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 L'Affiche Rouge

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Tryskel
Miserere mei
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MessageSujet: L'Affiche Rouge   Ven 26 Mar 2010 - 21:59

L'histoire du Groupe Manouchian.
Résumé d'un petit livre édité par la Mairie de Paris que m'a offert Blue.
Son auteur, Adam Ramsky, disparu en 2008 était l'un des dirigeants de la FTP/MOI.

Avoir aussi le film de Robert Guédiguian: l'Armée du Crime

La chanson de Léo ferré


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Pour en savoir plus sur Missak Manoukian qui était aussi poète:

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L'AFFICHE qui inspira le poème d'Aragon "groupe manoukian" mis en musique et chanté par Léo ferré sous le titre "L'Affiche Rouge"


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18/03/10



L’AFFICHE ROUGE


« Vous n’aviez réclamé la gloire ni les larmes
Ni l’orgue, ni la prière aux agonisants
Onze ans déjà, que cela passe vite onze ans
Vous vous étiez servis simplement de vos armes
La gloire n’éblouit pas les yeux des partisans… »

Louis Aragon : « Groupe Manouchian », chanté par Léo Ferré sous le titre « L’Affiche Rouge »


Qui étaient ces « vingt et trois, morts pour la France » ?
Des étrangers, membres de la MOI : Main d’Œuvre Immigrée

I) La MOI

La MOI, est à l’origine une organisation syndicale. Elle a été créée en 1923 par la CGT Unifiée, confédération proche du Parti Communiste Français. Ce dernier reprend l’idée en 1925 et fédère sur le plan politique les ouvriers immigrés appelés en grand nombre pour la reconstruction de la France après la 1ère Guerre Mondiale. Elle est structurée en fonction des langues et comprend des groupes venus de toute l’Europe. C’est un instrument d’intégration sociale et politique pour un nombre important de travailleurs d’origine étrangère.
Dissoute pendant la 2ème G.M. la MOI s’est reconstituée clandestinement à l’été 40 avec une organisation similaire.

Les groupements nationaux éditent en grand nombre des journaux clandestins, et œuvrent à l’unification de leurs compatriotes dans la lutte contre l’occupant. Ceux-ci s’intègrent dans une résistance communiste qui se développe progressivement et passe en Août 41 à la lutte armée. Ils seront parmi les forces les plus importantes déployés au sein des FTP (Francs Tireurs et Partisans) en région parisienne.

La section juive de la MOI est l’une des plus actives. Sa presse et ses organisations jouent un rôle important dans l’entrée en résistance des Juifs et l’organisation progressive de leur unité :
Solidarité d’où naîtra le MNCR ancêtre du MRAP.
UJRE (Union des Juifs pour la Résistance et l’Entraide) qui participe en Janvier 44 à la création du CRIF.
L’action de la MOI est également décisive pour la mobilisation des consciences dans le sauvetage des Juifs de France.


II) 1943 : LES ACTIONS DE GUERILLA S’INTENSIFIENT

Au début de 1942, sous la direction de Charles Tillon, les FTP unifient les différents groupes d’action initiés par le PCF dont le groupe de combat de la MOI. Ils rassemblent dans les deux zones des patriotes de toutes origines, partisans de l’action immédiate : l’exécution d’un officier allemand par Fabien à Paris le 21 Août 1941, marque le déclenchement de cette forme de résistance.
En région parisienne, à partir des organisations de la MOI, sont créés au sein des FTP, des groupes FTP/ MOI qui forment quatre détachements.
Leur direction militaire est assurée par Missak Manouchian à l’été 1943.
Ces groupes réalisent un nombre impressionnant d’actions, dont l’exécution le 28 Septembre 43 du SS Standartenführer Julius Ritter, responsable du STO en France. L’opération se déroule sous l’autorité de Manouchian. Alfonso tire le premier, les balles sont amorties par les vitres de la voiture, mais l’homme est gravement blessé ; il tente de sortir du véhicule, Rayman l’achève de trois balles.
Les 23 sont issus de ces différentes unités.
D’autres groupes créés par les anciennes Brigades internationales (issues de la Guerre Civile espagnole) agissent en France.
Des résistants de toute origine, liés au FTP/MOI sur le plan politique luttent aussi.

Dès Janvier 43, les groupes FTP/MOI, malgré des pertes sensibles au long de l’année marquent un regain d’activité. L’année a commencé par la victoire de Stalingrad et un renforcement des opérations en Afrique du Nord, on assiste à un renforcement de situation en faveur des troupes anglo/américaines, appuyées par les troupes françaises.
1943 est l’apogée des FTP/ MOI, mais aussi l’année de leur chute provoquée par la détermination de Berlin à en finir au plus vite.

Fin 1942, un facteur affectif intervient pour renforcer leur détermination : la prise de conscience que les déportés juifs sont voués à l’extermination. La « Génération de la Colère » qui a échappé aux grandes rafles du Vel d’Hiv (16 juillet 42) et de la zone sud, veut combattre les armes à la main.
Manouchian l’arménien et ses camarades, se souviennent du génocide perpétré par les turcs qu’ils ont connu enfant.
Le passé rejoint le présent en apportant un motif supplémentaire pour la lutte contre le racisme nazi.


Au cours des 6 premier mois de 1943, les équipes de la MOI effectuent 92 attentats dans Paris.


III) L’APPAREIL DE REPRESSION

Ni les allemands, ni Vichy ne peuvent admettre les attentats, les résistants sont présentés comme des terroristes qui font du tort à la France, et la propagande anti résistance la plus acharnée vient des dirigeants français, pressés par l’Allemagne de mettre fin aux attentats.

La stratégie allemande, énoncée dès le début de la lutte armée par l’ambassadeur du Reich Otto Abetz est de dénoncer la résistance à l’occupant comme l’œuvre d’étrangers. Cette idée deviendra le leitmotiv de la propagande nazie et de Vichy. Elle contient déjà en germe l’esprit de l’Affiche Rouge.
A paris le 5 Mai 42, Heydrich, chef du SD (Service de renseignements de la SS) rencontre Bousquet, secrétaire général de la police française. Berlin souhaite la mise en place d’une étroite collaboration policière, dans la lutte contre les ennemis communs, en première ligne : le « terrorisme » (donc la Résistance) et les juifs.
Il trouve l’organisation de la police française défectueuse alors qu’elle devrait être : « une police militante » née d’un parti politique, dévouée à la collaboration..

Cette collaboration totale des polices allemandes et française est scellée au plus haut niveau le 8 Août 42, par l’accord entre René Bousquet et Karl Oberg, chef supérieur de la SS et de la police allemande en France.
L’Etat pétainiste accédera aux demandes du responsable SS en nommant Joseph Darnand chef de la Milice, secrétaire général au Maintien de l’Ordre, le 30 décembre 43.

Les BRIGADES SPECIALES (BS) créées en mars 40 au sein de la 1ère section des RG pour lutter contre le communisme, retrouvent pleinement du service à l’été 41 avec la nomination à leur tête du commissaire Fernand David.
Il dirige les BS1 chargées de la traque des « politiques » tandis que les BS2, chargées de la répression du « terrorisme » sont dirigées par Jean Hennocque.
C’est le 5ème groupe des BS2 commandé par Gaston Barrachin qui est chargé des militants de la MOI.

Les BS maîtrisent parfaitement la filature et la torture.
La filature permet de suivre tous les mouvements de la personne, elle pouvait durer des mois.
C’est une arme psychologique redoutable pour les résistants qui se sentent traqués sans savoir par qui, voit des policiers partout sans pouvoir repérer les vrais. Ils oscillent entre angoisse et calme absolu sans envisager pour autant d’abandonner le combat.

Une fois arrêtés, les résistants sont conduits au siège des BS, 2ème étage de la préfecture de police, salle 35. les méthodes d’interrogatoire sont particulièrement brutales :
« Au sein des Bs, il s’est passé des faits atroces : matraquage aux poings, pieds, nerf de bœuf. On retrouvait des résistants menottes aux mains, jambes enchaînées, pouvant à peine se traîner, un vrai cauchemar. » Témoignage d’Angelot, policier résistant.
Sans en remettre une couche, il s’agit ici de la police française, non de la Gestapo.

Filature des dirigeants de l’Organisation de la Jeunesse Juive
Elle aboutit le 18 mars 43 à l’arrestation puis la déportation de 57 jeunes dont Henri Krasucki, (il a 22 ans) futur Premier secrétaire du PCF, qui déporté avec sa mère à Auschwitz puis Buchenwald en reviendra.

Filature branche politique de la MOI
Elle aboutit à l’arrestation de 71 militants, dont les principaux responsables du groupe : Mier List et Rayski entre autres.

Filature des FTP/ MOI
Elle aboutit, sous la direction du commissaire Barrachin en personne, à l’arrestation de Manouchian et Epstein, au total 68 militants.

Cette dernière arrestation, conduit au procès des 23 (ils sont en réalité 24, mais Joseph Epstein est dissocié du groupe).
Ils sont tous (à l’exception de Golda Bancic, emprisonnée puis décapitée en Allemagne) fusillés au Mont Valérien (Puteaux) le 22 février 1944.


IV) L’AFFICHE ROUGE


« Vous étiez vingt et trois quand les fusils fleurirent
Vingt et trois qui donnaient leur cœur avant le temps
Vingt et trois étrangers et nos frères pourtant
Vingt et trois amoureux de vivre à en mourir
Vingt et trois qui criaient « la France » en s’abattant »

Sur les 68 arrêtés, 45 sont déportés en Allemagne. Pour les 23 autres, les allemands décident d’organiser un procès qu’ils veulent exemplaire.
Il se tient le 19 février 44 devant une cour martiale, tous sont condamnés à mort et immédiatement exécutés (le 21).
Je mets la liste en note.

En Février 44, déjà, le régime nazi et par là même celui de Vichy sentent l’étau allié se refermer, mais ils ne songent pas à baisser les bras au contraire, la répression s’accentue, et avec l’arrestation puis l’exécution des 23, ils veulent frapper un grand coup pour démontrer plus que jamais que la Résistance est la fait d’étrangers et de juifs, jamais de « bons français ».
Si des français se sont laissés embrigader, c’est toujours sous l’influence et la direction de dirigeants étrangers, s’ils sont juifs, c’est encore mieux, on fait d’une pierre deux coups.
C’est pourquoi on veut donner à « L’affaire Manouchian » une dimension politique inégalée, c’est la publication de la fameuse Affiche Rouge. Symbole de la propagande de l’occupant nazi et du régime de Vichy.

« Vous aviez vos portraits sur les murs de nos villes
Noirs de barbe et de nuit, hirsutes, menaçants
L’affiche qui semblait une tache de sang
Parce qu’à prononcer vos noms sont difficiles
Qui cherchait un effet de peur sur les passants… »

On sait très peu de chose sur le procès : seul le verdict consigné sur une feuille a été retrouvé.
A huis clos vraisemblablement et sans avocat, les 23 ont comparu devant une cour martiale (réservée aux cas de trahison et haute trahison) allemande constituée de trois juges militaires, d’un procureur et d’un greffier, conformément au code pénal allemand en vigueur depuis Juin 1940. Les débats ont eu lieu en allemand, sentence de mort sans appel.
L’Etat français de Vichy dispose également depuis 1941 d’une justice d’exception et excelle dans cette répression à visage légal.
Un caractère spectaculaire est donné à l’affaire : tous les médias sont mobilisés : presse écrite, radios, actualités cinématographiques, affichage publicitaire.
L’affiche, déclinée en tracts et brochures marque le point culminant de la campagne.

Réalisée par le Centre d’Etudes Antibolcheviques (CEA) officine de propagande émanant de l’occupant. Teintée aux couleurs du drapeau nazi, elle exprime la volonté des autorités de passer à nouveau à l’offensive alors que la défaite se profile.
La Résistance, partout présente, achève son unité avec la création des FFI (Forces Françaises de l’Intérieur).
L’affiche combine deux outils habituellement placardés sur les murs, liste de condamnés ou avis d’exécution, d’autre part affiches de propagande collaborationniste dont elle reprend la graphie et les slogans.
Apparaissent les boucs émissaires traditionnels de l’Occupant et de Vichy : Juifs, Etrangers, Communistes.
Mais la photo est utilisée pour la première fois. De même le V de la victoire utilisé par les milieux combattant les nazis. Les termes « Libérateurs et Libération » sont détournés afin de discréditer la Résistance, de la diviser, ou d’effrayer la population.

A cet égard, l’Affiche est un échec cuisant puisqu’elle permet d’identifier et d’humaniser les combattants armés et contribue à intégrer toutes les forces de la Résistance au destin national, en mettant en exergue le concours particulier des militants communistes.
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blue note

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MessageSujet: Re: L'Affiche Rouge   Ven 26 Mar 2010 - 23:44

La guerre agit comme un tamis sur l'âme humaine : on y discerne plus facilement le courage ou la lâcheté, le silence coupable et les cris des victimes, la dignité et la haine, l'égoïsme et le dévouement...
Tu as fait un beau travail en résumant ce livre, Trys, merci.
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Romane
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MessageSujet: Re: L'Affiche Rouge   Sam 27 Mar 2010 - 1:10

Merci Trys. [Vous devez être inscrit et connecté pour voir cette image]

Je rajouterai d'ici quelques jours quelques documents qui m'ont été offerts par Jean, après que je lui aie montré le livre, issus d'un Hors Série de l'Humanité février 2007.

*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*
"Bonjour, je suis Romane, alors je m'appelle Romane, c'est pour ça que mon pseudo c'est Romane."
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http://romane.blog4ever.com/blog/index-86614.html
Sbreccia



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MessageSujet: Re: L'Affiche Rouge   Sam 27 Mar 2010 - 1:26

Merci pour cette étude, tres interessante...
Avant le film de Guediguian qui est le meilleur jusqu'à present il y avait eu en 1976 un film de Frank Cassenti appelé " l'Affiche Rouge", ce film avait eu un accueil mitigé notamment de l'Humanité (je relate la critique sur le post), voici un lien vers cet autre film qui avait eu l'avantage de reunir les derniers survivants du Groupe Manoukian.

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MessageSujet: Re: L'Affiche Rouge   

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