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 Irvin Yalom

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Lilylalibelle

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MessageSujet: Irvin Yalom   Dim 3 Oct 2010 - 20:19

Je ne sais pas si c'est le bon endroit mais je poste ici si jamais d'autres veulent ajouter leur lecture de cet auteur que j'ai découvert cet été par hasard.

J'ai lu "Et Nietzsche a pleuré" (a priori aussi traduit sous le titre "Les larmes de Nietzsche") et j'ai vraiment adoré le style de l'auteur, sa narration, sa maîtrise de la psychanalyse et sa "pédagogie".

Je pique le mot à Blue note dans l'autre fil, il s'agit dans cette histoire d'une uchronie, c'est à dire que l'auteur imagine ce qu'il se serait passé si, dans ce cas précis, Nietzsche était effectivement allé consulter le docteur Breuer, l'un des fondateurs de la psychanalyse, pour soigner son désespoir chronique.

En effet, Yalom part d'un événement réel, à savoir une lettre datée de 1878 dans laquelle un ami de Nietzsche (Lipiner) cherche à convaincre Köselitz (un disciple de Nietzsche) d'envoyer le philosophe a Vienne pour se faire soigner par le docteur Breuer. En réalité, ce projet ne se réalisa jamais, Nietzsche étant trop malade pour supporter les désagréments d'un tel changement.

Yalom imagine que cette rencontre se soit effectivement passée, mais dans un autre contexte (dans le roman c'est à la demande de Lou Salomé qui vient voir Breuer en secret pour qu'il accepte de rencontrer Nietzsche). Cette rencontre et cette prise en charge médicale est prétexte à raconter la naissance de la psychothérapie, sous le regard de Freud qui navigue dans l'entourage de Breuer.
Breuer est historiquement, avec Freud, à l'origine des Etudes sur l'hystérie (qui aborde notamment le cas d'Anna O. ou Bertha Pappenheim) qui scelle le début de la révolution psychanalytique. Et on suit dans le roman la manière dont Breuer a traité Anna O. et comment l'existence du médecin a été bouleversée par ce cas (une véritable obsession que Breuer finit par combattre, dans le roman, en traitant Nietzsche).

En fait, Yalom mêle très adroitement histoire et roman, en dégageant (et ce n'est pas le plus simple !) des grands principes psychanalytiques et le cheminement qu'ont pu suivre les médecins de l'époque pour arriver à poser les premiers jalons de cette discipline. C'est très abordable pour peu qu'on prenne le temps de suivre les raisonnements. De plus, on découvre la philosophie de Nietzsche abordée de manière très didactique et vulgarisante.

A la fin, Yalom précise ce qui relève du roman et de l'histoire et indique qu'en 1882, à la date du roman, "la psychothérapie n'est pas encore née et Nietzsche ne s'y est jamais intéressé de manière aussi affichée. Malgré tout je trouve dans ses oeuvres un intérêt profond pour la compréhension de soi et pour l'évolution personnelle."
Donc relier les deux personnages pour imaginer une naissance de la psychanalyse n'a rien de loufoque.

Pour finir, comme on suit les "consultations" entre Breuer et Nietzsche, mais aussi les entretiens de Breuer avec Freud, avec Lou Salomé, etc... on entre de plein pied dans toute la philosophie du développement de soi, de la réalisation de soi, de la lutte contre le sentiment d'avoir raté sa vie, les buts qu'on se fixe, qui est-on vraiment, qu'attend-on de la vie, des autres, etc... Lire ces hommes se questionner sur leur vie nous pousse à nous questionner nous aussi et à confronter nos points de vue avec ceux de Nietzsche (notamment). ça remet en question, ça remue parfois, ça nous apprend des choses aussi, ça nous fait prendre du recul... En tout cas ça cause !

Je vous mets quelques phrases braconnées parmi celles qui m'ont marquées.

