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 Le manège tournait

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MBS

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MessageSujet: Le manège tournait   Sam 4 Juin 2011 - 0:35

Le manège tournait, tournait, tournait. Comme une étrange ronde enfantine lancée à la poursuite d’un pantin bondissant emplumé de perspectives d’encore.

Le manège tournait, tournait, tournait. Et la musique rythmait la ronde de manière si vivante, si logique. Il y avait l’introduction où la machine se lançait, puis on arrivait au premier couplet où les compresseurs entraient en action : les avions décollaient, les fusées s’arrachaient à la proximité inquiétante de bolides rutilants, un cygne blanc se mettait à flotter dans les airs sans déployer ses ailes. Et la magie était telle qu’on oubliait le grand vérin qui soulevait la nacelle du disque en mouvement. Au refrain, Mickey se détachait de son perchoir et la ronde devenait valse à trois temps : lancer, attendre que les bras se tendent au milieu des cris hystériques, ramener… Et au micro, la femme qui lançait des encouragements aussi inutiles que stéréotypés : « Allez, jeunesse, on appuie sur le bouton… On attrape le Mickey…». Comme si on ne savait pas pourquoi on était là !
Le manège tournait, tournait, tournait… Et ce bouton pour décoller qui n’était qu’un leurre… Ca j’avais bien fini par le comprendre. Ce n’était pas parce qu’on était dans l’avion qui volait le plus haut qu’on se rapprochait forcément de la queue défraîchie du Mickey. Le vertige des altitudes n’était pas une garantie de bonheur, leçon de vie à la con mais qui m’a bien servi depuis… Parce que, incroyablement, quand on croyait atteindre la plume promise, elle se dérobait soudain. Alors, on avait tous le même mouvement brusque, à s’en décrocher le cou : on se retournait, incrédules, pour comprendre comment on avait pu le rater… Il était là, offert et puis non… Mickey continuait à se balader à une demi-circonférence de là… Nous narguant de son œil fixe de poupée plastique.

Le manège tournait, tournait, tournait… Et, tout bien pesé, la déception enfouie dans un refrain de Cloclo, c’était finalement la certitude qu’une nouvelle chance était possible. Raté une fois ne signifiait pas raté définitivement. Belle leçon de persévérance. Se retourner à nouveau, se reconcentrer sur l’objectif… L’idée absolue de la chance qui repasse… Et puis, d’une année sur l’autre, on évoluait, on élaborait des stratégies différentes… parfois guidés par les conseils plus ou moins avisés des grands-parents. Faire celui que ça n’intéresse pas, qui n’est venu là que pour se griser d’une promenade en rond. Feindre l’indifférence pour la queue de la poupée de Disney. Faire coucou à la foule, envoyer des bisous comme une vieille star sur le retour.
Et soudain.
Vif comme l’éclair.
Rapide comme la vipère.
Dégainer son poignet, serrer la queue artificielle, tirer sec…
Et brandir son trophée sous le nez de la famille aux anges.

Le manège tournait, tournait, tournait. Il ne fallait pas se planter. L’adversaire avait l’œil… On ne pouvait pas espérer le posséder plus d’une fois par soirée… Parfois plus si le proprio laissait le soin à sa fille de balader Mickey dans les airs le temps d’aller s’en jeter un à la buvette ou d’aller vidanger derrière les arbres. Là, on pouvait espérer renouveler le coup du père de Pagnol sur les bartavelles… Un doublé !
Deux queues de Mickey. Deux tickets cartonnés écornés et défraîchis. Deux tours supplémentaires…
La gloire !

Le manège tournait, tournait, tournait. Il a tourné chaque année… Chaque année… Jusqu’à ce que les jambes ne puissent plus se glisser sous le tableau de bord de la corvette, jusqu’à ce que les bras ne puissent plus se glisser par le hublot de la soucoupe, jusqu’à ce que le dernier Annie Cordy en vienne à vous filer la nausée autant que la rotation circulaire des vélos, des cygnes et des avions à hélice. Toujours le même sens, toujours la même vitesse. Sans jamais partir pour les ailleurs annoncés. Sans jamais avoir d’autre perspective que de remettre son titre en jeu sur un tour supplémentaire.
Forcément, ça fait quelque chose de se dire que Mickey va se faire déshabiller par d’autres. On les observe ces inconnus avec l’air supérieur de celui qui sait. De celui qui croit savoir… « Tu sais, ils ont le sens de l’observation les forains… ». Ah ?! Pourquoi il me dit ça, le grand-père ? « Ils ont repéré que tu étais avec ta sœur sur le manège… Ils savent combien vous avez de tickets… Si c’est ton dernier tour, il te fera gagner pour obliger ta mère à reprendre un ticket de plus pour ta frangine… Et le ticket à l’unité, il est au prix fort. »

Le manège tourne, tourne, tourne…
Et aujourd’hui, comme tant d’autres, j’ai de nouvelles queues de Mickey à attraper. Avec des stratégies à la con, avec des plans à deux balles. Réussissant parfois mon coup, le ratant le plus souvent parce que ceci, parce que cela… Et je suis sûr que quand les lumières clignotent et s’éteignent, les forains du monde entier doivent bien se marrer. On veut tous un tour de plus… Alors la ronde continue…
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