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 Y a-t-il une vie après Fiona Toussaint ? [Fiona 6 - terminé]

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MBS



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MessageSujet: Re: Y a-t-il une vie après Fiona Toussaint ? [Fiona 6 - terminé]   Mar 2 Nov 2010 - 23:52

LUNDI 1er FEVRIER
Cahier de Robert Loupiac

J’ai préféré attendre avant de livrer par écrit mes sentiments sur les derniers événements. Ceux du week-end et ceux d’aujourd’hui.
Ludmilla se révèle en quittant le confort de ton ombre. Cette fille a plus que du potentiel, elle a tout pour être ta rivale. « Rivale » est peut-être un mot mal choisi car je ne vois pas en quoi vous pourriez vous opposer, étant dans le fond deux sortes de goutte d’eau parfaitement semblables sous des apparences différentes. Si je parle de gouttes d’eau c’est avant tout pour souligner cette forme de fraîcheur à laquelle un barbon en bout de course comme moi ne peut qu’être sensible. Votre intelligence, votre vitalité, votre envie d’entreprendre me permettent de garder foi encore en l’être humain.
J’ai la nette impression que Ludmilla est la seule à avoir les idées claires sur la situation. Peut-être a-t-elle acquis auprès de toi et avec le récit de tes aventures une certaine propension à voir des complots et des agissements louches à tous les coins de rue ? Peut-être… En tous cas, elle se pose les bonnes questions au bon moment.
Ce qui la distingue assez clairement d’Arthur Maurel. Je le sais bon journaliste pour l’écouter souvent le soir mais peut-être l’amour le rend-il trop tendre et pas assez lucide ? Il est persuadé que, tel Lancelot rompant des lances pour l’honneur de sa Genièvre, il va emporter toutes les défenses pour te reconquérir. Ce n’est pas à proprement parler puéril, c’est juste une forme de romantisme originel, celui du XIXème siècle, quand l’action importait plus que la raison. Il a donc plusieurs trains – j’allais écrire guerres – de retard.
Ton message m’a tout de suite dérangé. Ludmilla a parfaitement analysé la chose. Tu m’y parlais comme jamais tu n’avais osé le faire. J’ai préféré penser que c’était une façon de nous dire que tu n’étais pas libre de tes propos et de tes gestes. Il serait tellement triste que ce soit tes vraies pensées qui, profitant de l’éloignement, se révèlent enfin.
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MessageSujet: Re: Y a-t-il une vie après Fiona Toussaint ? [Fiona 6 - terminé]   Mer 3 Nov 2010 - 20:38

LUNDI 1er FEVRIER
Cahier de Ludmilla Roger

Je suis rentrée en me planquant au maximum derrière les vapeurs noirâtres de la nuit en train de tomber. Si j’avais eu quelques grammes de courage, j’aurais pris le taureau par les cornes et mon courage à deux mains (expressions toutes faites qui supposent qu’on a plus de deux mains d’ailleurs..) et je serais allée sonner chez la voisine pour m’excuser. Mais, tu le sais, je ne suis pas parfaite. Cela n’a rien à voir avec ta foutue fierté – toi, tu ne te serais même pas abaissée à aller déranger la voisine ; tu aurais attendu, au besoin un mois, qu’elle te rapporte ton courrier – mais cela dérive de mes terribles inconséquences. J’avais tout simplement autre chose à faire.
Car, après une longue discussion avec le professeur Loupiac, il est apparu que je ne pourrais tenir le coup qu’en rangeant ma vie comme toi ta bibliothèque. Avec ordre et rigueur. Du coup, je me suis concocté – profitant de la tranquillité du bureau à la fac – un planning super-précis et donc superbement étroit. De 18 à 20h, gestion de la maison avec en particulier la préparation du repas tout en écoutant l’émission d’Arthur. 20h à 20h45, le diner en tête à tête (et, selon humeur du jour, en amoureux). A 20h45, pendant que Marc, la conscience tranquille après en avoir terminé avec son travail de la journée, se calera devant un match de foot à la télé (il y en a quasiment un tous les soirs), je pourrais me mettre à la relecture de ton Louis XIII. A 22 heures, début de la correction des partiels (cela ne vaudra donc qu’à partir du milieu de la semaine… pour ce soir et demain, j’allongerai ma dose de relecture). A partir de 23 heures, folies orgiaques (mais à deux !) sur canapé ou lit moelleux selon le degré d’excitation des participants dans le but clairement assumé désormais de repeupler la France. Lever à 6h30. Soit pour aller travailler à Parfum Violette (lundi), soit pour aller à la fac (mercredi et jeudi), soit pour fabriquer des choses nouvelles (travail sur le site internet, préparation de cours, enrichissement de l’encyclopédie), soit pour travailler à ma thèse. Rien que ça !… Je me suis quand même octroyée deux plages loisirs : écriture de mon roman le dimanche matin (tant que Marc me préférera les bras de Morphée) et petite sortie en VTT à deux le samedi aprem. Voilà la semaine bouclée… Tu vois, là, en écrivant, je me demande déjà comment je vais faire pour tenir le coup à ce rythme-là. Moi qui jusqu’ici étais plutôt du genre à faire les choses lorsque j’avais envie de les faire, cette froide rigueur d’agenda électronique m’angoisse. C’est pour cela que je me suis dépêchée de coucher cette organisation sur le petit cahier bleu. Pour être obligée de m’y tenir et pour te dire que c’était quand même sacrément mieux quand on faisait tout cela à deux…

Sinon, Arthur t’a passé un message dans l’émission de ce soir. J’espère que tu l’as entendu.

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MessageSujet: Re: Y a-t-il une vie après Fiona Toussaint ? [Fiona 6 - terminé]   Dim 7 Nov 2010 - 17:36

LUNDI 1er FEVRIER
Cahier d’Arthur Maurel

Une fois rentré dans les procédures du quotidien, immuables répétitions d’actes, de pensées et de gestes, j’ai réussi à mettre de côté et ta carte postale, et ma visite au grand ponte du dernier étage, et – encore plus, hélas pour elle – le sort de la semaine de vacances de Marine Angoulvent. Le bouquin de Maximilien Lagault et mon bloc en sont restés, eux, au même point, étroitement imbriqués, et cela a duré jusqu’à ce que je repasse par mon bureau après l’émission du soir.
L’invité du jour venait parler de son dernier disque. Après l’avoir écouté pendant plusieurs jours dans la voiture, ma conviction était faite : ce gars-là n’allait pas réinventer quoi que ce soit dans le domaine de la musique… A moins de considérer qu’il s’agisse du précurseur d’un nouveau type résolument a-musical. A la première écoute, on a plus envie de se passer un nœud coulant autour du cou qu’à fredonner la moindre note (y en a-t-il seulement au milieu de ces accords étranges ?). Là où cela tombait bien, c’est que cette « œuvre » correspondait pleinement à mes sentiments. C’est donc plus sur le mal de vivre qui suintait du disque que sur son côté musical que j’ai interrogé ma jeune « vedette » du soir. Par un étonnant paradoxe, il m’a remercié à la fin en me disant que j’étais le premier à avoir vraiment compris son message. A croire que je dois être le seul journaliste désespéré sur la place de Paris. Je crains quand même que cette éphémère comète dans le show-business, avatar de la téléréalité, ne se désespère lui-même en observant les chiffres de vente (ou de non-vente) de son cd dans les prochaines semaines.
J’étais tellement plein de cette déprime lourde, collante, poisseuse, que je me suis évadé vers l’Egypte et de là, bondissant au-dessus de l’Asie, vers cet Extrême-Orient où tu dois te trouver tandis que je t’écris. Logée dans un palace ou dans un hôtel miteux ? Ecrivant de l’Histoire ou rattrapant ton retard ahurissant en littérature contemporaine ? Pensant à nous ou t’efforçant de nous extirper de ta si fabuleuse mémoire ?… Ludmilla a raison. S’il existe une chance que tu cliques sur le site de RML pour entendre ma voix ou simplement te tenir au courant des nouvelles de France, il faut l’utiliser. Te faire entendre notre mal-être, te convaincre que ta place est parmi nous, doit être une de nos priorités.
Alors pourquoi ne pas commencer tout de suite ?
Pendant le journal de 19 heures, entre mes interventions, j’ai commencé à jeter sur le papier une phrase. Quelque chose de court, d’anodin et qui pourtant te parlera. Mais comment placer cela dans l’émission ? Comment dire « Je pense à toi qui m’écoute au fin fond de l’Asie » sans que certains vautours de la presse people ne se posent de questions et ne viennent à nouveau planquer devant chez moi ? J’ai donc un peu trituré ma phrase de départ pour en faire un lancement de début d’émission. A 18h15, à l’entame de C’est à vous de le dire, j’ai pu jeter dans le micro ce premier appel vers toi. Celui que je comptais bien lancer tous les soirs jusqu’à ce que tu me reviennes.
- Amis du monde entier, fêtés de l’Asie extrême aux provinces de France, bonsoir ! Nous ne vous oublions pas. Comme chaque soir de la semaine, nous sommes fidèles au poste pour vous.
Le reste ensuite n’a plus eu guère d’importance. La routine… Comme celle qui va me conduire au cours des trois prochaines heures à m’abimer les yeux sur les deux cents dernières pages de la biographie (un peu ? beaucoup ?) romancée du cardinal de Richelieu par Maximilien Lagault.

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MessageSujet: Re: Y a-t-il une vie après Fiona Toussaint ? [Fiona 6 - terminé]   Dim 7 Nov 2010 - 22:48

MARDI 2 FEVRIER
Cahier d’Adeline Clément

J’ai eu beaucoup de mal à me remettre au travail hier. Pourtant il a bien fallu laisser de côté le timbre de Toutankhamon, les felouques sur le Nil et tout ce qui allait avec pour se concentrer à nouveau sur les études. Demain, c’est le partiel… Enfin, l’examen de fin de semestre. Et la semaine prochaine, une fois ce devoir expédié, cela en sera fini pour moi de ce cours sur la France moderne. Je découvrirai d’autres questions et d’autres professeurs. Sans injurier l’avenir, j’espère juste pouvoir vous retrouver l’année prochaine, car je pense que pour Ludmilla tout ceci n’est qu’une parenthèse, pour travailler encore sur les siècles de l’Ancien Régime.
Insensiblement, j’ai changé d’optique pour la suite de ma petite « carrière ». La contemporaine c’est vrai que c’est bien et que j’adore… mais l’histoire moderne tend à m’occuper de plus en plus. A la fois parce que je veux vous donner à toutes les deux le plaisir d’être fière de votre « élève » et parce que - ouille je vais le dire ! – je suis désormais véritablement passionnée. J’en viens donc à stresser énormément avant l’exam. J’ai la sensation désagréable d’avoir la tête vide, de ne plus rien savoir, de ne plus connaître ni les causes, ni les conséquences de quelque événement que ce soit. Les références bibliographiques, je dois les avoir publiées car elle ne me revienne pas… Insensiblement, je m’enfonce dans une sorte de vide.
Ce serait tellement rassurant pour moi de vous savoir plus proche.

MARDI 2 FEVRIER
Cahier de Ludmilla Roger

Va savoir pourquoi ce mail m’a échappé… Je l’avais aiguillé dès réception avec les spams et il s’en est fallu de peu pour qu’il disparaisse dans le grand ménage que je fais tous les matins dans ma boite aux lettres électronique. Une réponse de la fameuse et étrange Liane Faupin… J’aurais presque envie de l’appeler Liane Foly cette pauvre fille pour laquelle, je ne peux pas le cacher au petit cahier bleu, j’ai une forme d’antipathie très étrange. Elle parle beaucoup d’elle et à peine de toi ; ça m’énerve. La pluie, son copain qui n’est pas là, son travail. Voilà tout ce qui l’intéresse et ça m’énerve encore plus. Au moins, elle a promis de renvoyer les bouquins c’est déjà ça. A la simple pensée qu’elle aurait pu avoir envie de les ramener elle-même, je frémis. Je crois que cette simple promesse d’une visite à Toulouse aurait suffi à me convaincre de demander l’asile politique au Pérou.
Comment ? Que dis-tu petit cahier bleu ?… Je suis jalouse ?…
Ben oui… Je suis jalouse. Terriblement jalouse ! Et d’autant plus jalouse que j’ai la sensation que l’existence cachée de cette correspondante de Fiona ne l’était pas par hasard. Alors, je préférerai finalement que Liane Foly oublie l’existence de Fiona Toussaint dès qu’elle aura renvoyé ces trois livres, qu’elle se noie sous la pluie de la Charente et que son copain la plaque une fois pour toute. Juste pour me dire que je n’entendrai plus jamais parler d’elle.
Allez, j’arrête. J’écris vraiment trop de conneries ce matin. J’ai du travail et pas de temps à perdre à des gamineries d’ado attardée.

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MessageSujet: Re: Y a-t-il une vie après Fiona Toussaint ? [Fiona 6 - terminé]   Jeu 11 Nov 2010 - 23:44

MARDI 2 FEVRIER
Cahier de Maximilien Lagault

L’exercice est étrange mais je m‘y soumets puisque Arthur Maurel me l’a poliment demandé. Ecrire à Fiona Toussaint via le biais de ce petit cahier bleu qui m’attendait sagement dans le « boudoir » réservé aux invités.
Lui écrire quoi d’ailleurs ? De gros mensonges ? Des demi-vérités ?
Allons, prenons notre courage à deux mains et lançons-nous.

