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 Défi en collectif

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Vic Taurugaux



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MessageSujet: Re: Défi en collectif   Mar 20 Sep 2011 - 14:31

Petit exercice pour se faire la voix:

Vilain Jean
Profession : procrastinateur
Psychologie : théâtreux ayant de la bouteille. Pour lui, son entrée en scène représente le premier coup de théâtre. Cette dernière est donc particulièrement soignée : il entre forcément en dernier. Généreux, il n'empêche jamais ses partenaires de jouer sans lui. Mieux, il les y encourage. Il sait que son propre succès dépendra de la façon pour lui de s'y appuyer. Il sait combien le succès de la pièce dépend grandement du suspense qu'il y distille en n'étant pas là.

Romane
Metteur en scène licenciée es théâtre.
Sa grande expérience des ateliers-théâtre lui a permis de maîtriser au mieux la direction d'acteurs. Elle ne craint plus le cabot : elle l'utilise. Son comédien est forcément superbe. Elle interprète chacun de ses trous de mémoire, chacune de ses savonnettes comme autant de créations géniales. Si l'acteur demeure en coulisses, c'est encore mieux : il est authentique dans sa démarche.
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Romane
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MessageSujet: Re: Défi en collectif   Mar 20 Sep 2011 - 14:40

ça piaffe, ça piaffe ! Mais notre Vilain se fait désirer, comme toute grande star. Et si d'ici ce soir il ne s'est pas manifesté, la tournée commencera sans lui parce qu'on ne fait pas attendre, ni les comédiens, ni le metteur en scène, ni le public.

*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*
"Bonjour, je suis Romane, alors je m'appelle Romane, c'est pour ça que mon pseudo c'est Romane."
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Sbreccia



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MessageSujet: Re: Défi en collectif   Mar 20 Sep 2011 - 14:48

Il ne peut pas ne pas venir, après une petite sieste peut être..? mdr mdr mdr
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filo

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MessageSujet: Re: Défi en collectif   Mar 20 Sep 2011 - 18:08

Vic Taurugaux a écrit:
Il sait combien le succès de la pièce dépend grandement du suspense qu'il y distille en n'étant pas là.
mdr L'absence de Jean Vilain, c'est encore du Jean Vilain.

*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*
L'art est parfois un sale boulot, mais il faut bien que quelqu'un le fasse
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Sbreccia



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MessageSujet: Re: Défi en collectif   Mar 20 Sep 2011 - 20:09

Je pense que c'est un problème de costume peut être....
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Romane
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MessageSujet: Re: Défi en collectif   Mar 20 Sep 2011 - 20:14

Romane a écrit:
notre Vilain se fait désirer, comme toute grande star. Et si d'ici ce soir il ne s'est pas manifesté, la tournée commencera sans lui parce qu'on ne fait pas attendre, ni les comédiens, ni le metteur en scène, ni le public.

*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*
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Sbreccia



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MessageSujet: Re: Défi en collectif   Mar 20 Sep 2011 - 20:27

allez Jean boudes pas... mdr mdr mdr
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Romane
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MessageSujet: Re: Défi en collectif   Mar 20 Sep 2011 - 21:07

Romane a écrit:
Romane a écrit:
notre Vilain se fait désirer, comme toute grande star. Et si d'ici ce soir il ne s'est pas manifesté, la tournée commencera sans lui parce qu'on ne fait pas attendre, ni les comédiens, ni le metteur en scène, ni le public.

*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*
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Tryskel
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MessageSujet: Re: Défi en collectif   Mar 20 Sep 2011 - 21:35

Juste pour changer du scénar habituel: si au lieu de dérouler le tapis rouge et de se ronger les ongles en attendant que la star daigne paraître, on fermait le défilé et agissait sans sa brillance? AngeR
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Sbreccia



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MessageSujet: Re: Défi en collectif   Mar 20 Sep 2011 - 21:41

Non, Jean va apparaître...Cela ne va surement pas tarder....Y a pas le feu...

Edit, par Ro, pour ne plus interrompre le fil, qui, comme vous le voyez, est maintenant virtuellement verrouillé, afin de démarrer le jeu.

Jean se joindra à nous une autre fois, il a du avoir un empêchement, ce n'est pas grave.
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Romane
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MessageSujet: Re: Défi en collectif   Mar 20 Sep 2011 - 21:43

Deuxième phase.

Voici comment elle va se dérouler.

Conditions techniques

- Vous n'avez droit durant cette phase, qu'à une contribution par personne inscrite. A vous de l'étoffer comme vous la sentez, en suivant la contrainte que je vais vous indiquer à la fin de ce message.

- Vous devrez titrer votre message comme s'il s'agissait d'un titre de livre.

- Sous le titre, vous devrez indiquer le lieu où se situe l'histoire que vous allez raconter. Ce peut être dans n'importe quelle région, du moment que c'est sur la Terre.

- Chacune de vos histoires se déroule le 19 Septembre 2011. Autrement dit, hier. Vous devez donc employer la conjugaison adequate.



Thème

- Pour l'instant, libre.

- Chacun d'entre vous possède donc deux personnages. Chacune de vos histoires se passent donc dans un lieu que vous choisissez, avec ces deux personnages qui sont les vôtres.

- Prenez garde de respecter le physique et la personnalité de chacun de vos personnages. Ils devront les conserver jusqu'au bout, pour être crédibles.


* Vous postez sur ce fil votre unique participation, sans autre commentaire. Le fil ne sera désormais interrompu que pour passer d'une phase à l'autre, avec l'annonce des contraintes à venir, tout commentaire serait ôté.

