Jean Loup TRASSARD
Chantre de la civilisation paysanne
Oeuvre lu : « L'ancolie »,
éditions Gallimard, l'imaginaire, 224 p. 5,90 euros;
« Traquet motteux », éditions Le temps
qu'il fait, 155 p. 10 euros.
L'auteur : né en 1933 en
Mayenne, Jean Loup Trassard a fait des études de droit,
longtemps exercé la profession de fermier des Droits Communaux
et élevé des boeufs. Ecrivain et photographe, il
consacre son écriture et ses prises de vue à la vie
paysanne. Il a publié une dizaine de livres dont les derniers
sont : « Dormance » et « La
déménagerie », deux romans.
Comment je l'ai découvert ? Par
l'intermédiaire d'un ancien prof de lettres, passionné
de lecture qui a fait le rapprochement entre mes thèmes
privilégiés d'écriture et ceux du bonhomme
TRASSARD, une référence en Mayenne.
« L'ancolie »
est une série de nouvelles ou de textes, mi-poétiques,
mi-érudits sur des aspects de la vie paysanne ou de la nature
: « Les récits présentés ici m'ont
aidé à faire affleurer, avec son poids et sa durée,
une épaisseur de terre où s'enracine l'arbre sur lequel
n'a cessé de tirer une balançoire, où encore
rode le mythe des loups, où de vieux pièges se ferment
dur une poignée de neige...L'ancolie fleurissait toujours sous
un même pommier, dans un seul petit pré. Chaque année
nous rendions visite à ce point bleu de l'espace. L'un des
ancrages où tient le temps de maintenant est la verticalité
de cette tige, aussi fine que tendue. »(extrait de la 4
ème de couv.)
J'ai pris un plaisir infini à
déguster ces récits où l'auteur retourne, motte
après motte son sujet, jusqu'à l'affiner dans le
moindre détail de sa texture et de ses repères.
Quand il parle du sabotier, il fait un
parallèle étonnant avec le travail d'écriture.
Sur un autre thème, la forêt
: « Reconnaissance des dehors et des dedans d'une forêt »,
il met en parallèle deux récits sensés
représenter justement le dehors et le dedans...
Ses phrases souvent longues donnent
vraiment l'illusion d'un labour : « Dès, tôt
le matin, qu'elle enserre de chaque main une corde, les bras haut
tendus pour, sur la planche à claire-voie, se hisser, elle
quitte des yeux le potager pur d'aucun pas. »
« Traquet motteux »,
du nom d'un oiseau auquel
l'auteur s'identifie allant de haie en muret et en ferme est lui
aussi une succession de réfléxions approfondies sur des
sujets chers aux paysans : les fermes, les chemins, le fumier, les
boeufs,mais aussi le paon et l'Aubrac. Chacun est abordé avec
méticulosité sur un terroir, dans son historique et sa
description précise.
Rien
d'ennuyeux à cela, un travail d'écriture et de
distanciation est sensible. C'est une belle mémoire d'un monde
en bouleversement. L'auteur prend chaque sujet comme un artisan son
matériau pour le transformer en un objet littéraire
d'une grande beauté.