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 Nouvelle : La peau des ombres

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MBS

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MessageSujet: Nouvelle : La peau des ombres    Mar 11 Jan 2011 - 23:48

Enfin !
Depuis le temps que j’attendais cette reconnaissance !
Le voilà ! Tout petit dans ma poche ! Quelques centimètres de technologie mais un pouvoir immense.
Un pouvoir dont je suis désormais le maître.

Printemps 2027. Il fait déjà 31° dans les rues de la ville. Je m’en moque bien.
Après une enquête scrupuleuse sur ma vie, basée en premier lieu sur mon casier judiciaire électronique, une commission de spécialistes du droit psychologique m’a permis d’être admis au stade 2. Un dernier interrogatoire, en présence d’un représentant du conseil provincial des montagnes Pyrénées, a fini de convaincre les indécis. Je suis ressorti de la grande salle où ronronnait une climatisation atomique avec, serré dans ma main droite, un grand diplôme civique et un étui oblong dans lequel dort mon « arme » de bon citoyen. Posséder un désintégrateur est en effet un signe de reconnaissance pour tous les Européens qui ont démontré par leur vie exemplaire une connaissance des lois et des règlements de notre communauté de 42 pays.
Me voici donc une sorte d’auxiliaire pour nos forces de sécurité, trop occupées par leurs missions humanitaires dans les pays dévastés du Sud pour pouvoir faire face aux tâches éminemment banales du quotidien d’une grande cité comme Béarn-City.
La sensation est grisante. Combien sommes-nous à posséder un tel pouvoir ? Combien sommes-nous à avoir été jugés dignes de cette confiance ? J’ignore bien sûr le chiffre exact (il est tenu secret par les services centraux) mais les rumeurs parlent avec insistance d’une fourchette comprise entre 4 et 6 % de la population. Je suis donc un membre de cette minorité, membre inactif certes mais qui attend la première occasion pour tirer de son étui l’engin numérique aux effets extraordinaires.
Dire qu’il y a quelques années, la technologie qui constitue le cœur du désintégrateur citoyen n’existait pas. C’est à l’occasion d’une menace équivoque provoquée par un astéroïde trop curieux que la NASA et l’Agence Spatiale Européenne ont mis au point un rayon capable de dématérialiser un objet pour le rematérialiser ailleurs. Ainsi, le gros caillou qui voulait frôler de trop près notre planète s’est-il d’un seul coup retrouvé à frayer dans la banlieue de Pluton. Les progrès de la miniaturisation ont fait le reste. Là où il y a dix ans, il fallait un accélérateur de 3 mètres de long pour projeter le rayon désintégrateur, aujourd’hui un tube léger de quelques centimètres suffit.

J’arrive au carrefour entre l’avenue Lionel Jospin et le boulevard Didier Deschamps. Ici, c’est un bon endroit pour tester le pouvoir de mon désintégrateur citoyen. Pour être passé des années durant dans ce secteur en allant au lycée internétique Robert Merle, je connais bien les comportements répréhensibles de mes concitoyens. Il y a à proximité du carrefour un distributeur de tabac. C’est auprès de cette grande colonne rouge et blanche que les toxicos de la partie nord de notre province viennent obtenir leur dose quotidienne. Certains, poussés par leur vice puant, n’hésitent pas à parcourir plus de 200 kilomètres pour venir s’approvisionner. Ce flux et ce reflux incessants ne seraient pas problématiques si les services de l’aménagement de l’espace avaient prévu une surface de parking suffisante pour les puissantes automobiles à propulsion mixte solaire-atome. Faute d’une telle prévision, c’est à toute heure du jour, et même parfois de la nuit, un mouvement perpétuel… et fatalement, les plus pressés de s’injecter dans les poumons leur dose de nicotine mentholée, en viennent à poser les quatre roues pneumatiques de leur véhicule là où ils le peuvent. Dès lors que cet arrêt cause un ralentissement dans le flux de circulation, je suis susceptible d’intervenir. Enfin !…
Mon premier « client » fut un livreur de dalles en béton gazonné, le genre de type qui avait arrêté ses études juste après son bac, faute d’avoir les capacités pour intégrer une des écoles supérieures d’intelligence qui formaient nos élites. Un gars dont le langage imagé fleurait bon l’ancien temps (il me sembla même qu’il traînait encore dans sa voix une pointe de cet accent rocailleux qu’on peut parfois entendre sur de vieux DVD). Pour accéder plus facilement à la borne de distribution, il avait abandonné son automobile à l’entrée du pont qui enjambait le vieux cours de l’Adour. Il ne me fallut que quelques secondes pour estimer l’impact de cet arrêt intempestif sur la circulation du boulevard, tirer de la poche de mon jean thermorégulé le boîtier du désintégrateur, l’armer et appuyer sur le poussoir sensitif à reconnaissance optique. En un instant, l’automobile s’effaça, libérant le passage pour tous les usagers qui étaient venus buter sur cet obstacle inattendu.
- Hep monsieur !
- Qu’est-c’que tu veux jeune ?
- Monsieur… Je m’appelle Elvik Moreno… Voici ma carte. Je suis un citoyen de stade 2 et donc, à ce titre, je viens de désintégrer votre véhicule…
- T’as fait quoi, le jeune ?
- J’ai téléporté votre voiture qui ralentissait le flux de circulation sur le boulevard.
Le type se retourna vivement. Il venait enfin de comprendre.
- Ma caisse !... Elle s’est tirée…
J’aurais voulu être insensible à la détresse du gars. Après tout, il avait enfreint la loi et il n’avait que ce qu’il méritait. Pourtant, peut-être parce que c’était la première fois, je n’y parvins pas. Cela m’embêtait de me dire qu’il allait rester planté là à attendre au milieu de la chaleur lourde qu’un hypothétique généreux conducteur veuille bien le prendre à bord de son engin. Faute de quoi, il était bon pour un retour chez lui dans un vieux TGV tout déglingué qui avait du mal à franchir les 200 km/h.
Je baissais les yeux pour ne pas croiser son regard désespéré.
- Tenez, ça c’est la référence de mon intervention… WD-64312J… C’est en vous présentant avec ce code à l’EmpileTout provincial que vous pourrez récupérer votre véhicule.
- Et il est où cet EmpileTout ?
- Dans le vieux Pau…
Sans savoir pourquoi, j’eus une envie de faire un très mauvais jeu de mot à partir d’un très vieux dicton national. Je me retins à temps. Les souvenirs du temps des nations européennes étaient désormais bannis de nos mémoires et seuls les citoyens de rang 5 étaient encore autorisés, en raison de la faiblesse de leur niveau d’études, à se délasser les mâchoires à l’aide de ces antiques procédés comiques. Il aurait été trop bête de perdre ainsi le profit d’une jeunesse exemplaire à tous points de vue.
J’avais le désintégrateur citoyen au fond de ma poche. J’avais acquis une certaine respectabilité sociale. Il ne tenait qu’à moi d’atteindre un jour le rang 1.

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MessageSujet: Re: Nouvelle : La peau des ombres    Mar 11 Jan 2011 - 23:51

Vers le milieu de l’après-midi, un bip prolongé accompagné du clignotement accéléré d’une diode rouge m’indiqua que j’avais dépassé le nombre d’interventions citoyennes de ma journée. L’espace de recomposition des objets désintégrés par mes soins avait atteint son niveau d’entassement maximal. Tant que les malheureux propriétaires ne seraient pas venus récupérer leurs véhicules mon désintégrateur resterait inactif. Le premier retrait rendrait à l’appareil sa capacité d’intervention.
Bien évidemment, j’aurais eu maintes occasions de l’utiliser encore. Voitures mal garées, chiens en maraude, systèmes de lecture de cd de 5è génération émettant des sons trop puissants. Les occasions ne manquèrent pas durant toute la soirée et je ne tardais pas à conclure de cette impuissance forcée qu’il me faudrait à l’avenir intervenir avec plus de parcimonie. Je ne pouvais, à moi tout seul, pénaliser tous ceux qui par leurs actes contrevenaient aux règles de la vie commune.
A 20h37, j’étais en train de rentrer chez moi. J’avais bien profité de cette journée sans travail, privilège accordé à ceux qui venaient d’obtenir leur brevet de citoyen de rang 2. Demain, je retrouverai mon emploi de nécrologiste pour le grand quotidien « Europa News ». Après trois mois de boulot ininterrompu, cette journée m’avait revivifié l’esprit. Je me sentais apte à repartir pour plusieurs mois de labeur.
A 20h38, je vis surgir face à moi une voiture qui circulait à une vitesse excessive. La rue Michel Colucci étant à sens unique, le véhicule était en plus à contresens.
Mon esprit était déjà rompu à mes nouvelles responsabilités. Sans m’en rendre compte, j’avais le désintégrateur en main et, d’un coup de pouce, j’avais fait sauter la sécurité. Le clignotement avait cessé, l’appareil était donc en état de fonctionner. Je visais et un éclair invisible prit les coordonnées de l’engin lancé à toute vitesse dans la rue. Le déclenchement fut tout aussi instinctif que ce qui avait précédé. Je savourais par avance la stupeur du conducteur dépouillé de son habillage de tôles et de plastiques.
Rien ne se passa !
J’eus à peine le temps de me jeter contre un mur pour éviter le bolide. Derrière la bulle de verre teintée de l’automobile, j’aperçus le visage d’une femme. Belle, me sembla-t-il. Aussi racée que son véhicule de sport. Une Ferrari GT 813.
L’index crispé sur le déclencheur, je continuai à mitrailler. Jolie fille ou pas, c’était un véritable danger public qui avait manqué m’écrabouiller. Elle méritait d’être privée de son engin et de se retrouver ravalée à l’état, ô combien humiliant, de piéton.
Mais, rien ne se passait.
Définitivement.
Il n’était pas encore 20h39 que la folle inconnue tournait sur le boulevard.
Et moi je regardai incrédule mon désintégrateur qui avait rendu l’âme.

J’habitais alors un appartement sympa au 8è étage d’une tour du centre-ville de Béarn-City. Vue sur la mairie provinciale et le centre commercial. Au fond, splendides sous le soleil couchant, les montagnes qui chaque année perdaient un peu plus de leurs neiges éternelles.
A chaque fois que mes grands-parents passaient me voir, j’avais droit à de perpétuelles jérémiades sur les transformations du paysage de cette région dans laquelle ils avaient longtemps vécu. Béarn-City s’étendait sur près de 90 kilomètres entre les vieilles cités de Pau et de Lannemezan. Le centre correspondait à un quartier édifié au début des années 2010 sur des espaces périphériques à l’ancienne ville de Tarbes. La réforme administrative européenne qui avait donné naissance à de nouvelles provinces avait fait le reste. Béarn-City était née du besoin d’une métropole efficace au nord des Pyrénées.
Le spectacle du soir tombant sur la ville me laissa profondément indifférent ce soir-là. Je me plongeai dès mon retour dans la lecture du manuel du désintégrateur citoyen. Trente-cinq pages. Un tiers en anglais, un tiers en allemand, un tiers en français. J’eus surtout du mal avec la partie en allemand, langue que j’avais bien sûr apprise à l’école (où elle était devenue obligatoire après la réforme de 2015) mais que je maîtrisais moins bien que les deux autres langues officielles de l’Europe. J’en compris suffisamment cependant pour conclure à l’incident inexplicable. Je n’avais eu ni affichage de codes d’erreur sur le petit écran LCD, ni clignotement des diodes orange indiquant une défectuosité de l’engin.
Je cherchai autour de moi un objet dont je n’avais pas un usage vital.
Le vase à fleurs offert par tante Emmeline !…
Oter la sécurité, viser, déclencher.
Le vase s’évapora instantanément.
Alors ?
Pourquoi le bolide de la rue Colucci avait-il pu échapper au rayon du désintégrateur ?

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MessageSujet: Re: Nouvelle : La peau des ombres    Mar 11 Jan 2011 - 23:54

Il n’était pas question de laisser la question sans réponse troubler mon sommeil. Après cette journée exceptionnelle de repos, mon travail m’attendait et il était hors de question que je n’y sois pas au meilleur de ma forme. Une légère injection de Chloroformia suffit à m’envoyer au pays des rêves en cinq minutes.
Rêves heureux ?
Je ne sais même plus…
La seule chose dont je me souviens, et que je n’oublierai jamais même à mon dernier jour, c’est le craquement énorme de ma porte d’entrée fracassée par la hache des forces de sécurité. Il y a eu des injonctions hurlées m’enjoignant de ne pas bouger, puis autour de mes poignets la pose des bracelets électroniques qui, par le biais d’un champ électromagnétique, m’immobilisèrent aussitôt.
Le Chloroformia était à coup sûr d’excellente qualité. C’est en complet zombie que j’avais assisté à cette scène qui n’avait duré que quelques dizaines de secondes. A moins que les forces de sécurité n’aient utilisé un gaz paralysant avant de donner l’assaut à mon appartement. Ca, je ne l’ai jamais su…

L’air frais du petit matin m’aida à retrouver un peu de lucidité.
Qu’avais-je fait pour mériter d’être ainsi immobilisé, bâillonné, flétri dans mon honneur sous le regard étonné ou rigolard de mon voisinage ?
Pendant un court instant, j’ai imaginé que tante Emmeline était la cause de tout ce chambardement. N’avais-je pas expédié son cadeau dans le sordide néant de l’EmpileTout ? Avec son caractère méfiant, elle avait peut-être farci le vase de capteurs et d’émetteurs. La tante Emmeline, si elle n’avait pas atteint le rang 1 de notre société, était une brillante scientifique dans le domaine de l’électronique de 8è génération. Et en développant son intelligence, elle avait malheureusement perdu un peu de cette élévation d’esprit, de cette rigueur et de cette honnêteté sociale indispensable pour prétendre à la classe n°1.
Non ! Non ! C’était impossible ! J’étais en plein délire avec cette supposition imbécile…
En plein délire ?
En plein cauchemar, oui !

Le centre pénitentiaire François Bayrou avait été construit le long du Gave de Pau, à une poignée de minutes du château du bon roi Henri IV. Un ami d’école avait osé faire remarquer qu’après la Poule au pot, on mettait les poulets à Pau. Il avait vu sa moyenne automatiquement diminuée de deux points. Le programme du socle commun de formation ne tolérait pas l’humour… encore moins lorsqu’il s’exerçait aux dépens des forces de sécurité de l’Union.
Les portes du pénitencier se refermèrent sur moi dans un silence impressionnant. J’avais dépassé le stade des questions sans réponse.
J’avais peur.
Une peur froide qui faisait couler des cascades de sueurs acides sur mes tempes et dans mon cou.
Avant qu’une loi n’interdise la vente et la diffusion des films réalisés au XXè siècle, j’avais vu quelques scènes semblables à ce que je vivais. L’innocent se débattait, hurlait dans l’indifférence complète, s’agrippait aux bras de ses geôliers. Moi, je ne pouvais rien faire de tel. On me transportait juché à la verticale sur un petit chariot carré de cinquante centimètres de côté, une longue tringle métallique passée entre ma peau et mes vêtements de nuit me maintenant droit comme un i.
Le chariot avançait sans à-coups. Sans doute n’avait-il pas de roues et flottait-il sur un coussin d’air ?
Au bout de trois couloirs aux murs gris, interminables corridors froids, après avoir franchi six énormes portes blindées qui se refermaient derrière moi dans un claquement inhumain de serrures électroniques, le chariot s’immobilisa dans une pièce rectangulaire.
Salle de torture ou de simple interrogatoire ?
Ou déjà une cellule ?
Depuis la réforme judiciaire européenne de juillet 2018, toute personne interpellée était maintenue au secret pendant une semaine, le temps de procéder à toutes les vérifications. Cette sévère entorse à nos principes de liberté avait été abondamment combattue par certains. Une lutte d’arrière-garde qui n’avait pas eu les effets escomptés. Non seulement, la loi avait été adoptée par le gouvernement européen mais son application ayant permis d’obtenir l’éradication du terrorisme sur le sol de l’Europe, elle avait fini par devenir populaire.
J’avais fait partie des cons qui avaient sifflé les défenseurs d’une justice humaine.
Je le regrettais amèrement en cet instant où une femme au visage fermé pénétra dans la pièce. Sa main tenait une seringue minuscule dont elle injecta le contenu dans mon avant-bras. Elle secoua son poignet pour déclencher le compte à rebours intégré à sa montre.
Au bout de quinze secondes, une sonnerie stridente et saccadée fut émise par la montre. La femme leva les yeux vers moi, constata que j’étais dans l’incapacité de répondre aux questions qu’elle était venue me poser. Un simple effleurement de son bracelet derrière ma nuque suffit à faire tomber le bâillon.
- Elvik Moreno, que savez-vous de l’organisation Voltaire ?

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MessageSujet: Re: Nouvelle : La peau des ombres    Mar 11 Jan 2011 - 23:57

Ce qu’il y a de formidable avec les sérums de vérité, c’est qu’on les administre en sachant très bien qu’ils seront inefficaces. En conséquence de quoi, on traite les réponses obtenues avec la plus grande circonspection. J’eus beau dire, clamer, gueuler que je ne connaissais pas cette organisation Voltaire, la femme insista, revint à la charge, doubla la dose de liquide chimique.
La torture de mon âme par ses questions répétitives et obsédantes dura sans doute deux heures. Mon esprit flottait dans des brumes jaunâtres. Il m’arrivait parfois de capter une idée, une sensation, une impression et d’en entamer l’analyse. Cela n’allait guère plus loin.
A vrai dire, la femme me fascinait. Son élégance raffinée (elle portait des vêtements de marque qui soulignaient à merveille sa taille fine), sa voix rauque et brûlante. Même les sourires narquois qu’elle m’adressait pour me montrer que je finirais bien par craquer avaient un charme troublant.
- Et si je vous dis que vous avez hier soir croisé un de ses membres et que vous n’avez rien fait pour l’interpeller ?
La femme s’était radoucie. Elle se voulait désormais pédagogue. Il avait fallu deux heures pour la convaincre, mais le changement de ton laissait présager la fin de mon calvaire.
- Je n’ai croisé personne qui…
- Une voiture rapide, rue Michel Colucci…
- Ah oui !
- Vous voyez, vous avouez !
J’étais tombé dans le piège. Il n’y avait en elle aucune volonté de me laisser souffler, reprendre le contrôle de mes esprits. Au contraire, elle avait désormais un point d’entrée dans ma mémoire. Elle s’ingénia à l’exploiter.
- Pourquoi vous n’avez pas arrêté cette voiture ?
- La Ferrari…
- Vous la connaissiez ?
- La voiture… Oui…
- A qui appartient-elle ?
- Je sais pas… C’est une Ferrari GT 813… Je connais le modèle, c’est tout…
- Pourquoi vous n’avez pas actionné votre désintégrateur citoyen contre elle ?
Elle tripota à nouveau son bracelet de montre et une des parois de la pièce se transforma en écran plasma.
- C’est votre relevé d’activité de la journée d’hier. A 20h38,la Ferrari était rue Michel Colucci. Vous y étiez aussi… Votre désintégrateur était opérationnel… Vous ne l’avez pas utilisé alors que cette voiture allait manifestement trop vite ! Pourquoi ?
- Je l’ai utilisé !...
- Regardez les chiffres ! Dernière utilisation : 21h32… Objet : un vase de fleurs.
- Il n’a pas fonctionné !
- Regardez le profil crypto-technique de votre désintégrateur. Il est parfait et optimal depuis qu’on vous l’a remis.
- Ca n’a pas marché… J’ai appuyé plusieurs fois et ça n’a pas marché !...
- Impossible !... Ecoutez-moi bien, Elvik Moreno… Je suis plutôt une fille gentille en temps normal mais je ne compte pas prendre de gants avec vous. Ou vous parlez, ou vous disparaîtrez à jamais.

Parler.
Elle voulait que je parle…
J’ai parlé.
J’ai raconté la rue étroite, le bolide lancé vers moi, les réflexes déjà mécaniques qui mettent le désintégrateur en position de fonctionner et les cinq échecs successifs. J’ai même prolongé mon récit jusqu’à la désintégration du vase de tante Emmeline. De toute façon, le sérum agissant sur moi avec une certaine efficacité, j’étais aussi loquace qu’une concierge assermentée.
Par deux fois, elle me demanda de répéter. Toujours agressive, tendue vers chacun de mes mots qu’elle semblait décortiquer frénétiquement.
Par deux fois, mon récit fut le même.
La femme dut se contenter de cette version. Je m’effondrai subitement. Ce n’est que par la suite que j’appris que les menottes électromagnétiques avaient libéré dans mon corps un puissant somnifère.

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MessageSujet: Re: Nouvelle : La peau des ombres    Mer 12 Jan 2011 - 0:01

Je fus maintenu inconscient pendant près de deux jours, le temps pour les services qui m’avaient interpellé de terminer leurs vérifications.
J’émergeai de mon profond sommeil sur le même chariot qui m’avait conduit la première fois face à l’énigmatique tortionnaire. Le réveil ayant été aussi instantané que l’endormissement, je crus d’abord qu’on m’amenait après l’interrogatoire dans ma cellule. La première paroi vitrée me donna une plus juste compréhension de ma situation : j’avais une tête affreuse, regard hagard, teint blafard, visage pas rasé.
- Merde ! Qu’est-ce qu’ils m’ont fait ?
Les services de sécurité semblaient s’accorder tous les droits. On m’avait arraché à mon domicile sans me dire de quoi on m’accusait. Il n’avait jamais été question d’un avocat pour me défendre. Qui pouvait me jurer qu’ils n’avaient pas intégré un quelconque engin électronique dans mon corps ?
Ce fut comme une sensation de recommencement. Le chariot me conduisit dans la même salle. La même salle où m’attendait la même femme. La même femme avec les mêmes vêtements. Seule modification, mais elle me parut dès le premier abord importante, un homme d’une cinquantaine d’année l’accompagnait.
- Monsieur Moreno, nous sommes désolés pour cette incarcération…
- Abusive, fis-je…
- Peut-être, peut-être, concéda l’homme… Je suis le général Gaël Larson des forces européennes anti-terroristes.
Les FEAT ! Dans quoi m’étais-je fourré ? Je n’avais plus entendu parler de ces super-barbouzes depuis la victoire des forces occidentales sur les terroristes islamistes. Visiblement, cette cellule d’action n’avait pas décroché et s’était trouvée un nouveau théâtre d’opération.
- Le lieutenant Ecker, que vous connaissez, a été chargée de l’enquête vous concernant. Elle est en mesure de vous innocenter formellement…
Je jetai un regard rapide vers le lieutenant aux vêtements si classe. Un coup d’œil me suffit pour constater qu’elle paraissait avoir moins de remords que son supérieur. Pour une femme de terrain, je devais représenter peu de chose.
- Haylie Ecker, se présenta-t-elle. Effectivement, l’exploration de votre emploi du temps confirme la forte présomption d’innocence que nous avions lorsque nous vous avons arrêté.
Une forte présomption d’innocence ? Je frémis en songeant à ce que j’aurais subi si j’avais eu quelque chose à me reprocher. Cette sombre perspective me dissuada d’interrompre Haylie Ecker.
- Sur la suggestion du général Larson, nous avons décidé de vous fournir quelques explications.
- Je n’osais pas vous en prier.
Je n’avais pas hésité avant de balancer cette pique. J’aurais sans doute dû. Le général et sa subordonnée devaient appartenir au rang 1, cette caste officielle formée des gens de valeur de notre Europe. On n’avait pas vraiment le droit de les égratigner de la sorte.
Miss Ecker ne releva pas. Elle poursuivit sans que son visage trahisse le moindre signe.
- L’organisation Voltaire est un groupement plutôt fantomatique encore à ce jour…
- Un groupuscule serait peut-être un mot plus juste, intervint Larson.
- Ses membres se sont signalés par quelques opérations classiques des mouvements de résistance : impression de tracts, tentative de prise de contrôle d’un émetteur radio afin de diffuser des appels de propagande, début d’endoctrinement auprès de citoyens de rangs 4 et 5.
- Résistance à quoi ?
Ma question se révéla embarrassante pour le lieutenant.
- J’ai peut-être mal choisi mon mot…
Elle se tourna vers Larson.
- Je parlais bien sûr de formes d’action… pas d’un idéal, expliqua-t-elle.
Plus au général qu’à moi-même d’ailleurs.
- L’organisation Voltaire prétend nous ramener vingt ans en arrière, expliqua le général. Négation de notre société libérale, de notre police citoyenne. Refus de notre identité européenne globale… Rien de bien dangereux en fait… Qui peut bien vouloir revenir au début du siècle ? Monde sans sécurité, égalité complètement abstraite, solidarité plus que théorique.
- Ils prônent même le retour à la conception sexuelle, rajouta en rougissant le lieutenant Ecker…
Revenir sur la loi de septembre 2012 qui avait permis de juguler dans le monde l’explosion démographique ? C’était de la folie !
Et pourtant, au fond de moi, j’avais subitement une certaine sympathie pour ce mouvement fantaisiste. Notre société, je venais de l’éprouver durement, n’était pas aussi garante des libertés individuelles que le promettaient les textes officiels.
- Ce qui est inquiétant, c’est l’inefficacité de votre désintégrateur contre la voiture de sport… Ils auraient eu visiblement accès au dossier BGW 54-4…
- Qu’est-ce que c’est ?
- Un système de défense contre le rayon désintégrateur… Il n’y a que quelques véhicules de nos services qui sont équipés de cette technologie… Visiblement, eux aussi la possèdent… Est-ce le hasard qui les en a doté ?... Ou sont-ils parmi nous ?
La dernière interrogation du général Larson produisit quelques secondes de silence froid. L’organisation Voltaire présente au sommet de notre méritocratie ? Pour moi ça semblait une évidence, mais ma réflexion était celle d’un aspirant à cette plus haute classe. Je ne connaissais pas vraiment les membres de la caste supérieure à part quelques rédacteurs au journal. Visiblement, le général et sa subordonnée avaient énormément de mal à accepter pareille perspective.
- Nous avons analysé vos souvenirs, fit Haylie Ecker pour briser le malaise.
- Vous avez fouillé dans ma mémoire ?
- Juste dans le proche passé, précisa l’agente des FEAT avec un léger sourire.
Léger sourire qui me laissa à penser que mon proche passé devait se compter en dizaines d’années.
- Nous avons reconstitué le portrait de la conductrice de la Ferrari… C’est bien elle ?
Elle tripota son bracelet magique. L’écran plasma intégré à la paroi s’alluma. On voyait nettement le pare-brise de la Ferrari, la fenêtre latérale ouverte et le visage de la conductrice. Elle me sembla moins belle que dans mon souvenir.
Mon souvenir ?
Mais c’était mon souvenir qui avait permis aux ordinateurs de reconstituer ce visage !
Et cela ne correspondait pas…
La femme de la voiture ne portait pas de lunettes de soleil, ses cheveux étaient certes bruns mais longs… et elle ne fumait pas tout en conduisant d’une seule main.
Etait-ce un nouveau piège ?
Sans doute…
J’avais juste à refuser de reconnaître cette inconnue pour me tirer du piège…
Mais d’un autre côté, j’avais peut-être l’occasion de donner un peu plus de liberté à cette mystérieuse organisation dont les motifs de lutte ne me laissaient plus vraiment insensibles.
- C’est à peu près ça… Je croyais pourtant que ses cheveux étaient courts…

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MessageSujet: Re: Nouvelle : La peau des ombres    Mer 12 Jan 2011 - 0:05

Ma nouvelle confrontation avec les autorités chargées de la traque de cette mystérieuse organisation Voltaire se déroula dans une atmosphère tout à fait cordiale. Deux jours après mon premier interrogatoire, je n’avais qu’à répéter la vérité pour être cru. Et cette simple répétition fut suffisante pour me permettre de retrouver la liberté.
L’expérience m’avait ébranlé en profondeur. Ainsi donc la justice triomphante qu’on célébrait et concélébrait comme étant une des bases de notre union politique européenne avait de bien curieux ratés. Les innocents pouvaient se retrouver pris dans les filets de la calomnie tout comme dans ces temps anciens qu’on nous dépeignait comme imparfaits et liberticides. Etions-nous plus libres ? Je l’avais cru… J’en doutais désormais.
Un simple soldat me conduisit jusqu’à une salle de bains où je pus prendre une douche et me raser. Je restai un long moment sous l’eau chaude. Bien qu’ayant été détenu dans de bonnes conditions, je ne parvenais pas à évacuer l’impression d’avoir été sali, couvert de boue. La peau me brûlait en dépit de l’utilisation d’un de ces savons crème de 6è génération enfin totalement hypoallergéniques. Quelque part se formait en moi l’idée qu’ils ne devaient pas s’en tirer comme ça. Sans m’en rendre compte, je basculai dans une autre vie. La crasse qui disparaissait dans les canalisations, nettoyée par l’eau du ressentiment, c’était ma naïveté. Une mue, sans doute définitive, s’effectuait là. Confusément, je le ressentais mais sans pouvoir mesurer en quoi j’entrais dans une nouvelle existence.

Ma porte avait été réparée. Vu de l’extérieur, rien ne rappelait mon arrestation musclée deux jours plus tôt. Rien sinon le drôle de regard de mes voisins dans l’ascenseur. Au 3è, une personne refusa même de monter, prétextant avoir oublié quelque chose chez lui après avoir découvert mon visage près de la lourde porte métallique.
Il allait falloir que je m’habitue à cette solitude, à ces regards détournés, à ce silence pesant dès que je paraîtrais. Peut-être que cela ne serait vrai que dans mon immeuble… mais peut-être pas ! Je ne savais pas si le pouvoir communautaire n’avait pas « communiqué » sur mon arrestation. Peut-être que mon nom, mon visage étaient présents dans les zones infos des pages du réseau mondial de communication ? Je n’avais jamais eu l’ambition d’être connu, je l’étais devenu malgré moi. Cela me terrifiait.
A l’intérieur aussi, toute trace de l’intervention des hommes du FEAT avait disparu. Les meubles avaient été redressés, le tapis nettoyé, le lampadaire halogène remplacé. Suprême, mais aussi désagréable, surprise, le vase de tante Emmeline avait repris sa place. J’aurais pu croire que rien n’était arrivé. Le croire peut-être, mais tant que je resterais à l’intérieur de mon appartement. Le bureau, la rue, mon club de foot. Partout, le regard des autres me rappellerait toujours ces deux jours.
Ma tête se mit à tourner. Appuyé au mur, je me dirigeais jusqu’à ma chambre. Le lit m’apparut comme un refuge temporaire où j’arrêterais le temps.
Mais là, sur le lit, une tâche noire semblait posée sur la couette verte. Une tâche ? Non, c’était un objet noir, touffu et étrange… Une perruque… Une perruque brune…
- Désolée Elvik de m’être incrustée dans votre appartement.
La voix ne venait pas du lit mais de la salle de bains qui était attenante. C’était une voix chaude, un peu rauque, avec des accents indéfinissables.
Une étrange sensation me parcourut le corps. Qu’est-ce qui m’arrivait ?
- Surpris, n’est-ce pas ?
Le lieutenant Haylie Ecker sortit de ma salle de bains seulement vêtue de ses dessous.
Je détournai le regard. La nudité féminine m’avait toujours tourmenté. L’éducation rigoriste que nous avions reçue nous avait complexé à l’égard du sexe et de toutes les activités que jadis on pratiquait autour de ça. Depuis la résolution de septembre 2012, les activités sexuelles étaient interdites et, par la force de la loi universellement reconnue, tous les êtres de la planète avaient été soumis à une vaccination anesthésiant leurs désirs. La procréation s’en trouvait donc réduite. On ne pouvait plus avoir qu’un enfant par famille. J’avais souvent pensé que j’étais finalement privilégié d’avoir une tante. Mon fils, ou ma fille, ne connaîtrait jamais cette « joie » là.
- Vous pouvez regarder, vous savez…
Je la regardai puisqu’elle m’y autorisait.
Débarrassée de son air autoritaire, c’était une femme charmante. Ses dessous en microfibres étincelaient sous l’éclairage léger de la chambre. Elle était… Je ne trouvais pas le mot, ça faisait tellement longtemps qu’il ne servait plus… Oui, c’est ça… Elle était bandante !...
- Comment me trouvez-vous ?
- Différente !...
Elle rit.
Et ce rire me tourmenta le corps. C’était agréable d’avoir devant soi une fille jolie et qui riait d’une de vos âneries.
- Vous comprenez, Elvok, ou il faut que je vous explique ?
- Comprendre quoi ?
Le lieutenant Ecker haussa ses jolies épaules. Visiblement je venais de la décevoir… et j’en fus labouré de peine.
- Regardez !

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MessageSujet: Re: Nouvelle : La peau des ombres    Mer 12 Jan 2011 - 0:06

Elle rassembla ses cheveux en un tourbillon, se saisit de la perruque qu’elle ajusta sur sa tête. Entre les bonnets de son soutien-gorge, elle avait accroché une paire de lunettes de soleil. Elle les posa sur son nez.
- Vous êtes la fille de la Ferrari ?
- Oui, Elvok !...
- Tout ça c’était un piège pour tester ma fidélité aux institutions !...
Nouveau petit rire. Un peu supérieur sans doute. Même quasiment à poil, elle restait une personne de la classe 1 et elle me faisait sentir cette supériorité.
- Vous êtes totalement à côté de la plaque… J’appartiens à l’organisation Voltaire… Le fameux dossier BGW 54-4, c’est moi qui l’ai dérobé.
- L’organisation Voltaire, c’est vous ?
- C’est moi… mais c’est aussi des centaines de personnes qui veulent reconquérir une vraie liberté… Des gens comme vous, Elvok, qui savent qu’on nous vend des mensonges en permanence.
- Mais vous êtes de ceux qui en profitez de ce mensonge !...
- J’ai 28 ans, Elvok… 28 ans !... Et depuis une douzaine d’années, je rêve de vice…
Je détournai à nouveau le regard, persuadé que miss Ecker allait poursuivre son déshabillage et me livrer son intimité la plus secrète.
- Le vice n’existe pas, Elvok. Ils nous ont déshumanisé, désanimalisé… Le vice n’existe pas, ce qui existe c’est l’amour !
- L’amour ? Mais ça existe l’amour… La loi de 2012 ne l’a pas interdit…
- Il l’a castré ! Ce que nous sommes autorisés à vivre, c’est une amitié un peu plus forte que les autres… Moi je veux découvrir ça…
- Et moi ? Quelle est mon utilité dans tout ça ?
- Elvok, vous êtes sot ! Pour faire l’amour, il faut être deux !...
- Toute cette histoire c’était juste pour que vous puissiez débarquer à moitié nue dans mon appartement !
Haylie Ecker se mit en colère. Visiblement j’étais allé trop loin dans mon refus de comprendre.
- Elvok, ne me faites pas regretter de vous avoir trouvé du charme et de l’intelligence !... Quand j’ai appris il y a deux jours que ma Ferrari avait été interceptée par les services de surveillance et qu’un citoyen responsable avait échoué à désintégrer mon véhicule, j’ai manœuvré pour me faire confier l’enquête. C’était le meilleur moyen d’éviter qu’on fasse le lien entre la conductrice et le lieutenant Ecker.
- C’est ce qui explique que l’image mentale que vous avez projeté ne correspondait pas exactement à mes souvenirs.
- Ah, enfin, vous comprenez !
- Mais pourquoi m’avez-vous gardé deux jours ?
- Les vérifications et…
- Et ?...
- Je vous ai injecté un sérum un peu particulier…
- Pour que je dise la vérité, je sais…
- Si vous aviez dit la vérité, vous m’auriez mise en danger… Vous me prenez vraiment pour une femme stupide !...
- Juste, concédai-je !
Elle n’avait pas usurpé sa place dans notre société. C’était une femme de tête à l’intelligence remarquable. Mais, visiblement, cette intelligence lui avait permis de désinhiber ses désirs. Elle avait des envies que nous n’étions plus sensés avoir.
- C’était quoi alors ?
- Un inverseur de libido…
- Libido, c’est quoi ?
- Le désir, Elvok ! Le désir !
- Et s’il est inversé…
- C’est que vous êtes revenu à votre véritable état humain.
Ces frissons, ces sensations, c’était donc le désir. Mon regard qui ne la lâchait plus désormais, cette envie de la prendre dans mes bras, c’était ça le désir… J’avais du mal à trouver ça agréable. Quelque chose dans mon esprit bloquait encore la libération de mon corps.
Le lieutenant Ecker dégrafa son soutien-gorge. J’affrontai sans tourner les yeux l’apparition de ses seins.

Le reste de cette histoire est de l’ordre de l’intime. La découverte du plaisir sexuel fut pour nous comme une renaissance. Cela dura deux mois.
Il y a trois jours, les FEAT sont à nouveau venues défoncer ma porte. Haylie a été arrêtée. Visiblement, je ne les intéressais pas ; ils m’ont laissé libre.
Depuis, son corps me manque, ses petits cris de plaisir n’ensoleillent plus mes nuits. Mais elle m’a laissé la plus extraordinaire des forces, celle qui me permettra demain de pénétrer à la tête d’un commando de l’organisation Voltaire dans le sanctuaire pénitencier où on la détient.
Je ne peux plus vivre sans elle.
Sans elle et sans cette petite bosse qui a commencé à pousser dans son corps.

FIN
(ou pas)

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Dernière édition par MBS le Mer 12 Jan 2011 - 0:09, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Nouvelle : La peau des ombres    Mer 12 Jan 2011 - 0:06

Extra, j'ai adoré ton récit. Et du coup j'attends la suite avec impatience !

Ah, ben on a posté en même temps... du coup, j'ai lu la fin avec délectation. Franchement, tu as le chic pour les chutes surprenantes.
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