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MBS

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MessageSujet: Miss   Jeu 22 Juil 2010 - 0:00

Un vieux texte... ou plus exactement deux textes... Les lecteurs de l'époque se sont divisés pour savoir quelle version (la courte ? la longue ?) était la plus "efficace"...

Version courte

A la grande loterie des pourquoi, elle a l’impression de gagner à tous les coups. Quoi qu’elle fasse, quoi qu’elle dise, il y a toujours quelqu’un pour lui demander d’expliciter, d’argumenter. Son univers n’est fait que de questions et d’explications. Toujours à se justifier, toujours à se défendre.
Certes, c’est elle qui a choisi ce destin, de vivre en marge, sur la mince bande de terre entre le ciel et l’enfer. Elle avance ainsi ballottée au gré de vents mauvais, d’inspirations insensées, de délires profonds.
Son but ?
Il est à parier qu’elle ne le connaît pas vraiment.
Vivre peut-être ? Se dire lorsque, le soir, elle éteint la lumière, qu’elle n’a pas gaspillé une seule seconde en compromissions mal vécues, en courbettes sans propos, en mots dégoulinants de conformisme.
A l’ancre de ses jours, elle a attachée une bouée de folie. Et elle flotte ailleurs. Ses repères ne sont pas sur l’horizon, mais fixés au bout de ses chaussures. Il suffit qu’elles le veuillent, qu’elles le décident et elles la mèneront sur les plages de sable blond du Pacifique ou dans la touffeur étroite de la forêt équatoriale. Le coup de tête n’est pas entre ses mains une arme mais une boussole qui l’oriente et la mène.
Aujourd’hui ici.
Demain ailleurs.
Et ceux qui la regardent passer ont toujours plein de questions sur les lèvres. Comment peut-on vivre ainsi ? Et s’habiller comme ça ? Et avoir de telles pensées en tête ?

Les plus curieux ou les plus virulents l’interpellent et l’interrogent. Elle s’arrête et leur raconte son histoire. Ses études brillantes dans les plus hautes écoles, celles dans lesquelles la fusion des matières grises pourrait fournir en énergie plusieurs pays du Tiers monde pendant un an. Son arrivisme forcené qui l’a conduite à faire des « choses » dont elle n’a pas alors mesuré toutes les conséquences ? Sa réussite enfin… Insolente, fantastique et finalement épuisante à force d’en faire la simple spectatrice de ses propres triomphes.
Un matin, après une nuit d’insomnie pluvieuse, elle a balancé tout ça, légué sa fortune naissante à de bonnes œuvres et accroché des nuages ouatés à son âme. Un coup de vent a suffi à la déraciner, à lui montrer une autre direction, celle dans laquelle elle se perd, elle se fonde, elle s’enfonce. Toujours devant elle, toujours vers d’autres yeux, d’autres bouches, d’autres pourquoi.

Version longue

A la grande loterie des pourquoi, elle a l’impression de gagner à tous les coups. Quoi qu’elle fasse, quoi qu’elle dise, il y a toujours quelqu’un pour lui demander d’expliciter, d’argumenter. Son univers n’est fait que de questions et d’explications. Toujours à se justifier, toujours à se défendre.
Certes, c’est elle qui a choisi ce destin, de vivre en marge, sur la mince bande de terre entre le ciel et l’enfer. Elle avance ainsi ballottée au gré de vents mauvais, d’inspirations insensées, de délires profonds.
Son but ?
Il est à parier qu’elle ne le connaît pas vraiment.
Vivre peut-être ? Se dire lorsque, le soir, elle éteint la lumière, qu’elle n’a pas gaspillé une seule seconde en compromissions mal vécues, en courbettes sans propos, en mots dégoulinants de conformisme. Penser qu’elle n’a pas encore atteint le bout de la Terre et ses propres limites.
A l’ancre de ses jours, elle a attachée une bouée de folie. Et elle flotte ailleurs. Ses repères ne sont pas sur l’horizon, mais fixés au bout de ses chaussures. Il suffit qu’elles le veuillent, qu’elles le décident et elles la mèneront sur les plages de sable blond du Pacifique ou dans la touffeur étroite de la forêt équatoriale. Le coup de tête n’est pas entre ses mains une arme mais une boussole qui l’oriente et la mène.
Aujourd’hui ici.
Demain ailleurs.
Et ceux qui la regardent passer ont toujours plein de questions sur les lèvres. Comment peut-on vivre ainsi ? Et s’habiller comme ça ? Et avoir de telles pensées en tête ?
Son regard est si froid, sa démarche si incertaine qu’elle ressemble à une glace arrachée au pôle et perdue en des contrées où l’eau est devenue si rare. Elle semble s’imprégner de la misère, l’absorber par les yeux et par tous les pores d’une peau que le soleil ne parvient pas à brunir. Mais que voit-elle vraiment du monde ? Des paysages, des gens, des moments ? Ou bien voyage-t-elle surtout en elle-même à la recherche d’un autre souffle, d’un nouveau cap ?
Elle ne parle pas. Timidité ou sentiment de supériorité ? Peur de gêner ou crainte de se mélanger à ces populations si différentes d’elle ? Elle semble attendre qu’on prenne soin d’elle. Jamais elle ne demande de l’eau, jamais elle ne demande à manger. Elle n’a que quelques modestes billets de banque, de faibles pièces de monnaie dans ses poches. Elle achète sa nourriture mais se nourrit si chichement que sa beauté est déjà fanée par les privations, que son teint pâlit sans cesse et que son cœur peine à la pousser plus loin.

Alors, parce qu’ici les hommes ont encore le sens de la solidarité chevillé à l’âme, les plus curieux l’interpellent et l’interrogent. Elle s’arrête, esquisse un timide sourire reconnaissant et s’assoit. Posément, en français, en anglais ou en espagnol, langues qu’elle possède la perfection, elle leur raconte son histoire. Ses études brillantes dans les plus hautes écoles, celles dans lesquelles la fusion des matières grises pourrait fournir en énergie plusieurs pays du Tiers monde comme le leur pendant un an. Son arrivisme forcené qui l’a conduite à faire des « choses » dont elle n’a pas alors mesuré toutes les conséquences ? Sa réussite enfin… Insolente, fantastique et finalement épuisante à force d’en faire la simple spectatrice de ses propres triomphes.
La réussite ? Qu’est-ce que cela ? Le concept leur apparaît étrange, totalement en décalage avec leur quotidien. Elle doit donner des exemples, des preuves. Une grande maison avec un jardin plus grand que le village, des robes magnifiques dans des matières étonnantes (elle exhibe alors des morceaux de tissus qu’elle a découpé dans ses tenues préférées avant de les jeter à la poubelle), une voiture de sport qui file deux fois plus vite que le guépard. Tout cela, c’était sa vie d’avant ! Tout cela, c’était le salaire de son intelligence, de son savoir.
Mais à quoi peuvent servir l’intelligence et la culture si on continue à être d’une naïveté confondante ? Elle ne voyait rien de ce qui se tramait autour d’elle, rien du tourbillon des ambitions et du jeu pervers des jalousies. Jusqu’au jour où une amie, « sa » meilleure amie lui a remis les pieds sur terre en lui piquant en une seule journée la place pour laquelle elle postulait et son petit ami.
Au matin, après une nuit d’insomnie pluvieuse, elle a balancé tout ça, légué sa fortune naissante à de bonnes œuvres et accroché des nuages ouatés à son âme. Un coup de vent a suffi à la déraciner, à lui montrer une autre direction, celle dans laquelle elle se perd, elle se fonde, elle s’enfonce. Toujours devant elle, toujours vers d’autres yeux, d’autres bouches, d’autres pourquoi.
Ici, personne ne pourra jamais la comprendre.
Elle est perdue.
Elle s’est perdue.


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Miss
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