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 L'histoire du capitalisme

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Mena



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MessageSujet: Re: L'histoire du capitalisme   Sam 29 Mai 2010 - 21:22

Salut tout le monde! Il y a longtemps que je ne m'étais pas manifesté.
Bien sûr, la crise, je me sens très, mais très concernée! Et contrairement à des tas de gens que je connais, par ici, je bondis depuis 2008! Alors, Cela, mélangé à mes propres problèmes...flûte alors!
Déjà que je suis originaire d'un pays dit "du tiers monde" qui subissait les caprices du dollar! Alors, je ne vous dis pas! J'aimerais beaucoup savoir si quelqu'un connaît un économiste qui accepterai de venir nous donner des explications sur les motifs "profonds" de cette crise.
Qui ont été les gagnants? car les perdants nous les connaissons déjà! Car même si je suis les nouvelles et les discussions diverses, à la télé, car je n'achète pas les magazines spécialisés, je les met tous sur le même plan que les peoples et je ne tiens pas à en rajouter à leur "richesse", j'aimerais bien m'informer davantage!
Bon, je vais essayer de mieux lire ce fil et je vous en donnerai encore de mes nouvelles.
mèche
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MessageSujet: Re: L'histoire du capitalisme   Sam 29 Mai 2010 - 22:49

En rajoutant au commentaire de Lucaerne. A propos des pays Scandinaves. Je peux vous dire ce que je connais sur le système social de la Suède. Car la Suède a été un des pays scandinaves qui a accueilli un nombre important d'exilés politiques, beaucoup des chiliens, entre autres.
Pendant trois années consécutives je suis allé passer de vacances chez mes cousins, à côté de Stockholm. Lui, il travaillait comme ouvrier chez Scannia, et elle faisait des ménages dans une école primaire. Ils ont 4 filles, toutes les 4 nées au Chili, dont, leur enfance s'est passé, en grande partie en Suède.
Ce qui m'a le plus interpellée lorsque je suis allé les voir la première fois, c'est la façon dont tout s'était organisé autour d'eux!
- Le logement. Ils vivaient et vivent encore dans une cité, qui n'a rien à voir avec les banlieues françaises! Quoique en 2007, il y avait une légère différence, selon ma cousine, (à cause de l'arrivée massive des gens du moyen Orient, elle les nomme "los turcos", comme au Chili, nous ne faisions pas la différence entre des gens venant des différents points du Moyen Orient: le Chili a accueilli en grande partie des Iraniens et des Libanais! mais je ne pense pas qu'il y eut aussi des citoyens de Turquie! Enfin, c'est typique aux chiliens, à cause des différents courants d'immigration depuis la fin du dix neuvième siècle, et cela a été aussi motif d'étude dans une thèse de sociologié pour mieux comprendre le caractère des chiliens!)
Donc, ma cousine mets sur le même plan tous ces citoyens arrivés "réfugiés" du Moyen Orient, avec leur façon de vivre et de se comporter. Avant 2007 ( mon premier voyage chez eux date de 1996) les bus n'avaient jamais subi des "coups de caillasse". Bon, cela a changé depuis, il paraît. Et c'est vrai que la cité était moins propre. Pourtant la police y veillait! Je parle de l'année 2007, où je suis retournée pour la quatrième fois)
Pour mes cousins:
-Le gouvernement suédois a accueilli tous les réfugies, les invitant à y rester s'ils se plaisaient, mais en mettant les choses bien au clair:
1) Apprendre la langue pour pouvoir y travailler au plus vite (des cours prévus pour des réfugiés qui n'y connaissaient rien à la langue suédoise leur ont été dispensés, avec en échange un maximum de 3 mois pour pouvoir s'exprimer à l'oral et comprendre et répondre, etc. Prendre n'importe quel travail qu'on leur proposait, car on leur expliqua, ce qui était logique, que jamais ils ne seraient sollicités pour un travail qui déshonorerait leur intégrité de personne physique.
2) Ils pouvaient rester en famille ou alors logés à côté des concitoyens pour se tenir compagnie parce que dans un pays froid en hiver comme la Suède, on comprenait très bien que quelqu'un de déraciné, avait besoin d'échanger avec ses concitoyens et de pouvoir entre s' aider et partager des impressions.
3) Pour aider à l'intégration des nouveaux venus, on investit dans ces populations afin de créer des emplois au coeur de leur propre communauté. Les nouveaux arrivés qui avaient eu une formation intellectuelle avancée, ont servi de professeurs pour les enfants des accueillis (j'en ai rencontré un ancien camarade de lycée,le monde est petit!), mais pas pour le suédois, non, pour leur apprendre dans leur langue d'origine, d'autres choses qui n'étaient pas dans le programme des cours suédois (ces prof. spéciaux, ont été prié de présenter leur programme aux autorités compétentes). Et lorsque j'ai visité mes cousins pour la première fois en 1996, à ma grande surprise, leur petit fils (maintenant ils en ont 3 de plus) parlait le castillan avec un accent chilien inimitable!). Sa mère et son père (aussi fils de réfugiés) travaillaient déjà depuis quelque temps, ils étaient sortis des écoles suédoises avec des diplômes et une solide formation qu'ils n'auraient jamais pu obtenir au Chili!
Il est vrai que la Suède est un petit pays, que tout peut s'organiser mieux lorsqu'on est peu nombreux (par rapport à d'autres pays tels la France) mais la Suède n'a pas de passé colonialiste, ils avaient besoin de main d'oeuvre et elle l'a trouvé dans ces réfugiés qu'elle a pris soin de "choisir", car lorsqu'on voulait se réfugier dans une ambassade, au temps de la débandade lors du coup d'état de Pinochet, beaucoup d'ambassades ont ouvert leurs portes, beaucoup des réfugiés sont partis, très peu sont restés par la suite, mais beaucoup ont dû quitter le pays en état d'urgence.
Mes cousins avaient une bonne situation au Chili. Lui, était chargé de logistique au sein des services de la Douane, sur le port de Valparaiso. mais il était "communiste". Ce qui lui a valu d'être arrêté, torturé et mis à la porte (parce que Amnesty International s'en était mêlé). Mais il a su mesurer sa chance, quelque part, car ses enfants sont maintenant: 1)cardiologue, 2)monteuse de programmes de logiciels chez Scania, 3)Secrétaire bilingue (anglais suédois) chez Ericsson, et la dernière, 4)secrétaire bilingue aussi, dans un laboratoire (mais au fait quand je dis "bilingue", je devrais dire "trilingue", car j'oublie qu'elles parlent parfaitement l'espagnol, même si elle ne s'en servent pas dans leur travail)
- Ce que j'admire chez les suédois, c'est cette façon dont ils ont su "gérer" cette arrivée massive d'immigrants. Tout a été dit et expliqué EN CLAIR. Ou mieux, sans état d'âme: "Vous devez faire ce que l'on vous dit, vous avez des devoir et des droits, mais en échange de vos droits VOUS NOUS DEVEZ quelque chose". Et tout le monde sort gagnant.
Depuis mes cousins ont eu le choix de prendre ou pas la nationalité suédoise: ma cousine et trois de ses filles qui étaient en Suède à ce moment (car il y avait un délais à respecter) ont pris la nationalité. Sa fille aînée qui se trouvait en train de préparer son doctorat...en Russie, à ce moment-là, informée par sa mère a sollicité un délais et sa signature a été acceptée lors de son retour...mais mon cousin, "tête de cochon", et qui voulait "faire rendre l'âme au voilier "la Esmeralda" où il avait été torturé lors de son arrestation, a préféré faire renouveler sa carte de séjour suédoise...mais il vit toujours en Suède! Il a pris sa retraite, il s'occupe d'une radio de proximité, qui tous les dimanches diffuse un programme folklorique, nommé "Radio Amanda", en souvenir de Victor Jara et il en est très fier de ses filles et de ses petits enfants, qui rigolent avec lui...en chilien!
C'est beau, non?


Dernière édition par Mena le Dim 30 Mai 2010 - 0:55, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: L'histoire du capitalisme   Sam 29 Mai 2010 - 23:26

C'est très beau, Mena, et c'est très scandinave aussi.
N'oublions pas que ce sont en majorité des pays protestants, donc éminemment pragmatiques. On n'y fait pas de flon-flon républicains, mais on s'attelle à la tâche de vivre le mieux possible ensemble.
Tant que le flux migratoire sera raisonnable et coopératif, tout ira pour le mieux. Je ne sais pas si ça restera longtemps le cas.
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Mena

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MessageSujet: Re: L'histoire du capitalisme   Dim 30 Mai 2010 - 0:50

Ah, ça oui, et je les admire aussi, même si j'aime mieux la Méditerranée!
Bises
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MessageSujet: Re: L'histoire du capitalisme   Dim 30 Mai 2010 - 20:49

Faire un petit tour au ciné : Solutions locales pour un désordre global.

"Les films d'alertes et catastrophistes ont été tournés, ils ont eu leur utilité, mais maintenant il faut montrer qu'il existe des solutions, faire entendre les réflexions des paysans, des philosophes et économistes qui, tout en expliquant pourquoi notre modèle de société s'est embourbé dans la crise écologique, financière et politique que nous connaissons, inventent et expérimentent des alternatives." (Coline Serreau)
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MessageSujet: Re: L'histoire du capitalisme   Dim 30 Mai 2010 - 20:59

Précisément j'en viens, et viens d'y écrire qu'il n'est pas sans lien direct avec ce fil ici.

Luca, j'en profite pour te poser une question : que penses-tu des mouvements parallèles qui se créent, comme ces groupes mettant en collectivité leur savoir pour permettre à ses membres de se passer d'un système engluant et pourri ?

*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*
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MessageSujet: Re: L'histoire du capitalisme   Lun 31 Mai 2010 - 11:09

Au fil des ans, j'en suis venue à penser que les réseaux locaux, associatifs, sont la seule solution d'avenir. Car il me semble impossible de lutter contre le pouvoir financier en place sur son propre terrain, il est bien trop puissant et dispose de bien trop de moyens. Il y a bien quelques victoires qui font grand bruit un moment, puis la pieuvre reprend le terrain et tout est oublié.

Dans le film, Dominique Guillet suggère : "La meilleure façon de lutter contre les multinationales quelles qu'elles soient, [...] c'est de s'en passer." Il sait bien de quoi il parle puisque militant à une échelle mondiale, son association a déjà eu à débourser des milliers d'euros en frais de justice. C'est assez "drôle" d'ailleurs : la commercialisation des semences Kokopelli est illégale en France, et pourtant l'association a pour clients des villes (Bordeaux, Paris...), des conseils régionaux...

Et c'est effectivement par ce talon d'Achille que les multinationales (et donc le pouvoir capitaliste) sont attaquables. On voit bien comment elles ont peu à peu resserré leur étau afin d'avoir un total pouvoir sur les semences (et donc sur la totalité de la nourriture mondiale). Mais que quelques réseaux se créent et reprennent leur indépendance, et tous leurs plans sont à l'eau. Ensuite, ces réseaux ayant prouvé non seulement leur viabilité, mais même leur efficacité supérieure aux systèmes en place, ils se multiplient. C'est comme un virus bénéfique introduit au cœur du système malade.

Sur le sujet de l'alimentation et de l'agriculture, la solution viendra des paysans, mais ils ne pourront rien faire sans aide. Le film explique très bien comment le système est totalement ficelé et ça fait d'ailleurs froid dans le dos. Il faut donc l'engagement de tous, soit en soutenant les réseaux et associations qui luttent déjà, soit en tant que consommateur responsable.

Ce qui est beau dans ce film, c'est qu'on en sort en ayant envie d'agir. Même si ce n'est pas toujours possible, le peu que chacun fait, c'est une pierre au nouvel édifice.

Je pensais notamment aux AMAP, en France. Il n'y en a pas dans mon coin, mais je vais déjà régulièrement faire mes achats dans une ferme associative. Mais franchement, lorsque j'aurai déménagé, j'ai l'intention de chercher une personne intéressée avec qui je pourrai partager un panier-semaine. Les AMAP, ce n'est plus un pur acte d'achat, c'est aussi un système participatif. On peut aussi parler des SEL.

Et je crois que ce genre d'initiative est essentiel car il permet à chacun de comprendre qu'il fait partie d'un tout et que le sort de chacun est lié au sort de tous. Mais aussi qu'on peut agir à toute petite échelle sans tomber dans le découragement, bien au contraire.
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MessageSujet: Re: L'histoire du capitalisme   Lun 31 Mai 2010 - 14:06

Merci Luca ! Tout ceci formulé comme il sied, et correspondant exactement à mon point de vue, ce que j'appelle "la goutte d'eau multipliable". A mon sens, voilà de vraies actions concrètes, j'adhère à mille pour cent !

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MessageSujet: Re: L'histoire du capitalisme   Lun 31 Mai 2010 - 18:09

Merci de cette précision Iomi. Je connais le problème. Tout ce qui ne rapporte pas de l'argent dérange. L'État a même essayé de mettre des bâtons dans les roues de ces associations en argumentant que c'était du "travail au noir" et du "commerce illégal".

Dans le film de Coline Serreau, Philippe Desbrosses a un jour mis la main sur les semences d'une espèce très ancienne de pomme-de-terre qu'on croyait disparue. Il a été félicité pour cela. Et dans le même temps, il a reçu une amende car il commercialisait cette variété qui n'était pas au répertoire des semences autorisées en France. On nage en plein n'importe quoi.

Alors je crois qu'il faut prendre quelques "risques" pour avancer. Que les RG sachent que je fais partie de telle ou telle association ne m'impressionne pas. D'ailleurs, tenir de tels propos sur un forum est tout aussi "dangereux" (tout est relatif bien sûr), comme appartenir à un parti politique, un syndicat... Je trouve juste cela regrettable quand on prétend diriger une démocratie.

Nous avons encore une certaine liberté en France. Mais moins nous l'utilisons, plus nous la mettons en danger.
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MessageSujet: Re: L'histoire du capitalisme   Mar 1 Juin 2010 - 15:59

lucaerne a écrit:

Dans le film de Coline Serreau, Philippe Desbrosses a un jour mis la main sur les semences d'une espèce très ancienne de pomme-de-terre qu'on croyait disparue. Il a été félicité pour cela. Et dans le même temps, il a reçu une amende car il commercialisait cette variété qui n'était pas au répertoire des semences autorisées en France. On nage en plein n'importe quoi.

Alors je crois qu'il faut prendre quelques "risques" pour avancer. Que les RG sachent que je fais partie de telle ou telle association ne m'impressionne pas. D'ailleurs, tenir de tels propos sur un forum est tout aussi "dangereux" (tout est relatif bien sûr), comme appartenir à un parti politique, un syndicat... Je trouve juste cela regrettable quand on prétend diriger une démocratie.

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MessageSujet: Re: L'histoire du capitalisme   Mar 1 Juin 2010 - 16:34

Guy Bedos Wink
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MessageSujet: Re: L'histoire du capitalisme   Jeu 10 Juin 2010 - 15:54

Joseph Stiglitz : "L'austérité mène au désastre"

Joseph Stiglitz, 67 ans, Prix Nobel d'économie en 2001, ex-conseiller économique du président Bill Clinton (1995-1997) et ex-chef économiste de la Banque mondiale (1997-2000), est connu pour ses positions critiques sur les grandes institutions financières internationales, la pensée unique sur la mondialisation et le monétarisme. Il livre au Monde son analyse de la crise de l'euro.

Vous avez récemment dit que l'euro n'avait pas d'avenir sans réforme majeure. Qu'entendez-vous par là ?

L'Europe va dans la mauvaise direction. En adoptant la monnaie unique, les pays membres de la zone euro ont renoncé à deux instruments de politique économique : le taux de change et les taux d'intérêt. Il fallait donc trouver autre chose qui leur permette de s'adapter à la conjoncture si nécessaire. D'autant que Bruxelles n'a pas été assez loin en matière de régulation des marchés, jugeant que ces derniers étaient omnipotents. Mais l'Union européenne (UE) n'a rien prévu dans ce sens.

Et aujourd'hui, elle veut un plan coordonné d'austérité. Si elle continue dans cette voie-là, elle court au désastre. Nous savons, depuis la Grande Dépression des années 1930, que ce n'est pas ce qu'il faut faire.

Que devrait faire l'Europe ?

Il y a plusieurs possibilités. Elle pourrait par exemple créer un fonds de solidarité pour la stabilité, comme elle a créé un fonds de solidarité pour les nouveaux entrants. Ce fonds, qui serait alimenté dans des temps économiques plus cléments, permettrait d'aider les pays qui ont des problèmes quand ceux-ci surgissent.