  • Ma journée se divisait en deux parties : voir Bertha et attendre de la revoir !
  • Peut-être que ce n'est qu'en étant un homme qu'un homme libère la femme chez la femme.
  • Vous voulez voler de vos propres ailes, mais vous ne pouvez pas commencer à voler en volant. Je dois d'abord vous apprendre à marcher et la première étape est de comprendre que celui qui ne s'obéit pas à lui-même tombe sous la coupe des autres.
  • Ce n'est pas la pente descendante qui m'inquiète, c'est le fait de ne plus remonter.
  • La vie est un examen sans bonnes réponses... Si je devais la refaire, je referais exactement la même chose, je commettrais les mêmes erreurs.
  • L'individu ne choisit pas sciemment ses buts suprêmes : ce sont des accidents de l'histoire.
  • Ne pas s'emparer du cours de sa vie, c'est réduire l'existence à un simple accident.
  • Je hais ceux qui me privent de ma solitude sans pour autant me tenir compagnie.
  • L'horreur de la mort disparait dès lors que l'on meurt en ayant vécu jusqu'au bout !
  • - Vous répondez à mes questions par d'autres questions, Friedrich.
    - Mais vous me posez des questions dont vous connaissez la réponses, rétorqua Nietzsche.
    - Si je connaissais la réponse, pourquoi poserais-je la question ?
    - Pour éviter d'entendre votre propre réponse !
  • Cette pression précordiale que vous ressentez est tout simplement due au fait que vous débordez d'une vie non vécue.
  • Nous pouvons bavarder des heures durant, mais je ne peux pas changer ma vie, dont les fils sont trop intimement liés à d'autres vies.
  • Puisque le temps s'étend à l'infini dans le passé, ne doit-il pas s'étendre aussi à l'infini dans l'avenir ? Ne sommes-nous pas, à chaque instant, dans l'éternel retour ?
  • Pour élever vos enfants, vous devez d'abord vous élever vous-même. Sans quoi vous ne verrez en eux qu'un moyen de combler vos lacunes et votre solitude, comme mû par vos seuls instincts animaux.
  • J'ai compris que le meilleur maître est celui qui apprend de son disciple.
  • C'est une erreur de faire des enfants par nécessité, d'utiliser l'enfant comme un rempart à sa solitude, d'assigner un but à sa vie en reproduisant une pâle copie de soi-même. Erreur également de chercher l'immortalité en crachant sa semence vers l'avenir, comme si elle contentait notre conscience !
  • Tout ça continue sans moi, rien ni personne n'a besoin de moi pour exister.
  • Nous devons vivre comme si nous étions libres. Bien que l'on ne puisse échapper à son destin, il faut toujours foncer dedans tête baissée et faire en sorte qu'il s'accomplisse. Il faut l'aimer, ce destin...
  • La relation de couple idéale n'existe que lorsqu'elle n'est pas nécessaire à la survie des deux personnes liées (...). Pour établir une relation entière avec autrui, il faut d'abord établir une relation avec soi-même. Si nous sommes incapables d'affronter notre propre solitude, nous ne faisons qu'utiliser les autres comme des boucliers. (...) Si l'homme est incapable d'abandonner son couple, alors celui-ci est condamné.
  • Le secret d'une vie heureuse est d'abord de vouloir ce qui est nécessaire et ensuite d'aimer ce qu'on a voulu (...). Amor fati : aimer son destin. (...) Je comptais vous apprendre à surmonter votre désespoir en transformant le "il en est ainsi" en "je le veux ainsi". A mon avis, Friedrich, vous désirez trouver un foyer mais vous craignez votre désir !
  • La solitude n'existe que par la solitude. Une fois partagée, elle s'évapore aussitôt.
Extrait :
- Votre devoir ? Mais comment le devoir pourrait-il primer sur l'amour que l'on se porte, ou que l'on porte à sa propre quête d'une liberté sans conditions ? Si vous ne vous êtes pas trouvé vous-même, alors le "devoir" n'est qu'un doux euphémisme pour signifier l'utilisation des autres à seule fin de mieux grandir soi-même.

