Forums Liens Utiles


 
AccueilAccueil  FAQFAQ  S'enregistrerS'enregistrer  ConnexionConnexion  

Partagez | 
 

 Lignée directe [Fiona 8.1 - terminé]

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
Aller à la page : Précédent  1, 2, 3, 4, 5
AuteurMessage
MBS



Nombre de messages : 8164
Date d'inscription : 31/10/2007

MessageSujet: Re: Lignée directe [Fiona 8.1 - terminé]   Sam 31 Déc 2011 - 1:27

Ils commencent tous à m’énerver. Est-ce qu’ils croient que mes mensonges – par omission en plus – sont faits par plaisir ?
La tension ne dure qu’un temps. A table, je suis à la droite d’Hélène qui a Julie sur sa gauche. On appellera ça une protection rapprochée ou une couverture croisée… Nous nous mêlons aux discussions des techniciens et des comédiens tandis que la première rotation de véhciules commence à ramener l’équipe de tournage du matin. C’est suffisamment rafraîchissant et divertissant pour que nous en oubliions les derniers événements Bien sûr, je me doute que Julie a dû communiquer à un relais quelconque mon bouquin et les fiches. Peut-être que le colonel est déjà en train de les étudier (je ne l’imagine pas en train de pédaler en Ardèche) ? Je suppose qu’il y aura un moment également où je recevrai de nouvelles informations via Julie. J’espère qu’on me donnera aussi des infos rassurantes des miens et – par miracle ou autorisation spéciale – que je pourrais communiquer avec eux.
Tout cela c’est pour plus tard.
En attendant, c’est poulet en sauce béarnaise.

Je me fais accrocher par Duplan dès son retour.
- Fiona, je veux vous voir tout à l’heure avant la reprise !
Cela ne ressemble pas vraiment à une nouvelle invitation à dîner. La formulation est assez agressive et autoritaire ; ce n’est pas « pourriez-vous » mais « je veux ». S’agit-il des suites de l’histoire de la gourmette ? Ou bien de mon refus de réaliser le dictionnaire Richelieu ? A moins qu’il y ait encore une chose importante qu’on aurait oublié de me signaler quant à mon rôle à Bracieux ?
Cette interpellation me fait quitter la table plus tôt que les autres. Elle me donne même furieusement à penser. Tout à l’heure, Hélène a dit quelque chose qui m’a heurté mais que, dans la vigueur de l’échange, je n’ai pas pu analyser sur le champ. Ca tournait autour de Duplan évidemment… Ah oui ! Ca y est !…
« C’est pas lui qui aurait tué sa femme des fois ?… »
Voilà une exclamation terriblement ambiguë. Ce « lui » est-ce mon fada préféré ou Duplan ? Dans le premier cas, on pourrait déduire que notre bousilleur de film est encore plus cintré puisqu’il accuserait le cinéaste d’un crime qu’il aurait lui-même commis. Si c’est la seconde option qui se vérifie, alors c’est moi qui ai du souci à me faire : cela voudrait dire qu’Hélène raisonne, peu ou prou, comme notre criminel en puissance.
Pour la troisième fois, je me fais la désagréable réflexion que je dois me garder de l’exclure de la liste des suspects. Cela commence à faire beaucoup. Et, en plus, je viens de lui indiquer la personne qui, sur le tournage, représente les forces chargées de mettre fin aux agissements du malade. Autrement dit si elle est mouillée dans cette histoire, j’ai peut-être condamné Julie à des moments particulièrement délicats à vivre.
Est-ce la sauce béarnaise ou le fruit de mes réflexions ? J’ai des aigreurs dans l’estomac et la bouche sèche.

Delphine Lopez rajuste ses lunettes pour consulter une liste de plusieurs pages à la recherche de je ne sais quelle information. Je n’ose intervenir de peur de la déranger. J’en suis encore à faire le pied de grue lorsque Bernard Duplan, douché et changé, sort de l’espace qui lui sert de bureau et devant lequel je l’avais vainement attendu la veille au soir.
- Fiona !… Heureusement qu’il y a encore quelqu’un qui sait ce que l’efficacité veut dire ici !
La tonalité du discours a changé, c’est déjà ça. Problème, cela ne dure pas.
- Entrez ! Il faut que nous parlions très sérieusement.
« Parlions » et pas « discutions ». « Très sérieusement » et pas simplement « sérieusement ». Cette phrase plante clairement le décor de ce qui va suivre : ça sent la remontée de bretelles.
J’entre donc dans le bureau – en fait une chambre avec sa salle de bain privative – en rasant les murs. Dieu sait que ce genre d’entretiens ça me connaît et que les derniers auxquels j’ai participé ne se sont pas forcément très bien terminés. Pas de bonne augure…
Revenir en haut Aller en bas
http://fiona.toussaint.free.fr
MBS

avatar

Nombre de messages : 8164
Age : 53
Localisation : Toulouse
Date d'inscription : 31/10/2007

