous, Un Anneau pour les trouver,
Un Anneau pour les amener tous et dans les ténèbres les lier
Au pays de Mordor où s'étendent les Ombres.


Dernière édition par JoK le Mar 23 Mar 2010 - 12:06, édité 1 fois
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JoK
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MessageSujet: Prologue.   Lun 22 Mar 2010 - 20:30

I
Des HOBBITS

Ce livre traite dans une large mesure des Hobbits, et le lecteur découvrira dans ses pages une bonne part de leur caractère et un peu de leur histoire. On pourra trouver d’autres renseignements dans les extraits du Livre Rouge de la Marche de l’Ouest déjà publié sous le titre : Le Hobbit. La présente histoire a pour origine les premiers chapitres du Livre Rouge composé par Bilbon lui-même, premier Hobbit à devenir fameux dans le monde entier ; il leur donna pour titre : Histoire d’un aller et retour, puisqu’ils traitaient de son voyage dans l’Est et de son retour ; aventure qui devait engager tous les Hobbits dans les importants évènements de cet Age, ici rapportés.
Mais maints lecteurs voudront sans doute en savoir dès l’abord davantage sur ce peuple remarquable ; certains peuvent aussi ne point posséder le premier livre. À l’intention de telles personnes, nous réunissons ici quelques notes sur les points les plus importants de la tradition hobbite, et nous rappelons brièvement la première aventure.
Les Hobbits sont un peuple effacé mais très ancien, qui fut plus nombreux dans l’ancien temps que de nos jours ; car ils aimaient la paix, la tranquillité et une terre bien cultivée : une campagne bien ordonnée et bien mise en valeur était leur retraite favorite. Ils ne comprennent ni ne comprenaient, et ils n’aiment pas davantage les machines dont la complication dépasse celle d’un soufflet de forge, d’un moulin à eau ou d’un métier à tisser manuel, encore qu’ils fussent habiles dans le maniement des outils. Même dans l’ancien temps, ils se méfiaient des « Grandes Gens », comme ils nous appellent, et à présent où ils nous évitent avec effroi, il devient difficile de les trouver. Ils ont l’oreille fine et l’œil vif, et s’ils ont tendance à l’embonpoint et ne se pressent pas sans nécessité, ils n’en sont pas moins lestes et adroits dans leurs mouvements. Ils ont toujours eu l’art de disparaître vivement et en silence quand des Grandes Gens qu’ils ne désirent pas rencontrer viennent par hasard de leur côté, et cet art, ils l’ont développé au point qu’aux Hommes il pourrait paraître magique. Mais les Hobbits n’ont en fait jamais étudié de magie d’aucune sorte, et leur caractère insaisissable est dû uniquement à une habileté professionnelle que l’hérédité et la pratique, ainsi qu’une amitié intime avec la terre, ont rendue inimitable pour les races plus grandes et plus lourdes.
Car ce sont de petites personnes, plus menues que les nains : ils sont moins gros et trapus, disons, même s’ils ne sont pas vraiment beaucoup plus courts. Leur taille est variable et va de 60 cm à 1,20 m selon notre mesure. Aujourd’hui, ils atteignent rarement 90 cm ; mais ils ont diminué, disent-ils, et dans l’ancien temps ils étaient plus grands. D’après le Livre Rouge, Bandobras Touque (Le Taureau mugissant), fils d’Isengrin II, mesurait 1,40 m et il était capable de monter à cheval. Il ne fut dépassé dans toutes les annales hobbites que par deux personnages fameux de l’ancien temps ; mais il sera traité de ce curieux sujet dans le présent livre.
Quant aux Hobbits de la Comté, dont il s’agit dans ces récits, ils étaient, du temps de leur prospérité et de leur paix, de joyeuses gens. Ils se vêtaient de couleurs vives et affectionnaient particulièrement le jaune et le vert ; mais ils portaient rarement des chaussures, leurs pieds ayant la plante dure comme du cuir et étant revêtus d’un épais poil frisé, très semblable à leur chevelure, communément brune. Ainsi le seul métier manuel qui fût peu en honneur chez eux était-il la cordonnerie ; mais ils avaient les doigts longs et habiles, et ils savaient fabriquer bien d’autres objets utiles et agréables à l’œil. Leur visage était en règle générale plus aimable que beau – large, avec les yeux brillants, les joues rouges et la bouche toute prête au rire, au manger et au boire. Et pour ce qui était de rire, de manger et de boire, ils le faisaient bien, souvent et cordialement, car ils aimaient les simples facéties en tout temps et six repars par jour (quand ils pouvaient les avoir). Ils étaient hospitaliers, et ils se plaisaient aux parties ainsi qu’aux cadeaux, qu’ils s’offraient avec libéralité et qu’ils acceptaient avidement.
Il est clair qu’en dépit d’un éloignement ultérieur, les Hobbits nous sont apparentés : ils sont beaucoup plus proches de nous que les Elfes ou même que les Nains. Ils parlaient autrefois la langue des hommes, à leur propre façon, et leurs goûts étaient très semblables à ceux des hommes dans leurs inclinations ou leurs aversions. Mais il est impossible aujourd’hui notre relation exacte. L’origine des Hobbits remonte très loin dans les temps anciens, maintenant perdus et oubliés. Seuls les Elfes conservent encore des annales de cette époque évanouie, et leurs traditions ne concernent que leur propre histoire, dans laquelle les hommes apparaissent rarement et où il n’est fait aucune mention des Hobbits. Il est cependant clair que ceux-ci avaient, en fait, vécu tranquillement dans la Terre du Milieu durant de longues années avant que d’autres n’eussent même conscience de leur existence. Et le monde étant après tout rempli d’innombrables créatures étranges, ce petit peuple semblait de bien peu d’importance. Mais du temps de Bilbon et de son héritier Frodon, ils devinrent soudain, malgré eux, important et renommés, et ils troublèrent les conseils des Sages et des Grands.
Ces temps, le Tiers Age de la Terre du Milieu, sont du lointain passé, et la forme de toutes les terres a été modifiée ; mais les régions où vivaient alors les Hobbits étaient sans doute celles où ils demeurent encore : le Nord-Ouest de l’Ancien Monde, à l’Est de la Mer. De leur pays original, les Hobbits du temps de Bilbon ne conservaient aucune connaissance. Le goût du savoir (autre que la généalogie) était peu prononcé parmi eux, mais il restait encore quelques membres des plus anciennes familles qui étudiaient leurs propres livres et même rassemblaient les documents des anciens temps et des terres lointaines auprès des Elfes, des Nains et des Hommes. Leurs propres archives ne remontaient qu’à l’établissement de la Comté, et leurs légendes les plus anciennes ne se reportaient pas au-delà du temps de leur odyssée. Il ressort néanmoins clairement de ces légendes et du témoignage de leurs paroles et coutumes particulières que, comme maints autres peuples, les Hobbits s’étaient dans un lointain passé déplacés vers l’Ouest. Leurs plus anciens récits semblent entrevoir un temps où ils demeuraient dans les vallées supérieures de l’Anduin, entre les saillants de Vertbois-le-Grand et les Monts Brumeux. On ne sait plus avec certitude pour quelle raison ils entreprirent plus tard la dure et périlleuse traversée des montagnes et se rendirent en Ériador. Leurs propres récits parlent de la multiplication des Hommes dans le pays et d’une ombre tombée de la forêt, de sorte qu’elle devint ténébreuse et reçut le nouveau nom de Forêt Noire.
Avant la traversée des montagnes, Les Hobbits s’étaient déjà divisés en trois branches quelques peu différentes : les Pieds velus, les Forts et les Pâles.
Les Pieds velus étaient plus bruns de peau, plus petits et plus courts ; ils n’avaient pas de barbe, et ils allaient sans chaussures ; ils avaient les mains et les pieds agiles et lestes ; ils préféraient les hautes terres et les collines. Les Forts étaient plus larges, de conformation plus lourde ; leurs mains et leurs pieds étaient plus grands ; ils préféraient les terrains plats et le bord des rivières. Les Pâles étaient plus clairs de peau et aussi de cheveux, et ils étaient plus grands et plus élancés que les autres ; ils aimaient les arbres et les terrains boisés.
Les Pieds velus eurent beaucoup de rapports avec les Nains dans les temps anciens, et ils vécurent longtemps sur les contreforts des montagnes. Ils émigrèrent de bonne heure dans l’Ouest et ils parcoururent l’Ériador jusqu’au Mont Venteux, tandis que les autres étaient encore au Pays Sauvage. C’était la variété la plus normale et la plus représentative des Hobbits, de beaucoup la plus nombreuse. Ils étaient les plus enclins à s’établir dans un endroit précis, et ce furent eux qui conservèrent le plus longtemps la coutume ancestrale de vivre dans des galeries et des trous.
Les Forts s’attardèrent longtemps sur les bords du Grand Fleuve Anduin, et ils craignaient moins les Hommes. Ils vinrent dans l’Ouest après les Pieds velus et suivirent le cours de la Sonoreau en direction du sud : et là, ils furent nombreux à demeurer entre Tharbad et la frontière du Pays de Dun avant de repartir vers le nord.
Les Pâles, les moins nombreux, étaient une branche nordique. Ils avaient plus de rapports amicaux avec les Nains que les autres Hobbits, et ils s’entendaient davantage au langage et aux chants qu’aux travaux manuels ; et jadis ils préféraient la chasse et l’agriculture. Ils traversèrent la montagne au nord de Fondcombe et suivirent la Fondgrise. En Ériador, ils ne tardèrent pas à se mêler aux autres espèces qui les avaient précédés ; mais, plus hardis et plus aventureux, on les trouvait plus souvent comme meneurs ou chefs de clan parmi les Pieds velus ou les Forts. Même du temps de Bilbon, on pouvait encore constater la puissante veine pâle dans les grandes familles telles que les Touque et les Maîtres du Pays-de-Bouc.
Dans les terres de l’ouest d’Ériador, entre les Monts Brumeux et les Monts de Lhùn, les Hobbits trouvèrent tant des Hommes que des Elfes. En fait demeurait là un restant des Dunedain, les Rois des Hommes qui vinrent par la mar de l’Ouistrenesse ; mais ils diminuaient rapidement, et les terres de leur royaume du nord retombaient partout en friche. La place ne manquait pas pour de nouveaux arrivants, et les Hobbits ne tardèrent pas à s’établir en communautés ordonnées. La plupart des de leurs premiers établissements, depuis longtemps disparus, étaient oubliés à l’époque de Bilbon ; mais l’un des premiers à prendre de l’importance avait persisté, bien qu’en dimension réduite ; il se trouvait à Bree au milieu de la forêt de Chet, à quelque quarante miles à l’est de la Comté.
Ce fut sans nul doute en ces temps anciens que les Hobbits apprirent leurs lettres et commencèrent à écrire à la manière des Dunedain, qui avaient eux-mêmes acquis longtemps auparavant cet art des Elfes. Et à cette époque aussi ils oublièrent les langues qu’ils pouvaient avoir parlées antérieurement, pour adopter dorénavant le langage ordinaire, nommé Ouistrain, courant dans tous les territoires des rois de l’Arnor au Gondor et le long de toutes les côtes de la mer, de Belfalas à Lune. Ils conservèrent néanmoins quelques mots à eux, ainsi que leurs propres appellations pour les mois et les jours et un grand fonds de noms personnels du passé.
C’est vers cette époque que, chez les Hobbits, la légende commence à devenir de l’histoire avec une datation des années. Car ce fut en l’an mille six cent un du Tiers Age que les frères Pâles Marchon et Blancon partirent de Bree ; et après avoir obtenu la permission du grand roi de Fornost (1), ils franchirent la rivière brune Baranduin avec une grande suite de Hobbits. Ils passèrent par le pont des Arbalètes qui avait été construit du temps de la puissance du Royaume du Nord et prirent tous le territoire au-delà pour y résider, entre la rivière et les Monts Reculés. Ils eurent pour seules obligations de maintenir en bon état le Grand Pont ainsi que tous les autres ponts et les routes, de faciliter le voyage des messagers du roi et de reconnaitre sa suzeraineté.
Ainsi débuta la datation de la Comté, car l’année du passage du Brandevin (c’est ainsi que les Hobbits modifièrent le nom) devint l’An Un de la Comté, et toutes les dates suivantes furent calculées en conséquence (2). Les Hobbits occidentaux tombèrent aussitôt amoureux de leur nouveau territoire ; ils y demeurèrent et ne tardèrent pas à sortir derechef de l’histoire des Hommes et des Elfes. Tant qu’il y eut un roi, ils furent nominalement ses sujets ; mais ils étaient gouvernés en fait par leurs propres chefs, et ils ne se mêlaient en aucune façon des évènements du monde extérieur. Lors de la dernière bataille avec le seigneur-magicien d’Angmar, ils envoyèrent des archers au secours du roi ou tout au moins est-ce ce qu’ils soutenaient, encore qu’on n’en retrouve aucune trace dans les annales des Hommes. Mais, dans cette guerre, le royaume du Nord prit fin ; les Hobbits gardèrent alors le pays pour leur propre compte, et ils choisirent parmi leurs chefs un Thain pour détenir l’autorité du roi disparu. Là, durant mille ans, ils furent peu troublés par les guerres ; ils prospérèrent et se multiplièrent après la Peste Noire (D.C. 37) jusqu’au désastre du long hiver et à la famine qui s’ensuivit. Des milliers de gens périrent alors, mais les Jours de Disette (1158 – 1160) étaient depuis longtemps passés à l’époque de ce récit, et les Hobbits étaient de nouveau accoutumés à l’abondance. La terre était riche et favorable ; en dépit d’un long abandon avant leur arrivée, elle avait été auparavant bien cultivée, et le roi y avait eu de nombreuses fermes, des terres à blé, des vignes et des bois.
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JoK
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MessageSujet: Re: J.R.R. TOLKIEN   Mar 23 Mar 2010 - 3:13

Le pays s’étendait sur quarante lieues des Hauts Reculés au Pont du Brandevin et sur cinquante des landes du nord au marais du sud. Les Hobbits le nommèrent la Comté, comme région placée sous l’autorité de leur Thain et district d’affaires bien ordonnées ; là, dans cet agréable coin du monde, ils menèrent l’affaire bien ordonnée de leur vie, et ils s’occupèrent de moins en moins du monde extérieur où évoluaient de sombres choses, au point qu’ils en vinrent à penser que la paix et l’abondance étaient de règle dans la Terre du Milieu et de droit pour tous les gens sensés. Ils oublièrent ou négligèrent le peu qu’ils avaient jamais su des Gardiens et des peines de ceux qui avaient rendu possible la longue paix de la Comté. S’ils étaient en fait à l’abri, ils en avaient perdu le souvenir.
Jamais les Hobbits d’aucune sorte n’avaient été belliqueux et ils ne s’étaient jamais battus entre eux. Dans les temps anciens, ils avaient souvent été obligés, bien sûr, de se battre pour se maintenir dans un monde dur ; mais à l’époque de Bilbon, c’était de l’histoire très ancienne. La dernière bataille avant le début de ce récit, et en fait la seule qui eut jamais été livrée à l’intérieur de la Comté, datait d’un temps immémorial ; c’était la Bataille des Champs Verts (D.C. 1147), dans laquelle Bandobras Touque défit une invasion d’Orques. Même le climat s’était fait plus doux, et les loups qui autrefois, pendant les hivers rigoureux, descendaient du nord en quête de leur proie n’étaient plus qu’un conte de bonne femme. Aussi, bien qu’il y eût encore une certaine quantité d’armes dans la Comté, ne servaient-elles surtout que comme trophées, suspendues au-dessus des cheminées et sur les murs ou rassemblées au musée de Grand’Cave. On appelait celui-ci la Maison des Mathoms, car tout ce pour quoi les Hobbits n’avaient pas d’usage immédiat, mais qu’ils ne voulaient pas jeter, ils le nommaient un mathom. Leurs demeures avaient tendance à être un peu encombrées de mathoms, et maints cadeaux qui passaient de main en main étaient de cette sorte.
Le bien-être et la paix avaient néanmoins laissé à ce peuple une étrange endurance. Ils étaient, si les choses en venaient là, difficiles à battre ou à tuer ; et peut-être la raison pour laquelle ils aimaient si insatiablement les bonnes choses était-elle qu’ils pouvaient s’en passer en cas de nécessité ; Ils étaient capables aussi de survivre aux plus durs assauts du chagrin, de l’ennemi ou du temps au point d’étonner qui, ne les connaissant pas bien, ne regardait pas plus loin que leur panse et leur figure bien nourrie. Quoique lents à la querelle et ne tuant aucun être vivant pour le plaisir de la chasse, ils étaient vaillants quand ils étaient acculés et, au besoin, ils savaient encore manier les armes. Ils tiraient bien à l’arc, car ils avaient l’œil perçant et ils frappaient juste. Et pas seulement avec l’arc et les flèches. Quand un Hobbit se baissait pour ramasser une pierre, il était bon de se mettre vivement à couvert, comme le savaient bien tous les animaux intrus.
Les Hobbits avaient tous vécu à l’origine dans des trous creusés dans le sol, ou tout au moins le croyaient-ils, et c’est dans de telles demeures qu’ils se sentaient le plus à l’aise ; mais avec le temps ils avaient dû adopter d’autres formes d’habitations. De fait, dans la Comté au temps de Bilbon, seuls en général les plus riches et les plus pauvres maintenaient l’ancienne coutume. Les plus pauvres continuaient à vivre dans des terriers de l’espèce la plus primitive, de simples trous en vérité à une seule fenêtre ou sans fenêtre du tout ; tandis que les gens cossus construisaient des versions plus luxueuses des simples excavations d’autrefois. Mais les sites convenables à ces vastes tunnels ramifiés (ou smials, comme on les appelait) ne se trouvaient pas n’importe où ; et dans les terrains plats et les régions basses, les Hobbits, à mesure qu’ils se multipliaient, commencèrent à construire en surface. En fait, même dans les régions accidentées et dans les villages les plus anciens, tels que Hobittebourg ou Bourg de Touque, ou dans la commune principale de la Comté, Grand’Cave sur les Blancs-Hauts, il y avait à présent nombre de maisons de bois, de brique ou de pierre. Elle étaient particulièrement en faveur auprès des meuniers, des forgerons, des cordiers, des charrons et autre artisans ; car, même quand ils avaient des trous à habiter, les Hobbits avaient dès longtemps accoutumés de construire des hangars et des ateliers.
L’habitude de construire des fermes et des granges avaient, selon la tradition, pris naissance parmi les habitants du Maresque sur les bords de Brandevin. Les Hobbits de cette région, le Quartier de l’Est, étaient assez grands, lourds de jambes, et ils portaient des bottes de nains par temps boueux. Mais, de notoriété publique, ils avaient une grande part de sang Fort comme il se voyait bien au duvet que nombre d’entre eux portaient au menton. Nul Pied velu et nul Pâle n’avait trace de barbe. En fait, les gens du Maresque et du Pays de Bouc, à l’est de la rivière, qu’ils occupèrent par la suite, arrivèrent pour la plupart postérieurement dans la Comté, venant du sud ; et ils ont encore maints noms particuliers et maints mots étranges qui ne se rencontrent pas ailleurs dans la Comté.
Il est probable que l’art de construire provint, comme bien d’autres, des Dunedains. Mais les Hobbits ont pu l’apprendre directement des Elfes, les maîtres des Hommes dans leur jeunesse. Car les Elfes de haute lignée n’avaient pas encore abandonné la Terre du Milieu, et ils résidaient encore à cette époque aux Havres Gris dans l’ouest et à d’autres endroits accessibles de la Comté. On pouvait encore voir trois tours des Elfes d’âge immémorial sur les Collines des Tours, au-delà des marches de l’ouest. Elles brillaient au loin au clair de lune. La plus haute était la plus éloignée, et elle se dressait isolée sur une butte verte. Les Hobbits du Quartier de l’Ouest disaient que du haut de cette tour on pouvait voir la mer ; mais on ne sache pas qu’aucun Hobbit y ait jamais grimpé. En vérité, peu de Hobbits avaient jamais vu la mer ou navigué dessus et encore bien moins étaient jamais revenus pour le raconter. La plupart d’entre eux considéraient même les rivières et les petites embarcations avec une grande méfiance, et rares étaient ceux qui savaient nager. À mesure que les jours de la Comté s’étendaient, les Hobbits eurent de moins en moins de rapports avec les Elfes ; ils commencèrent à les craindre et à se défier de ceux qui les fréquentaient ; la mer devint parmi eux un mot redoutable, un signe de mort, et ils détournèrent le visage des collines de l’ouest.
Peut-être l’art de construire vint il des Elfes ou des hommes, mais les Hobbits l’appliquèrent à leur façon, ils n’élevèrent pas de tours. Leurs maisons étaient habituellement longues, basses et confortables. Les plus anciennes n’étaient en fait qu’une imitation des smials, couverte d’herbe sèche, de paille ou de tourbe, avec des murs quelque peu bombés. Ce stade appartenait toutefois au premier temps de la Comté, et la construction hobbite s’était depuis longtemps modifiée, améliorée grâce à des procédés appris des Nains ou découverts par eux-mêmes. Une préférence pour les fenêtres et même pour les portes rondes était la principale particularité subsistante de l’architecture hobbite.
Les maisons et les trous des Hobbits de la Comté étaient souvent vastes et habités par des familles nombreuses. (Bilbon et Frodon Sacquet, célibataires, étaient très exceptionnels, comme en bien d’autres matières, par exemple leur amitié avec les Elfes.) Parfois, comme dans le cas des Touque des Grands Smials ou des Brandebouc de Château-Brande, de nombreuses générations de parents vivaient ensemble en paix (relative) dans une seule demeure ancestrale à nombreuses galeries. Les Hobbits étaient tous, et dans tous les cas, attachés aux clans, et ils tenaient un compte extrêmement soigneux de leurs parentés. Ils dressaient des arbres généalogiques longs et compliqués, aux branches innombrables. Quand on a affaire aux Hobbits, il est important de se rappeler qui est parent de qui, et à quel degré. Il serait impossible de donner dans ce livre un arbre généalogique qui ne comprenne même que les membres les plus importants des principales familles à l’époque où se déroule le présent récit. Les généalogies qui se trouvent à la fin du Livre Rouge de la Marche de l’Ouest forment à elles seules un petit livre, et tous autres que les Hobbits les trouveraient extrêmement fastidieuses. Eux se délectaient de pareilles choses, si elles étaient exactes ; ils aimaient avoir des livres emplis de choses qu’ils savaient déjà, posées nettement et sans conteste.

(1) Selon les archives de Gondor, il s’agissait d’Argeleb II, Vingtième de la dynastie du Nord, qui devait s’éteindre trois cent ans plus tard avec Arvedui.
(2) Ainsi pourra t-on déterminer les années du Tiers Age selon les Elfes et les Dunedains en ajoutant 1600 à la datation de la Comté.
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MessageSujet: Re: J.R.R. TOLKIEN   Mar 23 Mar 2010 - 11:33

II
De l'herbe à pipe

Il est une autre chose à mentionner au sujet des Hobbits du temps jadis, une habitude étonnante : ils aspiraient ou inhalaient au moyen de pipes en terre ou en bois la fumée des feuilles en combustion d’une herbe qu’ils appelaient herbe ou feuille à pipe, sans doute une variété de Nicotiana.. Une bonne dose de mystère entoure les origines de cette coutume particulière, de cet « art » comme les Hobbits préfèreraient l’appeler. Tout ce qui a pu être découvert à ce sujet dans l’antiquité a été réuni par Meriadoc Brandebouc (par la suite Maître du Pays de Bouc) et, puisque lui-même et le tabac du Quartier Sud jouent un rôle dans l’histoire qui suit, il sera bon de citer l’introduction à son Herbier de la Comté.
« Cet art, dit-il, est bien celui que nous pouvons revendiquer comme étant de notre invention. On ne sait quand les Hobbits commencèrent à fumer ; toutes les légendes et les histoires de famille le considèrent comme chose établie ; durant des siècles, les gens de la Comté fumèrent différentes herbes, certaines nauséabondes, d’autres odorantes. Mais tous les documents s’accordent sur le fait que ce fut d’abord Tobold Sonnecor de Longoulet dans le Quartier Sud qui le premier fit pousser la véritable herbe à pipe dans ses jardins, du temps d’Isengrin II, vers l’an 1070 de la datation de la Comté. La meilleure du pays provient toujours de ce district, spécialement les variétés connues sous les noms de Feuille de Longoulet, Vieux Tobie et Étoile du Sud. »
« Il n’existe aucune trace de la façon dont le Vieux Tobie trouva la plante, car il ne voulut jamais le révéler de son vivant. Il avait une grande connaissance des herbes, mais il n’était pas voyageur. On dit que dans sa jeunesse il se rendait souvent en Bree, encore qu’il ne se fût certainement jamais éloigné davantage de la Comté. Il est donc fort possible qu’il ait eu connaissance de cette plante en Bree où, maintenant en tout cas, elle pousse bien sur les versants sud de la colline. Les Hobbits de Bree prétendent avoir été les premiers fumeurs de l’herbe à pipe. Ils prétendent, naturellement, avoir tout fait avant les gens de la Comté, qu’ils traitent de « colons » ; mais dans ce cas leur prétention est, à mon avis, sans doute justifiée. Et c’est certainement de Bree que l’art de fumer l’herbe véritable se répandit au cours des siècles récents parmi les Nains et autres gens tels que les Rôdeurs, les Magiciens ou les vagabonds qui allaient et venaient encore par cet ancien carrefour de routes. Le lieu et centre de l’art se trouve ainsi dans la vieille auberge de Bree, le Poney Fringant, tenu de temps immémorial par la famille Poiredebeurré. »
« Néanmoins, certaines observations que j’ai faites au cours de mes nombreux voyages dans le sud m’ont convaincu que l’herbe même n’est pas originaire de notre partie du monde, mais qu’elle est venue vers le nord de l’Anduin inférieur, où elle fut, je l’imagine, originairement apportée par mer par les hommes de l’Ouistrenesse. Elle pousse en abondance en Gondor ; elle y est plus plantureuse et plus grande que dans le nord, où on ne la trouve jamais à l’état sauvage, mais où elle ne croît qu’en des endroits chauds et abrités comme Longoulet. Les hommes de Gondor la nomment galenas douce, et ils ne l’apprécient que pour la fragrance de ses fleurs. De cette terre, elle a dû être transportée par le Chemin Vert au cours des siècles qui s’écoulèrent entre la venue d’Élendil et notre propre époque. Mais les Dunedains de Gondor eux-même nous accordent que les premiers à la mettre dans des pipes furent les Hobbits. Même les Magiciens n’y pensèrent pas avant nous. Encore que l’un d’entre eux, que j’ai connu, se soit adonné à cet art il y a bien longtemps et qu’il y fut devenu aussi habile en tout ce à quoi il s’appliquait. »
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MessageSujet: Re: J.R.R. TOLKIEN   Mar 23 Mar 2010 - 14:32

III
De l'ordonnance de la Comté

La Comté était divisé en quatre quartiers, auxquels nous avons déjà fait allusion : le nord, le sud, l’est et l’ouest ; et ceux-ci comprenaient à leur tour un certain nombre de régions qui portaient encore le nom de quelques-unes des anciennes familles marquantes, bien qu’à l’époque de cette histoire ces noms ne se trouvassent plus seulement dans leur propre région. Presque tous les Touque vivaient encore en Pays de Touque, mais il n’en était pas de même de maintes autres familles, tel les Sacquet ou les Bophin. À l’extérieur des Quartiers se trouvaient les Marches de l’Est et de l’Ouest ; le Pays de Bouc, et la Marche de l’Ouest annexée à la Comté en C.12 .1462.
La Comté n’avait guère à cette époque de « gouvernement ». Les familles géraient pour la plus grande part leurs propres affaires. Faire pousser la nourriture et la consommer occupaient la majeure partie de leur temps. Pour le reste, ils étaient à l’ordinaire généreux et peu avides, et comme ils se contentaient de peu, les domaines, les fermes, les ateliers et les petits métiers avaient tendance à demeurer les mêmes durant des générations.
Restait, naturellement, l’ancienne tradition du haut roi de Fornost, ou Norchâteau comme ils l’appelaient, loin au nord de la Comté. Mais il n’y avait plus de rois depuis près de mille ans, et même les ruines de Norchâteau-le-Roy étaient couvertes d’herbe. Les Hobbits disaient cependant des sauvages et des vilaines choses (comme les trolls) que ceux-ci n’avaient jamais entendu parler du roi. Car ils attribuaient au roi de l’ancien temps toutes leurs lois essentielles ; et ils les observaient d’ordinaire de bon gré, parce que c’étaient les règles (comme ils disaient), tant anciennes que justes.
Il est vrai que la famille des Touque avait été longtemps prééminente ; car la fonction de Thain leur était dévolue (des Vieilbouc) quelques siècles auparavant, et le chef Touque avait toujours porté ce titre depuis lors. Le Thain était le maître de l’Assemblée de la Comté et le capitaine du rassemblement et de la hobbiterie sous les armes ; mais comme l’assemblée et le rassemblement n’avaient plus lieu qu’en cas de circonstances critiques, qui ne se présentait plus, la Thanerie n’était plus qu’une dignité nominale. En vérité, la famille Touque jouissait toujours d’un respect spécial, car elle demeurait en même temps nombreuse et extrêmement riche, et elle produisait à chaque génération de forts caractères aux mœurs originales et même de tempérament aventureux. Ces dernières qualités étaient toutefois plutôt tolérées (chez les riches) que généralement approuvées. La coutume demeurait néanmoins de donner au chef de la famille l’appellation de « Le Touque » (1), et d’y ajouter un numéro s’il y avait lieu : ainsi d’Isengrin II, par exemple.
Le seul personnage officiel de la Comté était à cette date le maire de Grand’Cave (ou de la Comté), qui était élu tous les sept ans à la Foire Libre tenue sur les Blancs-Hauts au Lithe, c’est-à-dire au solstice d’été. Comme maire, il n’avait guère pour fonctions de présider des banquets donnés les jours de fête de la Comté, qui se présentaient à intervalles fréquents. Mais aux fonctions de Maire étaient attachées celles de Maître des Postes et de Premier Shirriff, de sorte qu’il dirigeait en même temps le Service des Messagers et le Guet. C’étaient les seuls services de la Comté et les messagers étaient les plus nombreux et de beaucoup les plus actifs des deux. Les Hobbits étaient loin d’être tous lettrés, mais ceux qui l’étaient ne cessaient d’écrire à tous ceux de leurs amis (et à un choix de relations) qui habitaient à plus d’un après-midi de marche.
Shirriffs était le nom que les Hobbits donnaient à leur police ou à ce qui approchait le plus chez eux de policiers. Ceux-ci ne portaient évidemment pas d’uniforme (pareille chose étant totalement inconnue), mais une simple plume au chapeau, et c’étaient en fait davantage des gardes champêtres que des policiers, qui avaient plus à s’occuper des égarements des animaux que des gens. Ils n’étaient que douze dans la Comté, trois par Quartier, pour le travail de l’Intérieur. Un corps plutôt plus nombreux, variable selon les besoins, était affecté à « battre les limites du pays » pour s’assurer qu’aucun intrus, grand ou petit, ne causait de nuisance.
À l’époque où commence ce récit, le nombre des Frontaliers, comme on les appelait, s’était grandement accru. On parlait beaucoup, pour s’en plaindre, de personnes et de créatures étranges qui rôdaient le long des frontières ou les passaient : premier signe que tout n’était pas tout à fait dans l’ordre, comme ce l’avait toujours été, sinon dans les contes et légendes des temps jadis. Peu de gens en tinrent compte, et même Bilbon n’avait encore aucune idée de ce que cela présageait. Soixante années s’étaient écoulées depuis qu’il était parti pour sa mémorable expédition, et il était vieux même pour les Hobbits, qui atteignaient souvent la centaine ; mais il lui restait manifestement une bonne partie des richesses considérables qu’il avait rapportées. Combien, il ne le révélait à personne, pas même à Frodon, son « neveu » préféré. Et il gardait toujours le secret sur l’anneau qu’il avait trouvé.

(1) Cette coutume existe toujours en Ecosse pour le chef du clan.
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MessageSujet: Re: J.R.R. TOLKIEN   Mer 24 Mar 2010 - 1:12

IV
De la découverte de l'Anneau

Comme il est raconté dans Le Hobbit, se présentèrent un jour à la porte de Bilbon le grand Magicien, Gandalf le Gris, et avec lui treize Nains : nuls autres, en vérité, que Thorïn Ecu de Chêne, descendant de rois, et ses douze compagnons en exil. Avec eux, il se mit en route, à son durable étonnement, un matin d’avril de l’an 1341 de la datation de la Comté pour la quête du grand trésor des Nains, amassé jadis par les rois sous la montagne, sous Erebor du Val, loin dans l’est. La quête fut couronnée de succès, et le dragon qui gardait le trésor fut détruit. Mais bien qu’avant le succès final eût eu lieu la Bataille des Cinq Armées, où Thorïn fut tué et où furent accomplis de hauts faits, l’affaire n’aurait guère intéressé l’histoire ultérieure ni valu plus qu’une note dans les longues annales du Tiers Age, sans un « accident » fortuit. Le groupe fut assailli par des Orques dans un haut col des Monts Brumeux, alors qu’il se dirigeait vers le Pays Sauvage ; il arriva ainsi que Bilbon fut perdu pendant quelque temps dans les ténébreuses mines orques au plus profond de la montagne ; et là, en tâtonnant vainement dans le noir, il posa la main sur un anneau qui gisait sur le sol d’une galerie. Il le mit dans sa poche. Cela ne lui sembla sur le moment qu’un simple hasard.
Dans ses efforts pour trouver une sortie, Bilbon descendit dans le tréfonds de la montagne jusqu’au moment où il ne put aller plus loin. Au fond de la galerie s’étendait un lac glacé, loin de toute lumière, et sur une île constituée par un rocher au milieu de l’eau vivait Gollum. C’était une créature répugnante : il dirigeait une petite barque en pagayant avec ses grands pieds plats, scrutant l’obscurité de ses yeux d’une pâle luminescence et attrapant avec ses longs doigts des poissons aveugles qu’il consommait crus. Il mangeait toute créature vivante, même de l’orque, s’il pouvait l’attraper et l’étrangler sans lutte. Il possédait un trésor secret qui lui avait été échu il y avait très, très longtemps alors qu’il vivait encore à la lumière : un anneau d’or qui rendait invisible qui le portait. C’était l’unique objet de son amour, son « trésor », et il lui parlait, même quand l’objet n’était pas avec lui. Car il le gardait caché en sûreté dans un trou de son île, sauf quand il chassait ou espionnait les orques des mines.
Peut-être eût-il attaqué Bilbon aussitôt s’il avait eu l’anneau sur lui au moment de leur rencontre ; mais tel n’était pas le cas, et le Hobbit tenait à la main une dague d’Elfe qui lui servait d’épée. Aussi pour gagner du temps, Gollum défia-t-il Bilbon au jeu des énigmes, disant que s’il posait une énigme que Bilbon ne pouvait deviner, il le tuerait et le mangerait ; mais si Bilbon le battait, il ferait ce que Bilbon voudrait ; il le mènerait à une sortie des galeries.
Perdu sans espoir dans les ténèbres et ne pouvant ni continuer ni retourner en arrière, Bilbon accepta le défi ; et ils se posèrent réciproquement un grand nombre d’énigmes. Bilbon finit par gagner, plus par chance (semblait-il) que par ingéniosité ; car réduit à quia pour poser une énigme, il s’écria, comme sa main rencontrait l’anneau qu’il avait ramassé et oublié : « Qu’ai-je dans ma poche ? » À cette question, Gollum ne put répondre, malgré sa demande de trois chances.
Les autorités diffèrent, il est vrai, sur le point de savoir si cette dernière question était une « simple » question et non une « énigme » conforme aux règles strictes du jeu ; mais tous conviennent qu’après l’avoir acceptée et avoir tenté de trouver la réponse, Gollum était tenu par sa promesse. Et Bilbon le pressa d’observer sa parole ; car la pensée lui vint que cette créature visqueuse pourrait se révéler déloyale, bien que certaines promesses fussent tenues pour sacrées et qu’autrefois tous, hormis les plus pervers, craignissent de les enfreindre. Mais, après des siècles de solitude dans les ténèbres, le cœur de Gollum était noir et abritait la perfidie. Il s’esquiva et regagna son île, que Bilbon ignorait, non loin dans l’eau sombre. Là, se trouvait son anneau, pensait-il. Il avait faim à présent, et il était irrité ; or, une fois qu’il aurait son « trésor » avec lui, il n’aurait plus à craindre aucune arme.
Mais l’anneau n’était pas dans l’île ; il l’avait perdu, l’anneau avait disparu. Son cri perçant fit frémir Bilbon, bien qu’il ne comprît pas encore ce qui s’était passé. Mais Gollum avait enfin sauté sur une solution, mais trop tard. « Qu’est-ce que ça a dans ses poches ? » cria-t-il. La lueur de ses yeux ressemblait à une flamme verte comme il revenait en hâte pour tuer le Hobbit et récupérer son « trésor ». Bilbon vit juste à temps le péril où il était ; il s’enfuit à l’aveuglette dans la galerie qui l’éloignait de l’eau, et sa chance le sauva une fois de plus. Car dans sa course, il mit la main dans sa poche, et l’anneau se glissa doucement à son doigt. Ce fut ainsi que Gollum passa près de lui sans le voir et poursuivit son chemin pour garder l’issue, de peur que le « voleur » ne s’échappât. Bilbon le suivit avec précaution, tandis qu’il allait, jurant et se parlant à lui-même de son « trésor » ; et, à ses propos, Bilbon finit par deviner la vérité, et l’espoir lui vint dans les ténèbres ; il avait lui-même trouvé l’anneau merveilleux et une chance d’échapper aux orques et à Gollum.
Ils finirent par s’arrêter devant une ouverture invisible qui menait aux portes inférieures des mines sur le versant oriental des montagnes. Là, Gollum s’accroupit, aux abois, flairant et écoutant ; et Bilbon fut tenté de le tuer avec son épée. Mais la pitié le retint et, s’il garda l’anneau dans lequel résidait son seul espoir, il ne voulut pas s’en servir pour tuer la misérable créature en état d’infériorité. Enfin, rassemblant tout son courage, il bondit dans le noir par-dessus Gollum et s’enfuit le long du passage, poursuivi par les cris de haine et de désespoir de son ennemi : « Voleur, voleur ! Sacquet ! On le hait z’à jamais ! ».
Or, fait curieux, ce n’est pas ainsi que Bilbon raconta d’abord l’histoire à ses compagnons. Pour eux, son récit fut que Gollum avait promis de lui faire un cadeau, s’il gagnait la partie ; mais en allant chercher le trésor dans son île, il en avait découvert la disparition ; c’était un anneau magique qui lui avait été donné longtemps auparavant pour son anniversaire. Bilbon avait deviné qu’il s’agissait de l’anneau même qu’il avait trouvé et, comme il avait gagné la partie, l’anneau lui appartenait déjà de droit. Mais, se trouvant en lieu fermé, il n’en dit rien et laissa Gollum lui montrer l’issue comme récompense et non comme cadeau. C’est cette version que Bilbon consigna dans ses mémoires, et il semble ne l’avoir jamais modifiée lui-même, fût-ce même après le Conseil d’Elrond. Elle parut encore à l’évidence dans le Livre Rouge original, comme dans maintes copies et abrégés. Mais nombre de transcriptions contiennent la version réelle (en variante), tirée sans doute des notes de Frodon ou de Samsagace, qui avaient tous deux appris la vérité, encore qu’ils semblent n’avoir rien voulu supprimer de ce qui avait été positivement écrit par le vieux Hobbit lui-même.
À la première audition du récit de Bilbon, Gandalf ne lui accorda toutefois pas créance, et il continua à montrer une grande curiosité au sujet de l’anneau. Par la suite, il tira de Bilbon l’histoire véritable, après beaucoup de questions qui gâtèrent un temps leur amitié ; mais le Magicien semblait attacher de l’importance à la vérité ? Et, bien qu’il ne le dit pas à Bilbon, il jugea aussi importante et fâcheuse la découverte que le bon Hobbit n’avait pas d’emblée dit la vérité : c’était tout à fait contraire à son habitude. L’idée d’un « cadeau » n’était pas toutefois une simple invention de Hobbit. Elle lui avait été suggérée, selon son aveu, par les paroles de Gollum qu’il avait surprises ; car celui-ci avait en fait appelé plusieurs fois l’anneau « cadeau d’anniversaire ». Cela aussi, Gandalf le trouva étrange et suspect ; mais il ne découvrit la vérité sur ce point que bien plus tard, comme on le verra dans ce livre.
Il n’y a pas lieu de s’étendre ici sur la suite des aventures de Bilbon. Ayant échappé grâce à l’anneau aux gardes orques de la porte, il rejoignit ses compagnons. Il eut souvent recours à l’anneau durant sa quête, surtout pour aider ses amis ; mais il garda le secret à ce sujet aussi longtemps qu’il le put. Après son retour chez lui, il n’en reparla plus jamais à personne, hormis à Gandalf et à Frodon, et nul dans la Comté ne connaissait l’existence de l’anneau, ou tout au moins le croyait-il. Il ne montra qu’à Frodon le récit de son voyage, qu’il était en train d’écrire.
Il suspendit son épée, Dard, au-dessus de sa cheminée et il prêta à un musée (la Maison des Mathoms de Grand’Cave) sa cotte de merveilleuses mailles, cadeau des Nains prélevé sur le trésor du Dragon. Mais il garda dans un tiroir à Cul-de-Sac le vieux manteau et le capuchon qu’il avait porté dans ses voyages. Quant à l’anneau, il demeura dans sa poche, attaché à une belle chaînette.
Il rentra chez lui à Cul-de-Sac le 22 juin, dans sa cinquante-deuxième année (DC 1342), et rien de bien notable ne se produisit jusqu’au moment où M. Sacquet commença les préparatifs en vue de son cent-onzième anniversaire (DC 1401).

C’est à ce point que commence l’histoire.
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MessageSujet: Re: J.R.R. TOLKIEN   Mer 24 Mar 2010 - 12:30

Note sur les Archives de la Comté

À la fin du Tiers Age, le rôle joué par les Hobbits dans les grands évènements qui conduisirent à l’inclusion de la Comté dans le Royaume Réuni éveilla chez eux une curiosité plus étendue pour leur propre histoire, et bon nombre de leurs traditions, jusqu’alors surtout orales, furent rassemblées et consignées par écrit. Les plus grandes familles s’intéressèrent aussi aux évènements du Royaume en général, et nombre de leurs membres étudièrent ses histoires et légendes anciennes. Vers la fin du Quatrième Age, on trouvait déjà dans la Comté plusieurs bibliothèques contenant de nombreux livres d’histoire et archives.
Les plus importantes de ces collections étaient sans doute celles des Tours d’Endessous aux Grands Smials, et à Château-Brande. Le présent récit de la fin du Tiers Age est tiré en majeure partie du Livre Rouge de la Marche de l’Ouest. Cette principale source pour l’histoire de la Guerre de l’Anneau tire son nom du fait qu’elle fut longtemps conservée au Tours d’Endessous, résidence des Belenfant, gardiens de la Marche de l’Ouest. C’était à l’origine le journal personnel de Bilbon, qu’il emporta avec lui à Fondcombe. Frodon le rapporta dans la Comté en même temps que de nombreuses feuilles volantes, et au cours de DC 1420-21, il en remplit presque entièrement les pages de son récit de la guerre. Mais, annexés à ce fond et conservés avec lui, probablement dans un seul étui rouge, se trouvaient trois gros volumes, reliés de cuir rouge, que Bilbon lui donna en cadeau d’adieu. À ces quatre volumes en fut ajouté, dans la Marche de l’Ouest, un cinquième contenant des commentaires, des généalogies et divers autres éléments au sujet des membres hobbits de la Communauté.
Le Livre Rouge original n’a pas été conservé, mais de nombreuses copies en furent faites, particulièrement en ce qui concerne le premier volume, à l’usage des descendants des enfants de Maître Samsagace. La plus importante a toutefois une histoire différente. Elle fut conservée aux Grands Smials, mais elle avait été écrite en Gondor, sans doute à la demande de l’arrière-petit-fils de Peregrïn, et complétée en DC 1592 (FA 172). Son scribe du sud y ajouta la note suivante : « Findigal, écrivain du roi, termina cet ouvrage en IV 172. C’est une copie exacte dans tous les détails du Livre du Thain de Minas Tirith. Celui-ci était une copie, faite sur l’ordre du roi Élasser, du Livre Rouge de Periannath, et elle lui fut apportée par le Thain Peregrïn quand il se retira en Gondor en IV 64. »
Le livre du Thain fut ainsi la première copie faite du Livre Rouge, et il contenait un grand nombre de choses qui furent par la suite omises ou perdues. À Minas Tirith, il reçut de nombreuses annotations et citations en langue elfique, et il y fut ajouté une version abrégée des parties de l’Histoire d’Aragorn et d’Arwen qui restèrent en dehors du récit de la guerre. L’histoire entière est réputée avoir été écrite par Barahir, petit-fils de l’intendant Faramir, quelque temps après la mort du roi. Mais l’importance principale de la copie de Findagil est que seule elle contient la totalité des traductions de l’elfique faites par Bilbon. On a constaté que ces trois volumes formaient une œuvre de grand talent et de grande érudition pour laquelle, de 1403 à 1418, il s’était servi de toutes les sources, tant orales qu’écrites dont il pouvait disposer à Fondcombe. Mais comme Frodon y eut peu recours étant donné qu’elles concernent presque exclusivement les Jours des Anciens, on n’en dira pas davantage ici.
Meriadoc et Peregrïn étant devenus les chefs de leurs grandes familles et ayant en même temps conservé leurs relations avec le Rohan et le Gondor, les bibliothèques de Châteaubouc et de Bourg-de-Touque contenaient beaucoup de choses qui ne paraissent pas dans le Livre Rouge. À Château-Brande, il y avait de nombreux ouvrages traitant de l’Ériador et de l’histoire de Rohan. Certains furent composés ou commencés par Meriadoc en personne, bien que dans la Comté, on se souvînt surtout de lui pour son Herbier de la Comté et pour son Compte des Années, dans lequel il étudiait les rapports entre les calendriers de la Comté et de Bree et ceux de Fondcombe, de Gondor et de Rohan. Il écrivit aussi un court traité des Anciens Mots et Noms dans la Comté où il montrait un intérêt particulier à découvrir la parenté avec le langage des Rohirrim de « mots de la Comté », tel que mathom et d’anciens éléments dans les noms de lieux.
Aux Grands Smials, les livres présentaient moins d’intérêt pour les gens de la Comté, bien qu’ils eussent davantage d’importance pour l’histoire plus générale. Aucun d’eux n’était de la main de Peregrïn, mais lui et ses successeurs réunirent de nombreux manuscrits écrits par les scribes de Gondor : principalement des copies ou des résumés des histoires et légendes relatives à Élendil et à ses héritiers. Ce n’est qu’ici dans la Comté que l’on pouvait trouver d’amples matériaux pour l’histoire de Nümenor et de l’élévation de Sauron. Ce fut sans doute aux Grands Smials que l’Histoire des Années fut composée, à partir des matériaux rassemblés par Meriadoc. Bien que les dates données soient souvent conjecturales, surtout pour le Deuxième Age, elles méritent attention. Il est probable que Meriadoc obtint de l’aide et des informations de Fondcombe, où il se rendit à plusieurs reprises. Là, bien qu’Elrond fût mort, ses fils demeurèrent longtemps, ainsi que certains des Hauts Elfes. On dit que Celeborn alla y résider après la mort de Galadriel ; mais il n’y a aucun document sur le jour où il chercha enfin les Havres Gris et où, avec lui, s’en fut le dernier témoin des Jours des Anciens en Terre du Milieu.
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MessageSujet: Re: J.R.R. TOLKIEN   Mer 24 Mar 2010 - 14:51

Rêve Outch !! J'ai lu le bloc de 1300 pages.
C'est magiquement écrit, et par rapport aux movies, qui même si ça respecte au mieux les livres, on repère de suite les différences. La plus flagrante, c'est lorsque Frodon doit être emmené à Fondcombe pour y être guéri de la blessure du Cavalier Noir, l'ancien Grand-Roi Homme, et celui contre lequel se battra Eowin.
Dans le film, c'est Arwen qui va le prendre en croupe sur sa monture. Or dans le bouquin, c'est un Elfe qui vient, l'ancien compagnon du dernier Roi Elfe.
Également la notion de temps dans le film ; il n'y est pas aussi présent.
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MessageSujet: Re: J.R.R. TOLKIEN   Mer 24 Mar 2010 - 15:21

Dis donc JoK, je ne te pensais pas passionné par le sujet...je te remercie d'avoir ouvert ce fil, ayant moi-même eu la flemme et le manque de temps pour le faire...il est important de rendre hommage à cet homme et à son oeuvre si riche.... chinois
Quant au film, je suis d'accord, Shan, beaucoup de différences et surtout, l'occultation de Tom Bombadil...mais malgré tout, en ce qui me concerne cela n'enlève rien à la beauté et au rendu du film même si il ne remplacera jamais le livre ( absolument à lire si on veut pouvoir se forger réellement une idée ).
A propos d'Eowyn et D'Aragorn, je soupçonne Tolkien d'avoir abusé de romantisme, car il me semble que dans la réalité il n'aurait pas forcément pu résister à la Dame du Rohan...d'où un peu de piment supplémentaire !
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Shan



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MessageSujet: Re: J.R.R. TOLKIEN   Mer 24 Mar 2010 - 15:34

Pas d'accord avec toi Kate, au sujet du choix de la compagne d'Aragorn. Je suppose qu'il a tout de même voulu garder les habitudes des rois de notre histoire propre.
Destiné à devenir le Roi des Hommes, il ne pouvait pas prendre une fille de roi comme épouse. Ils choisissent toujours à l'extérieur de leur propre royaume. Arwen me semble donc à moi, plus logique.
D'autant qu'Aragorn connait Arwen d'avant son épopée de re-conquête, alors qu'il est encore un Rôdeur appelé Grand-Pas (je crois).

Ce livre a toute sa place ici dans les auteurs connus. Il se lit bien, même si c'est un peu difficile lors de certains passages.
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MessageSujet: Re: J.R.R. TOLKIEN   Mer 24 Mar 2010 - 15:37

Tu as sans doute raison, Shan, je parle de la réalité des sentiments...Aragorn est tiraillé entre son comportement humain et son éducation et ascendance semi elfique, et en matière d'émotion, je le sens plus près des Hommes...
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MessageSujet: Re: J.R.R. TOLKIEN   Mer 24 Mar 2010 - 15:39

Et moi qui pensais bêtement que notre poulet n'avait pas de littérature tout occupé qu'il était à bidouiller ses tuyaux...

Le problème ici, et( j'y espère peut-être l'aide de Triskell), se situe je crois à la croisée des chemins entre le conte oral dit populaire, sa retranscription écrite qui, vers la fin du XVIIIème, début XIXème crée en Angleterre ce genre littéraire appelé "fantasy" et qui alimente si bien de nos jours le cinéma, comme par exemple le nouvel Alice de Tim Burton.
L'anneau, tout comme la table ronde, est un concept celte, qui professe que tout est dans tout, que la circularité: ça existe face au désespérant concept de finitude.

Dans la fantasy comme dans le conte, les espaces séparant la réalité, le rêve, la culture sont comme atrophiés. Il y existe peu de distance entre un désir et sa réalisation. Car, cette dernière doit tout à l'imagination de l'auteur.

Ce genre possède certainement de beaux jours sur internet. Car, c'est un genre interactif. Constructiviste, dans le sens où la réalité se crée au fur et à mesure de notre propre imagination. N'oublions pas qu'entre nous, sur ce forum, nous nous trouvons dans un monde virtuel. C'est à dire, un monde où tout pourrait advenir. Qu'il suffit de le penser.

Ce monde, dans lequel grandissent nos enfants est en grande partie fait d'utopies. De Val sans retour. Face à la violence de la réalité, il ouvre mille perspectives.

Revenir sur les croyances du passé pour mieux analyser les savoirs et les techniques du présent conforte le mythe dans sa complexité que nous appartiendrions tous désormais à la même culture quelques soient les peuples et les générations. Les religions ont perdu leur rôle de prêt à penser et tout un chacun doit désormais s'extraire de ses propres valeurs, son propre continent, pour rencontrer l'Autre dans la vanité que recouvre toujours toute quête chevaleresque. (Comme par exemple aujourd'hui, Google face à la Chine).

Les identités sont multiples plutôt que nationales, elles croient et croissent dans la diversité. C'est du moins l'Utopie des internautes. Et le Livre, pour important qu'il soit, c'est à dire la littérature écrite, ne peut plus en être qu'un des nombreux anneaux, je veux dire un maillon parmi d'autres dans cet effort gigantesque de communications planétaires...
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MessageSujet: Re: J.R.R. TOLKIEN   Mer 24 Mar 2010 - 15:49

Tout cela est vrai Vic, et le monde imaginé ( en partie ) par Tolkien est bien trop riche pour l'exprimer en quelques lignes...Il est évident qu'il y a là une percée dans le monde mythologique ( celtique et nordique) avec tous les schémas du conte et de la tradition orale, l'imaginaire aussi, par le biais entre autre de la spiritualité des différents peuples et entités, puis, une approche réelle du monde, qui ne prend pas une ride, les conflits d'intérêts, les disparitions de certaines espèces par la venue d'une seule, la survie de la nature et des anciennes lois face à l'industrialisation...enfin, on pourrait y passer la nuit...chacun peut s'y trouver une place et surtout, celle du rêve que l'on pourrait s'unir face à une grosse boule noir appelée " le mal", voilà qui nous fait du bien, de se mettre un instant à la place de ceux qui ont à faire à ce choix si simple...
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Shan



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MessageSujet: Re: J.R.R. TOLKIEN   Mer 24 Mar 2010 - 15:54

Vic Taurugaux a écrit:
Et moi qui pensais bêtement que notre poulet n'avait pas de littérature tout occupé qu'il était à bidouiller ses tuyaux...

Ange On voit que vous ne le connaissez que par ce qu'il veut bien vous laisser entrevoir. S'il est venu ici, c'est justement pour sortir de cet univers de tuyauterie binaire ou plomberie numérique.
Et encore ne vous a-t-il pas dit quand et dans quelles circonstances il a lu ce pavé énorme. Je peux vous dire qu'il n'aime pas trop ces gros livres.

Il n'y a que 2 personnes ici qui le connaissent (je dirais) bien (lui mis à part, quoique je me demande s'il se connait parfois... mdr )
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MessageSujet: Re: J.R.R. TOLKIEN   Mer 24 Mar 2010 - 15:58

Mais cela me fait grand plaisir et je n'ai jamais douté que notre poulet puisse aimer les livres, sinon, que ferait-il ici ? Quant à Tolkien, je suis contente de trouver un fan de plus ( voire plusieurs ici ) et sur les conditions de l'intérêt qu'il a pu porter à ce livre...le saura t-on ?
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Shan



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MessageSujet: Re: J.R.R. TOLKIEN   Mer 24 Mar 2010 - 16:13

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MessageSujet: Re: J.R.R. TOLKIEN   Mer 24 Mar 2010 - 16:20

Non, je n'avais pas lu Shan (moi aussi je suis une faignasse...), merci pour le lien et "Bienvenue JoK" ! AngeR
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Shan



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MessageSujet: Re: J.R.R. TOLKIEN   Mer 24 Mar 2010 - 16:36

Pour ce qui est des "secrets de Papounet" voir Romane mdr
Tu seras surprise de trouver les dits mais également certains non-dit si tu vas un peu à la chasse de ses messages... tong

Il a plein d'aspects le bougr'd'là !! AngeR (visiter la section musique classique...)
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MessageSujet: Re: J.R.R. TOLKIEN   Jeu 25 Mar 2010 - 12:03

kate100fin a écrit:
du rêve que l'on pourrait s'unir face à une grosse boule noir appelée " le mal"
Je trouve aussi l'histoire intéressante dans le fait qu'elle nous raconte que le "mal" est aussi en chacun de nous et qu'il suffit de bien peu pour le voir affleurer.
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MessageSujet: Re: J.R.R. TOLKIEN   Jeu 25 Mar 2010 - 12:46

Hé oui, je suis un fan de Tolkien.
Je trainais sur une salle IRC où se réunissaient des gens qui ont lu le bouquin. Il s'y trouvaient toutes les nationalités, et c'est bien la première fois que je voyais ça. Ils parlaient du livre, mais aussi du premier opus à peine sorti en salles, la communauté de l'anneau. Critiques mais aussi louanges étaient là.
En 2003 ou 4, j'étais en ville, et j'ai vu l'édition complète dans une vitrine. Sur un coup de tête, je l'ai acheté, mais pas lu de suite. Il est resté oublié quelque temps. Et puis un jour, un ami me ramène le film piqué sur les réseaux. Une fois que je l'avais vu, j'ai été assez emballé.
En 2005 j'ai eu une nuit une attaque cardiaque, le SAMU a diagnostiqué un infarctus sévère. Et hop direction l'hôpital après avoir tout fait pour calmer la douleur et donné les premiers soins et précautions. Excès de café, nicotine, et sans doute fatigue ont fait sournoisement leurs œuvre.

Le lendemain, "on" m'avait apporté le pavé, à défaut d'ordinateur portable. J'ai donc commencé à le lire faute de ne pouvoir faire autre chose, même pas fumer pfff !!
Les infirmières m'apportaient tout le temps des saloperies de médicaments, je détestais les prendre. Bref une bonne moitié se sont retrouvé dans les toilettes. Une fois plongé dans le bouquin, plus rien n'avait prise sur moi, ni douleur, ni temps, ni même l'envie de fumer.

J'y suis resté 20 jours, suivi de 2 mois de convalescence chez moi. Je vous rassure de suite, je fume toujours, bois toujours autant de café, et la fatigue... Bahhh, hein ?
______________________________

Si les réalisateur, metteurs en scène avaient respecté le livre, je suis certain que ça doublait la longueur du film, il a donc bien fallu faire des coupes et arranger ça un peu.
Tom Bombadil est un personnage qui ne "cadre" pas avec l'histoire. Quand on voit que même Gandalf le Gris a peur des possible méfaits de l'anneau sur lui et les autres personnes, que cet anneau a le pouvoir de rendre invisible à tous celui qui le porte au doigt, mis à part les Cavaliers Noirs, le fait que Tom puisse le toucher sans problème, ne disparaisse pas alors qu'il le passe au doigt, qu'il voit bien Frodon lorsque celui-ci vérifie que c'est bien le bon anneau que Tom lui rend, on se rend bien compte qu'il est autre chose que ce qu'il semble être.
Il se peut qu'il soit un des derniers représentants du Premier Age. Il va parler au groupe de Hobbits des "vieilles pierres" et des "Êtres Froids". Il semble connaitre déjà l'histoire des Hobbits jusque dans certains détails.

Extrait :
- Restez sur l'herbe verte. N'allez pas vous frotter aux vieilles pierres ni aux Êtres Froids, ou fureter dans leurs maisons, à moins que vous ne soyez des gens solides avec un cœur qui ne défaille jamais !
Il le répéta à plusieurs reprises ; et il leur conseilla de passer les Galgals par le côté ouest, s'il leur arrivait de s'égarer près de l'un d'eux. Puis il leur apprit une poésie à chanter si, par malchance, ils rencontraient quelque danger ou difficulté le lendemain.

Ohé ! Tom Bombadil, Tom Bombadillon !
Par l'eau, la forêt et la colline, par le roseau et le saule,
Par le feu, le soleil et la lune, écoutez maintenant et entendez-nous !
Accourez, Tom Bombadil, car notre besoin est proche de nous !


En clair, il aurait été simple de lui confier l'anneau, rien semblait pouvoir lui arriver.
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kate100fin
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MessageSujet: Re: J.R.R. TOLKIEN   Jeu 25 Mar 2010 - 13:34

En effet, sacrée circonstance pour rencontrer ce livre JoK...sais-tu que Tolkien, lui a commencé à l'écrire dans les tranchées ?

En ce qui concerne Tom Bombadil, tu as entièrement raison, c'est un être à part, on le voit déjà dans "Bilbot le Hobbit" ; quant à lui confier l'anneau, c'est une idée, mais il est justement bien en dehors du monde pour y prendre part, ce n'est pas son histoire et on voit bien que même s'il semble connaître toute chose, il ne s'engage en rien, juste un petit coup de pouce en passant, tel un envoyé divin qui guide mais doit laisser le monde se faire...
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MessageSujet: Re: J.R.R. TOLKIEN   Jeu 25 Mar 2010 - 21:09

Vic Taurugaux a écrit:

Le problème ici, et( j'y espère peut-être l'aide de Triskell), se situe je crois à la croisée des chemins entre le conte oral dit populaire, sa retranscription écrite qui, vers la fin du XVIIIème, début XIXème crée en Angleterre ce genre littéraire appelé "fantasy" et qui alimente si bien de nos jours le cinéma, comme par exemple le nouvel Alice de Tim Burton.
L'anneau, tout comme la table ronde, est un concept celte, qui professe que tout est dans tout, que la circularité: ça existe face au désespérant concept de finitude.

Dans la fantasy comme dans le conte, les espaces séparant la réalité, le rêve, la culture sont comme atrophiés. Il y existe peu de distance entre un désir et sa réalisation. Car, cette dernière doit tout à l'imagination de l'auteur.


Aide acquise Vic, c'est un domaine qui me passionne, et le mot est faible.
je m'y mets dés que j'ai fini ce que j'ai en cours (trois articles), parce que si j'y plonge maintenant, je laisse tomber le reste, enfin, peux traiter plusieurs sujets à la foi, je le fais bien en ce moment. Précise moi ce que tu attends. Suis fan depuis 30 ans de Tolkien et de fantasy depuis avant même si ça s'appelait pas encore fantasy officiellement. Merci à Jok pour le Seigneur, comme Kate, j'y pensais depuis des, mais s'attaquer à ce monument encourage la procrastination.
J'ai tout lu de Tolkien, aprés Bilbot, le Seigneur bien sûr, et le Silmarillon, le Livre des contes perdus etc...
Il ya aussi (mais là pas encore lu "Les Aventures de Tom Bombaldil."
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MessageSujet: Re: J.R.R. TOLKIEN   Jeu 25 Mar 2010 - 21:47

Il n'y a pas à me remercier pour ce fil.
Ceci est une promesse que j'avais faite à Romane. Il se trouve juste que lorsque je fais une promesse, je la tiens, même si ça prend du temps.

Ceci étant, je vais essayer de me trouver les autres ouvrages de Tolkien, parce que s'il y a un écrivain qui m'a vraiment impressionné par ses écrits, c'est lui. Ceci ne veut pas dire que je fermerais les yeux sur les livres que je lirais de lui, du moins par esprit critique. Je considère juste qu'il a sa place dans ma bibliothèque, comme "les petits mots" de P. R-F a sa place.
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kate100fin
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MessageSujet: Re: J.R.R. TOLKIEN   Jeu 25 Mar 2010 - 22:40

Citation :
"Les Aventures de Tom Bombaldil."
C'est un recueil de poèmes, très sympathique...pour info, le dernier texte "le dernier vaisseau" a inspiré notre conteur/musicien local, Patrik Ewen qui en a tiré une très belle chanson "Firiel" voici le lien si vous voulez écouter, c'est sur l'album " berceuse pour vieux enfants" ; sur cet album aussi, une chanson sur Arwen, Dame étoile du soir...Il a également composé une musique " la balade d'Aragorn" très belle, si je la trouve je vous l'indique...

http://www.musicme.com/Patrick-Ewen/
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MessageSujet: Re: J.R.R. TOLKIEN   Ven 26 Mar 2010 - 0:46

C'est bizarre, j'avais l'impression d'avoir laissé un long post sur ce topic... et là, plus rien... What the fuck ?!?
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MessageSujet: Re: J.R.R. TOLKIEN   

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