Fiona, nos rapports n’ont jamais été pacifiques. Ont-ils même réussi à être sincères ? Je ne le crois pas.
Vous pensez savoir beaucoup sur moi et vous ne mesurez pas à quel point vous ignorez réellement qui je suis. J’ai certes joué un rôle assez détestable dans ces derniers mois à votre encontre mais je n’étais pas maître de ce jeu. Vous non plus il faut bien le croire.
Je ne pense être pour rien dans votre disparition volontaire. J’en suis même pleinement assuré simplement du fait que vous n’avez même pas pris la peine de m’en prévenir. Votre rancœur à mon égard aurait été trop heureuse de me faire porter ce chapeau trop grand.
Du coup j’ai un peu l’impression de m’adresser à une ombre, forme de conversation qui – je crois – nous rapproche. Vous avez parlé à ce falot de Louis XIII quand moi je tenais salon avec le grand cardinal. Allons donc, nous voilà finalement beaucoup moins éloignés que vous n’avez cessé de le clamer à longueur de tribunes assassines.
Reviendrez-vous ? Voilà la grande interrogation de l’homme qui vous aime. C’est une question que je me pose aussi connaissant votre caractère buté et votre refus de certaines convenances. Votre pessimisme sur l’espèce humaine, votre manque de liant avec vos semblables m’inciteraient à penser que vos yeux curieux de tout chercheront désormais d’autres paysages à découvrir.
Je ne mettrais pourtant ma main à couper sur ce coup-là. D’abord parce que – quoi que vous puissiez prétendre – c’est encore une partie de mon corps qui me sert à gagner mon pain quotidien. Ensuite parce que cette fameuse curiosité pourrait bien vous conduire à sonder tous les recoins de l’affaire sordide dont vous n’êtes que le bourgeon terminal.
Oui, je le sens, vous remonterez de rameaux en branches jusqu’à parvenir au cœur d’un système qui vous dépasse, me dépasse, nous dépasse tous. Attention à vous, Icare en minijupe, de ne pas venir consumer vos charmantes ailes au brûlant soleil de la vérité.

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MessageSujet: Re: Y a-t-il une vie après Fiona Toussaint ? [Fiona 6 - terminé]   Sam 13 Nov 2010 - 0:47

MARDI 2 FEVRIER
Cahier d’Arthur Maurel

Si je ne devais à Maximilien Lagault une des clés qui m’a permis d’atteindre l’Elysée et de mettre en échec l’organisation Lecerteaux, je crois que j’aurais démonté ce mec depuis longtemps. Malheureusement, il a désormais cet avantage-là sur moi et, avec son habileté de fouine dégarnie, il en use de la manière la plus éhontée.
Quel jeu joue-t-il au juste ? Double ? Triple ? Quadruple ? J’aimerais bien savoir si tu as sur lui des lumières que je n’aurais pas. Il court tellement de rumeurs et de calomnies derrière lui, il a tellement de casseroles aux fesses qu’il est impossible que tout cela soit faux. Tu as déjà clamé sa servilité envers le pouvoir et, de manière plus étouffée, les forts relents de « négritude » d’une production littéraire abondante. Promis ! Dès que tu reviens – car tu reviendras n’est-ce pas - je m’intéresse de plus près à lui… Et si, par malheur, tu ne revenais pas, je pense que je noierai mon désespoir dans la trouble délectation de sa chute.
J’écris ces mots rapidement tandis que lui aussi se prête au petit jeu du cahier bleu. C’est mon premier jet et mon premier ressenti sur cette rencontre. Une prise de contact tout à fait classique avant que ne s’installe une sorte de grande glaciation lorsque j’ai prononcé ton nom. Ne l’aurais-je pas prononcé qu’il l’aurait sans doute fait. Tu sembles être une épine pour chacun de nous. Pour moi fichée dans le cœur, pour lui dans le pied.
Dans dix minutes, le journal puis ensuite l’entretien. Deux fois un quart d’heure pour évoquer son Richelieu, sa future cérémonie de réception à l’Académie française, ses projets et son passé. Comme j’aimerais pouvoir l’amener durablement sur ce terrain-là ! Mais non, pas ce soir. Pas encore. Il est beaucoup trop tôt. Pour déboulonner les idoles, il faut du temps et, plus qu’avec toi, je saurais être patient avec lui.

MARDI 2 FEVRIER
Cahier d’Adeline Clément

Je crois que ma tête va exploser. J’ai essayé d’enfourner de force quelques dates, quelques références bibliographiques supplémentaires mais j’ai l’impression que cela ne rentre pas, que cela ne rentre plus.
Au secours !…

MARDI 2 FEVRIER
Cahier de Ludmilla Roger

J’ai commencé à planifier mes cours sur le HI0004 - Histoire de l’Europe moderne – et ça tient un peu de la gageure. En 50 heures – mais les aurais-je vraiment ? – trois siècles à balayer. De la Renaissance à la Révolution. De l’empire espagnol triomphant à l’émergence des nouvelles puissances de l’Est européen. Des guerres au nom de Dieu à la philosophie athée d’un Rousseau. Les lignes de force à dégager me paraissent évidentes mais ensuite ? Comment tailler dans la masse ? Comment trouver un équilibre entre le cours magistral dans l’amphi 10 et la séance de TD qui suivra ?
Il me semble qu’on a tous à un moment ou l’autre éprouvé cela au cours des dix derniers jours. Ton absence c’est aussi une absence de réponse à beaucoup de questions qu’on se pose. Je serais tellement plus rassurée si tu regardais par-dessus mon épaule et que tu me guidais. Là je m’engage dans quelque chose de plus périlleux que prendre ta place pour deux malheureuses interventions. C’est à moi d’assumer du début à la fin. SI je me plante, ce sera du tout au tout et je ne pourrais m’en prendre qu’à moi-même. Pile ou face. Les jeux sont faits et plus grand chose ne va plus.
Je verrais bien ce que me dit demain « ce cher Robert ». En attendant, je vais essayer de ne pas massacrer un plat de raviolis à la bolognaise tout en écoutant le face à face Maurel-Lagault à venir.

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MessageSujet: Re: Y a-t-il une vie après Fiona Toussaint ? [Fiona 6 - terminé]   Dim 14 Nov 2010 - 0:00

MARDI 2 FEVRIER
Cahier d’Arthur Maurel

Je vais sans doute tirer la langue jusqu’à tard dans la nuit mais tu ne rateras rien de fondamental de cette entrevue avec Maximilien Lagault. J’espère toujours secrètement que tu as entendu nos échanges parfois un peu secs de ce soir. Au cas où cela ne serait pas le cas, tu en trouveras dans le petit cahier bleu – deuxième du nom – la retranscription quasi intégrale (j’avais demandé par avance à la technique de me faire une copie de l’émission sur cd).
Voici mon pensum du soir : appuyer sur la touche lecture, écouter une phrase, appuyer sur la touche pause, copier… et puis recommencer. Parfois, j’en suis sûr, ma mémoire se troublera avec la fatigue, j’hésiterai et il me faudra revenir en arrière pour réécouter. Dans mon inconscient, quelque chose me dit qu’il y a là-dedans des éléments d’une grande importance. Lorsqu’il est coincé en équilibre sur le mince fil entre secrets d’Etat et secrets personnels inavouables, Maximilien Lagault est bien obligé de louvoyer, de dégager en touche, de mentir effrontément. Quand la pression se relâche, il baisse la garde et devient vulnérable.

19 heures
- Bonsoir. Ce soir, l’invité du journal est Maximilien Lagault que tout le monde ou presque connaît en France. Auteur à succès de romans historiques, il triomphe à nouveau en librairie avec un ouvrage consacré au cardinal de Richelieu. Bonsoir monsieur Lagault.
- Bonsoir Arthur Maurel… Je voudrais si vous m’y autorisez rectifier une erreur dans vos propos de présentation. Erreur qui, à mon sens, n’est pas tout à fait l’effet du hasard. Je n’écris pas de romans historiques mais des ouvrages sur l’Histoire. C’est différent.
- Nous en reparlerons si vous le voulez bien après le journal… L’information ce soir est dominée par l’ouverture d’un procès hors norme en France, celui du crash du Concorde sur Gonesse… Sur place, nous rejoignons Hervé Palisson…

19 heures 7 (pendant la pause de pub)
- Serait-ce cette chère Fiona qui vous inspire depuis sa mystérieuse cachette ? Votre attaque était perfide et placée de telle sorte en début de tranche horaire que je ne puisse m’en défendre.
- Je fais mon métier de journaliste, monsieur Lagault. Si vous êtes historien, c’est à mon sens en amateur éclairé. Vous n’avez pas d’habilitation à diriger des recherches en la matière et aucun ouvrage dans votre œuvre récente qu’un étudiant puisse citer dans une bibliographie sans crainte d’être blâmé par ses professeurs.
- Vous êtes donc vous aussi du parti des jaloux ? Je vous pensais plus enclin à prendre en compte certains services que…
- Je n’oublie rien, monsieur. Je me contente de mettre tout ceci en balance. D’un côté ce que je vous dois, de l’autre ce que je dois à mes auditeurs.
- Que vous importe vos auditeurs, Arthur Maurel, si « elle » ne vous entend plus.

En t’attaquant sans cesse (n’est-ce pas toi « l’effet du hasard » ?), il sait qu’il me touche à chaque coup. Et c’est vrai que cela fonctionne. Mes bonnes résolutions ont déjà pris l’eau. Je commence à perdre mon sang-froid. Et il y a dans sa dernière phrase ce « plus » qui n’était pas un « pas ». Tu ne m’entendrais plus ? Quel sens donner à cette phrase ? Sait-il quelque chose ? Mon cœur s’accélère et s’affole.
Ne pas lui donner la joie de me voir blêmir ! J’essaye de me rétablir pendant la seconde moitié du journal. Au programme, le témoignage du miraculé de l’avalanche, le début de la guerre à la SNCF, quelques brèves sur des questions de société et sur le sport. Ma voix reprend son assurance peu à peu. Ce n’était que la première scène. Le rideau n’est pas encore tombé.
Pendant les pastilles sonores des reportages ou des interventions des correspondants en région, j’évite soigneusement de croiser le regard de l’académicien. Ce qui est peut-être une erreur car je ne vois dès lors que sa main qui court sur le cahier bleu confié après son arrivée à RML.
Est-il assez sadique pour écrire à quelqu’un qui ne peut plus ni entendre ni lire ?

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MessageSujet: Re: Y a-t-il une vie après Fiona Toussaint ? [Fiona 6 - terminé]   Dim 14 Nov 2010 - 0:43

MARDI 2 FEVRIER
Cahier de Maximilien Lagault

Voilà bien le pouvoir des femmes. Elles vous transforment un gendre idéal en roquet agressif.
Je l’écoute annoncer les nouvelles du jour. Il feint le détachement mais je sens que chacun de mes gestes l’intéresse. Il me scrute, il m’analyse, il me jauge.
En vain !
Je n’ai rien à lui dire. Rien à lui apprendre.
Voilà le sens de ce que je veux écrire ici.
Je ne sais rien.
Rien !!!

Pourquoi seriez-vous la seule à avoir été embringuée dans des affaires qui vous dépassent et dont vous n’êtes que le jouet ?
C’est en cela que je vous comprends et que votre disparition ne peut me laisser indifférent. Vous avez préféré la fuite quand moi j’ai choisi de guérir les tourments qui me rongent en m’imposant à la France entière.
Vous en aviez assez de donner des leçons, je n’aspire qu’à ce rôle de « nouvel instituteur national », formule que j’ai inventée moi-même et qu’un journaliste complaisant s’est fait le plaisir de présenter comme étant de son cru.
Je me suis perdu dans la conquête de femmes dont je n’attendais qu’une chose : qu’elles me réduisent à cet état de néant qui me poursuivait depuis tant d’années. Vous avez fait la conquête d’un seul homme mais qui serait prêt à me tuer pour que je ne bave pas sur la blanche colombe qu’il imagine que vous êtes.

Le pauvre !
Il ne sait rien de la vie !
Il ne sait rien des femmes.

