Forums Liens Utiles


 
AccueilAccueil  FAQFAQ  S'enregistrerS'enregistrer  ConnexionConnexion  

Partagez | 
 

 Nouvelle : Trajectoires

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
AuteurMessage
MBS

avatar

Nombre de messages : 8164
Age : 54
Localisation : Toulouse
Date d'inscription : 31/10/2007

MessageSujet: Nouvelle : Trajectoires   Mer 12 Jan 2011 - 22:05

Cela fait longtemps déjà qu’il cherche un sens à tout cela. A ce monde survolté, à ces vies entremêlées, à ces moments heureux ou malheureux qui tracent un destin.
Il avance et les autres avancent avec lui.
Avec lui mais pas comme lui.
Chacun d’entre eux a, comme lui, une destinée tracée.
Une trajectoire.
Que faut-il comprendre dans tout cela ? Pourquoi rencontrerait-il aujourd’hui plutôt qu’hier la femme idéale ? Comment expliquer que certains ne soient jamais au bon endroit au bon moment quand d’autres sont de toutes les bonnes occasions ?
Quelle est la règle qui sous-tend ce monde ?
La seule foi dont il dispose repose sur la pensée scientifique. Comme bien d’autres avant lui, il croit aux vertus de l’intelligence, de la science et du progrès. Ce qui n’est pas compréhensible le sera forcément un jour dans la grande quête explicatrice du monde.
Lui veut comprendre quelle régularité on peut établir, quelle équation peut correspondre à chaque trajectoire.

Dix ans de quête. Dix années à noircir des feuilles, à lancer des programmes de calcul sur des ordinateurs sans cesse plus puissants. Dix années à fouiller des existences à la recherche de ces constantes mathématiques, celles du malheur et du bonheur, de la poisse et de la déveine.
Et puis, un jour, la révélation. Une longue formule remplie d’inconnues codées sous forme de lettres grecques. Des alpha, des gamma, des oméga qui permettent de dire une fois assemblés, coefficientés et calculés ce que sera une vie. Des paramètres multiples qui, en variant, dessinent la vie d’un peintre célèbre, d’une femme malheureuse en amour, d’un employé modèle, d’un adolescent trop tôt fauché par la mort.
Il l’essaye sur dix, vingt, cent profils d’hommes et de femmes, connus ou anonymes, contemporains ou anciens. A chaque fois, tout concorde, tout correspond. Napoléon perd à Waterloo et Nelson meurt en héros à Trafalgar. Ravaillac frappe Henri IV un 14 mai et non la veille ou le surlendemain. Pierre Curie rencontre sa future épouse, Marie la Polonaise, le jour précisément déterminé par les chiffres. Pour l’un comme pour l’autre.
C’est comme un horoscope qui serait précis. Plus de phrases creuses et vagues disant que « l’amour pourrait passer demain » ou que « la fortune appartient à ceux qui osent ». Des faits précis : demain, vous ne pouvez pas espérer gagner au loto ; le lundi 15, à 18 heures, dans le parc, vous rencontrerez Michel qui sera le grand amour de votre vie. Tout est clair, tout est précis. Une fois déterminée l’équation d’une vie, un simple ordinateur suffit à en lister les étapes passées, présentes et à venir.
Alors, il décide de passer à la phase ultime de son travail. Une expérimentation véritable dont il sera le cobaye. Il entre dans l’ordinateur les différents paramètres qui donneront à sa trajectoire les multiples crêtes et creux qui font les hauts et les bas d’une existence. Froidement. Comme s’il s’agissait d’un autre.
- Je veux juste savoir ce que me réservent les deux prochains jours.
Il clique sur une rubrique et fixe au surlendemain la limite de la « Révélation ». La main un peu tremblante, il effectue un nouveau clic sur le bouton gauche de la souris. Sur l’écran défile lentement sa vie. Sa naissance à Caen, son bac avec mention très bien, sa rencontre avec Lucille son premier et malheureux amour, son entrée comme maître-assistant à l’université des sciences de Rennes. Tout est là en détail. Et soudain, les caractères blancs cèdent la place à des lettres et des dates en rouge. Ca c’est le futur. Ce qui ne lui est pas encore arrivé mais qui devrait survenir dans sa vie.
Fiévreusement, il regarde s’afficher ce qu’il va vivre au cours des deux journées suivantes. A priori, il n’y a rien d’intéressant sinon une rencontre amoureuse. Cela se passera le soir même à l’angle du boulevard Mozart et de la rue Lazare Carnot. A 17h53.
- Impossible, s’exclame-t-il ! Ce soir, je serai dans le train pour Lyon.
Ce symposium sur le temps et la science, il y est inscrit comme orateur depuis bientôt deux ans. Il n’a aucune raison de se dérober à ce qui est à la fois un honneur et un plaisir… Et à ce qui pourrait constituer la première tribune pour l’exposition partielle de ses théories.
Il remonte dans le déroulant chronologique. A aucun moment, le programme ne le signale à la gare, prenant le train et, a fortiori, arrivant à Lyon.
- Et si c’était le cas… Si je ne parvenais pas à prendre ce maudit train… Peut-être que ma voiture est encore en panne…
Pris par ses recherches, il a beaucoup délaissé les occupations indispensables du quotidien. Son appartement est une véritable porcherie, le sol est jonché de revues et de papiers, la cuisine voit s’entasser les assiettes sales et les barquettes en alu de plats cuisinés. Quant à sa voiture, il oublie régulièrement de la faire réviser.
- Je vais jouer la sécurité, se dit-il. Je prendrai un taxi.
Il imprime les lignes en rouge, débranche ses ordinateurs et retourne chez lui pour préparer sa valise.
Revenir en haut Aller en bas
http://fiona.toussaint.free.fr
MBS

