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 Y a-t-il une vie après Fiona Toussaint ? [Fiona 6 - terminé]

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MBS



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MessageSujet: Re: Y a-t-il une vie après Fiona Toussaint ? [Fiona 6 - terminé]   Mer 27 Oct 2010 - 19:23

SAMEDI 30 JANVIER
Cahier de Ludmilla Roger

Faut-il qu’Arthur Maurel soit un gentleman ! Il a accepté sans piper mot mon poulet trop cuit, mes pommes sautées pas assez saisies et ma tarte aux fruits made in Carrefour. Plus fort encore, il a avalé un bon doigt de l’Armagnac « familial » de Marc pendant que j’endormais Corélia d’un conte historique de mon invention (avec force princesses, châteaux et monstres gentils). Ayant échappé à la chose du fait de ton refus total d’alcool, laisse-moi te dire que c’est le genre de breuvage vers lequel on ne revient jamais… Hormis mon chéri, mais pour des raisons qui doivent être génétiques et liées au trop nombreuses années passées dans les vignes paternelles. Là où tout palais un peu fin et instruit trouve du râpeux, lui ne trouve que du velours.
- Tu n’as pas honte ? fis-je mi-courroucée mi-attendrie. Tu vas gâter le sens du goût d’Arthur avec ta vinasse gersoise. Comment va-t-il faire quand il devra aller rencontrer telle ou telle vedette dans un grand restaurant parisien ? Il aura bonne mine à prétendre souffrir d’agueusie pour cacher l’origine du mal.
- Je vous rassure, Marc, intervint Arthur… Cela n’arrive pas aussi souvent qu’on le croit. On peut très bien vivre à Paris, faire mon boulot et se tenir en marge de certains milieux. Le bling-bling très peu pour moi.
Rassuré mon Marc ? Je n’en étais pas si sûre à envisager sa mine de chien battu. On aurait dit que le ciel lui tombait graduellement sur la tête. Pourtant, Arthur n’avait rien dit à ma connaissance contre le digestif paternel.
- Enfin, quitte à passer pour la harpie de service, je constate que vous êtes bien des hommes. Ca n’a pas bougé le petit doigt pour débarrasser la table. Arthur, je vous prie, montrez à Marc que vous êtes bien éduqué et…
Marc haussa les épaules, repoussa sa chaise et tourna les talons sans dire un mot… Et sans même apporter son écot au labeur que je venais d’indiquer. Mauvaise tête et goujaterie, le tableau était complet.
- Ma chère Ludmilla, dit Arthur en voyant la météo de mes yeux se mettre à l’orage, je pense que vous devriez vous occuper un peu plus de votre Marc. Il a de vilaines idées bien noires dans la tête. Des idées que je connais bien en plus et dont je peux vous assurer qu’elles ne mènent jamais sur les meilleurs chemins.
- Qu’est-ce qu’il a ? demandai-je.
- Je crois bien qu’il est fou de jalousie et d’inquiétude. Et c’est tout son univers qui menace de s’effondrer.
- Jaloux de qui ? Pas de vous quand même ?…
- Admettez qu’il y a de quoi…
J’ai cru que c’était une vantardise de sa part. Fort heureusement, Arthur a aussitôt modéré son propos et regagné mon estime.
- Je ne suis pas à ses yeux un simple concurrent potentiel. J’incarne tout ce qu’il doit trouver vain et superficiel… Et tout ce qu’il doit imaginer, avec un vieux fond de machisme mal éteint, qu’une femme comme vous recherche. L’argent, le gloire, le grand monde…
- Faut-il qu’il ne me connaisse pas…
- On ne connaît jamais vraiment les gens qu’on aime… La preuve…
Je ne sus dire sur l’instant si cette preuve portait sur Marc et moi ou sur ta relation avec lui. A bien considérer ses yeux, il me sembla qu’il pensait en fait à sa Fiona adorée. Il y avait à l’intérieur de ce regard si franc tout le vague à l’âme que procure l’absence de l’être aimé, tout ce sentiment de marcher sur un fil étroit au-dessus d’un vide abyssal par jour de grand vent.
- Je commence par quoi ? demanda-t-il comme pour échapper à ma petite inquisition.
- Prenez les assiettes et ne vous inquiétez pas si vous en cassez une. Nous n’avons pas encore déposé de liste de mariage. C’est de la vaisselle « provisoire ».
Quelque chose me titilla l’esprit. Quelque chose d’aussi impérieux que l’idée d’une maternité future. Il était grand temps que je donne à mon nigaud d’amant une preuve irréfutable – à mon sens du moins – des sentiments que j’avais pour lui. L’idée avait déjà était évoquée, caressée ; il devenait urgent de la matérialiser.
- Si elle est provisoire, vous me permettrez donc de vous inviter à manger ce soir. Choisissez la table, réservez et laissez-moi la surprise du lieu.
- Et de l’addition ! ajoutai-je
- Ce ne serait pas une invitation sans cela, remarqua-t-il en souriant.
Oui, vraiment un type très galant ton Arthur. Jusqu’à nous inviter au resto juste pour ne pas avoir à subir une fois de plus mes « talents » de cuisinière.
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MessageSujet: Re: Y a-t-il une vie après Fiona Toussaint ? [Fiona 6 - terminé]   Jeu 28 Oct 2010 - 14:43

SAMEDI 30 JANVIER
Cahier d’Arthur Maurel

Après la confession de Marc et l’histoire de l’Armagnac paternel, l’intervention de Ludmilla m’avait donné à penser que j’avais débarqué en pleine crise conjugale. Et comme si cela ne suffisait pas, je me faisais la désagréable impression de jouer de surcroît un rôle de catalyseur. Pris séparément les deux tourtereaux torturés me semblaient sains de corps et d’esprit mais en présence l’un de l’autre ils exhalaient une sorte de frustration terrible et indéfinissable qui ne pouvait que me mettre mal à l’aise. La mise en retrait boudeuse de Marc eut pour effet de me laisser seul avec Ludmilla et d’aborder enfin, autour du lave-vaisselle, le sujet qui nous importait vraiment et que, d’un accord tacite et silencieux, nous avions décidé de repousser le temps de nous découvrir.
Ce sujet c’était toi… ou plutôt l’absence de toi.
- Vous avez essayé de lui écrire ? demanda Ludmilla pour ouvrir le pénible dossier de ta disparition.
- Vous voulez dire par mail ?… Bien sûr. Tous les jours et plusieurs fois plutôt qu’une.
- Je dois avouer que j’ai tellement été retournée que je n’y ai pas pensé tout de suite. Il faut dire que comme je la connais ma Fiona, quand elle dit quelque chose, elle le fait. Ayant décidé de couper les ponts, cela voulait dire automatiquement qu’elle ne répondrait plus à aucun message…
- Elle a fait mieux que ça, je suppose que vous le savez, elle a supprimé son adresse. Mail non delivery est la seule réponse à laquelle on a droit. C’est aussi inquiétant que frustrant…
- Elle a supprimé ses adresses, corrigea Ludmilla. L’adresse personnelle mais aussi ses deux adresses professionnelles… Même l’adresse du domaine parfum-violette.com ne répond plus.
Cette entame ne nous menait qu’à une seule conclusion. Comme l’avait très bien dit Ludmilla, les ponts étaient coupés. Tu dérivais loin de nous sans que nous ayons le moindre moyen de te ramener vers nos rivages.
- Ce départ précipité pose plusieurs questions, poursuivit ta « sœur adoptive ». « Pourquoi » paraît la plus importante et pourtant, au risque de vous peiner, je ne pense pas que ce soit l’essentiel.
- Je ne le pense pas non plus… Pour moi la question essentielle est « où ? »
- En Extrême-Orient, elle le dit dans sa lettre…
- Elle pourrait…
- Mentir ?… Allons, on dirait que vous ne la connaissez pas…
- Hélas, si… Je ne la connais que trop bien sur ce chapitre. Les seuls reproches qu’elle ait eu à me faire depuis que notre relation a commencé portaient précisément sur ma capacité à mentir… Par omission certes et pour la protéger mais elle ne fait aucunement la différence… Elle ne supporte pas cette idée…
- Vous voyez bien, fit Ludmilla sans triompher de manière trop ostensible.
- Mais, vous qui la connaissez si bien, dites-moi s’il est logique qu’elle parte en Asie… Je ne vais pas dire que c’est quelqu’un de casanier mais elle est bien française dans sa façon de voir le monde. Pourquoi partir loin quand on a tout près de chez soi ?
- Sans compter qu’elle et l’avion, ce n’est pas l’amour fou… Je pense que vous le savez.
- Disons que j’avais fini par m’en douter…En trois ans, elle n’est allée qu’une fois aux Etats-Unis pour un congrès. En dehors de cette expérience, dès qu’elle a eu à quitter le territoire national, elle l’a fait en train. D’ailleurs pour venir à mon émission, elle n’a même pas suggéré la possibilité de venir en avion… Et cela ne m’a même pas interpelé puisque moi non plus je ne supporte plus les voyages aériens.
- Je suis entièrement d’accord avec vous. L’Asie comme destination de repli, ce n’est pas d’une évidence transcendante quand on a cette phobie-là… Mais pour aller à Princeton, Fiona s’était shootée pour dormir tout le trajet. Rien n’empêche qu’elle ait fait de même cette fois-ci.
- Si ni le « pourquoi » ni le « où » ne vous paraissent fondamentaux, qu’est-ce que vous suggérez ?
- Moi je ne cesse de réfléchir au « comment »… Et plus j’y pense, plus je me dis que ce départ, Fiona n’a pas pu le faire seule.
- Parce que…
- Parce que, outre être un poil énervé et porté sur les petites gouttes d’Armagnac, mon Marc chéri garde toujours précieusement dans son porte-cartes la carte bleue de Fiona. Fiona a beau être très riche, cette richesse ne peut lui être d’aucun secours si elle n’a aucun moyen d’accéder à son argent. Elle n’a qu’une seule carte de crédit et n’utilise plus de chèques depuis qu’on ne les accepte plus dans les lieux de restauration rapides. Elle avait une certaine somme sur elle il y a quinze jours et aucun moyen d’accéder à de l’argent supplémentaire.
- Elle affirme qu’elle a fait transférer une partie de sa fortune sur un compte en Asie. Plausible ?
- Possible sans doute mais je ne peux pas vérifier. Je connais quelqu’un qui pourrait le faire, mais cette personne s’y refuse. Quant à être la seule propriétaire de Parfum Violette désormais, c’est vrai. Un acte notarial était dans la boite aux lettres de la boutique ce matin quand j’y suis passée avant de venir à la gare. Tout m’appartient. On pourrait donc supposer que Fiona a effectué toutes ces démarches pendant la journée du vendredi et qu’elle s’est « envolée » dans la soirée ou le lendemain.
- Sans argent ?
- En ayant ouvert un compte dans une autre banque, fait effectué le transfert d’un compte à l’autre… C’est pour cela que j’ai dit qu’on pourrait supposer… Vous voyez bien que quelque chose cloche.
- Même avec l’informatique, je doute que tout cela puisse se faire dans la journée…
- Exactement… A moins…
- A moins ? répétai-je sans très bien voir où Ludmilla voulait en venir.
- A moins que Fiona ne soit pas partie seule… Je veux dire par là, que quelqu’un ait préparé sa disparition. Si on lui avait fait parvenir en urgence un chéquier ou simplement des relevés d’identité bancaire…
- Qui ?
- Sur ce point, je crains fort d’avoir moins de lumières que vous… Il serait grand temps que vous me racontiez ce qui s’est passé à Paris ce fameux dimanche soir…
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MessageSujet: Re: Y a-t-il une vie après Fiona Toussaint ? [Fiona 6 - terminé]   Ven 29 Oct 2010 - 22:58

SAMEDI 30 JANVIER
Cahier de Ludmilla Roger

J’avais attendu d’Arthur Maurel qu’il m’expliquât le « pourquoi » de ton départ. Je crois avoir essayé d’entrée de le piquer au vif en lui affirmant que je me désintéressais de ces causes-là. Il ne releva pas mon ironie et déclara être parfaitement en accord avec moi sur ce point. Du coup, je me retrouvais piégée.
C’est vrai que dans cette histoire, l’essentiel des faits m’était inconnu… Et plus les jours passaient, plus je me disais que les fragilités de ton âme n’étaient peut-être pas les seules raisons de ton départ. Les étrangetés financières autour de ta disparition me laissaient à penser que tout n’était pas aussi limpide que ton mail le laissait imaginer. Arthur voulait te retrouver le plus vite possible. Au besoin en te courant après au fin fond de la Chine. Mon raisonnement était assez différent : à quoi bon te chercher si tu n’étais pas l’instigatrice de cette disparition ?
Arthur, lui, ne doutait pourtant pas sur ce point. Cela me ramenait forcément à l’inconnu des causes. Parce qu’il savait des choses que j’ignorais.
Il était grand temps que j’apprenne les traverses qui avaient été les tiennes durant ce week-end fatal.
- Que voulez-vous savoir ? demanda-t-il en détournant le regard.
L’entrée en matière n’était pas très encourageante. S’il commençait à fuir, notre bonne entente n’aurait pas de suite à ce week-end…
- Je suppose que demander TOUT est une attente inaccessible.
- Pour tout vous raconter, il faudrait que j’en sache autant que Fiona. Elle est la seule à tout connaître du drame dont elle a été le cœur pendant toutes ces années.
En te balançant comme seule capable de me répondre, le coup de pied en touche prenait des proportions gigantesques. Je ne sais pas pourquoi le titre d’un vieux film me percuta la mémoire, « Je sais rien mais je dirais tout ». Eh bien voilà, Arthur Maurel m’en faisait un remake en négatif ! Il savait tout et ne dirait rien. Cette attitude inconséquente ne réussit qu’à me faire sortir de mes gonds.
- Arthur ! Bon Dieu ! Pas à moi !… Cela fait plusieurs jours que j’attends ce moment, que j’attends de comprendre ce qui arrive et, par voie de conséquence, ce qu’il m’arrive. Depuis une semaine, j’avance dans le brouillard en vous faisant confiance. Vous croyez en un départ volontaire de Fiona et, comme vous l’aimez, je suis fondée à accepter votre lecture des événements… Mais si vous ne me dites rien… Si vous ne me dites rien… Comment voulez-vous que je sorte du brouillard ? Comment voulez-vous qu’on avance ?…
- Ne vous méprenez pas, Ludmilla… S’il vous plait, ne doutez pas de ma bonne volonté… Je n’ai rien à vous cacher… Seulement, il y a tant de questions qui restent sans réponses chez moi aussi… Ce que je peux vous proposer, ce ne sont que des demi-certitudes et des points d’interrogations en rafale. Rien de clairement solide.
- Mais vous pensez bien que Fiona est partie d’elle-même ?
- Je le pensais… Vous m’en faites douter désormais… Après tout, si le mot fin n’avait pas été écrit à cette histoire…
Il prit le large, tourna autour de la table de la cuisine, sembla chercher un chemin pour s’échapper et, faute d’issue, posa sa tête contre le réfrigérateur comme s’il voulait geler sur place les idées sombres qui montaient en lui.
J’avais espéré de notre rencontre un renforcement de nos certitudes respectives. Tout cela n’aboutissait au contraire qu’à les creuser.
- Vous croyez, demanda-t-il, que si je vous livre la version courte de l’histoire, cela me fera moins mal.
- Je ne peux pas vous l’assurer, répondis-je.
Etait-ce la proximité du frigo ou un effet du stress qui le submergeait ? Arthur avait pâli et semblait en être rendu à ces extrémités dont on ne se tire que par le secours d’un petit verre d’alcool fort.
- Avant d’être l’histoire de Fiona, toute cette histoire fut d’abord la mienne…
Il s’arrêta, écarta les bras dans un grand geste de fatalité tragique et observa :
- Vous voyez… Je commence à peine à raconter et je dis déjà n’importe quoi…
Le « n’importe quoi » n’avait d’évidence que pour lui-même. La constatation d’Arthur m’éclairait cependant sur un point essentiel : vos destins apparaissaient bien plus liés que par une simple relation amoureuse.
- Aude Lecerteaux devait être le grand amour de ma vie, reprit-il. J’avais fini par accepter cela même si notre relation était basée sur un point de départ atroce, le suicide de son père.
Quel rapport cela avait-il avec toi ? J’avais peine à comprendre comment ce type équilibré pouvait se retrouver soudain aussi désemparé et malhabile à communiquer.
- Le suicide n’en était pas un. Je le savais, elle le savait aussi. Nous avons travaillé ensemble pour le prouver. Et puis il est arrivé ce qui arrive entre deux ambitieux, chacun est parti de son côté. Je n’ai revu Aude que quasiment morte et on m’a alors confié un bébé qui venait de naître.
- Corélia…
- Moi je travaillais sur une énigme relevée dans les papiers de Lecerteaux. Le projet FIONA. Petit à petit j’ai compris que c’était une affaire de chantage. Petit à petit j‘ai reconstitué les bases de ce chantage. C’est alors qu’est intervenue, via le petit écran, une étudiante en Histoire qui allait servir d’appât dans ce chantage. Notre Fiona…
- Ce chantage, c’était quoi ?
- Peu importe…
Il balaya ma question d’un revers de main. J’en tirais la conclusion que cela avait au contraire une grande importance. Trop grande pour qu’on perde de notre temps à le détailler.
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MessageSujet: Re: Y a-t-il une vie après Fiona Toussaint ? [Fiona 6 - terminé]   Ven 29 Oct 2010 - 23:06

