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AuteurMessage
Astérisque
"J'étais pas là"
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Nombre de messages : 1549
Date d'inscription : 21/02/2008

MessageSujet: P...   Mar 8 Juin 2010 - 12:34

Les faits :

Elle, je ne dirai pas qui elle est. C’est pas la peine de lui donner de la majuscule. Tout ce qu’elle mérite, c’est un P, suivi des trois points de suspension. Comme ça se fait dans la Littérature, avec un grand Elle.

L’Autre est une mère. Point. C’est différent. Dès lors que tu mets au monde un fils, t’es canonisée. C’est immuable, imparable, atavique et imperméable à toute logique.

Demain me diras-tu ? Je ne sais pas, moi. Nous verrons bien. Ou pas. Ça n’a pas d’importance puisque ce n’est pas.

Par contre, hier, elle a demandé de l’argent à un type. Un type qui lui avait dit qu’il l’aimait. Ce fric, elle l’a dépensé à boire en compagnie d’un autre. Ce qui fait d’elle une pute. Et de l’autre un maquereau subséquemment.

Moi, je pense que c’est simple, logique comme la Loi, d’une mathématique qui enchanterait le premier comptable venu. Un bilan. Froid. Clair. Compréhensible par tout un chacun.


Les sentiments ?

Elle n’a pas à en avoir, puisqu’on la paye. Pourquoi elle parle toute seule puisque personne ne lui répond ? Quand je dis personne c’est faux. Elle a ses copines, de celles qui vous regardent droit au fond des yeux. Elle propose sa marchandise à la sauvette : "Chéri, tu me donnes combien ?" Les clients s’arrêtent ou non. Ils sont libres… La force de l’habitude, l’attachement à son quartier. Pourquoi crierait-elle ? Tout le monde la connaît. Elle fait partie du décor comme eux. Crier, pour quoi ? Après qui ? Elle sait bien qu’il est inutile de crier dans l’oreille des sourds, elle a connu un sourd, un vrai, un maniaque qui ne pensait qu’à sa petite affaire et basta. Pas le mauvais bougre, non, simplement elle ne parle pas sa langue alors elle n’a jamais compris le sens de ses gesticulations ni ses cris gutturaux. Bref, ils n’avaient rien à se dire.

Moi, je me suis arrêtée pour lui parler. Je lui ai demandé si elle n’en avait pas assez de son bout de trottoir. Je lui ai proposé un asile, un lieu plus sûr pour passer l’hiver. Elle ne semblait pas convaincue. Je lui ai rappelé Mnouchkine : "à défaut d’aimer, on est parfois bien aise d’être aimée". Elle a craqué, elle s’est mise à chialer. Même que c’en était gênant, on allait penser que je lui avais tenu des propos insultants. Elle m’a suivie et a accepté le pain et le sel. Mais quelques jours plus tard, ça été plus fort qu’elle, elle est revenue sur son coin de trottoir. Je me suis à nouveau arrêtée pour l’arraisonner, je lui ai dit que son mac avait une nouvelle gagneuse, qu’elle n’aurait plus de protecteur. Elle a haussé les épaules et elle a ri, elle avait l’haleine chargée et la mine décatie. Deux femmes sont arrivées à notre hauteur, elles se sont arrêtées pour l’embrasser et m’ont fait un clin d’œil. Elle m’a dit : tu vois, elles me manquaient là-bas. Les hommes ? Ici ou ailleurs, que savent-ils d’elles, de moi, de nous ? Eux, ils ont inventé le fric pour compenser le petit bout de chromosome qui leur fait défaut. Depuis ils passent leur temps à spéculer, ça remplit leurs temps morts. Alors j’ai compris, enfin, je crois. Les jours où elle ne se tient plus, je fais semblant de rien. Je triche. Comme tout le monde, hein ? Et lui ? Qui ça lui : le client ou le maquereau ?... C’est tout un, tout dépend de ce qu’il lui reste au fond des poches, il spécule, il joue, il triche…
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