avatar

Nombre de messages : 8164
Age : 54
Localisation : Toulouse
Date d'inscription : 31/10/2007

MessageSujet: Re: Nouvelle : Trajectoires   Mer 12 Jan 2011 - 22:05

16h45 : Le taxi s’arrête devant chez lui. Une jeune femme en descend, l’accueille avec un sourire, ouvre le coffre pour qu’il puisse ranger sa valise. Il est aussi calme que possible. Son train part dans une heure, la gare n’est qu’à un quart d’heure de route, le chemin à emprunter n’est pas sujet aux encombrements.
- Vous allez à la gare, c’est cela ?
- Oui, madame… Combien de temps ?
- Un petit ou un gros quart d’heure… C’est selon…
Cela confirme ses estimations. Il prend place sur la banquette arrière, partagé entre deux sentiments. La sensation que ses travaux de recherche ont échoué, la satisfaction de se dire qu’on ne pourra jamais prévoir l’avenir et qu’il restera toujours une part d’incertitude.
Le taxi démarre. La conductrice est prudente et ne cherche pas à se distinguer par de brutales accélérations ou de spectaculaires démarrages aux feux rouges. A 17h07, il est dans le hall de la gare.
Il ne lui reste qu’à trouver le quai d’où partira son train. Au moment où il lève les yeux vers le grand panneau électronique, la voix d’une hôtesse annonce qu’en raison d’un mouvement social surprise, une grande partie des liaisons avec les autres grandes villes de France sont annulées. Le panneau d’affichage lui confirme ce qu’il commençait à prévoir. Son TGV est annulé… Il n’y aura pas d’autres trains pour Lyon ce soir.
Que faire dès lors sinon prendre le chemin du retour ?
Devant la gare, il retrouve en première position dans la file des taxis la même femme qui l’a amené jusqu’ici.
Et si c’était elle ?
Si ce contretemps ferroviaire était inscrit dans sa trajectoire personnelle et qu’à l’angle du boulevard Mozart et de la rue Carnot… ?
Il la regarde de loin. Grande, brune, un air coquin derrière un visage sage. Elle doit avoir dix ans de moins que lui… Et elle ne lui déplait pas… Alors, forcément, il se demande qui est celle qu’il pressent comme devant être la femme de sa vie. Est-ce une étudiante qui gagne ainsi de quoi payer ses études ? Une jeune femme qui n’avait plus que cette extrémité pour se nourrir ? Une fondue de mécanique qui ne se sent bien qu’avec un volant entre les mains ?
Il se décide enfin à voir si elle est bien l’élue fixée par la destinée. Quelques pas plus tard, il s’arrête. Un homme vient de l’aborder, discute avec elle, ouvre la portière et commence à monter dans le taxi.
- Raté, murmure-t-il !
Encore une fois, les deux sentiments reviennent se mélanger en lui. Doit-il se réjouir de ce qu’il pressent comme un échec scientifique grave ?
Mais, la conductrice du taxi se met en colère, rouvre la portière arrière, indique au passager de descendre, attrape la valise de celui-ci et la jette au dehors.
Il se rapproche, prêt à voler au secours de la jeune femme.
- Que se passe-t-il ?
- Je refuse de prendre ce monsieur à mon bord… Il a eu des mots envers moi qui m’en laissent craindre d’autres lorsque nous serons tout deux dans la voiture…
- Descendez monsieur… Vous prendrez le prochain taxi…
- Je refuse d’attendre, crie le client sans nier les propos que lui prête la taxi-woman…
- Vous n’attendrez pas. Madame va me ramener chez moi et vous pouvez prendre le taxi situé immédiatement derrière celui-ci.
Le client mal élevé descend en grognant. Le savant s’installe à sa place.
- Vous vous souvenez où j’habite ?
- 23 rue Gilbert Loussier.
- Bien. Vous avez de la mémoire.
- C’est utile dans ce métier…
- Vous ne passez pas par le boulevard Mozart ?
- A l’autre bout de la ville… Quelle drôle d’idée !
Il jette un œil à sa montre… 17h19.
D’après ces calculs, il lui reste 34 minutes avant de rencontrer la femme qu’il aimera follement.
Le taxi démarre, roule quelques instants sur le boulevard périphérique et soudain stoppe brusquement.
- Oh ! Oh ! Ca coince, on dirait…
Devant eux, tout est bouché…
- Merde, jure la conductrice ! C’est le premier ministre qui est en visite… Alors là, on est mal… Il faut qu’on se sorte de ce coin-là vite fait.
Il comprend que la trajectoire de sa vie vient de prendre une nouvelle inflexion.
- Et là, on va passer par le boulevard Mozart ?
- Ca se pourrait… Toutes les rues du centre doivent être bloquées.
- Ca fait longtemps que vous faites chauffeur de taxi ?
- Deux ans… Je fais ça pour payer mes études.
- Et vous faîtes quel genre d’études ?
- Maths et physique… Mon ambition serait d’entrer dans la classe de monsieur Lormont.
- Mais je suis Jacques Lormont…
- Vous êtes ?!...
- Oui, ce que c’est que le hasard quand même…
Il sourit. Il ne croit plus au hasard.
Il attend juste de savoir ce qui va se passer au carrefour du boulevard Mozart et de la rue Carnot.
Revenir en haut Aller en bas
http://fiona.toussaint.free.fr
MBS

