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 Prince téméraire

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Alizé

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Nombre de messages : 3755
Localisation : BRETAGNE Rennes
Date d'inscription : 26/05/2008

MessageSujet: Prince téméraire   Lun 13 Déc 2010 - 13:13

J'ai repris mon histoire, et j'essaie de l'améliorer. Un premier ajustement pour ciseler l'histoire, puis je contrôlerai la ponctuation.
Je vous mets la partie revue. Il se pourrait que certains passages clochent encore et que je ne m'en sois pas aperçue - dans ce cas n'hésitez pas à me le signaler ! -

Je vous mets quelques dessins réalisés par mon second fils qui a bien aimé cette histoire.








Prince téméraire

C'était une bien curieuse montagne, elle semblait inaccessible... de mémoire d'homme dans le village, personne n'avait jamais osé s'aventurer au delà de la forêt de sapins qui formait une barrière naturelle et sombre.
Les conifères marquaient l'entrée d'un territoire hostile.
Un chemin escarpé partait du village, mais nul ne l'empruntait, aucun pas n'osait affronter les ronces, repousser la végétation serrée pour atteindre les cimes et enfin comprendre le mystère du lieu.
De la vallée, on apercevait des pics blancs dressés, telles des lances ils transperçaient les nuages. On prétendait qu'un château aurait été creusé dans la roche, que ses salles seraient d'anciens habitats troglodytiques et les pics que l'on apercevait du village n'étaient autre que les tours du château.

Loin de là, dans une région voisine, vivait un jeune homme qui depuis sa naissance avait connu misère et privations. Il ne rêvait que de s'affranchir de la pauvreté et résolut donc de quitter la maison familiale pour s'en aller chercher fortune de par le monde.
Rien ne l'aurait détourné de son projet hasardeux, ni le regard de son père, ni l'amour de sa mère. Sa décision était prise, il ignorerait les dangers, il les affronterait au moment voulu, d’ailleurs à l'heure du départ et des adieux il ne voulait même pas y penser.

Au revoir chers parents, fort de votre amour je pars à la découverte d’une vie moins misérable et je vous reviendrai riche. Avec vous et nos amis je partagerai ma fortune...gardez confiance ; je vous aime !

Il marcha par monts et par vaux, rien ne l'arrêtait. Un jour, il arriva au village, derrière la chapelle il découvrit un chemin qui l'intrigua, il s'y engagea bien que le passage ait été envahi par les ronces, il lui fallut gravir un sentier escarpé, une ascension qu'il poursuivit bientôt à quatre pattes, et qui se transforma en escalade de roches à mains nues...enfin il se retrouva au sommet où il crut pouvoir jauger le chemin parcouru et admirer le paysage en contre bas, mais quelle ne fut pas sa surprise de découvrir qu'il était arrivé devant l'entrée d'une demeure impressionnante, qu'on ne pouvait soupçonner depuis la vallée.

Un château, ici ? pensa-t-il.

Il souleva un anneau de métal qui résonna lourdement contre le portail. Il attendit... un vieillard apparut, l'homme était aveugle et portait accroché à sa ceinture un trousseau de clefs.
- Voilà une personne bien courageuse de s'être aventurée jusqu'ici ! Mon serviteur qui t'a observé par le judas m'a dit que tu es bien jeune et que tu te présentes sans armes. Pourquoi viens-tu troubler ma solitude ? Qu'attends-tu de moi ?
- Un gîte et un couvert, je suis épuisé d'avoir tant marché depuis des jours ! En échange de votre hospitalité je vous servirai tel un serviteur et je vous en serai reconnaissant tel un fils.
- Vois-tu, déclara le vieil homme après avoir réfléchi, je pourrais bien te prendre pour fils, mais il faudrait que tu t’allonges au sol et que tu supportes les trois coups de bâton que je dois t’administrer, alors seulement je croirai à ton dévouement, et j’accepterai les services que tu me proposes et dont j'ai grand besoin. L'épreuve passée je t'ouvrirai ma demeure, mais sache que si je peux te donner trois coups pour t’accueillir, ma vengeance sera terrible en cas de trahison.
- Donnez m'en dix si vous voulez, et vous pourrez me prendre pour fils, répondit le jeune homme.

Non, il n'avait aucunement le désir d'endurer la souffrance, il n’était pas insensible...malicieux tout au plus. L'accueil lui paraissait étrange, mais n'aurait-il pas pu être pris pour un brigand et être reçu par une rafale de tir ?
Il avait remarqué que des sacs bourrés de paille étaient empilés près de la porte, il s'empara donc d'un sac, il le mit devant les pieds du vieil homme et attendit, debout, bras croisés, à un pas du ballot.

- Voilà ! dit-il
- Es-tu vraiment prêt ? interrogea l'aveugle.
- Oui, répliqua le jeune homme. Frappez juste devant vous !
Le vieil homme leva son bâton et le laissa retomber sur le sac, le choc fut vigoureux et le jeune homme feignit la douleur ; il poussa un cri.
- Aïe !
Même geste répété. Le vieil homme ne montrait aucune haine, il levait le bras sans chercher à blesser.
-Aïe, Aïe !
Le bâton se leva une troisième fois.
- Aïe, Aïe, Aïe, ne frappez plus ! Stop ! Nous avions convenu de trois coups ! dit le jeune homme qui trouvait que cette scène grotesque avait assez duré.
Sur ces paroles, le jeune homme envoya le sac de paille rouler au loin d'un coup de pied et, prestement, il se figea devant le vieil homme. Celui-ci le prit alors par les épaules, tâta son dos comme s'il voulait vérifier que les coups n'avaient occasionné aucune fracture, puis il le serra dans ses bras.

- Ce château est entouré de créatures maléfiques qui me retiennent prisonnier. Je craignais que tu sois des leurs, il fallait que je te mette à l'épreuve, si tu avais été un fils des fées tu aurais été trop fier pour t'abaisser devant moi et jamais tu n'aurais accepté de subir un geste agressif ; tu l'aurais contré par une quelconque parade magique.
Afin que tu me pardonnes le traitement inhumain que je t'ai fait subir, je te confie mon trousseau de clefs. Après le repas, tu pourras commencer à explorer les salles dont je t’ai confié les clefs... Fais comme chez toi, tu as de quoi t'occuper et t'émerveiller mon fils ! dit le vieil homme en souriant.