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MessageSujet: Re: Y a-t-il une vie après Fiona Toussaint ? [Fiona 6 - terminé]   Mer 17 Nov 2010 - 0:44

MARDI 2 FEVRIER
Cahier d’Arthur Maurel

19 heures 14 (deuxième pause pub)
Maximilien Lagault me regarde avec l’air consterné du braconnier devant une proie tombée trop facilement dans le piège tendu. C’est encore plus dérangeant que pas de regard du tout.
Je m’en tire en revenant à l’immédiat. Le première phase de l’entretien.
- Jusqu’à la chronique économique de 18h25, nous avons dix minutes pour évoquer votre dernier livre…
- Vous me l’avez déjà dit tout à l’heure, me rappelle-t-il sans sourire.
Comme le ferait un maître d’école sévère, il me tance d’un air impitoyable. La balance penche trop de son côté et, malgré mon habitude des tentatives de déstabilisation, je me sens perdu.
Le retour à l’antenne m’empêche de m’enfoncer encore davantage. Les micros ouverts, je me sens beaucoup plus à même de lui tenir tête.
- Maximilien Lagault est donc notre invité fil rouge ce soir. Nous parlerons tout à l’heure de son élection à l’Académie française et de sa réception prochaine sous la Coupole. Mais en attendant, revenons sur le succès de votre dernier ouvrage consacré au « Grand cardinal » c’est-à-dire le cardinal de Richelieu. Puis-je demander à l’homme que d’aucuns ont nommé « grand instituteur national » de nous présenter en une minute la vie et l’œuvre de Richelieu ?
- En une minute, monsieur Maurel ? C’est une gageure… S’il m’a fallu cinq cent pages pour esquisser – je dis bien esquisser – les contours d’un personnage majeur et d’une œuvre gigantesque, vous comprenez bien qu’en une minute, on ne peut rien dire que de très banal.
Ne pas vouloir répondre à ma première question n’est pas à proprement parler un excellent départ pour un entretien. Je me retiens de dire ce que je pense de cet « instituteur national » qui refuse de présenter à un auditoire de centaines de milliers de personnes le personnage auquel il vient – lui ou un autre – de consacrer une biographie. Cela sent l’inconscience professionnelle mais il s’en moque. Il cherche à me déstabiliser avant tout, à imposer sa loi et sa force.
- Vous avez bien voulu, dis-je en étant bien décidé à le contrer, me dédicacer votre ouvrage et vous l’avez fait en évoquant un « personnage trop mal connu »…
Un gros nuage noir passe sur son front et ses yeux se mettent à briller d’un éclat étrange. Comme s’il craignait que j’aille au bout de ma dédicace. Comme s’il réalisait que me pousser à bout était une erreur et pouvait m’amener à passer au-delà du mur des secrets. L’homme en équilibre sur son fil se met soudain à tanguer. Il m’aurait suffi de poursuivre pour le faire choir.
Je ne l’ai pas fait.
- Il me semble pourtant qu’on a appris à l’école, au collège, que le cardinal de Richelieu avait été un des artisans du renforcement du pouvoir royal au XVIIème siècle.
- Vous avez admirablement retenu ce qu’on vous a appris. Peut-être aviez-vous un professeur particulier ?
Voilà ce que c’est que de ne pas déséquilibrer le funambule. A peine rétabli, il contre-attaque. A fleuret à peine moucheté.
- Sans doute… Mais cela ne me dit pas pourquoi vous estimez que le cardinal de Richelieu est un personnage trop mal connu.
- Parce que son image est brouillée par une légende noire qui n’a cessé de se renforcer.
- Vous pensez à l’image donnée par Alexandre Dumas ?
- Je pense surtout à celle qui a été construite par trop de productions cinématographiques de médiocre qualité. Le Richelieu, créature machiavélique et ambitieuse, est bien loin de l’image de l’infatigable travailleur qui a géré les affaires du royaume au mépris de sa santé. Il faisait le travail pour deux.
- Comme le ferait un président qui ferait aussi le travail de son premier ministre ?
- Si cela vous parle mieux ainsi… Sauf qu’en ce cas précis, le premier ministre – on disait principal ministre à l’époque – était celui sur qui pesait le fardeau de l’Etat. Songez que Richelieu n’avait pas 60 ans lorsqu’il est mort. Epuisé à la tâche.
- Mais Louis XIII n’en avait pas 45 lorsqu’il est mort… Preuve sans doute qu’il ne fut pas aussi effacé et secondaire que vous semblez le dire.
Je reconnais avoir pris un plaisir incommensurable à le voir trépigner. Ma répartie n’est pas de celles auxquelles il est habitué. On lui sert la soupe en permanence quand il est sur un plateau de radio ou de télé. Parce qu’il a l’oreille du président. Parce qu’il est une puissance économique dans l‘industrie du livre. Parce que l’habit vert est une armure qu’on n’ose attaquer J’avais d’excellentes raisons de ne pas tomber dans cette obséquiosité. Il est des invités qu’on se doit de malmener un peu sous peine de perdre son âme.
- C’est un courant que j’entends dénoncer, reprit-il. On a trop tendance à surestimer les mérites du roi. Certes, il conduisit son armée au feu et sut ordonner lorsqu’il le fallait mais pour le reste.
- Pourriez-vous préciser qui est ce « on », pronom par définition indéfini ?
Allait-il plonger dans l’ouverture que je lui ménageais ? M’attaquer sur le plan personnel ? Au risque de me voir ouvrir moi aussi la boite de Pandore des révélations ?

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MessageSujet: Re: Y a-t-il une vie après Fiona Toussaint ? [Fiona 6 - terminé]   Mer 17 Nov 2010 - 23:20

- Je ne pense pas que vos auditeurs ignorent la relation que vous avez entretenue avec Fiona Toussaint que vous avez d’ailleurs par deux fois invitée dans votre émission de débat le mois dernier.
Je ne sais pas ce que donnent comme sensation deux coups de poing décochés de près et avec la violence d’un puncheur de calibre mondial. Cela peut difficilement être plus dur à encaisser que cette offensive directe alors que je pensais tenir l’adversaire à distance. Le « que vous avez entretenue » cognait précisément là où la douleur était la plus vive. Au niveau de l’absence. La statistique précise sur ta présence dans C’est à vous de le dire ne montrait pas que Maximilien Lagault était un auditeur assidu – je n’avais pas la naïveté de l’imaginer – mais qu’il avait bien potassé son dossier.
- C’est bien pour cela que je ne prendrais même pas la peine de nier ce qui est une évidence puisque certaines photos se sent étalées sur tous les kiosques du pays.
- Et comme vous êtes quelqu’un d’honnête, vous ne nierez pas davantage que mademoiselle Toussaint – enfin, mademoiselle… - vient de terminer un ouvrage sur Louis XIII dans lequel elle défend une thèse largement opposée à la mienne.
J’étais acculé dans les cordes. Qu’est-ce qui était le plus abject là-dedans ? Supposer par le doute sur « mademoiselle » que tu étais une fille facile ? Poser comme un a priori que je n’étais pas impartial ? Ou faire coexister dans la même phrase un compliment sur mon honnêteté et cette accusation de partialité ?
Le plus dingue, c’est que j’étais bousculé par mon invité dans ma propre émission. Sur « mes » terres.
Les seuls qui avaient osé ça depuis la rentrée de septembre avaient eu droit à une remise en place gratinée. Coup d’œil vers la vitrine et la régie. Les visages guettaient la contre-attaque. Sans douter qu’elle vienne.
Alors elle est venue.
- Nous sommes ici ce soir pour parler de votre ouvrage, monsieur Lagault. J’en ai lu consciencieusement toutes les pages et je n’ai rien à dire en revanche sur l’ouvrage de Fiona Toussaint qui n’est pas publié, que je n’ai pas lu et sur lequel je n’ai guère, je crois, plus de lumières que vous. En revanche, si vous souhaitez venir la rencontrer – j’ai failli dire l’affronter mais non, nous sommes entre gens civilisés – lors de la parution de cette biographie, je vous accueillerai avec le même plaisir que ce soir... Fiona, si tu nous écoutes, prends bien note de l’invitation. On t’attend.
Par définition, un studio de radio est un espace de silence où seules les voix « autorisées » ont droit de cité. Là, il me semble tout à coup que l’air lui-même se tait, que plus rien ne bouge. Je me suis dégagé du piège et lui, hésite à contre-attaquer en force. Quelqu’un qui sait combien de fois tu es venue dans l’émission connait sans doute bien d’autres choses. De préférence du graveleux et du croustillant à enrober dans un vieux résidu de bien-pensance bourgeoise. Je tremble qu’il exploite son « mademoiselle » en évoquant la chambre du Mercure et ce qui aurait pu s’y passer. Sait-il d’ailleurs qu’il n’y a rien eu ? Et d’ailleurs n’y a-t-il rien eu ?…
La bulle de silence a dû durer trois secondes. Une éternité en radio.
- Je prends note de votre invitation, monsieur Maurel. Vous faites partie de ces trop rares personnes qu’on a toujours plaisir à rencontrer. Que ce soit ici ou ailleurs…
- Ce sera peut-être après votre entrée sous la Coupole… Nous en reparlerons tout à l’heure. Après les titres de 18h30 et la chronique économique de Béatrice Plassard. Pour le moment, une page en couleurs.

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MessageSujet: Re: Y a-t-il une vie après Fiona Toussaint ? [Fiona 6 - terminé]   Jeu 18 Nov 2010 - 23:37

< Petite note intercalaire : Je commence à avoir mal au poignet. C’est dingue comme on perd l’habitude de l’écriture à force de vivre environné de claviers. Il est déjà plus de minuit. J’ai fait un break de dix minutes le temps de dévaliser le frigo et d’aller écouter le doux feulement du sommeil de Corélia. Rien à signaler. Je continue… >

Forcément, pendant que Béatrice Plassard présente comme tous les mardis le bilan de la « semaine » économique, les échanges entre Lagault et moi se résument à quelques pointes décochées du regard. Chacun dans son coin attend la reprise des hostilités. Qui portera le premier coup au cours de la seconde reprise ?
Surprise ! Après le rappel des titres à 18h30 par Marine Angoulvent - qui livre là sa dernière contribution de l’après-midi - plus aucune animosité de la part de l’académicien. Trop occupé à parler de son habit en cours de confection dans les ateliers d’un grand nom de la couture française, de son épée portant la plume de l’écrivain et quatre figures tutélaires de l’Histoire nationale (Vercingétorix, Saint-Louis, Louis XIV et Napoléon), Maximilien Lagault a troqué son agressivité contre une fatuité un brin dégoulinante. Un genre de comportement beaucoup plus facile à contrôler ; il suffit de s’extasier et de caresser l’animal dans le sens du poil pour obtenir la paix.
- Vous avez déjà une idée du discours que vous prononcerez pour faire l’éloge de votre prédécesseur au fauteuil numéro 32 ?
- J’y travaille un peu chaque jour. Avec la même régularité que pour mes biographies historiques.
Tentation terrible de lui jeter à nouveau dans le dentier que ce sont des romans et que je sais bien que la principale de ses régularités consiste à allumer la lumière de son bureau de bonne heure le matin. Qu’il y travaille ou non.
Mais non, il ne faut pas ! Il n’attend que ça ! Me faire passer pour l’agresseur. Il y est déjà parvenu tout à l’heure, il est hors de question que je retombe dans le panneau.
- Toujours vos fiches cartonnées ?
Voilà. Tant pis pour l’honnêteté professionnelle, je ressers à mon public une bonne tranche de mythologie lagaultienne. Ces fiches, personne ne les a jamais vues, personne que je connaisse en tous cas, mais elles font partie de l’imaginaire du futur académicien. Tout comme sa bibliothèque de plus de 1000 ouvrages allant d’un incunable imprimé à la Sorbonne à la collection entière de ses œuvres personnelles. Son dossier de presse, que j’ai bien sûr relu avec attention dans l’après-midi, ne manque pas de le signaler à de nombreuses reprises.
- On ne change pas une méthode gagnante, monsieur Maurel. Regardez, vous-même, vous reproduisez chaque soir le même rituel dans votre émission. Pourquoi devrais-je changer quelque chose qui fonctionne ?
- Avec déjà 59 000 acheteurs de votre dernier ouvrage consacré au Grand Cardinal, on ne peut que vous comprendre. Merci Maximilien Lagault d’être venu nous présenter ce livre ce soir.
- C’est moi qui vous remercie de m’avoir invité.
Echange de deux faux-culs complices sur le coup. Je ne l’ai pas invité et il n’a finalement pas présenté grand chose de son bouquin. Ce sont là les petites compromissions habituelles sans lesquelles personne ne prendrait le risque de venir participer à une émission en direct.
- Pendant que je raccompagne Maximilien Lagault, le résumé d’une journée sur l’antenne de RML avant le journal des sports présenté ce soir par Olivier Meulan.
C’est un moment de l’émission que tu n’as pas connu lors de tes deux visites à la station. Symboliquement, je prends congé de mon invité du soir en le reconduisant jusqu’à la porte du studio. J’ai trois minutes, le temps d’un montage sonore, pour lui serrer la main, échanger quelques amabilités plus ou moins sincères et le confier aux bons soins de Judith. Pour les très grosses légumes, on dresse parfois un « petit » buffet que je me contente de dévorer de loin. Même en piquant une bouchée au passage, il est matériellement impossible de l’avoir engloutie et éliminée avant de reprendre le micro.
Pour Maximilien Lagault ce soir, nada sur le plan culinaire. Il s’en formalise un peu. Pour la forme.
- C’est la crise pour tout le monde, on dirait…
- Je pense, dis-je, que c’est réservé désormais aux académiciens en fonction.
- Alors je reviendrai... Comme disait Mac Arthur.
- J’y compte bien.
- Pour le débat avec votre chère Fiona ?
- Je ne manquerai cela sous aucun prétexte.
- J’espère que ce sera pour bientôt alors. Et je vous le dis, les yeux dans les yeux, et avec toute ma sincérité.
Toute sa sincérité ! Et il voudrait que je le crois ?
- A très bientôt dans ce cas.
Je lui serre la main, le pousse légèrement vers Judith et referme la porte du studio.
Terminé pour ce soir.
Du moins c’est ce que je crois.