- Plus Fiona était connue, plus elle rappelait fréquemment aux victimes du chantage qu’il fallait raquer pour que le silence recouvre leurs actes du passé… Mais plus Fiona se libérait d’elle-même et s’interrogeait sur les mystères de sa vie, plus elle devenait potentiellement dangereuse pour ceux qui la manipulaient. Ils devaient tout faire pour qu’elle ne devienne pas une icône trop positive… Vous suivez ?…
- J’essaye… mais ne vous arrêtez pas, cela finira sans doute par s’ordonner de soi-même à la fin.
- Je vous le souhaite… Je ne suis pas sûr d’avoir réussi à le faire moi-même.
- Continuez…
- A force de m’intéresser à Fiona Toussaint, à force de sonder son passé, à force de la regarder vivre, j’ai senti mon cœur retrouver des élans que je pensais annihilés à jamais depuis la mort de Aude. J’ai franchi le pas, je me suis rapproché trop près d’elle…
- Et la colle qui retenait vos ailes a fondu…
- En quelque sorte… « Ils » savaient que je savais car j’étais espionné depuis longtemps. Rien de mes recherches ne leur était inconnu… Au contraire, c’est moi qui les avais guidé vers la clé du projet FIONA… Que je vienne à livrer tous ces secrets à Fiona et cela en était fini de la poule aux œufs d’or. Ils ont donc voulu nous séparer… D’abord par la une de People Life puis en utilisant le faux rapt de Corélia. Ils avaient plusieurs issues possibles à ce psychodrame ; je pouvais disparaître à la fin, ou bien Fiona, ou les deux. Pour diverses raisons, et en premier lieu grâce aux prises de décision hardies de Fiona, cela ne s’est pas déroulé ainsi. Au contraire, l’organisation – et en premier lieu sa tête pensante – s’est trop découverte ce qu’attendaient les forces de sécurité de l’Etat pour intervenir et la mettre hors d’état de nuire.
J’ai relevé dans ce « hors d’état de nuire » un changement de ton, un phrasé un peu plus sourd qui disait fort bien qu’il y avait – sans que je sache pourquoi – quelque chose de douloureux là-dedans pour Arthur. Tu dois savoir pourquoi, petite sœur, et j’espère que tu me livreras ce secret-là un jour…
- Les méchants, ceux qui pourrissent la vie de Fiona depuis des années, sont donc hors d’état de nuire ?
- C’est ce que le responsable de la cellule qui a conduit l’opération m’a affirmé le lendemain après m’avoir ramené Corélia.
- Et qu’a-t-il dit concernant Fiona ?
- Qu’elle avait besoin de faire le point…
Il y avait eu trop d’informations d’un seul coup pour que mon cerveau puisse mettre en système – selon ta recette mainte fois éprouvée – tout ce que j’avais appris. Je ne retenais de ce maelstrom de révélations que trois points : tu avais été trop longtemps le jouet de forces supérieures en lutte autour de toi et cela expliquait les fêlures profondes de ta personnalité ; Arthur ne m’avait pas tout dit ce qui indiquait à l’évidence que l’affaire FIONA était du genre qu’on enterre dans un sarcophage de béton au fond d’un océan ; tu avais largement de quoi être paumée et avoir envie de prendre le large.
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MessageSujet: Re: Y a-t-il une vie après Fiona Toussaint ? [Fiona 6 - terminé]   Sam 30 Oct 2010 - 12:15

SAMEDI 30 JANVIER
Cahier d’Arthur Maurel

Raconter tout – ou presque tout - ce qui avait pu te décider à fuir ce monde de mensonges et de faux-semblants fut un véritable calvaire. Entre ce que je ne pouvais pas dire, ce qu’il valait mieux que Ludmilla continue à ignorer et les simples grandes lignes de l’histoire, il y avait un étroit chemin pour tracer une vérité acceptable. Plus d’une fois je faillis m’arrêter, écrasé par l’émotion, anéanti par le doute, humilié par la manière dont j’avais été berné durant toutes ces années d’enquête. Tant bien que mal je parvins à livrer une version assez claire ; elle gardait quand même de forts accents de synopsis inabouti.
Ludmilla n’en fut pas dupe. Elle eut la grande sagesse de ne pas poser de questions supplémentaires qui n’auraient fait qu’accentuer mon malaise.
- Donc, elle est partie pour se remettre de tout cela ? fit-elle après avoir laissé infuser la masse de mes révélations. C’est ce que vous pensez ?
- C’est ce que j’espère… Lorsqu’on est sonné, il faut du temps pour retrouver des repères. Croyez-moi, Ludmilla, je sais de quoi je parle…
Le problème de telles situations, c’est que les cicatrices restent toujours à vif. Evoquer Aude devant Ludmilla avait été horrible. Se dire que cette femme que j’aimais avait été la cheville ouvrière de toute cette abomination. Imaginer ce qu’elle aurait pu faire de toi si… Tout cela m’était insupportable. J’avais la nausée et insensiblement je me rapprochais de l’évier, conscient que le repas de midi jouait au yoyo dans mon estomac et n’attendait qu’un hoquet de plus pour jaillir.
- Je préférerai qu’on ne revienne plus sur le passé maintenant que vous savez ce que vous savez. Préparons plutôt l’avenir.
Il me fallait une grosse dose d’optimisme pour tenir le coup. Imaginer ton retour pour bientôt… Et si cela n’était pas envisageable, me mettre à ta recherche le plus rapidement possible. Voilà ce dont j’avais besoin pour cautériser les souvenirs. Les enfouir sous un futur rayonnant.
- L’avenir, trancha Ludmilla, c’est ne pas laisser Fiona s’effacer du monde. Si elle est persuadée ne plus avoir sa place en son sein, nous devons faire en sorte qu’elle comprenne que cette place l’attend toujours. Elle doit continuer à vivre en tant que Fiona Toussaint, publier son Louis XIII, écrire des articles, être présente dans les médias. Son nom ne doit pas s’éteindre, il doit continuer à palpiter, à vivre, à résonner. Pour qu’elle l’entende ! Pour qu’elle saisisse qu’une fuite ne changera rien à son destin !
Cette déclaration finit de me glacer. Elle se rapprochait furieusement par son contenu des craintes de Marc Dieuzaide : Ludmilla voulait vivre à travers toi. Qui, sinon elle, pouvait tenir ta place ? Elle l’avait déjà fait, elle continuait à le faire à la fac. Et elle le ferait encore…
- Vous ne serez jamais Fiona, fis-je avec l’amertume de celui qui sent se dénouer une relation amicale à peine ébauchée.
- Vous croyez que je ne le sais pas ?… Dans un duo, allez savoir pourquoi, il y en a toujours un qui agrippe la lumière et éclipse l’autre. En ce qui nous concerne, c’est un terrible paradoxe : Fiona voudrait être transparente et elle s’est toujours trouvée propulsée sur les devants de la scène. Moi qui rêvais de devenir célèbre à vingt ans, je me suis enfoncée dans la grisaille, préférant même trier les archives du château Rinchard à une reprise de mes études. Fiona n’est plus là et me voilà tout d’un coup littéralement sommée de prendre sa place en tout. Et là je me rends compte soudain de mes limites. Je découvre que moi aussi je doute tout le temps, que j’ai la sensation de ne pas mériter ce qu’il m’arrive. Et je me rends compte que cette fille, elle est vachement plus forte que moi pour encaisser tout ça, qu’elle a une présence que je n’ai pas… et qu’elle n’est plus là pour m’apprendre ce qui lui donne cette aura que nous apprécions tous.
Cette longue tirade me retourna complètement. Je m’étais trop attaché aux apparences, mon esprit avait été intoxiqué par les remarques désabusées de Marc, je n’avais pas su voir. Ludmilla n’attendait qu’une chose. Que tu reviennes pour pouvoir à nouveau retrouver ton ombre.
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MessageSujet: Re: Y a-t-il une vie après Fiona Toussaint ? [Fiona 6 - terminé]   Sam 30 Oct 2010 - 19:51

SAMEDI 30 JANVIER
Cahier de Ludmilla Roger

De cette discussion dans la cuisine, il me reste quelques heures après cette lourde impression de malaise. C’est quelque chose que je ne peux pas évacuer et qui, je le crains, demeurera longtemps dans ma mémoire. Avoir vu Arthur Maurel, ton Arthur, cet homme qui a été témoin de tant d’effroyables spectacles pendant sa première vie de reporter, vaciller à ce point, tituber sous le poids des souvenirs, m’aura marqué de manière indélébile.
Je me sentais en plus totalement responsable de cette situation. Je lui avais demandé de revivre ces situations pénibles, de m’en faire le récit. J’avais ravivé les plaies sans même imaginer quelle pouvait en être la profondeur. Lorsque j’avais compris, il était déjà trop tard. Arthur s’était perdu lui-même dans ses souffrances, le regard à moitié fou, les gestes incohérents, le visage crispé par une douleur qui montait des tripes.
Je l’ai alors forcé à regarder ailleurs, un peu comme on essaye de ramener un candidat à la noyade vers la rive. En le soutenant d’abord, en le tirant vers d’autres pensées ensuite. Non, contrairement à ce qu’il semblait croire, je ne me posais pas en rivale déclarée de Fiona Toussaint. Non, je ne voulais pas être toi. Parce que je ne m’en sentais ni digne, ni capable. L’affirmation eut un peu l’effet d’un électrochoc. Arthur cessa de s’enfoncer dans le désespoir et quelque chose de chaleureux, une esquisse de sourire, pointa sur ses lèvres.
- Est-ce que votre portefeuille serait outré si quelques personnes supplémentaires venaient s’agréger à notre groupe ce soir ? demandai-je en profitant de l’ouverture.
La surprise et l’incompréhension submergèrent la douleur. Un vieux fond d’humour, celui qu’on trouve toujours lorsqu’on veut se moquer de soi-même au plus fort du désespoir, émergea pour contrer ma question.
- Si c’est l’équipe de foot de Toulouse, ça peut aller… Pour le rugby, cela risque de faire un peu juste…
Ne te formalise pas pour ce qui va suivre mais c’est tout ce que j’ai trouvé à faire. Je me suis rapprochée d’Arthur et je l’ai serré dans mes bras…
- Ne t’en fais pas… Il n’y aura même pas l’équivalent d’une équipe de basket.
Je n’aurais pas aimé que Marc entre à ce moment-là dans la cuisine, il aurait pu se méprendre. Parce qu’il me semble qu’Arthur a vu en moi une sorte de bouée et qu’il s’est accroché complaisamment à mes épaules. Avec quelques larmes que j’ai fait semblant de ne pas remarquer.
Je n’avais plus qu’à le ramener vers le rivage.
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MessageSujet: Re: Y a-t-il une vie après Fiona Toussaint ? [Fiona 6 - terminé]   Sam 30 Oct 2010 - 22:26

SAMEDI 30 JANVIER
Cahier d’Adeline Clément

Recevoir, quand on est étudiant, un coup de téléphone de sa prof d’université pour un rencart le soir même au resto, ce n’est pas vraiment fréquent. Mais que ce soit le cas à trois semaines d’intervalle avec deux profs différentes, je crois que cela doit tendre du côté de la limite extrême de l’improbable.
En clair, après avoir été votre invitée pour un repas que je n’oublierai pas de sitôt – quand bien même il se soit déroulé dans une petite saladerie de la rue Gambetta – j’ai été littéralement convoquée par Ludmilla à me trouver ce soir à 19 heures à Parfum Violette avant un repas à la Mare aux canards à 19h30. Je ne me souviens même pas avoir résisté d’une manière ou d’une autre à cet appel comminatoire. De toute manière, c’était une excellente excuse pour échapper à la lecture du manuel de Jacques Béthemont sur la Méditerranée.
Il flottait cependant une atmosphère étrange dans cette « convocation » de celle qui se trouvait être à la fois ma prof et ma patronne. Rien ne la justifiait en apparence… si ce n’est une perspective de licenciement ce que, dans une forme de grande naïveté ou de confiance excessive, je n’imaginais même pas. Pourquoi aller au restaurant un samedi soir après un passage « au bureau » alors que nous devions nous retrouver lundi matin pour une réunion de travail ?
Tout s’est éclairé lorsque j’ai pénétré à Parfum Violette. Outre Ludmilla et Marc, un homme dont le visage ne m’était pas inconnu découvrait nos installations encore en travaux. Une sorte de petite fée blonde voletait dans toute la pièce essayant à tour de rôle chacun des sièges en poussant de petits cris de joie.
- Arthur, je te présente Adeline, notre collaboratrice. La génération montante…
Je me suis trouvée toute intimidée de serrer la main du fameux Arthur Maurel, journaliste vedette d’une des grandes radios françaises et fiancé officieux de mon « maître » Fiona Toussaint. Paradoxalement, il me parut aussi gêné que moi. Peut-être bien qu’il ne savait pas s’il devait me serrer la main ou me faire la bise. J’avais noté le tutoiement de Ludmilla à quelqu’un dont je savais pertinemment qu’elle ne l’avait jamais rencontré. Devais-je agir de même ?
- Adeline, puisque tu es là, tu veux bien expliquer à Arthur ce que nous projetons de faire ?
Cela entrait parfaitement dans la façon de faire de Ludmilla. Eviter soigneusement de tirer la couverture à elle. Elle prenait manifestement plus de plaisir à avoir des idées qu’à les exposer.
- Initialement, dis-je, Parfum Violette devait être seulement une maison d’édition… Et puis les événements que vous connaissez sans doute ont conduit à imaginer quelque chose de plus ambitieux. Fiona et Ludmilla veulent créer une structure entièrement dédiée à l’Histoire. Depuis l’aide et le conseil aux étudiants jusqu’à la diffusion d’ouvrages étrangers que les grandes maisons d’édition refusent de traduire en passant par la création d’une base de données informatique de référence sur l’Histoire.
- Tout cela à trois ? s’étonna Arthur Maurel.
C’est vrai que le projet était un peu fou. Bizarrement, portée par vos enthousiasmes respectifs, je ne m’en étais pas vraiment fait la remarque. L’intervention d’Arthur Maurel me laissa donc sans réaction.
Ludmilla vola heureusement à mon secours.
- Pour les projets aussi compliqués, il vaut peut-être mieux trois personnes motivées qu’une dizaine de salariés moyennement concernés… Et puis, nous ne sommes pas si seules que cela, Arthur. Fiona a des contacts avec de nombreux jeunes universitaires qui souffrent de la frilosité des maisons d’édition traditionnelles. Le professeur Robert Loupiac, qui nous rejoindra au restaurant avec son épouse, n’envisage pas sans doute une retraite inactive et nous nous faisons fort, Fiona et moi, de le convaincre d’accepter un rôle d’expert ou de conseiller… Et puis, je le garde pour la fin mais c’est juste pour le voir s’inquiéter de mon silence, mon petit Marc a toute sa place, et même plus que cela, dans cette dinguerie.
- Si je comprends bien, c’est de la folie calculée…
- Oui, intervint Marc… C’est une idée ambitieuse et démesurée mais parfaitement à l’échelle de celle qui l’a eue.
La remarque fit souffler une sorte de petit vent réfrigérant dans la pièce. A qui faisait-il allusion ? A vous qui étiez à l’origine du projet ou à Ludmilla qui en avez imaginé la nouvelle structure plus complexe ? Soit il minimisait le rôle de l’une, soit il niait celui de l’autre.
- C’est pour cela, répliqua Ludmilla, que nous ne devons pas renoncer… Même si nous ne sommes plus que deux pour le moment…
Ludmilla donnait ainsi sa réponse à Marc. Elle s’effaçait derrière Fiona Toussaint l’absente et sans, me sembla-t-il, que cette renonciation à sa part de lumière lui pesât le moins du monde.
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MessageSujet: Re: Y a-t-il une vie après Fiona Toussaint ? [Fiona 6 - terminé]   Dim 31 Oct 2010 - 0:20

SAMEDI 30 JANVIER
Cahier de Ludmilla Roger

L’idée d’amener Arthur sur le site de Parfum Violette était peut-être une fausse bonne idée.
En lui présentant notre projet – dont il devait connaître quand même quelques bribes par ton intermédiaire – je ne faisais que souligner à quel point tu étais absente. Des trois dingues lancées dans l’aventure, nous n’étions plus que deux sur le pont. Depuis le matin même, j’avais même les papiers officiels qui me laissaient seule maître à bord. Comment ne pas percevoir que pour nous la vie continuait en dépit de ton départ ? Pour lui aussi sans doute mais pas de la même manière… Lui, il n’avait que la routine quand nous, nous avions l’aventure.
Le repas dans l’ambiance poutres apparentes et briques de la Mare aux canards fut beaucoup plus concluant. A nous tous, nous réussîmes à te joindre à notre repas même si aucune place ne t’avait été symboliquement réservée. Arthur nous raconta, avec une grosse pointe d’émotion, votre premier diner ensemble à Paris et ta joie simple devant un bon cassoulet. Adeline expliqua comment tu l’avais littéralement débauchée en plein service à l’Hippopotamus. Le professeur Loupiac évoqua vos sandwichs partagés dans le parc derrière l’université. Je n’en rajoutais pas sur le thème même si j’avais moi aussi de beaux souvenirs « gastronomiques » avec toi.
- Pour quelqu’un qui fuit les restaurants, avouez que quand elle y va, elle sait marquer les esprits, conclut Marc en s’esclaffant.
- C’est peut-être ce qui fait qu’elle nous manque tant ce soir, rétorqua Robert Loupiac.
Oui, tu nous manquais cruellement. La somme de nos inquiétudes formait entre nous des liens si forts qu’à cette heure-là, nous serions partis au bout du monde ensemble juste sur la foi d’un témoignage affirmant t’y avoir aperçue.
Pour le reste, Arthur se garda bien de renouveler ses explications sur les raisons fondamentales de ta fuite. Il évoqua au contraire mon idée de te faire vivre le plus possible et s’engagea à prendre sa part de la chose étant le mieux placé de tous pour communiquer.
- Si elle m’écoute tous les jours en direct via le site internet de la radio, elle doit être effrayée de constater que je n’ai pas dit un mot sur elle.
- Si…, objecta Marc. Ce n’est qu’une supposition.
- Il est proprement impossible qu’elle se coupe d’un seul coup de toute information sur la marche du monde, trancha le professeur Loupiac. Et je suis sûr, monsieur Maurel, qu’elle écoute votre journal comme je ne manque pas de le faire tous les soirs…
- Vous imaginez que quelqu’un qui décide de se couper de son ancien monde va se précipiter dans le même temps pour garder avec lui un contact ? interrogea Marc qui avait l’air bien décidé à tenir le rôle de poil à gratter.
- Là encore c’est une supposition, mon cher Marc, répondit le professeur…
- Nous n’avons que cela, fis-je. Des suppositions… Tu peux quand même comprendre que nous choisissions celles qui nous donnent le plus d’espoir ? Sinon, autant se flinguer tout de suite.
- Je le comprends, concéda Marc, et ne vous méprenez pas, j’ai comme vous envie que Fiona revienne le plus vite possible… Mais si son départ est une forme de ce qu’on appelle de plus en plus aujourd’hui un burn out, je ne vois pas pourquoi elle ne couperait pas les ponts de manière radicale.
- Ah, je vois ! Vous pensez que c’est une « forme ultime et catastrophique du stress » ? C’est la définition que j’ai lue récemment de ce phénomène. Vous ne pensez pas que vous poussez les choses au tragique ?
- Professeur, oserez-vous dire que cela ne peut pas correspondre à l’état psychique de Fiona ? répondit Marc. Je fais confiance à votre honnêteté pour que vous ne nous cachiez pas la réalité. Qu’Arthur ou Ludmilla veuillent croire à un égarement passager, encore une fois, je le comprends fort bien. Mais vous ? Ne m’avez-vous pas confié il y a peu sous le sceau du secret certains faits ?
Je fus soufflée d’apprendre que le professeur Loupiac et Marc s’étaient parlés récemment sans que je sois au courant. Que tramaient-ils donc tous les deux ?
- Il est vrai qu’au début du mois dernier j’ai empêché Fiona de faire une grosse bêtise… Elle était désemparée, se posait mille questions sur sa vie, sa carrière. Elle avait l’impression d’être inutile et que plus rien ne répondait dans sa tête. Bref, elle était paumée…
- Mais que voulait-elle faire ? demandai-je en étant rétrospectivement inquiète pour toi.
- Elle voulait se jeter dans l’escalier… Dans l’escalier, remarquez-le… Pas par la fenêtre du deuxième étage… Ce n’était pas une volonté de se… Enfin, vous avez compris ce que je veux dire.
- Qu’est-ce qu’il vous faut ?! s’indigna Marc. Vous avez un sens de la nuance assez paradoxal, professeur. Si elle avait ouvert une petite bouteille de Butagaz sous son nez, vous auriez minimisé l’acte sous prétexte que ce n’était pas le gaz de ville ?
- Calmez-vous, Marc, intervint Arthur. Je découvre moi aussi ce fait et, s’il m’inquiète tout comme vous, je ne pense pas que l’analyse du professeur Loupiac soit aussi infondée qu’il y paraît. Fiona a un seuil de résistance particulièrement élevé aux coups durs. Dans quel état serions-nous si nous avions subi seulement la moitié de ce qu’elle a connu et qu’il ne m’appartient pas de vous révéler ce soir ? Pour le coup, nous serions effectivement totalement cramés à l’intérieur. Mais pas Fiona… Elle sait depuis peu qu’elle est libérée de ce qui pesait sur elle depuis des années et dont elle ne supposait pas l’existence. Elle n’a plus aucune raison de vouloir en finir avec la vie…
- Mais, en revanche, elle peut avoir envie d’en commencer une nouvelle ? questionna Adeline.
- C’est davantage cela que je crains, oui… Voilà pourquoi nous devons lui rappeler que nous existons et que nous l’attendons.
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MessageSujet: Re: Y a-t-il une vie après Fiona Toussaint ? [Fiona 6 - terminé]   Dim 31 Oct 2010 - 12:18

SAMEDI 30 JANVIER
Cahier d’Arthur Maurel

La découverte de tout ton « petit monde » m’a fait passer par un kaléidoscope de sentiments. Je n’avais bien sûr pas à juger l’attitude des uns et des autres autour de la table mais je me donnais au moins le droit d’estimer la nature des rapports qu’ils pouvaient avoir avec toi et le degré d’implication qu’on était en droit d’attendre d’eux à l’avenir.
Ludmilla jouait à la perfection le rôle de petite (ou de grande) sœur. D’elle, je savais déjà que je n’avais rien à attendre de méchant ou de mauvais à ton encontre. Bien que submergée par les multiples contraintes liées à ton absence, elle ne marquait pas le moindre ressentiment. Au contraire, elle se voulait l’élément moteur dans la définition de la bonne attitude te concernant. J’imaginais juste que cette débauche d’énergie et de tensions se paierait forcément à un moment ou l’autre : n’avait-elle pas avoué elle-même qu’elle ne se sentait pas apte à t’égaler ? Je me promis entre mon canard à l’orange et ma crème brûlée de veiller sur elle comme tu l’aurais fait sans doute. J’imaginais sans peine qu’elle s’était fait cette même promesse pour moi à un moment ou l’autre de la journée.
Le point faible de Ludmilla paraissait être son « homme ». Marc était clairement déroutant, semblant toujours tricoter dans son coin quelques aigres rancœurs pour finalement apparaître comme aussi inquiet que nous tous. N’ayant que trop baigné depuis plusieurs mois dans les complots et affaires louches de toute sorte, j’en vins même à le suspecter d’être secrètement amoureux de toi et de n’avoir jeté son dévolu sur Ludmilla que par dépit de ne pouvoir te conquérir. Au moins, en partageant la vie de ta meilleure amie, il ne perdait pas le contact avec toi, pouvait te voir, te parler et attendre avec espoir le jour où tu le remarquerais enfin. Cette hypothèse est sans doute tout à fait loufoque et absurde mais elle grignote toujours un peu plus mon esprit et se fait sa place bien au chaud dans un coin de ma tête. Wait and see. Il ne m’étonnerait pas que ledit Marc essaye à un moment ou l’autre de jouer sa partition personnelle dans cette affaire. Après tout, n’y a-t-il pas là une occasion de te détourner des autres et de t’accrocher à sa seule personne ?
Adeline, la pauvrette, m’apparut largement décontenancée par le déroulement de la soirée. Elle et bien jeune à mon sens pour l’affaire professionnelle dans laquelle elle se trouve engagée. Sans doute a-t-elle bien des qualités et je suppose que ton choix n’a pas été un choix par défaut… Mais quand même… De tout le repas, elle se contenta d’écouter, ne proposa rien et finit par sembler s’ennuyer ou, du moins, se dire qu’elle aurait pu employer sa soirée à d’autres activités plus en rapport avec sa belle jeunesse estudiantine.
A l’autre bout de l’échelle des âges, trônant à l’extrémité de la table, le professeur Robert Loupiac ne se contentait pas de présider. Il montrait une inquiétude sincère te concernant mais il émanait de lui, me sembla-t-il, un trouble sentiment de culpabilité. L’affaire concernant ta tentative de suicide – employons le mot… ce qu’il n’eut pas le courage de faire – était une chose qu’il peinait visiblement à assumer. Se disait-il qu’il n’aurait pas dû intriguer pour te permettre de grimper si vite à l’université ? Se reprochait-il de ne pas avoir su encadrer un peu plus ta carrière ? Avait-il conscience d’avoir misé sur le « mauvais cheval » ? Là encore, je ne saurais l’affirmer avec certitude. Prêt à agir pour que tu reviennes, il avait pourtant une forme de réticence à imaginer que ce retour fût possible. C’est en cela qu’il rejoignait Marc. Les deux hommes étaient les plus pessimistes quand les femmes faisaient davantage confiance à ton sens des responsabilités et à ta fidélité en amitié.
Je ne devrais pas dire « les femmes » car il en est une dont l’attitude ne cessa de m’intriguer au plus haut point. Madame Loupiac, dans sa robe de soirée un peu incongrue - surtout si on la rapprochait du jean-baskets d’Adeline -, ne se donna même pas la peine d’ouvrir la bouche. Hormis pour commander, elle n’intervint pas dans la discussion. Que lui as-tu donc fait à cette pauvre femme pour qu’elle n’ait même pas trouvé à déplorer ton absence et à s’inquiéter de sa durée ? Lui aurais-tu pourri la vie durant les quelques mois où tu as vécu chez les Loupiac, attitude qu’elle continuerait à te reprocher plusieurs années plus tard ? Est-elle tout simplement jalouse de toi, de ta jeunesse, de ton intelligence et des relations que tu as pu entretenir avec son époux ? Sa présence à cette sorte de « conseil de guerre » me fit l’impression d’une incongruité totale. Sans doute, Ludmilla ne pouvait-elle se permettre d’inviter le professeur sans son épouse… Mais si celle-ci était finalement venue, c’était soit contrainte par son mari, soit poussée par quelque chose d’indéfinissable qu’on pourrait rapprocher d’une forme de curiosité malsaine. Dans les deux cas, il me manquait bien des éléments pour saisir les raisons exactes d’une telle attitude.
Nous nous séparâmes relativement tôt car Corélia commençait à ne plus tenir en place et tympanisait la tablée pour réclamer de rentrer à la maison. Après une bafouille jetée sans même y réfléchir sur le livre d’or du restaurant, dont le patron se trouvait « honoré de m’avoir compté dans sa clientèle », Marc et Ludmilla nous reconduisirent chez eux. Il était temps pour moi de jeter sur le papier le long récit de cette journée troublante et difficile. Elle ne m’a pas vraiment éclairé sur l’essentiel mais elle m’a confirmé que ton absence ne désorganisait pas que mon égoïste petite existence.
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MessageSujet: Re: Y a-t-il une vie après Fiona Toussaint ? [Fiona 6 - terminé]   Dim 31 Oct 2010 - 16:35

SAMEDI 30 JANVIER
Cahier de Ludmilla Roger

Le reste de la soirée s’est apparenté à un étrange jeu du chat et de la souris, chacun tenant me semble-t-il alternativement les rôles du félin et de la trotte menue. Passées au révélateur de ton absence, les personnalités des uns et des autres m’apparaissaient sous un jour différent. Quelque part, tu étais l’élément stable au sein de cette assemblée mouvante, un peu comme une monnaie étalon au sein d’un système monétaire. Nous savons ce qu’il est advenu lorsqu’en 1971 les Etats-Unis ont commencé à laisser « flotter » le dollar. C’est exactement ce type de désordre que j’ai ressenti tout au long de la soirée.
Cela ne prenait pas la forme d’hostilités franches – après tout, nous étions tous là avec le même objectif – mais on sentait bien que la mayonnaise avait du mal à prendre… Ou si elle prenait, ce n’était pas forcément entre les personnes dont la proximité de caractère apparaissait la plus évidente. Entre Arthur et moi, l’accord paraissait parfait peut-être parce que nous nous trouvions être les deux personnes les plus concernées par ta disparition, parce que aussi, chacun à notre façon, nous t’aimions sans aucune retenue. En revanche, entre les trois hommes, les relations étaient quelque peu difficiles. Marc n’y mettait, il faut dire, aucune bonne volonté. Ce qui avait commencé par m’énerver avait fini à la longue par me le rendre touchant. Le connaissant comme je le connaissais, il avait peur pour moi tout simplement. J’ai fini par lui faire avouer, quelques instants avant de me mettre à rédiger ce long compte-rendu de la journée, la raison qui l’avait amené à téléphoner au professeur Loupiac ; il voulait savoir si l’universitaire, ton père spirituel, était bien certain de mes capacités à tenir un amphi, si je ne risquais pas de m’effondrer face à la difficulté. Est-ce que ce n’est pas chou de sa part, cette inquiétude ? Entre le professeur et Arthur, il y avait quelque chose d’indéfinissable comme si le premier reprochait au second de lui avoir volé sa créature… et comme si le second affectait de ne pas s’en rendre compte.
La seule qui resta totalement hermétique à cette réunion fut l’épouse du professeur. Il faut dire qu’elle avait été détournée au dernier moment par son mari d’une soirée à la Halle aux Grains dans le cadre de l’ouverture de l’année franco-russe. Au programme, des extraits d’œuvres russes, sous la direction de Tugan Sokhiev avec Denis Matsuev au piano. Je ne suis pas certaine qu’elle ait trouvé dans sa terrine de canard aux pruneaux et son escalope de saumon à l’oseille tout le charme slave de Tchaïkovski, Moussorgski et Borodine. Si elle ne te portait pas forcément dans son cœur avant, elle doit te détester désormais. T’en remettras-tu ?

Voilà, petit cahier bleu, ce sera tout pour aujourd’hui. Demain est un autre jour. Et après-demain en sera encore un autre. Jusqu’à quand tout cela durera-t-il ? J’en viens à craindre que cela ne finisse pas, qu’un jour le courage ou le temps me manquent pour livrer à ces pages blanches ce que j’aurais à te dire. Un jour, puis deux, puis sept… Et le lien qui, peu à peu, se dissoudra entre nous. Je n’ose l’imaginer et pourtant j’y pense de plus en plus. J’ai un mal fou à me rappeler ce que pouvait être ma vie avant qu’elle ne croise la tienne. Je ne sais pas comment tenir plus de 24 heures sans entendre ta voix ou, au minimum, avoir un message de toi. Là, j’ai bien peur d’avoir atteint mes limites. Petit cahier bleu, que je me sens seule sans elle.
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MessageSujet: Re: Y a-t-il une vie après Fiona Toussaint ? [Fiona 6 - terminé]   Dim 31 Oct 2010 - 19:47

DIMANCHE 31 JANVIER
Cahier d’Arthur Maurel

Je ne sais plus très bien si j’ai poussé un profond soupir de soulagement lorsque le TGV s’est ébranlé à 16h08 précises. Si je ne l’ai pas fait, c’est que mon éducation généreuse m’en a gardé. En faisant un bilan de ce week-end toulousain dans le courant de la matinée, j’en avais vu tout le côté vain. Je n’avais pas avancé dans ma quête de toi et j’en étais arrivé à m’inquiéter de la motivation de mes alliés. Toutes ces personnes qui n’étaient jusqu’alors pour moi que des noms et des visages sur des photos – trop proches de toi, je ne les avais pas approchés directement au cours de mon enquête – ne s’étaient pas révélés être ce que j’en attendais.
Mais je ne vais pas recommencer une galerie de portraits, je l’ai déjà largement esquissée hier soir et n’ai rien à y rajouter de fondamentalement nouveau. Que signaler de neuf dans cette journée ?
Quelques nouvelles réactions de mauvaise humeur de « l’ami » Marc dont les yeux cernés disaient pourtant qu’il n’avait pas dû s’ennuyer pendant la nuit.
Une nouvelle balade de Corélia et Ludmilla dans le parc. Je les accompagnais un moment avant de prendre un peu le large pour observer la scène de loin. On voyait bien que Ludmilla avait été prof des écoles ; elle avait une approche sereine de ma fille, savait l’écouter sans lui passer ses caprices, cherchait toujours à lui apporter un petit quelque chose par des petites questions toutes simples.
Et puis, à midi, un repas d’une grande simplicité ce qui n’était pas du reste un problème tant je m’étais rempli la panse la veille au soir ; on noie son chagrin comme on le peut.

Après avoir débarrassé – tâche à laquelle Marc voulut bien aujourd’hui prêter la main – Ludmilla me parut un long moment hésitante. Elle vaquait sans rien dire, évitant de me regarder, partagée entre le besoin de parler et la crainte de le faire. Elle finit par se lancer après être restée un long moment accoudée sur la table de travail de la cuisine équipée, les yeux dans le vague.
- Veux-tu faire un tour à l’appartement de Fiona ? lâcha-t-elle.
- Grands dieux, Ludmilla ! fis-je. Tu ne trouves pas que cela fait déjà beaucoup pour un week-end ?…
- Il est des malades qui aiment à soigner le mal par le mal, répondit-elle. J’y vais en pèlerinage tous les trois jours. C’est ma manière à moi de me remplir d’elle. Il reste encore des traces de son parfum dans l’air…
- Je comprends, dis-je… Il y a ceux qui ont des photos de la famille plein le portefeuille et ceux qui les conservent dans leur cœur. Je suis plutôt de la deuxième école.
- Moi aussi, je comprends…
- Alors c’est que nous sommes deux grands compréhensifs !
Ce ne fut pas vraiment un rire véritable mais un sourire de connivence et de complicité. Oui, on se comprenait et c’était clairement le seul truc chouette des deux journées que je venais de passer à Toulouse. Je pouvais avoir foi en elle pour tout ce qu’il adviendrait dans les jours, les semaines à venir.
- Tu vois, repris-je… J’ai peur de ce que je pourrais ressentir. C’est un endroit que je n’ai fréquenté qu’une seule fois et je me dis que le revoir… Bref, ce serait dur… Ce n’est pas spécialement une attitude très courageuse.
- Je ne juge pas… Mais sache que si le besoin se faisait un jour ressentir, si cela devenait urgent, j’ai un deuxième double des clés que j’ai fait faire pour toi. Tu peux toujours les prendre avec toi. Juste au cas où…
Elle s’excusait presque d’avoir pris cette initiative et c’était terriblement émouvant. Au milieu de tout ce qui l’occupait, elle avait eu cette intention-là.
- Est-ce que je peux faire autrement qu’accepter ?… Comme tu le dis, on ne sait jamais… Le jour où il s’agira de couvrir le lit de fleurs pour célébrer son retour, cela pourra effectivement me servir. Mais, pour ce qui est de la visite aujourd’hui, je préfère vraiment y renoncer. Je ne suis pas sûr de pouvoir le supporter.
Ludmilla ne rajouta rien. Elle ouvrit le placard au-dessus du four, tira deux clés réunies par un élastique et pendues à un crochet métallique, me les tendit. Ce sont ces mêmes deux clés que je serre au creux de main gauche tandis que, à l’aube du nouveau mois, j’en finis avec ce récit.
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MessageSujet: Re: Y a-t-il une vie après Fiona Toussaint ? [Fiona 6 - terminé]   Dim 31 Oct 2010 - 22:39

DIMANCHE 31 JANVIER
Cahier de Ludmilla Roger

Ce ne seront que quelques mots rapides. Juste histoire de ne pas manquer à mes devoirs épistolaires. Ce soir, j’ai pris conscience de deux ou trois choses qui m’avaient à peine percuté l’esprit. Des révélations, des flashs, des évidences soudain révélées.
Professionnellement d’abord, c’est la fin du semestre. Ces étudiants que j’ai rencontrés pour la première fois cette semaine, en fait je ne les reverrais tout au plus que deux fois. Ce système semestriel, je ne suis pas parvenue à l’intégrer dans ma base de données personnelle. Le « partiel » expédié, il sera temps de basculer vers de nouveaux cours. Initiation à l’histoire de l’Europe moderne. Je sais pertinemment que ce cours n’existe pas parmi tes papiers, qu’il va falloir que je me le cogne complètement. C’est là qu’on va voir ce que je vaux vraiment.
Sur le plan émotionnel, je suis raide dingue de Marc au point que je n’arrive pas à lui en vouloir d’avoir suscité ces moments de tension qui ont pu pourrir le week-end d’Arthur. Raide dingue, je le savais déjà… Mais pas au point d’attendre comme une midinette qu’il me reparle mariage. Là, je n’ai plus que cela en tête et ce grand bêta, avec sa mine des mauvais jours, qui ne s’en rend pas compte. Tant pis s’il faut lui forcer un peu la main mais ce soir, c’est bien décidé, je ne prendrai pas le petit comprimé qui accompagne ma vie de femme libre et libérée depuis des années. En route vers la grande aventure de la maternité…
J’ai effectué un nouveau pèlerinage à ton appart. Juste histoire d’ouvrir un peu les volets et de vérifier si les interrupteurs fonctionnent toujours correctement. Je sais, c’est profondément débile, on ne se refait pas. Comme lors de mon premier passage, j’ai été heurtée par l’absence des trois bouquins que tu as passé à cette fille dont j’ai oublié le nom. On ne peut pas dire qu’elle soit du genre très reconnaissante celle-là. Troisième « grande » idée du soir : lui envoyer demain un message pour lui rappeler qu’elle ne doit pas s’endormir sur ces trois livres et qu’un prompt retour au bercail s’impose pour eux. Ils s’appellent reviens ! J’ai la nette impression de me mêler de quelque chose qui ne me regarde pas mais, sans bien savoir pourquoi, ces trois trous me dérangent et m’attristent. Comme s’ils symbolisaient aussi, à leur manière, ton absence.
Je suis repartie la mine basse et le cerveau dérangé par une sensation impossible à définir. Quelque chose me manquait dans cette visite, quelque chose d’habituel et que je n’avais pas retrouvé. A part toi évidemment… Une de ces associations d’idées étranges dont seul le cerveau humain est capable m’a ouvert les yeux. Je me suis demandée en voyant la nuit bien tombée sur la ville où pouvaient se trouver Arthur et Corélia à cette heure-ci. Cela m’a connecté sur ce que j’avais affirmé à Arthur en début d’après-midi. Que j’aimais retrouver dans ton appartement l’odeur discrète de ton parfum. Cette odeur, terrible révélation a posteriori, elle n’y était plus. Voilà ce qui me manquait au cours de cette visite. Pour moi, cela voulait dire que le dernier lien sensoriel avec toi s’était désormais évanoui.
Bouleversée par cette perte, je suis remontée en hâte chez toi bien décidée à essayer de humer une dernière fois cette fragrance si particulière. J’ai eu beau dilater mes narines, il ne restait aucune particule de parfum dans l’air ambiant. Juste un discret fond de tabac froid.
Et tu n’avais jamais fumé…
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MessageSujet: Re: Y a-t-il une vie après Fiona Toussaint ? [Fiona 6 - terminé]   Lun 1 Nov 2010 - 12:43

LUNDI 1er FEVRIER
Cahier d’Arthur Maurel

Nous n’avons pas vécu assez ensemble pour que tu connaisses encore tous mes petits travers. Il en est un qui me voit ouvrir compulsivement ma boite aux lettres à toute heure du jour et de la nuit. Je devrais savoir pourtant que le facteur ne passe qu’une fois par jour et que la résidence de la rue Jules César est protégée du déluge de prospectus publicitaires par une porte vitrée qui ne s’ouvre pas pour n’importe qui… Rien n’y fait ! Que je revienne de chercher le pain, d’amener Corélia chez sa nouvelle nounou, du boulot ou – horreur ! – même un dimanche après-midi en rentrant du ciné, je jette un œil dans la boite, la petite clé dans ma main toujours frémissante d’avoir à intervenir.
A neuf heures ce matin (tout à l’heure devrais-je dire car j’écris à toute vitesse avant de filer à la radio), en revenant de chez la nounou, j’ai donc sacrifié au rite maladif du coup d’œil dans la boite aux lettres. Surprise agréable, elle n’était pas vide… ce qui était assez rare le lundi, le courrier ayant tendance depuis plusieurs années à prendre vraiment son temps pendant le week-end et à ne débarquer en force que le mardi. Mais que dire de l’émotion qui fut la mienne lorsque je reconnus ton écriture au dos d’une carte postale ?
Je ne sais pas si je dois décrire ici ce petit morceau de carton dont l’insignifiante apparence prit pour moi l’importance d’une carte au trésor. C’est vrai qu’il s’agissait d’une carte postale tout à fait classique et banale présentant des vues symboliques du patrimoine égyptien. Dans un premier temps, avant de la retourner et d’y voir tes mots, je me suis même demandé qui, parmi mes connaissances, s’était payé des vacances au soleil loin de l’hiver européen… Au centre de la carte, un rectangle allongé verticalement montrait un coucher de soleil sur le Nil avec felouques au premier plan ; en haut se détachait en lettres jaunes et en relief léger le mot EGYPT. De part et d’autres, les six autres cases étaient remplies par les Pyramides de Gizeh, Louqsor, Thèbes, le Sphinx, Saqqara et la vallée des Rois. On aurait pu croire que tu étais juste partie faire du tourisme, rattraper ton retard abyssal en terme de voyages à l’étranger. Cela aurait été trop beau…
On ne peut pas écrire de discours sur une carte postale, surtout si on garde à la partie droite son rôle initial d’indicateur du destinataire. Tu n’as donc jeté que quelques phrases dans l’espace de gauche sous le regard froidement doré de plusieurs masques de Toutankhamon : « Mon amour, Je suis en transit à l’aéroport international du Caire sur le chemin de l’Asie. Ma détermination de rompre avec mon passé est toujours aussi forte. Cela ne veut pas dire que je ne t’aime plus et que je n’espère pas te retrouver bientôt. Pourrais-je résister si je te croisais à nouveau sur mon chemin ? Sans doute pas. Je ne te dis donc pas adieu mais à très bientôt. Celle à qui tu manques déjà. F.T. »
Ces phrases, je les ai lues et relues jusqu’à les connaître par cœur, jusqu’à m’en étourdir. Elles me permettaient de renouer avec toi un certain contact. Certes, il demeurait unidirectionnel et je ne pouvais y répondre autrement que par des mots muets qui explosaient dans ma tête et dans mon cœur. Et mes mots, à bien y réfléchir maintenant, n’étaient autres que les tiens que mon esprit reprenait comme pour les sublimer : « Amour », « Te retrouver », « Bientôt ». La rupture de la semaine passée était atténuée puisque tu envisageais clairement nos retrouvailles. Le message était on ne peut plus clair ; c’était à moi de faire le premier pas, de prendre mon bâton de pèlerin pour aller à ta rencontre. C’était le défi que tu me jetais : « Retrouve-moi si tu m’aimes ».
Je n’ai pas pensé tout de suite à prévenir Ludmilla. De mon petit nuage, j’étais soudain bien loin des autres et j’en étais déjà à chercher comment j’allais m’y prendre pour ratisser l’Extrême-Orient sans risquer de te rater. Tu étais donc au Caire… Mais quand y étais-tu au juste ? La franchise postale écrasée sur les timbres se lisait assez mal. Par chance, elle permettait quand même de distinguer le lieu d’envoi, un énorme CAIRO venant confirmer la situation indiquée dans ton message. Ensuite, en se crevant un peu les yeux, on parvenait à reconnaître quelques chiffres figurant une date… Les deux derniers (« 10 ») donnaient l’année – année du calendrier grégorien et non musulman d’ailleurs… - et pour le reste c’était nébuleux… Il me sembla que les deux premiers correspondaient au mois de janvier selon la forme inversée des Anglo-Saxons. Quant aux deux chiffres du milieu, les plus importants évidemment, ils se perdaient dans l’ombre de la coiffe de Toutankhamon.
C’est seulement à ce moment-là, face à l’échec et à la frustration, que je me suis dit que Ludmilla devait avoir reçu elle aussi une carte et, qu’avec un peu de chance, le jour d’expédition s’y lirait mieux.
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MessageSujet: Re: Y a-t-il une vie après Fiona Toussaint ? [Fiona 6 - terminé]   Lun 1 Nov 2010 - 17:32

LUNDI 1er FEVRIER
Cahier de Ludmilla Roger

La sonnerie du téléphone portable me tira d’une sorte de brouillard. Nous étions penchées, Adeline et moi, sur une grille de tarifs qui nous emprisonnait l’esprit. Nous fallait-il proposer nos services à un prix très bas quitte à rentrer à peine dans nos frais ou étions-nous des business women modernes et, à ce titre, âpres au gain ? Si tu avais été là, tu aurais balayé la question d’un revers de main n’étant pas du genre désormais à te soucier de basses contingences financières. Pour nous qui n’avions pas adopté ce détachement à l’égard de l’argent, il y avait une décision lourde de sens à prendre, une stratégie à définir. Devions-nous faire du social ou du profit ?
- Pause ! dis-je en faisant coulisser la partie mobile du téléphone afin de pouvoir prendre l’appel.
Adeline secoua ses boucles comme pour redescendre des hautes altitudes où nous avez mené notre réflexion.
La voix d’Arthur éclata dans le haut-parleur sans avoir même pris la peine de se faire précéder d’un bonjour.
- Elle m’a écrit !…
Je ne lui fis pas l’injure de l’interroger sur l’identité de cette « Elle » mystérieuse dont la performance épistolaire le mettait ainsi aux anges. Instantanément, je le rejoignis sur les cimes et cela dut transparaître sur ma figure car Adeline me lança un regard interrogateur.
- Arthur a reçu quelque chose de Fiona, expliquai-je sotto voce.
La radiation euphorisante fit une nouvelle victime. On disait jadis à la télé que le bonheur c’était simple comme un coup de fil. L’expérience présente montrait que la bonne vieille Poste, avec ses couleurs jaunes et bleues, ses vélos à la Eugène Christophe et ses préposés à casquette, n’était pas encore irrémédiablement larguée sur le créneau de la bonne nouvelle.
- Que dit-elle ? demandai-je soudain consciente que, prise par l’émotion, je n’avais pas écouté un traitre mot de ce qu’Arthur avait pu débiter à toute vitesse.
- Je disais que c’est une carte postale qui vient d’Egypte… Cela ne dit pas grand chose… Enfin, c’est assez personnel comme message. Le point essentiel pour nous tous c’est qu’elle réaffirme qu’elle veut rompre avec son passé.
La révélation de cette volonté maintenue me fit redescendre en un instant de mon Olympe céleste. A part nous permettre de savoir que Fiona était vivante et en bonne santé, cette carte postale ne nous avançait en rien. Arthur, lui, paraissait ne pas en prendre conscience. Il rayonnait de joie et cet enthousiasme voyageait sous forme de sons divers et variés de Paris à Toulouse.
- Qu’est-ce que cela change ? fis-je.
- Elle veut rompre avec son passé dit-elle… Mais de la manière dont elle me dit les choses, assura Arthur, je ne fais pas partie de son passé. Le passé, c’est le reste…
- J’en fais donc partie de ce reste, remarquai-je froidement.
Il n’y avait pas que sur le papier qu’une grille m’arrachait un chapelet de doutes. Une autre, celle d’un inexorable calendrier des jours passés, venait de me clouer sur place.
- As-tu seulement regardé ta boite aux lettres ? riposta Arthur dont la jovialité n’était pas prête à s’effacer devant mon amertume. Je n’imagine pas que ce qui vaut pour moi ne vaille pas pour toi.
Adeline avait dû entendre ou du moins reconstituer le sens des propos d’Arthur car, sans que je lui dise quoi que ce soit, elle sortit de la « boutique » pour vérifier la boite aux lettres. Elle en revint la mine défaite et les mains vides.
- Rien ici ! transmis-je à Arthur.
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MessageSujet: Re: Y a-t-il une vie après Fiona Toussaint ? [Fiona 6 - terminé]   Lun 1 Nov 2010 - 17:41

- Pas de défaitisme, Ludmilla !… Je ne vois pas Fiona écrire à l’équipe de Parfum Violette de manière globale. Si elle a pris le temps de m’écrire, elle a très bien pu en faire de même pour toi, pour Adeline, pour le professeur… Et rien ne dit que le courrier soit déjà passé à Toulouse…
- Il est dix heures, fis-je observer. On n’est pas très loin de la Poste centrale ici, on est généralement « livré » assez tôt.
Pourquoi est-ce que je m’évertuais à trouver toutes les bonnes – ou mauvaises – raisons de croire à un oubli de ta part ? Je ne saurais le dire. Si ce n’est peut-être que j’étais envieuse du bonheur en grande partie retrouvé d’Arthur. Un bonheur béat que je n’arrivais pas à m’expliquer d’ailleurs.
- Qu’écrit-elle exactement ? questionnai-je persuadé que l’explication se trouvait dans le détail du message.
Il hésita pendant deux secondes - que je pris pour une affreuse éternité - et puis il me débita, quasiment sans respirer, les huit phrases du message… Avec une gêne grandissante. A tel point que j’en vins à imaginer qu’il avait pu censurer quelque chose d’explicite sur vos relations intimes.
Imaginer. Analyser. Critiquer… Mon goût pour l’intellectualisation du monde trouva matière à s’exprimer dans ce bref espoir de retrouvailles futures.
- Pourquoi n’a-t-elle pas signé ?
- Pardon ? fit Arthur que ma question avait paru bousculer au milieu de rêves sucrés.
- Elle n’a pas fait de signature à la fin n’est-ce pas… Tu as dit « F.T. ».
- Je ne sais pas… Elle ne termine pas ces messages ainsi ?… C’est vrai qu’elle ne m’a jamais écrit… Je ne sais pas comment elle…
- Dieu sait que si j’avais à envoyer une telle proposition à Marc, je ne me contenterais pas d’un froid « L.R. » qui irait à l’encontre de la chaleur de mon message. Je dégainerai ma plus belle signature et je forcerai sur les arabesques, quitte à oser même un petit cœur quelque part. ET je ne me considère pas spécialement comme fleur bleue…
- Et tu en penses quoi ?…
Cette fois-ci, Arthur avait terminé sa dégringolade et venait de me rejoindre sur le plancher des vaches des réalistes. Plus de guimauve dans le ton de ses propos mais le phrasé distancié et précis du journaliste de radio.
- Que j’aimerais être certaine que ce message vient de Fiona… Et d’abord savoir de quand il date.
- Je ne le sais pas, avoua Arthur. C’est la raison pour laquelle j’espère bien qu’une autre carte t’attend dans ta boite aux lettres ? Sur la mienne c’est illisible.
- Illisible ?! Comment c’est curieux !
- C’est son écriture, protesta Arthur qui sentait bien que j’étais en train de le dépouiller de ses espoirs.
- Si c’est son écriture, ce ne sont peut-être pas ses mots. Et ces simples initiales plutôt qu’un prénom sont peut-être bien un subtil moyen, bien dans sa façon, de nous prévenir que tout ce qui précède c’est du flan…
- C’est peut-être aussi un moyen d’être discrète, me rétorqua Arthur qui ne paraissait pas décidé à abdiquer.
- Quand on veut être discret, on n’envoie pas une carte postale, Arthur !
- On ne vend peut-être pas d’enveloppes à l’aéroport international du Caire…
Cela devenait un concours de suppositions biaisées par la volonté de chacun de nous d’avoir raison. Tant que je n’avais pas un moyen de préciser la date et e lieu précis de l’envoi, tant que je n’aurais pas vu de moi-même les mots tracés par la supposée Fiona sur la carte, je me réservais le droit d’être pessimiste.
- Nous en saurons plus si je trouve quelque chose dans ma boite aux lettres, tranchai-je. D’ici là, je reste circonspecte.
- Préviens-moi si tu reçois quelque chose, demanda Arthur… Là, je vais commencer à jeter un œil rapide à la presse avant de partir travailler à la radio.
- Cela va de soi… Tu seras le premier à savoir. Je t’enverrai un sms pour ne pas risquer de t’interrompre pendant ta conférence de rédaction… Pour l’heure, on doit en terminer avec une épineuse question stratégique à la boutique… Ensuite, je repasserai par la maison avant d’aller travailler avec Robert Loupiac. Cela fait un détour mais j’espère que cela en vaudra la peine.
- Je l’espère pour nous… Et si elle n’avait pas signé « F.T » je crois que j’en serais encore plus convaincu.
Adeline me pressa par plusieurs regards appuyés de lui faire un compte-rendu de la situation. Pouvais-je lui retranscrire les mots écrits sur la carte ? Non. D’une bouche à deux oreilles, on lançait si facilement des rumeurs. Non pas que je prisse Adeline pour une vilaine commère, simplement je ne me sentais pas de révéler le contenu d’un message qui ne m’était même pas adressé à l’origine.
- On arrête pour ce matin, décrétai-je en commençant à ranger mes stylos dans ma petite trousse transparente.
Ce n’était pas du tout ce que la jeune étudiante espérait. Elle protesta dans l’optique, appropriée, de la subordonnée incrédule.
- Mais le choix de la grille tarifaire ?!… Je dois donner ce soir la réponse à l’imprimeur…
- La réponse ? On va la trouver j’espère dans nos boites aux lettres respectives. S’il s’y trouve une carte postale de Fiona, cela voudra dire qu’elle ne nous a pas rayé de ce passé qu’elle veut supprimer de sa mémoire… Et si tel est le cas, c’est qu’elle nous reviendra forcément un jour ou l’autre… Et alors, crois-moi, elle nous fera reproche de ne pas avoir choisi le tarif le plus juste…
- Et si elle n’a pas écrit ?…
Je n’avais pas envie de répondre, pas envie d’envisager une telle option.
J’ai posé ma main sur l’épaule d’Adeline.
- On rentre chacune dans notre chacunière, ordonnai-je, et on guette le passage du facteur... Et quoi qu’il survienne, on se tient au courant sans délai.
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MessageSujet: Re: Y a-t-il une vie après Fiona Toussaint ? [Fiona 6 - terminé]   Lun 1 Nov 2010 - 20:21

LUNDI 1er FEVRIER
Cahier d’Adeline Clément

Quelque part, ça a été la revanche de l’étudiante sur la prof d’université. Alors que Ludmilla roucoulait avec son Marc si antipathique en banlieue toulousaine, la jeunette que j’étais disposait d’un appartement étudiant près des Amidonniers. Un court trajet en Vél’ô Toulouse, notre Velib local, m’amena en dix petites minutes de la rue Sainte-Ursule jusqu’à l’immeuble massif et coloré qui dominait la Garonne côté Saint-Cyprien.
Je me fis la réflexion chemin faisant qu’en étant restée comme l’année dernière en résidence à la cité U de Chapou, j’aurais aisément divisé le temps de parcours par deux… Mais, dans la cité U, j’avais « payé » (moins) cher pour le savoir, il était impossible de travailler à cause du bruit, il était impossible de faire fonctionner en même temps l’ordinateur et le four micro-ondes… et la boite aux lettres était éventrée assez régulièrement par des pilleurs avides de récupérer d’éventuels chèques ou valeurs envoyées par la famille. Au moins, allée Charles Malpel, étais-je bien assurée de trouver l’éventuelle carte postale de celle qui restait à la fois ma patronne et ma prof, bien sagement posée au fond de ma boite. Je savais pour l’avoir souvent croisé en partant à 9h20 pour la fac du Mirail que le facteur arrivait dans notre secteur en milieu de matinée. A dix heures et quart, il y avait de fortes chances qu’il ait déjà déposé sa potentielle contribution à l’édification des amis et relations de Fiona Toussaint.
Je tremblais un peu en approchant la clé de la petite porte en métal gris-bleu. Ludmilla avait quelque part lié le destin de quelques centaines d’étudiants désargentés à la réception de cette carte postale. En lançant ma main à l’intérieur de la boite, je détournai les yeux craignant d’être tout de suite déçue. Sous mes doigts, je reconnus la texture particulière de l’enveloppe qui véhiculait ma quittance de loyer en même temps qu’elle me réclamait le versement suivant. 1er février, le proprio ne perdait pas de temps pour réclamer son chèque. En glissant le pouce pour me saisir par le dessous de ladite enveloppe blanche et lisse comme un miroir, mon ongle – le seul que je n’avais pas encore trop attaqué avec ma dentition d’angoissée chronique – s’enficha dans une lamelle cartonnée.
Une carte postale !
N’ayant aucun ami pouvant se permettre de voyager à cette période de l’année – et encore moins capable de penser à me le signaler de la sorte – mon cœur s’emballa à la promesse que j’allais annoncer une excellente nouvelle à Ludmilla. Je crois même, à ma grande honte, que je me suis fait la réflexion stupide que cela me vaudrait peut-être un ou deux points de plus à ma note de fin de semestre.
J’ai fourré dans mon sac l’enveloppe blanche du propriétaire et, en tremblant, j’ai enfin osé jeter mon premier regard sur le rectangle cartonné. Le hasard –mais peut-on parler de hasard quand les deux côtés d’une carte postale ont des textures si différentes ? – voulut que la face avec la photographie se présentât d’abord à moi. Une carte postale tristement banale qui voulait montrer tout et finissait par ne rien montrer du tout. Plusieurs paysages étaient disposés de part et d’autre d’une image centrale représentant des bateaux sur le Nil à la nuit tombante. Autour, tous les incontournables, du Sphinx aux Pyramides, de Louqsor orpheline de son second obélisque aux statues d’Abou-Simbel déplacées lors de la construction d’Assouan. Si par hasard il se trouvait parmi les connaissances de l’expéditeur un ignare chronique, la mention sommitale du mot Egypte (dépourvu du « e » terminal, langue anglaise oblige) était de nature à l’aider à identifier l’origine de l’envoi. Cette rapide description m’amena à penser que soit le choix de cartes postales disponible était réduit, soit vous étiez allée au plus pressé. Franchement – et j’ai de la peine à vous le dire – ça craignait quand même un max !
D’un mouvement sec du poignet, j’ai fait disparaître l’horrible patchwork photographique pour retrouver votre écriture - toujours aussi nette - sur l’envers de la carte.
« Ma chère Adeline, Je ne doute pas que tu seras au courant de ma « disparition » volontaire lorsque cette carte arrivera jusqu’à toi. J’ai trouvé en toi beaucoup de qualités – ne serait-ce que ta manière de porter avec distinction des bas noirs sous une robe rouge – et je t’ordonne de continuer à les développer. Je te confie à la bonne garde de Ludmilla qui, je le sais, se conduira avec toi comme je l’aurais fait. Je ne désespère pas que nos routes se croisent à nouveau. F.T. »
Sacrée « vous » ! Trouver le moyen de vous moquer gentiment de moi et de me faire rire tout en me disant que nous ne nous reverrions peut-être jamais. C’était très fort.
Je ne confierai qu’à ce cahier muet que quelques larmes ont goutté sur le masque d’or de Toutankhamon.
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MessageSujet: Re: Y a-t-il une vie après Fiona Toussaint ? [Fiona 6 - terminé]   Lun 1 Nov 2010 - 22:51

