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 Les chemins d'encore [Fiona 7 - terminé]

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MBS



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MessageSujet: Re: Les chemins d'encore [Fiona 7 - terminé]   Ven 3 Juin 2011 - 20:56

Dix minutes plus tard, avec une discrétion qui, comme me le confiera Virginie, est inhabituelle, le commissaire Renaudet s’invite aux éditions Orath. Pendant que ses hommes évacuaient tous les participants à la fameuse réunion, on m’a isolée dans le bureau du fameux Albin Caron, l’avocat des éditions en même temps que celui de la nébuleuse. Ce sont dix minutes étranges où les sentiments les plus étranges me vrillent l’âme. Le soulagement parce que c’est fini, cette fois-ci bien fini. La peur rétrospective parce que si les policiers d’élite du commissaire Renaudet n’avaient pas été là, nous étions bien mal embarquées. La déception d’avoir pu vérifier qu’Isabelle était celle qui m’avait le plus manipulée au cours des derniers mois jusqu’à ce que je la tienne pour une amie et que je plaigne ses problèmes paternels. La colère de ne pas avoir vu les indices (mais y en avait-il ?) qui disaient que tout était fait pour que je me méfie des deux personnes les plus importantes de la mission. L’incompréhension, surtout, devant cette issue heureuse qui ne pouvait s’expliquer que parce que quelqu’un d’autre avait bien fait son boulot.
- Alors, miss Toussaint, pas trop chamboulée par cette journée ?
- Vous voulez la vérité, commissaire, je viens à peine de réaliser qu’il y a quelques heures j’étais devant un jury de concours… Les heures que je viens de vivre m’ont paru durer des journées entières.
- Ca se comprend… Je tenais à vous remercier personnellement pour votre action dans tout ce qui est arrivé ce soir. L’inspectrice Roncourt, qui n’est pas la dernière des buses quand elle le veut bien, m’a dit toute votre détermination à faire échouer Ermeni Kirimi.
- Vous en saviez visiblement assez pour avoir tendu le traquenard ici.
- Sans doute… Mais vous n’avez pas cessé de semer le désordre dans les têtes de nos adversaires avec vos initiatives… Sans compter que vous avez permis à un Immortel de le rester ce qui vous vaudra sûrement d’être chaleureusement félicitée en hauts lieux.
- Commissaire, expliquez-moi…
- Ce sont des secrets d’Etat, mademoiselle… Et je n’oublie pas que vous rêvez de vous marier avec un torche-copie de premier plan… Moi je ne peux rien vous dire… Maintenant, si mon honorable ami, le colonel Jacquiers veut vous en dire plus. Sachez qu’il vous attend à son domicile de la rue Toussaint-Fréron avec sa charmante épouse. Une voiture banalisée vous attend pour vous y conduire.
- Et ces gredins, que va-t-il leur arriver ?
- Nous sommes dans un Etat de droit, mademoiselle Toussaint. La justice des citoyens aura à en connaître de leurs actes… Du moins pour ceux qui ne relèvent pas de la justice militaire laquelle pourrait fort bien en l’espèce s’arranger avec la loi Badinter de 1981.
Cela veut dire douze balles dans la peau ou toute autre forme d’exécution pour les traîtres au drapeau. Même si je trouve que c’est mérité sur le principe, cela me met terriblement mal à l’aise parce que j’ai l’impression d’avoir été la première à punir en embrochant Bizières sur l’épée d’académicien de Maximilien Lagault. Et sans jugement.
- Remerciez particulièrement l’inspectrice Virginie Roncourt… Qu’elle sache qu’elle fait partie de ma famille désormais et pas seulement parce qu’elle est l’amie de ma meilleure amie…
- Je n’y manquerai pas. Comme elle devrait obtenir des vacances bien méritées prochainement, vous pourrez le faire vous-même à l’occasion.
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MessageSujet: Re: Les chemins d'encore [Fiona 7 - terminé]   Ven 3 Juin 2011 - 20:58