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MessageSujet: Re: Y a-t-il une vie après Fiona Toussaint ? [Fiona 6 - terminé]   Ven 19 Nov 2010 - 0:04

MARDI 2 FEVRIER
Cahier de Ludmilla Roger

Je n’en reviens pas de l’onctuosité fétide d’Arthur avec Maximilien Lagault. C’était écœurant.
A un moment j’ai bien cru pourtant que ça allait être le « fight » comme disent les élèves de Marc et puis tout s’est calmé… et il lui a carrément servi la soupe. Le cirage ne doit pas coûter cher à Paris pour qu’on puisse passer avec autant d’insistance la brosse à reluire sur les pompes académiques de l’autre vieux gland (et j’écris ça sans aucune connotation sexuelle, je précise).
Ca m’a tellement déboussolé cette attitude de ton « chéri » qu’il a fallu que je t’écrive ça tout de suite. Faute de pouvoir te le dire, faute de pouvoir t’en parler sur le champ, faute de pouvoir déverser tout ce qui me portait soudain sur le cœur.
Pourtant, on en avait un peu discuté du bouquin de Lagault pendant le week-end et, sans avoir l’air d’y toucher, Arthur m’avait demandé de confirmer ou d’infirmer certains points trop flous dans sa mémoire : Richelieu était-il bien une créature de l’odieux Concini ? Richelieu était-il resté inflexible devant la Rochelle ? Richelieu effondré et prêt à rendre les armes au cours de la Journée des dupes, était-ce plausible ? Après ça, j’attendais de lui qu’au moins, sur un de ces points, il cuisine Lagault en le poussant à l’erreur.
Rien.
Désespérément rien
La seule personne à cuisiner dans toute cette histoire c’était moi. Et peu à peu, comme ma cocotte, je me suis mise à bouillir, à étouffer d’une rage mal contenue.
Il aurait pu le rendre minable et il ne l’a pas fait. Pourquoi ? Quelque part, cela aurait été une bonne occasion de se rattacher à toi, en reprenant tes accusations et en les portant encore plus fort sur la place publique. Il pouvait avec la puissance de sa position détruire la position de l’autre, réduire à néant cette erreur de la littérature.
Il ne l’a pas fait.
Et plus le temps passait, plus Arthur faisait au contraire assaut de complaisance et d’une curiosité que je trouvais profondément débile et décalée par rapport à la situation.
- Et votre habit vert il se prépare ?
- On dit que vous avez les visages de quatre personnages de notre Histoire nationale sur le pommeau de votre épée. C’est vrai ?
La dernière minute, celle des remerciements, a fini de me dégoûter complètement et j’ai éteint le poste de radio de la cuisine. Il n’y aura pas de C’est à vous de le dire ce soir. Ni peut-être bien demain et les jours qui suivront. Ce qu’Arthur t’a fait ce soir, je crois que j’aurais du mal à le lui pardonner.

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MessageSujet: Re: Y a-t-il une vie après Fiona Toussaint ? [Fiona 6 - terminé]   Sam 20 Nov 2010 - 19:39

MARDI 2 FEVRIER
Cahier d’Arthur Maurel

Les surprises de la soirée n’étaient effectivement pas terminées.
Pendant le journal de 19 heures, je vis réapparaître derrière la vitre du studio la silhouette élancée de Maximilien Lagault. Par une sorte de réflexe idiot – comme la plupart des réflexes – je me mis à regarder autour de moi cherchant quel objet il avait bien pu oublier pendant l’émission. Cela me troubla tellement que je me mis à bafouiller, écorchant le nom d’une pauvre ministre – qui ne me le pardonnera peut-être jamais – et oubliant de parler dans le micro encapuchonné de jaune et vert placé devant moi.
Je notais très vite que le futur académicien n’avait pas spécialement l’air inquiet. Il devisait même plutôt gaiment avec mes polémistes et éditorialistes du soir ; dans un certain milieu, tout le monde se connait. Raison de plus pour ne rien comprendre à un tel retour. Il ne pouvait être repassé pour saluer des personnes qu’il ne manquerait pas de revoir dans les jours à venir.
Je crois bien avoir inconsciemment changé aussi de débit pour terminer plus tôt les infos et pouvoir savoir au plus vite de quoi il retournait.
A la pause de pub, Judith ouvrit la porte du studio et ce ne furent pas quatre mais cinq personnes qui se précipitèrent pour me rejoindre. Je savais ne pas avoir le temps matériel de poser mon casque, de me lever pour interroger Lagault. L’installation des polémistes s’apparentait chaque jour à ces changements de pneus dans une course de formule 1 ; une mêlée désordonnée qui, bizarrement, se terminait toujours bien.
Lagault devait connaître cet impératif de temps très serré car c’est lui qui, grillant la politesse à mes habituels complices du soir, parvint le premier à la table.
- Je voulais vous dire, fit-il sans me laisser en placer une, que j’étais monté voir votre patron avant de partir. Je voulais de prime abord me plaindre auprès de lui du manque d’égards de votre maison envers ses invités. On a quand même connu des époques plus chaleureuses en matière d’accueil. Au plus fort de la discussion, il m’a confié votre projet d’une série d’émissions en Asie. Sachez que j’ai chaleureusement appuyé cette initiative et que je suis assuré que vous aurez bientôt de bonnes nouvelles à son propos. Voilà, je voulais que vous l’appreniez au plus vite.
Comment ne pas être décontenancé par un tel bonhomme ? Une heure plus tôt, je l’aurais volontiers étranglé. Une demi-heure après, nous avions scellé tacitement la paix des braves. Et voilà que maintenant, il venait m’annoncer avoir débloqué à mon profit une affaire à laquelle j’accordais une importance considérable. Que pouvais-je lui dire ?
- Antenne dans 15 secondes !
La voix du réalisateur interrompit ma réflexion. D’ailleurs, Lagault s’était déjà mis en position de départ, me posant la main sur l’épaule comme on le ferait à un vieux pote. J’ai juste jeté un « merci beaucoup » avant d’essayer d’occulter les derniers événements pour me concentrer sur le lancement de C’est à vous de le dire. Le petit stress habituel, celui où on se farcit la tête de doutes sur le choix des thèmes du soir, la complémentarité des intervenants, avait pris une épaisseur inédite. J’allais devoir commencer à sonder mes « camarades de jeu » sur leur potentielle envie de visiter prochainement l’Asie.

A la première interruption publicitaire, je me suis rendu compte que Maximilien Lagault avait bien oublié quelque chose dans le studio. Mais c’était indubitablement lors de son second passage ; mon coup d’œil périphérique n’avait pas remarqué auparavant le mince cahier bleu de 48 pages posé sur une tablette.
L’émission passa – plutôt lentement - et l’académicien au regard noir ne revint pas le récupérer. L’oubli était donc éminemment volontaire. Il tenait donc à ce que je sache ce qu’il pensait de toi. Cela relativisait quelque peu sa dernière intervention. De sa part, je n’imaginais en effet aucune forme de mansuétude à ton égard.
Nouveau contrepied. Les premières pages du cahier avaient été arrachées et une seule portait encore trace de l’écriture de l’historien… pardon, du romancier.
« Elle est à Shanghai. Bonne chance à vous »

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MessageSujet: Re: Y a-t-il une vie après Fiona Toussaint ? [Fiona 6 - terminé]   Dim 21 Nov 2010 - 10:11

MERCREDI 3 FEVRIER
Cahier d’Adeline Clément

Voilà c’est fait, c’est passé. Comme ça, on n’en parlera plus. Au choix, j’avais le commentaire de l’éloge funèbre de Le Tellier par Bossuet ou une dissert sur « Les conseils royaux d’Henri IV à la Révolution ». J’ai bien dû hésiter cinq minutes avant de choisir la dissertation. Je ne sais pas pourquoi mais j’ai l’impression que c’était votre sujet à vous et que le texte de Bossuet relevait du choix de Ludmilla. Et savoir que c’est vous qui l’aviez traité me rassurait, allez savoir pourquoi.
Je suis incapable de juger de mon propre travail. Je n’ai jamais su et je pense que je ne saurais jamais. C’est quelque chose qui me trouble lorsque je m’imagine, devenue enseignante à mon tour, face à des copies. Comment parvenir à concilier les bonnes impressions et les impressions négatives ? Avec quelle balance étalonner le positif et le négatif ? Comment transformer tout cela en un nombre qui aura une valeur décisive pour celui qui le recevra ? C’est quelque chose que j’aimerais bien qu’on m’apprenne à faire. Histoire de ne pas essayer de jouer à la fataliste blasée comme je l’ai fait toute la journée auprès de mes amis.
Pour en revenir à mon propre partiel, je sais que j’avais le « matériel » pour traiter ce sujet et quelques bonnes références à placer pour appuyer mon propos. Je crains en revanche de ne pas avoir su structurer ma démonstration de manière totalement logique : le conseil royal s’émiette durant deux siècles en conseils spécialisés mais sans que disparaissent ses traits originels.
De toute manière, il est trop tard pour changer quoi que ce soit. Alea jacta est. Le second semestre commence lundi. Et c’est comme un nouveau départ. Le quatrième en ce qui me concerne… Et j’ai toujours autant de mal à accepter cette idée qu’en milieu d’année, on reparte à zéro. C’est sans doute un héritage du formatage des années du secondaire.
J’aurais, je crois, bien aimé avoir l’avis de Ludmilla sur mes idées, histoire de savoir jusqu’à quel point je m’étais ruinée. Elle m’a semblée fuir par avance les questions et s’est éclipsée, les copies sous le bras, par la porte du bas de l’amphi.
Je continue, quelques heures plus tard, à trouver son attitude très étrange.

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MessageSujet: Re: Y a-t-il une vie après Fiona Toussaint ? [Fiona 6 - terminé]   Dim 21 Nov 2010 - 18:45

MERCREDI 3 FEVRIER
Cahier de Ludmilla Roger

Quand j’ai rallumé mon portable ce matin, une petite enveloppe jaune m’a annoncé l’arrivée d’un sms au cours de la nuit. Provenance : Arthur. Heure d’émission : 1 heure du matin.
J’ai tout de suite pensé qu’il avait pris son temps pour avoir des remords et s’excuser auprès de moi, devenue en quelque sorte ta représentante officielle, pour sa désespérante obséquiosité envers Maximilien Lagault. J’étais tellement remontée que je me suis demandée si je n’allais pas purement et simplement effacer son message sans même le lire : les regrets a posteriori m’énervent au plus au point. Si on regrette, c’est souvent parce qu’on a oublié de réfléchir quand ça en valait la peine. Et là, Arthur, « ton » Arthur, aurait mieux fait d’y réfléchir à deux fois avant de dérouler le tapis rouge de sa langue de bois devant l’académicien pervers et son entreprise négrière.
J’ai finalement décidé de surseoir à l’exécution sommaire du sms, le temps de voir si l’accusé allait prendre conscience qu’on s’excuse de vive voix quand on a de l’honneur et du courage.
Autant te dire que j’ai été durant toute la matinée d’une humeur massacrante. Tu me connais, c’est quelque chose que je ne parviens pas à dissimuler. J’ai donc sagement décidé d’éviter au maximum tout risque de dérapage à la fac en prenant la tangente dès la fin de mes cours. Pas de contacts superflus. Juste bonjour bonsoir.
A la fin de la matinée, j’ai finalement voté en faveur d’une absolution du sms à défaut de l’accorder à son auteur. Je me suis calée dans le fauteuil du bureau (« mon » fauteuil ou « ton » fauteuil, cela commence déjà à ne plus être très clair) et j’ai ouvert le message. Le texte, en dépit des petits caractères, m’a sauté au visage : « Fiona est à Shanghai. Appelle-moi. »
D’une fureur froide je suis passée instantanément à une colère brûlante. Et contre un tout autre destinataire que l’expéditeur du message. Par ma propre sottise, j’avais perdu cinq heures à ronchonner contre un sms qui ne disait pas ce que j’imaginais qu’il disait. Quelle conne !
Je me sentais tellement bête que je ne savais plus très bien comment rappeler Arthur et m’excuser. Lui dire que je n’avais pas allumé mon portable de la matinée, affirmer qu’il n’avait plus de batterie, j’aurais su le faire sans problème et sans que ma voix trahisse en quoi que ce soit l’énormité du mensonge. Non ! Je n’allais quand même pas ajouter la forfaiture à la bêtise ! Cela risquait quand même de faire beaucoup pour une seule matinée. D’un autre côté, lui avouer mes doutes et ma colère c’était me mettre dans une posture ridicule que je n’arrivais pas à assumer. Après tout, il avait bien passé la brosse à reluire à un Lagault au meilleur de sa forme et renforcé son image d’instituteur national et de grand vendeur d’ouvrages historiques. Cela méritait bien mon juste courroux.
Insensiblement, tandis que je débattais de ces différentes options, une idée se forma dans ma tête. Il était quand même extraordinaire qu’Arthur sache précisément où tu te trouvais pile le soir où Maximilien Lagault, si proche des cercles du pouvoir, était son invité. Y aurait-il eu quelques magouilles dans tout cela ? Un deal improbable : « vous me traitez bien et je vous dis où est Fiona ! ». Un deal qui serait intervenu pendant une pause de publicité ou, peut-être, pendant la chronique économique, et qui expliquerait qu’Arthur se soit soudain calmé et ait montré beaucoup plus de mesure – pour ne pas dire plus – envers le futur académicien.
Cela s’agençait parfaitement.
Trop parfaitement pour un lascar du standing de Lagault. Qu’il ait des informations sur toi, à la rigueur pourquoi pas… Mais qu’il les troque contre un peu de modération de la part d’Arthur m’apparaissait comme un gaspillage éhonté. Avec une info de ce calibre, il aurait pu obtenir beaucoup plus… Et déjà éviter le début d’altercation lors de la présentation initiale. A sa place, j’aurais troqué ça contre beaucoup plus. Cela le valait assurément si on se fiait à la bonne vieille loi de l’offre et de la demande. Un Arthur Maurel en situation de quémandeur d’informations, cela ne pouvait que faire monter les enchères. Apprendre ta présence à Shanghai pouvait rapporter bien plus que ce cirage de pompes médiatique.
A supposer bien sûr que cette révélation en soit bien une…

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MessageSujet: Re: Y a-t-il une vie après Fiona Toussaint ? [Fiona 6 - terminé]   Jeu 25 Nov 2010 - 23:41

MERCREDI 3 FEVRIER
Cahier d’Arthur Maurel

Je n’ai pas eu besoin d’aller faire de la retape au dernier étage.
- Le PDG veut te voir tout de suite, me lança Judith avant même que j’ai pu accrocher ma grosse parka au porte-manteau du bureau. J’en sais pas plus…
Quelques volées de marche plus loin, j’arrivais, le doute et l’angoisse chevillés au cœur, dans les hautes sphères directoriales. Moins inquiet peut-être que si Lagault n’était pas repassé me voir la veille… Mais quand même pas rassuré…
Je ne crois pas t’avoir décrit Serge Rioux, le big boss (et vu que le cahier bleu précédent est resté à la maison, je ne peux pas m’assurer que cela n’a pas déjà été fait). Imagine une sorte de prototype de l’énarque modèle. Crâne oblong afin d’y caler toute la science du monde. Front interminable et déboisé pour cause d’abus de réflexions conceptuelles fumeuses. Lunettes à monture métallique fine qui donne l’impression que les verres flottent de part et d’autres d’un nez anguleux. Regard en veille mais dont on devine qu’un rien pourrait suffire à le rallumer en un instant. En dehors du visage, rien à signaler sinon une sobriété vestimentaire confinant presque au rigorisme et une faculté d’adaptation confondante : ce type a quand même dirigé successivement les services d’une sous-préfecture, une raffinerie, une compagnie d’assurances, un cabinet ministériel, une banque au Moyen Orient et enfin RML où il a débarqué il y a deux ans dans le paquetage d’un nouveau pool d’actionnaires.
Ce pedigree impressionnant montre que Serge Rioux sait gérer une boite, repérer et éliminer les points faibles dans une structure, effectuer les choix stratégiques. Pas le genre à faire du sentiment. Du coup, j’ai du mal à admettre que la simple recommandation d’un Maximilien Lagault ait pu l’amener à tenter le pari de ma « mission Asie ». Bien sûr on peut toujours imaginer qu’ils se sont connus par le passé, qu’ils ont appartenu à des cercles de convivialité communs ou se sont croisés dans cette nébuleuse agissante des sommets de l’Etat. Oui, on peut l’imaginer. Pourtant, j’ai la sensation que Lagault y ait allé au flan, confiant dans la puissance de son nom et dans l’éclat de son étoile. Dans la seule perspective de renforcer l’emprise qu’il estime avoir sur moi. A force de lui devoir, il imagine sans doute que je finirai par lui manger dans la main sans trop regarder d’où vient l’avoine.
Ce en quoi il se trompe.
Evidemment.
- Votre collaboratrice ne s’était pas trompée, fit Serge Rioux en me tendant la main avec la chaleur compassée d’un supérieur hiérarchique. Vous êtes pile à l’heure… Et je vous en remercie vivement car je dois partir dans dix minutes pour un rendez-vous médical.
- Un problème, monsieur Rioux ?
- Rien de grave, je vous rassure. Juste un petit test de contrôle… Mais vous savez comment sont nos agendas. On a du mal à y glisser quoi que ce soit. Même une analyse d’urine.
Cela se voulait de l’humour. Dans ma position de quémandeur, je ne pouvais faire autrement que décrocher un sourire trop accusé pour être vraiment honnête. Si, dans les hautes sphères, on imagine que pipi-caca fait toujours rire le bon peuple, le futur du pays est bien mal barré…
Cela se voulait de l’humour et, plus j’y pense, plus je trouve que cela sonnait faux. Il y a des choses qu’un journaliste, après avoir écouté s’agiter pendant des années des centaines de langues de bois, sent parfaitement. C’est une affaire que je me promets de suivre de près. Problème privé de santé peut-être pour le boss… Mais ce problème privé concerne quand même près de 400 personnes.
- Donc, avant de me sauver, reprit-il, j’ai voulu vous annoncer qu’après un long débat hier soir, nous avons décidé de vous donner carte blanche pour votre série d’émissions en Asie. C’est un pari risqué car, vous le savez, la conjoncture est plus que morose et les recettes publicitaires s’étiolent. Un redéploiement de lignes budgétaires devrait permettre de vous assurer une budgétisation suffisante ; il suffira de ne pas envoyer deux journalistes en Afrique du Sud en juin prochain et de leur faire commenter les matchs d’importance secondaire depuis les studios. Selon Christian Ruquin, cela couvrira les frais d’une équipe de dix personnes et vous permettra de mener à bien vos cinq jours d’émission. On ne vous offrira pas forcément des hôtels cinq étoiles mais vous serez quand même dans d’excellentes conditions pour travailler. Qu’en pensez-vous ?
Ce que j’en pensais ? Mais qu’il fallait partir au plus tôt bien sûr ! Première (et longue) étape : Shanghai !
D’un autre côté, le souvenir du malheureux Lebrac, le chef du service des sports de La Garonne libre, que j’avais remplacé et qu’un infarctus avait emporté six mois après sa retraite, me taraudait. Il n’aurait pas aimé ce gros mensonge du journaliste sportif noyé dans une ambiance sonore artificielle pour donner l’illusion de couvrir l’événement sur place. Et pour tout avouer, si tu n’avais pas été au bout de ce projet et de ce voyage, je me serais élevé moi-aussi contre une telle pratique. Il ne faut pas prendre l’auditeur pour un con. Ne serait-ce que parce que c’est lui qui nous nourrit.
- Vous n’êtes pas satisfait ? demanda un Rioux intrigué par mon long silence.
- Parfaitement satisfait, monsieur Rioux. J’essayais juste de mesurer jusqu’à quel point l’intervention de monsieur Lagault, hier soir, avait influé dans votre décision.
- Que vient faire Maximilien Lagault dans votre projet ? s’empourpra soudainement le grand patron. Vous comptez amener ce « monsieur » avec vous ?
- Sûrement pas, dis-je en battant en retraite plus vite que Napoléon en 1812.
Je n’allais quand même pas laisser échapper le voyage en Asie juste parce que j’avais inséré le nom du futur académicien dans la conversation. A en juger par la réaction de Serge Rioux, ce nom-là était persona non grata devant lui. De là à imaginer que l’autre m’avait raconté des craques juste pour faire son intéressant, il y avait un pas que je n’eus guère d’effort à faire.

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MessageSujet: Re: Y a-t-il une vie après Fiona Toussaint ? [Fiona 6 - terminé]   Sam 18 Déc 2010 - 23:37

MERCREDI 3 FEVRIER
Cahier de Ludmilla Roger

J’attendais un Arthur Maurel triomphal, du moins régénéré, au bout du « fil ». Ce fut rigoureusement le contraire. C’était décidément la journée des déconvenues.
- Fiona en Chine ? fit-il embarrassé. Je crains de m’être un peu trop emballé…
Il m’expliqua les doutes nés de son entretien avec le directeur de RML. Sa conclusion était désormais sans équivoque : Maximilien Lagault s’était bien foutu de lui, il en était désormais bien assuré. Mais pourquoi ? Par envie de se moquer de lui en lui donnant une bonne leçon ? Pour lui rappeler une fois de plus qui tenait les cartes ? Pour mieux brouiller celles-ci ? Là, en revanche, la perspicacité du journaliste, pourtant habitué aux menteurs et autres arracheurs de dents de tous poils, était prise en défaut.
- Cela n’a aucun sens, dis-je. Soit il sait et il peut marchander sa révélation. Soit il ignore tout et il bluffe. Mais en agissant ainsi, en vendant du vent, il ne peut que se faire un ennemi de plus… Et un ennemi qui a un micro devant la bouche cinq jours par semaine à une heure de grande écoute, ce n’est pas un ennemi qu’on provoque à la légère.
Bizarrement, c’est moi qui en venais à croire en la véracité des propos de Lagault. Juste parce que, dans ma logique cartésienne d’historienne, son attitude ne pouvait se concevoir. Ce type, en bon discipline de Machiavel, était tout sauf dérangé.
Arthur a rapidement abrégé la communication. Son passage à l’étage de la direction lui avait coûté une partie de son temps de travail de l’après-midi. Il devait mettre les bouchées doubles.
- De toute façon, me dit-il en prenant congé, l’opération Asie est lancée. Dans un mois, je serai à Shanghai. Si Fiona est là-bas, je la trouverai.
Ce n’était pas la première fois qu’il formulait une telle certitude. Il me sembla que, cette fois-ci, il n’y croyait pas vraiment.

Après avoir raccroché, j’ai regardé le paquet de copies ramassées ce matin. Il formait un ensemble compact et haut d’environ dix centimètres. Combien d’heures pour en venir à bout ? Trop sans doute pour mon inexpérience de cet exercice professoral classique ; tout ce que je connaissais dans le genre se limitait à des dictées et à des séries de multiplication de niveau CM1. A voir Marc passer beaucoup de son temps sur ses copies, j’avais fini par comprendre qu’il ne suffit pas de lire pour corriger. Il doit se passer bien autre chose qu’une simple notation si on veut que l’évaluation ait un intérêt, une valeur et un impact. J’allais avoir besoin de ses conseils avisés avant d’oser me lancer… et aussi avoir une plus grande sérénité que celle qui m’habitait en cet instant.
Avec un fort sentiment de trahison de « mes » étudiants, je fis glisser le paquet dans un tiroir du bureau. Je me votai d’instinct un moratoire sur cette correction jusqu’à demain. Le temps d’oublier l’espoir né du sms d’Arthur, le temps de percer à jour le stratagème de Maximilien Lagault, le temps de me mettre un peu en paix avec moi-même.

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MessageSujet: Re: Y a-t-il une vie après Fiona Toussaint ? [Fiona 6 - terminé]   Lun 20 Déc 2010 - 3:19

MERCREDI 3 FEVRIER
Cahier de Robert Loupiac

Le temps passe à une vitesse folle. Je n’ai pas vu passer la journée d’hier et sans doute que celle-ci m’aurait vu négliger de jeter quelques mots sur ce cahier si je n’avais croisé Ludmilla dans le hall de l’UFR d’Histoire. Elle s’en allait et j’arrivais. On s’est à peine parlé.
Et puis j’ai trouvé, dans un tiroir du bureau, les copies d’examen final de « vos » étudiants. Cette forme de fuite, cet abandon de copies, cela sentait l’acte manqué, le refus d’assumer une position. J’ai alors pensé que tu n’aurais jamais réagi comme elle… Enfin la Fiona Toussaint que je connaissais car celle de la carte postale du Caire continue à me tordre l’âme sous un chalumeau de questions sans réponses.
Alors, je me suis dit qu’il fallait reprendre ce dialogue à une voix. Ecrire pour témoigner de ce que nous vivons depuis déjà trop longtemps. Deux semaines et quelques jours, c’est déjà une éternité. Ton absence nous change sans que nous nous en apercevions.
Hier soir, j’ai trouvé Arthur Maurel pathétique face à Maximilien Lagault. J’espérais secrètement qu’il oserait lever le masque de l’instituteur national pour révéler à la France les mensonges et les turpitudes que ce pseudo-historien traîne derrière lui. Rien de tout cela ne s’est produit. Arthur, « ton Arthur », a été une véritable carpette dès lors qu’il a trouvé en face de lui un semblant de résistance. Il en savait sans doute assez pour contraindre l’autre à battre en retraite. Il ne l’a pas fait. Quelle déception !
Ludmilla paraît débordée et les premières failles commencent à s’ouvrir en elle. Que privilégier dans sa vie ? Le travail ? Le couple ? La recherche ? Mener tout cela de front avec succès n’est guère envisageable. Elle devra choisir et sans doute, inconsciemment, s’en est-elle déjà rendue compte. Ces copies dans le tiroir, pour moi, cela veut tout dire. C’est déjà un choix.
Quant à moi qui comptais encore les semaines avant la quille il y a peu, je me prends à hésiter face à l’obstacle. Je m’étais dit que la recherche érudite était désormais terminée pour moi, que rien ne pourrait plus me forcer à replonger ma vue basse et mes bésicles à gros verres sur de vieilles archives poudreuses. Seulement voilà, l’idée d’une synthèse finale à mes travaux s’est mise à me labourer l’esprit hier matin pendant que je surveillais un examen. A voir les étudiants courbés sur leurs feuilles, je me suis rendu compte que ce qu’ils vivaient m’était à jamais interdit. Combien auraient ri si je leur avais proposé d’échanger nos rôles ? A eux la présence en haut de l’estrade, à moi le stress et le défi d’un sujet à dompter. Sans rire. Ils m’auraient pris pour un fou. Alors que c’est juste une question de bon sens : on ne rêve que de ce qu’on n’a pas. Ils veulent la réussite, je voudrais leur jeunesse et leur fâcheuse insouciance. Alors, puisque je ne pourrais pas rajeunir, autant essayer de garder une activité intellectuelle qui me permettra de ne pas vieillir trop vite.
Pour cela, je compte sur le soutien et l’amitié des gens qui m’ont accompagné durant ma vie privée et professionnelle. On applaudit bien le vieux clown dans son dernier tour de piste. Alors pourquoi pas moi ?
J’aimerais tant que tu sois dans le public.
Dépêche-toi de revenir.