LUNDI 1er FEVRIER
Cahier de Ludmilla Roger

Les initiales « F.T. » et l’odeur de tabac trouvée hier soir dans l’appartement du quai de Tounis formaient un ensemble dérangeant pour mon esprit si épris de logique. Que tu aies voulu partir pour rompre avec une partie douloureuse de ton existence, à la limite – mais alors vraiment à la limite ! – je pouvais le comprendre. Mais que tu permettes à un fumeur maladroit de s’inviter chez toi en ton absence et que tu abaisses l’étendard de ta gloire naissante en refusant d’assumer ton patronyme, cela ne cadrait pas. A ce que je sache, je suis la seule personne – hormis toi… et Arthur depuis hier – à posséder les clés de cet appartement (dont je serais curieuse de savoir par qui et comment son loyer sera payé à l’avenir). A moins d’imaginer que tu as décidé de faire un dernier saut à la maison et que, prise d’une sorte de bouffée d’angoisse, tu t’en sois grillée une pour te passer les nerfs… Mais dans ces conditions, en moderne Cortès, que n’as-tu pas brûlé aussi ton nom sur la porte avant de partir ?
Voilà en gros où j’en étais rendue de mes réflexions lorsque le portable a fait résonner « Petite fleur », la mélodie jazz que j’ai affectée au numéro d’Adeline.
- Oui, Adeline…
- Vous conduisez là ?
Coup de téléphone empressé. Vouvoiement. Tension nerveuse apparente. Tous les signes avant-coureurs d’une information importante qui s’annonçait.
- Forcément…
- Eh bien garez… gare-toi… Je te rappelle.
En plus, elle le jouait façon mystère et suspens. La suite après une coupure de pub… J’ai donc trouvé une place sur le parking d’un supermarché et j’ai bipé pour signaler que j’étais prête à recevoir l’info.
- J’ai reçu une carte de Fiona, m’annonça Adeline lorsque je pris son nouvel appel.
- Figure-toi que je m’en doutais un peu… Et que je me demande du coup pourquoi je suis garée alors que je devrais être en train de foncer, pied au plancher, pour relever mon courrier.
- Parce que je vais te faire un peu de lecture… J’ai cru comprendre tout à l’heure quand tu discutais avec Arthur Maurel que tu trouvais la signature bizarre.
- C’est du « F.T. » cette fois-ci encore ?
- Exactement… « F.T. » comme Fiona Toussaint… ou autre chose… Fin de tout ? Foutus transports ? Fini de travailler ?
- Je vois que nos esprits arpentent les mêmes pâturages. Quoi d’autre ?
- Une phrase sur mes bas noirs et ma robe rouge de l’époque, pas si lointaine, où je travaillais pour un hippopotame du centre-ville… C’est rigolo de me rappeler ça mais cela n’a pas beaucoup de sens avec le reste. A moins que ce soit un moyen de me dire « souviens-toi où tu étais quand je t’ai pêchée »…
- Ce qui n’est pas dans la manière de faire et de dire les choses de Fiona. Elle avait plutôt l’impression de t’avoir fait perdre bêtement un boulot pour te mettre à vendre du vent.
- C’est bien ce qu’elle m’a dit le soir où elle m’a invitée à manger. : « Je n’aurais jamais dû t’embringuer dans Parfum Violette avant d’être certaine que cela fonctionne… ».
- Autre chose ?
- Un goût de chiottes pour le choix de la carte…
- Tous les goûts sont dans la nature, ma petite… Mais, une historienne avertie ne devrait-elle pas s’intéresser en premier lieu à la date du document plutôt que de se livrer à des considérations esthétisantes ?
- C’est que le tampon a mal encré et que la datation demeure incertaine, madame…
- Et zut ! m’écriai-je en cognant violemment sur mon volant.
- Il reste encore de l’espoir, fit Adeline… On peut imaginer que le professeur Loupiac en aura reçu une et qu’il y en a une qui t’attend chez toi…
- Un espoir ? Quel espoir ?… C’est une machine qui oblitère le courrier… Même en Egypte… Si les chiffres du milieu sont illisibles sur la carte d’Arthur et sur la tienne, c’est qu’ils seront illisibles pour toutes les lettres envoyées le même jour. Quand Fiona était-elle au Caire ? On ne le saura peut-être jamais…
- Je crains de faire ma bête, Ludmilla… Mais, dis-moi, quelle importance cette date peut-elle avoir ? Que le courrier soit parti lundi dernier ou avant-hier, qu’est-ce que cela change au fait que Fiona n’est plus là et qu’elle nous a écrit depuis Le Caire ?
- Cela change…
Allais-je lui confier qu’un départ plus tardif qu’indiqué dans le mail initial te laissait le temps de repasser par Toulouse, d’aller à ton appartement et d’y transporter une odeur de tabac peut-être accrochée à tes vêtements ? Qu’accessoirement cela permettait de te faire établir, par une nouvelle banque, une carte de crédit internationale ?
Je n’étais pas Sherlock Holmes pour énoncer en public de telles intuitions. Plus tard peut-être… Si ces petits points de détail étranges se confirmaient.
- Cela change forcément la date à laquelle elle va s’installer dans sa destination définitive... Ciao ! Je fonce à la maison et je te tiens au courant.
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MessageSujet: Re: Y a-t-il une vie après Fiona Toussaint ? [Fiona 6 - terminé]   Lun 1 Nov 2010 - 23:18

LUNDI 1er FEVRIER
Cahier de Liane Faupin

Je me sens l’âme meurtrie aujourd’hui. Sans doute trop de travail, trop de notes de lecture, trop de fiches bristol accumulées depuis une semaine. Il pleut encore et toujours et ma fenêtre est grise comme si la nuit avait décidé de stagner à tout jamais au-dessus de moi. Alors je repense aux amis de Fiona qui, chaque jour, inlassablement, écrivent sur un petit cahier bleu. J’y pense d’autant plus que Ludmilla Roger m’a envoyé ce matin, à la pique du jour, un e-mail un peu sec auquel ces mots seront une réponse.
Je n’ai pas de cahier bleu car ici, dans ma campagne, je suis un peu à l’écart de tout. Tant pis ! Un bloc à la couverture orangé fera tout aussi bien l’affaire. De toutes les manières, je crains de ne pas avoir grand chose à dire si ce n’est que je ne compte pas « m’endormir » sur les bouquins qu’on m’a prêtés. J’en ai déjà mis deux en fiches et le troisième, le Theis, bien que plus fourni, ne devrait pas tarder à y passer. Promis ! Lorsque j’en aurais terminé, ils prendront le chemin du retour vers l’appartement toulousain de Fiona. Si j’ai bien compris, une certaine bibliothèque les attend.
Nouveau coup d’œil sur le dehors. Rien de changé ! Toujours une pluie grise et glacée qui tend un rideau opaque à l’extérieur de la vitre. Si je n’avais pas reçu une certaine éducation, je dirais que je m’emmerde royalement. C’est peut-être plus simple que ça. Je crois que l’absence de celui que j’aime me déprime…
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MessageSujet: Re: Y a-t-il une vie après Fiona Toussaint ? [Fiona 6 - terminé]   Mar 2 Nov 2010 - 0:51

LUNDI 1er FEVRIER
Cahier de Ludmilla Roger

Marc étant au boulot, il n’y avait aucun risque qu’il ait intercepté avant moi la carte postale qui, si le préposé avait bien fait son boulot – c’est-à-dire n’avait pas déposé le courrier chez la voisine – devait m’attendre à la boite.
Déception terrible ! Il n’y avait rien…
Je crois bien que j’ai refermé la petite porte, tourné la clé dans un sens puis dans l’autre avant d’ouvrir et de vérifier à nouveau. Ce qu’il m’est passé par la tête à ce moment-là, je peux l’écrire mais je n’aurais pas pu te le dire en face. Parce que, en face de toi, je n’aurais jamais pu parler de « trahison », d’ « abandon », de « déception ». J’aurais été la première à ne pas y croire.
Il n’y avait plus qu’à aller trouver la voisine et lui demander si, par le plus grand des hasards, le facteur n’avait pas mélangé son courrier avec le nôtre. Mission délicate tant j’avais l’impression d’être encore une inconnue dans le quartier. Une sorte d’élément rapporté. Le voisinage avait dû voir passer quelques femmes chez Marc avant moi – mon amant étant le premier à reconnaître qu’il y avait eu du « trafic » à un certain moment de sa vie – et à force cesser de chercher à identifier l’élément féminin de la maison. Avec eux, c’était « bonjour, bonsoir » et cela n’allait pas plus loin.
Un index agité de tremblements compulsifs enfonça le bouton de la sonnette du 22. Aussitôt, la voisine, une espèce de grande liane aux cheveux filasses jaillit derrière la fenêtre de la cuisine qui s’ouvrit à grand bruit. Soit elle préparait le repas, soit elle guettait… Cela me donna de l’espoir.
- Bonjour… Excusez-moi de vous déranger… Je voulais savoir si, par inadvertance, le facteur n’aurait pas déposé chez vous du courrier pour nous…
- Une carte postale postée en Egypte ?
Je crois que s’il n’y avait eu entre nous une clôture en béton et PVC, huit mètres de gazon mal taillé et un mur au crépis rosé je me serais précipitée pour l’embrasser.
- C’est cela…
- Vous êtes Ludmilla Roger ?
- Je confirme…
Ca prenait une tournure d’interrogatoire. Elle allait bientôt me demander de produire une pièce d’identité avant de me remettre la carte.
- Entrez !… Entrez !…
Puisqu’il le fallait… Tu n’imagines pas tout ce que j’étais prête à faire pour toi !
La cuisine, aménagée en rustique premier prix, embaumait une préparation riche en herbes odorantes. Un tablier noué autour du cou, la voisine me parut régner sur un royaume de marmites, de poêlons et de couteaux bien aiguisés (une collection de ces armes à trancher et désosser s’alignait près de la plaque de cuisson). La « cuisinière du samedi » que j’étais en prit pour son grade. Il ne suffisait pas d’avoir une grande cuisine high-tech pour réussir de bons petits plats.
Je fis bien évidemment une remarque – comment l’éviter sans friser l’inconséquence ? - sur les senteurs qui s’élevaient des casseroles posées sur le gaz.
- C’est mon ragoût de légumes provençal… Vous voulez goûter ?
Je n’avais pas ton habilité pour esquiver ce genre de situation. J’eus donc droit à une cuillérée prélevée directement dans le faitout.
- C’est très simple, m’expliqua la voisine sans s’attarder sur mon hurlement contenu lorsque mes lèvres entrèrent en contact avec la cuillère brûlante. 3 courgettes, 4 carottes, 1 oignon, du beurre, du thym et des herbes de Provence moulues, du sel et du poivre.
- Un ragoût sans viande ? dis-je tout en soufflant pour essayer de chasser le feu sur ma langue.
- Je la fais à part… Des morceaux de veau que je fais revenir dans une poêle jusqu’à ce qu’ils soient dorés. Je flambe au cognac puis je déglace le jus de viande avec 2 verres d’eau et de l’huile d’olive. J’ajoute des oignons coupés en 4 et je fais chauffer à feu moyen… Je verse cette sauce sur la viande avant de servir. Le doré craquant du veau, l’odorant bouquet du ragoût provençal et la sauce qui imbibe le tout. C’est pas mal…
- Je crois que je pourrais prendre des leçons auprès de vous… Quand j’arrive à faire cuire un oeur, Marc crie au miracle !
Malheur ! Que n’avais-je pas dit ?…
- Vous voulez rester manger à midi ?
Comment battre en retraite ? Je n’allais pas la menacer d’un de ses immenses couteaux à viande pour qu’elle me donne la carte postale et qu’elle me laisse partir.
- Je suis désolée… Mais je dois repartir, j’ai un rendez-vous à midi et j’étais repassée à la maison voir si un courrier important que j’attendais n’avait pas été apporté à la boite…
- La carte postale d’Egypte ?…
- Tout à fait…
J’ai senti qu’elle se demandait si je n’étais pas en train de me foutre d’elle. Une carte postale, un courrier important ?… Surtout que j’étais bien assurée qu’elle avait forcément lu ce qui était écrit. L’idée que l’apprentie candidate à un Diner presque parfait sache déjà ce que tu avais voulu me dire me mettait dans une rogne que j’avais de plus en plus de mal à contenir…
- C’est de votre sœur ?
Ce fut la question de trop. J’imitais sans trop me forcer une éruption volcanique.
- Bon, écoutez ! Cela ne vous regarde pas !… Vous me donnez cette carte postale et vous retournez à votre fourneau… Et comme ça chacun fait ce qu’il a à faire !…
Elle en est restée comme deux ronds de flan, m’a tendu la carte sans piper mot et m’a laissée m’envoler.
J’adressais en sortant une prière muette à sainte Marguerite, patronne des mamans, pour qu’elle arrondisse au plus vite mon ventre. C’était la seule solution pour qu’on déménage sans tarder. Comment vivre avec chaque jour la honte de mon attitude grossière et emportée envers la voisine ?
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MessageSujet: Re: Y a-t-il une vie après Fiona Toussaint ? [Fiona 6 - terminé]   Mar 2 Nov 2010 - 9:53

Du coup, j’ai attendu d’avoir regagné la voiture et mis de la distance avec le lotissement pour considérer ton envoi avec toute l’attention nécessaire. Le parking du supermarché me servit à nouveau de refuge commode.
Il me fallut bien reconnaître de prime abord qu’Adeline avait raison à propos du manque d’intérêt de l’image sur la partie glacée de la carte postale. Des felouques à la nuit tombante et les lieux les plus touristiques de l’Egypte éparpillés en petits rectangles « façon puzzle », voilà qui était tristement banal. D’un autre côté, tu ne m’avais jamais envoyé de cartes postales. Filles de la technologie, nous en étions aux sms et aux mms. Quand un paysage suscitait en nous un trop plein d’émotion, un cliché et un envoi suffisaient à le faire partager presque instantanément à l’autre. Comment juger dès lors de ta sensibilité et de la pertinence de tes choix face à un étal de cartes pour touriste lambda ?
Dans ma dérive paranoïaque qui voulait que derrière chaque fait lié à ta disparition pointe un mystère, j’aimais assez l’idée que tu n’avais même pas fait attention aux cartes que tu prenais sur le présentoir. Mais ce désintérêt assumé était censé nous dire quoi ?
Tous ces prolégomènes retardaient le moment de te lire. Un retardement qui n’avait pas que des mauvais côtés. J’avais l’impression de me retrouver enfant faisant durer le plaisir devant un gros cadeau d’anniversaire enrubanné. Dans ces moments-là, on a dans la tête tous les imaginaires possibles, on peut croire au miracle ultime, à l’attention inattendue, à l’excellente surprise. Cette montée en tension, on a beau savoir qu’on la paiera ensuite par une dégringolade brutale, par une déception d’une banalité affligeante, on prend plaisir à la laisser s’installer quand même. Jusqu’à un paroxysme. Celui où on commence à dénouer le gros nœud du paquet-cadeau. Celui où j’ai tourné la carte postale pour pouvoir lire ton message.
« Ma très chère petite sœur, Du Caire je n’ai aperçu depuis l’avion qu’un magma gris noyé dans une poussière ocre. Cela me fait bizarre de fouler pour la première fois la terre d’Afrique. Ce n’est qu’une étape avant l’Asie. De là-bas, je ne manquerai pas de te recontacter par le même biais. Je ne peux pas me passer de toi et tu voyages avec moi sans que tu le saches. Je t’embrasse (surtout là où tu aimes). F.T. »
Après cette lecture (et une relecture dans la foulée), un tourbillon de doutes m’a emporté pour de longues minutes. Je comprenais mieux rétrospectivement les réactions mitigées d’Arthur et d’Adeline. On pouvait trouver tout et son contraire à travers ces quelques phrases. La confirmation de la fuite annoncée : « Ce n’est qu’une étape avant l’Asie ». L’espoir de retrouvailles : « Je ne peux pas me passer de toi » ; « Je ne manquerai pas de te recontacter ». L’incongru à travers cette description aussi vague qu’aérienne de la ville du Caire. Le franchement incompréhensible, cet entre-parenthèses qui laissait entendre que nos relations avaient pu être… Oh ! Et en plus la voisine l’avait lu ! « Surtout là où tu aimes » ? Avais-je poussé ma confiance en toi jusqu’à t’avouer le trouble qui me submergeait lorsqu’un homme posait ses lèvres sur… ? Non ! Impossible ! Même là, je n’ose pas l’avouer…
Quel sens tout cela pouvait-il avoir ? Fallait-il que je loue ton amitié sincère et durable ? Ou que je m’inquiète pour ta santé mentale ?
J’ai essayé de me concentrer à nouveau sur mon « enquête ». Comme je le craignais, le jour d’envoi était impossible à déchiffrer. Il se perdait chez moi aussi dans l’ombre de la coiffe du pharaon. Pour le reste, c’était bien l’écriture de Fiona Toussaint mais ce n’était ni sa signature, ni son style, ni même sa façon d’être et de se comporter. La personne qui avait écrit cette carte postale pouvait difficilement être la Fiona Toussaint que j’avais connue…
Il fallait que j’explique cela à Arthur.
Et pas par un vague sms.
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MessageSujet: Re: Y a-t-il une vie après Fiona Toussaint ? [Fiona 6 - terminé]   Mar 2 Nov 2010 - 15:47

LUNDI 1er FEVRIER
Cahier d’Arthur Maurel

Comment se concentrer sur la marche du monde quand on est confronté à des problèmes plus immédiats et plus intimes ? C’était là le lot quotidien du journaliste, une forme de routine dans laquelle mon esprit acceptait de se fondre chaque jour pour un temps limité. Aujourd’hui pourtant, les circonstances faisaient que l’immersion dans l’actualité était plus difficile. Il y avait d’abord la réception de ta carte et ses conséquences : j’attendais avec impatience le message de Ludmilla. Ensuite, rien parmi les nouvelles ne suscitait véritablement l’enthousiasme et l’excitation. Conflit social à la raffinerie de Dunkerque, victoire des handballeurs français au championnat d’Europe, proche ouverture du procès du crash du Concorde sur Gonesse seraient, sauf évidemment bouleversement en cours d’après-midi, les trois points d’ancrage du journal du soir dont nous avions jeté les premières grandes lignes en conférence de rédaction. J’étais allé, à l’heure de la pause déjeuner, m’enfermer dans mon bureau avec le bouquin de Maximilien Lagault. Il me restait encore deux cent pages à lire… Et pas d’une simple lecture cursive. J’avais à portée de main un bloc et un stylo pour prendre en note les points qui pourraient faire l’objet d’une question, d’une demande de précision ou, plus simplement, dont la teneur pouvait surprendre les auditeurs. Tout était donc réuni pour que mon esprit vagabonde vers toi, vers cet aéroport du Caire qui avait eu l’aimable privilège de te voir passer alors que tu étais déjà invisible à nos yeux depuis plus d’une semaine. Les vidéos de surveillance pouvaient fort bien avoir enregistré ta présence, les ordinateurs garder en mémoire la destination que tu avais prise, le nom de la compagnie et plein d’autres détails du même acabit. Toutes ces informations, les seules qui comptaient et que je n’avais pas, un bon journaliste n’avait pas à attendre qu’elles tombent des téléscripteurs des agences mais devait aller les récupérer sur le terrain. Alors qu’est-ce que je foutais là dans mon fauteuil en cuir ?!
Le téléphone sonna tandis que je commençais à échafauder sur mon bloc les grandes lignes d’un plan d’action ambitieux.
- Arthur, c’est Ludmilla… Elle m’a écrit…
- A la bonne heure !…
- Et elle a écrit à Adeline aussi… Et peut-être au professeur aussi, je n’ai pas l’info mais je dois le rencontrer cette après-midi…
- Une précision sur la date ? demandai-je aussitôt.
- Le jour d’expédition n’est pas lisible. Chez Adeline comme chez moi. C’est un problème sur la machine, il faut l’accepter. On n’aura pas cette info.
Accepter de ne pas savoir, c’était précisément ce à quoi je me refusais.
- J’irai donc l’apprendre sur place, affirmai-je en soulignant nerveusement sur mon bloc le mot « Quand » dans la liste de mes interrogations essentielles.
- Cela ne servira à rien… J’ai l’intuition que c’est une impasse… Arthur, on ne rompt pas avec les gens pour leur envoyer le lendemain ou deux ou trois jours plus tard une rafale de cartes postales pour donner des nouvelles. Ce n’est pas cohérent et Fiona est tout sauf incohérente.
- Sur ce dernier point je suis d’accord… Mais pour le reste, on ne va pas nier qu’elle soit passée par Le Caire Airport. Elle y a forcément laissé des traces. Remonter ce genre de piste ce n’est pas très compliqué quand on a pendant des années négocié des informations avec des guérilleros ou des flics corrompus. En y mettant le prix – et je suis prêt à le mettre – on obtient tout ce qu’on veut savoir…
- Je comprends les motivations mais, si je peux me permettre cette critique, je désapprouve la méthode. C’est du temps – et de l’argent – perdu pour rien. Moi je dis posons-nous et réfléchissons un peu.
- Immobilisme ! rétorquai-je.
- Il vaut mieux rester immobile plutôt que courir derrière des voitures arrêtés, jugea Ludmilla de manière sentencieuse.
Il était clair que notre approche et nos méthodes ne pouvaient se concilier. Autant l’admettre. Le futur se chargerait bien de nous dire lesquelles avaient été les plus efficaces.
- Je parlais de cohérence, poursuivit Ludmilla. Je n’en vois nulle part. Fiona commence par me parler de son arrivée en avion au Caire. Pourquoi ? Quel intérêt ?…
- Te prouver qu’elle a surmonté ses appréhensions et pris l’avion.
- Voire… Ou c’est un moyen détourné, jouant sur la connaissance que j’ai d’elle, de me dire : « tout ce qui suit c’est du flan »…
- Immobilisme et masturbation méningée, fis-je en essayant de donner à cette conclusion un tour résolument drolatique pour ne pas vexer Ludmilla.
- Un intellectuel assis va toujours moins loin que deux cons qui marchent, je sais… Franchement, Arthur, ne te lance pas dans je ne sais quelle folie. Je le redis… C’est du flan, c’est du vent… On ne sait pas quand Fiona – pardon « F.T. » - était en Egypte… Je ne suis même pas sûre qu’elle y soit passée.
- Des preuves ?…
- Non, pas de preuves…
Maintenant que je la connaissais en chair et en os, j’eus l’impression de la voir secouer la tête devant moi et éparpiller sa longue chevelure sur ses épaules. Elle devait avoir la moue boudeuse d’une enfant surprise le doigt dans le pot de confiture.
- Pas de preuves, répéta-t-elle, mais un faisceau suffisant de faits troublants. Tu ne vas pas me dire que tu n’as pas de rigueur dans ton boulot, bordel !… Tu as enquêté sur Fiona pendant des années, je suppose que tu as quand même assez de flair pour savoir quand quelque chose sent mauvais. Enlève les œillères de l’amour et demande-toi si Fiona n’a pas pu aller en Egypte autrement qu’en avion.
- Je ne vois pas l’intérêt de cette question… Nous savons qu’elle y est passée, cela suffit.
- Alors demande-toi pourquoi elle évoque systématiquement l’envie, voire la certitude, de nous revoir…
- Parce qu’on fait partie de sa vie et que peut-être on lui manque déjà…
- Pourquoi elle parle à Adeline de ses bas noirs et à moi de… de choses intimes… qu’elle ne peut pas connaître…
- Parce que…
Je me suis arrêté avant de lâcher une abomination. Je savais que tu n’avais aucun appétit particulier pour les personnes de ton sexe ; d’abord parce que cela serait ressorti d’une manière ou d’une autre pendant que j’enquêtais sur toi, ensuite parce que l’organisation Lecerteaux aurait su user de ce moyen de pression. D’un autre côté, je ne pouvais pas laisser Ludmilla poursuivre son pilonnage en règle contre les projets que je commençais à peine à construire.
- Tu n’as rien à dire ? fit-elle.
- Elle voulait montrer qu’elle se souvenait de détails bien précis sur chacun de nous.
Est-ce que seulement j’y croyais ?
- Et elle signe toujours « F.T. »
- Besoin de confidentialité…
- Il vaut mieux quand on laisse traîner des mots laissant à penser qu’on a des relations incestueuses avec une petite sœur… Arthur, bon sang ! Elle écrit que je voyage avec elle sans que je le sache… Ca veut dire quoi ?
- Qu’elle a emporté quelque chose qui est à toi. Un livre peut-être…
- C’est là qu’on voit ce qui sépare un historien d’un journaliste. Le second se contente de la première vérité qu’il croise.
Elle me raccrocha au nez après m’avoir envoyé son paquet. C’était peut-être le meilleur moyen de me forcer à y réfléchir.
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MessageSujet: Re: Y a-t-il une vie après Fiona Toussaint ? [Fiona 6 - terminé]   Mar 2 Nov 2010 - 20:16

LUNDI 1er FEVRIER
Cahier de Ludmilla Roger

Il n’y a pas pire aveugle que celui qui ne veut pas voir. Ben voilà, cela correspondait parfaitement à l’attitude stupide de « ton » Arthur. Il avait tout fait pour essayer d’opposer à mes doutes des explications à deux balles. A croire qu’une fréquentation assidue du monde politique amène à développer certaines dispositions naturelles de l’homme pour la langue de bois.
Du coup, me rendant compte qu’il n’y avait plus de possibilité de dialogue entre nous, j’avais préféré éviter de perdre mon temps et j’avais coupé violemment la communication. En plus, je n’avais pas mangé (et le ragoût de la voisine me restait, à sa manière, sur l’estomac) et j’avais rendez-vous à 13h30 à la fac pour deux grosses heures de travail avec le professeur Loupiac. Comme je ne sais plus combien de millions de Français, j’en fus quitte pour un sandwich avalé à toute blinde. Pour la gastronomie, il me faudrait sans doute attendre le prochain week-end en espérant une invitation au restaurant de mon cher et triste amour.
En dépit de mon humeur massacrante et du faible temps disponible pour mon « repas », j’étais déjà installée dans le bureau à la fac quand le professeur arriva. Son léger retard m’apparut comme quelque chose de calculé car il ne me laissa même pas le temps de le saluer et brandit par la porte ouverte une carte postale.
- Des nouvelles ! s’écria-t-il avec une sorte de candeur qui me fit réfléchir beaucoup sur les hommes.
Et puis il approcha la carte postale de mes yeux. Je ne pus réprimer un cri de surprise. C’était rigoureusement la même que la mienne. Les mêmes voiles sur le Nil, le même Sphinx en bas à gauche, la même couleur ocre sous un ciel bleu. Cette révélation – car je ne doutais pas qu’Adeline ait, elle aussi, reçu la même – venait rajouter du grain à moudre à mon moulin à pensées.
- Je peux lire ? demandai-je.
- Je n’ai rien à vous cacher, répondit Robert Loupiac en abandonnant la carte postale entre mes mains.
Je fis la lecture à haute voix. D’abord pour mieux m’imprégner du texte mais aussi pour lorgner du coin de l’œil d’éventuelles réactions du professeur à certains passages.
« Cher maître et ami, Sur le chemin de l’Asie, je fais une pause en Egypte qui n’avait pour moi jusqu’alors que la seule consistance des cours dispensés par vos collègues d’amphi. Ces quelques mots pour vous dire que je souhaite plus que tout que nos liens ne se distendent pas. Peut-être pourriez-vous utiliser un peu du temps de votre prochaine retraite pour me venir visiter et assister dans mes nouvelles tâches ? Je vous embrasse filialement. F.T. »
- Qu’en pensez-vous ?
Lui aussi, avait scruté mes réactions à la lecture de la carte et, ayant constaté qu’elles étaient nombreuses et souvent crispées, il attendait un compte-rendu précis de celles-ci.
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MessageSujet: Re: Y a-t-il une vie après Fiona Toussaint ? [Fiona 6 - terminé]   Mar 2 Nov 2010 - 20:16

- Professeur, dis-je après m’être bien assurée par une seconde lecture muette que j’avais bien en tête les différents éléments à développer, vous êtes la quatrième personne à recevoir une carte postale de Fiona. Peut-elle y en a-t-il d’autres mais outre Arthur, Adeline et moi, je vois mal à qui elle aurait pu écrire. Léopoldine Meyer, peut-être mais j’ai cru comprendre que leurs liens s’étaient distendus. Des collègues d’ici ? Je crois qu’elle les fréquentait peu… Peut-être cette Linda je ne sais plus quoi à qui j’ai rappelé de manière véhémente ce matin qu’elle ne devait pas considérer les manuels prêtés par Fiona comme un héritage ? Eventuellement, une autre collègue dont elle m’a parlé et que connaît également Marc…. Ah oui, comment pouvais-je l’avoir oublié ? Notre ami médecin à Charentilly.
- Maximum six ou sept personnes donc…
- Voilà… Première impression d’ensemble. Je ne sais pas dans quoi elle est allée se mettre encore mais j’ai de plus en plus de mal à croire à un départ volontaire.
- Vous vous fondez sur quels arguments pour dire cela ?
Je faillis sourire en repensant à la conversation musclée avec Arthur. Le professeur Loupiac ne voulait pas des preuves, lui. Des arguments lui suffisaient.
- Plein de petites choses relevées ici ou là et dont l’exposé serait fastidieux. Nous sommes au préalable tous d’accord pour avoir reconnu l’écriture de Fiona. Vous confirmez ?
- Même si j’ai longtemps cru qu’elle avait surtout une écriture en Arial 12, cette façon de former des lettres petites mais lisibles est proche de celle que je voyais sur ses fiches de dépouillement d’archives. Je confirme donc que c’est bien son écriture.
- Mais cela lui ressemble-t-il ?… Si on prend ce message, elle vous affecte trois « identités » : maître, ami et père. N’y en a-t-il pas une de trop ?
- Ami sans doute… Même si on peut légitimement considérer qu’après tant d’années de fréquentation, une telle relation peut avoir existé.
- Fiona maîtrise les mots. Elle n’en emploie pas un qu’elle n’ait auparavant soupesé dans de fines balances. L’ « ami » aurait une certaine tendance à déparer et à discréditer les deux autres. Etre ami avec son maître, n’est-ce pas abolir le respect qu’on peut avoir envers lui ?… Etre ami avec son père ?… Je vous laisse juger de l’incongruité de la situation…
- Poursuivez l’analyse… Cela vaut bien une séance d’exploration critique des sources de votre doctorat.
- La formule « pour me venir visiter et assister » fait partie de ces tournures d’ancien Français qu’elle aime – et que j’aime – laisser vivre dans ce qu’elle écrit. Une indice supplémentaire qu’elle tient vraiment le stylo mais… et quel « mais » !… « la seule consistance des cours dispensés par vos collègues d’amphi ». Il faut ne pas connaître Fiona pour imaginer qu’elle n’a que de vagues connaissances sur l’Egypte antique ou contemporaine. Certes, elle n’a pas la science d’un Nicolas Grimal pour l’Egypte pharaonique ou d’un Bernard Legras pour les périodes hellénistiques et romaines mais elle se débrouille entre les différentes dynasties impériales et peut causer sereinement de Mehmet Ali, Farouk ou Neguib…
- Je sais sa science, Ludmilla… Et la vôtre pareillement… A tel point que je me demande si le meilleur moyen d’être assuré d’une chose en Histoire n’est pas encore de vous passer un coup de fil à toutes deux plutôt que de s’enfoncer dans de lourdes et austères encyclopédies.
Je reçus le compliment aussi froidement que possible – d’autant que je le recevais pour deux – et inclinai doucement la tête pour remercier.
- Enfin, l’élément le plus déterminant car le plus nouveau, c’est la parfaite similitude entre nos cartes postales… Tenez, voici la mienne. Constatez vous-même… Je m’en vais d’ailleurs, si vous m’y autorisez, prendre le temps de vérifier quelque chose…
- Faites… Tout ce que vous dîtes m’intéresse au plus haut point et je saurais être sage en attendant d’être plus pleinement informé de vos conclusions.
Je posai la carte postale du professeur bien à plat sur une feuille de papier blanc, la photographiai avec mon téléphone portable et l’envoyai à Arthur et Adeline avec un petit mot demandant de confirmer si cela leur rappelait quelque chose. Peut-être qu’Arthur ferait sa mauvaise tête et ne répondrait pas. Mais si Adeline confirmait…
- La signature m’apparaît également un signal pour dire « ce n’est pas vraiment moi qui écrit », repris-je. Arthur y voit une volonté de confidentialité… Foutaises ! Quelqu’un qui ne veut pas se faire remarquer n’envoie pas de carte postale, surtout sans enveloppe.
- L’avocat du diable peut-il placer un mot pour vous piquer là où cela pourrait vous faire mal.
- Cela va sans dire.
- Que pensez-vous de l’allusion à ma retraite ?
- Vous la jugez peut-être indélicate ?…
- Reprenez la chronologie des faits s’il vous plait, Ludmilla.
- Vous avez proposé de prendre votre retraite afin de permettre à Fiona de briguer votre poste lorsque le grand méchant du Ministère, dont le nom m’échappe, lui a signifié que son poste serait occupé l’année prochaine par quelqu’un d’autre.
- Et ?…
Mes tempes se mirent à battre. Il y avait quelque chose que le professeur Loupiac avait retenu dans le message comme illogique et je ne l’avais pas remarqué.
- Et Fiona, ajoutai-je soudain libérée par la certitude d’avoir trouvé, n’est pas sensée savoir que vous avez mis à nouveau cette démission dans la balance pour moi. Sur ce qu’elle savait il y a disons une semaine, sa mise en retrait signifiait que vous alliez garder votre poste un an de plus.
- On peut considérer que vous avez bien maîtrisé le document, mademoiselle. Vous êtes reçue avec mention très bien et félicitations du – maigre – jury. Je suis comme vous, je ne crois plus à un départ froidement calculé et assumé de Fiona. Les silences et les outrances sont des choses que nous sommes habitués à relever dans notre étude critique de la documentation que le temps a bien voulu nous soumettre. Là, je crois que les faits sont établis…
Le portable posé sur le bureau s’illumina en lançant un signal caractéristique.
- Sms d’Adeline… « C’est la même que la mienne !!! ». Et de trois !… Quand vous savez que des amis, des amants s’inquiètent de votre sort… Quand vous vous doutez qu’ils vont mettre en commun leurs maigres informations… Est-ce que vous faites preuve d’une telle goujaterie ? Envoyer la même carte postale !… Cela ne peut être qu’un signe de plus.
- Et que pensez-vous que nous devions faire ? s’enquit le professeur Loupiac.
- Nous mettre à travailler sur ma thèse, professeur… Malheureusement, je crois que pour le moment il n’y a rien d’autre à faire.
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MessageSujet: Re: Y a-t-il une vie après Fiona Toussaint ? [Fiona 6 - terminé]   Mar 2 Nov 2010 - 22:33

LUNDI 1er FEVRIER
Cahier d’Arthur Maurel

Le bouquin de Maximilien Lagault se mit progressivement à peser une tonne. Ma lecture était polluée par les propos de Ludmilla. Pouvais-je douter de la bonne foi de cette fille et surtout de sa capacité à prendre de la hauteur pour embrasser d’un seul regard toute la situation ? Sûrement pas.
D’un autre côté, il fallait que je bouge. Attendre que les choses évoluent d’elles-mêmes, cela pouvait assurément convenir à ceux pour qui le temps est un complice habituel. Pour moi, il fallait rendre compte le plus vite possible. Ce qui ne signifiait pas forcément, comme Ludmilla l’avait sous-entendu lourdement, ne pas prendre un temps de réflexion minimal…
N’y tenant plus, j’ai posé l’ouvrage cardinalesque sur mon bureau en utilisant mon bloc-notes comme marque-pages et quitté la pièce.
La rédaction entrait peu à peu dans une période de léthargie. Ceux qui avaient bossé sur les infos de midi partaient manger au fur et à mesure que leurs interventions à l’antenne étaient terminées. Ceux qui allaient assurer les tranches de l’après-midi étaient déjà au taf dans leur coin. L’équipe du soir – dont j’étais – trainait encore à table, soit à la cantine de la station, soit dans les restos huppés du quartier. Choix opéré en fonction des salaires essentiellement.
- Dis, fis-je à la responsable des flashs de l’après-midi, si quelqu’un me demande, je suis à l’étage de la direction.
- Tu vas encore demander une augmentation ? rigola-t-elle.
- T’en fais pas, j’en profiterai pour glisser un mot sur toi… Tu la veux toujours ta semaine de vacances aux Seychelles en février ?
- Tu parles…
Quand on sait ce qu’il faut de rage, d’abnégation et de mépris des conditions de travail qu’on vous impose pour réussir à percer dans ce boulot, il y avait quelques justes compensations qu’un patron « social » se devait d’offrir à son personnel… Débauchée d’une petite radio de la bande FM, une des dernières « vraies » radios de ce type, Marine Angoulvent avait commencé à l’antenne fin juillet… Depuis, elle avait été la roue de secours du service de l’information. Elle avait dépanné pour les flashs de la nuit, du matin, maintenant de l’après-midi ; elle s’était intégrée selon les moments aux services société, politique, politique étrangère, loisirs et avait même filé un coup de main au service webmédia de la station pour fournir du contenu. (y compris dans le commentaire en quasi direct de matchs de foot). A 27 ans, on pouvait peut-être faire tout cela par sens du sacrifice et ambition ; cela méritait quand même un tant soit peu de reconnaissance.
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MessageSujet: Re: Y a-t-il une vie après Fiona Toussaint ? [Fiona 6 - terminé]   Mar 2 Nov 2010 - 22:43

Le directeur de l’antenne était sorti déjeuner, le directeur général était absent et – miracle ! - le grand patron, lui, était là. Obtenir de sa secrétaire un entretien ne fut pas chose aisée, les assistantes de direction de ce niveau ayant enrichi leur formation initiale par l’apprentissage de mille formules de refus obstiné pseudo-motivé. Ah ! Si j’avais été un des « saltimbanques » de la station ! Là, je pense que les portes se seraient ouvertes aussitôt et en grand ! Mon handicap principal – outre ma récente arrivée dans la station – était que je ne passais pas à la télé. Je n’étais qu’une voix et à peine un visage. Cela me mettait à un second niveau, celui des « interchangeables ». Du moins, tant qu’on pensait pouvoir me remplacer par quelqu’un d’équivalent.
Enfin, mon blocus obstiné finit par être payant. De guerre lasse, la secrétaire décrocha le téléphone. Une minute plus tard, le boss « dont l’agenda était complètement booké pour l’après-midi » m’ouvrait lui-même la porte et me tendait une main on ne peut plus amicale. A cette période de l’année, je crois qu’ils ne craignent tous qu’une chose au dernier étage. Que la valse des animateurs et des journalistes vedettes commence plus tôt que l’année d’avant.
- Mon cher Arthur, je vous sers quelque chose ?…
- Non merci monsieur… Jamais avant le boulot…
- Eh bien, vous repasserez après alors !… Il faut qu’on trinque à votre succès… Vous avez vu les chiffres de décembre ? Fantastique ! Votre tranche d’info caracole en tête…
Les chiffres – officieux - disaient aussi que les jours où Rémi me remplaçait l’audience chutait de 20 %. Le PDG le savait et il savait que je le savais. Le message subliminal était clair : vous ne pouvez pas nous lâcher, on mettra le prix s’il le faut.
Le prix. C’était justement tout le problème. Pas celui de mon salaire, mais celui de l’idée que je venais soumettre.
- Monsieur, je viens pour proposer un projet d’émissions spéciales… « Emission » au pluriel…
Il me sembla que les plis du front large et dégarni se détendirent. Je ne venais pas parler salaire ou conditions d’exclusivité. Ouf !!!
- Je ne suis pas directeur des programmes ou responsable des opérations spéciales, fit-il remarquer.
C’était vrai. J’aurais dû en passer d’abord par mes supérieurs directs. Seulement, l’ambiance n’était pas spécialement au beau fixe depuis mon escapade de mi-janvier. Cela se tassait lentement mais on était encore loin d’avoir retrouvé un accord parfait et des relations normales.
- C’est bien pour cela que je viens vous voir à vous.
Il n’était pas parti manger ou il était revenu tôt. Peu m’importait en fait. Cela lui tombait dessus parce qu’il était là tout simplement. Il était cependant hors de question de lui présenter les choses ainsi. Un petit cirage de pompes et je pourrais attaquer ensuite.
- Il me semble que pour toutes les décisions stratégiques, il faut des décisions fortes et incontestables. La présidence, le conseil de surveillance de RML que vous présidez également, sont les mieux à même de fixer le cap et de donner les petits coups de barre qui s’imposent de temps en temps.
- Venez en aux faits s’il vous plait… Mon agenda de l’après-midi est chargé et…
- Parfaitement… Je souhaiterais que nous donnions une plus grande ouverture sur le monde à la tranche d’informations du soir. Les enjeux du XXIème siècle ne se limitent plus au cadre étroit franco-français. J’ai souvent l’impression dans les débats de C’est à vous de le dire que seule la proximité est porteuse de sens et d’intérêt pour l’auditoire. Est-ce à nous de nous adapter à cette attente ou devons-nous élever notre public vers une connaissance d’un monde plus complexe ?
- Il ne faut pas heurter l’auditeur, c’est une règle de base.
En remplaçant « auditeur » par « lecteur » j’aurais cru entendre parler la mère Rouquet. Le risque minimum… Toujours…
- Je sais, reprit-il, que vous avez été un reporter intrépide, que vous avez crapahuté partout où le monde s’agitait frénétiquement et dangereusement. Est-ce cette vie que vous voulez retrouver avec ces émissions ?
- Trop de choses m’en empêchent désormais, monsieur. En revanche, prenez l’Asie. Que savons-nous de l’Asie ? Pas grand chose… La plupart des gens confondent encore Pékin et Tokyo. Quand on regarde la politique du président Obama, on se rend bien compte que l’Europe ne l’intéresse guère, il regarde vers le Pacifique et vers l’Asie. Les gens de l’administration Bush ont dit pas mal de bêtises mais sur un point Donald Rumsfeld avait raison, nous formons vraiment une « vieille Europe ».
- Votre discours est intéressant mais où nous conduit-il ?
- En Asie, monsieur… Pour commencer… Nous verrons ensuite s’il faut poursuivre sur d’autres territoires… Nous embarquons une petite équipe de polémistes, ceux qui peuvent se libérer, et nous passons nos journées à découvrir la Chine, la Corée du Sud, le Japon, le Vietnam. Le soir, le débat porte sur le ressenti de nos invités face à ces mondes émergents et sur la manière dont la France est vue à travers le prisme de l’éloignement. Cela peut être l’occasion de relativiser pas mal de choses.
- Je saisis mal la différence avec une série de reportages classiques.
- Monsieur, ces gens qui s’assoient à ma table tous les soirs sont de beaux parleurs mais rarement de grands voyageurs. Un ouvrage au vitriol a récemment épinglé certains d’entre eux en les traitant d’éditocrates. Des gens qui ont des avis sur tout, se trompent souvent mais persistent à vouloir avoir toujours raison. Au moins là, ils verront de leurs yeux certaines réalités qu’ils ne connaissent qu’à travers les articles de confrères. Cela peut faire entrer un grand courant d’air frais…
- N’était-ce pas ce que vous vouliez déjà faire il y a peu avec de nouveaux intervenants ? Je me souviens en particulier d’une certaine jeune femme, professeur d’Histoire, qui…
Ah le bougre ! M’avait-il percé à jour ?… Mais non, c’était impossible ! Personne ne savait que tu avais « disparu »… A fortiori en Asie.
- Pourquoi ne l’invitez-vous plus ? demanda-t-il avec un sourire entendu.
- Monsieur, il faut savoir raison garder… On ne mélange pas les affaires de cœur et les affaires du monde.
- Fort bien… J’ai entendu ce que vous aviez à me dire… Nous en conférerons au sein du conseil de surveillance et nous vous tiendrons au courant de la décision prise.
- Il va de soi, monsieur, que si ma proposition ne vous agréait pas…
Je n’étais pas spécialement fier de la menace jetée dans l’air surchauffé du bureau. Il fallait se battre avec ses armes. Les chiffres de l’audience formaient mon principal levier pour obtenir ce que je voulais avoir. Je n’allais quand même pas m’en priver.
- Ah oui… Cela n’a rien à voir… Mais il serait temps que le chef du planning comprenne que Marine Angoulvent a droit à une semaine de vacances… Surtout que si nous partons en Asie, je compte bien qu’elle soit du voyage.

En retrouvant mon bureau, j’ai trouvé le message envoyé par Ludmilla. Effectivement, tu ne t’étais pas foulée. Même carte postale pour tout le monde… Je ne te félicite pas.
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MessageSujet: Re: Y a-t-il une vie après Fiona Toussaint ? [Fiona 6 - terminé]   Mar 2 Nov 2010 - 23:52

LUNDI 1er FEVRIER
Cahier de Robert Loupiac

J’ai préféré attendre avant de livrer par écrit mes sentiments sur les derniers événements. Ceux du week-end et ceux d’aujourd’hui.
Ludmilla se révèle en quittant le confort de ton ombre. Cette fille a plus que du potentiel, elle a tout pour être ta rivale. « Rivale » est peut-être un mot mal choisi car je ne vois pas en quoi vous pourriez vous opposer, étant dans le fond deux sortes de goutte d’eau parfaitement semblables sous des apparences différentes. Si je parle de gouttes d’eau c’est avant tout pour souligner cette forme de fraîcheur à laquelle un barbon en bout de course comme moi ne peut qu’être sensible. Votre intelligence, votre vitalité, votre envie d’entreprendre me permettent de garder foi encore en l’être humain.
J’ai la nette impression que Ludmilla est la seule à avoir les idées claires sur la situation. Peut-être a-t-elle acquis auprès de toi et avec le récit de tes aventures une certaine propension à voir des complots et des agissements louches à tous les coins de rue ? Peut-être… En tous cas, elle se pose les bonnes questions au bon moment.
Ce qui la distingue assez clairement d’Arthur Maurel. Je le sais bon journaliste pour l’écouter souvent le soir mais peut-être l’amour le rend-il trop tendre et pas assez lucide ? Il est persuadé que, tel Lancelot rompant des lances pour l’honneur de sa Genièvre, il va emporter toutes les défenses pour te reconquérir. Ce n’est pas à proprement parler puéril, c’est juste une forme de romantisme originel, celui du XIXème siècle, quand l’action importait plus que la raison. Il a donc plusieurs trains – j’allais écrire guerres – de retard.
Ton message m’a tout de suite dérangé. Ludmilla a parfaitement analysé la chose. Tu m’y parlais comme jamais tu n’avais osé le faire. J’ai préféré penser que c’était une façon de nous dire que tu n’étais pas libre de tes propos et de tes gestes. Il serait tellement triste que ce soit tes vraies pensées qui, profitant de l’éloignement, se révèlent enfin.
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