Le repas simple, mais copieux, redonna des couleurs au jeune homme qui, depuis son départ, ne s’était nourri que de pain sec et de quelques baies ou pommes cueillies en chemin.
À peine le repas terminé, comme sa curiosité était piquée au vif, il s’empressa de tester les clefs dans les différentes serrures. Quelle ne fut pas sa surprise de découvrir que chaque pièce était une véritable caverne d’Ali Baba ; derrière la première porte se trouvait rassemblée toute l’argenterie du château, la seconde salle contenait des monticules de pièces d’or, la troisième cachait des coffrets emplis de perles fines, la quatrième n’était autre qu’un écrin géant pour rubis. Au fur et à mesure de ses explorations le jeune homme allait d’émerveillements en éblouissements, les portes abritaient des joyaux de plus en plus précieux ; dans la dixième salle, la dernière qui lui était autorisée, brillaient des diamants.
Deux portes, ce soir là, gardèrent leur mystère, car le vieil homme n’avait pas remis à son hôte le trousseau complet.
Que pouvaient contenir de plus précieux encore les dernières salles ?
L’esprit du jeune homme était incapable d’imaginer plus de richesses qu’il venait d’en voir.
Devant ce mystère, et toutes les questions qui venaient troubler son esprit, le jeune homme ne parvint pas à dormir de la nuit, et ce malgré le confort de son couchage.
- À quoi pouvaient servir ce trésor ?
- Pourquoi cette abondance de richesses ne rendait-t-elle pas le vieil homme heureux ?
- À quoi bon posséder tant de « biens » et vivre seul, dans un château sombre et humide qu’un feu de cheminée ne parvenait même pas à réchauffer ?
Peut-être que le fait d’ouvrir ces pièces chasserait le trouble qui commençait à s’insinuer dans son esprit. Il regrettait presque la chaleur de sa vieille maison où les veillées étaient si douces entre ses parents au cœur débordant de bonté.

Le lendemain matin il remercia le vieil homme de la confiance qu’il lui avait accordée et lui signala qu’il manquait deux clefs au trousseau.
- Les deux dernières salles me sont réservées, dit le vieil homme, les ouvrir maintenant ne t’apporterait rien. Reprends des forces, nourris-toi, repose-toi, tu en as besoin !
- Mais…commença le jeune homme.
- Mais ? Crains-tu de t’ennuyer ? Dans ce cas plutôt que de me questionner inutilement va voir mes brebis, cela fait si longtemps que je ne les ai pas sorties ; elles ne connaissent plus le goût de l’herbe verte des prés. Tu peux les conduire partout, mais je te conseille d’éviter la montagne aux fées, même si la végétation plus tendre que partout ailleurs attire les bêtes. Tu n’y rencontrerais pas des fées mais des sorcières. Elles sont trois et se jouent des hommes, crois moi, je sais de quoi je parle, ces trois furies m’ont arraché la vue !

Le jeune homme glissa une flûte à sa ceinture, saisit un bâton et alla au bercail où l’attendait le troupeau. En marche vers les pâturages, le berger se demandait bien pourquoi il n’irait pas vers la montagne aux fées, il ne trouvait que des bonnes raisons pour occulter les conseils de son hôte. Il était sans crainte. Les bêtes, elles, étaient fébriles et affamées, après tant d’années de privation elles méritaient d’être conduites dans un pré où l’herbe était réputée être grasse, tendre et abondante. Peste soit des recommandations qui sèment le doute dans les esprits !
C’est ainsi que les brebis purent s’en donner à cœur joie, aucun animal n’éprouva le besoin d’aller chercher fleurette plus douce dans un pré voisin, et le berger, lui, put s’asseoir tranquillement à l’ombre d’un arbre. Il sortit sa flûte et entama un air joyeux….c’est alors qu’arrivèrent, sans doute attirées par la musique, trois belles jeunes filles, elles se mirent à danser frénétiquement. Après une première danse, elles hélèrent le jeune homme.
- Eh, joli pastoureau, on aimerait jouer avec toi si tu acceptes notre défi !
Tu vas jouer de la flûte et nous nous danserons. Si tu tiens le rythme plus longtemps que nous, ton désir le plus cher sera exaucé, si c’est nous qui gagnons, tu devras nous céder tes yeux.
- Je suis d’accord, répondit le berger qui dans son village n’avait pas d’égal dans l’art de la flûte, mais il se garda bien de le dire aux danseuses.
S’ensuivit une folle sarabande ; le garçon soufflait, les fées dansaient…il joua de plus en plus rapidement, les fées suivirent le rythme…un temps, mais bientôt elles montrèrent des signes d’épuisement que le jeune homme ignora, il joua avec plus d’entrain encore. Elles en avaient pourtant de l’énergie les diablesses, mais elles ne pouvaient rivaliser avec l’énergie du garçon avait tout à gagner et un monde à découvrir !
- Arrêêête…on n’en peut plus ! supplièrent-elles à bout de souffle. C’est à peine si elles parvenaient à parler.
- Je ne cesserai de jouer, Mesdemoiselles, que si vous me redonnez les yeux de mon père. Vous le connaissez je crois ?
- C’est ça ton désir le plus cher ? demandèrent les sorcières étonnées.
- C’est mon désir, vous n’avez pas à discuter ou à tenter d’en connaître la raison. J’ai relevé le défi, je l’ai gagné, vous devez exaucer mon désir aussi étrange soit-il.
- En effet, gémirent-elles, alors va près du vieux chêne, tu apercevras une grotte, c’est notre demeure. Les yeux que tu cherches sont sur l’étagère transformés en oranges. Emporte les et donne les à ton père, quand il les aura mangées, il recouvrira la vue. Par contre en entrant chez nous, reste silencieux, n’effraie pas nos enfants, ils risqueraient de prendre peur et le Diable seul sait ce qu’ils pourraient faire.
Aussitôt ces paroles entendues, le berger partit… il courut jusqu’au chêne, se précipita vers la grotte, toujours courant il entra le plus bruyamment possible frappant le sol et criant. Il saisit les deux oranges et sortit, continuant de pousser des hurlements à s’en arracher les poumons. Les enfants des sorcières, réveillées n’eurent même pas le temps de voir qui était entré, elles se mirent à hurler à leur tour et dans un mouvement de panique elles sautèrent dans le feu où elles se consumèrent comme de simples brindilles !
Un peu plus tard quand les sorcières arrivèrent chez elles, elles retrouvèrent leurs petites filles carbonisées…toutes sorcières qu’elles étaient elles en ressentir une intense douleur…
- Malédiction, crièrent-elles, nous avons tellement semé la terreur que nous voilà horriblement punies ! Il ne nous reste plus qu’à fuir cette grotte de malheur !
Toutes trois partirent…en les voyant de loin, on ne reconnaissait plus les jeunes filles agiles qui si joliment dansaient, le chagrin les avait métamorphosées en vieilles femmes. Sans doute marchent- elles encore, car leurs petits pas fatigués ne les ont conduites dans aucun lieu où la danse est possible.