MERCREDI 3 FEVRIER
Cahier de Liane Faupin

Les sautes de moral sont terribles. Tantôt je m’enfonce dans la conviction que rien ne pourra me sauver d’un échec programmé, tantôt je me mets à planer lorsque je m’aperçois que ma mémoire absorbe les faits, les dates, les problématiques avec la facilité d’une éponge dernière génération.
Je ne sais pas si les cours de Fiona Toussaint me seraient d’une grande utilité. Ce qu’elle sait je crois l’avoir intégré depuis le départ. Mais le reste ! Mon Dieu, le reste ! C’est comme un puits sans fond ou le tonneau des Danaïdes. Plus on creuse une question et plus elle explose en dizaines de ramifications nouvelles, de pistes déconcertantes. On croit saisir ce qu’est la romanisation. Terrible mirage ! Un exemple pris ailleurs dans l’Empire romain occidental balaye cette pauvre définition. Que tout cela est fragile.
Et que je me sens seule.

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MessageSujet: Re: Y a-t-il une vie après Fiona Toussaint ? [Fiona 6 - terminé]   Lun 20 Déc 2010 - 13:19

MERCREDI 3 FEVRIER
Cahier de Ludmilla Roger

J’ai récapitulé toute l’après-midi les tenants et les aboutissants de ta disparition. J’avais bien d’autres choses à faire, me diras-tu… Oui mais voilà, il n’y a rien qui ne me presse autant que d’avoir de tes nouvelles. Des vraies, des bonnes, des sûres. Pas des hypothétiques douteuses comme avec Maximilien Lagault. Pas des frelatées comme avec tes cartes postales égyptiennes. Je veux savoir !
Il y a quelque chose qui m’échappe dans cette fuite. Je n’arrive pas à mettre le doigt dessus et pourtant j’en ai envisagé des options ! Y compris un truc très con qui pourrait s’appeler la peur du bonheur.
Et si tout se résumait à cela après tout ! Tu réussis dans ta vie professionnelle, tu viens d’écarter les grands méchants qui pourrissaient ta vie privée et tu as du même coup trouvé l’amour que tu n’avais jamais vraiment cherché. Ce vieux fond de fragilité traqueuse qui ne t’a jamais quitté a pu largement trouver dans tout cela matière à faire ressurgir de ces bouffées d’angoisse panique qui paralyse ton jugement. T’imaginer ainsi « fuir le bonheur de peur qu’il ne se sauve » comme le dit la chanson m’a retenu une bonne demi-heure avant que je ne glisse vers une autre hypothèse. Sans mettre pour autant le doigt sur ce qui ne colle pas.
En désespoir de cause, je me suis rendue au siège de la police municipale. Je n’avais que trop tardée à tenter de lancer sur ta trace l’énigmatique flic au super ordinateur. Sans doute parce que je restais intimement persuadée qu’il était le complice premier de ton escamotage avec sa capacité à bidouiller tout ce qui se code en bits. C’était cependant un point que je n’avais pas vérifié et cette pièce du puzzle méritait au moins d’être clairement agencée dans le tableau de l’affaire. Il pouvait y être pour quelque chose et nier, bien sûr… Ou n’y être pour rien et mettre à notre disposition la puissance énorme de son Victor. Cela ne coûtait rien d’essayer.

Derrière la banque de l’accueil, une officière de police finissait de renseigner un quidam dont la voiture avait été vandalisée sur un parking pendant l’après-midi. Je trompais l’attente en observant la jeune femme. Pour un flic en tenue, elle avait à la fois classe et charme. Je me fis la réflexion qu’elle devait se retrouver plus souvent qu’à son tour préposée aux missions d’accueil. Quelque part on a de ces idées débiles et toutes faites dans la tête : pour entrer dans la police, une femme doit se sentir hommasse, rêver gros calibres et belles bagarres. Celle dont j’attendais le secours portait des ongles longs, faux sans doute, et bien peints. La couleur des lèvres, parfaitement dessinées et pulpeuses, étaient rigoureusement la même que celle des dits ongles vernis. Lorsqu’elle parlait, sa chevelure s’agitait mais revenait toujours en place avec grâce… et une fluidité qu’on ne trouve que dans les pubs pour laques capillaires. Cela allait tellement à l’encontre de mes représentations que je me pris à regarder autour de moi pour vérifier qu’il n’y avait pas de caméras cachées. Evidemment, il y en avait ! A tous les angles du hall. Des caméras de vidéosurveillance. Rien que de très normal.
L’homme à la voiture vandalisé ayant été mis en contact avec un officier chargé d’enregistrer sa plainte, la fliquette-mannequin de l’accueil revint prendre sa place et m’indiqua d’un regard appuyé qu’elle était prête à m’entendre.
- Bonjour, dis-je.
- Bonsoir madame, répondit-elle en insistant un peu lourdement sur le « soir ».
- Je n’ai rien de particulier à signaler, expliquai-je. J’aimerais savoir si je pourrais rencontrer l’inspecteur Nolhan.
Elle eut un trouble en entendant ce nom. Quelque chose de furtif mais de suffisamment fort pour faire pâlir son regard émeraude.
- C’est impossible, madame… L’inspecteur Nolhan a été muté en début de semaine dernière.
Vérité ou mensonge ? La réaction première de la jeune officière de police pouvait largement me faire douter de la réponse qui avait suivi. D’autant qu’elle omit de me demander dans la foulée pour quelle affaire je souhaitais rencontrer l’inspecteur. Ce qu’il me semble qu’elle aurait dû faire automatiquement.
J’en remis donc une couche.
- C’était pour une affaire financière importante et je m’étonne qu’il ne m’ait pas contactée avant de partir.
C’était à mon tour de balancer entre mensonge et vérité. Il travaillait bien effectivement sur quelque chose pour mon compte, la disparition du capital initial de Parfum Violettes… Sauf que je n’étais réellement propriétaire de cette raison sociale que depuis quelques jours. Donc après qu’il eût été muté s’il fallait en croire Virginie Roncourt – le nom était inscrit sur le badge épinglé à l’opposé de l’écusson Police nationale.
L’officière de police se rapprocha légèrement de moi et, baissant la voix, murmura trois phrases qui ne quittent pas mon esprit depuis.
- Nous non plus, on ne comprend pas. Il a été muté dans un service à Paris que personne ne connaît pour une mission que personne ne comprend… Mais il continue quand même à suivre les affaires en cours sur Toulouse.
Virginie Roncourt poussa vers moi un formulaire normalisé dont elle avait au préalable barré certaines parties.
- Remplissez ceci. Je lui faxerai à la fin de mon service.

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MessageSujet: Re: Y a-t-il une vie après Fiona Toussaint ? [Fiona 6 - terminé]   Mar 21 Déc 2010 - 0:49

MERCREDI 3 FEVRIER
Cahier d’Arthur Maurel

La routine a ceci de bon qu’elle vous permet de vous tirer des embûches les plus complexes. Avec le retard accumulé en début d’après-midi, la préparation de l’émission de ce soir aurait dû devenir problématique… D’autant que je passais plus de temps à m’invectiver silencieusement à propos de ma naïveté qu’à réfléchir aux lancements des chroniqueurs et aux questions à poser à l’invitée du soir.
Seulement comme tout était désormais réglé comme du papier à musique, comme chacun savait ce qu’il avait à faire, la préparation du rendez-vous de 18 heures se fit proprement quoique de manière accélérée. On fit sauter la pause de 16h30 pour regagner dix minutes… ce que les intoxiqués au tabac n’acceptèrent pas de gaité de cœur mais sans en faire pour autant une montagne.
C’est à vous de le dire ne posa guère plus de problèmes, la chance ayant voulu que je n’eusse ce soir autour du micro que des polémistes calmes, polis et disciplinés. Là encore, tout se cadra en deux-trois brefs coups de téléphone.
D’où vient alors que je quittais les studios d’une humeur massacrante ? Mais de l’impression rien moins que diffuse de m’être fait enfumer dans les grandes largeurs par Maximilien Lagault bien sûr ! Hier soir, j’étais sur une sorte de petit nuage. Aujourd’hui j’en étais tombé pour venir « manger la planète » sans ménagement. L’envie d’aller dire au pseudo-académicien ses quatre vérités faisait plus que me titiller. Seulement voilà, je savais bien que c’était impossible… Du moins terriblement dangereux. On ne massacre pas le visage d’un proche du pouvoir à coups de poings sans risques. Alors, j’ai remonté mon col, ravalé ma rancœur et j’ai marché vers l’Elysée. Là-bas au moins, je connaissais quelqu’un qui pourrait peut-être me rencarder sur les allusions de Lagault et sur ta disparition.
Je n’avais que trop tardé – par fierté sans doute – à faire entrer en ligne la cavalerie lourde. Bien sûr, les services de police – a fortiori les services secrets – ne perdent pas leur temps à retrouver une personne qui choisit volontairement de s’évaporer. Ce que Maximilien Lagault, peut-être à son corps défendant, m’avait fait comprendre, c’est que tu n’étais peut-être partie d’aussi plein gré que ton mail semblait l’indiquer. Et là, évidemment, cela changeait tout.

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MessageSujet: Re: Y a-t-il une vie après Fiona Toussaint ? [Fiona 6 - terminé]   Mar 21 Déc 2010 - 14:44

MERCREDI 3 FEVRIER
Cahier De Ludmilla Roger

Moi je voulais rencontrer Jean-Gilles Nolhan… Le fait de devoir passer par une intermédiaire pour lui dire ce que je voulais lui dire m’indisposait grandement. Je suis donc restée un bon moment les yeux dans le vague à chercher une formulation pour ma demande qui puisse être claire pour celui qui la recevrait et totalement nébuleuse pour Virginie Roncourt qui la faxerait. Ce n’était pas simple…
En désespoir de cause, j’ai gratté quelques mots aussi insipides que possible : « Nous espérons toujours des nouvelles des fonds disparus dans ce paradis fiscal que vous disiez avoir identifié. Cette disparition demeure inquiétante. Fiona Toussaint et Ludmilla Roger ».
Si Nolhan était aussi brillant que tu me l’avais assuré, il remarquerait forcément l’allusion à la « disparition » dans la seconde phrase ; lui ayant plusieurs fois confirmé que tu pouvais fort bien survivre sans cet argent, il ne pourrait que s’interroger… Surtout en voyant deux noms à la signature. Enfin c’est ce que j’espérais avec un vieux fond de naïveté enfantine. Parce que si – cela restait mon hypothèse de travail « préférée » - Nolhan était bien celui qui t’avait aidée à disparaître (sa fameuse « mutation » ?), il n’y avait aucune chance d’obtenir la moindre réponse.
- Vous êtes Fiona Toussaint ? me demanda Virginie Roncourt.
Quelque part – et cela énervait Marc depuis le dernier week-end – je le devenais un peu plus chaque jour mais de là à répondre « oui » il y avait plus qu’un pas à faire. Une vrai révolution mentale et culturelle. Je répondis donc « non » sans enclencher dans la foulée le « pourquoi » qui me brûlait les lèvres.
- Dommage !… J’aurais bien aimé avoir de ses nouvelles… Mon petit frère est en fac d’Histoire et il a Fiona Toussaint comme prof… d’histoire moderne, c’est ça je crois.
Je confirmai sans ajouter que désormais sa prof c’était moi. Je le voyais bien le Jérôme Roncourt. Une espèce de bellâtre qui essayait plus ou moins de draguer à tour de rôle toutes les filles de l’amphi. Cela se ressentait dans ses études. Sa copie serait sûrement une des plus faciles à corriger : elle ne comportait que trois pages.
- Il m’a signalé sa « disparition » comme il dit… en me demandant si je pouvais enquêter là-dessus. Après avoir été en photo dans un magazine people, elle s’est volatilisée d’un seul coup m’a-t-il dit.
- Et vous l’avez fait ? demandai-je soudain intriguée et intéressée. Je veux dire, enquêter.
- Non, répliqua fermement Virginie Roncourt. Je n’en ai pas le droit.
Pouvait-elle dire autre chose ? Un officier de police n’est pas un privé. Il n’a pas la liberté de choisir lui-même d’investiguer sur une affaire sans y être autorisé.
- Mais, ajouta-t-elle, je vois que vous parlez vous aussi de disparition dans votre message à l’inspecteur Nolhan. C’est quand même une coïncidence troublante !
Ce fut à mon tour de rester sans répondre. Pouvais-je imaginer aussi en écrivant des quelques mots que ton nom allait déclencher des envies d’inquisition chez la fliquette ? Je m’étais fourrée dans un piège à la con.
- Je termine mon service à 21 heures, reprit-elle. Accepteriez-vous que nous allions boire un verre quelque part pour éclaircir cette « coïncidence » ?
Que répondre ?
D’un côté, cela m’emmerdait que la policière vienne mettre son nez dans cette histoire… mais quelque part c’était une alliée potentielle pour pénétrer les mystères de ta fugue « asiatique ».
- Je vous attends.