avatar

Nombre de messages : 8164
Age : 54
Localisation : Toulouse
Date d'inscription : 31/10/2007

MessageSujet: Re: Nouvelle : Trajectoires   Mer 12 Jan 2011 - 22:06

Voilà le fameux carrefour. Ils sont arrêtés par le feu rouge, il a le temps d’observer les alentours. Rien de particulier. Pas de danger imminent, pas de jeunes femmes selon son goût.
Le taxi redémarre, s’engage dans le carrefour quand une 307 déboule sur sa droite. Le choc est inévitable. Dans un grand bruit de tôles froissées, le taxi se soulève, se déforme et retombe lourdement sur ses roues.
- Vous allez bien ?
- Oui, ça va… Mais mon taxi…
Il voit d’énormes larmes perler dans ses yeux. Cet accident a des conséquences dramatiques pour la vie de cette jeune fille, il le sent. Sans ce revenu, elle ne pourra plus étudier. Et si elle n’est plus étudiante, elle ne viendra jamais à ses cours sur la physique du temps.
- Ne vous inquiétez pas… Je vous prendrais comme élève… Quoiqu’il arrive…
Les larmes continuent à couler mais un grand sourire les détourne vers l’extérieur des joues.
- Vous êtes quelqu’un de bien…
- Vous aussi, je crois.

La suite est d’une grande banalité. Un repas le soir même pour remettre la jeune femme, Alicia, de ses émotions. La découverte de nombreux points communs, de goûts, d’envies qu’on a envie de partager avec une personne de sexe opposé. Des confidences de plus en plus intimes. Le retour à pied vers le domicile de la jeune femme. Un dernier café à prendre ensemble… Un premier café qu’on prend ensemble au matin après une nuit d’amour et de découverte.
Au bout de quelques jours, entre Jacques et Alicia, on en était venu à parler d’avenir. La jeune femme accompagna son amant jusqu’à Lyon, l’écouta avec attention, l’applaudit avec enthousiasme. Leur amour paraissait destiné à durer.