Heureux d’avoir débarrassé la montagne de ses créatures malfaisantes, le jeune homme reprit
allégrement le chemin du château. Les brebis qui le précédaient n’avançaient guère vite, si bien qu’il se retrouva plusieurs fois au milieu du troupeau, l’envie lui prit alors de jouer à saute-mouton ; si quelqu’un avait été là, pour l’observer, il aurait vu le berger tel un pantin danser et bondir au-dessus des brebis. La scène était drôle, mais il était seul dans la montagne ; il pouvait donc donner libre cours à sa joie, sans crainte des regards moqueurs.

Dès que le troupeau fut à l’abri dans la bergerie, le garçon se précipita dans les appartements de son père adoptif. Il lui tendit un fruit et lui demanda de le manger sans poser de question. Comme par miracle, au fur et à mesure que le roi savourait les quartiers d’orange, la vue de son œil gauche devenait plus nette.
- Maintenant cher père, dit le garçon, je peux vous donner une deuxième orange, en la mangeant votre œil droit sera également guéri, mais, s’il vous plaît, en échange, donnez- moi les deux clés qui sont encore accrochées à votre ceinture !
Tout au bonheur de recouvrer une vision parfaite, le vieil homme n’hésita pas à céder les clefs à son sauveur. En tendant son trousseau il souriait, mais ne dit rien, seul son regard tout neuf lançait un clin d’œil malicieux au jeune homme.
Ainsi s’ouvrirent les deux dernières portes !
Et que contenaient-elles ?
Des fontaines…des fontaines d’eau vive et précieuse…des fontaines protégées par des animaux fantastiques.

Dans la onzième salle, la source qui jaillissait était de couleur or, à côté d’elle se reposait un cheval ailé. Le jeune homme éprouva le besoin de se rafraîchir, il se pencha, s’immergea la tête, le buste, il ne s’aperçut pas que de la tête à la taille, sa peau était devenue d’Or.
Dans la dernière salle, un âne doux et majestueux, aux ailes déployées, se tenait devant une fontaine où coulait une eau argentée. Cette fois encore, le jeune homme ne put s’empêcher d’entrer en contact avec l’eau de cette précieuse fontaine, il y trempa les pieds, les pieds et les jambes, jusqu’à la taille ; c’est ainsi que de la taille aux orteils il devint d’argent, mais notre Apollon ne le remarqua même pas !
À partir de ce jour, le château n’eut plus de secret pour le jeune homme, il lui suffisait d’y vivre heureux et c’est ce qu’il fit. Chaque jour il se rendait utile, le travail ne manquait pas, car beaucoup de tâches avaient été négligées durant des années ; le Roi était vieux et peu habile de ses mains. Mis à part le personnel de cuisine et de chambre, aucun artisan n’habitait au château. Le jeune homme était courageux et il mit du cœur à l’ouvrage, sa vie dans la ferme de ses parents l’avait entraîné à bien plus durs travaux ! Parfois il s’accordait une journée de repos, alors il prenait son bâton de berger et sortait le troupeau. Avec les bêtes il s’enivrait de l’air des alpages. La vie s’écoulait donc tranquille et laborieuse auprès d’un père adoptif juste et attentionné. Le roi était un homme plein de connaissances et il aimait, lors des longues soirées au château, les partager avec ce fils providentiel venu de la vallée.
Malgré tout, cette vie privilégiée ne suffit bientôt plus au jeune homme. Il aurait tant souhaité rencontrer d’autres personnes, et il commença à rêver d’une ville.
- Comme l’animation d’une ville doit être passionnante, comparée à l’ennui d’une vie où le calme règne sur un royaume sans sujets ! Soupirait le jeune homme.
Encore une fois il ressentait la nécessité du départ ! Le Roi accepterait-il que son protégé lui échappe ?
Le jeune homme n’osa pas le lui demander. Au bout de plusieurs jours de doute, il décida de partir sans en informer son protecteur.
Un matin donc, au lever du soleil, le berger se rendit près de la fontaine d’or où l’attendait le cheval qui était devenu son confident, il lui fit part de sa décision de quitter sur le champ le château. Le cheval se cabra de joie et dit dans un hennissement.
- Je pars avec toi, j’en ai assez d’être une gargouille de fontaine, de brimer mon élan, de faire comme si j’ignorais avoir des ailes ! Je connais le parcours qui mène à la ville où se trouvent les habitants du royaume, ce château n’est qu’un refuge où le Roi a choisi de s’isoler.
Mais je dois te dire que le Roi ne nous laissera pas partir facilement, il ne comprendra pas cette fuite, il enfourchera l’âne pour te rejoindre, et cet animal est bien plus rapide que moi…
- Que faut-il faire alors pour réussir à nous enfuir ?
- Ignores-tu que lorsque tu veux aller de l’avant rien ni personne ne peut t’en empêcher, et que l’objet le plus insignifiant devient l’instrument magique qui soulève l’obstacle lorsqu’ il se présente !
- Un objet magique ? Je n’en connais pas !
- Il t’en faudra trois. Prends au hasard, une étrille, une poignée de paille et une cravache…ça fera l’affaire !
Le jeune homme ne se posa pas de questions, le cheval son ami était digne de confiance, d’ailleurs, bien des aventures lui avaient appris à composer avec les caprices du destin… Alors il se hâta de réunir les trois objets magiques, puis il sauta sur son destrier qui s’envola aussitôt.
Par quel mystère le vieux roi fut-il arraché à son sommeil ? Je ne saurais vous le dire, en tout cas il se précipita en pyjama vers la salle à la fontaine d’argent, il sauta sur son âne et engagea la poursuite. Le bourricot fusait à une telle vitesse qu’il ne tarda pas à rattraper les fuyards.
- Jette l’étrille, vite ! dit le cheval.
Dés que l’étrille atteignit le sol, une forêt d’épineux surgit devant l’âne, barrant la route au vieil homme. L’âne malgré les coups d’éperon préféra ne pas déchirer sa robe, il entreprit de contourner l’obstacle, et de redoubler d’ardeur pour finalement arriver à la hauteur des deux amis.
- La paille, jette la maintenant ! Ordonna le cheval.
Les brins de pailles dans leur chute étincelaient au soleil comme des aiguilles d’or, arrivés au sol ils se transformèrent en pieux qui s’enfoncèrent profondément dans la terre et se mirent à pousser comme des bambous, atteignant une hauteur phénoménale. Une nouvelle fois le Roi dut contourner l’obstacle, pour mieux dévorer ensuite la distance qui le séparait du cheval et de son cavalier. Il arriva bientôt à leur niveau, il n’avait plus qu’à tendre le bras pour atteindre le jeune homme qui crut ses rêves anéantis.
- Fouette, fouette l’air avec la cravache ! Intima le cheval.
Avant que la main du vieil homme ne l’attrape, le garçon donna un vif coup de cravache dans le vide, et entre le roi et lui un large torrent, venu de nulle part, vint les séparer. Il s’étirait du Nord au Sud, et son flot était si impétueux que le roi comprit qu’il ne pourrait le traverser.
- Arrête-toi mon enfant, tu n’as rien à craindre de moi, ne pars pas sans m’écouter, il y a quelque chose que tu ignores et que tu dois savoir !
Le jeune homme ralentit sa monture.
- Que dois-je savoir ?
- Regarde-toi dans l’eau mon enfant ; tu verras que tu es devenu un être d’or et d’argent de la tête aux pieds. Couvre-toi si tu ne veux pas attirer la curiosité ou susciter la convoitise. Sois prudent, sinon il t’arrivera de grands malheurs en ville.
Après avoir prononcé ces paroles, le vieil homme solitaire fit demi- tour et repartit en direction de son palais.
Le jeune homme descendit de cheval, s’approcha du torrent dont le flux s’était calmé…Il coulait maintenant comme un fleuve, dans le miroir de l’eau il vit son reflet, aussi terrible que beau ; il ressemblait à une statue précieuse – le vieil homme n’avait pas menti !
Il fallait cacher cette silhouette trop clinquante ! Comment ?
Le garçon désemparé regarda autour de lui, c’est alors qu’apparut un mendiant qui accepta de céder ses vieux vêtements rapiécés en échange de l’habit de brocard d’or souple du jeune homme. Ainsi vêtu de ces frusques, qui fort heureusement étaient agrémentées d’une capuche, le jeune homme sembla perdre tout son éclat. Il jeta un rapide coup d’œil dans l’eau du fleuve et, satisfait par son apparence, il se sentit prêt à reprendre la route.
(à suivre)
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blue note

