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 Légritude

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Sbreccia



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MessageSujet: Légritude   Dim 14 Nov 2010 - 16:18

Les commentaires sont recevables ici : http://liensutiles.forumactif.com/sbreccia-f121/commentaires-a-propos-de-legritude-t19181.htm



En fait tout commença ainsi :

---A l'heure du repas, comme à chaque fois que les victuailles foisonnaient sur la table les disputes entre la mère et la fille s’enclenchaient, pas besoin de couteaux, les bouches s’entredéchiraient à loisir. C’était à qui enlevait le meilleur morceau, faisait la remarque qui détruit. A croire, qu’à la vue de la bouffe les instincts cannibales refaisaient surface. Les reproches, les menaces, les rancœurs affleuraient dans une violence de moins en moins contenue, et une fois de plus Miguel rentra dans sa bulle ou tout du moins il le tenta car cette fois ci il ne trouva pas les repères qui lui permettaient d’être présent tout en s’isolant dans son monde. D’habitude rien, aucun mot, aucun geste ne pouvaient l’atteindre, il se tenait yeux ouverts, immobile, dans son cockpit de silence intime, imperméable aux émotions, présent mais ailleurs. Aujourd’hui, non, impossible, les sons entraient en lui, le blessaient, l’écorchaient, devenaient insupportables.
Alors il se leva, s’habilla et sans un mot quitta l’appartement. La promenade des anglais était à deux pas, il l’emprunta. Dans la rue l’air de ce mois de novembre était frais, limite froid, il y avait du vent et la mer frissonnait sous les vagues. Les mémères friquées arboraient leurs fourrures en serrant contre elles leur pékinois ou autre toy, elles se la jouaient english souquant leurs fesses, tous fards au vent. Il avisa une table libre à la terrasse du « Pinocchio » le glacier italien, rendez vous de la faune niçoise en mal de m’as-tu-vu ? Et effectivement comme tous les jours ils étaient là les « Brice de Nice » les hâbleurs, les vantards, les dragueurs de la côte, le verbe haut et le regard sournois. Inutile de prêter attention aux propos succédanés de parades de paons exhibant leurs beaux atours, évoquant leur yacht en rade de Mandelieu ou leur dernière Tango à 84.000 Dollars qui te permet d’ignorer le smicard en passant devant le Négresco. Tout ce salmigondis qui d’ordinaire lui donnait le vomi, bizarrement là, comme ça il s’en moquait.
Il était à peine assis que déjà le serveur aux faux airs de bel canto lui posa sa banderille, il lui répondit vaguement, ce qui comme il l’espérait lui valut un sourire pincé et une brumade courroucée dans l’œil du beau rital. Il leva la tête, emplit ses poumons d’air frais, de gros nuages moutonnaient au dessus de la ville, on était l’après midi la luminosité s’estompait. Au loin la ligne d’horizon se gommait petit à petit, cependant quelque chose ne collait pas. Il gigota sur son fauteuil, quittant sa pause nonchalante, s’assit en avant, et fixa loin devant. C’était comme une rondeur qui dénotait sur la rectitude de la ligne, une petite excroissance comme une verrue à fleur d’eau.
Une femme venait de s’assoir à la table à côté, il sentit son parfum à la fragrance féminine et malicieuse, derrière ses notes florales et sensuelles il reconnut cette fleur mystérieuse qu’est la Belle de Nuit. Cette intrusion avait suffi à détourner son attention, il prit le temps de détailler la dame parfumée. En fait il ne la vit que de trois-quarts, mais ce qui le fascina ce fut sa chevelure d’un noir comme le jais, qui lui tombait plus bas que les épaules et toute frisée lui donnait un air félin Elle semblait attendre quelqu’un, nerveusement elle consultait fréquemment sa montre. Il la quitta du regard et retrouva la petite bosse sur le dessus de l’eau, il lui sembla qu’elle avait quitté la ligne d’horizon et s’était un peu rapprochée.
Elle avait une ressemblance avec Hally Berry, la coiffure en plus. Elle déclina un Amae de Boisset d’une voix douce au timbre suave et frais qui collait parfaitement à son charmant visage. Elle croisa son regard dans un frou-frou de moineau, un instant d’îles et d’éternité. Il perçut ce fugitif pincement de narines évocateur d’une gourmandise de désir. Dans le même temps un inconnu s’assit à côté d’Elle.
Il retourna à ce qui l’intriguait, Une masse grisâtre entourait maintenant la petite bosse, elle se profilait en un demi cercle, comme un halo, cela avait avancé à une distance de deux miles marins, le déplacement était imperceptible à l’œil nu.
L’homme était jeune et beau, avec un air de Brad Pitt boxeur gitan dans Snatch, il lui parlait calmement alors qu’elle semblait irritée et avait tendance à monter le ton. Et lorsqu’elle s’énervait elle laissait paraître un petit tic au coin de sa bouche, une légère crispation qu’elle n’essayait pas de chasser. Il se demanda comment un si beau couple pouvait autant se compliquer la vie au lieu de « disfruter » des plaisirs de l’existence, aucun bonheur paisible ne serait possible aux êtres gâtés par le sort.
La « chose » avait encore grossi. Sur le trottoir du bord de mer les promeneurs et les joggeurs n’y prêtaient pas attention, rares étaient ceux qui regardaient en direction de la mer, personne n’était dans l’eau, et chacun semblait dans sa bulle. De plus en plus de cyclistes parcouraient cet espace et la Mairie avait fini par leur délimiter un bandeau que les piétons se gardaient d’utiliser. Ce bandeau c’était la surface de ceux qui pratiquaient le culte de leur corps, à l’écoute des battements de leur cœur, tensiomètre au bras, serre tête au front.
Miguel revint au couple, Pablo, c’était le nom qu’Elle lui avait donné, tentait visiblement de se disculper, il avait du commettre une bien belle bourde pour prodiguer tant d’explications. Mais plus il parlait, plus il obtenait le résultat inverse du pardon qu’il désirait. Finalement à bout de nerf, de moins en moins capable de se contenir Elle se leva et franchit la grille du glacier, Elle se dirigea à petit pas nerveux vers l’Avenue Gambetta. Il resta attablé, l’air hébété, bouleversé. Le parfum de Belle de Nuit se dissipa peu à peu laissant place aux relents fades des pneus sur le bitume. Miguel ne voulut pas assister à la décrépitude de cet homme à genoux, et retourna à sa curiosité.
Maintenant la forme se précisait, elle se dirigeait vers le rivage et prenait une allure de carapace. Elle devait être immense, aucun animal au monde ne devait l’égaler. Les rares bateaux de pêche dans le lointain ne variaient pas de leur route pour elle, ils l’ignoraient. Un véhicule de Police s’arrêta bien sur le trottoir d’en face, mais les fonctionnaires étaient là pour un stationnement interdit, ils dressèrent contravention et remontèrent dans leur car sans un regard vers la « chose »…
Ce qui intrigua Miguel c’est qu’il était bien le seul à s’intéresser à ce « phénomène », enfin, se pouvait il qu’il soit le seul à « le voir ». Le barman napolitain s’étant approché de lui pour débarrasser la table du couple en bisbille, il lui fit signe. A regret le péninsulaire vint vers lui avec morgue, prêt au capotazo. Miguel lui demanda si comme lui il apercevait le mouvement sur la mer, l’autre le regarda avec un mélange de dédain et d’incompréhension, haussa les épaules et reprit son travail comme si de rien n’était.
Sur le trottoir des sportifs une joggeuse sosie de la femme de popeye, coudes au corps slaloma entre les planchistes à roulettes penchés sur leurs gommes, il regarda sa montre, il était 18h00, Madame Olive était à l’heure.

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Il est un monde pas si éloigné du notre, il est ni trop loin ni trop près. Quelques fois il est parmi nous sans que cela nous perturbe outre mesure, d’autres fois on réalise, mais c’est déjà trop tard. C’est un monde étrange, peuplé d’individus sans passé ni futur, qui s’ignorent entre eux, car ils savent qu’ils ne peuvent rien partager, ils sont trop semblables.
Pour eux le monde doit être parfait, enfin, à leur image. Car ils sont beaux, tres beaux, et intelligents, tres intelligents. La perfection telle qu’ils la conçoivent est leur unique but. Ils n’admettent aucune objection, ils n’ont aucun doute. Ils naviguent quotidiennement sur les médias, c’est leur univers. Ils fréquentent ces lieux particulièrement ouverts qu’ils ont pour mission de clore.
Ils ne parlent pas, ni entre eux, ni à quiconque, ils ne s’expriment que sur des écrans, sur leurs ordis ou dans des journaux, la prise directe avec la vie, ils sont contre.
Ils habitent dans des lieux qu’ils ont choisi à leur goût, raffinés et confortables où règne la domotique seule technique ayant grâce à leurs yeux avec le monde de la communication.
Pour eux la famille est une idée restreinte, leurs amis sont virtuels et ne sont pas nombreux. L’air qu’ils respirent est filtré pour éliminer les contaminants chimiques. C’est un peu le même principe qui régit leurs relations humaines, si hypothétiques soient elles.
Ils n’ont qu’une morale, une seule, ils l’appellent : Le Dogme . Nul ne peut transgresser Le Dogme sous peine d’être exclu.
Ils sont les gardiens d’une manière de penser, uniforme et fuyant l’originalité. Ils sont pour le stricte, l’unique, et ce qu’ils appellent « le sacré ».
Le Dogme dispose d’un seul ouvrage « sacré » : Le Corpus. Dans le Corpus un seul verset : » Tu ne croiras qu’en toi. ».
Parmi eux pas de contestataires, entre eux pas de conflit.
La sexualité source d’agressivité au sein des communautés est ici inexistante. La reproduction s’effectue par tirage au sort .

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Dernière édition par Sbreccia le Mar 30 Nov 2010 - 13:09, édité 5 fois
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Sbreccia



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MessageSujet: Re: Légritude   Lun 15 Nov 2010 - 0:09





Miguel se décida à regagner son domicile, le seuil de la porte franchie il se sentit à nouveau pris au piège. Dans la cuisine la table était mise, en fait juste son assiette, le reste étant desservi. Il sortit le plat du micro onde et se servit. Un silence austère comme dans les couloirs du palais de l’Escorial régnait dans l’appartement, chacun dans sa chambre, statuquo.
Le lendemain matin à 8h00, il était sur la promenade, l’agitation était habituelle, mais ce qui ne l’était pas c’était ce qui trônait au milieu de la Baie des Anges. Une coupole en partie immergée flottait à quelques cinq cent mètres de la plage, elle devait avoir un diamètre de 300 mètre environ et l’on pouvait distinguer des espèces de hublots sur sa circonférence.
Cette foutue « chose » était là au seuil de la ville, et personne, enfin non, lui et personne d’autre n’y prêtait attention. Chez « Pinocchio » toujours les mêmes têtes, toujours aussi futiles, les files de voitures lancées dans leurs courses aux feux verts, et sur le bord de mer les fanas d’endorphines suaient le whisky pris à la Chunga. Il s’assit à sa place habituelle. Les accoutumés des lieux étaient là pour la plupart, le vieux beau avec son panama côtoyait le mirliflore et sa gourgandine, la vieille peau et son gigolo si ce n’était le vieux ténor du barreau à la retraite. Et aucune de ces « figures » ne jetait un œil sur la sphère, à croire qu’elle n’existait pas. A côté de lui sans aucune gène un architecte imberbe frais émoulu de l’ENSA de Lyon donnait un cours de marché fictif à un vieux barbon qui avait l’air de n’y entraver que dalle, et Miguel ébahi le regardait discourir le visage en direction de la mer, impassible, tout à sa théorie.
Il était là depuis près d’une heure, son Perrier rondelle épuisé lorsque cela se passa. La coupole qui était immobile surement depuis des heures se mit à tourner sur elle-même comme une toupie, à la différence que le mouvement était lent et régulier. Un bruit mélodieux lui parvint en provenance de l’ »engin », ce bruit il l’avait déjà entendu. Mais oui, ce bruit était présent sur la ville depuis hier, seulement il était très faible, et maintenant il l’entendait plus nettement. Et là, soudain, il réalisa, ce bruit il l’avait entendu à Jaipur c’était le son d’un pungi, l’instrument des charmeurs de serpent.
La musique était lancinante sans aucune pause elle tournait en boucle. La coupole s’éleva jusqu’à ce que la partie basse du submersible sorte totalement de l’eau. Sur les parois des tonnes de liquide dégoulinèrent, faisant apparaître une surface métallique brillante percée de nombreux hublots ou tuyères, Miguel était incapable d’en préciser la nature exacte. Aucune inscription n’était visible, si tant est que l’on puisse les distinguer à cette distance.
Miguel se demanda les raisons de cette musique dont seules les vibrations charmaient la surdité des serpents, se pouvait il qu’ici ce soient les sonorités qui agissent sur les humains.? Miguel avait vu le film de Spielberg, la musique émise par l’engin extraterrestre utilisait des tonalités destinées à traduire un langage codé afin de communiquer, mais dans ce cas l’air de ce soporifique morceau musical ne semblait pas avoir le même but.
Il fallait bien reconnaître que l’ensemble de la population niçoise s’était désintéressée de l’existence de cet immense vaisseau. Il s’étonna de n’éprouver aucune peur, mais sa raison lui confia qu’après tout cette passivité correspondait à son courage habituel face à l’adversité, dans les situations difficiles il se tenait face au danger, la peur n’était que rétrospective.
Elle et Brad Pitt franchirent l’entrée du glacier, ils se tenaient par la taille, visiblement rabibochés, elle était souriante ce qui rehaussait sa beauté, lui, toujours aussi attentionné semblait comblé. Miguel ressentit un sentiment d’envie à la vue de ce couple si parfait et insouciant, le monde s’écroulerait autour d’eux que rien ne pourrait les distraire. Son existence lui parut bien insignifiante en cet instant, ce qui aurait dû le rassurer c’est que lui « savait », mais était ce si rassurant ? Ses pensées vagabondaient lorsqu’une voix le fit sursauter…
--- Salut Miguel, toujours plongé dans tes pensées.. ?
Miguel se retourna et reconnut Maxence Finkelwelch un vieil ami féru d’ufologie qu’il avait connu au début des années 60 alors qu’il replongeait pour une deuxième année de Terminale à Masséna, et qu’au lieu de suivre les cours ils enquiquinaient Ben. Ce dernier n’était pas encore l’artiste mondialement connu, mais un petit boutiquier farfelu qui passait pour un fada à Nice.
---Ah Maxence, content de te voir, je craignais que tu sois encore sur le mont chauve à guetter avec ta lorgnette.
--- Non Miguel, cela fait belle lurette que rien ne se passe en cet endroit, maintenant c’est en Belgique, ou un peu partout dans le monde. Les temps changent et de nos jours les OVNI ne ressemblent plus à nos soucoupes d’autrefois, mais à des triangles ou à des espèces de lumières étranges, autres temps, autres mœurs.
--- Miguel n’en pouvait plus, il était incapable de se retenir plus longtemps, il avait passé la soirée devant la télé à guetter les infos sur toutes chaines de la TNT en vain, rien sur Nice, rien sur la Baie des Anges, rien sur « l’intrus ». Alors, là, son ami près de lui, en ferait il un témoin ?
---Maxence, dis moi, regarde la mer, ne vois tu rien?
---Maxence se tourna en direction des plages, son visage était inexpressif, il toussota, se racla la voix. A part quelques barcasses et de gros nuages menaçants à l’horizon, non, je ne vois rien de particulier. Mais que devrai-je voir Miguel ?
--- A croire que je deviens dingue, il semble que je sois le seul à le voir…
--- Mais quoi, boudiou, sois plus explicite…
--- Et bien Maxence, un engin énorme stationnaire au dessus de la Baie.
--- Ah bon, c’était cela…
---Comment, c’était cela ? C’est tout l’effet que cela te fais, je t’annonce un vaisseau extraterrestre énorme au dessus de Nice et toi tu me réponds : Ah bon, c’était cela… !
--- Calmes toi Miguel, tu sais bien que je suis là pour t’écouter.
--- M’écouter oui, mais me croire ?
--- Te croire, mais bien sur que je te crois, saches que depuis des dizaines d’années des milliers de personnes ont vu des phénomènes inexpliqués, ont été témoins de contacts avec des ET, ont vu des engins qui ne pouvaient avoir rien de terrestres en raison de leurs vitesses de déplacements. Parmi eux des aviateurs, des astronautes, des scientifiques ont tenté d’alerter le Monde, et quelles ont été les réactions de nos dirigeants politiques : rien. Ils ont passé leur temps à décrébiliser ce qui avait été vu, à ridiculiser les témoins. Alors, maintenant tu vois, toi mon ami un vaisseau extraterrestre, et tu es le seul à le voir, que crois tu que cela changera pour nos dirigeants, pour les médias qui se moquent de personnes bouleversées par ces « rencontres ». Protèges toi mon ami, protèges toi.
--- Mais enfin Maxence, dis moi, je ne suis pas fou ?
--- Non, tu n’es pas fou, tu es témoin. Sais tu, pour t’aider, qu’il existe des mondes parallèles, des théories comme celle des cordes en font état. Je ne vais pas entrer dans les détails pour ne pas te faire péter les neurones du cerveau, mais peut être es tu entrain d’assister à un de ces phénomènes en témoin privilégié. Les gouvernements sont informés de choses dont tu ne peux t’imaginer, des contacts ont été établis, ils sont tenus secrets, la population est dans l’ignorance de crainte que l’économie mondiale ne s’effondre,
Miguel connaissait les discours et les raisonnements de Maxence depuis longtemps, il l’avait souvent entendu développer une théorie du complot mondial dont parfois les journaux et les magazines s’étaient faits l’écho, habituellement il se contentait d’en sourire, excusant son vieil ami de ses divagations à la Professeur Tournesol. Aujourd’hui il se sentait tragiquement concerné.
---Décris moi ce vaisseau s’il te plait Miguel.
Miguel lui fit une description précise de l’engin, n’omettant aucun détail. Maxence l’écoutait avec attention, fronçant les sourcils à certaines évocations notamment celles des sonorités émises par le vaisseau. Lorsqu’il eût fini, Maxence resta silencieux, les yeux fermés un long moment.
A la table voisine Elle buvait un thé au jasmin, Brad semblait nerveux, Miguel en comprit la raison lorsqu’il suivit le regard de l’inconnue, elle s’intéressait à un client de la bande des frimeurs, un habitué du green de Saint Raphael. Miguel regretta ce choix, il trouvait Brad plus bel homme que ce fanfaron sophistiqué. Allez tenter de comprendre l’esprit féminin à la recherche des mises en danger loin des sentiers battus. Brad tapotait nerveusement son paquet de cigarettes sur le rebord de sa table, Les mirades d’Elle papillonnaient autour du frimeur jusqu’à ce qu’il s’en aperçoive. Il bomba le torse comme un gorille du Zaïre et lui décocha un sourire niais que Brad capta sur son sonar.

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La sexualité source d’agressivité au sein des communautés est ici inexistante. La reproduction s’effectue par tirage au sort . Chaque semaine un d’entre eux et une d’entre elles sont désignés pour se rendre au « sanitorium ». L’acte s’effectue sans contact. La mère est hébergée jusqu’à la naissance de son enfant dans un « enfantorium » sans échanges avec l’exterieur. L’enfant est enlevé à la mère dès la naissance et confié à une gardienne appelée : « la couveuse »
A l’âge de sept ans, l’enfant est envoyé dans une « école de vie » où il recevra tous les éléments d’une éducation scolaire et civique. Il en sortira à vingt cinq ans, âge où lui sera attribuée sa place dans la salle des machines. Entre 7 et 25 ans il devra suivre le cursus qui fera de lui un être parfait. Chez lui pas de questionnement, tout est évidence.
A côté des Freudigs existe une caste destinée à les servir : « les gardiens », hommes et femmes. Appartenir à cette caste tient de la décimation, c’est à l’enfantorium que se joue le destin du futur « gardien », ainsi toutes les dix naissances un enfant est écarté du groupe et dirigé vers le « formicarium » où il sera élevé avec les autres gardiens.
Les gardiens ne suivent pas de cours à « l’école de vie », ils ne font aucune étude. A l’âge de 15 ans ils sortent du formicarium et sont versés dans les effectifs d’un bâtiment. A leur arrivée ils sont pris en charge par un aîné qu’ils suivront jusqu’au décès de ce dernier. Ils deviendront alors « aîné » et éduqueront un jeune gardien.
Les gardiens n’ont pas droit à la reproduction, cependant en compensation il leur est permis de copuler sous certaines réserves. La journée d’un Freudig se déroule selon le même rituel quotidien.
Le matin à 7h00, un gardien vient réveiller le ou la Freudig dans son local de repos. C’est le moment où il pratique la première injection à son hôte. Il s’agit de ce qu’ici « on » nomme : le jus. C’est un liquide nutritif complet, dosé, étudié pour apporter tous les éléments nécessaires à la nutrition.
Ensuite le Freudig se rend à la salle de sport, il programme lui-même son entrainement journalier avant de monter dans la « boule », à l’intérieur de cette cellule circulaire et close comme un œuf il se sangle sur les patins de sport. Après qu’il ait appuyé sur un bouton le mécanisme se met en marche, il peut suivre sur un écran placé devant lui sa participation à différents sports selon ses goûts.



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Dernière édition par Sbreccia le Ven 19 Nov 2010 - 16:40, édité 1 fois
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Sbreccia



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MessageSujet: Re: Légritude   Jeu 18 Nov 2010 - 2:24



Maxence sortit de sa torpeur.
---Miguel, consentirais-tu à ce que je fasse une lecture de ton cortex somatosensoriel ?
--- Dans quel but ?
---Ton cerveau enregistre des images, des faits qui te demeurent inconscients, il se pourrait qu’étant le seul témoin de ce phénomène tu détiennes des renseignements dont tu n’as pas connaissance. Une lecture de ton cortex pourrait en apprendre beaucoup sur les événements qui sont entrain de se passer. Pour ce faire j’ai confectionné il y a quelques mois un lecteur sensoriel relié à un groupware partageant des informations informatiques, une espèce de Mojo nation, un club de scientifiques, il en est né de nouvelles formes d’intelligences totalement inédites, je voudrai t’en faire profiter.
--- Pourquoi pas Maxence.
--- Ils allaient quitter leur table lorsqu’une bagarre entre Brad et le frimeur débuta soudainement. Maxence fit signe à Miguel de le suivre, il n’y avait pas de temps à perdre. Ils quittèrent le glacier, la bagarre faisait rage et sur la Baie l’énorme vaisseau avait terminé son mouvement de toupie. Ils se retrouvèrent sur la Promenade en direction du Negresco, Rue de Rivoli ils dépassèrent le cinéma Rialto et s’engouffrèrent dans une sorte de traboule humide donnant accès à un escalier en colimaçon. Ils l’empruntèrent et au deuxième étage Maxence décadenassa une énorme grille, ouvrant sur un atelier d’artiste. Au fond de celui-ci un bureau rempli d’ordinateurs semblait être l’aire du savant. Sur le mur des rayonnages foisonnaient de bouquins, Miguel se souvint de l’époque où tous deux hantaient la Bibliothèque Nationale non loin de la Poste Wilson, l’époque où ils séchaient les cours pour s’allonger au soleil sur la plage avec des petites amies, cette évocation le fit sourire.
Maxence n’y prêta pas attention, il était affairé à disposer un fauteuil et à bidouiller sur ses ordis. Miguel se demanda comment son ami pouvait bien se repérer dans ce fouillis de fils, de prises multiples, d’écrans en fonctionnement. Au bout de quelques minutes Maxence lui fit signe qu’il était prêt. Il le fit assoir sur le fauteuil, sortit dont ne sait où un casque genre casque de motard tapissé d’une foultitude d’électrodes. Miguel eût un mouvement de recul à la vue de ces espèces de tentacules.
---T’inquiètes, le rassura Maxence, c’est indolore et elles s’appliqueront d’elles mêmes sans te blesser.
Pas très rassuré Miguel se laissa faire. Cependant avant de poser le casque Maxence l’aspergeât d’un spray à l’odeur bizarre.
---Un fixateur sensoriel, jugea utile de lui préciser le savant. Et il posa le casque. Miguel constata qu’effectivement il n’éprouvait aucune douleur, juste un léger chatouillis au niveau du cuir chevelu. Maxence lui désigna un écran à proximité, il tapota sur quelques touches et là ce fut la surprise. Sur l’écran s’affichèrent des images récentes, il se souvint d’elles, c’était ce qu’il avait vu dans la journée, elles se déroulaient comme un film dans une salle de cinéma.
Il vit la terrasse du « Pinocchio » telle qu’en vrai quelques temps plus tôt, l’arrivée d’Elle au bras de Brad Pitt, leurs sourires, leur connivence, le serveur napolitain avec sa tête de sérénade. Et surtout le vaisseau au dessus de la rade, tout était semblable à ses souvenirs. A un détail près qui lui donna froid dans le dos, c’était le ballet incessant de petits aéronefs quittant et regagnant le vaisseau mère. Cette image il ne l’avait pas vue consciemment, il en était sur, cela l’aurait frappé et intrigué. Il avait vu un engin quasiment sans vie apparente et là c’était des scènes d’agitation comme une armée d’insectes grouillants autour d’une fourmilière.
L’écran s’éteint brutalement.
--- Rassures toi c’est une sécurité, le système est prévu pour ne remémorer que deux minutes, au-delà des lésions sont à craindre, je ne veux pas prendre de risques et mettre en danger mes patients, aussi ai-je instauré cette limitation. Alors tu as vu qu’en penses tu ?
--- Je trouve cela stupéfiant, mais comment se fait il que mon cerveau ait gommé ces images ?
--- De même que tu es le seul à voir le vaisseau par je ne sais quel phénomène, de même par un phénomène de filtre on ne te laisse accéder qu’à certaines informations. Il se pourrait que tes « visions » ne soient dues qu’à un dérèglement du système de brouillage des ondes du vaisseau, ce dérèglement, cette faille te ferait témoin, un témoin imparfait cependant. Vois tu, je pourrais appeler ce qui t’arrive : un phénomène « miracle », à l’image des « visions » de Jeanne d’Arc, de Bernadette Soubirous, des enfants de Fatima, etc…etc…
Ton cerveau s’ouvre à ces images un espace temps, et se referme tout aussi vite, alors, ne me demande pas pourquoi, mes connaissances comme celles de tous les scientifiques mondiaux ne nous permettent pas encore de l’expliquer. Cependant, nous sommes sur la bonne voie, si ma machine avait existé à l’époque de Jeanne d’Arc nous aurions pu établir la véracité ou la supercherie de ses « visions »… Cette machine est reliée à des milliers d’ordinateurs de par le monde, chaque ordinateur héberge une part des données sans aucun contrôle sur celles-ci, l'interconnexion de l’ensemble nous permet la lecture des ondes somatosensorielles, leur décryptage et leur transcription sur les écrans…
Miguel regagna son domicile un peu groggy par cette expérience. Il était près de midi, le soleil était au zénith et le vaisseau toujours aussi stationnaire. Lorsqu’il pénétra dans la cuisine la mère et la fille se battaient avec des spaghettis dégoulinant de sauce, il eût un haut le cœur, de toute façon il n’avait pas faim. Il gagna sa chambre et s’allongea sur le lit, pensif. Une question lui vint à l’esprit, si ce vaisseau est habité, les êtres qui se trouvent à bord sont ils pacifiques ?
Une douce torpeur commençait à le gagner lorsque les hurlements d’un poste radio le firent sursauter. Il sentit monter la colère contre cette petite punaise sans aucun égard qui agressait tout le monde avec du Bruce Springsteen, et en plus ce n’est pas de son âge maugréa t’il.
Il songea au jour où il les avait recueillies, elle et sa mère, un organisme humanitaire les avait ramenées d’Haïti après le terrible tremblement de terre qui avait fait des milliers de morts dans ce pays. La gamine avait 11 ans, la mère 35, toute leur famille était morte dans le séisme. La petite avait vu son père mourir devant elle, les médecins avaient décidé de les envoyer en Belgique à l’I.M.T d’Anvers l’enfant ayant contracté la dengue juste avant la catastrophe. Après avoir été soignée ce même organisme les avait placées chez Miguel, ce dernier étant bénévole. Miguel leur avait consacré un coin de son appartement, il était relativement aisé, disposant d’une retraite de diplomate. Cependant ces derniers temps la cohabitation devenait pénible.

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Puis, il se rend au « hammam », il s’agit d’une pièce stérile, dans laquelle il se dénude entièrement et où à l’aide d’un tuyau il pulvérise de l’air lavant sur l’ensemble de son corps. Aucune goutte d’eau n’est nécessaire pour le laver et l’aseptiser. L’eau est proscrite pour tous les actes de la vie depuis que sa nocivité a été constatée. Les nappes phréatiques ayant été polluées par le chimique, les barrages hydroélectriques, les retenues d’eau, plus rien n’est potable. L’eau impure, vecteur de maladie, hantise des Freudigs, n’est plus utilisée que par les terriens.
Les animaux ont disparu de la surface de la Terre, empoisonnés. Plus aucune forme de vie n’existe en dehors du monde des Freudigs, de celui des gardiens et des derniers terriens. Le Freudig vit dans un bâtiment dont il ne sortira jamais de son existence. Ce bâtiment est semblable aux grandes surfaces commerciales qui existaient autrefois dans les pays du golfe. Il existe des centaines de bâtiments sur la surface de la Terre. Dans les sous-sols aménagés comme des secondes villes se trouvent les logements des gardiens. Les terriens sont interdits dans l’enceinte des bâtiments. S’ils venaient à y pénétrer ils seraient chassés comme du gibier…
Les gardiens peuvent sortir des bâtiments, une fois par moisse constitue un « rezzou » de plusieurs centaines de gardiens, montés à bord de véhicules lourdement armés et ultra rapides.
Les Freudigs se tiennent à l’écart de ces expéditions, ils les ignorent, ils savent qu’elles ont été décidées par eux aux origines, et ne mettent pas en doute leur utilité. Ce qu’il se passe lors des « rezzous » n’est pas divulgué dans l’enceinte des bâtiments. Seuls les gardiens le savent ainsi que leurs victimes.
Il n’y a pas de gouvernement dans ce monde. Tout est écrit dans les ordinateurs, nul ne peut l’ignorer. Un gouvernement serait inutile, vu le stade d’évolution, chacun sait ce qu’il a à faire. Il n’y a pas de critique, pas de rebellion, pas de révolution possibles. A quoi bon. Les Freudigs savent ce à quoi ils ont droit, les gardiens aussi. Seuls les terriens pourraient causer problèmes, maisils sont maintenus à l’extérieur.
L’argent ayant prouvé sa nocivité est banni de Freuland, rien se s’achète, rien ne se vend. Tout est fourni gratuitement. Il n’existe pas d’objet ayant plus de valeur qu’un autre. La vie est la seule monnaie d’échange.
La journée d’un Freudig se poursuit par le travail. Il consiste à se brancher sur un réseau unique apparenté à ce qu’autrefois « on » appelait : Internet. Le Freudig navigue sur ce flux à la recherche de messages pirates émis par les terriens. Lorsqu’ils en voient un, ils essaient de remonter à la source et d’en identifier l’auteur. Si l’identification est possible les coordonnées sont notées et transmises à un ordinateur central nommé : X-Fight…
Le Freudig n’a ensuite aucune connaissance des suites données à sa requête, ainsi que de l’utilité de X-Fight.
Au cas où le pirate ne peut être identifié, un virus est inoculé au message.


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Dernière édition par Sbreccia le Lun 22 Nov 2010 - 21:34, édité 5 fois
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Romane
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MessageSujet: Re: Légritude   Ven 19 Nov 2010 - 21:32


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MessageSujet: Re: Légritude   Ven 26 Nov 2010 - 2:30

...


Miguel avait inscrit Luisa dans un cours privé pour apprendre le français, ses progrès n’étaient pas rapides, moins que ceux de Carlita, l’enfant était douée pour les langues, elle était intelligente, mais indolente elle préférait les sorties avec ses nouvelles amies aux heures d’études. Miguel était un vieux bougon qui entretenait ses petites habitudes, et ces présences avaient apporté de l’activité dans son existence, en tous cas jusqu’à la venue de « la machine », il avait décidé d’appeler ainsi le vaisseau, dans l’éventualité où quelqu’un l’entendrait en parler, au moins il ne passerait pas pour un illuminé.
Ne pouvant faire sa sieste quotidienne, il consulta internet, plus précisément les forums d’ufologie. Il n’y trouva rien de semblable à ce qui était entrain de lui arriver. Aussi décida-t-il de faire un tour à son Q.G. Dehors, rien ne semblait avoir changé, c’était toujours la même ambiance, les touristes en moins, à la radio on avait annoncé de la neige dans le nord, le sud-est était préservé de ce genre d’intempéries. Il dépassa la rue de France et déboucha sur Gambetta, de là la promenade et le « Pinocchio » étaient à deux pas. Il avait un drôle de pressentiment, l’impression que quelque chose de désagréable allait se passer.
En ce début d’après midi le glacier était bondé, thés et chocolats bien chauds circulaient entre les tables. Un clan des vieilles dames avait fini par se former avec le temps, ce n’était pas les moins bavardes, loin de là. Une réflexion cynique lui vint à l’esprit, ces dames avaient épuisé leurs maris, les avaient enterrés et profitaient maintenant de l’existence sans aucune repentance. Il se surprit à sourire, mais redevint sérieux à l’idée de l’injustice de l’existence à l’égard de la gente masculine. La « machine » était toujours là, elle n’avait pas bougé d’un iota. Elle aussi était dans la salle, seule, elle portait une veste en brocart qui lui donnait une allure royale, ses jambes dissimulées sous la table étaient gainées de longues cuissardes noires. Brad n’était pas venu, le scandale d’hier l’avait dissuadé, Elle au contraire affrontait les regards, sure de sa jeunesse et de sa beauté. Miguel aimait les caractères trempés, de toute évidence Elle n’en manquait pas. La démonstration fut faite quelques instants plus tard.
Dans le coin des frimeurs, le golfeur ne tardât pas à s’apercevoir de l’absence de Brad, il estima cela comme un avantage qu’il désirât pousser. Se levant prestement coquart à l’œil gauche il se dirigea vers Elle. Elle ne pouvait pas ne pas l’avoir vu, Elle semblait cependant distraite par la chaleur de sa tasse. Arrivé à sa hauteur, il se pencha près de son visage et lui parla à l’oreille. Elle n’exprima aucune réaction, son visage resta impassible, tandis que d’un geste distingué et péremptoire Elle lui désigna son fauteuil afin qu’il le regagne. Déstabilisé par cette injonction le golfeur resta figé sur place quelques instants, il ne s’attendait pas à ce camouflet, son amour propre mettrait du temps à s’en remettre. Il réagit , tourna les talons et quitta l’établissement sans un regard, le renard préféra la fuite. Miguel le suivit des yeux un moment, et c’est alors que cela se produisit…
Le golfeur avait traversé la promenade, il se trouvait encore sur le terre-plein central où s’alignaient les palmiers phoenix lorsque un rayon intense de couleur bleutée sortit de « la machine » et frappa de plein fouet ce malheureux. Miguel vit que lors de l’impact l’homme fut entouré d’une espèce d’auréole jaunâtre qui dessina ses contours, le corps sembla subir un effet de slice et se volatilisa littéralement. Miguel n’en croyait pas ses yeux, il venait de voir un homme disparaître devant lui, sur une des avenues les plus célèbres du monde, devant des passants nullement concernés par cette action. Il ne pouvait jurer que cet homme avait été tué, il ne pourrait dire qu’il avait été transporté ailleurs, ce dont il était sûr c’est qu’il avait été effacé de la surface de la terre avec une rapidité extraordinaire. En même temps il réalisa qu’il s’était levé brusquement devant ce spectacle, son visage marquait la stupeur et l’angoisse, en voyant les visages tournés vers lui il perçut l’incongruité de la situation. Il se rassit et les visages se détournèrent de lui. Deux clientes venaient de s’assoir en face, l’une devait avoir la cinquantaine, cheveux châtains coupés courts portant lunettes, elle avait dû être très belle autrefois, son regard était doux et conciliant. La seconde plus jeune n’était pas désagréable dans son apparence, elle parlait beaucoup et se révéla imbue de sa personne. Elle tenait à marquer le peu de culture qu’elle avait acquise en l’affirmant doctement, n’admettant pas la contestation au détriment de toute tolérance. Miguel en arriva une nouvelle fois à la conclusion que le système éducatif était parvenu à façonner des êtres égoïstes, surs de leur petite personne et pour qui le mot bonté était preuve de faiblesse, on avait créé une société de « vainqueurs », une société qui un jour ou l’autre paierait ses erreurs. Il comprit que la plus jeune répondant au prénom mal approprié de Sophie exerçait un ascendant incontestable sur la plus âgée. Cette dernière semblait constamment en proie au doute, peu assurée d’elle-même, elle se livrait pieds et poings liés à la tyrannie amicale de sa voisine.
Sur le bord de mer Mme Popeye courait coudes au corps précipitant son mouvement de culbuto au bord du déséquilibre et de l’affalement. Mais surtout ce fut l’arrivée de Maxence qui lui donna prétexte de relater ce qu’il venait de voir. Maxence l’écouta doctement en hochant le menton, il eût un léger rictus à l’énoncé de la rapidité de l’action. Alors qu’il discutait avec Maxence le rayon bleu effaça encore deux personnes de la même manière que le golfeur.
---Rien ne prouve que ces personnes soient mortes émit Maxence, il se peut qu’elles aient tout simplement été enlevées, dans le passé des cas de téléportations inexplicables ont eût lieu un peu partout dans le monde, avec perte de notion du temps. Aucune explication n’a été donnée à ce jour concernant ces phénomènes. Qui sait, il se peut que ces personnes se trouvent « ailleurs » en ce moment..
Miguel dût bien se contenter de ces maigres suppositions faute de mieux, d’autant que le spectacle était maintenant dans la salle. La Comtesse était arrivée, elle se préparait à s’assoir auprès d’Elle, son amie. La dame que les habitués connaissaient sous le vocable de « Comtesse » était une personne âgée, très élégante et altière. On savait d’elle qu’elle était d’origine Russe, sa famille s’était installée à Nice dans la période sombre du Tsarisme lors de la Révolution d’Octobre. Elle était aussi éloignée de ces nouveaux riches Russes proches de la mafia qui envahissaient la côte que Pluton du Soleil. Elle avait été très riche, avait mené une vie de luxe, mais un godelurot l’avait précipitée à une ruine délicieuse. Olga était son prénom, elle s’assit donc à la table d’Elle et l’appela Yemaya. Ainsi le prénom de cette beauté qui lui semblait si inaccessible était celui d’une déesse vaudou. Miguel avait visité les Caraïbes, il connaissait la légende de cette divinité qui enflammait les nuits torrides des bidonvilles des banlieues de Santiago au rythme des congas. Il fut troublé par cette découverte, intrigué par la part de mystère qu’elle lui évoquait.
Yemaya et la Comtesse étaient assises en retrait sur la terrasse bien ventilée, aussi la Comtesse n’hésita pas à sortir un de ces cigares qu’elle avait pour coutume de savourer en ces fins d’après midi. Elle décapota un étui de trois et en sortit un havane colorado. Elle lui parut fébrile dans l’attente de cette communion. A l’aide de son briquet chalumeau elle porta le pied à incandescence avant d’amener le cigare à sa bouche. Ses lèvres entourèrent la tête de la vitole excisée, elle ferma les yeux et inspira une bouffée qu’elle garda en bouche le temps d’en exfiltrer le plaisir. Quelques instants plus tard elle rejeta comme à regret l’inconsistante essence vidée de sa substance. Son visage s’abandonna comme apaisé à l’issue de cette jouissance intense.
Témoin privilégié de l’échange Miguel avait retenu son souffle, participant à distance à cette union contre nature. Les volutes bleutées de fumée s’élevèrent au dessus des convives prenant la direction du plexiglas entourant la terrasse.

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Historique



A la fin de la première moitié du XXI° Siècle, le terrorisme, la pollution, les catastrophes naturelles amenèrent à une révolution mondiale qui bannit les grands modèles de gouvernance du Monde à savoir : le capitalisme libéral, le communisme et l’islamisme. S’en suivit une période de troubles graves, de guerres, de destructions qui aboutirent à l’utilisation de l’arme nucléaire par un ordre nihiliste.
Une majorité de la population terrienne fut éradiquée. Les survivants se réfugièrent dans des cavernes comme autrefois leurs ancêtres préhistoriques.
Lorsque la Terre ne fut plus qu’un lieu de désolation et de résidus pollués, les Unités ou « Bâtiments » apparurent dans le ciel, et se posèrent à la surface par centaines. Personne ne sortit de ces édifices pendant plusieurs mois. Le temps d’étudier la planète à l’aide des instruments de bord.
Les terriens moribonds du fait de la disparition des espèces animales accueillirent cette « arrivée » comme une bénédiction. Ils durent déchanter lorsque les premiers « rezzous » sortirent des Unités, les gardiens se lancèrent à leur trousse et en capturèrent beaucoup, qui jamais ne revinrent.
Les Terriens apprirent à devenir méfiants, certains plus malins que d’autres ne tardèrent pas à constater que les bâtiments rejetaient ce que l’on pourrait qualifier d’ordures. C’est ce qui les sauva, car ils se nourrirent bien qu’il s’agissait d’horreurs répugnantes. Pour ce qui est de l’eau ils burent celle de la Terre et des pluies. Cela eut des conséquences sur leur métabolisme et leur constitution. Ils devinrent difformes mais ils ne cessèrent de se reproduire.

Géographie et Habitats

Les bâtiments se posèrent en Asie, en Europe et en Amérique du Nord. Le reste de la Terre étant vide d’habitants il était donc inutile qu’ils s’y rendent. Là où ils se positionnaient ils s’ancraient solidement au sol à l’aide de trois énormes piliers qui se foraient profondément dans la roche. Rien ne pouvait les en extraire, ni les tremblements de terre, ni les tsunamis, ni les inondations.
La végétation terrestre ayant énormément souffert des cataclysmes , des regions entières s’étaient désertifiées, des immensités de latérites se profilaient tous horizons. Il n’existait plus de forêts telles que nous les avons connues. En conséquence le climat avait été transformé, les pluies s’étaient raréfiées, les océans se retiraient en de rares lacs, découvrant des abymes insoupçonnés.
Cependant la nature est une lutteuse persévérante, l’eau quittait la surface mais se refugiait sous l’écorce terrestre en d’immenses étendues souterraines, et un semblant de vie commençait à s’y développer.
Il semblait qu’à ce niveau un phénomène de purification s’enclenchait. Une faune et une flore aquatiques des ténèbres ravivaient la force de l’espoir et de la vie.
Et les humains étaient maintenant prêts à comprendre. Les bombardements nucléaires avaient modelé la croûte terrestre, creusé de profonds sillons rejoignant les abymes et rendant accessibles les lacs souterrains. Tout naturellement, les humains harcelés par les rezzous se réfugièrent dans ces profondeurs où les gardiens n’osaient s’aventurer. Ils y bâtirent des lieux de vie accrochés aux parois rocheuses, rappelant les nids d’hirondelles d’antan. Situés à la limite de la zone ténébreuse ils étaient alimentés en électricité par des éoliennes fixées au flan des ravins. Ces éoliennes étaient actionnées par les forts courants de vents qui soufflaient dans ces gorges escarpées. De sorte que le bas des falaises était hérissé de ces sortes d’épouvantails fabriqués avec du matériel de récupération.



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Sbreccia



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MessageSujet: Re: Légritude   Jeu 9 Déc 2010 - 13:18

...


Les jours passaient sans que les journaux ou les médias ne relatent rien des disparitions qui se succédaient. « La chose » côtoyait les rivages de la ville et tout le monde vaquait à ses occupations, affairés à gagner sa vie. Les gens se rendaient au travail, faisaient leurs courses, préparaient leurs repas, amenaient leurs enfants à l’école, se plongeaient dans les soucis de l’existence et disparaissaient. Miguel fonctionnait comme eux, à la seule différence que « lui savait ». Il voyait souvent Maxence, ce dernier mettait au point une théorie sur les événements de ces derniers jours, il avait promis à Miguel de la lui soumettre.
Elle (Yemaya) avait espacé ses visites au glacier de la Promenade, Brad n’était pas réapparu depuis sa bagarre avec le « golfeur », et la Comtesse venait quotidiennement fumer un Cohiba. Le vaisseau n’avait pas bougé d’un iota, il semblait sans vie. Miguel n’avait aucune conscience du calcul du temps de cette entité capable de parcourir des distances énormes en des durées terrestres infimes.
Ce jour là Maxence déboula au Pinocchio le sourire aux lèvres, il s’assit près de Miguel et d’emblée lui lança :
- Ca y est j’ai trouvé !
- Vas y dis moi, je suis impatient d’avoir une explication
- Tout d’abord, tu as été chasseur.. ?
- Oui Maxence, tu le sais bien mon ami, je chassais le sanglier en Corse au début des années 2000.
- Bien, alors voilà, nous avons affaire à un chasseur, un chasseur extraterrestre, mais pas comme « Predator ». Non, là ce n’est pas un esthète solitaire de la chasse, c’est une « organisation » de survie.
- Expliques toi, et dis-moi par quel cheminement tu arrives à une telle conclusion ?
- Donnes moi le temps et j’apporterai une réponse. Tout d’abord un petit historique succinct : De tous temps des visites ont eu lieu sur terre, de l’Antiquité à nos jours des textes, des dessins les relatent. Les hommes d’autrefois leur donnaient les noms d’anges, de démons, de djinns, de Vimanas, ils leur attribuaient des pouvoirs divins, parlaient de batailles dans les cieux, de manifestations grandioses, de miracles.

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