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 Interview de Pierre Tanguy

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Alizé

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Nombre de messages : 3755
Localisation : BRETAGNE Rennes
Date d'inscription : 26/05/2008

MessageSujet: Interview de Pierre Tanguy   Lun 28 Fév 2011 - 19:22

Je vous transmets cette interview , qui m'a été envoyée aujourd'hui par l'association "Livre et lecture en Bretagne".

Entretien du mois : le poète Pierre Tanguy

1/ Pourquoi avoir choisi d’écrire et de publier « exclusivement » de la poésie ?

Parce que je ne sais pas écrire autre chose. Je pars du réel et ne fais pas oeuvre d'imagination. Mais aussi parce que — comme l'a dit Charles Juliet — « écrire, c'est se livrer, donner ce qu'on est, ce que l'on porte en soi ». La poésie (je préfère l'expression « parole poétique ») me paraît être le genre littéraire le plus à même de satisfaire cette ambition.

2/ Quelles démarches avez-vous mises en place pour être édité ?

Pour être édité, quand il s'agit de poésie, il faut sans doute d'abord publier en revue et se faire connaître. Mais le principal, c'est d'arriver à rencontrer l'éditeur qui se sent en affinité avec vos écrits. Et il n'est pas forcément facile à trouver. Dans mon cas, ce fut Yves Landrein (La Part commune) dont l'essentiel du catalogue est ouvert, comme il le dit, à la « matière poétique ».

3/ Êtes-vous un lecteur de poésie depuis toujours ? Existe-t-il une méthode particulière pour écrire en poésie ?

Je suis véritablement lecteur de poésie depuis que j'ai découvert Keineg et Grall. C'est intimement lié à la « révélation » de mon identité bretonne. Tout à coup, la poésie m'est apparue comme quelque chose de terriblement concret et d'ancré dans une réalité vivante et non pas évanescente. Je parlerais volontiers de poésie « incarnée ». Plus tard, grâce au libraire Bernard Guillemot (Calligrammes), j'ai découvert Gustave Roud et Philippe Jaccottet qui sont mes auteurs de chevet. Mais je dois dire que de très nombreux recueils de poésie me tombent des mains trop abstraits, trop hermétiques. Je conçois bien que la poésie puisse être un travail sur le langage. Mais, pour ma part, je ne pense pas qu'on puisse faire de la poésie avec des mots, s'il n'y a pas d'abord une émotion. C'est pour cela que je suis très sensible à la poésie chinoise et japonaise, très concrète, très proche de la nature, comme l'est d'ailleurs la poésie des pays celtes. À la question « faut-il une méthode particulière pour écrire en poésie ? » je réponds donc que cela dépend de chacun, mais qu'en ce qui me concerne je ne peux partir que d'une émotion et d'une attention soutenue à ce qui m'entoure. Pour, au bout du compte, capter l'éphémère, lutter contre le dépérissement et la mort, et se donner (ainsi qu'aux lecteurs) un sentiment plus vital de l'existence. J'aime bien la définition du poète que donnait Thoreau : « Poète serait celui dont les mots sont aussi frais qu'un bourgeon à l'entrée du printemps. » Oui, je crois à la fraîcheur et à la justesse de ton.

4/ Avez-vous une idée du public qui vous lit ?

Je pense être lu par un public très varié. Et qui est souvent populaire, comme je l'ai constaté dans des ventes-signatures ou de petites causeries. Je pense que la parole poétique peut toucher les gens quand elle n'est pas absconse et qu'elle rejoint leurs propres interrogations ou leurs propres souffrances. Il faut, sans relâche, partir du sensible et tabler sur la simplicité. Je fais mienne cette affirmation de Georges Haldas dans ses carnets sur l'Etat de poésie: "Je ne peux accéder à l'invisible qu'à travers l'émotion que suscitent en moi les choses visibles".

5/ La production d’oeuvres et de livres de poésie est importante, comment parvient-on à se faire une place ?

Se faire une place ? Cela n'a jamais été mon ambition. Je veux simplement toucher les gens. Il y a seulement cette alchimie qui doit fonctionner entre ce que l'on écrit à un moment donné et ce que le lecteur peut espérer ou attendre. Personnellement, j'attends d'un auteur (poète ou non) qu'il m'aide à vivre et qu'il m'enrichisse. Ce serait merveilleux si mes recueils pouvaient avoir le même effet sur les lecteurs.

6/ Si la production est importante, cependant la poésie est peu présente en librairie, quels sont les autres réseaux disponibles pour la rendre visible, et sont-ils suffisants ?

La poésie est peu présente en librairie, même si des efforts et l’intérêt de libraires sont faits. Il suffit parfois d'un coup de coeur de libraire et d'un recueil sur le comptoir (j'en ai fait l'expérience dans une grande librairie de Rennes à propos d'un de mes livres). Pour le reste, bravo aux « cafés-librairies » et aux rencontres d'auteurs. Il faudrait arriver à multiplier en Bretagne les lectures publiques d'auteurs (avec éventuel accompagnement musical). Pourquoi pas, aussi, envisager la poésie à domicile, comme on le fait pour le théâtre ? Mais il faudrait que le mot poésie n'effarouche pas trop, ce qui est encore le cas. Enfin, les centres culturels et les médiathèques ont aussi un rôle important à jouer, qu'ils ont d'ailleurs, me semble-t-il, engagé.

7/ Comment s’organise votre journée de travail ?

Ma journée de travail ? Je n'en ai pas. Jamais je ne me mets à une table pour affronter une page blanche. J'écris dehors, sur le bout de papier qui traîne dans ma poche. Je saisis au vol une émotion, une chose vue, une sensation. Comme le ferait un photographe. Quand il s'agit d'événements plus intimes (naissance, mort…) je le consigne le soir dans un carnet. Ensuite, souvent plus tard, je reviens sur ces notes prises à vif. Un travail de réécriture est parfois nécessaire, mais j'essaie de garder au maximum l'impression première.

8/ Quels conseils donneriez-vous aux futurs écrivains, et notamment aux poètes ?

Des conseils ? Viser la simplicité, essayer de publier dans des revues, adresser son manuscrit à un auteur reconnu avec qui on a des affinités. Et, surtout, lire, lire… C'est parce qu'on lit qu'on écrira aussi.
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