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MessageSujet: Re: Y a-t-il une vie après Fiona Toussaint ? [Fiona 6 - terminé]   Mar 21 Déc 2010 - 15:28

MERCREDI 3 FEVRIER
Cahier d’Arthur Maurel

Fallait-il que je sois inconscient – ou optimiste quant aux vertus de ma carte de presse – pour espérer que le portail d’entrée du palais présidentiel s’ouvrirait sur ma simple demande ? Et que dire de la crédulité qui m’avait amené à imaginer qu’étant déjà venu un peu plus de quinze jours plus tôt en ce même lieu, on m’y reconnaitrait et on me donnerait l’entrée sans discuter. Le fait de connaître – et d’être connu – du capitaine Jacquiers, un des chefs de la cellule de sécurité de l’Elysée, me paraissait être un plus indéniable et décisif. D’ailleurs, cela tombait bien, c’était justement lui que je venais voir.
Le planton, qui ne partageait pas ma forme de logique, me repoussa poliment la première fois, plus vigoureusement la seconde.
- Puisque je vous dis que c’est important ! m’emportai-je usant sans la moindre originalité d’une formule poncif pour dialoguiste de films d’aventures de série B.
- Je ne suis pas autorisé à déranger le colonel Jacquiers…
Bigre ! Il y avait eu de la promotion depuis ma dernière visite. De capitaine à colonel ! Quel bond ! La présidence savait vraiment récompenser ses fidèles serviteurs.
- Fort bien. Ne le dérangez pas… Je m’adresserai directement à lui demain soir pendant mon émission à la radio. Je suis certain que cela fera de nombreux heureux dans cette grande maison.
Je désignai d’un geste ample tout ce qui se cachait derrière la haute grille et les épais murs aux pierres ocrées.
Mon mouvement provoqua des réactions instantanées car j’entendis claquer dans mon dos plusieurs portières. La cavalerie, planquée dans une demi-douzaine de voitures garées de l’autre côté de la rue du faubourg Saint-Honoré, accourait au secours du planton.
- Monsieur, je vous demande de circuler…
Le nouvel arrivant ne poursuivit pas son insistante demande après qu’il eût distingué mes traits dans la lumière orangée du lampadaire.
- Monsieur Maurel, c’est vous ?…
Inutile de brandir ma carte professionnelle pour le prouver. Le flic paraissait bien me connaître et, pour tout dire, son visage ne m‘était pas inconnu non plus.
- Capitaine Patrick, se présenta-t-il voyant que j’avais du mal à le « remettre ». Forces spéciales… Nous nous sommes rencontrés il y a peu au cours d’une certaine opération dont je ne dirais rien ici comme vous pouvez le comprendre.
Le géant blond me broya la main sous prétexte de me la serrer ce qui m’interdit toute possibilité de réplique.
- Voulez-vous me suivre ? reprit-il. Je crains que le motif de votre visite ne relève en rien des domaines d’intervention de ces messieurs.
Il fit un signe pour indiquer que tout allait bien et que chacun pouvait regagner son poste de surveillance. Puis, avec des gestes que je jugeais étrangement amicaux à mon endroit, il m’entraina à sa suite pour une petite promenade dans le quartier.
- Ici, nous pourrons causer à l’aise et sans risque d’être entendus par de grands curieux. Qu’ils soient avec nous ou contre nous…

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MessageSujet: Re: Y a-t-il une vie après Fiona Toussaint ? [Fiona 6 - terminé]   Mar 21 Déc 2010 - 17:33

MERCREDI 3 FEVRIER
Cahier de Ludmilla Roger

La Casa Milanaise devait être une sorte de cantine pour les policiers du commissariat central car lorsque Virginie Roncourt pénétra dans l’établissement plusieurs bras se levèrent dans sa direction pour la saluer. Elle répondit avec de grands sourires dont il était clair qu’ils avaient des vertus incendiaires sur ceux qui les recevaient.
On n’était pas dans un grand resto mais l’atmosphère était chaleureuse. A l’entrée de l’avenue des Minimes, aux portes de ce qui avait été le royaume de Claude Nougaro, la Casa Milanaise se présentait comme une réduction gastronomique de l’ouest méditerranéen. Le néon à l’entrée, un peu fatigué, annonçait en bleu et rouge pâles qu’ici on servait aussi bien des pizzas, de la paella que du couscous. On y trouvait donc l’ambiance du restaurant de quartier, entre la boucherie et une agence immobilière, la chaleur d’un territoire où tout le monde se connaît et s’apprécie.
- Une table pour deux ? s’enquit la serveuse dont la couleur de peau hâlée évoquait bien le soleil d’une Méditerranée de carte postale.
- Exactement, répondit l’officière de police. Si possible un peu à l’écart de mes collègues.
- Je comprends, répondit la serveuse avec un sourire entendu.
Elle nous conduisit vers une table qui faisait office de frontière entre la salle et la cuisine.
Je n’avais rien compris au sourire convenu sinon que Virginie Roncourt devait fréquemment venir ici accompagnée mais désireuse de calme. Accompagnée de qui ? Je crois que cela ne me regarde pas… Pour l’instant du moins…
- Alors, me demanda-t-elle à brûle-pourpoint en profitant du départ de la serveuse, qui a disparu ? Votre argent ou Fiona Toussaint ?
J’avais eu près de trois quarts d’heure pour définir ce que j’étais prête à révéler à la policière. Ce temps-là ne m’avait guère permis de trouver une réponse acceptable à toutes mes interrogations en la matière. Notamment celles-ci… Pouvais-je lancer des flics sur tes traces si tu avais choisi volontairement de disparaître ? Etait-ce digne de notre amitié ?
- Madame, je…
- Appelez-moi Virginie… Je ne suis plus en service… Et quelque chose me dit que nous sommes amenées à nous revoir souvent.
- Vous m’appellerez donc Ludmilla, fis-je heureuse de trouver dans cette présentation un dérivatif commode à la question posée.
Dérivatif fugace car Virginie Roncourt revint à la charge avec la furia d’un Gaston de Foix à la bataille de Ravenne.
- Fiona Toussaint a bien disparu sans raison évidente ?
- Elle doit avoir fait forte impression sur votre frère pour que vous vous attachiez ainsi à cette question.
Ce n’était pas une réponse mais un évitement. Je compris à l’éclair vert dans le regard de la policière que celle-ci acceptait mal mes coups de pied en touche.
- Elle a disparu sans vraiment disparaître, repris-je tout aussi embarrassée. Quelqu’un qui vous dit qu’il veut changer de vie, vous estimez qu’il disparaît ?
Ce fut à Virginie Roncourt d’hésiter avant de répondre.
- Si on se fonde sur la loi, non… Mais si cette décision peut avoir été motivée par des pressions, des menaces ou toutes autres circonstances, alors on doit observer les faits de plus près.
- Nous sommes d’accord sur ce point, concédai-je. Fiona Toussaint n’a pas disparu. Elle a annoncé qu’elle quittait ses fonctions et le pays pour vivre ailleurs et autrement. Cela peut se respecter…
- Sauf pour une amie proche qui n’y croit pas une seule seconde ?
C’était mettre le doigt sur le point central et crucial de l’affaire.
- Cela ne se pose pas exactement de cette manière-là. J’y ai cru… Et plus les jours passent, moins j’y crois.
- Parce que ?…
- C’est très compliqué à expliquer…
- Nous avons toute la soirée. Ici, on ne ferme pas avant une heure du matin.
- Je ne pourrais pas rester aussi longtemps, je travaille demain.
- Dans ce cas, ne perdez pas de temps à tourner autour du pot, répliqua Virginie Roncourt. Expliquez-moi le mystère de l’évaporation de Fiona Toussaint.

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MessageSujet: Re: Y a-t-il une vie après Fiona Toussaint ? [Fiona 6 - terminé]   Mar 21 Déc 2010 - 20:29

MERCREDI 3 FEVRIER
Cahier d’Arthur Maurel

La perturbation, dont Francis Coupeau, le monsieur météo de RML, avait annoncé qu’elle jetait ses derniers feux, choisit précisément le moment où nous nous engagions, silencieux l’un et l’autre, sur l’avenue de Marigny pour lâcher un gros paquet de pluie. Le capitaine Patrick remonta le col de son blouson sans desserrer les dents. Je pris l’initiative de me rapprocher des arbres qui séparaient la contre-allée de l’avenue proprement dite pour atténuer quelque peu l’effet de cette douche froide. Le militaire dut croire que je voulais attendre à l’abri, bien maigre d’ailleurs, des marronniers la fin de l’averse et m’interpela.
- Ne restons pas là, dit-il… Avançons encore…
En matière d’inconfort, j’avais connu quand je baroudais de par le monde des situations bien pires que celle-ci. L’idée qu’une pluie froide puisse m’incommoder autant me fouetta l’esprit me faisant prendre conscience de mon embourgeoisement. Je m’abstins donc de toute remarque et emboitai le pas du capitaine dont le rythme s’était accéléré.
Au bout de l’avenue, la lourde structure du Grand Palais illuminé se détachait à chaque pas davantage des frondaisons grises de la rangée d’arbres. Il me vint alors en tête que ce chemin n’était peut-être pas aussi innocent qu’il y paraissait : de l’autre côté des Champs-Elysées, il y avait l’avenue Eisenhower et, dans le prolongement de celle-ci, la rue Jean Goujon et les studios de RML. Le militaire avait peut-être imaginé qu’il me fallait repasser à la radio avant de rentrer chez moi et il me raccompagnait tout simplement. Ou bien, il voulait juste échapper à la proximité du palais présidentiel et aux « képis » semés un peu partout autour et cet itinéraire relevait du plus pur hasard. Comment savoir ?
L’averse s’arrêta aussi vite qu’elle était survenue alors que nous traversions « la plus belle avenue du monde » selon une terminologie cocardière et totalement subjective.
- Ce sera mieux sans ça, fit le militaire qui accéléra encore l’allure.
J’aurais bien crié grâce en lui rappelant que j’avais presque le double de son âge. Cela ne lui aurait sans doute fait ni chaud ni froid. D’un autre côté, cette décision de me conduire loin d’oreilles potentiellement curieuses faisait plus que me titiller l’esprit. Que savait-il qu’il n’était pas bon que d’autres entendent ?
Au bout de l’avenue Marigny, la capitaine Patrick continua tout droit pour passer, via l’avenue Winston Churchill, entre le Petit et le Grand Palais. Je trouvais de plus en plus cette promenade touristique et sportive en pleine nuit d’hiver un peu déplacée. Au bout de cette avenue, il y avait les tours dressées du pont Alexandre III et le dôme doré des Invalides. Et puis plus loin encore… Merci bien camarade mais je connaissais assez mon Paris pour le visiter sans lui ! Surtout ce secteur-là ! Il était temps de passer à autre chose qu’à cet exercice qui pour mon corps encroûté avait déjà des allures de raid commando.
- S’il vous plait ! De grâce ! N’est-on pas déjà assez loin ?
Le militaire manqua me répondre que non puis il se retourna, considéra la distance parcourue et se détendit en me décochant un franc sourire.
- Je crois que cela peut aller… Je crains de devenir trop méfiant sur mes vieux jours.
Cela me fit bien rigoler, il ne devait même pas avoir 25 ans.
- Pourquoi voulez-vous voir le colonel ? me demanda-t-il sans me laisser le temps d’évacuer ma crise d’hilarité.
Je ne me souvenais pas avoir mentionné le nom de Jacquiers depuis qu’il m’avait écrabouillé la main dans sa pince musclée. Avait-il entendu le dialogue avec le planton ?
- Qui d’autre seriez-vous venu voir au Palais ? ajouta-t-il pour dissiper mon trouble. Le Président ne reçoit pas à cette heure-ci.
- Un point pour vous. Effectivement, c’est le colonel Jacquiers que je souhaitais rencontrer.
- J’en reviens donc à ma question initiale. Que lui vouliez-vous ?
Si j’avais imaginé que le capitaine Patrick avait des choses à me dire, je m’étais fourré le doigt dans l’œil. Il voulait plutôt être au calme pour m’écouter.
- Je voulais lui parler du sort de Fiona Toussaint.
- Nous savons qu’elle a quitté la France, répondit le militaire. Le reste ne nous concerne plus.
- Le reste me concerne, fis-je remarquer avec humeur.
Je n’avais pas marché comme un dingue sous la flotte pour m’entendre dire ça. Quitte à se laver les mains sur ton sort, il aurait pu le faire pendant l’averse, cela aurait eu au moins une certaine logique.
- C’est possible…
- Avez-vous joué un rôle là-dedans ? demandai-je sans que ma voix ait encore retrouvé une intensité mesurée.
- Vous comprenez pourquoi je souhaitais vous conduire loin du Palais, lança le capitaine. Vous n’êtes pas prêt à entendre et à accepter ce qui s’est passé.
- Au contraire ! Je ne demande que cela !…
L’agent des forces spéciales coupa court à ma requête par un silence interminable de plusieurs secondes.
- Après les événements que vous savez au « Château », mademoiselle Toussaint a été maintenue en sécurité le temps de rencontrer le président. Après quoi nous lui avons rendu sa liberté.
- C’était quand ?
- Sa « libération » ?… Le 22 janvier… Le vendredi… Nous lui avons proposé de la raccompagner chez vous ou à Toulouse, elle a refusé en arguant qu’elle voulait rassembler ses idées et faire le point.
- Il y avait de quoi !
- Je le crois aussi… Monsieur Maurel, s’il vous plait, ne le prenez pas avec moi sur ce ton. Vous faites fausse route si vous pensez que le sort de mademoiselle Toussaint ne m’importe pas. Comme j’ai eu l’occasion de le lui dire, elle a été mon professeur à la fac d’Amiens et c’est une personne pour laquelle j’ai le plus grand respect…
- Je vais donc essayer de me contenir, dis-je avec une certaine mauvaise volonté.
- J’ai déposé personnellement mademoiselle Toussaint, avenue Hoche, devant l’hôtel Royal Monceau.
- Mais ! m’exclamai-je. Vous m’aviez logé précisément au Royal Monceau !…
- Je sais bien, monsieur Maurel. C’est là encore une excellente raison pour moi de vous avoir conduit un peu à l’écart ce soir. Si mademoiselle Toussaint n’est pas entrée pour vous retrouver, c’est que sa décision était déjà prise en son for intérieur. Elle devait partir.
Le coup était rude. Tu avais essayé de me revoir et tu t’en étais sentie incapable. Ou plutôt, tu avais fini par ne pas en voir l’intérêt… Ce qui était pire.
- Que s’est-il passé ensuite ? questionnai-je avec une boule dans la gorge qui enflait à chaque syllabe.
- Mademoiselle Toussaint est revenue vers la voiture, a pris la confortable enveloppe que nous avions préparée pour ses « faux-frais » et elle est entrée d’un pas résolu dans la banque en face de l’hôtel. Un CIC si vous voulez tout savoir.
- Et après ?
- Après ? Je suppose qu’elle a ouvert un compte, qu’elle y a placé une grosse partie de ce que je lui avais remis, qu’elle a appelé un taxi et qu’elle est allée se planquer dans un hôtel moins reluisant et plus discret toute la journée. Nous n’avons retrouvé sa trace que le soir même quand elle a embarqué sur un vol pour Shanghai via le Caire et le Qatar.
- Et depuis ?
- Depuis, elle fait ce qu’elle veut… Elle est libre, non ?
Sans la moindre considération pour ma détresse, le capitaine Patrick me salua, tourna les talons et, en petites foulées, repartit vers l’Elysée.
Je crois que je n’ai jamais trouvé les quais du métro aussi tristes, gris et froids que ce soir.