MessageSujet: Re: Lignée directe [Fiona 8.1 - terminé]   Sam 31 Déc 2011 - 1:32

- C’est quoi cette histoire avec mon fils ?
Voilà qui est bien ! Il n’aura pas tourné longtemps autour du pot. Je suppose qu’il a faim après sa matinée au grand air de la forêt et qu’il va me croquer toute crue avant d’aller en faire de même avec les poulettes de Bresse de Clémence.
- On appellera ça divergences éditoriales, dis-je aussi calmement et professionnellement que possible.
- Moi j’appelle ça des « foutaises », Fiona !…
Je me sens assez déterminée pour claquer la porte et le laisser dans la merde – dont il ignore en plus la nature – si, comme son fils, il me traite d’intégriste ou de tout autre qualificatif inacceptable.
- Vous vous êtes engagée ici, hier soir, à faire ce dictionnaire. Vous ne pouvez pas le lendemain renier votre parole juste parce que quelque chose ne vous plait pas.
- Je n’ai rien signé, fais-je remarquer.
- Mais c’est vous qui ne voulez jamais rien signer !… On veut vous payer un billet de train ; vous ne voulez pas. On veut vous rétribuer pour votre travail de conseillère historique ; vous refusez avec hauteur. C’est pratique cette façon de ne jamais s’engager officiellement.
Je me trompe où il est à la limite de me traiter d’escroc ? Là, on frôle le casus belli, pour ne pas dire la rupture nette et sans bavure.
- Je m’engage moralement, monsieur Duplan. Et sur ce plan-là, personne ne m‘a jamais prise en flagrant délit de tromperie ou de parjure… Vous ne serez donc pas le premier parce que j’assumerai mes engagements… Mes engagements qui étaient, je le rappelle, la réalisation d’un dictionnaire Richelieu dont je serais le maître d’œuvre exclusif. A aucun moment dans la discussion d’hier soir nous n’avons évoqué la participation de votre fils ou l’incrustation de photos venues du film au milieu de mon texte. Tout ceci ne date que de ce matin. C’est cela que je refuse… Tout comme l’idée qu’il me faudrait prendre en charge l’édition de l’ouvrage.
- Mon fils devait vous proposer une coédition.
Prêcher le faux pour savoir le vrai est-ce mentir ? Je viens alors sans aucun doute d’aggraver mon cas si je dois un jour me présenter devant saint Pierre pour gagner mes ailes d’ange. Mais pour quel profit ! Duplan vient de reconnaître – certes indirectement – qu’il était parfaitement au courant, et sans doute à l’origine, des détails de l’association débattue le matin même avec Jonathan.
- J’ai plus à y perdre que vous… Parfum Violette est une structure qui n’a ni l’ancienneté, ni la solidité des films BCJ…
- Nous avons tous quelque chose à perdre… Toujours, fait-il avec un air fermé dans lequel je crois lire la confirmation des soucis financiers de sa maison de production.
Il n’est pas supposé savoir que je dispose de quelques dizaines de millions d’euros sur mon compte principal et d’autant qui tournent de paradis fiscaux en banques offshore et que traque toujours aux dernières nouvelles Jean-Gilles Nolhan. Je peux jouer la propriétaire inquiète et scrupuleuse sans que cela paraisse anormal.
- Je fais vivre trois personnes avec ma boite…
- Et moi beaucoup plus.
Argument facile que je repousse énergiquement.
- Nous ne faisons pas la même chose, nous ne nous adressons pas à la même quantité de personnes, nous n’avons pas le même rayonnement.
- Raison de plus pour que chacun fasse ce qu’il sait faire… Vous des livres, nous du cinéma.
Aïe ! Ca c’est frappé au coin du bon sens !… Sans que cela me surprenne vraiment, le père est bien plus adroit « du plat de la langue » que le fils qui a autant de subtilité qu’une division de Panzers. Il m’a acculée dans les cordes et je ne vois pas, sinon par un coup de gong salvateur, comme je vais me sortir de là.
Revenir en haut Aller en bas
http://fiona.toussaint.free.fr
MBS

avatar

Nombre de messages : 8164
Age : 53
Localisation : Toulouse
Date d'inscription : 31/10/2007

