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 Rêverie sur danses indiennes

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Vic Taurugaux

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MessageSujet: Rêverie sur danses indiennes   Ven 23 Juil 2010 - 15:07

Rêverie sur danses indiennes.



Depuis quelques temps déjà, Blue Note nous initie merveilleusement aux danses indiennes. http://liensutiles.forumactif.com/danse-f120/rachel-brice-t18411.htm#394987



Non en nous apprenant réellement à danser mais en nous faisant découvrir par vidéos de somptueux ballets. Bref, elle fait de nous d'heureux spectateurs à défaut d'heureux danseurs étant entendu qu'il est plus simple pour nous de cliquer sur un forum que d'aller s'inscrire réellement à un cours de danse.

Or, si l'initiation de Blue Note n'a que peu d'incidence sur notre musculature, elle influence bien plus grandement nos imaginations, l'oisiveté corporelle étant propice à la rêverie.




Les danses indiennes, orientales, « du ventre » sont, nous dit-on, des danses de séduction. Et, je crois qu'il faudrait être aveugle pour ne pas le remarquer! A l'heure où tout concourt pour nous faire penser que l'Orient aurait pour tradition de voiler les femmes, de leur ôter tout pouvoir de séduction, de se méfier comme de la peste de leur corps prompts à corrompre nos esprits, la remise au goût du jour de ces danses dites traditionnelles, leur succès actuel auprès des femmes occidentales, ressemblent à un pied de nez, figure ô combien chorégraphique, à la barbe de bien des ayatollahs, de quelques bords qu'ils se trouvent. Le corps des femmes appartient d'abord aux femmes proclament les féministes, mais ici les danseuses abandonnant l'austérité tant décriée d'anciennes suffragettes démontrent qu'en maîtrisant leur schéma corporel, elles peuvent également gouverner leur image. Car, si ces danseuses se montrent, c'est bien dans l'intention culturelle et politique d'une réappropriation de l'image de la femme par les femmes.



La femme exotique, l'indienne, a été et demeure, une proie facile pour les hommes conquérants. De nombreuses techniques de guerre nous apprennent qu'il faut d'abord la violer pour mieux détruire l'ennemi. Les guerres napoléoniennes contre l'Ottoman ont à leur tour généré toute cette boucherie mais ont aussi développé chez nous occidentaux, le goût de l'orientalisme, de ses charmes vantés et inventés par bien des artistes des siècles derniers et où l'attrait du harem et de toutes ses femmes faciles calquait le mythe paradisiaque et phallocratique de l'ennemi.



La maison close fascinait car une fois les luttes meurtrières entre hommes achevées, il vous alors était promis dans ces contrées lointaines un havre de paix fait de bains turcs et de jeunes filles conciliantes. Mort ou vivant, vous auriez alors droit à votre lot de caresses lascives comme consolation d'avoir sacrifié votre jeunesse célibataire aux besoins de la Patrie. L'espace féminin s'ouvrait alors pour tout soldat en dehors des règles traditionnelles, c'est à dire masculines. A l'inverse de tout ce qui régnait alors, les femmes si convoitées et idéalisées ne désiraient bizarrement pas votre mort mais souhaitaient plutôt agrémenter votre piteuse existence en faisant de vous un pacha. Elles ne voulaient pas vous piller seulement vous enrichir en se montrant charmantes.




Bien entendu, une telle générosité suscita la méfiance. S'abandonner à l'autre n'est pas un réflexe masculin. Pour sûr, il y avait une entourloupe! On offre pas son corps à l'autre sans se prostituer. Des Baudelaire, des Pierre Loti mais aussi quantités peintres comme Toulouse-Lautrec démontrèrent que les choses étaient plus compliquées. Les femmes n'étaient pas là seulement que pour nous avoir du moins pas plus que nous autres les hommes pour les posséder.

L'espace, la différence entre l'Orient et l'Occident, obligea alors au voyage, à l'exotisme pour exprimer des désirs afférents. L'Autre étant forcément autre et la guerre une solution perdant-perdant. Au contraire, l'art, ici la danse démontre combien les désirs de tous peuvent enrichir un délicieux ballet fondé sur les différences. Les danseuses indiennes magnifient le corps féminin dans ses principaux attributs que sont le bassin, le ventre, les seins, les cheveux.




Sur leurs anatomies, la frontière entre le voilé et le découvert se situe juste au dessus du pubis. La danseuse indienne exhibe l'hémicorps supérieur à cette limite quand le danseur ou la danseuse traditionnelle celtique exhibe la dextérité de ses membres inférieurs. Dans les festou-noz qui servent à tasser les sols battus, les jambes et les pieds sont les organes primordiaux de la danse. Les gavottes, les laridés insistent sur la complexité des pas, sur le rythme donné par les talons pendant que les bustes et les têtes doivent demeurer impassible. Au contraire, quand elle se déplace au sol, la danseuse indienne ne fait pas de bruit. D'ailleurs, ces longues jupes masquent ses jambes. Elle ne connait pas le pantalon, encore moins le string. Son mouvement au sol est celui d'un voile.

Cela dit, il ne faut pourtant en rien mésestimer chez la danseuse le travail de cet hémicorps. Blue Note le dit: telle technique requiert d'être en appui sur les talons quand tel autre demande l'aide des orteils. Anatomiquement, on ne pourrait demander une telle aisance au bassin et partant à la colonne vertébrale sans l'ancrage au sol d'un sérieux polygone de sustentation. Mais çà, chez les danseuses orientales, c'est comme qui dirait les coulisses... A l'image des reptiles, la femme orientale n'aurait pas de membres inférieurs.

Cette image est pourtant très présente et depuis longtemps en Occident. Mais, elle est associée à l'image d'une femme des confins, celle d'au-delà les limites comme la sirène qui cherche à extraire Ulysse de son Odyssée ou encore la fée Mélusine, mère archaïque et légendaire de la noble et précieuse famille de Lusignan.

Dans mon voyage en Grèce, j'ai visité au cœur du Péloponnèse, une citadelle-musée ayant appartenu à cette famille vendéenne. En effet, durant les croisades, les chevaliers n'allaient pas automatiquement à Jérusalem défendre le tombeau du Christ et le soustraire des mains des impies. Non, ils s'établissaient plutôt sur les verdoyantes collines grecques et tiraient de ce colonialisme avant la lettre la richesse nécessaire pour que se perpétue leur nom. Alors, bien sûr, la source de leur richesse, de leur généalogie devait quelque peu demeurer mystérieuse. La famille descendait d'une fée, c'est à dire un être féminin forcément bénéfique si, et seulement si on acceptait de ne pas la voir le samedi, jour de sabbat. Car, le jour dit, Mélusine reprenait alors sa forme première, naturelle, celle d'un dragon, animal terrible et qui se tient debout tout en rampant. Qui n'avait pas de bassin, mais qui en sortait, rappelant en cela aux hommes le terrible pouvoir féminin, celui de la maternité.




L'analogie entre la danse indienne et celle des serpents est voulue. Blue Note nous fait découvrir ainsi une prêtresse de la danse tribale, Rachel Brice, californienne, c'est à dire la plus occidentale qui soit et qui intitule son spectacle: le Serpent Rouge. http://www.rachelbrice.com/?page_id=110

Dans cette vidéo trouvée sur son site, elle met en abîme un orchestre de musique country exclusivement masculin et plutôt destiné à promouvoir le quadrille avec son propre ballet.








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filo

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MessageSujet: Re: Rêverie sur danses indiennes   Ven 23 Juil 2010 - 19:22

Belles réflexions (ou rêverie) !

Mais Blue Note nous parlait de danse orientale, et non indienne. Rachel Brice notamment a développé une forme de danse appelée Belly dance qui est un métissage de danse orientale et d'un style plus moderne et libre.

Le fil sur les danses indiennes se trouve ici : http://liensutiles.forumactif.com/danse-f120/la-danse-indienne-t11764.htm

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Vic Taurugaux

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MessageSujet: Re: Rêverie sur danses indiennes   Ven 23 Juil 2010 - 19:48

C'est vrai que dans mes associations je situais l'Inde en Orient mais je dois faire plus attention à mon vocabulaire.
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almalo

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MessageSujet: Re: Rêverie sur danses indiennes   Ven 23 Juil 2010 - 23:42

Que ce soit dans les danses indiennes ou orientales, je suis d'accord avec toi vic : elles nous offrent l'image de la femme si belle, si libre, si envoûtante !!
Et comme le dit Blue Note, elles permettent à la femme d'accepter son corps, dans un lâcher-prise qui n'est pas celui de la danse classique occidentale ou même jazz...
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blue note

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MessageSujet: Re: Rêverie sur danses indiennes   Ven 23 Juil 2010 - 23:54

Techniquement, l'Inde se situe dans la partie orientale du monde, non... ?

Vic, je suis comblée et fière de cette magnifique, intelligente et longue réflexion sur la danse, inspirée (j'ai la faiblesse de le croire) de mes modestes articles. Articles que je délaisse un peu ces temps-ci, je l'avoue...
Cela mérite quelques précisions.

Effectivement, j'ai un peu parlé de danses indiennes classiques, mais très peu par rapport aux savants articles du sieur filo. Je serai plus à même de vous en parler après mes quelques stages déjà initiés et cours que je compte prendre dès la rentrée.

J'ai par contre déjà parlé de danse Kalbeliya, qui sont les danses rroms du Rajasthan, indiennes donc mais tsiganes, et donc différentes. De même pour les danses rajasthani, qui sont en quelque sorte des danses régionales, donc folkloriques.

Concernant Rachel Brice, on ne peut pas vraiment dire que c'est de la bellydance. Le terme recoupe tout ce qui concerne la danse orientale aux Etats-Unis, cette classification n'est donc pas fausse, mais Rachel est plutôt le porte-parole de ce qu'on appelle le tribal-fusion.
Le tribal constitue un mix de danse orientale, indienne, tsigane, ethnique, voire du yoga dont Rachel était spécialiste et du hip-hop.

Il est vrai qu'aujourd'hui, la danse orientale est plutôt une affaire d'occident.
Avec la radicalisation de la religion, qui condamne les femmes en général et la danse en particulier, il n'est quasi plus possible là-bas pour une jeune fille ni même une femme mariée d'étudier la danse orientale dans un cours. Ca n'existe pas, tout simplement.
Et les costumes qu'on trouve sont des oripeaux destinés aux prostituées et aux touristes en mal d'exotisme (catégories que les hommes associent volontiers là-bas).
Je ne parle pas bien sûr des maisons sérieuses et mondialement réputées qui confectionnent de somptueux costumes de scène (comme Bella en Egypte).
N'oublions pas que la dernière danseuse ghawazee réputée, une soeur Maazin, ne peut obtenir son visa pour aller enseigner à l'étranger, elle vivote à Louxor dans un HLM pourri...
De plus, les jeunes générations qui vivent ici ne s'intéressent qu'à l'aspect facile et exhibitionniste de la danse, le style turc moderne, jambes et culs à l'air, et dans les réunions familiales elles dansent sur du raï, qui n'a rien à voir avec la musique arabe ni classique ni traditionnelle.
La danse orientale, c'est donc l'occident, maintenant.

Pour illustrer mon propos sur le modernisme, Simona Jovic, LA spécialiste des danses rroms, me disait que les jeunes filles des Balkans ne savent plus faire le claquement de doigts spécifique des tsiganes, qui est très particulier. Elles disent que c'est un "truc de vieilles".

Sur les danses indiennes, j'étudie mais je n'en connais pas encore assez. Néanmoins, je me permettrai de corriger ceci : "quand elle se déplace au sol, la danseuse indienne ne fait pas de bruit".
Heu, si, en odissi et bharata natyam, il y a des sacrées frappes de pieds ! Et on ne manque pas d'entendre les salangai, les clochettes de danse indienne qu'elle portent aux chevilles.
Sinon, les danseuses portent une jupe plissée, certes, mais avec un pantalon moulant en dessous. Pour le string, je concède qu'elles ne doivent pas trop fréquenter...

Merci encore pour avoir partagé cette intéressante réflexion.
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