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MessageSujet: Re: Y a-t-il une vie après Fiona Toussaint ? [Fiona 6 - terminé]   Mer 22 Déc 2010 - 0:19

MERCREDI 3 FEVRIER
Cahier de Ludmilla Roger

Une belle pizza dans mon assiette contre une portion généreuse de paella dans celle de Virginie Roncourt. Cette agréable rencontre dans ce petit resto de quartier aurait pu se limiter à cela et sans doute que j’en serais rentrée avec plein de petits fourmillements gustatifs dans les papilles.
Hélas ! Ce repas fut aussi un drôle d’affrontement entre deux volontés. Une de plus en plus inquisitrice au fur et à mesure que je livrais des détails sur ta « disparition ». L’autre – la mienne - de plus en plus mal à l’aise à chaque fois que, coincée par une question, je devais en dire un peu plus. A ce petit jeu, la professionnelle partait avec un avantage éhonté qu’elle sut mettre à profit pour me tirer les vers du nez.
- Donc, si je récapitule, fit-elle tandis qu’on nous apportait les desserts, Fiona Toussaint vous a laissée un message pour signaler son envie de vivre ailleurs et autrement. Elle a visiblement quitté la France pour la Chine en faisant une halte en Egypte. Elle a abandonné entre vos mains tout ce qu’elle avait pu créer, y compris – sans l’avoir imaginé – son poste d’enseignante à la fac. Et vous vous demandez comment elle a pu partir et la réalité de ses motivations.
- C’est à peu près ça, concédai-je.
- La campagne de presse…
- Une simple couverture dans un magazine, fis-je observer.
- Certes… Mais la chose a dû être bien relayée sur le net et faire le buzz comme dit mon frangin.
- Je n’ai pas vérifié mais c’est largement envisageable.
- On peut donc imaginer que cette célébrité, jointe aux antécédents médiatiques de Fiona Toussaint, ait pu l’amener à cette fuite.
- C’est ce que j’ai d’abord cru.
- Mais vous n’y croyez plus ? remarqua Virginie Roncourt.
- Cela ne s’articule pas aussi bien qu’à première vue.
- Parce que la rupture est trop radicale, parce que les cartes postales étranges postées au Caire, parce que l’appréhension de l’avion…
- Entre autres choses…
Si elle en doutait, la policière put vérifier à cet « entre autres choses » que je ne lui avais pas encore tout dit. Elle négligea la possibilité d’en rajouter pour ouvrir une nouvelle voie dans sa réflexion.
- Et comme vous ne savez plus trop que penser, vous vous dites que l’inspecteur Jean-Gilles Nolhan pourra peut-être vous aider à comprendre.
C’était là une affirmation en bonne et due forme. A laquelle je n’avais rien à répliquer puisque c’était la vérité. Je me contentai donc de hocher la tête en signe d’acquiescement.
- Et voyez-vous, c’est là que votre histoire commence vraiment à m’intéresser.
Je titubai face à cette révélation qui, pourtant, n’aurait même pas dû me surprendre. Le « vraiment » à lui seul en disait beaucoup. Depuis le début, ce qui intriguait Virginie Roncourt ce n’était pas le destin mystérieux de Fiona Toussaint l’historienne mais le rapport que celle-ci pouvait avoir avec un collègue muté de manière abrupte. Y avait-il une peine de cœur ou une forme de jalousie derrière tout cela ? A t’en croire, Jean-Gilles Nolhan n’avait rien à faire de tout ce qui était sentiment ; il représentait une machine presque aussi inhumaine que son Victor.
- Vous vous demandez bien pourquoi je vous dis cela ? dit-elle en tapotant de sa cuillère le ramequin de sa crème caramel.
- On ne peut rien vous cacher…
- Il est trop tôt pour que je vous explique, lâcha-t-elle.
- Je suppose que le fax n’est pas parti ?
- Vous supposez bien mais vous ne comprendrez mes raisons que si vous acceptez de me retrouver demain en début d’après-midi au centre commercial Firmis II dans le quartier de la Terrasse.
La néo-Toulousaine que j’étais ne savait même pas où créchait ce fameux centre commercial mais j’estimais ne pas être en mesure de demander quoi que ce soit. A commencer par un autre lieu de rendez-vous. Je n’avais qu’à accepter la proposition qu’on me faisait. C’était visiblement à prendre ou à laisser.

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MessageSujet: Re: Y a-t-il une vie après Fiona Toussaint ? [Fiona 6 - terminé]   Mer 22 Déc 2010 - 2:01

JEUDI 4 FEVRIER
Cahier de Virginie Roncourt

Au cours de notre longue discussion hier soir, Ludmilla Roger a évoqué le fait qu’elle tenait un cahier sur lequel elle consignait à destination de Fiona Toussaint tous les événements survenus dans sa vie durant son absence. Même si je ne connais Fiona Toussaint que par les compliments vraisemblablement abusifs de mon idiot de frangin, je rebondis sur cette idée en ouvrant aujourd’hui moi aussi un petit cahier. Il n’est pas question pour moi d’inscrire ici mes faits et gestes mais seulement tous les éléments qui seront en rapport avec l’enquête que j’ai choisi de mener au mépris de tous les règlements internes de la police française. Comme on le dit dans les vieux épisodes de Mission Impossible, si je venais à être capturée, le département nierait avoir eu connaissance de mes agissements. Alors, au cas où, ce petit cahier pourrait bien aider à lui rafraîchir la mémoire au « département ».

Il y a des hasards qu’on veut bien accepter et d’autres qui n’ont sans doute rien de fortuits. Aux grands carrefours de ma vie, j’ai toujours rencontré ce nom de Fiona Toussaint. D’abord, c’est Jean-Gilles qui m’a fait confidence de travailler sur un dossier compliqué portant sur Fiona Toussaint. Ensuite, cette andouille de Jérôme qui me méprise parce que je suis flic mais qui trouve normal de me lancer sur la piste de cette prof mystérieusement envolée parce que ça l’intrigue. Enfin, Ludmilla Roger qui se présente au commissariat pile un jour où je suis de permanence à l’accueil. Cela fait quand même beaucoup pour qu’on ne voit dans cette conjonction de faits que des coïncidences étourdiment jetées là par une providence capricieuse.

Résumons-nous.
Suite à la mise hors circuit en décembre dernier de l’inspecteur Lhuillier coupable, entre autres forfaits, d’avoir voulu éliminer Fiona Toussaint (comme on se retrouve !), la divisionnaire adjointe m’a fait appeler dans son bureau. Teneur du message : avoir à l’œil l’inspecteur Nolhan avant que ses façons très particulières de mener ses enquêtes n’attirent jusqu’à nous les « Bœufs-Carottes ». Rien d’officiel bien sûr dans tout cela mais on me fait miroiter qu’étant la plus jeune du service et ayant certains atouts, je peux envisager une carrière plus rapide que la moyenne. Les atouts sont d’ordre physique essentiellement mais entre collègues – surtout femmes - cela ne se dit pas bien sûr (même si quelqu’un dans le service m’a baptisée derrière mon dos Glamourous Virginie). Je reconnais que l’idée d’une promotion canapé me débecte mais, l’ambition étant un moteur intérieur depuis ma première bonne note, je ne dis pas non à la mission qu’on veut bien me confier.
- Dans ce cas, on va vous mettre à faire équipe avec Nolhan, conclue la chef.
Quiconque a déjà eu l’occasion de croiser Jean-Gilles Nolhan dans sa vie professionnelle mesurera sans peine l’absurdité de la mission. Sans être un cow-boy – loin de là même – L’inspecteur Nolhan c’est le solitaire parmi les solitaires. Depuis dix mois que je suis dans la brigade, j’ai dû le voir refuser obstinément la compagnie de sept coéquipiers potentiels. Il faut dire que, parmi ceux-ci, bien peu ont goûté la proposition de faire équipe avec celui qu’ils surnomment « le dingue à l’ordi » (oui, on a la manie des surnoms dans le service !). Impossible donc de former un couple durable dans de telles conditions.
Moi, je n’avais pas les mêmes prétentions. Je voyais même plutôt quelque avantage à la formation de ce couple si mal assorti. Outre la possibilité d’une promotion plus rapide, le caractère asocial et misogyne de Nolhan ne pouvait que me libérer par avance d’un éventuel échec. Ce compagnonnage était donc du genre tout bénef pour moi.
Au 1er janvier, j’ai donc pris mes fonctions aux côtés de l’inspecteur Nolhan. Les premiers jours n’ont pas été simples. J’avais droit de sa part à une série de tentatives en règle pour me dégoûter de lui. Remarques machos, ordres débiles, rendez-vous manqués, leçons administrées avec une supériorité arrogante, je crois bien qu’il a déployé toute la panoplie du sans gêne et de la goujaterie pour me renvoyer pleurer dans les jupes de la divisionnaire adjointe. Sauf que je n’ai pas moufté, que j’ai encaissé et qu’au bout d’une semaine de ce matraquage intensif, Nolhan a commencé à se calmer et a fini par m’avoir à la bonne. Jusqu’à me parler de ces petites enquêtes secrètes (dont celle sur la fortune de Fiona Toussaint). Ce que j’ai commencé à entrevoir alors était à cent lieues de la réputation désastreuse du bonhomme. Il ne s’épanchait pas bien sûr mais visiblement le décès de sa mère, exécutée sur ordre de Lhuillier ou par Lhuillier lui-même, avait laissé en lui une déchirure profonde que rien – et surtout pas une autre femme ! – ne pourrait jamais suturer. Ce type était plus blessé dans son âme que siphonné comme cela se disait dans les couloirs et les vestiaires du commissariat. Il en devenait presque attachant. Parce que, malgré tout ça, il faisait le boulot et il le faisait bien. Avec son style à lui toutefois, basé sur le décorticage méthodique, via son Victor, de la vie des gens. Mais quelle efficacité !
A la mi-janvier, il m’avait fait une démonstration de sa méthode en me prenant pour cobaye. J’avais regardé, hallucinée, ma vie défiler sur l’écran géant de son centre d’opération. Toute ma vie ! L’ancienne et l’actuelle. Il ne manquait rien… Même pas ma rencontre avec la divisionnaire reconstituée grâce au décryptage des caméras de vidéo-surveillance.
- Ca, lâcha-t-il à la fin, à d’autres époques et sous d’autres climats, ça t’aurait valu une balle dans la nuque, gamine.
A quoi pouvait-il servir de se défendre ? Tout était vrai et en plus croisé, recoupé, établi avec une méthode froide qui ne laissait aucune place au hasard. Le mieux c’était encore de la boucler.
Je crois bien qu’il avait apprécié mon silence.
Avant de me foutre à la porte et de poser quinze jours de congés, lui qui n’en prenait quasiment jamais.
Je ne l’ai plus revu depuis.

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