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MessageSujet: Re: Prince téméraire   Mar 14 Déc 2010 - 0:22

Wahou, il a un sacré coup de crayon, le fiston !
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Alizé

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MessageSujet: Re: Prince téméraire   Mar 14 Déc 2010 - 2:25

Je le pense aussi, mais il manque de confiance en lui dans ce domaine, à moins que ce ne soit pas l'heure, actuellement, de dessiner dans sa vie. Peut-être y reviendra-t-il plus tard !
Il ne poursuivra pas ces illustrations, il est passé à autre chose.
On ne voit pas trop le château (tracé au crayon), au-dessus duquel s'envole le cheval.
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Romane
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MessageSujet: Re: Prince téméraire   Mar 14 Déc 2010 - 2:37

Dis donc, il a la main sûre, le petiot ! Quant à la mère, il faudra attendre quelques jours que j'aie le cerveau dispo pour ingurgiter quelque chose de consistant.... j'y reviendrai dans quelques jours, promis, Alizé. (en principe,je n'oublie jamais)

*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*
"Bonjour, je suis Romane, alors je m'appelle Romane, c'est pour ça que mon pseudo c'est Romane."
http://romane.blog4ever.com/blog/index-86614.html
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Alizé

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MessageSujet: Re: Prince téméraire   Mar 14 Déc 2010 - 14:16

Merci Romane. Tu as le temps, mon histoire est encore longue, il me faudra plusieurs semaines pour retravailler la suite.
Tu l'avais déjà lue cette histoire, mais il y avait des incohérences, des passages qui manquaient de subtilité et auraient pu choquer, il fallait justifier certaines réflexions, attitudes...

Quand K. a commencé ces illustrations, j'ai été surprise de voir combien il interprétait les personnages et l'histoire à sa façon...
Voyez l'épée quand le jeune homme quitte le château, et le petit dragon qui n'est pas dans mon histoire.
Ses premiers personnages avaient un visage trop pointu, comme dans les mangas...alors sur le dernier je lui ai demandé de dessiner un menton carré.
Killian dessine légèrement à la mine graphite des dessins qui sortent de son imagination, mais il réalise de très beaux portraits. Il est délicat et soigneux. Tout le contraire de moi ! (je préfère la couleur, la matière et même avec un crayon à papier, je noircis mes doigts et ma feuille - tendance à estomper avec les doigts !)
Il hésite à coloriser ses dessins.
Depuis deux mois il est reparti à Paris, je pense qu'il ne dessine plus, son amie n'aime pas le voir dessiner.
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Alizé

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MessageSujet: Prince téméraire - suite -   Jeu 2 Juin 2011 - 18:38

Prince téméraire - suite - (sans images ; le fiston a l'esprit occupé par d'autres projets)

