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 Le care : éthique, genre et société

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lucarne



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MessageSujet: Le care : éthique, genre et société   Lun 30 Mai 2011 - 21:19

Mes devoirs de vacances. Commencez par regarder le bout de film, ça réveille les consciences assoupies, si besoin...

Extrait du film Paris, je t’aime : Loin du 16e :



Le care : éthique, genre et société, conférence de Sandra LAUGIER, 12/05/2010, CANAL-U.

Care = préoccupation morale (sollicitude, souci de l’autre, attention) ET action quotidienne -> politique de l’ordinaire -> réflexion sur l’éthique, le genre, le travail, la santé…

Origine politique et philosophique

Carol GILLIGAN, philosophe sociale américaine née en 1936, éthicienne et féministe.
Gilligan a travaillé avec Lawrence Kohlberg, psychologue américain disciple de Piaget, ayant théorisé un développement moral inférieur chez les petites filles que chez les petits garçons (enfants de 11 ans). Elle a repris les recherches de Kohlberg en démontrant qu’il ne s’agit pas d’une infériorité de développement mais de la promotion d’un type de morale différent chez les filles.
Elle dégage alors deux types de morale :
• Une morale orientée vers la justice et l’impartialité, plus impersonnelle, fondée sur la loi, la norme.
• Une morale orientée vers le care, plus personnelle, fondée sur l’attention au contexte dans tous ses détails et sur la communication ; cette deuxième étant majoritairement adoptée par les petites filles, mais pas exclusivement.
Le care consiste à apporter à chaque situation une attention particularisée. C’est un modèle moral qui prend en compte de nombreux détails importants mais la plupart du temps ignorés, les « réalités sociales invisibilisées ». Il s’agit donc d’une alternative à la pensée morale rationaliste dominante.
Cf. Carol Gilligan, Une voix différente, 1982.

Critiques

Un fait : historiquement, il existe des domaines très sexués, toujours dévalorisés.

Une donnée nouvelle : l’immigration féminine a dépassé les flux d’immigration masculine, et ce en lien avec la crise du care dans les pays riches amenant à une délégation de celui-ci vers une immigration féminine en provenance des pays pauvres (care drain). Cf. Barbara Ehrenreich, Global Woman: Nannies, Maids, and Sex Workers in the New Economy, 2003.

Joan TRONTO : Le concept du care est trop étroit : cette éthique de l’attention nécessite un élargissement des concepts d’action. Vers une anthropologie de la dignité sociale et de la vulnérabilité, universaliste (et non pas féministe). Tronto en appelle au nécessaire passage de l’éthique au politique : « Il faut non seulement une affirmation éthique de l’importance et de la réalité du care mais aussi une réflexion politique portant sur l’allocation des ressources et sur la répartition sociale des tâches… Enseigner, renforcer la sensibilité à la valeur des intérêts moraux… »
Cf. Joan Tronto, Un monde vulnérable, pour une politique du care, 2009.

Débat

Opposition care/justice ? Elle n’a pas lieu d’être car il s’agit d’une éthique pour « plus que de la justice » (Annette Baier) : l’impartialité peut induire un manque d’attention à autrui et ainsi produire de l’injustice. Complémentarité indispensable care/justice : fonctionner exclusivement en terme de justice, loi, norme revient à généraliser de facto son propre jugement subjectif (justice égocentrique) ; fonctionner exclusivement en termes de care revient à se définir et définir ses actions en fonction d’autrui (aliénation).

Laïcisation de caritas ? Non : le care utilise un « vocabulaire » venant de la souffrance et non de la charité. Il prône l’égalité entre celui qui « donne » et celui qui « reçoit » et en appelle à une visibilité politique.

Care et féminisme ? La position de Gilligan était une approche critique et non une glorification de la féminité. Elle a ensuite mené un travail afin de « dégenrer » le care. Justice et care sont deux angles de regard sur des objets identiques (elle prend l'image du canard-lapin de Jastrow).

Care et individualisme, politique de proximité ? On peut concevoir le care comme une attention aux autres proches (famille, amis…) mais il s’agit avant tout d’une position éthique (donc élargie) et d’une remise en cause de la hiérarchisation habituelle des tâches (intellectuelles versus care). Par exemple, on peut considérer que la justice, l’éducation… font partie intégrante du care.

La conférence sur CANAL-U.

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Romane
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MessageSujet: Re: Le care : éthique, genre et société   Mar 31 Mai 2011 - 0:18

J'ai écouté l'intégralité de la conférence, intéressée par son développement. Je m'aperçois que je suis une fille, puisque j'aurais tendance à réagir selon le deuxième type de morale.

C'est drôle, d'ailleurs, parce qu'il me semble évident que la première des choses à considérer, serait l'attention à l'être plutôt qu'au tissage de tout ce qui régit nos vies.

*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*
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lucarne



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MessageSujet: Re: Le care : éthique, genre et société   Mar 31 Mai 2011 - 10:24

Romane a écrit:
Je m'aperçois que je suis une fille
Cool ! AngeR

Ce qui est marrant, c'est que j'ai établi un lien profond entre ce care et ce qui m'avait tellement émue dans le film Des dieux et des hommes : la vie de ces hommes Ange tout entière dans l'attention à l'autre ET à soi-même. J'ai aussi perçu cela dans le passé, chez certains militants syndicaux, des enseignants, des soignants ou des personnes lambda...

