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 Vic erre en Grèce

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Vic Taurugaux

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MessageSujet: Vic erre en Grèce   Lun 17 Mai 2010 - 12:42

Eos.
La Grèce est un pays bleu et blanc. La distinction entre ses deux couleurs est primordiale. Ses habitants l'ont marquée sur leur drapeau.
Pour le visiteur, rien pourtant ne la préfigure. Le vent s'est assoupi peu après dix heures dans le creux des vallons et, s'il n'y avait votre rêve,(cet écrit), n'existerait que le silence de la nuit. Et le frou-frou des étoiles. Elles, elles ont toujours été là. Bien avant la genèse de ce pays. Aussi, le murmure de la mer. Mais, si ténu, que vous pouvez vous entendre respirer. Au loin, très loin, un coq dit qu'il est déjà quatre heures du matin. Il y insiste une bonne demi-heure. Mais vous, vous préférez regagner votre songe. Vers cinq heures et demie, c'est au tour des oiseaux de vous tirer l'oreille pour vous signaler que quelque chose est en train de se passer. Vous vous habillez à la hâte dans le noir et sortez sur la terrasse pour constater qu'au-dessus de vous, sur toute une partie du ciel, certaines constellations ont pâli.

Vous enfilez vos espadrilles et descendez à tâtons sur le port. Les barques y dorment aussi profondément qu'en plein après-midi. Vous vous dites alors que vous vous êtes trompé, qu'ici, les oiseaux rêvent tout haut... Les masses sombres et compactes des embarcations témoignent de la lourdeur de leur sommeil. Elles chavirent dans le noir. Il faudrait vous recouch... Mais, vos paupières ne veulent plus de vos insomnies. Comme hypnotisé, votre regard scrute irrémédiablement vers l'Orient, au-delà de vos propres digues. Car, si à vos pieds sont toujours les ténèbres, que la mer n'existe pas tant elle est obscure, votre ciel, par contre, a imperceptiblement blanchi. Il n'y a pourtant encore aucune différence entre ce futur et l'eau, si ce n'était ce léger dégradé entre la phosphorescence du firmament et la noirceur de l'abîme. Vous présupposez alors qu'à mi-hauteur, il existerait une limite, et qui serait le lointain, le voyage. Un flou. Une bande floue. Légèrement plus claire. Peu à peu,le bas de cette apparition se souligne d'un trait extrêmement fin et légèrement plus appuyé. Ce phénomène n'est pas un rêve. Pas plus, une illusion d'optique. Si vous fermez les yeux, puis les rouvrez: la bande est toujours là. Mieux, elle s'est mystérieusement éclaircie. Aussi, et si vous tenez désormais à ce que nous accordions nos sentiments, nommerons-nous cette bande: horizon. Bien sûr, de vous à moi, ce mot n'est ici qu'une commodité de langage. Car si vous sondez plus scrupuleusement ce drôle de mirage, vous vous apercevrez qu'au-dessus de ce flou lactescent se dessine un autre flou, plus sombre. Comme des formes imprécises se découpant au bas de la voûte étoilée. Ce sont des montagnes! Et, derrière ces montagnes, séparées par un liseré plus clair qui est encore de la brume, les îles. Six mille. Les îles sont des montagnes au-delà des montagnes. Elles n'émergent pas des ténèbres de la mer, elles flottent dans l'éther et le lointain. Leurs spectres sont donc beaucoup plus capricieux et ces visions fantomatiques obligent votre œil a une très grande discipline. Il ne faut plus désormais confondre les sommets insulaires avec de vulgaires nuages. Il vous faut plutôt réestimer en permanence votre horizon, car dès à présent, vous voyez plus loin que vous ne le penser. Les tons jouent énormément sur les transparences et vous devez alors vous reposez sur votre mémoire de la veille pour savoir que toutes ces nuances de gris sont en fait des bleus et des blancs en gestation.

Car, et durant tout ce temps, (il est désormais six heures) le soleil a préparé sa palette. Mais, avec une infinie lenteur. C'est qu'il ne souhaite pas composer à lui seul le paysage. Il est patient. Il attend d'abord que votre œil se forme pour accepter de nouvelles perceptions. Pour que votre cerveau puisse admettre qu'ici, chaque matin, le soleil fait naître la Grèce de la mer. L'astre sait très bien que pour nous autres, pauvres étrangers, ce phénomène est inconcevable: on ne sort pas tous les jours des volcans de l'océan! Ou alors, ça se saurait! Et ça ferait tout un tintouin! Comme en Islande, l'autre semaine! Non, ici, le soleil ne veut pas choquer. Encore moins les grecs qui ne trouvent là rien à redire. Cela fait des millénaires que ce pays et toutes ses îles émergent des flots tous les matins et personne n'en fait tout un plat! Les gens se sont habitués.

Donc, le soleil commence avec du rose. Il en colore légèrement quelques nuages d'altitude. Rappelez-vous Homère: « les doigts roses de l'Aurore... » Pour faire en sorte que les gris les plus sombres deviennent à votre oeil des violets. C'est son idée à lui de faire passer ainsi progressivement avec un espoir de rouge, le noir vers le gris puis le bleu. Il lève aussi un peu la lumière pour que les contours se fassent plus précis. Car, il ne fait pas que peindre, il dessine aussi. Sous ce soupçon de couleur chaude, on distingue maintenant très nettement les silhouettes. En bon capitaine, il éteint une à une vos dernières étoiles, (vous n'en n'aurez plus besoin pour vous orientez), car c'est lui qui vers six heures trente prend résolument le quart! Comme on hisserait un foc, il rougit d'avantage l'atmosphère, et, à l'instant précis où tout devient étrange, il pointe son pinceau orange feu au plus lointain de votre horizon. Aussitôt, tout s'enflamme. L'oranger dégouline dans l'eau jusqu'à vos pieds et, se mélangeant au violet des abysses, crée le miroitement des myriades de vagues. La brume de mer rajoute très vite du blanc pour contourner de bleu clair le bas des montagnes, aussi des îles, mais différemment, comme outre-mer. Le soleil s'enfle, devient une boule énorme qui monte et jaunit, et le peu de nuages roses s'en va. Le ciel se veut immensément bleu. Alors, sous vos pieds où ils sont amarrés, les bateaux reflètent leurs couleurs. Les ténèbres de l'embarcadère ne sont plus les ténèbres, ils sont nettement bleus et blancs et dans leur transparence vous voyez nettement des poissons brillants et mobiles et des oursins noirs et figés.

Vous pouvez alors vous retournez. Le village est derrière vous. Ces murs sont d'un blanc immaculé. Ils sont chaulés. Et leurs ouvertures, leurs portes, leurs fenêtres, jusqu'aux dossiers des chaises y sont dessinés d'un bleu aussi vrai qu'on vous y souhaite la bienvenue avec une éblouissante distinction.

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Rosacée



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MessageSujet: Re: Vic erre en Grèce   Lun 17 Mai 2010 - 13:25

C'est agréable de lire ce texte et de voir se lever le soleil sur la mer de la Grèce au travers des yeux de Vic !

La dernière image est très belle, j'aime bien ce contraste de bleu et de blanc.

Bon retour sur LU !
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Romane
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MessageSujet: Re: Vic erre en Grèce   Lun 17 Mai 2010 - 13:53

mmmmh ! Somptueux éveil au premier matin Grec ! Ton texte est toile, couleurs évolutives, beauté. L'oubli un instant de son contraire. Saveurs étonnantes, ravissantes.

C'est bon de te retrouver, Vic.

*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*
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Tryskel
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MessageSujet: Re: Vic erre en Grèce   Lun 17 Mai 2010 - 16:08

pour ces images, elles sont somptueuses, et toutes en nuances...
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gérard hocquet

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MessageSujet: Re: Vic erre en Grèce   Lun 17 Mai 2010 - 16:50

petit moment de nostalgie.
Je reconnais les images de l'an dernier.
La Grèce dégraisse mais toujours en bleu. Belle évocation, Vic, on te sent habité par le voyage.
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blue note

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MessageSujet: Re: Vic erre en Grèce   Mar 18 Mai 2010 - 0:05

Magnifique, tant le texte que les photos... je me rappelle de "l'aurore au doigts de rose", tu l'illustres très bien ici.
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Belaruska

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MessageSujet: Re: Vic erre en Grèce   Mar 18 Mai 2010 - 15:49

Ah... Le texte est tres beau, elegant et romantique! Merci.
Je pense que sur la derniere photo on voit l eglise orthodoxe: la forme du batiment, des fenetres, la cloche le prouve. En plus, les eglises orthodoxes combinent presque toujours du blanc et du bleu, souvent on ajoute de l or (en Russie).
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Vic Taurugaux

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MessageSujet: Re: Vic erre en Grèce   Mer 19 Mai 2010 - 9:11

Hermès
Pour être quitte avec vous, je préfère vous le dire de suite, la Grèce n'est pas une destination pour qui souhaite voyager. Car, la Grèce est un pays éternellement en partance. Comme un berceau. Celui de notre civilisation. Au mieux, elle sera pour vous une compagne de voyage. Il vous faut comprendre que ce n'est en rien une terre arrêtée. Aussi, ne peut-elle être un but, seulement un guide. Et, autant, la Bretagne épouse le Couchant, autant ici la terre fuit vers l'Orient. Elle est en route. Depuis toujours. Elle l'a toujours été. D'aucuns diraient: une course immobile. Ils auraient raison. Car, sa perpétuelle odyssée n'est en rien inutile face à l'agitation des humains. Prenez le Péloponnèse. Une péninsule en forme de main dont les doigts dérivent depuis toujours avec le courant. Des îles, des rochers s'en détachent peu à peu. Le Péloponnèse n'est pas une île, c'est une presqu'ile rattachée au continent par un isthme de six kilomètres de large. Évidemment, vu la taille de la main, ce poignet semble ridiculement fin. C'est pour cela qu'il a été tailladé par l'homme.


Autrefois, existait à Corinthe une « route guidée », dallée, où les bateaux étaient roulés, hâlés d'un côté de la colline à l'autre. Mais, suite aux percements du canal de Suez, de Panama, les banques mondiales (françaises) ont conçu le projet d'une gigantesque entaille pour faire correspondre de part et d'autre la mer ionienne et la mer Egée. Le poignet est donc l'isthme de Corinthe et la blessure, le canal du même nom. Ce dernier a été creusé sur six kilomètres pour que les bateaux n'aient plus à faire le tour de toute cette presqu'île. Des bateaux suffisamment étroits: des bateaux de touristes. Du coup, il a fallu construire des ponts au-dessus de cette nouvelle voie fluviale.
Car le pays est ainsi fait: les voies maritimes concurrencent les voies terrestres et inversement. Les hommes ont toujours eu le besoin d'aller quelque part. Et vite. La Grèce aussi voyage. Mais, à son rythme. Elle dérive. Le continent, l'Europe politique voudrait intégrer cet étrange pays qui lui a donné, il y a fort longtemps, le jour. Sans comprendre que la Grèce se désintègre. Géographiquement.

Prenez l'île de Methana. Qui n'est pas non plus une île car elle est reliée à un doigt du Péloponèse par une infime bande de terre qui autorise une route asphaltée. Et bien, malgré l'autoroute, Méthana se trouve bien plus éloignée d'Athènes que sa sœur Egine qui pourtant croise à plus de deux mille au large. C'est pour cela que nous nous sommes rendus en plus de quatre heures par la route à Méthana et que nous sommes revenus à Athènes en un peu plus de deux heures par le ferry. En faisant escale sur Egine! Car ici, et depuis l'Odyssée, les îles ne sont pas des lieux retirés, mais des carrefours. Pour aller d'un point à un autre, vous coupez par les îles!

Car, si le Péloponnèse est une main, ses doigts sont des montagnes. Pour aller d'un endroit à un autre, vous devez suivre des routes qui serpentent à n'en plus finir.
Malgré la beauté du paysage qui vous charme, vous pensez vous faire avoir. Telle ville n'est qu'à cinquante kilomètres, mais vous mettez plus de deux heures pour la rejoindre. A chaque carrefour, chaque col, chaque virage, vous découvrez de curieux calvaires. Des petites stèles,(qui se vendent préfabriquées comme les barbecue chez les marchands de matériaux, j'en ai vu chez le Leroy Merlin, à la sortie d'Athènes!) A l'intérieur de cette édicule religieux, brûle devant une icône une lampe à huile. La religion orthodoxe possède une foultitude de Saint-Christophe pour protéger votre voyage.
Ces icônes ont remplacé les stèles hermaïques d'autrefois. Car ici, dans le Péloponnèse, plus exactement en Arcadie, vous êtes dans le pays d'Hermès, dieu du commerce, gardien des routes et des carrefours, des voyageurs, des voleurs, guide des héros, de la chance, conducteur des âmes aux Enfers, messager des dieux (plus particulièrement de Zeus), et inventeur des poids et des mesures.



Dernière édition par Vic Taurugaux le Jeu 20 Mai 2010 - 9:36, édité 3 fois
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blue note

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MessageSujet: Re: Vic erre en Grèce   Mer 19 Mai 2010 - 23:42

Le texte est toujours magnifique et surprenant, mais, heu, les photos, y'a pas ? Elles sont où ?
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Vic Taurugaux

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MessageSujet: Re: Vic erre en Grèce   Jeu 20 Mai 2010 - 9:21

blue note a écrit:
Le texte est toujours magnifique et surprenant, mais, heu, les photos, y'a pas ? Elles sont où ?

Au secours Jok! comment qu'on fait pour que les photos dont j'ai mis les liens apparaissent? J'ai bien une icône "insérer une photo", mais je ne vois pas comment elle marche...
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Romane
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MessageSujet: Re: Vic erre en Grèce   Jeu 20 Mai 2010 - 9:24


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Vic Taurugaux

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MessageSujet: Re: Vic erre en Grèce   Jeu 20 Mai 2010 - 9:37

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Romane
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MessageSujet: Re: Vic erre en Grèce   Jeu 20 Mai 2010 - 9:38


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Scapinocchio de la Mancha

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MessageSujet: Re: Vic erre en Grèce   Jeu 20 Mai 2010 - 13:56

Il a dit les aurores, je dirai les chats.

La Grèce n’est pas seulement blanche et bleue, elle est aussi féline. Féline jusqu’au bout des doigts griffus du Péloponnèse. Ici, point de marées dévastatrices. Ce n’est pas l’océan déchaîné qui agresse la terre de ses coups de boutoirs ; c’est la terre féline qui lacère avec délices Mesogeios Thalassa (Μεσόγειος Θάλασσα), la mer de l’intérieur des terres. Ce n’est pas l’océan rugissant qui fait la pluie et le mauvais temps ; c’est la terre, dans sa calme sagesse, qui imprègne la mer du sceau de sa langueur.




Le chat haret, contrairement à son ancêtre le chat domestique, n’a pas sa gamelle pleine matin et soir. Il n’a pas de litière douillette. Il ne voit jamais le vétérinaire. Il est maigre, plein de tiques, de cicatrices et de puces. Il est dur au mal. J’en ai vu un qui survivait la trachée artère sectionnée et ne semblait pas s’en formaliser.

Si le gite ne lui pose généralement pas de problème – un mur blanc sous l’ombre verte fera l’affaire aux heures méridiennes –






pour le couvert par contre, le chat grec ne peut compter que sur lui-même. Il lui faudra dépenser beaucoup d’énergie pour gagner sa croûte. A moins de décrocher le jackpot : une bande de touristes en goguette ayant eu l’idée saugrenue de séjourner une semaine sur son territoire.

Car il faudra presque une semaine à une chatte haret ayant charge de famille pour parvenir à ses fins. La chose se fera petit à petit, soir après soir. Une apparition un soir ; suivie de la présentation du frère cadet ; puis on acceptera une côtelette d’agneau – pas trop près s’il vous plaît sinon je m’enfuis, tant pis pour vous. Au 4ème jour on daignera se laisser approcher à moins de deux mètres. Le soir suivant on leur fera un grand plaisir à ces Français : on fera mine de chaparder une tête de poisson entre leurs doigts fébriles.










Et parce qu’ils ont été d’excellents élèves, ces petits Français, ils auront droit, le soir du dernier jour, à la faveur suprême : on viendra, de loin, leur présenter la petite famille.





*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*
Imprimé par nos soins. Ne pas jeter sur la voie publique.


Dernière édition par Scapinocchio de la Mancha le Jeu 20 Mai 2010 - 19:29, édité 3 fois
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MessageSujet: Re: Vic erre en Grèce   Jeu 20 Mai 2010 - 13:57

Merci Vic pour cet éveil en poésie, ta plume sensible me laisse rêveuse, moi qui n'y suis jamais allée, j'avais l'impression d'y être...
Ton récit de voyages et de déplacements ( le tien et celui de la terre ) donne vraiment envie d'aller voir de plus près, j'espère que tu auras encore d'autres choses à nous conter...
Rêve
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MessageSujet: Re: Vic erre en Grèce   Jeu 20 Mai 2010 - 14:00

Superbe ton histoire de chats Scapinocchio...
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Romane
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MessageSujet: Re: Vic erre en Grèce   Jeu 20 Mai 2010 - 14:12

Tiens, je n'aurais jamais songé aux chats ! Dites, les siamois, c'est rudement chouette votre reportage à quatre mains. J'espère qu'il n'est pour l'instant qu'ébauché et qu'une longue suite nous attend !

*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*
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Vic Taurugaux

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MessageSujet: Re: Vic erre en Grèce   Jeu 20 Mai 2010 - 19:02

Asclépios et le théâtre d'Epidaure.

Asclépios est un dieu mais Zeus l'a tué. De colère. Asclépios était le plus célèbre des dieux thaumaturges de l'Olympe; il aurait voulu rendre les humains immortels en ressuscitant les morts. Cette dernière lubie lui étant venue dans les premiers temps de la chrétienté. Ce fut une dérive insupportable pour le maître du panthéon grec. Alors, Asclépios a donné aux latins son autre nom d'Esculape et accepté la sentence. Il mort, du moins, comme meurt un dieu. Désormais, il vous apparaît la nuit dans les étoiles: il est la constellation du Serpentaire.

Ce dieu est un épithète d'Apollon car, étant son fils, il en conserve les qualités.

Pour se rendre à l'Asklépieion d'Epidaure, le sanctuaire d'Asclépios, le mieux pour vous serait d'emprunter la route carrossable qui va de Nauplie à Ligourion. Mais, si vous êtes malade, il faut plutôt vous rendre de l'ancienne ville d'Epidaure jusqu'au sanctuaire à pied. Pour les plus vaillants, cela représente trois bonnes heures de marche. Plus, pour les plus fortunés, un bœuf en sacrifice. Les pauvres s'acquitteront d'un mouton, ou d'un poulet. Au choix. Si vous venez de loin, comme Scapi, sa femme, la mienne et moi, de l'argent fera l'affaire. Six euros vingt par adulte pour l'entrée car cet endroit de Grèce accepte encore les euros.
Car, pour votre guérison, le mythe exige ce sacrifice comme préalable. Autant la maladie est un effet de la nature, autant sa réparation demande de votre part que vous adhériez pleinement à la culture du lieu; autrement dit de votre part de malade, un travail. La marche doublée du sacrifice élimine ainsi de la cure tous ces geignards qui estiment que la santé serait un dû alors même qu'ici-bas elle représente pour beaucoup un objectif.
Au premier plan, l'hôtel, au loin le temple de qui vous savez.
Dans un premier temps, vous serez logés à l'hôtel. Cent vingt chambres réparties sur deux étages dans quatre cours carrées telles que le laissent supposé cette empreinte de pierre qui découpe la pelouse. Le plan dit qu'à côté (il vous faut parcourir cinquante mètres) la terre détient encore les vestiges des bains. Attention, ces bains n'ont rien à voir avec le thermalisme. Ici, l'eau est nullement thérapeutique. Il s'agit seulement pour tout malade d'être propre. D'éviter les contagions. Aussi, de vous préoccupez de votre image. Car le lieu saint qui vous accueille est très beau. Imaginez un concours d'architectes. Untel dessine le temple, l'autre le stade, un troisième le palestre. Une surenchère de marbres, de colonnes, de statues, de chapiteaux ouvragés. Tout selon bien entendu les vertus du nombre d'or. La pierre des montagnes alentour est ici ordonnée, travaillée, mise en valeur de telle sorte que l'œil ne peut être qu'ébloui par le génie de la technique. Soustraire la roche à la terre est le premier ouvrage des grecs. Ils savent y reconnaître le gisement pour ouvrir telle carrière, ils connaissent le réseau des eaux souterraines que captera le génie de leurs aqueducs. Le premier esprit du dieu est un esprit chthonien. Un esprit qui connaît les profondeurs de la terre, qui est capable de commercer avec les Enfers. Asclépios sait cela. Son ami n'est pas le chat, mais le serpent. Il en décore son bâton pour en faire son caducée. Le serpent est capable de disparaître sous la terre et de remonter avec toute la science. Celui donc qui connaît son langage, qui accepte d'être par lui apprivoisé, possède alors le savoir sur la mort, et sur son corolaire: la maladie.

La cure souhaite que le malade entende cela. Il faut entrer dans le mythe comme on rentre à l'hôpital. Les prêtres agencent le rite, l'esthétisme du rite pour que l'âme et le corps du visiteur en soit nourri. Le clergé ne rechignent pas à la besogne. Grâce aux sacrifices de plus en plus nombreux, il construit un stade, un palestre, un hippodrome où chacun admire la santé entretenue par les athlètes grâce au sport. Un autre discipline tout aussi curative est proposée à tous ceux qui souffrent de manger trop. La cure à Epidaure est donc avant tout une médecine hygiénique et peu à peu les prêtres deviennent des médecins. Grâce à leurs malades, ces carabins acquièrent au cours des siècles un savoir de plus en plus grand. De plus en plus, le dieu se contente de suggérer. Car, c'est le mental du malade qui est important. Quand tel patient est enfin prêt arrive pour lui la nuit sacrée. Celle où le malade est mis en « incubation ». Il va pouvoir y pénétrer le secret. Cette incubation a lieu dans le sous-sol d'un temple spécial où le patient est invité à passer la nuit. Il doit dormir. Alors, il rêve. C'est au plus profond de son rêve qu'Asclépios vient le visiter. Exemple de rêve qu'un migraineux a gravé sur un ex-voto: J'avais mal à la tête. Je me suis ceins le front d'un bandeau. Alors le dieu est venu, il a défait le bandeau et à l'intérieur mon mal y est resté collé.
Maquette du lieu d"incubation photographiée dans le lieu d'incubation
Le mieux étant quand vous êtes guéri par un tel miracle de laisser un ex-voto. Pour la pub, et la croyance.
Ex-voto d'un gars qui avait mal au pied.
Aussi, Epidaure ne serait rien sans son théâtre. Le plus célèbre et le mieux conservé de tous les théâtres grecs.
Il faut que vous sachiez que le théâtre grec est d'abord fait pour contempler le panorama. C'est le paysage grec qui vous rendra compte le mieux de la mythologie. C'est pour cela que le théâtre grec est creusé à flanc de colline. Comme une carrière. Souvent c'est la carrière du site d'où l'on a extrait les temples et les statues. Le théâtre s'adosse au chaos de la montagne. C'est un point de vue sur la plaine. Un point de vue assis, ce qui explique les gradins. Pour que tout le monde voit. Car le deuxième élément important de ce théâtre est qu'il est fait pour rassembler le maximum de citoyens. Et offrir à chacun le même point de vue sur le mythe fondateur de la communauté.
Les gradins vus de la scène: c'est grand!
Le théâtre d'Epidaure est donc un demi-cercle creusé dans la colline pour contempler le paysage et, accessoirement le drame des dieux représenté à vos pieds par les acteurs. Ces derniers opèrent dans un cercle de vingt mètres de diamètre et qu'on appelle orchestra. La particularité de ce cercle est que de n'importe quel point des gradins vous y voyez et entendez la même chose. Car, en plus de la vue, il y a le discours. Celui du mythe d'où émerge la parole. Le mythe, c'est celui qui vous dit que la mer est bleue avant que cela ne soit. Il préexiste à la parole, il ordonne les dieux, les titans, les humains et la Nature. Vous ne pouvez ni voir ni entendre sans lui, il est votre civilisation.
Alors, pour que chacun entende pareillement, pour créer la démocratie, le théâtre d'Epidaure permet à chacun d'entendre les acteurs pareillement; l'acoustique de ce monument est ainsi fait que si un acteur chuchote à l'oreille d'un autre, s'il rompt de colère une brindille, s'il déchire un papier, tout le public, jusqu'au dernier rang perçoit le même son. Le théâtre peut recevoir douze mille spectateurs. Chacun aura le même confort d'écoute autant aujourd'hui lors des festivals d'été que lors de sa création il y a deux mille cinq cent ans.


Scapi dans sa célèbre tirade: l'éloge du chat... Vous l'entendez d'ici?
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Tryskel
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MessageSujet: Re: Vic erre en Grèce   Jeu 20 Mai 2010 - 19:24

Superbe errance avec la visite des chats, encore!
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JoK
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MessageSujet: Re: Vic erre en Grèce   Jeu 20 Mai 2010 - 19:31

Ouahh le titre du fil...

Vicaire en graisse... Ange Ange

Faut le faire hein ?
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Vic Taurugaux

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MessageSujet: Re: Vic erre en Grèce   Jeu 20 Mai 2010 - 19:53

JoK a écrit:
Ouahh le titre du fil...

Vicaire en graisse... Ange Ange

Faut le faire hein ?

Ca marche moins bien que http://liensutiles.forumactif.com/voyages-visites-musees-autres-excursions-randos-f10/italie-vic-erre-a-rome-t13100.htm ?
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blue note

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MessageSujet: Re: Vic erre en Grèce   Jeu 20 Mai 2010 - 23:55

Wahou, le chat noir, on dirait un sphinx...
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Scapinocchio de la Mancha

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MessageSujet: Re: Vic erre en Grèce   Ven 21 Mai 2010 - 0:22

blue note a écrit:
Wahou, le chat noir, on dirait un sphinx...

C'est LE sphinx!


*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*
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Vic Taurugaux

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MessageSujet: Re: Vic erre en Grèce   Ven 21 Mai 2010 - 9:35

Gaïa.

Mais, je manque à tous mes devoirs: je ne vous ai pas encore présenté Gaïa. C'est la terre. Une terre rocheuse, éminemment rocheuse. Pour l'étranger qui les verrait de loin, les monts arides de la Grèce témoigneraient de l'austérité divine. C'est une image trompeuse. Bien sûr, ici, il ne pleut pas. Ou rarement, durant les colères de Zeus.
Aussi, est-ce la terre qui donne l'eau. La montagne. Secrètement. Elle est façonnée par l'homme. Tous ses flancs sont en terrasse pour retenir l'eau au pied des oliviers. Le Péloponnèse est une immense oliveraie entrecoupée parfois d'orangeraies, de vergers de citronniers ou de grenadiers à l'ombre desquels dorment les potagers. La vigne sert de treille pour l'ombre et pour le résiné.

Donc ici, depuis tout le temps, les hommes font des murets de chaque pierre qu'il trouve dans leur champ. Comme cela fait beaucoup de pierres et des milliers d'années que chaque paysan fait la même chose, le paysage est une mosaïque de champs minuscules ceints et soutenus par des murets.
Squelette des murets après le terrible incendie de 2007


Ici, même les oliviers voyagent...
Coincé!
Exemple d'oliveraie tout en haut de la montagne...
Ou chaque arbre est greffé et régulièrement taillé
Notre voisin dans son verger de grenadier
Quand les grecs en ont marre de faire des murets, ils se divertissent en construisant des temples ou des villages. Aussi, des citernes dans la montagne. C'est la même chose que faire des murets, sauf qu'il faut tailler les pierres.
Pont du IV ème siècle av J-C! C'est solide!
A moins que Scapi...
A Messene: fortification qui court dans la montagne et improprement appelée "muraille de chine".
C'est tout cet agencement de la nature qui peut vous fait croire aux titans.


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Scapinocchio de la Mancha

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MessageSujet: Re: Vic erre en Grèce   Ven 21 Mai 2010 - 10:49

Bien sûr, on a ramené des souvenirs pour la famille.
Celui-ci, c'est pour Jean Vilain.


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