Chapitre 4

Le voyage dura quelques jours ; des chevauchées entrecoupées de nuits à la belle étoile…enfin, après une halte particulièrement éprouvante à cause de la faim, qui toute la nuit lui tenailla le ventre, il décida qu’il était temps pour lui maintenant de choisir son futur lieu de vie. Une ville attira fortement son regard ; une ville fortifiée posée dans une vallée d’ocre, elle semblait enluminée par la magie du soleil couchant. Le cavalier demanda à son cheval ailé de s’approcher, de survoler discrètement la citadelle… il remarqua un parc magnifique où régnaient des arbres plus que centenaires ; c’est là qu’il demanda à son cheval de le déposer. Au milieu des arbres sentinelles se dressait un manoir, au dessus de la porte principale, le jeune homme reconnut les armoiries de son père adoptif.
Ainsi, il se trouvait une nouvelle fois sur les terres de son beau-père !
Se pourrait-il que la fille du roi habite en ce lieu ?
Le vieil homme lui avait souvent parlé de sa fille, dont il vantait les qualités et la beauté. Elle n’aimait pas l’isolement du château où vivait son père et préférait la vallée de xxxxx
Le jeune homme se sentit en sécurité, il décida de rester ici et renvoya son cheval.
- Reprends ta liberté, lui dit-il, va où bon te semble. Je garderai de toi ces quelques poils et, lorsque j’aurai besoin de ton aide, je t’appellerai.
Il faisait déjà nuit, le jeune homme se pelotonna sous un buisson et s’endormit.
Le lendemain matin des exclamations le réveillèrent :
- Un vagabond ! Un vagabond tapi dans le jardin du Roi ! Sors de là, montre-toi !
Le garçon sortit de sa couchette de fortune. Devant lui se tenait un homme, une bêche à la main, il était vêtu d’un tablier de jardinier, à ses pieds, des sabots. L’homme avait pour tâche d’entretenir le domaine, il s’en acquittait fort bien ; la végétation, magnifique dans ce jardin, appréciait ses soins. Des curieux il en avait vus, car nombreux étaient ceux qui voulaient admirer son parc, mais jamais il n’avait vu quelqu’un oser venir s’installer sous son Oranger du Mexique – d’où son courroux !
Le jeune homme dégagea légèrement sa capuche, laissant voir sa chevelure d’or et ses yeux incandescents…le jardinier, lorsqu’il aperçut le visage du jeune homme, laissa tomber sa bêche, il resta un instant sans voix, puis il se mit à rire, d’un rire sonore et franc.
- Ha, ha, ha, une tête d’angelot et des habits de mendiant ! Ha, ha, ha…une peau aussi lisse que celle d’un enfant et des yeux de fauve en furie…n’aie crainte, je ne te mettrai pas en cage !
- Excusez-moi, Monsieur, si je vous ai effrayé. Ne vous fiez pas à mes vêtements, et surtout, surtout, ne me chassez pas. J’implore votre aide ! Comme vous le voyez, vous n’avez rien à craindre de moi. Prenez-moi à votre service en échange de nourriture ; je peux me contenter d’une bouchée de pain, de quelques fruits et d’un peu d’eau. Je risque de mourir de faim si je ne m’alimente pas maintenant.
Le jardinier était un homme de cœur, il consentit à garder le jeune homme, il le surnomma « Angel », en souvenir de la première impression qu’il avait eu en le voyant.
Angel devint donc le commis du jardinier, avec lui, toute la journée il bêchait, sarclait, émondait, arrosait…La nuit il dormait dans une cabane qu’il avait construite entre les branches d’un cèdre, il aimait le contact avec la nature, le parfum de la végétation endormie…il aimait aussi la vue qu’il avait du château !
Parfois le soir, dans l’encadrement d’une fenêtre, il apercevait la fille du roi ; elle admirait le parc et regardait les étoiles avant de s’endormir. De sa cabane, Angel l’observait…et il se surprenait à rêver.
Un soir, alors qu’il contemplait en silence la jeune fille, il eu le désir d’être vu en retour, il ne pouvait plus continuer à être les yeux de la nuit, un observateur de l’ombre. Il fallait que la princesse le voie tel qu’il était vraiment. Le matin même, ils s’étaient croisés au détour d’une allée, mais la jeune fille n’avait pas daigné lever les yeux sur un jardinier vêtu de guenilles ; Angel en avait été attristé pour la journée.
Au crépuscule le jeune homme alluma une lampe, il brûla à sa flamme un des poils du cheval ailé. Aussitôt son ami se matérialisa. Angel ôta ses vêtements de misère, il sauta sur l’échine de l’animal fantastique et se mit à galoper sur la pelouse.
La princesse était à sa fenêtre. Quel ne fut pas son étonnement de voir apparaître sous les rayons lunaires, un bel homme resplendissant de lumière et chevauchant Pégase ! Elle se demanda si elle ne rêvait pas, mais quand elle vit le jeune homme se diriger vers la cabane du vagabond et disparaître dans l’ombre du cèdre ; elle sut, à ce moment précis, qui il était.
Le lendemain matin lorsque le jardinier du Roi vit ses plates-bandes et sa Roseraie saccagés, il explosa d’une colère inhabituelle. Rouge d’indignation, il accusa son commis d’avoir manqué de vigilance. De sa cabane, n’était-il pas aux premières loges pour surprendre le misérable qui avait massacré les parterres !
- Chenapan, est-ce ainsi que tu surveilles le jardin, les fleurs sont écrasées comme si un cheval les avait piétinées ! N’as-tu donc rien entendu ?
- Un cavalier est venu, Monsieur, mais je n’ai rien pu faire, il est passé tel l’éclair.
La princesse, qui avait entendu les cris, s’approcha. Non qu’elle s’intéressait aux querelles des jardiniers, mais elle trouva l’occasion idéale de rencontrer le commis qu’elle n’avait jamais regardé de jour.
- Pourquoi accusez-vous votre commis ? Si vous avez subi des dommages, prenez cette bourse, achetez les plans dont vous avez besoin pour refaire vos platebandes et gardez le reste de l’argent pour vous.
Le jardinier retrouva son calme, la bourse semblait bien pleine, il pourrait réparer les dégâts et réaliser un bénéfice. Finalement, cette mésaventure, à première vue contrariante, lui sera profitable.


Chapitre 5

Quelques temps plus tard, alors que la nuit avait posé son croissant de lune sur le pignon de la plus haute tour du palais, composant ainsi une baguette magique de bonne augure, la princesse se rendit à la cabane. Angelot ne fut pas surpris, il l’attendait. Ils étaient saisis par le même sentiment amoureux. Leur jeunesse leur ouvrait grand les portes des rêves, des rêves possibles dans la réalité de leur vie. Ils en étaient sûrs, ils pourraient s’aimer malgré leur différence de classe.
Avant de partir rejoindre son appartement la Princesse confia au jeune homme un anneau d’or :
- Cette bague je te la donne en gage de mon amour. Je n’épouserai personne d’autre que toi.
Fais- moi confiance. Je parviendrai à convaincre mon père.

Le Roi était un père très aimant, il voyait encore sa fille comme une enfant, il n’était absolument pas prêt à la voir convoler. La princesse savait que convaincre son père serait difficile, mais elle comptait bien user de tous les stratagèmes que connaissent les petites filles un brin capricieuses pour venir à bout des résistances de leur père.


Dès le lendemain, le roi dut quotidiennement affronter les demandes insistantes de sa fille ;
elle exigeait que pour elle on organise l’audition des prétendants au mariage.
Elle cajola son père, elle le supplia, elle se mit en colère, elle bouda, elle pleura,…le roi ne put résister longtemps, il capitula et, comme il était de coutume, il donna l’ordre de faire fondre une orange d’or. Il convoqua ensuite tous les jeunes gens des riches familles du royaume afin qu’ils défilent devant sa fille.
Ainsi put se dérouler la parade des prétendants.
Une estrade avait été montée dans la cour, la princesse y était assise sur un trône, l’orange
posée sur un guéridon devant elle. Avec une attention feinte elle regardait les prétendants qui
se succédaient. Le roi, caché derrière une tenture, crut plusieurs fois que sa fille allait offrir
l’orange à un jeune homme particulièrement beau et élégant. C’était le geste attendu, le
geste par lequel la princesse désignerait l’élu de son cœur.
L’orange ne bougea pas de la table.
On fit défiler les ouvriers ; l’orange ne bougea pas.
On fit défiler les paysans ; l’orange ne bougea pas.
Personne ne convenait à la Princesse.
On signala alors au roi que ne restait dans tout le royaume qu’un pauvre étranger qui n’avait pas de famille, pas de nom.
- Qu’il se présente devant ma fille ! dit le roi qui croyait toute menace de mariage écartée. Il voyait déjà la Princesse revenir au palais à son bras.
Son espoir fut de courte durée. Le roi blêmit lorsqu’il vit la princesse tendre son
orange au jeune homme.
Une exclamation de protestation s’éleva des rangs des courtisans :
- C’est une erreur, l’orange a échappé des mains de la Princesse, il faut recommencer le défilé !

Le défilé des prétendants fut reconduit. Tous les candidats se présentèrent à nouveau, une fois, deux fois, trois fois…et à chaque passage, la Princesse offrait l’orange à Angelot, toujours à Angelot.
Le doute n’était plus possible ; la Princesse désignait aux yeux de tous l’homme qu’elle aimait.

Le roi se sentit humilié, non seulement devant les habitants de son royaume, mais devant la Terre entière. Il était très malheureux car il ne comprenait rien à la situation. Alors, pour la
première fois depuis la naissance de sa fille il se mit en colère :

- Tu me déshonores ! Vas au Diable ! Disparais de ma vue ! Pars avec ce misérable et ne reviens plus !

Sans dire un mot, la Princesse descendit de l’estrade, prit la main d’Angelot
et avec lui se dirigea…vers la cabane du Parc.

Chapitre 6

Quelques semaines s’écoulèrent, et le bruit se propagea dans le royaume que le roi souffrait d’un mal étrange qui affectait ses yeux ; il craignait de perdre une fois de plus la vue. Il consulta les plus célèbres médecins, mais aucun d’eux ne put diagnostiquer le mal, ils lui prescrivirent de multiples remèdes ; rien ne soulagea le malade. Arriva un curieux personnage ; un guérisseur de bonne réputation que les médecins de la cour prenaient pour un charlatan. Il recommanda au roi de boire du lait de gazelle.
Il n’y avait pas de parc animalier dans le royaume, d’ailleurs, pour que le breuvage soit efficace, l’animal devait vivre et s’alimenter dans son milieu naturel ; il fallait donc aller chercher le remède dans les steppes d’Afrique.

- Que les plus vaillants chevaliers aillent me chercher ce lait, dit l’infortuné roi qui ne savait plus vers quel saint se tourner.

En entendant les rumeurs qui annonçaient le départ imminent d’une délégation de chevaliers, la princesse alla trouver son père.
- Permettez, Père que mon époux aille vous chercher ce lait !
- Comment ton misérable mari pourrait-il prétendre venir à bout d’une telle mission. Les jeunes gens bien nés que j’envoie m’ont prouvé leur fidélité à maintes reprises, ils me rapporteront le remède. Ton époux n’est qu’un imposteur ! Jamais je ne le chargerai d’une telle mission de confiance.
- Père, je vous en prie, permettez à mon époux de prendre un cheval. Il est plein de ressources et d’imagination, je crois en lui plus qu’en tout autre, et je veux vous voir guérir…donnez-vous cette chance supplémentaire, Père !
- Soit, consentit le roi, tu ne souhaites que mon bien, j’en suis certain, mais durant l’absence de ton ami ne reste pas au château. Ta place n’est plus ici. Retourne dans ta maison !
On octroya à Angel le plus mauvais cheval, de sorte qu’il dut partir bien avant les autres cavaliers. Il laissa sa monture trotter à son petit rythme fatigué jusqu’au champ des batraciens, qui n’était autre qu’un grand marécage. Là, il se laissa choir dans la boue avec son animal, et attendit la venue des autres chevaliers.
Quand ceux-ci arrivèrent, ils le découvrirent enlisé jusqu‘aux genoux, soufflant et tirant, essayant en vain de dégager sa Rossinante de la boue. Ils eurent envie de rire, mais ils étaient nobles ; ils restèrent donc polis.
- Comment ? Toi aussi tu veux tenter ta chance et aider le Roi. Bon courage l’ami !
En fait, malgré leur courtoisie apparente, ils ricanaient en leur fort intérieur. Si leurs pensées avaient pu s’exprimer, ils auraient dit avec un malin plaisir :
- Pauvre bougre, te voilà dans un beau pétrin. La belle aubaine pour nous ; un rival de moins.
Et tant que tu y es, tu n’as qu’à rester dans ta boue. La princesse est bien trop belle pour toi !

Dès que les cavaliers se furent éloignés, le jeune homme sortit du marais. Il tira de sa poche un poil de son cheval ailé, le brûla et son blanc coursier apparut aussitôt.
Angel se déshabilla en toute hâte, fit un baluchon de ses guenilles qu’il fixa sur le dos de son haridelle embourbée, puis il sauta sur le dos de son fantastique destrier.
Quelques coups d’ailes énergiques et il se retrouva au Pays rouge et bleu des gazelles.
Il repéra deux jeunes faons dissimulés dans les hautes herbes. C’est là qu’il demanda à son cheval de le déposer. Il s’installa dans ce refuge et attendit que la mère gazelle vienne nourrir ses petits. Quand elle arriva, de surprise elle fit un bond spectaculaire en découvrant un humain près de ses enfants. Elle s’apprêtait à prendre la fuite mais elle se ravisa.
Elle s’approcha avec précaution du nid d’herbes. Son doux regard croisa celui d’Angel, elle n’y lut aucun danger. Elle plia ses pattes graciles et s’installa pour la tétée.

Le jeune homme avait emporté deux flacons de cristal ; il emplit le premier de lait de gazelle, pour le second, il chercha le terrier d’une famille de phacochères et emprunta un peu de nourriture aux marcassins.

Sur le chemin du retour il croisa les chevaliers qui ne reconnurent pas en ce jeune homme superbe mi lune argentée, mi soleil d’or, le jardinier du Parc Royal.

- Où allez-vous messieurs ? leur cria-t-il en les apercevant.
- Nous allons chercher du lait de gazelle, c’est la potion qui guérira les yeux de notre roi, répondirent-ils.
- Inutile d’aller plus loin, je peux vous procurer ce breuvage. J’en ai toujours sur moi.
- Quelle chance ! Dites- nous votre prix, nous vous l’achetons.
- Un prix ? Croyez vous que j’ai besoin d’argent ? Comme vous pouvez le constater l’or et l’argent ne me font pas défaut. Je vous donne le flacon de lait de gazelle gratuitement. Permettez-moi seulement de vous marquer la cuisse de mon sceau d’or.
Les chevaliers étaient bien fatigués et l’idée d’écourter l’expédition les tenta. Un tampon sur une cuisse n’était pas invalidant, d’ailleurs ils n’ôtaient jamais leurs pantalons, sauf pour dormir.
- Soit, acquiesça le plus âgé des cavaliers, qui vérifia que personne dans les parages ne les observait, par crainte du ridicule.
Ainsi fut fait. Angel marqua la cuisse gauche de chaque chevalier, puis il leur remit le flacon de lait de phacochère, gardant pour lui le lait de gazelle.


Chaptitre 7

Les cavaliers firent demi tour, ils ne remarquèrent pas le cheval ailé quand celui-ci passa au-dessus de leurs têtes.
Angel rejoignit le champ des batraciens où l’attendait son vieux cheval, il enfila ses vêtements devenus raides comme du carton, car la boue en séchant en avait resserré désagréablement les fibres, puis il attendit que les cavaliers arrivent à son niveau.
Quand les chevaliers virent le jardinier dans la même fâcheuse posture qu’à l’allé, ils se moquèrent de lui sans vergogne.
L’infortune rencontre rarement la pitié sur sa route ! Ah, les beaux seigneurs qu’ils croyaient être !

La joie des Seigneurs, si peu scrupuleux, fut bien éphémère. Lorsqu’ils versèrent, sûrs d’eux, le lait dans les yeux du roi, au lieu de ressentir le soulagement attendu, celui-ci poussa un cri de douleur ; le lait de phacochère lui brûlait horriblement les yeux. Le guérisseur affirma qu’il ne pouvait s’agir de lait de gazelle, et les chevaliers durent s’expliquer. Ils reconnurent avoir acheté le lait en cours de route, mais passèrent les détails de leur transaction. Ce manquement à leur mission n’était pas pour rehausser leur prestige, même aux yeux d’un Roi aveugle.
La princesse intervint une nouvelle fois auprès de son père, elle le pria d’accepter d’utiliser le lait que son mari avait rapporté.
- Que me racontes-tu là ? s’exclama le roi. Mes plus fidèles amis sont allés au bout du monde et n’ont pas trouvé de lait De gazelle, comment veux-tu que ton mari, qui n’a réussi qu’à s’embourber au champ des batraciens, puisse posséder mon remède ?
- Vous pouvez toujours essayer, père, insista la jeune femme. Que risquez-vous ?
- Ah fille entêtée, apporte- moi ce lait ! Je doute qu’il me soigne… nous verrons bien ce qui arrivera.
La princesse sortit de sa poche le précieux flacon, le réchauffa dans ses mains avant de faire couler quelques gouttes dans chacun des yeux souffrants de son père. À la surprise de tous, et malgré ses doutes le roi recouvrit la vue.
- Ma fille, tu es ma bénédiction, s’écria-t-il, tu m’as rendu la vue !
Je ne saurais supporter plus longtemps de te voir vivre dans une cabane. Retourne dans tes appartements avec ton mari, mais arrange-toi pour que jamais il ne paraisse devant moi quand je serai au château ! Je ne suis pas encore convaincu de son honnêteté.

Quelques temps plus tard, une guerre éclata. Le roi rassembla ses armées et confia la direction des combats à un vaillant Seigneur. Lui-même était trop âgé pour participer à ce conflit, il le regrettait, car rester dans un camp retranché n’était pas digne d’un monarque ! Il songea avec tristesse au fils adoptif qu’il avait perdu…comme cet enfant généreux aurait bien défendu les intérêts du Royaume !
Sa fille arriva, et coupa court à ses pensées nostalgiques.
- Père, permettez à mon époux de partir au combat. Donnez-lui un cheval !
Le roi accepta sans discuter, cette fois-ci, il exigea seulement qu’Angel reste à l’écart des autres chevaliers.
Alors que tous se préparaient, le jeune homme prit de l’avance sur la cavalerie. Au lieu dit du Champ des batraciens il fit semblant de s’embourber.
Lorsque le Roi vit son gendre dans une posture aussi ridicule, il passa son chemin en feignant de ne rien voir, mais il entendit les rires malveillants de ses hommes qui contemplaient la scène ; le roi en souffrit, il se sentit personnellement humilié. Comment ceux qui représentaient sa cour pouvaient-ils être si arrogants ?
La bataille qui s’engagea un peu plus tard fut terrible. De loin, le Roi comprit que ses hommes allaient perdre le combat, que la déroute était imminente, quand, surgit de nulle part un homme mi-or, mi-argent, il montait un coursier ailé et étincelait sous le soleil. Son sabre s’abattait avec une énergie surhumaine ; les ennemis, devant une telle apparition, furent pris de panique et ne tardèrent pas à battre en retraite.
Angel, qui se sortit du combat sans une égratignure, n’hésita pas à se couper le bout d’un doigt, puis il galopa en direction des troupes du roi. On remarqua que le brillant chevalier était légèrement blessé, alors le souverain offrit pour bandage le carré de soie blanche brodé à ses initiales qu’il portait autour de son cou.
Il souhaita parler au chevalier providentiel, mais celui-ci s’était déjà envolé.

Sur le chemin du retour, l’armée Royale dut repasser par le champ des batraciens. Devinez qui ils virent ? Angel, habillé tel un gueux et toujours enlisé dans le marécage maudit…
Le roi était consterné, il pensa :
- Qu’ai-je fait à Dieu pour qu’il m’afflige d’un tel gendre ! Pourquoi ne s’est-il pas sorti de cette situation embarrassante avant notre passage ?


Chapitre 8

De retour au palais, le roi fit organiser une grande fête pour célébrer la victoire. Tous les nobles du royaume furent conviés. La Princesse intercéda auprès du roi pour que son mari reçoive lui aussi une invitation. Ce ne fut pas chose facile que d’obtenir une telle faveur ; le Roi étant encore sous le coup du vif sentiment d’humiliation qu’il avait ressenti en voyant son gendre se ridiculiser aux yeux de tous. De guerre lasse le Roi néanmoins céda. Il dit d’une voix résignée :
- Qu’il vienne, ma fille, mais qu’il soit discret et reste en bout de tablée.
Lorsque les Beaux Seigneurs arrivèrent, chacun prit la place que son rang lui assignait, et Angel s’assit comme il le lui avait été recommandé en dernier et sur le siège le plus éloigné.
Au cours du repas les serviteurs apportèrent des rince-doigts, et se gardèrent de servir le malheureux chevalier qui dut tirer de sa poche le carré de soie cousu de fils d’or, que le roi lui avait donné après le combat.
Le geste du jeune homme ne passa pas inaperçu, car le Roi surveillait cet invité indésirable du coin de l’œil. Le Roi, malgré sa rancune, ne put feindre d’ignorer plus longtemps son gendre, il lui adressa enfin la parole :
- Où as-tu trouvé cette étoffe ?
- Seigneur, c’est vous qui me l’avez fait apporté lorsque j’ai été blessé durant le combat. répondit Angel.
- Serait-ce toi le héros qui nous a épargné une cuisante défaite ? s’exclama le Roi. Sa voix partagée entre l’incrédulité et la joie sortie érayée de sa gorge.
Le jeune homme ne répondit pas, il se contenta de se redresser, il montra à tous un crin de son cheval ailé, l’enflamma et l’animal surgit aussitôt devant la salle interloquée. Le jeune homme enfourcha l’animal, ses vieux habits se détachèrent en lambeaux de sa silhouette et il apparut dans sa splendeur solaire.
Un murmure d’admiration s’éleva et gonfla comme une vague. Quand le calme revint, le jeune homme prit la parole :
- Seigneur, je suis votre humble serviteur, et votre dévoué fils, jamais je ne vous ai déshonoré, même si les apparences ont pu vous le laisser croire. Vos seigneurs ne vous servent pas comme ils le prétendent, d’ailleurs ils portent votre sceau sur leurs cuisses. C’est moi qui les ai marqués lorsqu’ils ont pris, pour ménager les efforts qu’ils devaient à leur Roi, du lait de sanglier au lieu d’aller au bout de leur mission en vous rapportant le remède dont vous aviez besoin.
Le Roi fit vérifier les dires de son gendre. Il avait dit vrai ; chaque chevalier portait l’empreinte du sceau du Roi, que seule sa fille détenait ; il lui avait remis, quand elle avait choisi de vivre dans la vallée, une bague où figuraient les armoiries de la famille !
Le roi reconnut tout à coup le jeune homme qui par deux fois lui avait permis de retrouver la vue. Trois fois même, car le Roi prit conscience, en son cœur, qu’une cécité mentale lui avait interdit d’imaginer un seul instant, que ce jeune homme, qui avait trouvé refuge dans le parc du château de la ville, puisse être le fils qu’il avait protégé dans sa forteresse des hauteurs.
Les erreurs passées ne se rattrapent pas, il suffit de changer d’attitude pour qu’elles soient annulées. Dans sa sagesse le Roi donna immédiatement une place d’honneur à son gendre. Les autres Seigneurs, confus, durent s’asseoir un peu plus loin du Roi et descendre encore plus bas dans son estime.
Angel, dont la valeur était maintenant reconnue dans tout le Royaume, put mener la vie à laquelle il se préparait depuis son plus jeune âge.
Il n’oublia pas ses parents de sang. Il les fit venir auprès de lui afin qu’ils mènent enfin une vie confortable. Dans le parc du château, à l’emplacement de sa cabane, il fit construire un pavillon où ses parents vécurent heureux jusqu’à la fin de leur vie.
Le vieux Roi, quant à lui, préféra rejoindre ses montagnes où, loin des intrigues de la cour qui le fatiguaient, il pouvait savourer de paisibles journées. Il ne se sentait plus isolé ni inquiet ; son royaume était en de bonnes mains et le couple princier venait souvent lui rendre visite grâce au cheval ailé.
Quand le vieux Roi mourut, Angel lui succéda sur le trône. Je vous laisse imaginer ce que fut son règne.
Depuis, il existe une ville où chaque homme réussit à vivre heureux, exerçant le métier qui lui convient le mieux, tout en ayant suffisamment de temps libre à consacrer à ses amis et à sa famille. Si un étranger parvient à pénétrer dans la citadelle il y est reçu comme un prince. L’accueil ici est si chaleureux qu’une fois ce lieu découvert on n’éprouve plus le besoin de partir. Les hommes vivent détachés de tout souci lié aux apparences et ignorent la défiance car leur gentillesse jamais n’est méprisée. Seul un cœur joyeux et bien intentionné peut traverser les brumes de l’ignorance et découvrir ce royaume merveilleux.

FIN
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