La nuit n’a pas fini de tomber mais Paris a déjà enfilé son manteau de lumières artificielles. Je regarde cette féérie avec le même regard fasciné que lors de ma première visite dans la capitale. Est-ce pour autant que je vais venir emménager ici pour vivre avec Arthur ?
C’est drôle. Mon esprit est déjà en train de se libérer, commence déjà à passer à autre chose. C’est bien la preuve qu’il ne peut pas rester au repos, qu’il a toujours envie de mordre dans l’existence et d’imaginer de nouvelles aventures. Aventures purement intellectuelles ou romantiques parce que du sang, de la trouille qui noue les tripes et des tordus, j’en ai soupé.
Il me reste pourtant à tirer le rideau sur un dernier aspect, celui de mon ascendance. Finalement, derrière ma curiosité de vieille pie pour les secrets du coup de filet de la rue Henri Barbusse, il se cache surtout le besoin d’avoir des certitudes sur moi-même.
Lydie m’accueille à l’entrée et me serre contre elle avec une chaleur qui me tire des larmes. Elle-même n’y échappe pas. Tout cela reste muet mais fort, très fort. Je sens que quoi qu’il arrive, elle restera proche de moi et pas seulement pour me donner des conseils beauté adaptés aux marques du temps croissantes sur mon visage. Nous sommes liées par ces jours passés ensemble et surtout par cette première visite ici.
- Il aurait aimé que ce soit vrai, dit-elle en me prenant par la main pour me guider comme si je découvrais à peine cette maison. Mais vous verrez qu’il a de bonnes raisons de ne pas voir en vous une totale inconnue.
- Vous savez donc ?…
- Je vous dirais bien que je sais depuis toujours mais votre esprit y verrait un mensonge de plus. Disons que je sais depuis assez longtemps pour comprendre à quel point tout va s’éclairer pour vous dans un moment.
L’escalier. Interminable. « Ma » chambre. Nouvelle tranche d’émotion brute, oppressante, angoissante.
- Je le préviens. Il est avec Nolhan…
Restée seule, je me déplace à pas mesurés dans la pièce avec la sensation dérangeante que je suis en train de profaner mon propre passé. La photo sur la commode m’attire. Elle est mon passé et peut-être mon avenir. La seule chose qui peut donner un autre sens à ma vie que mon travail d’historienne.

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MessageSujet: Re: Les chemins d'encore [Fiona 7 - terminé]   Ven 3 Juin 2011 - 21:11

- Mensonge, Fiona ! Tout n’est que mensonge !… Mais ce temps-là est enfin révolu.
C’est un peu grandiloquent comme entrée en matière, et pas vraiment dans les habitudes du colonel, mais j’attends. Je sais qu’il va parler, qu’il va livrer les ultimes secrets (et cette fois-ci, j’y crois à cet adjectif).
- La femme que vous regardez sur cette photographie n’existe pas, Fiona… Ou plutôt, elle existe et c’est vous… Avec Photoshop, on fait des merveilles et nous avons dans le service quelques artistes de la palette graphique. Il reste suffisamment de vous pour qu’on puisse penser à une hérédité mais assez de différences pour qu’on puisse en douter... Vous auriez dû en douter, Fiona…
- Alors qui ?…
- Chaque chose en son temps, chère enfant… Posez-vous sur ce lit comme quand vous étiez gamine et écoutez la longue histoire que j’ai à vous raconter. C’est une histoire de familles, donc forcément cela ne sent pas bon, c’est plein de relents d’égouts, de rivalités sournoises, de questions de gros sous aussi… C’est une histoire qui ne tient qu’à un fil. Un vieux monsieur qui en est le point de départ et qui est celui qui, à plusieurs reprises, a permis qu’elle se poursuive au mieux de vos intérêts.
- Vous n’êtes pas si âgé que cela, colonel…
- Je ne parle pas de moi, Fiona… Pas pour l’instant du moins… Il était une fois un très jeune homme qui avait, pendant la guerre, effectué de périlleuses missions pour le compte de la résistance mais qui, une fois la paix revenue, n’en avait pas fait étalage. Un grand modeste doublé d’un grand patriote. Ses mérites ne passèrent cependant pas inaperçus et il intégra les services secrets tout en poursuivant de brillantes – forcément – études de médecine. Ayant quitté le service pour s’établir, il rencontra au début des années 70 un jeune héritier acceptant mal sa situation et rebelle face à l’autorité d’un père ancré dans un passé orgueilleux. De cette rencontre suivit l’entrée du jeune homme dans les forces de l’ombre.
- Je crains de reconnaître les trois personnes dont vous parlez. Le bon docteur Pouget, le comte de Rinchard et son fils…
- Exactement !
- Mais quel est le rapport avec moi ?
- Un rapport très direct… Nous y reviendrons… Transportons-nous désormais dans une autre famille dans un temps plus proche de nous. Le père est brillant et occupe un poste de hautes responsabilités à la mairie d’une très grande ville. La mère, belle femme très sûre de son charme, s’ennuie et trompe le temps en trompant son mari… Lequel s’en moque car il construit patiemment une nébuleuse qui ne cesse de lui apporter richesse et pouvoir occulte.
- Ce sont donc les Lecerteaux.
- La mère n’aura de cesse de monter ses filles contre leur père qu’elle juge – c’est un comble quand on sait à quel point elle est dépensière – trop occupé à ses affaires. Jusqu’au jour où le père se « suicide »…
- Premier d’une longue série…
- Vous connaissez la suite par Arthur. La reprise en main par Aude Lecerteaux… Sa vertigineuse ascension servie par une intelligence et une ambition hors normes… Jusqu’au dénouement que vous ne pouvez avoir oublié dans ce bureau de l’Elysée.
- Et la sœur était derrière tout cela ? A son tour, elle voulait la place…
- Parfaitement. La jeune Myrtille, prénom aussi acidulé que sa propriétaire est empoisonnante, a entrepris de saper l’autorité de sa sœur en utilisant les agents de nos services qu’elle avait corrompus après chantage. Nous avons cru mettre un pied dans l’organisation alors qu’elle mettait les deux chez nous. A partir de ce moment-là, les dés étaient pipés puisque tout ce que nous faisions était connu immédiatement de nos adversaires lesquels poussaient le vice jusqu’à nous faire comprendre qu’ils savaient. Du coup, tout le monde a commencé à se regarder… En particulier, Patrick et moi… Surtout que la dénommée Myrtille, avec des appâts qui n’avaient rien à envier à ceux de sa mère et de sa sœur, s‘évertuait à convaincre le lieutenant Patrick qu’on le traitait comme quantité négligeable. Ce grand dadais s’y est laissé prendre un temps…
- Au cœur de ce micmac, il y a l’affaire de Luçon. Savez-vous finalement quel a été le déroulement des événements ?
- Nous avons fini par le comprendre. Lorsque vous avez pris la première balle, la fusillade s’est effectivement déclenchée. Couverte par les hurlements de la tempête ce qui fait que le lieutenant qui attendait dans sa voiture n’a été prévenu des événements que très tardivement. Toute la fusillade était scénarisée à l’avance. Brauz s’est contenté de rajouter numériquement un peu plus de sang sur les images. Quand Patrick est arrivé sur les lieux, on lui a d’abord parlé de votre situation. Vous étiez sur un brancard, totalement livide… et accessoirement endormie par une intraveineuse destinée à éviter que vous émergiez trop vite. C’est lui qui a pris la décision de vous transporter dans un lieu sûr et il l’a fait lui-même accompagné d’Isabelle Caron qui refusait de vous laisser partir sans elle. Pour le « nettoyage », Patrick a délégué… Ce qui a bien aidé, vous vous en doutez, ceux qui avaient manigancé tout cela. La suite, vous l’avez vue vous-même. Après les événements de cette nuit-là, entre lui et moi, il y avait une méfiance terrible. Il me reprochait autant qu’il se reprochait les décès de Bizières et Loyer. Je ne parvenais pas à comprendre comment il avait pu laisser les choses déraper ainsi. Nous étions tous les deux en colère qu’il ait pu vous arriver quelque chose. Bref, le plan de Myrtille Lecerteaux galopait… C’est là que vous avez été remarquable, Fiona…
- Moi ? Qu’est-ce que j’ai fait ?…
- Vous avez rappelé à l’agent dormant que nous avions au sein des pourris qu’il était temps de se réveiller. Cet agent nous en voulait beaucoup car il était infiltré depuis trois ans dans la nébuleuse et avec des conditions de vie très délicates. Il avait fallu notamment un mariage pour que…
- Isabelle ! C’est elle qui était votre agent dormant ?!
- Bien sûr… Mais, elle n’était plus fiable, elle ne nous disait plus rien… Elle n’avait rien dit en particulier sur le basculement de ses petits copains du mauvais côté. Près de vous, elle a retrouvé une sorte d’énergie. Elle s’est sans doute convaincue qu’il était plus honorable de combattre à vos côtés que pour des trafiquants d’armes, de drogues et de filles. Elle a demandé à quitter votre surveillance, est venue me rencontrer et a tout déballé. Ce qui a considérablement changé les choses. Nous avons persisté dans une brouille apparente avec Patrick tout en nous coordonnant par l’intermédiaire du commissaire Renaudet. Nous avons rajouté de la confusion dans tout ce qui tournait autour de vous ; tandis que je m’acharnais à faire monter en première ligne des quasi débutants, lui s’appuyait exclusivement sur l’ancienne génération. Dans le même temps, nous nous déchargions de la réalité des opérations sur les services de Renaudet d’évidence plus sains que les nôtres. J’aurais mauvaise grâce d’oublier d’évoquer le rôle important de notre ami Nolhan qui a intoxiqué l’adversaire par des faux messages échangés entre Patrick et moi, établi des systèmes de repérage comme celui qu’il utilisait pour vous pour suivre à la trace certaines personnes comme l’impénétrable Myrtille… Le qualificatif est du lieutenant Patrick et vous noterez qu’il est à double sens…

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MessageSujet: Re: Les chemins d'encore [Fiona 7 - terminé]   Ven 3 Juin 2011 - 21:13

- C’est une histoire à filer mal au crâne le plus habitué aux coups tordus. Mais que viennent faire les Rinchard dans tout ce bordel…
- Au milieu des années 70, alors qu’il est en mission en Amérique latine – son père croit qu’il est dans un trip extatique au Népal -, le fils Rinchard tombe amoureux d’une jolie conseillère d’ambassade. Mais c’est un amour fou ! Il est prêt à tout planter… Pays, mission, famille, argent… pour les grands yeux noisettes de la demoiselle. Heureusement, ou malheureusement, pour lui, il a un ami au sein du service qui réussit à le dissuader de tout perdre pour une belle qui peut très bien n’être qu’une passade. Alors le jeune Rinchard conseille à la jeune femme de démissionner et de venir s’établir près de chez lui, dans un petit appartement à Tours…
- La « garçonnière » du docteur Pouget… Et cette femme est ma mère… Et l’ami, je suppose que c’est vous…
- Les choses deviennent plus prévisibles d’un coup, n’est-ce pas ?… Vous êtes née Philippa Ondine Amélie de Rinchard accouchée en secret par le docteur Pouget dans son appartement de Tours. Si vous vous interrogez sur ce point, sachez que la date qui figure sur vos papiers n’est pas tout à fait la bonne ; vous êtes un peu plus jeune que vous le croyez. Et prenez en compte le début des trois prénoms qui vous ont été donnés pour ce qui va suivre.
- Phi – On – A !…
- La suite n’est connue que de deux personnes… Trois en comptant Lydie désormais…. Un jour qu’il se rendait de Charentilly à Tours, votre père s’est tué sur la route. Accident tristement banal. J’ai enquêté pour savoir s’il pouvait y avoir eu une autre cause qu’accidentelle à ce décès. D’évidence oui… Votre père conduisait vite mais cela n’expliquait pas tout ; quelqu’un avait voulu se venger de lui. Le chagrin de votre mère fut incommensurable. A la hauteur de l’amour et de la dévotion qu’elle avait pour son amant… qui ne pourrait jamais être son mari. Elle ne s’est plus sentie capable de continuer à vivre en ce monde. Elle avait perdu son homme, celui pour lequel elle avait rompu avec sa famille à une époque où les esprits n’avaient pas la souplesse de ceux d’aujourd’hui. Elle vous a confié à moi et elle est partie s’enterrer dans un monastère quelque part dans le Lauragais. Elle y est décédée le 17 octobre 1992 sous le nom de sœur Philippa. C’est parce que je lui ai rendue visite souvent que j’ai pu nouer des contacts particuliers avec le monastère de Prouilhe et utiliser celui-ci comme vous le savez pour le service de la nation.
C’est comme un rêve qui explose entre mes mains. J’attendais une mère, le colonel Jacquiers ne m’offre qu’un nom et une pierre tombale.
- Fiona, votre mère s’appelait Nathalie… Nathalie Lecerteaux… C’était la sœur cadette d’Henri Lecerteaux, la tante d’Aude et Myrtille… Lesquelles étaient ou sont vos cousines…
« Fatalitas ! » se serait écrié Chéri-Bibi, le héros de Gaston Leroux. Moi je n’ai rien à dire, écrasée par ces révélations qui nimbent mon existence du double sceau du malheur et de l’abjection. Je comprends mieux le préalable sur les terribles histoires de famille… Mais tout n’est pas dit encore. Il reste encore des étapes, peut-être même des nouveaux coups de théâtre aux accents de coups du sort.
- Qu’avez-vous fait de moi lorsque vous m’avez recueillie ?…
- Tu es venue ici. Dans cette chambre…
Le colonel Jacquiers ne peut plus tenir le « vous ». Trop de souvenirs, trop d’amour peut-être pour une petite boule de vie de quelques mois.
- Et je ne pouvais pas m’occuper de toi… Pas avec la vie que je menais… Alors, je me suis dit que je pouvais te placer aux frais de l’Etat dans les meilleurs conditions possibles. Il y avait ce programme FIONA, ces enfants nés dans les conditions que tu connais. Tu avais juste deux mois de moins que les autres… Je me suis débrouillé pour rajouter un nom sur la liste de ces enfants à la genèse si indigne, pour trouver une femme seule qui voudrait bien t’élever grâce aux subsides généreusement versés par le pays. Au moment de te trouver un nom de famille, j’ai choisi le premier qui m’est passé par la tête, celui du nom de ma rue. Tu serais une Toussaint et ta mère une Féron. Cette mère, je l’ai choisie dans le Sud-Ouest au cas où ta vraie mère aurait voulu te rendre visite. Elle ne l’a jamais souhaité, cela ne l’a pas empêchée de demander de tes nouvelles jusqu’au bout de son existence. Quand tu as commencé à devenir trop grande, j’ai cessé de te rendre visite… C’est ainsi que ton second père est mort.
- Il n’y avait donc aucune raison de faire des tests ADN pour trouver mon géniteur. Vous le connaissiez déjà.
- Mais l’Organisation, elle, ne l’a jamais su. Tu étais sur la liste. Ils t’ont utilisée parce que tu étais la plus brillante… Et moi, qui m’étais ajouté sur la liste des « donneurs », j’ai plongé dans les emmerdes…
- Je comprends votre émotion l’autre jour à Soursac quand vous m’avez dit que vous étiez mon père. Pourquoi ne pas m’avoir dit toute la vérité à ce moment-là ? Pourquoi cette photo truquée sur la commode ?
- C’était trop tôt… Il ne fallait pas que tu aies confiance en moi… Il ne fallait pas que les autres pensent que nous pouvions nous unir contre eux et les faire valdinguer de leur piédestal. Tant que l’Organisation existait, tu ne devais pas savoir les liens que tu avais avec elle.
- Et mes liens avec les Rinchard ? Qu’en est-il de ceux-là ?… Faut-il aussi que Ludmilla m’ait mentie ?!
- Sans le savoir… Ce brave docteur Pouget a bien conduit sa barque… Plus Ludmilla refusait de recevoir l’héritage des Rinchard, plus il l’incitait à trouver une personne de condition et de valeurs équivalentes. En ayant en tête une personne bien précise. La véritable héritière, celle qu’il s’était juré de remettre en possession des droits qu’elle tenait de son sang.
Quel imbécile a donc écrit que l’Histoire ne laisse jamais une nouvelle chance, qu’elle ne repasse pas les plats, qu’aucune cause ne relève des simples coïncidences ? J’ai conquis ma renommée professionnelle en travaillant sur des nobles montalbanais sans imaginer que mon sang était peut-être encore plus aristocratique que le leur. La petite enfant blonde qui va devenir ma fille est vraiment de mon sang. Je me prépare à dormir dans cette chambre trente-deux après y avoir vécu.
Je crois bien que cet historien stupide c’est moi.

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MessageSujet: Re: Les chemins d'encore [Fiona 7 - terminé]   Ven 3 Juin 2011 - 21:16

SAMEDI 10 JUILLET
J’ai envoyé un mail hier en début d’après-midi pour leur donner rendez-vous ici à 15 heures. Le lieu n’est pas anodin, il a valeur de symbole. J’ai découvert un jour, par hasard, ce grand oiseau aux ailes déployés dans le jardin Compans-Caffarelli. Un phœnix sculpté offert à Toulouse par sa jumelle d’Atlanta en 2005 pour symboliser la renaissance de la ville après la catastrophe d’AZF. C’est une situation qui me parle…

Le rendez-vous est anonyme. L’adresse e-mail que j’ai créée pour l’occasion ne servira qu’une fois. Elle porte le nom de Louise Cardinale et comporte le numéro 1. Un numéro 1 comme mon rang à l’agrégation d’Histoire.
Il a fallu toute la persuasion de Lydie pour que je me décide à secouer ma torpeur pour aller assister à la proclamation des résultats le 8 juillet dans l’amphi Cauchy de la Sorbonne. Là, le président du jury, a énoncé un à un les noms des 84 lauréats. Le mien est sorti en premier alors que je ne l’espérais pas avant la quinzième ou vingtième place. J’ai été toute étonnée et, plus encore, gênée lorsque Michel Cassan m’a priée de descendre le rejoindre sur l’estrade. Cette façon de me distinguer me mettait bien évidemment mal à l’aise. Cela me rappelait l’attribution du premier prix Georges Duby à Blois. Non, à parler vrai, c’était pire encore ! On me hissait au pinacle en laissant mijoter tous ceux qui attendaient de savoir s’ils avaient ou pas l’agreg, cela frisait un peu trop la télé-réalité à mon goût. Et, dans ce domaine, je savais de quoi je parlais…
- Félicitations Fiona, me souffla le président du jury à l’oreille… C’était une aberration qu’on te fasse des ennuis pour ça. Maintenant, tout va revenir à la normale et si on ne te reprend pas à Toulouse, je peux t’indiquer deux ou trois universités qui seront prêtes à pousser du monde pour te faire de la place.
- Merci, monsieur le président…
Nous avons fêté ça au 6 de la rue Toussaint-Féron. Le colonel, Lydie, Nolhan et moi. Une drôle de famille autour du gâteau.
Je n’étais pas plus fière que cela. J’avais eu beaucoup de chance, tellement de chance que je doutais encore de la parfaite limpidité des épreuves. Le colonel me rassura : rien n’avait été truqué. Nolhan ne confirma pas ce qui me plongea dans des affres supplémentaires. La collante disait que ma plus basse note était à 17 et la plus haute à 19. Sur sept épreuves… Je n’étais pas géniale à ce point-là. D’ailleurs, je ne me sentais pas géniale du tout mais plutôt comme une petite coquille de noix qui avait réussi à traverser plusieurs tempêtes et s’étonnait de voguer désormais en eaux calmes.

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MessageSujet: Re: Les chemins d'encore [Fiona 7 - terminé]   Ven 3 Juin 2011 - 21:19

Avant de repartir pour Toulouse, le 9 de très bonne heure par le premier TGV, je suis passée chez Lagault pour récupérer le tapuscrit de mon Louis XIII. Il y avait bien de la lumière place Saint-Sulpice au cinquième étage ce matin-là.
Tout avait été rangé et nettoyé. Même le fauteuil avait disparu. Mauvais souvenir sans doute.
- Vous travaillez sur quoi ? demandé-je.
- Je vous abandonne les temps modernes. Je m’intéresse désormais à la vie des esclaves célèbres dans l’antiquité. Une trilogie.
- Est-ce une idée qui vous est venue suite à certains événements récents ?
- A votre avis ?
Je lui serre la main d’une manière bien plus chaleureuse que je l’aurais voulu de prime abord. Ce type et moi, qu’on le veuille ou non, sommes liés désormais par trop de souvenirs communs pour réussir vraiment à nous détester cordialement.
- Il est très bien votre bouquin, dit-il…
- Merci… Par contre, le vôtre…
Je sors de mon sac « le Grand cardinal » annoté de ma plume assassine.
- Brûlez ça ! dis-je. Je n’ai pas le droit de vous dicter votre façon de voir l’Histoire.
- Je crains qu’il ne faille attendre pour cet autodafé. Nous sommes en juillet et je ne rallumerai la cheminée de mon bureau qu’en novembre. Cela me donnera le temps de méditer sur nos divergences… Que je respecte… Mais je n‘en pense pas moins.
- Allez-y mollo sur les filles en latex et les colliers canins pendant quelques temps.
- Là je crains fort de ne rien pouvoir promettre.
- Notez bien quand même ceci… Désormais, je me réserve pour l’homme que j’aime. Inutile de me recontacter pour ce genre d’acrobatie.
Nous échangeons une seconde poignée de mains encore plus chaleureuse. C’est bien la paix des braves.

Pour une fois dans ma vie, je ne vais pas arriver en avance. Je vais m’embusquer derrière un arbre, à distance, et je vais les regarder arriver les uns après les autres.
Adeline est la première. Redevenue rayonnante, elle n’a plus rien à voir avec la jeune femme perdue qui était venue s’échouer à Prouilhe.
Deux minutes plus tard, arrivent Ludmilla et Marc. A la petite bosse qui pousse sous la robe de mon amie, je devine que quelque chose d’heureux se prépare dans son couple. La manière dont Marc la couve du regard est dès lors tout sauf étonnante.
Il faut ensuite patienter cinq grosses minutes pour que le professeur Loupiac arrive. Sera-t-il déçu d’apprendre que mon sang n’est pas le sien ? J’espère que non... Il est le seul à savoir que je suis en train de refaire surface. En tant que membre du jury, il était à la cérémonie en Sorbonne mais je me suis contentée de lui faire un petit signe complice avant de m’éclipser. Il va sans doute éclairer mes amis sur ce qui se trame.
Enfin, Arthur arrive. Je ne sais pas comment il s’est retourné après avoir reçu mon mail. Si dans cette période de grands départs, il a réussi à trouver un train, un avion ou s’il est descendu de Paris en voiture, mais il est là et c’est l’essentiel. Devant lui trottine la petite poupée blonde que je considère déjà comme ma propre chair. Qu’est-ce qu’elle a grandi ! Qu’est-ce qu’elle a changé ! Je me promets de ne plus lui manquer, de veiller sur elle pour qu’elle ne manque de rien. Un jour, elle aussi, elle se posera des questions sur ses origines, c’est fatal ! Mais je veux faire en sorte que ce moment-là arrive le plus tard possible et après tant d’années de bonheur qu’elle n’ait rien à regretter.
Je quitte l’ombre du grand platane.
De son œil de lynx à qui rien n’échappe, Corélia m’aperçoit.
Elle se met à courir vers moi en hurlant « Maman ! ».
Je pleure. Je suis heureuse. Je vis…

FIN

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