Jacques voulait en être sûr. Lorsqu’il retrouva son laboratoire, il entra dans l’ordinateur tous les paramètres de la vie d’Alicia. Au cours de leurs discussions, il avait adroitement obtenu ces données, avait attendu de se retrouver seul pour les noter dans un petit carnet.
La volonté de savoir si cet amour serait aussi fort que ce qu’il laissait présager fut plus forte que le sentiment de violer l’intimité d’Alicia. Pour se donner bonne conscience, il réussit à se persuader que ce n’était rien d’autre qu’une expérience.
Le clavier, le logiciel, l’écran et la mémoire hyper-rapide de l’ordinateur. Ces quatre éléments vont lui dire si cet amour sera éternel. Il calcule qu’elle peut encore espérer vivre une cinquantaine d’années et choisit de fixer à 2050 la fin de son enquête.
Ses doigts tremblent d’excitation et de peur pendant qu’il entre, un à un, les paramètres. Il a ouvert le petite carnet en grand devant lui, juste pour se rassurer car il a encore en mémoire chacun des mots qu’Alicia a prononcé, chacune des révélations qu’elle a pu faire sur sa vie.
Voilà. Plus que la touche « Entrée » et il saura.
Un dernier scrupule l’étreint. A-t-il le droit de savoir ce que fut la vie de sa bien aimée avant lui ? Elle a peut-être de ces secrets qui font mal et qu’on n’aime pas savoir connu d’autres personnes, même les plus proches. De cela, il décide de ne pas s’occuper. Il appuie sur la touche fatidique et, immédiatement, fait pivoter son siège pour tourner le dos à l’écran.
Il y en a pour cinq bonnes minutes.
Pourtant, c’est au bout d’une minute et 28 secondes qu’un « bip » annonce la fin du travail de l’ordinateur.
Il se retourne, étonné par cette célérité.
La dernière ligne rouge est la seule sur l’écran. Le 27 avril à 7h52, le taxi d’Alicia tombera dans la Vilaine. Elle y perdra la vie.
Il aimerait bien se dire que c’est impossible, mais jusqu’à présent tout s’est toujours confirmé même les faits les plus improbables.
Il s’effondre en larmes devant son impitoyable machine.
Le 27 avril, c’est demain…

Alors, viennent les interrogations fondamentales. Doit-il lui avouer ce funeste destin ? Peut-il la sauver ? Des questions, il s’en pose à longueur de temps.
S’il lui avoue, cela ne peut que l’inciter au désespoir et à commettre un geste irréparable.
Non, il doit la sauver, l’éloigner de son taxi, l’amener loin d’ici.
Il jette un coup d’œil angoissé à sa montre. Il est 18h15. Dans moins de 12 heures, elle sera morte.
Aussi froidement que sa formation scientifique l’a entraîné à être, il met fin à la session de travail de son ordinateur, coupe les alimentations et sort. Mais dès lors, il ne cessera plus de courir jusqu’au domicile de sa belle.
La sonnette résonne dans le vide. Elle n’est pas là. D’ailleurs, son taxi, réparé la veille, n’est plus garé devant l’immeuble.
Chaque seconde pèse une éternité de souffrance. Chaque seconde est une plaie dans son âme. Chaque seconde est une seconde de moins à vivre pour elle. Chaque seconde de ce maudit chronomètre fatal.
Enfin, elle arrive. Elle l’aperçoit, lui fait un petit signe et un grand sourire. Pas de place pour se garer. Le taxi s’éloigne et tourne dans la rue voisine.
Deux minutes plus tard, elle se jette dans ses bras.
- Tu es en avance !
C’est un cri de joie, surtout pas un reproche.
Ses cheveux, sa peau, son sourire. Tout cela va disparaître bientôt. Il le sait au plus profond de lui. Cette rigueur scientifique qui l’a conduit tout au long de sa vie lui affirme que si toutes les expériences réalisées jusqu’alors ont été concluantes, celle-ci le sera également. Mille fois hélas !
Il s’agrippe à son bras plus qu’il ne devrait, lui pique des baisers furieux dans le cou à l’en faire rougir.
- Qu’est-ce qu’il t’arrive ce soir, dit-elle ? Tu es devenu fou ou quoi ?
Elle éclate de rire. Ce rire cristallin et intelligent qui le fait fondre, l’ensevelit sous de svagues de tendresse.
Elle va mourir.
Mourir.
A peine entrés dans l’appartement, il l’entraîne vers le lit. Il sait qu’il va lui faire l’amour. Une dernière fois peut-être. Ensuite, il lui parlera, lui dira qu’il a décidé de partir avec elle pour une nouvelle grande balade. Mais plus loin cette fois… Pendant une ou deux semaines, ils iront où elle voudra. L’Italie, l’Espagne ou si elle ne veut pas de soleil les fjords de Norvège ou l’immensité russe. Ils partiront en évitant soigneusement les taxis jusqu’à la gare. Il mettra des milliers de kilomètres entre eux et la Vilaine.
Et elle vivra !
Oui, elle vivra…
Il se sent plus fort que ces maudites équations.
Parce qu’il l’aime.
Revenir en haut Aller en bas
http://fiona.toussaint.free.fr
MBS

avatar

Nombre de messages : 8164
Age : 54
Localisation : Toulouse
Date d'inscription : 31/10/2007

MessageSujet: Re: Nouvelle : Trajectoires   Mer 12 Jan 2011 - 22:07

7 heures du matin. Il n’a pas dormi… mais elle guère plus. De caresses en câlins, de câlins en furieuses séances de baise, ils ont brûlé leurs corps et la nuit.
- Alicia, viens… On s’en va !
- On s’en va ?!
- Oui… Maintenant et où tu veux…
- Je ne peux pas partir, mon amour.
- Pourquoi ?
- Il faut que je travaille… Les examens sont dans quinze jours…
- Mais tu les auras tes examens… Au besoin, je parlerai de toi à mon collègue.
- Il est hors de question pour moi de tirer un profit quelconque de notre relation… C’est quelque chose que j’ai posé dès le premier soir.
- Ecoute, tes examens… à côté de notre amour, ça doit être secondaire.
Sa voix a quitté le registre tendre pour celui de la colère. Elle réplique de la même manière.
- C’est tout autant prioritaire. Etre madame Jacques Lormont est une chose douce à envisager mais ça n’est pas suffisant pour moi. Je veux être quelqu’un et pas juste la femme de…
- Tu ne peux pas comprendre… Il faut qu’on parte ! Maintenant !
- Pars si tu veux, moi je reste !
- Viens, je t’en prie…
- Pourquoi faut-il partir ? Tu n’es pas du genre à avoir des problèmes avec la justice…
- Je ne peux pas t’expliquer… Si tu m’aimes, viens !
- Si tu m’aimes, laisse-moi travailler.
S’il ne force pas le destin, elle va mourir. Cette pensée l’obsède, le rend fou. Il est le seul à pouvoir la sauver et elle ne se laisse pas faire.
Il la saisit par le bras, l’attire vers lui.
Va-t-il l’embrasser ou la frapper ?
Elle se dégage. Elle a senti monter en lui la violence.
- Qu’est-ce qu’il t’arrive ?!
- Alicia, je t’aime… Je t’en prie… Prends un imperméable et ton sac… Et on file !
- Je ne partirai sûrement pas avec quelqu’un d’aussi agité que toi.
Il se rue vers elle. Il a compris qu’il n’a pas d’autre solution que la contraindre par la force. Il attrape ses bras, les maintient dans l’étau de sa main gauche, plaque sa main droite sur sa bouche. Il ne sait plus ce qu’il fait, se laisse guider par son instinct.
Alicia se dégage encore, saisit une bouteille d’apéritif sur la petite table du salon et frappe Jacques à la base du crâne. Il s’effondre.
Il est 7h22.
Le sang gicle. Elle en a plein les mains.
Le téléphone. Les secours qui arrivent à 7h34.
Un cœur qui bat à peine, un cœur qui bat trop vite.
Elle suit l’ambulance qui traverse la ville en hurlant.
A 7h43, le gyrophare s’éteint.
Elle comprend que Jacques est mort, qu’elle a tué cet homme doux et brillant.
Un accident stupide comme diront les journaux. Un accident incompréhensible pour elle, un moment de folie suffisant pour briser une vie et un amour.
Alors, froidement, sans trembler, elle percute à 7h52 le parapet du pont sur la Vilaine. Le taxi et Alicia finissent leur trajectoire dans le fleuve.
Comme prévu.

FIN
Revenir en haut Aller en bas
http://fiona.toussaint.free.fr
janekmarilka

avatar

Nombre de messages : 548
Date d'inscription : 30/01/2011

MessageSujet: Re: Nouvelle : Trajectoires   Ven 4 Mar 2011 - 18:50

ouaouh !
bien
ce fut bien bon
Merci Smile
Revenir en haut Aller en bas
Contenu sponsorisé




MessageSujet: Re: Nouvelle : Trajectoires   

Revenir en haut Aller en bas
 
Nouvelle : Trajectoires
Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 1
 Sujets similaires
-
» nouvelle position amoureuse
» Nouvelle chaîne: Max TV
» Nouvelle habillage pour TMC et 16/9
» La nouvelle voiture "Ratatouille" dans Disney's Stars'n'Cars
» Nouvelle série sur disney chanel ( sonny )

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Forums Liens Utiles :: Littérature :: Vos écrits : Poésie, nouvelles, romans, théâtre... :: MBS-
Sauter vers: