Forums Liens Utiles


 
AccueilAccueil  FAQFAQ  S'enregistrerS'enregistrer  ConnexionConnexion  

Partagez | 
 

 La farandole des débuts : La dernière priorité

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
AuteurMessage
MBS

avatar

Nombre de messages : 8164
Age : 53
Localisation : Toulouse
Date d'inscription : 31/10/2007

MessageSujet: La farandole des débuts : La dernière priorité   Mar 21 Juin 2011 - 0:01

La discussion avec Romane et Hestia sur notre cher système éducatif m'a rappelé que j'avais commencé il y a quelques années ce roman qui devait présenter à travers la vie d'un lycée (haut de gamme en plus) les réalités de ce monde que tout le monde croit connaître (eh ben non ! même pas ! chacun en a juste une représentation). Le titre a hésité entre "La 5ème évangile" et "La dernière priorité". Voici le prologue...

Prologue
Le téléphone a fini par sonner.
Depuis quatre jours, il attendait cette sonnerie. Pratiquement sans sortir. A s’en ruiner les ongles à force de nervosité. A ne pas pouvoir plonger son nez dans un livre sans que son esprit le ramène aussitôt vers cette attente.
Son studio ressemble à un champ de bataille jonché de valises et de cartons. De grands espaces vides soulignent la disparition de son maigre mobilier, celui qui lui a tenu compagnie pendant ses cinq années d’études. Il l’a revendu à un autre étudiant.
Il est en partance et il le sait.
Mais pour où ?
Voilà ce qu’il attend. Son point de chute. L’endroit où commencera sa vie professionnelle.
Sa vie de prof.

Elle est allongée sur son canapé, un bouquin à la main, des fiches pour une prise de notes à proximité. Elle travaille, veut perdre son esprit dans la découverte de cette période historique qu’elle connaît mal. Dehors, la ville semble encore écrasée par la chaleur d’août. Elle, elle voyage dans les villes du XIIIè siècle.
Elle n’espère qu’une chose. Que le portable à la coque mauve reste muet ce soir encore, qu’il ne fasse pas entendre cette « sonnerie » guillerette qui pour elle signifie la pire des déchéances. Strasbourg ou Cologne, Séville ou Rome ont mille fois plus d’intérêt pour elle que les gens qu’elles fréquentent, que les mots qu’ils lui disent, que leurs gestes dénués de tendresse.
Elle avale une gorgée de soda, puis prend un stylo et une fiche. Elle vient de trouver un exemple intéressant, un exemple qui fera bien dans une copie de concours. Elle commence à noter, inscrivant méthodiquement un titre pour la fiche, indiquant par une grosse lettre rouge la période concernée, relevant avec précision la source. C’est ce qu’elle aime. Sa vraie vie…
Et le portable mauve l’interrompt.

Depuis son divorce, il vit dans un appartement où rien n’a de place véritablement établie. Une sorte de bohême qui lui rappelle sa vie estudiantine. Avant qu’elle ne croise sa route, qu’il ne l’épouse et qu’ils ne se heurtent inexorablement.
Son métier d’enseignant était pour lui une véritable passion. Il y consacrait la plupart de ses instants. Même quand il n’était pas derrière son bureau, à revoir encore et toujours ses cours pour les rendre plus efficaces, il y pensait. Il pouvait à n’importe quel moment quitter une conversation pour griffonner une idée sur un petit calepin, se perdre dans de nouvelles hypothèses, échafauder d’audacieuses pratiques pédagogiques.
A trop donner de lui-même à ses élèves, il a fini par lasser celle qui partageait ses jours et ses nuits. Enfin, celle qui n’était pas très loin de lui… Devant la télé, dans la pièce à côté… puis sur la fin dans une autre chambre.
Il sait qu’il est fautif et qu’elle n’a pas eu tort de le quitter. Elle qui n‘était pas enseignante n’avait jamais réussi à comprendre pourquoi il avait toujours quelque chose à faire. Les 40 heures, les 35 heures par semaine, pour son mari, cela ne signifiait rien. Et quand, au salon de coiffure ou dans un café, elle entendait des gens se plaindre du manque de sérieux des profs, elle hochait tristement la tête sans avoir ni la force, ni l’envie de les détromper. Sa souffrance leur aurait paru impensable.
Le travail lui a permis de résister à l’absence. Il s’est lancé le challenge de monter un degré dans l’échelle, de devenir chef d’établissement. Il a préparé le concours, l’a obtenu haut la main. Si les choses se passaient normalement, il sait qu’il pourrait ambitionner un bon poste, un beau lycée… Son classement lui permettrait de l’envisager… Mais il sait aussi que les nominations de chefs d’établissement sont soumises à des pratiques étranges. Les « pistonnés » raflent les meilleurs postes. Qui sont-ils ? Si on en croit les rumeurs et les racontars, des amis politiques du ministre ou d’amis du ministre. Ils n’ont souvent de l’éducation qu’une idée assez lointaine, n’ayant exercé le métier de prof que quelques années, voire quelques mois avant d’entrer parmi les permanents de leur parti, voire de faire carrière dans un cabinet ministériel.
Il n’attend donc rien de particulier. Il sera sans doute en liste d’attente. Sa première année de chef d’établissement, il la passera peut-être à ne rien faire, à attendre qu’un poste se libère. Ca arrive…
Sur la platine cd, il a mis le « Double blanc » des Beatles. Elle adorait ce disque et lui le vénère. Impression de toucher à une œuvre intemporelle, un condensé de toutes les musiques, de toutes les sensibilités. Point de départ de toutes les musiques du dernier tiers du XXè siècle.
Il est furieux lorsque la sonnerie du téléphone vient le forcer à interrompre Rocky Rancoon.

Depuis 17 ans qu’il connaît Luc, il a bien fini par savoir à quel point celui-ci aime les choses bien carrées. Depuis plus de 10 ans, le 29 août en début de soirée, Luc l’appelle. C’est, dit-il, un bon moyen pour se préparer mentalement à la reprise.
Luc est prof de lettres. De projets pédagogiques en sorties dans les musées, ils ont pris l’habitude de travailler ensemble. Ils sont devenus des amis d’un genre particulier. Copains comme cochons au lycée, ils se fréquentent peu en dehors. Un apéritif de temps en temps chez l’un ou chez l’autre… Et rien de plus…
La faute à quoi ?
A une volonté bien établie de ne pas laisser le boulot pourrir le reste de leur vie ?
A la crainte de voir cette amitié s’user trop rapidement ?
A deux épouses qui, elles, ne peuvent pas se sentir ?
Quand il y pense, il ne sait pas vraiment lequel de ces points l’emporte… Car les trois ont un réel fondement…
A coup sûr, Luc va lui raconter ses vacances. Il devait partir à la Réunion en juillet, chez sa fille en Bretagne en août. Cela va en faire des événements à rapporter. D’autant qu’il est incorrigible et saoule rapidement ses interlocuteurs par l’utilisation d’un vocabulaire recherché et une emphase épuisante.
Depuis le temps, il est habitué... Il suffit de savoir écouter au bon moment et puis de laisser son esprit vagabonder quelques instants avant de se rebrancher sur la conversation.
- C’est Luc, crie-t-il à sa femme lorsque le téléphone se met à bourdonner…
- Bon, alors, j’arrête la cuisson des steaks, répond Marie. On n’est pas prêt de manger ce soir…
Revenir en haut Aller en bas
http://fiona.toussaint.free.fr
 
La farandole des débuts : La dernière priorité
Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 1
 Sujets similaires
-
» La farandole des débuts : FDJ
» [McKinley, Tamara] La dernière valse de Mathilda
» trouver un mot avec la dernière syllabe
» La Dernière Prophétie de Gilles Chaillet
» Tank d'Indiana Jones et la dernière croisade

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Forums Liens Utiles :: Littérature :: Vos écrits : Poésie, nouvelles, romans, théâtre... :: MBS-
Sauter vers: