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 Erri de Luca

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AuteurMessage
vestale



Nombre de messages : 1436
Date d'inscription : 29/01/2010

MessageSujet: Erri de Luca   Ven 9 Avr 2010 - 1:16

Qui connaît cet auteur ?

Il y a quelques années, j'ai lu trois chevaux et j'ai été emballée par le style à la fois un peu dépouillé et poétique de cet écrivain.

J'ai trouvé une petite présentation sur le net

http://pagesperso-orange.fr/mondalire/troischev.htm

Résumé du livre :

"Le narrateur, Italien émigré en Argentine par amour, rentre au pays. En Argentine, sa femme a payé de sa vie leur combat contre la dictature militaire. Lui, le rescapé, a appris que la vie d'un homme durait autant que celle de trois chevaux. Il a déjà enterré le premier, en quittant l'Argentine. Il travaille comme jardinier et mène une vie solitaire lorsqu'il rencontre Làila, qui «va avec des hommes pour de l'argent», et dont il tombe amoureux. Il prend alors conscience que sa deuxième vie touche aussi à sa fin, et que le temps des adieux est révolu pour lui. Récit dépouillé à l'extrême, Trois chevaux évoque la dictature argentine, la guerre des Malouines, l'Italie d'aujourd'hui. Puis, à travers une narration à l'émotion toujours maîtrisée, où les gestes les plus simples sont décrits comme des rituels sacrés, et où le passé et le présent sont étroitement imbriqués, pose la question des choix existentiels que nous sommes amenés à faire - partir, rester, tuer, laisser vivre - et interroge la notion de destin."

Et sa biographie

http://pagesperso-orange.fr/calounet/biographies/deluca_biographie.htm
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lucarne



Nombre de messages : 5259
Age : 52
Localisation : Lyon
Date d'inscription : 29/01/2009

MessageSujet: Re: Erri de Luca   Ven 9 Avr 2010 - 16:12

J'ai beaucoup aimé En haut à gauche. Un petit extrait...

*
Tu auras à nouveau tes livres, le seul endroit où l’expérience que l’on fait dans le monde trouve des mots d’accompagnement. (...) Les livres sont le toujours. Celui qui les écrit peut croire qu’il les laisse à ses contemporains, à la postérité, mais au moment où il écrit tout le passé est derrière son dos en train de lire. S’il n’y a pas cet ange du temps écoulé, s’il n’y a pas sa griffe dans le cou du poète, ses mots sont aussitôt de la cendre. Si on n’écrit pas pour être lu par ses ancêtres, rien ne reste imprimé sur le papier. (...) Le jour il parlait des livres.

« - Ils connaissaient mes peines, mes besoins, mes mécontentements. En chacun d’eux il y avait une phrase, une lettre qui n’avait été écrite que pour moi. Ils ont été la vie seconde, qui apprend à corriger le passé, à lui donner une présence d’esprit qu’alors il n’eut pas, à lui donner une autre possibilité. Les livres sont des maîtres pour les souvenirs, ils les font marcher. Je les ai lus entièrement, je n’en ai laissé aucun à moitié, pour décevant ou présomptueux que fût un livre je l’ai suivi jusqu’à la dernière ligne. Parce que c’était beau pour moi de tourner la page lue et de porter mon regard en haut à gauche, là où l’histoire continuait. J’ai toujours tourné très vite la feuille pour reprendre à cette première ligne, en haut à gauche. (...) Tu ne les aimes pas comme moi, tu es exigeant, tu cherches en eux les pages qui restent gravées dans la mémoire, épinglées comme des papillons. Mais ne dis pas que les autres, les oubliées, ne sont pas à lire. Bien des choses sont balayées par le hasard, ce qui reste n’est justement que ceci, un reste qui ne prouve et ne remplace rien de ce qui a été perdu. Tu aimes les pages absolues, les nécessaires, à l’abri des goûts. Mais les livres c’est nous, des gens qui tombent malades, qui s’effilochent, jaunissent et qu’on oublie. Ils sont à l’image de notre vie. Aime aussi un peu les livres de ton époque, aime un peu tes années qui sont celles qui passent et non celles qui te restent.

- (...) Je n’y arrive pas. Ce qui m’irrite chez mes contemporains c’est ce que j’apprécie chez les anciens, la légèreté qui sert d’impulsion à la lecture. J’ai un cahier sur lequel je recopie les phrases qui m’ont fait réagir, qui m’ont poussé à me retourner et à forcer les choses connues par une brèche nouvelle. Les pages que je cherche ont cet effet : un paire de bonnes lunettes sur le nez d’un enfant qui jusque là ignorait qu’il était myope. Alors on distingue les yeux de son chien, la griffe du chat, le cou ténu du coq qui crie. Une phrase après l’autre le cahier se remplit et contient non pas les livres, mais le bonheur rencontré. Ainsi je deviens contemporain des pages aimées et non de mes années.

- Tu les crois, mais ce n’est pas ça. On peut rester dans le temps imparti et ton anthologie doit aider à l’habiter. J’ai connu des personnes qui voulaient être contemporaines du Messie. C’étaient des hommes de foi, laborieux, pas les bras croisés dans l’attente. Ils aimaient leur époque soutenus par cet espoir, guettant les signes d’un avènement, observant des règles difficiles avec la conviction de le hâter. Je peux dire que je les voyais en transit dans leur époque, leurs bagages tout prêts comme un exilé qui attendrait d’un moment à l’autre de rentrer. Aller dormir, s’asseoir à table, embrasser leurs enfants : leurs gestes étaient toujours bien autre chose que ce qu’ils semblaient être, car c’étaient des signes d’intelligence avec le monde à venir. J’ai éprouvé de l’admiration pour celui qui toute sa vie a attendu le Messie. Des hommes ayant une progéniture à élever ont cultivé dans leur cœur, par mystérieuse grandeur, le désir que le monde se fracasse une bonne fois dans le néant. En même temps que la demande de nourriture de tous les jours, ils ont chuchoté durant des siècles et des millénaires : “Fais que ton règne vienne”, fin du pain quotidien, avènement du four pour toute la grenaille de l’espèce humaine. Vouloir être contemporain de ce fracas, je le comprends, est la plus grande aspiration de celui qui a la foi. Un seul d’entre nous fut le premier, mais nous pourrons tous être les derniers. Puis on arrive à cette salle d’attente, attachés à un goutte-à-goutte dans les veines, et on se met au rang des avant-derniers. Pour cette raison je te dis d’aimer un peu plus ton époque, car elle pourrait être celle du Messie. Alors en sortant de chez toi le matin pour te rendre au chantier, tu te tourneras le dos au nord et tu verras poindre ce jour-là derrière les maisons, le profil des champs, derrière la clôture, à l’est, en haut à gauche. »

*
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Erri de Luca
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