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 Le jeu de la traversée

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Romane
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MessageSujet: Le jeu de la traversée   Mer 31 Aoû 2011 - 22:47

M'inspirant du magnifique ouvrage de Hubert Haddad, Le Nouveau Magasin d'Ecriture, je propose de donner le début et la fin du texte que vous allez écrire.

Haddad en définit fort bien le contexte : C'est s'obliger à une mise en écho des deux pôles de la narration. On quitte une rive pour une autre et la traversée s'en trouve tout infléchie.

Votre texte commencera par cette phrase :

C'était une voix qui vous rendait à tout jamais indifférent à toute autre musique.
(Romain Gary - La promesse de l'aube)

Et finira par celle-ci :

L'homme s'était laissé tomber dans le fauteuil et l'avait regardé d'un air stupide.
(Luis Sepulveda - Le vieux qui lisait des romans d'amour)

*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*
"Bonjour, je suis Romane, alors je m'appelle Romane, c'est pour ça que mon pseudo c'est Romane."
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Shan



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MessageSujet: Re: Le jeu de la traversée   Jeu 1 Sep 2011 - 0:21

Ces 2 phrases évoquent en moi une tranche de vie propre, pas si joyeuse que ça. Tranche de vie qui me "poursuit" aujourd'hui encore. Mais qui ne tiendra pas juste en quelques lignes.

Je te soupçonne d'avoir fait exprès, Romane. Neutral
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Romane
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MessageSujet: Re: Le jeu de la traversée   Jeu 1 Sep 2011 - 1:20

Même pas. J'ai choisi deux romans parmi ceux qui m'ont plu, deux phrases au hasard sans chercher. Je trouve même qu'elles collent bien ensemble.

*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*
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matea

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MessageSujet: bonjour   Jeu 1 Sep 2011 - 6:29

Ces deux phrases m'ont tout de suite fait penser à l'extrait du film philadelphia ou Tom Hanks commente avec tant d'émotion l'aria "la mamma morta" la voix de la callas
si puissante , et l'expression de Denzel washington assis le regardant !!!!!!!
"cosi fui sola e intorno il nulla"
Bonne journée à tous Matéa
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Romane
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MessageSujet: Re: Le jeu de la traversée   Jeu 1 Sep 2011 - 12:48

matea a écrit:
Ces deux phrases m'ont tout de suite fait penser à l'extrait du film philadelphia ou Tom Hanks commente avec tant d'émotion l'aria "la mamma morta" la voix de la callas
si puissante , et l'expression de Denzel washington assis le regardant !!!!!!!
"cosi fui sola e intorno il nulla"
Bonne journée à tous Matéa

Bonjour et bienvenue, Matéa. Je te suggère d'ouvrir un fil dans Nos Membres afin de t'y présenter auprès de notre communauté qui, tu verras, t'accueillera chaleureusement.
Ce fil ici étant destiné à un jeu d'écriture, tu peux y participer en proposant un texte Wink

*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*
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Vic Taurugaux

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MessageSujet: Re: Le jeu de la traversée   Jeu 1 Sep 2011 - 19:37

Ah ben! On dirait que c'est moi qui ouvre le bal?

Hé! Ho! Les autres, il faudrait voir à voir à affuter vos crayons: c'est maintenant la rentrée littéraire...

C'était une voix qui vous rendait à tout jamais indifférent à toute autre musique. Mais que personne ici ne s'y trompe : c'était la voix du diable. Il était entré chez nous alors que je n'avais que huit ans sous la forme d'un capitaine d'infanterie. Son uniforme avait aussitôt plut à ma mère en cela que sa serge roide possédait un exotisme puissant sur les autres tissus que comptait le magasin familial. Au toucher, la texture de cet accoutrement masculin rompait avec toutes ces mousselines, ces dentelles, ces soies, ces laines Mohair ou d'alpagas qui faisaient la richesse de nos étals. Son essence étonna également nos narines. Une odeur de tabac froid mêlée à l'étrangeté d'un après rasage rompait avec la délicatesse et la subtilité des parfums que quotidiennement nous prodiguait le va-et-vient incessant de nos clientes.

Il faut vous préciser qu'à l'époque, je n'avais encore qu'une vision très vague de la gent masculine. Certes, j'étais un garçon, (et mon costume bleu et blanc de marin était là pour me le rappeler) mais mon horizon était bien plus maternelle que maritime. La boutique, que je ne quittai jamais, était entièrement dévolue aux femmes en ce qu'elles avaient de plus féminin ; à savoir : leurs toilettes. Gracieuses, elles me couvraient de baisers et de coupons-spécimens afin que moi aussi, je partage leurs plaisirs en y découpant autant de robes pour mes nombreuses poupées. Utilisant notre vieux fauteuil de velours rose pour y entreposer leurs nombreuses emplettes, ces dames se dévêtaient devant moi sans la moindre vergogne, persuadées que mon jeune âge neutralisait encore mon appartenance au sexe fort. A la vue de leurs dessous, j'éprouvais pourtant des émois que je ne comprenais pas mais que ma mère qualifiait par un terme fourre-tout, celui de timidité. Ce mot n'avait nullement pour fonction de m'aider à comprendre la nature de mon bouleversement, mais bien plus, à excuser auprès de ces dames la bizarrerie de mes affections. Qu'on puisse se sentir gêné à la vue d'une cliente dénudée était, je l'avoue aujourd'hui, peu commerçant à ce moment crucial, celui de l'essayage, qui généralement permet de conclure une affaire. Aussi, bien souvent le soir, durant notre dîner en tête à tête, ma mère me reprochait mes rougissements inopinés susceptibles de déstabiliser la clientèle. J'étais son apprenti plus que son enfant, et, si je devais réussir un jour dans la vente, je me devais de toujours contrôler mon apparence. Je pouvais bien entendu exprimer toutes sortes de sentiments, mais à la condition sine qua non, que ces derniers ravissent ces dames et non qu'elles leur donnent à réfléchir. Une femme n'achète un vêtement que sur un coup de folie, il fallait que je me rappelle bien de cela, moi dont le métier consisterait plus tard en une perpétuelle séduction. Or, à cet âge, je n'étais qu'un simple artifice commercial fait pour être bisouillé, caressé, chouchouté. C'était là mon initiation. Je devais m'y conformer avec le plus grand sérieux.

Or, ce militaire aux moustaches impressionnantes, et qui hantait de plus en plus souvent notre modeste commerce, m'intrigua en ce sens qu'à la différence des femmes, il ne s'intéressait pas du tout à ma personne. Non qu'il ne me voyait pas, mais son regard semblait me traverser à la façon dont on convoite au travers d'une vitrine un tissu, ou que l'on admire le mouvement d'une robe sans plus prêter attention au mannequin qui la porte. Il voyait en moi autre chose, et c'est autre chose était ma mère. J'étais pour lui un garçon porteur de toutes les qualités : beau, bien développé, poli, réservé et non timide et pour tout dire : bien élevé. Bien sûr, toute cette panoplie de mérites dont il m'affublait à longueur d'après-midis, était l’œuvre unique de ma mère. Il la taquinait également en laissant augurer que, bientôt, l'armée se réjouirait d'une telle recrue. Maman s'empourprait alors dans une timidité égale à celle qu'elle me reprochait, tout en se récriant que jamais, au grand jamais, elle ne se séparerait de son enfant. Le capitaine partait dans un grand éclat de rire, puis sa voix changeait, devenait doucereuse, parlant de protection de la veuve et de l'orphelin, d'honneur, d'honnêteté, désignant par ces mots incongrus tous les colifichets qu'il arborait orgueilleusement sur sa poitrine.
Maman, qui avait eu la lourde tâche de m'élever seule depuis ma naissance, sans jamais pouvoir se plaindre de tous les efforts nécessaires à mon éducation et à la tenue du magasin, trouva peu à peu reposant le contact de sa joue avec cette épaule aussi rugueuse que militaire. Mais, au même rythme, se distilla goutte à goutte dans toute l'échoppe, l'horrible pensée que son fils et ses clientes (et qui avaient jusqu'à présent fait tout son bonheur) revêtent désormais l'apparence de geôliers.

Un soir, on me fit manger plutôt que de coutume. Seul. Le prétexte en était une curieuse maladie, qui bien que ne s'étant pas encore révélée, couvait en moi, et dont le meilleur traitement consistait à me coucher le plus tôt possible. Maman m'assura qu'il ne fallait pas m'alarmer davantage. Un sommeil profond en serait la panacée. Je fus content à la fois d'enrichir mon vocabulaire de ce mot savant, de la sollicitude surprenante de ma mère mais, m'inquiétai aussi de la laisser seule pour le dîner. Or, là encore, Maman avait tout prévu. Alphonse, (puisque maintenant on l'appelait par son prénom) viendrait tout à l'heure veiller avec elle sur mon repos. Et ce gentil monsieur, dont je me méfiais bien impoliment et bien à tort, avait pensé à moi dans mon malheur. Il s'était procuré l'après-midi même pour mon mal, un sirop auprès du pharmacien. Maman m'en fit avaler une grande cuiller. C'était rose et sucré et mon souvenir s'arrête là.

...Sinon, il me reste encore deux ou trois tops à paillettes, extra-grunge, je suis sûr que j'ai votre taille, c'est complètement dans votre look... Évidemment, avec ça, faudra demander à Thierry de vous refaire une couleur et les mèches, mais vous allez emballer grave, je ne vous dis que ça !
Rien que pour vous, je vous la fait 19€99, mais je vous jure, que je ne peux pas faire plus ! Vous avez ma carte de fidélité ou je vous cherche dans l'ordinateur ?

… Hein ? La suite de mon histoire ? Heu ? Regardez-là dans mon book, j'y ai scotché un vieil article de journal, je ne sais pas si c'est encore lisible, c'est un bout du compte-rendu de la reconstitution. Ça le fait grave, non ?

… l'enfant, revenant de la chambre où gisait le cadavre de sa mère, retourna à ses poupées entreposées dans la cabine d'essayage de la boutique. Avec ses ciseaux, il les frappa consciencieusement une à une à l'endroit du cœur. Pendant ce temps, l'homme s'était laissé tomber dans le fauteuil et l'avait regarder d'un air stupide...
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Tryskel
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MessageSujet: Re: Le jeu de la traversée   Jeu 1 Sep 2011 - 20:52

Excellent Vic!

J'ai un blem!

J'ai tapé mon texte sur la session ordi de ma fille, je selectionne, je copie, et j'arrive pas à le coller pour le poster! Kes faut faire?
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Romane
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MessageSujet: Re: Le jeu de la traversée   Jeu 1 Sep 2011 - 20:53

Tu te l'envoies par mail et tu ouvres ensuite ta session, tu relèves ton mail, et hop

*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*
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Vilain
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MessageSujet: Re: Le jeu de la traversée   Jeu 1 Sep 2011 - 22:07

j'vais vous écrire un truc...;Vous pensez bien, quand on me parle de "voix"......
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Romane
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MessageSujet: Re: Le jeu de la traversée   Jeu 1 Sep 2011 - 22:40

Vic,

Pas un instant je n'ai deviné la fin.

*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*
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JoK
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MessageSujet: a   Jeu 1 Sep 2011 - 22:48

Edit de l'admin : Le Texte de Trys auquel Jok fait référence, a pour des raisons techniques émigré plus loin dans le fil sous forme de citation. L'original a rejoint les deux Actes qui ont suivi l'écriture du premier, ici : http://liensutiles.forumactif.com/t21163-jeu-de-role-en-trois-actes



C'est ça ce que tu voulais obtenir en terme de mise en page ? J'ai rectifié un tit'peu.
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Romane
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MessageSujet: Re: Le jeu de la traversée   Jeu 1 Sep 2011 - 22:55

Décidément, ces deux phrases vous inspirent une fin sanglante !
Trys, je reconnais bien là ton style et même je t'entends nous lire ton texte !

*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*
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Tryskel
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MessageSujet: Re: Le jeu de la traversée   Jeu 1 Sep 2011 - 23:18

Merci Jok, c'est exactement ça!

Oui, c'est marrant, sans nous concerter nous faisons dans le meurtre! Ca doit venir de la phrase de la fin!
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Vic Taurugaux

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MessageSujet: Re: Le jeu de la traversée   Ven 2 Sep 2011 - 9:22

Moi, je tue les dames et Trys, les messieurs! On devrait faire équipe ... avant que ne se produise un accident.
Mais, sincèrement, bravo! C'est une écriture théâtrale. D'abord des scènes pour présenter les deux personnages, puis l'intrigue et son dénouement.
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Sbreccia



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MessageSujet: Re: Le jeu de la traversée   Ven 2 Sep 2011 - 11:13

C'était une voix qui vous rendait à tout jamais indifférent à toute autre musique
Cette phrase il l'avait entendue sur les bancs de la fac, lorsqu'il suivait un cours sur Stendhal à propos de la cristallisation. Oui, la cristallisation, ce phénomène amoureux qui fait que d'un être banal, anonyme jusque là, notre cerveau construise un écheveau de merveilleux qui le rendra désirable, unique et indispensable.
Ce phénomène qui conduit à l'addiction il l'avait vécu deux ou trois fois dans sa vie et ironiquement pour des femmes ne se ressemblant pas,n'ayant rien en commun,venant d'horizons diamétralement opposés.
Et à chaque fois,il avait construit sa propre prison, geôlier impitoyable s'y était enfermé avec délectation, comme une mouche dans une toile d'araignée.
Lui qui avait un esprit lucide, prompt à prendre des décisions, à mener sa vie et à mener les autres, était devenu l'esclave de son tortionnaire qu'il s'acharnait à parer de toutes les qualités que la nature pouvait engendrer.
Aveugle et sourd, il était prêt à creuser sa propre tombe si elle le lui demandait.
Jusqu'au jour où le rideau du théâtre de la vie s'ouvrait en grand, lui faisant découvrir l'envers du décor, la machinerie funeste dont une personne est prête à user pour arriver à ses fins. Petitesse de l'existence, mesquineries, compromissions, jalousies honteuses, les cristaux de glace qui l'aveuglaient un à un se transformaient en larmes amères dont son miroir lui renvoyait l'image, ce miroir qui lui ne pouvait lui mentir, et alors,
l'homme comme à chaque fois s'était laissé tomber dans le fauteuil et l'avait regardé d'un air stupide
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Tryskel
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MessageSujet: Re: Le jeu de la traversée   Sam 3 Sep 2011 - 2:40

Tout à fait Vic, on pourrait monter une association avec chacun sa spécialité! mdr

Fichtre Sbrec, référence à Stendhal... auto enfermement, une intrigue psychologique à un seul personnage, un peu angoissante!
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Sbreccia



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MessageSujet: Re: Le jeu de la traversée   Sam 3 Sep 2011 - 8:48

Tryskel a écrit:
Tout à fait Vic, on pourrait monter une association avec chacun sa spécialité! mdr

Fichtre Sbrec, référence à Stendhal... auto enfermement, une intrigue psychologique à un seul personnage, un peu angoissante!

Bin oui on a de l'éducation au lycée papillon...
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Romane
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MessageSujet: Re: Le jeu de la traversée   Lun 5 Sep 2011 - 23:08

Tryskel a écrit:
JEU DE RÔLE




C'était une voix qui vous rendait indifférent à toute autre musique.

Un chroniqueur culturel avait dit ça à son sujet pour exprimer son émotion la première fois qu'il l'avait entendu. Il en était très fier!
C'était vrai, une voix profonde à la base, il en jouait à volonté tant à titre privé que professionnel. Elle en avait frissonné la première fois qu'il s'était trouvés face à face sur scène. Ni l'un ni l'autre n'était débutants, on les connaissait dans le métier, mais pas encore vraiment au niveau du public.
Le Jeu de l'Amour et du Hasard, elle adorait Marivaux et avait accepté avec enthousiasme de remplacer "Lisette" au pied levé, la comédienne s'était malencontreusement cassé la jambe à une semaine de la première.
Il était Arlequin...

Lisette et Arlequin...

Ca leur était resté alors qu'ils s'affirmaient et menaient une carrière sans faux pas.

Il enchaînait les rôles tant au théâtre qu'à la télé qui faisait de plus en plus souvent appel à lui pour des séries et téléfilms historiques. Il incarnait avec brio les grands personnages, si quelqu'un avait l'idée saugrenue de lui proposer un rôle plus modeste, il l'aurait refusé comme indigne de lui.
Cinq ans auparavant il avait été élu "meilleur acteur de l'année" ce qui avait gonflé un ego qui n'avait nul besoin de l'être. Il avait cette voix magnifique, il était grand, séduisant, séduction qu'il travaillait en entretenant un savant négligé raffiné dans sa tenue.
Il avait très réellement du talent, mais tout cela il le savait, trop, beaucoup trop! Travers encouragé par un entourage aux petits soins qui ne levait pas un sourcil sans son autorisation. il les tyrannisait avec flegme, habitué aux attentions.
Il n'aimait pas les concombres: en tournée personne ne mangeait de concombre dont l'odeur l'incommodait.
Il ne supportait pas le vert: personne n'aurait osé porter du vert devant lui au civil comme à la scène!
On l'invitait partout, lui demandant son avis sur les sujets les plus variés, même s'il n'y connaissait rien. Il lui suffisait d'ouvrir la bouche et l'auditoire était subjugué. Il était constamment en représentation!

Elle avait un talent sûr, pouvait se permettre de choisir ses rôles, et autant par goût que pour ne pas végéter dans l'ombre du grand homme, était devenue une spécialiste reconnue de l'Histoire du Théâtre. Entre deux pièces, elle participait à des confèrences et séminaires en France et dans d'autres pays.
On la disait belle femme, mais elle se méfiait des compliments, doutant toujours de leur sincérité.

Lisette et Arlequin, le couple fonctionnait depuis vingt ans sur scène et quinze à la ville.
On les traitait en fétiches, leurs deux noms sur une affiche garantissait le succès pour metteurs en scène et producteurs.
Ca l'agaçait de plus en plus de se heurter à tant de réticences quand elle voulait jouer sans lui.
Lui? Il s'en moquait dès l'instant qu'il avait la vedette!
Ca l'agaçait d'autant plus que le couple fétiche avait commencé à se fissurer, jusqu'à ce qu'à la veille du départ en tournée internationale d'un an, il lui annonce que...
Avec des trémolos dans la voix, il lui avait joué la scène de la rupture. Classique: il avait cinquante ans, la petite nouvelle, la moitié!

Elle avait déclaré que puisqu'il en était ainsi, elle ne participerait pas à la tournée, ce qui lui avait valu une volée de bois vert du metteur en scène:
"Tu as signé un contrat, tu dois le respecter! Vos histoires de fesses je m'en contrefous! La tournée d'abord, il va falloir vous supporter, vous ferez ce que vous voudrez après. Et ne me pourrissez pas l'ambiance avec des scènes de ménage ou en vous tirant la gueule, garder vos effets pour jouer!"
Elle avait remballé son chagrin dont lucidement elle savait qu'il était partie amour tout court et partie amour propre!
Elle s'était affichée avec le régisseur qui sentant qu'il y avait de l'eau dans le gaz entre eux la draguait depuis des semaines.
Lui s'en était réjoui:
" Tu vois, ça se passe bien!"
Elle aurait voulu lui lui faire rentrer sa belle voix dans la gorge!

On attendait Monsieur pour la répétition, au début personne ne s'était inquiété, il était coutumier de ces retards, caprices de star! mais la fébrilité gagnait:
"Ca fait plus de deux heures quand même, ni son fixe ni son portable ne répondent,il y a quelque chose qui ne va pas!"
Le directeur du théâtre se décida à aller voir chez lui et revint décomposé:
"Je l'ai trouvé, mais, il est... mort!"
Lisette restant la seule imperturbable au milieu du concert de hurlements et de lamentations, le metteur en scène l''avait interpellée:
"Ca n'a pas l'air de te faire beaucoup d'effet, tu as entendu au moins? Arlequin est... MORT!
- Je sais!
-Comment "tu sais", ça veut dire quoi?
- Je sais qu'il est mort, c'est moi qui l'ai tué."

L'homme s'était laissé tomber dans un fauteuil et l'avais regardée d'un air stupide.

Trys a donné une suite à ce texte, vous pourrez la lire ici : http://liensutiles.forumactif.com/t21163-jeu-de-role-en-trois-actes

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Mihou
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MessageSujet: Re: Le jeu de la traversée   Lun 5 Sep 2011 - 23:47

lk je me refuse à lire les textes des amis pour partir sur une page blanche sans idée autre que les jalons de Rô....
à bientôt!
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Romane
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MessageSujet: Re: Le jeu de la traversée   Lun 5 Sep 2011 - 23:50

Chouette, un prochain texte à lire par ici !

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MessageSujet: Re: Le jeu de la traversée   Mar 6 Sep 2011 - 1:13

C'était une voix qui vous rendait à tout jamais indifférent à toute autre musique. Sans âge, sans sexe, une voix sans frontière, si vous voyez ce que je veux dire. Ni tout à fait dehors, ni tout à fait dedans. Elle avait cette particularité de vous parler profond. De vous happer, vous savez, comme une hypnose. On ne peut pas résister à ça. Vous avez déjà essayé ? C'est, comment dire, c'est envoûtant et vous n'y pouvez rien. Moi, je ne m'y attendais pas. J'ai pour habitude d'écouter de nombreux enregistrements, justement parce que j'ai envie de m'enregistrer moi-même. Alors je fais des essais, et je prends tout ce qui me passe sous la main pour m'en servir d'exemple. J'ai toujours été fasciné par les voix. Celle-là, ben, celle-là je n'avais jamais rien entendu d'aussi étrange, pour tout dire.

Un temps.

Je me suis dit qu'il fallait que je m'approche, pour en savoir davantage. On ne peut pas être une femme qui n'a pas une voix de femme, ou un homme sans voix d'homme. Ou alors si, mais c'est comme un profil, une démarche, on peut avoir des cordes vocales comme ceci plutôt que comme cela, mais en tout cas, ce dont je suis certain, c'est qu'on sait qu'on a affaire à un humain. Voilà. Alors que là, je vous jure que je n'exagère pas, pour un peu je me serais dit que j'étais sur point de devenir gaga. Bon. En tout cas, salement atteint. Cette voix, c'est comme si elle venait de moi, sans que ce soit la mienne, et pourtant, je suis bien certain qu'elle m'appartient sans que jamais je l'aie entendue. Je ne suis pas fou, regardez-moi, est-ce que j'ai l'air d'un fou ? Ah, vous voyez bien.

Un temps.

Je me suis levé. Vous voulez que je vous montre ? Bon, alors imaginez. Je me suis levé et j'ai tendu le cou vers la direction, enfin, ce que je pensais être la direction de la provenance de la voix. Sauf que d'un côté ou d'un autre, les quatre points cardinaux et même les intermédiaires, rien n'y a changé. La voix venait de partout. Comme j'étais dans mon salon et que toutes les portes et toutes les fenêtres étaient fermée puisque cette année il gèle à pierre fendre et que je suis frileux, tout était fermé. J'étais seul. Enfin, quand je dis seul... il y avait cette voix.

En marmonnant : j'avais jamais entendu un truc pareil...

Je me suis levé, et puis je me suis rassis. Je me suis servi un verre, et je me suis relevé pour être sûr d'avoir bien éteint la chaîne hifi, des fois que... Parce que suis aussi très attaché à la musique, aux chants. Notamment les chants du monde, vous savez, ces peuples qui n'ont rien à voir avec la manie qu'on a de tout américaniser, jusqu'à l'art. Sauf que comme je vous l'ai dit, cette voix n'avait rien d'un chant, ni d'un... enfin bref, elle ne parlait pas non plus. C'était une voix-tout-court. Ah oui, je précise que le téléphone n'était pas branché. En fin de batterie. Bon. Vous avouerez que ça limite au minimum. Et comme je ne crois pas aux OVNI ni aux histoires abracadabrantes du surnaturel, ça limite encore plus. Je ne sais pas quoi vous dire d'autre.

Un temps

Vous croyez aux fantômes, vous ?

Un temps

En tout cas, quelques minutes plus tard, je ne saurais pas vous dire combien, j'ai perçu un parfum. C'était un parfum qui vous rendait à tout jamais indifférent à tout autre parfum...

Une hésitation. Un temps. Une hésitation.

C'est peut-être ça, la folie...

L'homme s'était laissé tomber dans le fauteuil et l'avait regardé d'un air stupide.

*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*
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Vic Taurugaux

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MessageSujet: Re: Le jeu de la traversée   Mar 6 Sep 2011 - 9:33

Entendez-moi bien. Il faut vous intéresser aux différentes mélodies de nos diverses plumes. Ici, chez Romane, c'est la voix (vous rendant à tout jamais indifférent à toute musique) qui fait tomber l'homme dans le fauteuil et l'oblige à le regarder d'un air stupide. Enfin, quand je dis qui, je résume un peu son propos. Mais, c'était ça, pour elle, le truc entre les deux phrases. La seconde était la subordonnée de la première. Pourtant, la voix ne dit rien. Chez Trys, au contraire, le type tombe dans le fauteuil en entendant ce que dit la voix. C'est pas pareil. C'est le contenu de ce qui est dit qui est la cause de la chute. Chez Sbreccia, l'homme tombe car il y a pour lui un abîme entre ce que la première phrase signifie quant à la séduction et la réalité des rapports humains. Mais quand chez ce concurrent, la première phrase pourrait être tirée de l’œuvre de Stendhal, (alors qu'en fait, elle est extraite de celle de R. Gary), la dernière phrase est, sous ma plume, extraite d'un compte-rendu de la reconstitution d'un crime et non du roman de Sepulveda. Son rapport avec la première phrase n'est pas de l'ordre de la conséquence. Ou alors très indirectement. Ce serait sa voix séductrice qui aurait rendu criminel mon personnage (l'homme qui tombe dans le fauteuil) et dont la dernière phrase en serait le simple constat.
Autant vous dire que tout cela est bien étrange. Je me demande vraiment ce que va nous pondre Mihou. A moins qu'il ne reste définitivement muet sur le sujet. Mais, alors là, j'en serai sur le cul! (Fauteuil ou pas)
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MessageSujet: Re: Le jeu de la traversée   Mer 7 Sep 2011 - 17:45

non, ce n'est pas que le respect du digne postérieur de Vic... je suis en vacances, hein! incl36

C'était une voix qui vous rendait à tout jamais indifférent à toute autre musique;
la suavité des graves alliée à une stridence contenue mais réelle domestiquait l'espace à tel point que le son semblait transpirer des murs.
Et à chaque nouveau récital le public était conquis; des plaintes lancinantes des Kindertotenlieder de Mahler aux trilles suraigües des mélopées baroques de Schütz ou de Vivaldi, Isabelle captait et captivait dès les premières mesures.
Ce qui caractérisait le degré de cette fascination pouvait se mesurer à la fin du morceau, où généralement (par habitude stupide ou besoin de performance?) des claquements de mains ne supportent pas d'attendre la fin de la dernière note: ici rien de cela! Un long silence gourmand laissait le son mourir et se cogner de parois en voûtes, suivi de timides tapotements allant en s'amplifiant, comme lors d'une sortie d'hypnose.
Pourtant, loin des canons des coloratures, aux rondeurs généreuses, la jeune femme était frêle, plutôt apte à inspirer Modigliani que Rubens, et si son physique n'était pas ingrat, il ne comptait pas dans l'intérêt que les auditeurs lui portaient, à l'exception de son regard pur et chaleureux qui interprétait autant que sa voix...
Un soir de première où elle avait sublimé les arias de soprano de la Messe en ut de Mozart, en particulier celui du credo, intelligemment accompagnée par un hautboïste talentueux, un critique des plus redoutés dans le monde musical, dressé devant son fauteuil, ne tarissait pas d'éloges lors de la réception clôturant la soirée.
Ah! cet « incarnatus est », lâcha-t'il au cercle de courtisans et de curieux essaimant autour de lui, transcende tout ce que la musique sacrée a de plus pur! Seule une vierge divinement inspirée pouvait nous le restituer à ce point dans l'esprit de l'auteur mais aussi du texte...
Se plantant candidement devant lui, elle avait alors répondu, non sans malice:  « détrompez-vous, Monsieur, c'est précisément en songeant à mon récent accouchement que j'ai chanté ce passage que Mozart a noté triple forte... »

L'homme s 'était laissé tomber dans le fauteuil et l'avait regardée d'un air stupide.


Dernière édition par Mihou le Jeu 8 Sep 2011 - 1:00, édité 1 fois
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Sbreccia



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MessageSujet: Re: Le jeu de la traversée   Mer 7 Sep 2011 - 18:36

un silence.....Bravo..!!! clap..clap
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Romane
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MessageSujet: Re: Le jeu de la traversée   Mer 7 Sep 2011 - 22:43

Lu avant de partir tout à l'heure, je repasse ici poser mon commentaire. Tout dans ce texte colle parfaitement avec l'écriture d'un certain Mihou, dont je me souviens parfaitement qu'elle m'a surprise et dire que ce fut agréablement serait employer un mot bien faible. Je me réjouis à chaque découverte nouvelle, et une fois encore, ici !

Je ne pensais pas que ces deux phrases donneraient des textes aussi riches ! Vous êtes extras, les Vous !


*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*
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