L'Europe a besoin de solidarité, d'empathie. Pas d'une austérité qui va faire bondir le chômage et amener la dépression. Aux États-Unis, quand un État est en difficulté, tous les autres se sentent concernés. Nous sommes tous dans le même bateau. C'est d'abord et avant tout le manque de solidarité qui menace la viabilité du projet européen.

Vous prônez une sorte de fédéralisme ?

Oui. De cohésion. Le problème, c'est que les États membres de l'UE n'ont pas tous les mêmes croyances en termes de théorie économique. Nicolas Sarkozy a eu raison de faire pression sur (la chancelière allemande) Angela Merkel pour la forcer à payer pour la Grèce. Nombreux sont ceux qui, en Allemagne, s'en remettent totalement aux marchés. Dans leur logique, les pays qui vont mal sont responsables et doivent donc se débrouiller.

Ce n'est pas le cas ?

Non. Le déficit structurel grec est inférieur à 4 %. Bien sûr, le gouvernement précédent, aidé par Goldman Sachs, a sa part de responsabilité. Mais c'est d'abord et avant tout la crise mondiale, la conjoncture, qui a provoqué cette situation.

Quant à l'Espagne, elle était excédentaire avant la crise et ne peut être accusée d'avoir manqué de discipline. Bien sûr, l'Espagne aurait dû être plus prudente et empêcher la formation de la bulle immobilière. Mais, en quelque sorte, c'est l'euro qui a permis ça, en lui procurant des taux d'intérêt plus bas que ceux auxquels Madrid aurait eu accès sans la monnaie unique. Aujourd'hui, ces pays ne s'en sortiront que si la croissance européenne revient. C'est pour cela qu'il faut soutenir l'économie en investissant et non en la bridant par des plans de rigueur.

La baisse de l'euro serait donc une bonne chose ?

C'est la meilleure chose qui puisse arriver à l'Europe. C'est à la France, et plus encore à l'Allemagne qu'elle profitera le plus. Mais la Grèce et l'Espagne, pour qui le tourisme est une source de revenus importante, en seront également bénéficiaires.

Mme Merkel, pourtant, sait que la solidarité peut être importante. Sans cela, il n'y aurait pas eu de réunification allemande.

Oui. Mais, justement, il a fallu plus de dix ans à l'Allemagne pour absorber la réunification. Et d'une certaine manière, je pense que les ex-Allemands de l'Ouest estiment qu'ils ont déjà payé un prix élevé pour la solidarité européenne.

Pensez-vous que la viabilité de l'euro soit menacée ?

J'espère que non. Il est tout à fait possible d'éviter que la monnaie unique ne périclite. Mais si on continue comme ça, rien n'est exclu. Même si je pense que le scénario le plus probable est celui du défaut de paiement. Le taux de chômage des jeunes en Grèce s'approche de 30 %. En Espagne, il dépasse 44 %. Imaginez les émeutes s'il monte à 50 % ou 60 %. Il y a un moment où Athènes, Madrid ou Lisbonne se posera sérieusement la question de savoir s'il a intérêt à poursuivre le plan que lui ont imposé le Fonds monétaire international (FMI) et Bruxelles. Et s'il n'a pas intérêt à redevenir maître de sa politique monétaire.

Rappelez-vous ce qui s'est passé en Argentine. Le peso était attaché au dollar par un taux de change fixe. On pensait que Buenos Aires ne romprait pas le lien, que le coût en serait trop important. Les Argentins l'ont fait, ils ont dévalué, ça a été le chaos comme prévu. Mais, en fin de compte, ils en ont largement profité. Depuis six ans, l'Argentine croît à un rythme de 8,5 % par an. Et aujourd'hui, nombreux sont ceux qui pensent qu'elle a eu raison.


Source : Le Monde
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MessageSujet: Re: L'histoire du capitalisme   Ven 11 Juin 2010 - 0:07

Très intéressant, merci Lulu pour cet article, je ne lis plus le Monde depuis des siècles...
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MessageSujet: Re: L'histoire du capitalisme   Ven 11 Juin 2010 - 1:08

Bawi. Maintenant, quand on parle des hommes on ne dit plus "hommes" ou "femmes" ni bien sûr "familles". On dit "euros". Nous étincelons.

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