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 1er roman : Je ne fais que passer

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almalo

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MessageSujet: 1er roman : Je ne fais que passer   Mer 17 Nov 2010 - 23:13

Chapitre 1
La chambre

Je suis dans ma chambre, celle que ma sœur occupait il y a quelques mois avant de partir à Paris. Il a fallu attendre qu'elle la libère pour que j'aie enfin ma chambre à moi, à quinze ans.
Elle est avec moi, et essaie de comprendre pourquoi je fais la tête, encore, comme d'habitude. Je ne peux pas lui dire que c'est à cause de con petit copain que je n'aime pas, qui me prend ma sœur, qui s'incruste dans la famille, comme si on n'était pas assez nombreux. On veut que je l'aime, que ce soit un frère pour moi, mais il ne me plaît pas.
Et ça; je ne peux pas le lui dire, elle est tellement heureuse. Tellement que ça me rend jalouse. Elle a tout et moi rien. Elle a réalisé son rêve de danseuse, moi je commence le lycée et je ne sais absolument rien de mes envies.
Et elle veut que je lui dise, que je lui explique. Que je m'associe à son bonheur, parce qu'elle va repartir, là, il faut qu'elle change d'appartement et les vacances sont écourtées.

Tout à coup, me voilà muette. Je suis enfermée, ça y est. Plus personne ne peut entrer, c'est fini, mon esprit est ailleurs. Je parlais il n'y a pas une minute, je voulais dire plein de choses, les mots se bousculaient dans ma tête, mais là d'un coup, plus rien. Et je ne pourrai plus revenir en arrière, c'est fichu, raté, j'ai loupé mon moment, et c'est comme ça.
Ma sœur n'existe plus, ma chambre non plus. Plus rien n'existe dans le monde où je suis. Je ne sais même pas où je suis exactement.
Mes yeux sont fixes, perdus dans le vague. On pourrait dire que c'est romantique, dans le genre d'une héroïne d'Emily Brontë, mais ça n'en a pas le panache ni la fraîcheur. Non, je suis juste perdue, autant que le sont mes yeux qui fixent la rue sans la voir.
De ma fenêtre, je fixe souvent la rue. Mais mon esprit va au-delà du HLM immonde qui se dresse de l'autre côté de la route. Mon esprit est ailleurs, comme souvent, et plus personne ne peut m'atteindre, pas même moi.
Ma sœur, je ne la vois plus. Elle va partir, je le sais, comme à chaque fois que je fais le hérisson. Elle va partir, parce que je ne dirai plus un mot, et que ça ne vaut pas la peine de s'échiner à extirper quelque chose d'une huître quand elle est bien hermétiquement fermée. C'est comme ça à chaque fois.
Elle se demande peut-être, en ouvrant doucement la porte, ce que je voulais dire tout à l'heure. Elle se dit peut-être qu'il faudrait juste me secouer, me tourner la tête, m'obliger à réagir quitte à me faire mal, à me faire pleurer, mais au moins ça sortirait. Elle se dit peut-être tout ça et plus encore, mais elle ne fera rien, parce qu'elle sait que c'est inutile avec une bourrique comme moi.
Elle ouvre la porte, elle me dit qu'elle m'aime, je ne peux même pas répondre à ça alors que je voudrais hurler, lui dire de rester, lui dire. Mais elle s'en va.
A ce moment, je ne sais pas encore que je ne la reverrai plus qu'allongée, les yeux fermés comme le sont les miens quand elle ferme encore plus doucement la porte.

Je les entends, en bas. Je n'ai pas envie de bouger, pas envie de les voir. Je suis sûre que pas mal s'en fichent, et font semblant. Je suis sûre que dans deux jours, chacun sera revenu à ses occupations, sans trop penser à nous. Oh, un peu, c'est sûr. C'est quand même un sacré drame, quand même. Oui, mais ils reviendront à leur vie sans se demander comment nous, on vit la nôtre.
Ma tante fait du café. Des litres de café. Des Grand-Mère, des Jacques Machin, des tonnes de litres de café noir plus ou moins serré, avec de l'eau pour adoucir, avec deux sucre ou juste la moitié d'un parce que vous comprenez mon régime. Ma tante fait du café, rassure toutes ces âmes perdues, parce que la vie continue, et chacun essaie d'oublier le drame qui est en train de se vivre parce que sinon tout ce petit monde deviendrait fou. On boit du café, on discute de tout et de rien, surtout de rien. On tente de vivre, de survivre, d'oublier que chacun ici, jeune ou vieux, finira tôt ou tard les pieds devant, entouré de quatre planches à un prix exorbitant parce que la mort est aussi un commerce.
Il sent bon, ce café. Mais je ne descendrai pas. De toute façon, je n'aime pas le café.
Je ne veux pas les voir.
Je ne veux pas faire semblant.
Je ne veux pas justifier le fait que je sois vivante, moi, et pas elle.
D'après vous, est-ce qu'il faudra que je fasse ça toute ma vie ? Elle a fait un trou immense dans la famille et moi je dois faire le mien ?
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