MessageSujet: Re: Lignée directe [Fiona 8.1 - terminé]   Sam 31 Déc 2011 - 1:38

- Si chacun doit faire ce qu’il sait faire, pourquoi est-ce que je ne sers à rien ? Pourquoi est-ce que vous vous obstinez à me demander d’être partout, d’ouvrir mes yeux, si c’est comme tout à l’heure pour ne pas me soutenir.
La meilleure défense, c’est l’attaque ! Je me suis sortie de ma fâcheuse posture en déplaçant le combat sur un autre terrain.
- Vous êtes utile parce que personne n’a sur la période que nous mettons en scène la largeur de vos vues…
- Allons !… Vos décorateurs, vos costumières ont bien étudié ces époques dans leurs écoles ou auprès de leurs maîtres. Ce n’est pas à eux que je vais apprendre comment on s’habillait dans le premier XVIIème siècle ou à quoi ressemblait un intérieur princier. Tout juste puis-je – et cela a été fait déjà – leur rappeler qu’à cette époque tout ne peut pas être neuf en même temps et qu’il faut patiner, vieillir, une partie du mobilier voire des vêtures.
- Je ne pensais pas à eux… Vous avez bien vu comment sont les comédiens. Des fier-à-bras, des hâbleurs, des provocateurs. Il est bon que vous soyez là pour qu’ils en rabattent de temps en temps.
J’imagine le fada qui fait de moi la seule personne pouvant torpiller le film de Duplan avançant cet argument pour justifier son choix de Fiona Toussaint-Maurel comme tête de turc : « C’était la seule qui pouvait rabattre le caquet de ces cons de comédiens ! ». Pour un peu, j’éclaterais de rire à cette idée.
- Vous voulez que je vous dise ?… Je crois que j’ai une autre place dans vos plans, je crains de ne pas être ici comme simple conseillère… Je ne sais pas pourquoi, c’est une sensation qui progresse de jour en jour. Vous ne pourriez pas m’éclairer là-dessus ?
- Je ne vois pas de quoi vous voulez parler… Ce que je vous demande c’est de faire ce dictionnaire parce que nous en aurons besoin…
- En avoir besoin ? Vous voulez dire financièrement ?
- Pas seulement… mais oui, financièrement, cela pourra avoir son importance. Réussissons ce film et nous redonnerons le goût de l’Histoire aux Français. Plutôt que d’imaginer ce genre de produits dérivés débiles dont notre jeunesse est inondée par Hollywood, osons quelque chose de culturel et d’attractif…On est en train de perdre le sens du passé commun, de la nation…
Et c’est reparti pour les accents gaulliens de la première scène entre Richelieu et Louis XIII !…
- Vous savez que si vous arrêtez le cinéma, je vous engage comme VRP. Quel sens de la persuasion !… Mon dictionnaire pour redonner le goût de l’Histoire aux jeunes ! Rien que ça !… Je doute que vous ayez une idée exacte du sentiment de la majeure partie de la jeunesse pour l’Histoire, mon pauvre monsieur… Sachez que j’ai des étudiants en deuxième année qui ignorent de quel roi Sully était le ministre et qui, lorsque vous leur faites remarquer qu’ils auraient pu au moins s’informer, vous rétorquent qu’ils n’avaient pas que ça à faire. Je les vois bien sortir du cinéma UGC à Toulouse après avoir vu votre film, traverser le square Lafayette pour se précipiter à la fnac qui est pile en face et acheter le dictionnaire Richelieu de Fiona Toussaint. Il m’est avis voyez-vous qu’ils finiront plutôt à côté, au McDo… Vous feriez mieux, monsieur, de vous associer avec Ronald McDonald et de faire des petits personnages pour les Happy Meal. Là, vous auriez une chance de gagner quelque argent pour payer vos employés.
Quand on me cherche dans mon domaine, on me trouve ! C’est au tour de Duplan d’être en position délicate. Je pourrais continuer à pousser mon avantage, lui démontrer par a+b qu’il ne fait rien pour que je pèse vraiment sur le destin de « son » film et que le coproducteur Frémot est un paratonnerre efficace lorsqu’il s’agit pour lui de se décharger de ses petites lâchetés.
Oui mais voilà… Je ne le fais pas.
Parce que je peux me permettre d’être royale et de céder lorsque je suis en position de force.
Parce que ma boulimie incompressible de travail a trouvé dans ce dictionnaire de quoi se satisfaire pour les mois à venir.
Parce que l’histoire de l’aveuglement reste encore à vivre avant de pouvoir l’écrire en parfaite connaissance de cause.
Parce que, surtout, j’ai dit tout à l’heure une chose terriblement sensée à Hélène sans y prêter toute l’attention requise : « Il est hors de question que le film s’arrête ! ». Si, par je ne sais quelle sorcellerie, je suis effectivement le pilier qui tient toute la structure du long métrage, je ne peux pas me retirer sans que tout s’écroule. Je découvre soudain, un peu horrifiée, que je peux avoir un effet positif ou négatif sur la vie future du film… et que je suis d’une certaine manière sa prisonnière.
Revenir en haut Aller en bas
http://fiona.toussaint.free.fr
MBS

avatar

Nombre de messages : 8164
Age : 53
Localisation : Toulouse
Date d'inscription : 31/10/2007

MessageSujet: Re: Lignée directe [Fiona 8.1 - terminé]   Sam 31 Déc 2011 - 15:58

- A la bonne heure, conclue Duplan… Cela me fait une épine de moins dans le pied.
- Il y en a d’autres ? demandé-je le plus innocemment du monde.
- Oui, j’ai faim et je n’ai que trente minutes pour manger avant de réattaquer… Vous comprendrez que, quelle que soit la considération que je vous porte, maintenant que nous avons réglé ce petit différend, je vais aller me restaurer.
- Bien sûr…
Il m’ouvre la porte mais ne sort pas lui-même à ma suite. Je me retrouve dans la galerie où trônent les « services » de Delphine Lopez. L’assistante est déjà partie déjeuner. Je réalise soudain que, pendant un court moment, je vais me retrouver toute seule au milieu de toute la « paperasse » générée par le film : les contrats, les plannings, le budget. L’ordinateur ce n’est même pas la peine d’y penser ; il doit être protégé par un mot de passe mais j’ai remarqué que Delphine Lopez imprime tout systématiquement et range ensuite dans des dossiers. Ca sent la personne qui a été confrontée à un plantage informatique majeur, qui a perdu beaucoup de documents précieux et qui ne croit plus que modérément aux vertus de l’informatique.
Je suis certaine qu’il doit y avoir là-dedans une mine d’informations. Beaucoup sans intérêt pour ce qui m’occupe mais quelques-unes pourraient m‘apporter les éclairages que je recherche que ce soit sur ce que Duplan compte faire de son conseiller historique ou sur le planning des uns et des autres (Qui pouvait être à Montauban pour y piquer une Toyota et l’essayer contre moi ensuite ? Et à Bracieux peu de temps après pour plier la structure d’un hangar ?).
Comment profiter de cette situation inespérée ? En me laissant enfermer bien sûr !… La chose n’est pas très compliquée, il suffit de se glisser sous le bureau Ikea de l’assistante… Mais des expériences douloureuses assez récentes m’ont appris qu’il valait toujours mieux prévoir la suite. Comment justifier ma présence dans ce couloir lors du retour de Delphine Lopez ? Très difficilement à l’évidence. Je pourrais toujours prétendre m’être arrêtée aux toilettes et avoir été enfermée par Duplan sortant manger. Faisable mais peu crédible. Il aurait suffi d’un coup de téléphone portable (maudit appareil !) pour que quelqu’un vienne me libérer. Sortir par une fenêtre ? Nous sommes à l’étage…
J’entends les pas du réalisateur qui se rapprochent de la porte. Tant pis ! Je n’ai pas le temps d’imaginer une solution plus élaborée pour le moment. C’est une occasion à saisir qui ne se représentera pas de sitôt. Sans hésitation, je plonge sous le bureau de l’assistante, ramène la chaise à roulettes vers moi afin de finir de bien me camoufler et prie pour ne pas être prise d’un éternuement subit à cause de la poussière qui n’a visiblement pas été faite ici depuis plusieurs jours. La clé qui tourne dans la serrure est à la fois une satisfaction et un motif d’inquiétude. J’ai environ vingt minutes pour fouiner ce qui est quand même confortable mais dans ce laps de temps je dois aussi trouver le moyen de sortir d’ici sans être vue… et là je trouve que c’est vraiment peu.
Je commence par photographier avec mon téléphone les deux rayonnages situés à droite et à gauche du bureau, l’état de l’espace de travail de l’assistante afin de m’assurer à la fin de ma « visite » que tout a bien été remis correctement en place. Premier dossier à consulter, un gros classeur vert marqué « plannings ». A l’intérieur plusieurs intercalaires isolent les versions successives de l’organisation du tournage. Je déclipse la barre métallique qui tient les feuilles serrées les unes contre les autres, fait basculer tous les documents prévisionnels vers la gauche pour arriver au planning réel depuis le 26 juin, veille du premier « tour de manivelle ». Impossible de lire ça maintenant, je mitraille chaque feuille avec la furia d’un paparazzi déchaîné face au scoop du siècle. Enfin, j’essaye de mitrailler car les appareils photo inclus dans les téléphones portables, s’ils sont des merveilles de la technologies, ne sont pas d’une précision absolue pour ce type de travail. Il faut absolument que j’évite d’avoir la tremblote. Or, je suis précisément dans des conditions de stress et de précipitation qui ne peuvent que produire des clichés flous et donc impossibles à exploiter ensuite ; ce serait ballot d’avoir fait tout ça pour pas grand chose. Je m’applique donc à tenir l’appareil à deux mains en maîtrisant ma respiration… Mais ensuite, il faut lâcher le téléphone pour tourner la page, reprendre la pose. C’est rapidement agaçant et douloureux dans les muscles des bras, du dos et du cou… Et même dans le ventre ! Sauf que là, je crois que c’est plutôt la trouille !… Tant pis pour la totalité, je me concentre sur les journées critiques du 7 et du 9 juillet. Comme elles correspondent à une certaine montée en puissance du tournage, les pages s’y multiplient. Je prends le temps de regarder comment elles se présentent ; c’est presque une petite fiche de police sous forme de tableau : nom, prénom, heure de convocation au château, numéro de la voiture vous ayant amené, numéro du service à la cantine, « missions » réalisées, horaires de départ, numéro de la voiture vous ramenant, point de chute. Heureusement, avant et après, chaque participant au tournage a droit à un peu d’intimité. Il me faut dix bonnes minutes pour photographier la quarantaine de pages correspondant aux trois journées du 7 au 9 (chemin faisant, j’ai supposé que l’explosif pouvait fort bien avoir été installé la veille) ce qui fait de l’ordre d’un cliché toutes les 15 secondes environ. Sans vraiment lire ce qui passe sous mon objectif, je remarque que tout le monde a droit à sa ligne ; même Duplan est répertorié. Soit Delphine Lopez est une parfaite maniaque, ce qui expliquerait sa maigreur tant elle doit laisser la santé dans son boulot… Soit les règles imposées, notamment par les assurances, sont draconiennes.
D’après mon estimation, il me reste sept à huit minutes avant le retour de Duplan et/ou de son assistante (ils repartent généralement ensemble de la cantine). Il faut que je trouve le moyen de sortir d’ici maintenant.
Une nouvelle tempête de cerveau réussit à me convaincre que seule c’est impossible… Alors, il faut bien se résoudre à faire intervenir la cavalerie. Celle qui est à l’extérieur et ignore encore que je vais avoir besoin d’elle.
- Allo Julie ?… Tu es habillée ?… Ah, tu es au maquillage ?… Non, rien… tant pis !…
- Allo Hélène ?… Tu es habillée ?… Parfait !… Voilà ce que je voudrais que tu fasses…
Revenir en haut Aller en bas
http://fiona.toussaint.free.fr
MBS

avatar

Nombre de messages : 8164
Age : 53
Localisation : Toulouse
Date d'inscription : 31/10/2007

MessageSujet: Re: Lignée directe [Fiona 8.1 - terminé]   Sam 31 Déc 2011 - 21:59

- Ca t’arrive souvent de faire des trucs aussi dingues que ça ?
Moi qui voulais persuader Hélène que j’étais une pauvre prof de fac plongée « à l’insu de son plein gré » dans une affaire la dépassant totalement, je crains fort de m’être grillée en faisant appel à elle. M’enfin, comme disait ce cher Gaston, j’ai ce que j’étais allée chercher et je ne me suis pas faite pincer. Alors, que penser sinon « merci Hélène » et répondre à sa question.
- Tu parles ! Je ne fais que ça !… Je me suis évadée un jour d’un hôpital, une autre fois d’une planque des services secrets… J’ai sauté de balcons en balcons au sixième étage d’un immeuble à Paris… Je me suis rasée la tête pour qu’on ne me reconnaisse pas… Je me suis planquée sous la robe d’une moniale…
C’est suffisamment gros présenté ainsi pour qu’Hélène n’y croit pas. C’était mon objectif. Il est rempli et je peux un peu respirer.
- Mais tu cherchais quoi là-bas ?…
- A connaître le montant de ton cachet.
- Et ?…
- A mon avis, tu te fais escroquer par la production.
Amenons-la vers d’autres sujets, cela vaudra mieux… Pour elle comme pour moi.
- Pourquoi tu dis ça ?…
- Certains seconds rôles sont mieux rétribués que toi. Or ils n’ont pas ta notoriété…
- Bah ! Si ce sont de véritables comédiens, je n’ai rien à dire. Ils gagnent leur croûte tandis que moi je m’amuse à faire un truc dont je ne me sentais même pas capable jusqu’à ce que je tourne mes premiers clips. C’est normal qu’ils touchent plus. C’est leur beefsteak.
C’est une remarque qui me plait. A la fois parce qu’elle est sensée et parce qu’elle dit des choses sur les valeurs d’Hélène. Allons ! Je ne me suis pas trompée en en faisant une amie digne de confiance. Il me tarde de la présenter à Ludmilla en espérant qu’elles accrocheront ensemble… Mais pour cela, il faudrait que cette histoire se termine et ça n’en prend pas vraiment le chemin.
A titre personnel, je reste quand même persuadée qu’Hélène aurait dû au moins avoir le même cachet que Sirène Mouly qui, pour un rôle quasi équivalent en nombre de scènes, touche plus de 20 000 euros. Hélène en est loin. C’est une des surprises du classeur rouge que j’ai survolé à la fin sans avoir le temps de prendre plus que quelques photos. Duplan sait choyer ses acteurs. Les cachets sont plutôt confortables mais que dire des dédommagements pour retard dans le tournage ; ils sont proprement astronomiques. Si Grégory Pinchemel devait faire une journée de plus, cela coûterait 15 000 euros par jour à la production. Pour Jean-Pierre Tunnel, ce chiffre monte à 21 545 euros. Cédric Demangeon – on est « la star » numéro 1 au box-office ou on ne l’est pas – culmine lui à 37 319 euros. Je comprends mieux la fébrilité du cinéaste ; il fait de la corde raide en permanence. Le budget du film doit être tenable si tout se passe normalement. Un jour de retard pour telle ou telle raison et cela commencera à sentir le roussi. Voilà sans doute la véritable raison de cette réorganisation du planning pour coller au diktat de la météo. Garder l’équilibre des comptes.
- Et c’est tout ce que tu as appris d’important ?
- Pour le moment oui… Tu vois que ma vie n’a rien de bien passionnant quand on y réfléchit bien.
Je mets très clairement un doigt sur ma bouche. Tout ce qui vient de se passer, tout ce qui vient de se dire, tout cela ne doit plus exister. Hélène doit désormais en faire abstraction pour se concentrer sur son rôle. Nous en reparlerons ce soir sans doute, dans l’une ou l’autre de nos chambres, en riant comme deux petites folles de la manière dont je suis sortie de la grande galerie de l’étage au nez et à la barbe – qu’elle n’a pas – de Delphine Lopez.
Cachée à quatre pattes sous l’ample robe de noces de la duchesse de Montpensier.
Revenir en haut Aller en bas
http://fiona.toussaint.free.fr
MBS

avatar

Nombre de messages : 8164
Age : 53
Localisation : Toulouse
Date d'inscription : 31/10/2007

MessageSujet: Re: Lignée directe [Fiona 8.1 - terminé]   Sam 31 Déc 2011 - 22:01

MARDI 12 JUILLET
La nuit a été pénible. Après avoir divagué un peu avec Hélène jusqu’à minuit passé (nous sommes revenues sur Blois vers 11 heures avec Kevin Béthemont ce qui faisait de moi d’une certaine manière la chaperonne d’un couple de cinéma venant de s’unir l’après-midi même devant la caméra), je me suis couchée – tôt – afin de récupérer d’une nuit précédente trop courte et des émotions fortes, quoique contrastées, de la journée. J’ai souffert – comment ne pas l’avouer ? – de ne pas avoir trouvé de messages de la part d’Arthur ou du colonel à mon retour à l’hôtel. J’ai essayé pendant qu’Hélène était partie prendre une douche et se changer de joindre mon « papa de substitution » mais sans que le numéro dont je disposais daigne répondre. Du coup, dans mon grand lit, je me suis trouvée pour la première fois totalement seule face à mes interrogations… et avec la conviction terrible que cela ne faisait que commencer.
J’ai finalement réussi à m’endormir mais pour être réveillée vers trois heures par les premiers grondements de l’orage. Je me suis mise à tourner dans le lit comme une girouette secouée et désorientée par les vents puissants soufflant au dehors. Au bout d’une vingtaine de minutes, lorsque j’ai compris que les chances de retourner reposer dans les grandes plaines de Morphée étaient nulles, j’ai repoussé le drap léger qui me recouvrait (je ne peux pas dormir sans quelque chose à remonter par-dessus mon épaule) et je me suis levée. Mon fidèle ordinateur m’attendait (sans ronfler cette fois-ci) et près de lui mon portable toujours allumé… Au cas où…
J’aurais pu dès mon retour me plonger dans l’analyse de mes nombreuses photographies. Outre que je ne m’en sentais physiquement pas capable, une après-midi de réflexion m’avait laissée dubitative sur l’exploitation à faire de ces clichés. Certes, j’avais la possibilité de dégager des suspects potentiels. Et ensuite ?… Ce ne serait pas à moi de les surveiller quand même ?… Je m’attendais de plus à trouver au moins une vingtaine de noms ce qui restait considérable. Pour commencer à avoir des certitudes, il fallait que le coupable commette une erreur – ce qu’il s’était soigneusement abstenu de faire jusqu’à maintenant – ou que d’autres éléments me sautent à la figure dans les documents imprimés par Delphine Lopez. Jusqu’à ce que ces faits se réalisent, je n’aurais pour réfléchir que de vagues faisceaux de présomption. Autrement dit presque rien.
A quatre heures dix, une fois les photographies transférées sur le disque dur de mon ordinateur et rapidement analysées, j’avais une liste de dix-sept noms. Parmi eux, aucun de premier plan ; juste deux comédiens suffisamment obscurs pour que je ne les ai pas encore vraiment visualisés et pour le reste des personnes œuvrant dans les différentes branches de la technique, du cocher à la troisième maquilleuse, du jardinier-paysagiste à la responsable de la maintenance informatique du site. Comme je l’avais crains, cela ne m’apportait rigoureusement rien de neuf… Sinon une nouvelle occasion de douter d’Hélène puisque, en face de son nom, le jour de son arrivée, Delphine Lopez avait indiqué : « n’a pas utilisé le moyen de transport mis à sa disposition ». Hélène aurait très bien pu être à Montauban pour me foncer dessus (avec cet avantage supérieur de pas mal me connaître) puis arriver plus tôt sur le tournage, faire discrètement son petit bidouillage pyrotechnique avant de repartir et redébarquer ensuite en jouant le grand air de celle qui a été victime d’un bug informatique ferroviaire. On comprendra que cette supposition m’était pénible à envisager. Soit par ce qu’elle pouvait révéler sur le double jeu d’Hélène, soit par la paranoïa personnelle qu’elle m’indiquait.
Pour le reste j’avais collecté, outre des infos sur les contrats des principaux acteurs et actrices du film, des doubles de factures portant sur le louage de chevaux, la première note d’hôtel de Cédric Demangeon – avec une « douloureuse » de minibar salée -, la fabrication de panneaux de signalisation ou les frais de blanchisserie des draps utilisés dans la chambre d’Anne d’Autriche. Rien de folichon, rien de passionnant. Le seul avantage de mon petit tripatouillage au milieu des papiers de Duplan et de son assistante avait été la poussée d’adrénaline qu’il avait provoqué. J’en payais le prix désormais avec cette nuit chaotique semée d’un tonnerre de doutes et d’éclairs brûlants.
J’ai dû me rendormir vers 4 heures 30 convaincue plus que jamais que le mystère dans lequel j’étais empêtrée, s’il n’avait pas la virulence de ceux que j’avais déjà pu connaître, ne saurait se résoudre sans qu’un événement extérieur vienne apporter un éclairage neuf sur les faits.
Revenir en haut Aller en bas
http://fiona.toussaint.free.fr
MBS

avatar

Nombre de messages : 8164
Age : 53
Localisation : Toulouse
Date d'inscription : 31/10/2007

MessageSujet: Re: Lignée directe [Fiona 8.1 - terminé]   Sam 31 Déc 2011 - 22:03

A 9 heures, je retrouve Hélène Stival dans la salle des petits-déjeuners de l’hôtel. Nous avons négocié hier avec Delphine Lopez - en essayant de ne pas pouffer au souvenir du tour que nous venions de lui jouer - le fait d’être dans la même voiture pour rejoindre le tournage pour 10 heures. Initialement, Hélène devait se retrouver avec Sirène Mouly et « Bérulle » alias François Pourtier… Moi, scandaleusement bien traitée car n’ayant pas besoin d’arriver pour enfiler un costume et recevoir les peintures de guerre du comédien, je devais me trouver seule dans un voyage plus tardif.
- Bien dormi ? me lance-t-elle.
- Comme un bébé, mens-je.
En plus, je suis certaine que cela se voit que je n’ai fermé qu’un demi-œil de la nuit…
- Et toi ?
- Ne le répète à personne sinon je te fais la peau… J’ai peur de l’orage.
Je m’assieds face à la chanteuse et, voyant le garçon s’approcher, je me force à demander un jus d’orange.
- Ca arrive à des gens très bien…
Je pourrais embrayer sur une vanne mais je ne le sens pas. Quelque chose ne tourne pas rond et ce ne sont pas les seaux d’eau qui s’abattent au dehors qui vont me remonter le moral.
Je contemple le jus d’orange qui vient d’atterrir devant moi. Il me rappelle les rares petits déjeuners que j’ai jamais réussi à avaler, ceux que nous engloutissions Arthur et moi après avoir passé des nuits à nous agiter furieusement. C’est le seul cas où mon estomac daigne accepter au petit matin d’être approvisionné en aliments. Là, la simple perspective de plonger mes lèvres dans le liquide et d’y rencontrer la saveur un peu acide de l’agrume me flanque la nausée.
- Tu attends quoi ? Qu’on t’amène une paille ?…
Je me lance, empoigne le verre, le porte à mes lèvres. Cul sec ! C’est comme si un feu de brousse se mettait à courir le long de mon œsophage. Mon dieu, je vais vomir !…
Les yeux fermés, les traits du visage contractés, j’essaye de passer outre la douleur acide. Peu à peu, l’incendie s’éteint et je me détends. Fin d’alerte.
Hélène a assisté avec stupéfaction à cette ingurgitation douloureuse.
- Ca te fait toujours ça ?
- Non, réponds-je, d’habitude ça ne fait rien parce que je ne prends rien.
- Mais alors pourquoi tu as voulu qu’on se retrouve ici ?
J’essaye de reprendre un ton enjoué.
- Pour te surveiller…
- Ben si tu fermes les yeux, c’est pas gagné… Tiens, voilà notre cocher qui arrive. Tu veux finir ma tartine ?…

Derrière le rideau gris de la pluie incessante, les feux rouges des véhicules arrêtés devant nous se difractent en une multitude de tâches informes.
- Qu’est-ce qu’il se passe ?…
- Je ne sais pas, répond le chauffeur… Il n’y a jamais de bouchons par ici…
« Par ici » c’est pour être exact sur la longue ligne droite qui joint Saint-Gervais-la-Forêt à Mont-près-Chambord.
- Il n’y a pas d’autres chemins ? questionne Hélène.
- En faisant le détour par Cour-Cheverny mais on a plutôt intérêt à attendre que ça se débloque ici.
- Parce que vous pensez que ça va se débloquer ? interviens-je. Cela fait bien cinq minutes qu’on n’avance plus… et que plus rien n’arrive en face.
J’imagine la tête de Duplan si Hélène l’appelle à nouveau pour signaler un problème pour arriver. Quoique cette fois-ci elle n’a rien à se reprocher : c’est un impondérable qui survient alors qu’elle est dans un véhicule de l’organisation. Voilà en tous cas un des multiples moyens de prendre du retard sur le plan de travail : un comédien qui n’est pas à l’heure. Question : dans ces conditions-là pourquoi est-ce la production qui paye ?…

Je ne devrais pas m’en faire puisque, contrairement à Hélène, je ne tourne pas mais, comme on le sait, le fait d’être en retard me met mal à l’aise. Cela réveille au plus profond de moi mon suc gastrique qui se met à m’enflammer l’estomac et à raviver le goût acide du jus d’orange. Stress plus jus d’orange semble être un cocktail détonnant pour mon organisme. J’essayerai de m’en souvenir.
- Tant pis ! lance Hélène. Faites demi-tour et prenez l’autre chemin.
A voir la mine déconfite du chauffeur dans on rétroviseur, je comprends qu’il n’est guère enchanté par cette perspective.
- Allez !… Je vais être en retard !
Contrit, il s’exécute. Allumage des warnings, passage de la première, coup de volant vers la gauche… A ce moment précis, des éclairs bleus jaillissent de la nuit humide et une sirène à deux tons résonne.
- Les pompiers ! C’est juste un accident !… Ca ne va pas tarder à se débloquer.
- C’est bizarre ! J’aurais exactement dit l’inverse…
- Comme c’est une ligne droite et que les bas-côtés sont larges, dans cinq minutes c’est dégagé.
Acceptons-en l’augure… A mon sens, ce chauffeur est d’un optimisme à toute épreuve. Pour un accident sur le périphérique toulousain avec trois voies en sens unique (et certes un trafic bien supérieur à celui de cette départementale), il faut bien compter plusieurs kilomètres de bouchon et une bonne demi-heure avant que les choses ne s’arrangent. Qui sait si le conducteur n’est pas tenu lui aussi par des questions d’assurance – il ne transporte pas des personnes lambda – à utiliser un itinéraire précisément défini ? C’est la seule explication que je trouve à sa manière de prendre son mal en patience en tapotant tranquillement son volant tandis que nous sommes littéralement en ébullition à l’arrière.
- Tenez ! Qu’est-ce que je vous disais ?…
Il a fallu entre 5 et 10 minutes pour que, un à un, les feux rouges arrière commencent à s’éteindre et qu’un semblant de mouvement se fasse à petite vitesse vers l’avant. Quelques dizaines de mètres, un brusque coup de frein, un arrêt prolongé le temps qu’un flot continu de voitures nous croise sur la voie de gauche. On est passé en circulation alternée. Ca avance mais quand même pas très vite. Du coup, il n’est même plus possible de faire demi-tour puisque lorsque nous sommes à l’arrêt, des voitures arrivent sur l’autre voie. Evidemment quand nous avançons, il ne serait pas raisonnable de bloquer la colonne pour partir en sens inverse. C’est foutu ! Nous serons en retard ! Il n’y a plus qu’à prendre notre mal en patience et à essayer d’estimer dans combien de rotations, nous arriverons au point de blocage.
Revenir en haut Aller en bas
http://fiona.toussaint.free.fr
MBS

avatar

Nombre de messages : 8164
Age : 53
Localisation : Toulouse
Date d'inscription : 31/10/2007

MessageSujet: Re: Lignée directe [Fiona 8.1 - terminé]   Sam 31 Déc 2011 - 22:05

Le ciel bas et pluvieux de la forêt est déchiré d’éclairs bleus et orange. Nous stoppons à 10 heures 13 à trois voitures des lieux de l’accident. Au prochain passage, nous échapperons au piège.
Dans ce genre de circonstances, je ne sais jamais où regarder. Même si ma curiosité légendaire est strictement intellectuelle et ne prend aucun plaisir à essayer de mesurer le malheur des gens, quelque chose de profond, et sans doute de malsain, me pousse à chercher à connaître la nature exacte de l’événement qui nous a immobilisé. D’un autre côté, je n’ai jamais été attirée par le sang, surtout depuis que j’ai sur la conscience les tragédies que j’ai provoquées. Le sang pour moi ce n’est pas la vie comme le disent les campagnes de l’EFS ; c’est la mort.
Je connais déjà la suite des événements ; lorsque nous arriverons à la hauteur de l’accident, une partie de mon esprit commandera à mon corps de tourner la tête vers les lieux du drame quand une autre lui intimera de continuer à regarder droit devant. Je sais déjà laquelle l’emportera. C’est toujours la même.
- C’est une de nos voitures !…
Hélène n’a visiblement ni mes scrupules, ni mes peurs. Elle a ouvert la portière pour mieux voir ce qu’il en était. Elle replonge la tête vers l’intérieur.
- Je vais voir !…
Je n’ai pas le temps de protester contre ce que je prends pour une curiosité morbide. J’ouvre moi aussi la portière (côté ligne blanche du milieu), descend et court pour rejoindre mon amie. La vision qui s’offre à nous est apocalyptique. La route est jonchée de débris qu’un pompier commence à peine à balayer (les voitures passent dans l’herbe), un arbre est en partie déchiqueté sur la droite et surtout, la Scénic, l’avant totalement enfoncé et une roue arrachée, est en travers de la route.
Autour de ce qu’il reste de la voiture, trois pompiers s’activent à essayer de désincarcérer une personne. Le chauffeur visiblement vu la position…
Je continue à suivre Hélène qui ne tremble pas malgré sa tenue comme toujours très courte et ajourée. La pluie me semble tomber encore plus drue, c’est vraiment une ambiance de fin du monde.
Un flic, sorti d’on ne sait où, nous barre le chemin.
- Mesdames, s’il vous plait, on n’est pas au spectacle ! Reculez !
Hélène essaye de parler mais aucun son ne sort de sa bouche. Comme moi, elle vient d’apercevoir le numéro 6 rouge maculé de boue. C’est la voiture de Sirène, c’est la voiture dans laquelle elle aurait dû être.
- Monsieur l’agent, dis-je péniblement, on travaille avec les gens qui étaient dans cette voiture. On est de l’équipe du film de Bernard Duplan… S’il vous plait, dites-nous comment ils vont.
Avec le recul, j’aurais très bien compris que le flic ne dise rien. Nos regards hagards et les vêtements comme toujours outrés d’Hélène pouvaient faire penser au comportement excentrique de deux junkies amatrices de gore.
- Bras cassé pour le type qui était à l’arrière, il est juste sonné. Le conducteur, on ne sait pas trop… Malgré l’airbag, il s’est retrouvé broyé par le choc mais il est conscient… Ils sont en train de le sortir… La fille qui était à l’arrière n’avait pas sa ceinture. Elle a été projetée sur le siège avant. Ils disent plusieurs fractures, un grave traumatisme crânien. Pas sûr qu’ils puissent la sauver…
Le jus d’orange n’a aucun mal à trouver tout seul le chemin de la sortie.

Fin de la première partie
Revenir en haut Aller en bas
http://fiona.toussaint.free.fr
Contenu sponsorisé




MessageSujet: Re: Lignée directe [Fiona 8.1 - terminé]   

Revenir en haut Aller en bas
 
Lignée directe [Fiona 8.1 - terminé]
Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 5 sur 5Aller à la page : Précédent  1, 2, 3, 4, 5
 Sujets similaires
-
» Lignée directe [Fiona 8.2 - terminé]
» Lignée directe [Fiona 8.1 - terminé]
» Y a-t-il une vie après Fiona Toussaint ? [Fiona 6 - terminé]
» Cristal de neige [Fiona 9 - terminé]
» [CASTLE] Si Loin de Toi (terminée)

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Forums Liens Utiles :: Littérature :: Vos écrits : Poésie, nouvelles, romans, théâtre... :: MBS-
Sauter vers: