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 Humeurs

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Astérisque
"J'étais pas là"
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MessageSujet: Humeurs   Ven 26 Mar 2010 - 0:42

De coups de coeur en coups de sang, le flux de la vie...


Pour quelques instants de plaisir.

Tentez seulement l’enjambée, et le ciel vous envahit soudain, l’éther est là qui vous soulève. Nul son sous les ailes, seul le silence sature l’immensité, ses limites fuyantes s’évanouissent sur les ascendants. Si parfois survient un doux murmure ce n’est que celui du vent qui chiffonne la voilure, lorsque le chuchotis de la soie accompagne un changement de cap en un bercement serein. C’est ainsi lorsque l’on prend son envol et il serait si bon de n’en jamais revenir.
Lorsque champs, forêts, fleuves et collines se confondent enfin, ne dessinant plus que les ramages d’un somptueux tapis qui chatoie, si loin déjà, il ne reste que cette suave volupté d’être emporté par une fleur immense, dans cet univers sans heurts, sans barrières et sans parfums. Tout est autre. Le gaz de toute part baigne la peau de sa fraîcheur, c’est comme une caresse impalpable et si présente à la fois, un enveloppement souverain. Dans cet espace où les dimensions s’interpénètrent, il n’y a plus ni devant ni derrière, juste une douce ivresse et, là pourtant, quelque part à l’intérieur, ça dit que l’on monte, que l’on monte, que l’on plane. Et aussi, hélas, que là on redescend. Juste un plaisir solitaire.
Comme à chaque première fois, l’on redevient petit enfant. Cette plongée bien sûr, est bien loin de l’étreinte des eaux maternelles, de leurs massages lénifiants, c’est le second élément vital qui révèle ici sa réalité, parfois trompeusement qualifiée d’inconsistance. L’air, vous le sentez, ne peut-être que masculin. D’où il vient, peut-être, que pour l’apprivoiser il faut de l’artifice, voyez ces corolles bigarrées. Mais aussi beaucoup de respect et de savoir car en cas de naufrage vous n’aurez ni bouée ni espar auxquels vous raccrocher.
Mais tout de même, n’être plus accompagné que par les grands oiseaux ! Cet instant où les rémiges frôlent la toile, ce p’tit coup dans l’aile, est-ce une invite ou bien un défi ? Libres sous la tension des intrados, les têtes s’inclinent et se cherchent, des regards se croisent, mais le rapace avantagé par Dame Nature garde l’initiative d’un «grand huit ». Prêts pour un pas de deux ? Babilée pour chorégraphe et Chet au cœur qui susurre « Time after time »… la chair enfin libérée de sa gangue d’argile… c’est… divin ?

16/8/2007
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lison

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MessageSujet: Re: Humeurs   Ven 26 Mar 2010 - 2:39

WOW!!! chinois chinois chinois

Je suis bouche bée...
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Romane
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MessageSujet: Re: Humeurs   Ven 26 Mar 2010 - 3:03

C'est du Zoé, du pur Zoé, avec son regard inimitable et cette manière de le dire non conventionnelle. Moi, j'aime. J'ai toujours trouvé un charme à ces balades dans ses mots. Elle est comme ça aussi, en vrai. Délicieuse.

*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*
"Bonjour, je suis Romane, alors je m'appelle Romane, c'est pour ça que mon pseudo c'est Romane."
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Astérisque
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MessageSujet: Re: Humeurs   Ven 26 Mar 2010 - 3:24

Embarassed Embarassed Embarassed

Merci à vous deux... mais en ressortant ce texte et le relisant, je me rends compte de la distance du ressenti intérieur... Je veux dire par là que je serais incapable d'écrire ainsi en ce moment... C'est Zoé qui a écrit ça...
Mais voler reste l'expérience la plus voluptueuse que je connaisse (désolée pour les zoms ou pour moi, peut-être?...). Surtout en parapente, c'est sublime, au sens alchimique du mot. L'été dernier, j'ai eu le bonheur du baptême en planeur, les sensations sont chouettes aussi, mais rien de comparable... L'air, c'est comme nager, être porté, mais en mieux... Ah, les éléments! I love you
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JoK
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MessageSujet: Re: Humeurs   Ven 26 Mar 2010 - 3:56

La vraie sensation de "vol", c'est celle que tu vis lorsque tu fais du parachute, et encore, seulement seulement entre le moment où tu sautes et celui où tu tires la poignée d'ouverture de parachute.
En ramenant bras et jambes vers le corps, tu augmente la vitesse, en les écartant tu la diminues.
Là tu as l'impression de voler...

Avec ton parapente, tu disposes d'un soutien. Il n'en est pas moins vrai que c'est une très belle expérience. Plus "saine" aussi que le parachute.
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Astérisque
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MessageSujet: Re: Humeurs   Ven 26 Mar 2010 - 4:05

Mince Captain Jok!
S'il teupl' ne viens pas retourner le couteau dans la plaie... Tssssss encore une expérience que je ne connaîtrai pas! Grrrrrrrrrrr Comme celle de faire décoller, pour de vrai, un avion... Dans mes rêves, j'y parviens très bien, mais bon, j'aime aussi le réel!
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JoK
Poulet branché


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MessageSujet: Re: Humeurs   Ven 26 Mar 2010 - 4:35

Astérisque a écrit:
Mince Captain Jok!
S'il teupl' ne viens pas retourner le couteau dans la plaie... Tssssss encore une expérience que je ne connaîtrai pas! Grrrrrrrrrrr Comme celle de faire décoller, pour de vrai, un avion... Dans mes rêves, j'y parviens très bien, mais bon, j'aime aussi le réel!
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Smile

Pour le décollage d'un avion, tu prends quelques cours et même si tu ne passes pas le brevet de pilote, tu pourras néanmoins en faire décoller un de navion...
Pour le parachute, c'est une autre histoire hein ?
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Astérisque
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MessageSujet: Re: Humeurs   Ven 26 Mar 2010 - 12:43

Pour le parachute, je le crains, oui. Ce serait un peu bête d'effectuer mon retour sur une chaise roulante!
Pour le navion, m'étonnerait que la grasse pension qui me sera, peut-être, allouée prochainement m'autorise de telles fantaisies... Pis de toute façon "y a comme un défaut" d'autre nature.
Tiens, un gag en planeur, le mono était un monsieur mûr, plein de prévenance et de compétence. Nous partons... et voilà que là-haut il se met à me questionner de temps à autres, curieusement ses courtes phrases se terminaient toutes pas Thomas. Ne pigeant que pouic, je tourne la tête pour lui demander qui est ce Thomas dont il parle!... Mais non! Il me demandait seulement si ça allait, l'estomac!
mdr mdr mdr
Mais j'ai du pot aussi. Je lui dis avoir été surprise les jours précédents de voir un des planeurs faisant de la voltige, je ne pensais pas que c'était possible. Ben, si me dit le monsieur, et le pilote, c'était moi... Bon quelques paliers plus loin, il me passe les commandes pour le rituel essai, pas évident de relâcher la pression sur le manche aussitôt atteint le point désiré... puis il reprend les commandes, et sur un ultime 'Thomas' m'entraîne dans un gentille sarabande... Quel pied nom d'un chien! Je suis bien restée deux jours dans les nuages...
Ange
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Rosacée



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MessageSujet: Re: Humeurs   Ven 26 Mar 2010 - 15:08

Je ne sais pas pourquoi tu as nommé ton billet "Humeurs" - c'est trop beau, trop doux pour que cela soit nommé ainsi... Oui, c'est une très belle prose. J'ai senti véritablement "Le flux de la vie" dans ce que tu décris. Mais je n'y ai pas vu le sens des "humeurs". J'y ai vu un voile de vie poussé par un souffle de liberté et de vérité. Quelque chose de pur, de divin.

Zoé, c'est toi ?
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Astérisque
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MessageSujet: Re: Humeurs   Ven 26 Mar 2010 - 15:56

J'ai posté ça hier soir:
Astérisque a écrit:
Je recycle quelques vieux textes que certains connaissent donc déjà...
peint
Je compte les mettre sous forme de recueil, il y en aura donc d'autres à la suite... 'Humeur' est un mot neutre au départ. Heureuse qu'il t'ait plu...

Zoé, c'est la désinence de toute entité vivante, un nom générique en quelque sorte...
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Romane
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MessageSujet: Re: Humeurs   Ven 26 Mar 2010 - 17:54

Astérisque a écrit:
je serais incapable d'écrire ainsi en ce moment... C'est Zoé qui a écrit ça...

Oui, ma Zoé, nous possédons nos tranches d'écriture au même titre que nous possédons nos tranches de vie, chacune de couleurs différentes, d'atmosphères particulières. Pas à pas, elles défilent et l'écriture (moyen d'expression) en est forcément imprégnée.

Je n'avais pas relevé "Humeurs", contrairement à Rosacée, sans doute parce que je te connais bien, enfin plutôt : un peu quand même, depuis tous nos échanges et ces jours délicieux passés ensemble. A mon sens, tous tes textes pratiquement pourraient passer sous ce titre, quelles qu'en soient... les couleurs.


*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*
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Astérisque
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MessageSujet: Re: Humeurs   Ven 26 Mar 2010 - 19:58

Le rose aux joues.
(Les mots d’une mère…)

Pouf… !
Le mot a claqué bien plus fort que la gifle.
Un vertige, soudain, devant cette haine jaillie du fond des tripes. Oh ! Ce n’est pas le mot, non, l’adolescente, déjà, en a entendu d’autres dans cette bouche immense, au verbe assuré par tant d’expériences si contradictoires. Lui, elle le connaît déjà, il a servi à en désigner d’autres qu’elle, petite vestale hypocrite, assujettie gardienne du temple des secrets familiaux. Enfant choyée, proclame l’autre, qui ne connaît du mot, hélas, que son épellation dont elle a dû se satisfaire.
Habituellement elle sent venir les vents qui agitent la surface de ce flot impétueux que beaucoup redoutent autant qu’ils le révèrent. Mais ce jour là, non. Oh ! Elle aurait bien dû savoir que sa stratégie d’attaque surprise masquait une faiblesse d’assurance de moyens. Quel démon alors l’a saisie de vouloir ainsi imiter la déesse, singer l’idole ? Quelle pulsion mortifère la poussée à enfreindre la discipline, à rompre le rang, à écarter son voile de grisaille.
Etait-ce ces premiers rayons du soleil printanier, venant traverser les rideaux de la chambre ? Etait-ce les trilles du merle, du haut du vieux poirier, s’époumonant à séduire sa terne femelle ? Ou bien le sourire effronté du jeune facteur derrière son café quotidien ? Rien de vraiment nouveau en tous cas dans le déroulement de son service catalogué.
Un regard nouveau peut-être dans cette glace, dans la lumière sans concession d’un matin d’avril. Pour la première fois, en tressant ses longs cheveux, elle s’est penchée, un peu plus que de coutume. Peut-être est-elle lasse depuis longtemps déjà de n’exister que par cette chevelure ? Pas même sa propriété. L’héritage de son aïeule, lui dit-on, au demeurant partie beaucoup trop jeune pour la chérir… Un legs bien agaçant, lorsque certains posent un regard mélancolique sur la nappe brune. Et le miroir envers cet âge est impitoyable : - Tes yeux sont bien petits, ton front bien trop borné, alors ton teint d’ambre si pâle, peut-être pourrais-tu l’améliorer ?
Le lieu est désert lui semble t-il, la Pythie rend ses oracles à quelques mortels enchantés. A pas feutrés, un petit palpitement sous le sein naissant, la jeune fille a entrouvert la porte de la chambre… Furtive, elle se glisse vers l’autel interdit, parmi ces senteurs musquées qui participent de l’aura de l’autre. Elle se penche vers ce regard inconnu et qui pétille soudain, balaye d’un geste léger ses joues mates du pinceau soyeux au parfum d’encens capiteux, puis, ainsi transfigurée salue l’enfant inconsciente.

Son rire joyeux aura été de courte durée. La violence de la réaction la fige. Un mur les sépare désormais qu’elle pressent infranchissable. Impossible de se reconnaître dans ce regard qui la détruit. Aucun mot de regret ne sera prononcé. C’est le gouffre même de la Pythie qui se révèle dans sa dimension de vide abyssal.
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Astérisque
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MessageSujet: Re: Humeurs   Dim 28 Mar 2010 - 20:37

Mode d’emploi

C’est fou le temps qu’on peut passer à lire des modes d’emploi ! Notez, j’dis ça… les modes d’emploi, moi, j’les lis jamais ! Rien qu’à l’idée du temps que ça va m’bouffer j’en suis malade. Alors c’est simple, j’les lis pas. Comme ça j’ai l’temps d’apprendre à me servir des trucs, des bidules et des machins. En un mot, de prendre le tour de main. Car vous aurez beau dire, la notice, à supposer qu’elle soit en français, émet toujours des réserves et prend souvent des tournures ambiguës.
Premier cas de figure : la brochure est de bonne taille, et là, faut s’asseoir, prévoir un café et des tartines. Dans ce cas elle peut même comporter des illustrations, je compte tout de même un bon quart d’heure pour relier les pointillés aux différents éléments de la machine. Quand j’étais petite, ma mère recevait un magazine, y avait toujours un jeu à la fin pour les enfants, ça m’agaçait lorsqu’il s’agissait de démêler, dans l’imbroglio des fils, le parcours du lapin à la carotte, de Milou à l’os, de la fusée à la lune. Déjà je préférais les labyrinthes, mais ceci est un autre sujet. Bref, ce n’est qu’après avoir parcouru les vingt premières pages que l’on indique qu’il existe plusieurs types de l’engin. Retour donc à la page d’accueil pour mémoriser sa référence, selon sa puissance, son rayon d’action ou le fait qu’il soit ou non amphibie. C’est généralement le moment où je réalise que le vendeur m’a empapaoutée sur le modèle, et qu’il m’a refilé un rogaton manquant singulièrement de puissance, mais comme c’est samedi soir et que je n’ai pas l’intention de me retaper trente bornes, je passe ma hargne sur le premier qui croise mon bord.
Autre cas de figure, il ne s’agit que d’un feuillet. Voire d’une page double. De prime abord, ça ne fait pas sérieux. Surtout s’il s’agit de monter l’armoire du petit dernier. Auquel cas, je passe outre, sors mon maillet, ma planchette et mon jeu de tournevis. De toute façon, lorsque tous les éléments sont déballés, que le sol est jonché de cartons et divers sachets plastiques, bien malin qui saurait remettre la main sur la notice! C'est en général à ce moment que je me souviens que dans cette saleté de nom de D…de bon D… de cochonnerie d’aggloméré faut une clé, fournie au demeurant, pour visser, faute de quoi le machin éclate. Où c’qu’elle est cette foutue clé ? Nom d’un chien, c’est sûr, la prochaine fois j’achèterai du costaud à la réderie* !
Enfin, et cas de plus en plus fréquent, sur un format de timbre poste, un texte abscons, fruit d’une traduction automatique, tout juste bon à allumer le poêle.
J’sais pas pourquoi soudain j’me souviens, quand j’ai passé le permis de conduire… D’abord c’était y a longtemps, même que les autos ne comportaient pas encore de ceinture. Même que ça nous donnait du boulot, vu qu’les gus qui faisaient un tonneau en ressortaient paraplégiques, ensuite de quoi on les mettait dans des petites voitures, les plus riches en avaient même des électriques, comme quoi rien n’a vraiment changé… Bref après deux mois d’entraînement intensif : démarrage en côte sans faire patiner l’embrayage, garages en épi et ce jusqu’à connaître l’emplacement du cric, me voici devant l’examinateur. L’épreuve durait un quart d’heure, un gros quart d’heure de nervosité bien sûr. Je te lui réussis un créneau d’école, manœuvre en deux temps, impec et sans bavure. Nous voici sur l’avant dernière ligne droite, en ville, juste un dernier virage à négocier et le triomphe m’attend. Quand soudain, voilà t-il pas qu’une méchante averse nous tombe sur le capot, en moins de dix secondes le pare-brise de la R8 ressemble de l’intérieur au hublot d’un hammam et à l’extérieur… à l’extérieur… –On pourrait mettre l’essuie-glace en route, suggère l’inspecteur. – Oui, bien sûr, on pourrait…
Je venais de réaliser qu’il n’avait jamais plu pendant mes leçons de conduite !

* Réderie: marché aux puces, braderie. Résidu de langue picarde de l'Amiénois. A l'origine, marché à réderie. Une réderie étant synonyme de vieillerie, objet de rebut...
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Astérisque
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MessageSujet: Re: Humeurs   Mer 31 Mar 2010 - 9:48

Vagabondage

Depuis un moment déjà ils suivent ce chemin de terre. La vieille guimbarde ronronne entre les fondrières, manquant à chaque seconde d’emboutir ce mur interminable qui irrésistiblement les attire. Ils sont trois amis de longue date dans la deuche, familiers donc de ses sauts de cabri. A priori, l’idée n’était pas mauvaise de cette sortie de printemps. De chaque côté de la cavée, la végétation exubérante exalte dans le soleil ses reflets de péridot, toutes vitres abaissées, les compères s’enivrent à la frôler. – Depuis le temps que dure cette clôture, on aurait déjà dû le retrouver, il n’a pas pu la sauter, le sport c’est pas son truc. Le bruit de crécelle, qui les accompagne depuis quelques minutes, va s’intensifiant qui fait monter leur angoisse. - Qu’a t-il encore bien pu inventer ce con ? « Ils » l’auraient déjà repéré ? Tout proche le fracas des pales maintenant emplit l’intérieur du véhicule, sûr, « ils » vont les contraindre à s’arrêter…
- Mesdames et Messieurs les voyageurs : la frontière, vos billets et vos papiers d’identité, s’il vous plait.
La voyageuse se redresse péniblement, un torticolis sournois l’étreint. – Combien de temps l’arrêt ? – Juste un petit quart-d’heure, on change de machine…
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Astérisque
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MessageSujet: Re: Humeurs   Mer 31 Mar 2010 - 9:49

Nouménal ?

La scène se passe il y a vingt six ans, elle est là sous mes yeux, aussi fraîche qu’hier. Nous sommes dans la cafétéria, c’est la presse pour obtenir son p’tit noir, entre Kant et Husserl. Un garçon de la section attend son tour devant le distributeur. Assise à la table du fond, je fais un break, l’esprit doucement flottant. Soudain, face à la machine, une étudiante inconnue plonge pour récupérer son gobelet. Un pétard mes aïeux ! Là, juste sous le nez de mon petit camarade. Pourquoi à cet instant nos regards se sont-ils croisés ? Nous nous connaissons à peine, bonjour, bonsoir… Un éclair de connivence, un petit éclat égrillard sous le sourcil qui se lève… En moins d’une seconde, le scénario est plié. Et ce fou-rire qui nous prend de conserve. - Qu’est ce qu’y a, qu’est ce qu’on a raté, pourquoi vous rigolez ? S’élève le chœur avide… - Rien, on rigolait…

Sans regrets. Moins d’un lustre plus tard, la Grande Saloperie emportait Didier…
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Astérisque
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MessageSujet: Re: Humeurs   Mer 31 Mar 2010 - 9:53

Le miracle de la Saint-Jean

Dans la salle aux parpaings nus la foule s’entassait. Etait-ce l’effet du feu de joie au-dessus duquel les garçons venaient de sauter qui leur donnait cette assurance ? Les yeux brillaient encore. Depuis une heure déjà les flonflons de l’accordéon soulevaient les danseurs parvenant tout juste à couvrir le brouhaha du coin buvette, où déjà Gros Mimile et Tcho René en tenaient une belle… Il faut dire que le feu de leurs trognes quotidiennement allumées, n’avait pas besoin de l’excuse de la fête patronale…
Les couples évoluaient en un joyeux frotti-frotta, certains en cadence, d’autres en d’évidentes improvisations. Sur un banc dans le fond, cinq ou six gamines rêvassaient, dodelinant de la tête au rythme des tangos et autres passo-dobles, il était entendu que ce soir, « jour de la Fête », exceptionnellement elles pouvaient assister sous le regard vigilant d’une dame patronnesse. Deux d’entre elles un peu plus délurées s’essayaient déjà à quelques pas.
A quel moment étaient-ils entrés, ces deux là ? D’où venaient-ils ? On ne les connaissait pas.
Toujours est-il que lorsque l’orchestre attaqua « la java bleue », trois mesures ne s’étaient pas écoulées qu’un large cercle silencieux se fit autour d’eux, même les poivrots se turent, c’est dire ! Je n’ai jamais revu depuis valser comme ces deux là. Juste un couple. Elle en jupe froncée, jaune, à la mode de cet été là, lui en Monsieur tout le monde. Ils dégageaient une formidable énergie portés par la musique, une grâce naturelle, comme un mécanisme parfaitement rôdé et plein de souplesse à la fois. Comme un effluve de ce que pourrait être le mouvement perpétuel.
Complices de ce petit miracle, les musiciens ont enchaîné sur un tango, tout aussi parfait. Ils se sont ensuite évaporés, quelques applaudissements timides les ont accompagnés, mais trop de stupeur régnait pour une ovation. On ne les a jamais revus. Le bastringue a repris, l’assemblée était toujours la même… alors chacun a fait de son mieux.
Etaient-ils des vacanciers précoces ou des citadins venus s’encanailler dans un bal de village ?
Aujourd’hui encore si quelqu’un parle de danse, et que je ferme les yeux, je ne vois que ces deux là.
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Astérisque
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MessageSujet: Re: Humeurs   Mer 31 Mar 2010 - 9:56

Par monts et par vaux

« Que serais-je sans toi qui vins à ma rencontre.
Que serais-je sans toi qu’un cœur au bois dormant.
Que cette heure arrêtée au cadran de la montre
Que serais-je sans toi que ce balbutiement… »

Louis Aragon,
Le roman inachevé

Sa besace sur l’épaule le paralytique a quitté son grabat. Nulle prophétie pourtant n’est venue le frapper. C’est que les toits d’ici sont bien trop étanches pour laisser passer le moindre rayon.

A son chevet depuis longtemps la Faculté professait : - son foie, c’est sûr, est bien trop engorgé, toute cette camelote frelatée l’aura empoisonné ! - Que nenni, dit l’autre, vous n’y êtes pas, il lui faut de l’exercice, de celui qui réveille les vieilles articulations et vide les lobules de cet enduit poisseux que fait l’herbe à Nicot ! Je propose la rééducation, ce corps a besoin d’un équilibre pour que s’ouvre enfin l’esprit. Les dix séances pour le prix d’une semaine à Fort-Mahon, c’est modique. D’ailleurs qui voudrait passer une semaine à Fort-Mahon ? – Mais moi ! S’exclame le troisième, ma famille y possède une villa, « la Sauvagère », et nous avons un jardinier à l’année, vous comprenez tous ces week-ends avec les enfants… Et la plage est fabuleuse pour le char à voiles. J’ai fait deuxième l’an passé à la finale ! Mes tarifs sont plus modestes, mais d’un autre côté, je ne peux garantir la durée du traitement… Et son cas est vraiment critique. – Ne cherchez plus dit le quatrième, nous testons la dernière molécule de chez « Moncampo », il n’y a à ce jour aucune contre-indication le concernant et j’ai des échantillons gratuits, dans six mois on se l’arrachera à prix d’or. Fort-Mahon ? Dédaigne-t-il, moi je pars aux Seychelles, au moins est-on certain du climat ! – Attendez lance un moustachu bedonnant, « the Lancer » a retenu mon protocole, quelques courbes à revoir et je vous fiche mon billet qu’on tient une première mondiale !…

La chambre exiguë les évacua jusque dans le couloir. Bientôt l’attroupement attira jusqu’au dernier arrivé des étudiants…

Alors bien sûr, personne ne prêta attention à la musique que le vieux baladeur chuchotait aux oreilles du patient, moins encore à cet enregistrement tellement ringard qu’il en aurait fait ricaner les Augustes. Et tout enflés qu’ils étaient de monnayer leurs éminences ils ne virent point passer le bienheureux qui suivait son étoile.
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Astérisque
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MessageSujet: Re: Humeurs   Mer 31 Mar 2010 - 9:58

En partance

Passés les derniers faubourgs, la rame hoqueta sur l’aiguillage. A son bar, verres, canettes et tartines en un joyeux sursaut s’allèrent rencontrer. Les voyageurs, jusque là absorbés par leurs consommations, échangèrent qui un regard, qui un mot d’excuse, chacun rapatriant son bien. Elle nota tout de même au passage qu’il y avait matière à confusion, le choix du menu étant à l’identique. Sans doute ne fallait-il voir là qu’un trait de génération.
La nuit d’hiver, depuis longtemps tombée, et la vitesse de croisière qui aveuglaient les fenêtres secrétaient en ce lieu, pourtant bien impersonnel, une espèce d’athmosphère de cocon. Il en suintait une sensation délicieuse et paradoxale d’urgence et de sécurité tout à la fois. Irrésistiblement, les noms d’Omsk, Krasnoyarsk et Irkoutsk l’obsédaient telle une vieille litanie liée au bercement de la voiture.
Déjà elle allait replonger dans les réminiscences de son séjour, trop brusquement interrompu à son goût en raison des impératifs liés aux horaires de retour. Tout près d’elle la voix, à l’harmonie moelleuse et grave, s’enhardit sur une banalité de circonstance : - Vous rentrez sur Paris, ou bien habitez-vous X… ? – Ni l’un, ni l’autre, j’étais en week-end de formation… - De quelle région êtes-vous ? – Oh ! Difficile à dire, je n’ai pas vraiment de racines…
Bien sûr elle le sait, elle s’engage toujours trop vite dans des considérations personnelles. Vite, elle replonge le nez dans son verre. C’est que le regard est trop profond, trop attentif à son goût. Mais l’autre là ne semble pas découragé, bien au contraire, son siège a pivoté d’un quart de tour, il s’installe, va t-elle faire face ou éluder ? Un bavard ou un dragueur impénitent. Et puis quoi, que risque t-elle dans ce train ? Si le beau parleur l’assomme, elle pourra toujours se replier vers le compartiment ! Allons, ma fille, sois un peu moins sauvage pour une fois. Imperceptiblement, le tabouret l’entraîne, elle lui fait presque face maintenant. D’instinct sa main pioche une cigarette, sans même s’en excuser. Telle la seiche qui jette son encre, elle déploie son voile dérisoire, aucun des deux n’est dupe.
Mais tous les prétextes sont bons pour échapper à ces yeux là qui l’observent avec trop d’indulgence. L’épaule ronde est fort attirante, le nez parfait en ses proportions et son teint évoque la fraîcheur. Les cheveux ? Le poil est trop long pour les affaires… D’ailleurs maintenant il parle de musique, en professionnel, passe à d’autres rubriques avec la même aisance. En homme de l’art, il veille à maintenir un semblant de dialogue. Tend sa carte, dont elle se garde bien de lire l’intitulé, la fourrant dans sa poche. Pour plus tard. Quand sera calmée cette panique intérieure qui déjà l’avertit. Leurs yeux anticipent, ils sont déjà de connivence. – Vous reprendrez bien une bière ? – Non, merci, pour moi c’est suffisant.
Elle sent bien, dans son dos, l’évaluation réflexe tandis qu’il attend sa commande : les hauts tabourets de bar ne trompent pas. Sûr que ce numéro là n’en veut pas d’abord à sa tête ! – J’ai une chambre à Paris… Ben, voyons ! – Et moi une correspondance à prendre, et l’on m’attendra au terminus… Elle n’en jurerait pas, mais dans ses yeux il lui semble avoir vu se refléter l’ombre fugace d’un regret agacé. Soit il est bon public, soit il fait l’âne, en tous cas il est beau joueur. Il renoue imperturbable le fil interrompu et se remet à tisser pour elle la plus fine batiste qu’on lui ait jamais offerte. N’y manque ni la confiance dont témoignent certaines confidences, en anglais le mot n’est-il pas le même ? Ni une saine curiosité mâtinée de ce beau sourire taquin .
Hélas, cela ne pouvait durer éternellement. Déjà la correspondance se profilait. On se promit de se téléphoner. Vite il fallut retrouver chacun son bagage un moment oublié. Lorsqu’elle mit le pied sur le quai, il avait disparu, comme évaporé. Le trajet avait été bien court, avait-elle ou non rêvé ? A cette heure très avancée un sale petit vent glacial soufflait sur les quais qui irritait les oreilles, en hâte elle gagna la gare suivante…
Là, elle s’emmitoufla, serra bien haut sur ses joues le col de son manteau. A perte de vue s’étiraient devant le boggie les traces sombres laissées par un traîneau qui la précédait sur la steppe blanche de sa peur.
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MessageSujet: Re: Humeurs   Mer 31 Mar 2010 - 10:00

Pieds beaux

Il fait un soleil radieux qui met la joie au cœur. Un de ces après-midi ou nulle contrainte ne saurait entamer l’enthousiasme ni la jubilation de foncer vers la fraîcheur des eaux bleues de la piscine. Là-bas, tout au bout de l’avenue le feu vient juste de passer au vert tel un léger défi à l’intégrité du Permis. Mais à cette heure de canicule, pas un chien, pas la moindre casquette galonnée qui incite un tant soit peu à lever le pied… Le regard rivé sur les trois pastilles, le décompte se coule spontanément au rythme de la tocante interne, vert… vert… vert… je vais passer… d’ailleurs j’y suis presque… orange… si près, j’ai le temps…
Mais voilà qu’un mouvement s’inscrit à la périphérie du champ, dont l’obnubilation du feu m’avait distraite… Freiner, vite, au risque d’un dérapage sur l’asphalte ramolli…
Là, sur ma gauche, elle a surgi. Sa démarche saccadée est pitoyable, quelle infirmité l’afflige pour lui faire ainsi lancer les jambes en un mouvement aléatoire ? La toile diaphane du pantalon ne laisse pourtant deviner aucune prothèse… La pauvre, manquerait plus que je l’achève. Freiner quoi, m… !
Ouf, stoppée.
Le nez collé au pare-brise, je l’observe. Elle n’a même pas tourné la tête, absorbée dans son effort à traverser, à tenter de synchroniser son pas. C’est alors que mes yeux incrédules s’arrondissent sur des tongs à talons en plastique irisé…
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MessageSujet: Re: Humeurs   Mer 31 Mar 2010 - 10:02

Bettina.

Bettina est une jeune femme accomplie, sachez qu’elle est conseillère en communication. Elle n’aime rien tant qu’expliquer en quoi consiste son rôle éminent, à savoir de faire comprendre à des théories de jeunes ou moins jeunes sur-diplômés que la Loi du Marché les destine à la corvée de chiottes.
Bettina a le verbe de ses idées assurées consubstantielles à la durée raisonnable de ses études. Ses phrases concises sont nourries de moulinets énergiques de la main droite, tant lévogyres que dextrogyres et qui laissent pantois quant à son refus à s’essayer à la mayonnaise. Il est vrai qu’alors sa paume est plus généralement ouverte en un geste gracieux qui déploie ses doigts menus, plus proche de l’envol du roitelet que de l’efficience australopithèque. Mais il n’est pas rare non plus que ses doigts se referment soudain pour venir affermir son propos d’un petit martèlement rapide de la table.
Bettina est habituellement souriante. Son sourire semble participer de l’énergie fugace de sa gestuelle. En fait, Bettina possède tout le registre du sourire, depuis la neutralité de bienvenue jusqu’au plus crispé mais compréhensif de celle qui vient encore de se faire larguer : « il a rencontré quelqu’un de plus disponible… ».
Bettina peut également s’adonner au rire. Le plus généralement, ses éclats de rire sont décents : le petit souffle saccadé, qui prend naissance au fond de sa gorge, s’exhale tant par ses narines que par sa bouche entrouverte, jamais plus. Au-delà de ses canines, sa denture reste hypothétique. C’est uniquement à l’accentuation du retroussis des ailes de son nez qu’il est possible d’estimer son implication. Au comble de la dérision, elle exhalera trois très brefs « hein, hein, hein », exceptionnellement cinq.
Bettina, vous l’avez senti est une jeune femme libre, responsable de sa vie et au delà, sa dignité fait encore honneur à ses grandes-bourgeoises d’aïeules. Mais alors pourquoi son regard est- il si triste ?
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MessageSujet: Re: Humeurs   Mer 31 Mar 2010 - 10:26

Comme ces poupées de foire...
 
Comme ces poupées de foire qui vous échoient dans les relents de bière sûre et de frites mal accommodées, elle est là figée dans la posture convenue. Nul mouvement n’anime sa longue chevelure apprêtée de boucles que la lumière chatoyante des verrières révèle artificielles. Le velours empesé de sa robe couleur de feu l’empêtre d’une raideur voulue solennelle. Les lèvres  closes ne trahissent nul plaisir, le regard vide flotte sur une absence qui pourrait ressembler à un recueillement. Bien qu’agenouillée au centre du groupe, on ne peut l’ignorer, sa taille la trahit autant que le costume.
 
Mon Dieu, pourquoi est-ce tombé sur moi ?  Pourquoi suis-je sa fille ? Pourquoi l’Autre est morte ? Tout le monde me dit qu’était belle, intelligente, drôle et si douée pour le chant et le dessin ?…C’est quand même pas ma faute si je ne lui ressemble  pas. J’ai beau faire des efforts, je n’y arrive pas, elle peut bien me flanquer toutes les volées qu’elle veut… Et l’autre là, avec sa mitre, paraît qu’il va nous coller une gifle aussi, bon une petite d’accord, mais j’en ai marre à la fin…Pourquoi est-ce que je n’ai pas une robe du marché, une rose ou une verte comme mes copines ?... Ou alors une bleu sombre, tu sais comme la nuit, mais sans étoiles. Pourquoi je ne peux pas avoir les cheveux courts comme Annie, ne plus être obligée de supporter ses bigoudis qui me tirent sur les tifs toute la nuit ?... Pourquoi je dois me retaper le catéchisme, ça fait six ans déjà que j’y assiste ? Pourquoi elle est plus dure avec moi qu’avec les autres enfants ? Pourquoi elle m’a fait me mettre à genoux devant ce petit con de Michel ? Pour lui demander pardon de quoi, il m’avait traitée de fille unique ? D’accord je lui ai tiré les cheveux, mais quand même… Pourquoi je ne ressens rien quand je te prie tu sais tous ces trucs qu’on nous explique, parait que ça fait vibrer le cœur… Moi je sais où est mon cœur, mais j’ai beau faire attention, il ne vibre pas... Peut-être que je ne suis pas normale ? Tiens c’est mon tour, surtout ne regarder personne quand je vais retourner à ma place, sinon, gare à la maison ! …Ouf, c’est la fin, rien que pour ce moment, je ne t’en veux pas…
 
L’encens épice doucement la senteur entêtante des lys et des cierges de cire. De son pas précautionneux l’officiant a gagné le pied de l’autel, le vieil esthète frustré se recueille pour délivrer toute la magie du poème au rythme hypnotique :
Au commencement était le Verbe…
 
Sur le masque de la poupée deux narines palpitent doucement…
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MessageSujet: Re: Humeurs   Mer 31 Mar 2010 - 10:33

Gaïa

« You said you’d never compromise
With the mystery tramp, but now you realize
He’s not sailing any alibis
As you stare into the vacuum of his eyes
And say do you want to make a deal ?… »

Bob Dylan
Like a rolling stone


Lorsque tous les artifices ont été déployés puis remisés, lorsque le labour dénude les champs alentour, lorsque le chant des oiseaux s’est tu au jardin, il ne reste qu’elle. Toute cette chair glauque là sous nos yeux pourtant n’est pas morte. Lasse d’avoir donné tant et tant, elle se repose seulement, de sa robe de bure caressée par le vent monte une senteur qui rassure, comme une assurance de satiété.
Là, tout près dans la grande hutte, repue, assise en rond près de ses feux la horde s’assoupit. Le parfum des essences de mousses et de résineux se mêle à celui des corps en un capiteux mélange. C’est le moment magique où l’esprit vient visiter ses bardes, et pourtant la chanson de geste endort les plus vigoureux de ses mâles, ceux qui ont beaucoup couru, ceux dont les gibecières débordent. C’est que les hommes sont oublieux et ingrats l’estomac plein. Pourtant depuis longtemps déjà, du plus faible au plus fort, s’est constitué un accord tacite, chacun d’eux sait que nul ventre affamé jamais n’engendra la moindre poésie.
Le fils des noces de la terre et du vent a le regard à l’aune de ses rencontres, il en a tellement vu que toute peur l’a déserté. A chacun il dédie un poème, entre ses lèvres le modeste roseau s’emplit de sons magiques. Son dos est recouvert d’une peau de chevreau dans laquelle il a ingénieusement aménagé des poches où il entrepose simples et champignons dont lui seul connaît le rigoureux usage. Ils ne constituent pas le moindre des intérêts pour ses visites, mais plutôt le prétexte à des apartés dont le contenu reste secret en une sorte d’accord tacite. Son aura est prestigieuse au regard de la plus terrible des affections qui peut affaiblir le groupe : la stérilité.
Au plus près du foyer dort le vieux, tout recroquevillé, quel rêve vient le visiter alors, lui qui ne chasse plus. Pourtant son sommeil s’anime encore de quelques grognements, ses vieux doigts raidis telles les serres d’un rapace, s’entrouvrent doucement. De quelle croupe rebondie et souple a t-il gardé la trace qui vient de lui offrir ce doux tremblement ?
Dans le coin opposé trois déesses allaitantes, le sein encore exposé, mignotent leur progéniture. La plus jeune accompagne le chant du barde d’un murmure, un doux balancement de son museau effleure la chevelure de son nourrisson.
Du plateau mal équarri de la table dégoûtent quelques filets de sang de ces chairs tout juste rôties sur lesquelles les plus vigoureux se sont acharnés, trop pressés qu’ils étaient d’en attendre la complète cuisson. Une cruche de lait renversée dit la hâte chahuteuse de leur progéniture mais aussi l’insouciance que génère l’abondance. Ca et là ne restent que quelques fruits épars, ceux sur lesquels les insectes avaient prélevé trop distinctement leur dîme.
Là, à deux enjambées de la hutte, ils ont dressé une sorte de remise. Ses parois de pisé reposent sur des pilotis, leur grenier sans nul doute. On y devine les sacs de châtaignes, des chapelets de champignons et quelques pièces de chairs séchés… Sur le seuil, deux chats efflanqués étirent leurs interminables pattes, le mince croissant de lune scintille dans le ciel pur, cette nuit leur sera favorable.
Et puis enfin, derrière, entre bâtiments et palissade un espace dégagé accueille les jeux des adolescents. La chasse n’a pas épuisé toutes leurs jeunes ressources, insensibles à la fraîcheur qui descend, c’est en plein air qu’ils ont allumé leur propre foyer. Sous sa chaleur, le sol jonché de feuilles mortes distille ses arômes âcres et boisés.
Là de sourds battements font vibrer le sol, cette rythmique sans age qui monte de la terre fait éclore la vie. Pas de métrique poétique ici, juste le vrombissement interne de la sève, cette danse incantatoire et hypnotique, cette pulsion aveugle.
La terre n’a jamais eu de sens, tu auras beau la parcourir pas de centre ni d’avant ni d’antan.
C’est juste la transe qui vibre au plus profond de toi, ici l’impermanence n’a pas encore sa lettre, écoute seulement le tellurisme qui monte de tes chevilles, il est bien plus constant que jamais ton cœur ne le sera.


Dernière édition par Astérisque le Mer 31 Mar 2010 - 11:01, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Humeurs   Mer 31 Mar 2010 - 10:39

Aux marges du Palais…

Comme toutes les quatre semaines, je me suis rendue ce matin chez « ma » pharmacienne. Vous notez, au passage, le possessif. Le français est ainsi : du plus libéral au plus rigoriste des partageux, il consulte « son » médecin, se rend chez « son » charcutier, « son » coiffeur ou « sa » droguiste. Bref, comme à chaque échéance, j’allai renouveler la plaque de cette petite pilule quotidienne sans laquelle, en cas de négligence, je prends le risque d’un arrêt de la pompe, d’un court-jus du tableau de bord, plus généralement d’un incendie dans la salle des commandes.
C’est bien connu, l’être humain est éminemment adaptable. De la boutonnière d’appendicite au masque que confère la grande chirurgie réparatrice, de la panne de la « première fois » à la « peine à jouir » qu’accompagne l’âge, il finit par retrouver son compte. Du moins tant que sa mobilité lui permet de se mouvoir vers ses semblables en souffrance. Ensuite…
Ensuite, ce sont les autres qui viendront vers lui. Familiers d’abord, entre deux rendez-vous, entre deux exigences, entre deux avenirs. Sauf accident conjoint et radical de la circulation en voiture ou incendie nocturne inopiné, les couples les mieux assortis vont un jour se séparer. Communément c’est la dame qui survit. Le fait est établi, de longue mémoire, la femme surclasse son congénère en longévité. Mon propos ici n’est pas d’évoquer les raisons de cette injustice. S’agit-il d’injustice au demeurant ?…
Lorsque les proches font défaut, la société prend le relais, c’est chose entendue et contractuelle. Navigant à vue, entre l’assistante sociale, et l’aide à domicile, entre repas portés et cantine municipale, le balai des acteurs est bien réglé. Et quand vient le moment où la perte d’autonomie est trop grande, la Communauté décidera pour chacun du lieu de sa détention, je voulais dire de sa retraite. Un lieu très hygiénique où l’on sait traiter les angoissés, calmer les violents, décider de votre bonheur en somme.
Pourtant de place en place, des individus vont échapper au moule. Certains d’entre eux s’y seraient bien confortablement coulés. Mais leurs faibles ressources, mais leur tempérament indompté mais leur ignorance de leurs droits les garde « à la marge ». D’ailleurs ont-ils jamais su qu’ils en avaient, eux qui n’ont jamais dételé ? Ce sont eux dont me parlait ce matin « ma » pharmacienne. Non pas de cas marginaux douloureux ou rebelles, volontaires ou débarqués du train de la modernité.
Non, simplement de ces personnes qui vaquent encore à leur quotidien, entre un carré potager et les commissions rapportées par une voisine bienveillante. Trop malvoyantes pour conduire, trop lasses ou trop timorées pour prendre un bus qui les mènerait vers quelque temple de la consommation, trop résignées, elles dont les enfants sont si loin qu’elles n’oseraient même plus les encombrer d’un service.
Elle évoque avec tendresse ces femmes qui fréquentaient son officine. Au sortir de leur travail, la halte était l’occasion d’un instant de réconfort, l’assurance d’un conseil compétent. Une respiration avant de plonger vers la maison où les attendaient d’autres cadences. Certaines étaient couturières pour l’usine de « jeans » qui a fermé. D’autres avaient de bons postes chez un équipementier automobile. Elles portaient leur maturité avec charme et même parfois coquetterie, avec toujours la détermination que confère l’indépendance bravement acquise. C’était hier. C’était il y a vingt-cinq ans.
Dans la foule quotidienne qui se presse, dans le renouvellement progressif des générations et l’urgence des pathologies, elle met de côté des dossiers qui s’accumulent, un mois, des mois… Des dossiers en souffrance eux aussi.
Ceux pour lesquels « ma » pharmacienne n’ose plus réclamer… Parce qu’à leur clôture, il manque une pièce, une toute petite pièce, vous savez, cette petite carte désormais jaune et verte où figure votre portrait. Une photo d’identité aux nouvelles normes. – Celle de votre permis de conduire est périmée, voyons : vous là-dessus ? Ce pourrait être n’importe qui d’autre… Cette pièce que nul ne peut remplir ni fournir à votre place, cette pièce dont nul service ne dispose. Dans des temps révolus, on aurait imaginé une permanence, un agent muni d’un appareil qui serait venu, à date convenue, vous tirer le portrait à la mairie du village… Enfin, juste un service public. – Mais aujourd’hui la responsabilité vous en incombe, comme le comblement du trou de la Sécu. – À vous de montrer un peu de bonne volonté à guérir. – Et pour commencer, allez donc vous faire authentifier au photo-maton le plus proche. – Comment ça, c’est à quinze kilomètres ? Vous ne me ferez pas croire que vous ne sortez jamais de ce trou que vous habitez ! – Comment ça, un remboursement du déplacement ? La Sécu n’a pas prévu d’indemniser l’aide à domicile pour cette prestation…
Non, non, je vous rassure, « ma » pharmacienne ne compte pas sur le remboursement de quelques dizaines de dossiers pour régler ses fournisseurs. Du moins pas encore…
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MessageSujet: Re: Humeurs   Mer 31 Mar 2010 - 10:48

Lupanar

C’est le petit jour. Le videur, mégot froid à la lèvre vient boire son dernier café. Accoudé au bar, il se détend avec un habitué qui rajuste sa coiffure dans le reflet d’un seau à glace d'où dégouttent quelques filets…
"Moi qui vous parle, j’en ai connu des villes et des bordels. Ces lieux où l’on traîne la nuit, parce qu’on ne sait pas où s’asseoir. Parce que tout est fermé. Parce qu’on n’a plus qu’un billet chiffonné au fond de son pardoss. Et que demain, ben demain justement, on ne sait pas vers quel port le Bosco décidera d’envoyer la toile…
Dans la rue tout est noir. Même les réverbères sont en grève. Alors on avance en sifflotant pour se tenir compagnie. Des fois qu’on sait jamais… Y en a bien qui prient la Madone…
Marcher vent dans le dos, c’est toujours plus facile. Sur la première marche y avait un greffier. Un bien vigoureux, bien nourri, pas le genre chat de gouttière. Quand je me suis baissé pour le caresser il s’est aussitôt mis à ronronner. C’est comme ça que j’ai entendu. Oh, pas bien fort, hein ! Fallait vraiment prêter l’oreille. Mais y avait de la musique. Comme dans du coton. J’ai fini par reconnaître l’air, c’était Piaf. Elle chantait "Milord". M…, je me suis dit, à cette heure ? Et quand je me suis redressé, j’ai vu le nom sur la boite à lettres. "Oiseau de paradis"que ça s’appelait. Et en dessous, en tout petit, "entre on t’attend…". Comme je suis poli, j’ai frappé. Ca a suffi pour ouvrir la porte toute grande. Doucement je l’ai refermée. Et j’ai suivi le couloir jusqu’au fond, là où y avait de la lumière.
Derrière sa caisse, y avait la vieille poule, normale quoi. Elle m’a souri, faut dire qu’à l’époque, je présentais beau. J’avais encore mes cheveux. Dans le salon y avait plus grand monde, normal à cette heure. Mais dans le fond, sur la banquette, elle était là. ELLE. Elle se rongeait les ongles. C’est ça qui m’a touché. Sinon, des belles filles j’en avais déjà vu, vous pensez bien ! Mais comme elle, non. C’est bien simple, elle était comme dans la chanson du poète. Mais si ! Vous savez bien ! Attendez, ça me revient ! "Elle était brune et pourtant blanche, ses cheveux tombaient sur ses hanches". Je sais pas pourquoi, cette chanson là m’a toujours fait chialer. Bon j’ai pas chialé non plus, hein ? En ce temps là j’étais un homme. Je savais me faire respecter.
Alors je lui ai demandé son tarif. Ca tombait bien, elle était dans mes prix. Et on est montés. J’ai pas bien compris pourquoi on est redescendus si vite. Elle s’attendait à autre chose sans doute.
Chaque fois que l’on faisait relâche là-bas, j’y suis retourné. Depuis, y en a eu d’autres, aussi belles. Mais ELLE, je ne l’ai jamais revue. Un pote à moi m’a dit qu’elle tient une maison chic à Valparaiso. Quand j’aurais fait ma pelote, peut-être que j’irai… C’est un beau nom, hein Valparaiso ?"

Le regard du videur se perd un instant dans la glace du bar. Le client remet son bracelet- montre et ferme un à un les boutons de sa veste puis tapote doucement l’épaule du videur. – A mardi prochain mon bon Alfred. – Oui, c’est cela, à mardi prochain, Monseigneur.
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MessageSujet: Re: Humeurs   Mer 31 Mar 2010 - 11:54

Beaucoup de lecture à rattraper, par ici, sur ces deux fils humeurs et petits cailloux !
Ce ne sera que dans quelques jours, mais je m'en réjouis à l'avance !

*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*
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