Pour autant, lorsqu'on veut agir de manière politique (ce qui est amené par les recherches de Tronto), il faut bien commencer par conceptualiser les choses : leur donner un nom, une signification, un discours...
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MessageSujet: Re: Le care : éthique, genre et société   Mar 31 Mai 2011 - 11:21

lucarne a écrit:
la vie de ces hommes tout entière dans l'attention à l'autre ET à soi-même.

Je pense ceci :

Il n'y aurait pas de sens à donner toute son attention à l'autre en s'oubliant soi-même. J'y verrais une contradiction : Cela reviendrait à pratiquer la bienveillance en pratiquant aussi la maltraitance.

Je crois qu'il faudrait commencer par apprendre dès le plus jeune âge à ouvrir les yeux sur soi parmi les autres et les autres autour de soi, en apprenant la notion d'ensemble. Je crois aussi que si l'équilibre est souvent absent entre les différents degrés d'attention, vient du fait que chacun porte des nœuds à défaire et que tant qu'ils ne sont pas défaits, ils ne laissent pas en paix et engendrent des réactions maltraitantes se matérialisant de différentes manières. Des nœuds affectifs pour la plupart du temps. S'être senti mal aimé, ou mal reconnu (dans le sens pas reconnu pour ce que l'on est, c'est-à-dire dans la justesse : être trop aimé, préféré, ou au contraire le mal aimé de la fratrie, par exemple) engendre une suite de comportements extravagants dans le but de remettre les choses à leur place dans notre esprit et dans celui des autres. Cette quête d'amour, de reconnaissance, est à mon sens celle qui motive tous les dérapages de n'importe quel volet de la société dans son ensemble. La course au pognon ou au pouvoir ne serait alors qu'une fausse course qui ne comblera jamais ce vide affectif, et qui donne seulement l'impression d'avoir réussi à se faire une place, mais que le vide demeure tant qu'il n'est pas comblé par la vraie pièce qui lui fait défaut.

A partir de là, je crois que tout ce qui fait les absurdités peut s'expliquer. L'extrait vidéo est terrible, n'est-ce pas. Pourtant, n'est-ce pas la terrible banalité du quotidien d'un tas de gens ? Sans qu'il soit question de revendiquer une impossible perfection, je trouve que le système, c'est-à-dire les décisions et organisations de l'homme, nous enferre dans la falsification d'une démarche tordue par rapport aux véritables attentes, et que tout cela est si profondément ancré dans le fonctionnement et les habitudes, que j'ai du mal à voir comment la conscience pourrait s'étendre et faire en sorte de changer tout cela pour mettre en place un véritable art de vivre où, je le répète, rien ne serait parfait, mais au moins tout serait moins maltraitant.

J'ai peur de l'anesthésie des consciences, peur de l'escalade de l'aggravation des dérives, peur que la normalité dans les esprits prenne un principe de plus en plus absurde. (mais qu'est-ce que la normalité, n'est-ce pas, donc peut-être plutôt que dire "normalité", dire "humanité" ?)

Citation :
Pour autant, lorsqu'on veut agir de manière
politique (ce qui est amené par les recherches de Tronto), il faut bien
commencer par conceptualiser les choses : leur donner un nom, une
signification, un discours...
Oui, ça me paraît évident.

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MessageSujet: Re: Le care : éthique, genre et société   Mar 31 Mai 2011 - 13:52

Romane a écrit:
Il n'y aurait pas de sens à donner toute son attention à l'autre en s'oubliant soi-même. J'y verrais une contradiction : Cela reviendrait à pratiquer la bienveillance en pratiquant aussi la maltraitance.
Je suis tout à fait d'accord. C'est d'ailleurs ce qui sous-tend le concept du care, en partant du postulat de base que, de toute manière, chacun est tour à tour celui qui peut donner et celui qui peut recevoir. Il s'agit donc de replacer l'attention et le soin non dans une spécialisation unilatérale mais dans une position à la base de toutes nos relations humaines.

En ce qui concerne une explication purement psychologique, elle me semble évidente. Cependant, elle n'apporte aucune explication aux phénomènes de spécialisation sexuée - et dévalorisation - de nombreux secteurs du care : santé, enfants, éducation, personnes âgées... Là, nous ne sommes pas dans des processus psychologiques mais bel et bien dans des processus historiques et culturels.

Les féministes se sont battues pour sortir de cette sexualisation des domaines. Hélas, au lieu de voir les hommes modifier leur fonctionnement (les congés parentaux de tous genres et toutes questions relatives aux enfants ou aux aînés sont toujours majoritairement assumés par les femmes), le domaine du care s'est vu peu à peu délégué à... d'autres femmes, plus pauvres, plus vulnérables, et donc encore plus facile à dévaloriser. Effet totalement contraire aux résultats attendus. D'où, je pense, l'intérêt de certains chercheurs vis-à-vis de ces questions.
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MessageSujet: Re: Le care : éthique, genre et société   Mar 31 Mai 2011 - 14:00

Citation :
Là, nous ne sommes pas dans des processus psychologiques mais bel et bien dans des processus historiques et culturels.

Oui, tout à fait. Et je songe notamment à la religion.

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MessageSujet: Re: Le care : éthique, genre et société   Mar 31 Mai 2011 - 14:06

Oh toi... tu prêcherais-t-y pas pour ta paroisse ???
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MessageSujet: Re: Le care : éthique, genre et société   Mar 31 Mai 2011 - 14:13

What the fuck ?!? ça se voit tant que ça ?

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