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 Tirana 2000

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Romane
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MessageSujet: Tirana 2000   Lun 13 Déc 2010 - 0:24

http://cedrate.org/spip.php?article67

Extrait :

A la terrasse du café Nikolino, des enfants passent régulièrement pour revendre des cigarettes aux étrangers et aux Albanais qui fréquentent cet endroit chic. Il s’agit d’un travail enfantin qui participe de l’économie parallèle ordinaire. Ces enfants ont parfois encore leur cartable sur le dos. Ils ne sont pas désinsérés. Ils sont ni plus ni moins naufragés que l’ensemble d’un pays dont toute l’économie est en panne et qui s’endette à une vitesse vertigineuse. Tirana a triplé sa population en 10 ans du fait de la misère rurale, dans le même temps où la quasi-totalité de ses sites industriels fermaient. Dans ce contexte, on fait état de la déscolarisation prématurée de 16.000 enfants dans le pays, mais c’est une interprétation euphémisée de la situation d’un pays où de nombreux enfants ne sont même pas inscrits sur l’Etat civil.

Arrive une fillette différente. Elle a 8-9 ans, porte sa petite sœur d’environ deux ans, et elle fait la mendicité. Luc ** lui propose de s’asseoir, de poser le bébé sur une autre chaise, et il s’éclipse. Le garçon de café arrive, inquiet pour sa chaise (je crois entendre le mot « pipi » dans ce qu’il me dit), et plus encore, probablement, pour l’image de marque du café. Lorsque Luc revient avec un sandwich et une petite bouteille d’eau (il fait 35°), la fillette ne manifeste ni surprise ni joie, mais plutôt de la gravité. Une conversation s’engage malgré la barrière de la langue. Luc lui donne le dépliant d’information sur le Centre (« la Villa »). Une étincelle passe dans son regard. Elle repart chargée du bébé, du sandwich et de la bouteille, mais elle paraît plus légère. Le garçon de café la regarde s’éloigner.

Luc pense que cette fillette, comme tous les « enfants de la rue » du centre de Tirana connaissait l’existence de « la Villa », mais qu’elle fait partie des enfants dont les parents ne sont pas encore prêts à abandonner les revenus de la mendicité de leurs enfants. Réflexion : Dans tous ces contacts avec les « enfants des rues », personne, à la mission d’EM-DH, n’a jamais donné directement de l’argent aux enfants, ce qui aurait pu activer le commerce de la mendicité. Cela répond en partie à une question préalable concernant le projet (Cf entretien avec Madame ***ECHO), à savoir : est-ce qu’un projet « Enfants des rues de Tirana » n’allait pas aggraver un phénomène en le « labellisant » et en indexant une aide à ce label ? Dans le cas présent, la réponse sur le mode d’une transaction refoulant libéralement le symptôme (renvoyer l’enfant avec quelques pièces) aurait conduit à instrumentaliser tout le monde : l’enfant qui aurait rapporté l’argent de sa détresse à ses parents, les parents, qui auraient été confortés dans la corruption de leur rôle parental par l’argent et dans la négation de leur rôle protecteur et éducatif (choix de la rue pour leurs enfants plutôt que d’un soutien matériel et scolaire comme celui qu’offre « la Villa »), et le donateur de la petite somme, qui aurait été manipulé par les deux et se serait manipulé lui-même en confortant subrepticement le système même dont il se scandalise par ailleurs. La réponse apportée en faisant activement le choix de transformer de l’argent en sandwich et en eau pour les enfants eux-mêmes et pour personne d’autre, rompt ce cercle. Elle donne la mesure des choses, restitue la valeur de l’adresse du geste, de l’échange, de la parole. Chacun est un sujet dans cette petite scène, chacun sait quelle place il a pour l’autre.

J’interprète l’expression grave de la fillette par le fait que ce mode de réponse lui posait une question qui n’était pas la sienne au départ. Elle pouvait ou non saisir cette offre d’être considérée comme une personne et prolonger cette proposition : par exemple en rapportant ou non le dépliant à ses parents. En tout cas, c’est par un tel mode d’approche que l’on peut comprendre que nombre d’enfants soient aujourd’hui en relation régulière avec « la Villa », et que des parents négocient avec cette structure les conditions qui permettent que leur enfant soit soutenu comme il se doit pour un être en devenir, sans pour autant que cela mette en danger la très fragile économie de survie de la famille.

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Tirana 2000
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