Breuer trouva assez de force en lui pour une dernière réfutation. «Le devoir à l'égard des autres existe, et je m'y suis toujours tenu. Dans ce cas précis, au moins, j'ai le courage de mes idées.
– Mieux vaut, Josef, et de loin, avoir le courage de changer ses convictions. le devoir et la fidélité sont des mensonges, des masques derrière lesquels on se cache. La délivrance exige d'y opposer un “non” sacré, y compris au devoir envers les autres.»
Breuer, inquiet, fixa Nietzsche droit dans les yeux.
Ce dernier s'empressa de continuer. «Vous souhaitez devenir vous-même. Combien de fois vous ai-je entendu dire cela? Combien de fois vous ai-je entendu vous plaindre de n'avoir jamais connu la liberté, votre liberté? Votre bonté, votre devoir, votre fidélité, voilà les barreaux de votre prison! Ces petites vertus finiront par vous tuer! Aussi devez-vous apprendre à connaître vos vices et votre méchanceté. Vous ne pouvez pas être à moitié libre: vos instincts, eux aussi, ont soif de liberté, comme des chiens sauvages… tendez l'oreille: vous ne les entendez pas qui hurlent pour leur liberté?


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Romane
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MessageSujet: Re: Irvin Yalom   Dim 3 Oct 2010 - 21:54

Excellente présentation, merci Lily ! Je me souviens avoir été séduite lors de la présentation sommaire qui en avait été faite sur le fil "vous lisez quoi en ce moment", au point de l'avoir commandé via Blue. Il est près de ma table de nuit, je me réjouis à l'avance de le découvrir. Les extraits que tu postes sont des petites mines d'or en puissance !

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MessageSujet: Re: Irvin Yalom   Dim 3 Oct 2010 - 23:13

J'ai été très impressionnée par ce livre, et j'ai adoré...
Bonne découverte, ro Wink
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MessageSujet: Re: Irvin Yalom   Mer 25 Avr 2012 - 11:19

Le livre dormait depuis plus d'un an sur ma table de nuit. Je le lorgnais régulièrement avec convoitise, et l'ai emporté partout quand je me suis déplacée, jusqu'à ce que cette fois je le fasse passer en priorité sur la pile des bouquins en attente.

Bien m'en a pris. Je n'ai pas encore tout à fait terminé la lecture, il me reste un tiers à découvrir. Mais alors, quelle lecture !! Lily, tu as fait une telle présentation qu'il est difficile d'ajouter quelque chose de consistant qui ne soit pas déjà dit. Je te rejoins en tout point, y compris dans les phrases relevées, ce que je n'ai pas fait et que je regrettais jusqu'à ce que je remémorise que tu m'avais devancée. Merci. Des phrases choc, qui obtiennent résonance en soi, et pour cause ; nous sommes tous concernés.

La notion de liberté incontournable pour pouvoir se renforcer et acquérir le soi profond face au destin et aux choix est une évidence peu facile à faire sienne, mais y travailler n'est jamais perdu. Il y a là dedans un lâcher-prise des balustrades et des fausses béquilles pouvant engendrer un vertige quand on y pense, mais en réalité ce serait s'affranchir de ces étais branlants et se prendre soi-même en charge. Car après tout, qu'avons-nous à y perdre si ce n'est la fragilité qu'entretiennent ces piliers-leurres ?

Quant au rappel que la mort n'est pas effrayante si la vie a été vécue à cent pour cent, c'est une évidence !

Ce livre est un petit bijou de littérature et un vivier d'encouragements formidables !

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MessageSujet: Re: Irvin Yalom   Ven 4 Mai 2012 - 2:48

J'ai achevé ma lecture il y a deux jours, je crois. Quelle découverte !!

Ce qui me frappe le plus dans ce livre, c'est le rapport que nous entretenons avec nos rêves. J'y ai beaucoup réfléchi, ces dernières semaines, et j'en étais arrivée à une conclusion que je ne parvenais pas à formuler clairement, mais que je ressentais très violemment. Yalom met en mot au millimètre près ce que je tournicotais dans ma tête.

Il est question ici du rêve destructeur, celui que je compare au mauvais cholestérol. Un rêve qui n'emporte pas vers la crétativité, mais qui enferme au contraire dans une sorte de spirale ogresse, qui n'a pour effet que d'avaler son rêveur, de l'emporter vers un chemin négatif, parce que tout est leurre, spéculation, anticipation de quelque chose qui ne s'est pas produit, qui ne se produit pas, qui ne se produira pas.

- le virtuel (rêve) et le réel
- la fausse réalité dans le virtuel, dont la force est si importante qu'on peut la confondre avec le réel-réel
- la différence entre le rêve et la rêverie
- l'anticipation méthodique entre soi-et-soi à propos d'une autre personne qui n'est pas active dans le rêve, si ce n'est par ce que le rêveur lui fait faire par goût de son propre rêve

Considérations personnelles :

Croire très fort en un rêve de ce genre peut mener droit à la dépression, parce que les conséquences dans la vie réelle sont énormes. Bonjour le réveil ! Le gadin de première classe ! Se bâtir une fausse réalité, c'est comme vivre sur le virtuel, en somme. Comment vivre en respirant à pleins poumons, quand on devient à ce point dépendant d'un rêve qui prend des allures de fantasme, extravagant, utopique, irréalisable ? Moi j'y vois un rapport de soi à soi, sans considération de ce que ressent l'Autre ou les autres. Une invention de directions qui n'ont pas de sens, puisque l'Autre est absent de tout acte indépendant, et ne fait qu'accomplir que ce que le rêveur souhaite qu'il accomplisse. Une obsession qui finit par être si puissante que ce rêve, on pourrait le toucher du doigt, il est presque matérialisé. Mais il n'est que mirage. Tout se passe dans la tête, la réalité est toute autre, peut-être même à des années lumière du rêve-fantasme.

J'appelle cela de l'auto-destruction inconsciente, ni plus ni moins. Se faire son cinéma et y croire dur comme fer, et déclarer le plus naturellement du monde que le film intérieur VA se produire, parce qu'il est inscrit dans la tête, vous imaginez les ravages pour qui en fait les frais ?

Les deux personnages rêvent-fantasment de leur amour imaginaire, au point que cet amour prend le pas sur toute leur vie, investit corps et esprit, engendre des comportements, bouffent l'être jusqu'au trognon, et détruit l'entourage qui n'y est pour rien, au fond, parce qu'il n'a rien demandé et se voit obligé de subir ce que le rêveur lui inflige.

Je fais bien la différence entre ce rêve-cholestérol mauvais, et la rêverie douce et heureuse, mais j'ai mis du temps à comprendre, ou plutôt peut-être ne voulais-je pas comprendre. Parce qu'il est facile de se complaire dans un rêve où tout se passe comme on le prévoit soi-même. Mais non, sommes nous seuls au monde à décider ? Quelle utopie que de croire chose pareille !

Alors oui pour rêver à tout ce qui fait du bien et qui n'abîmera jamais, mais non pour rêver auto-destruction. Tout ce qui rend malheureux est nocif.

Ne croyez pas que je ne sois jamais tombée dans ce piège. Comme beaucoup, j'en ai fait les frais, cuisants, même. Mais au moins se servir de cette expérience pour apprendre à repousser le fantasme destructeur, et savoir choisir la beauté de la rêverie, voilà qui est plus simple une fois qu'on l'a compris. Et même facile. Je m'aperçois m'être mise à rêver cent fois plus et cent fois mieux, une fois débarrassée du poison du rêve auto-destructeur.

Ce n'est qu'une question de hiérarchie : être maître de soi, c'est être capable de dire non au rêve destructeur pour soi et pour autrui.

Il est un peu tard, j'aurais pu le formuler autrement dans la journée, mais l'essentiel de la résonance de ce livre en moi, tient à peu près dans tout ça.

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