A vos plumes ! Wink

*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*
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Romane
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MessageSujet: Re: Défi en collectif   Mar 20 Sep 2011 - 23:02

NB : Je m'aperçois, grâce à filo, avoir oublié de mentionner un élément important :

Votre texte doit utiliser la narration et les dialogues normaux, comme pour une nouvelle. Il ne s'agit pas ici de théâtre.

*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*
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Vilain
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MessageSujet: Re: Défi en collectif   Mar 20 Sep 2011 - 23:51

Non...j'ai juste un truc imprévu qui fait que......2 solutions : Ou vou faites sans moi, ou vous me donner 48 heures de delai....c'est comme vous voulez...peux pas faire mieux... tchin

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Romane
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MessageSujet: Re: Défi en collectif   Mer 21 Sep 2011 - 0:01

Tu peux prendre le train en route. Il faut juste que rapidement tu donnes le profil de tes deux personnages (si tu le fais ce soir, c'est rapide), de sorte que dans 48 h, tu peux commencer ton récit selon les principes de la deuxième phase.

*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*
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MessageSujet: Re: Défi en collectif   Mer 21 Sep 2011 - 0:04

Romane a écrit:
Deuxième phase.

Voici comment elle va se dérouler.

Conditions techniques

- Vous n'avez droit durant cette phase, qu'à une contribution par personne inscrite. A vous de l'étoffer comme vous la sentez, en suivant la contrainte que je vais vous indiquer à la fin de ce message.

- Vous devrez titrer votre message comme s'il s'agissait d'un titre de livre.

- Sous le titre, vous devrez indiquer le lieu où se situe l'histoire que vous allez raconter. Ce peut être dans n'importe quelle région, du moment que c'est sur la Terre.

- Chacune de vos histoires se déroule le 19 Septembre 2011. Autrement dit, hier. Vous devez donc employer la conjugaison adequate.

- Votre texte doit utiliser la narration et les dialogues normaux, comme pour une nouvelle. Il ne s'agit pas ici de théâtre.



Thème

- Pour l'instant, libre.

- Chacun d'entre vous possède donc deux personnages. Chacune de vos histoires se passent donc dans un lieu que vous choisissez, avec ces deux personnages qui sont les vôtres.

- Prenez garde de respecter le physique et la personnalité de chacun de vos personnages. Ils devront les conserver jusqu'au bout, pour être crédibles.


* Vous postez sur ce fil votre unique participation, sans autre commentaire. Le fil ne sera désormais interrompu que pour passer d'une phase à l'autre, avec l'annonce des contraintes à venir, tout commentaire serait ôté.

A vos plumes ! Wink

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MessageSujet: Re: Défi en collectif   Mer 21 Sep 2011 - 17:20

Délai pour cette deuxième phase : une semaine. Soit mercredi 28 au soir, date à laquelle nous passerons à la troisième étape.

Questions et commentaires

*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*
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Vic Taurugaux

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MessageSujet: Tous les matins du monde.   Sam 24 Sep 2011 - 14:01

Tous les matins du monde.
Lundi 19 Septembre 2011

Bande originale : Marin Marais, Georges Brassens
Localisation : Gallardon

Au matin du 19 septembre 2011, le petit village de Montbron s'étira longuement. Pourtant, derrière les persiennes, il faisait déjà grand jour. Sur les tables de chevet, le tic-tac des réveils hésitaient entre onze heures trente et onze heures quarante sept. Dans leur demi-pénombre, toutes les maisons pensèrent : Attendons les douze coups du clocher avant de régler au mieux nos aiguilles ! Et, sous ce faux prétexte d'exactitude, chacun espéra profiter de ce restant de grasse matinée. Car, bien qu'étant déjà le lundi, aucun villageois ne s'était encore glissé hors de la couette. Il fallait pour tous, savourer ces derniers soupirs de l'aube à la façon dont, ici, depuis toujours, se curaient dans le plat les dernières lichettes de sauce, longtemps après que ne fussent englouties les ultimes bouchées de la volaille dominicale. Alors, s'enfouissant de concert sous le duvet des édredons et au plus profond de la plume des oreillers ou des traversins, les consciences, redevenues somnolentes, glissèrent au ralenti, comme autant d'immenses cygnes nageant à la surface des eaux. C'est que, dans ce moment matutinal-là, tous les Montbronnais réalisaient dans un parfait ensemble qu'ils avaient fort bien dormi. Non pas depuis la veille, mais depuis juste après ce « théâtre » que des parisiens étaient venus leur présenter dans la salle communale et qui, magiquement, avait empli leurs songes et transformé tout le bourg (et même les fermes environnantes) en un véritable Château de la Belle au Bois Dormant. Tout le monde avait ronflé alors à poings serrés pendant plus d'un mois, rêvé à cette histoire d'orties si peu banale, de sorte que chacun se sentait, à l'instant même, non seulement profondément reposé, mais, plus encore, repu.

Il nous faut, pour vous faire entrevoir les coulisses de tout cela, vous préciser que les émissions télévisées telles que « Qui veut gagner des Millions ? de Jean-Pierre Foucault, ou même « Questions pour un Champion » animé par ce si truculent Julien Lepers, étaient devenues avec le temps, dans le village, non pas inintéressantes, (il ne faudrait pas non plus bouder notre plaisir), mais plutôt, ….comment dire ?... Ah oui ! Insipides. A vrai dire, que se fussent les spectacles clinquants de TF1, ou les plus sobres de France 3, tout ce boniment médiatique avait pris dans la bouche, depuis ces quelques dernières décennies durant lesquelles nous l'ingurgitions quotidiennement, un arrière-goût de quelque chose de rance, un peu comme un plat trop souvent réchauffé. Bien sûr, c'était là pour nous, la pitance ordinaire de chacun et à Montbron, il n'avait jamais été d'usage de faire la fine bouche. Chacun s'y satisfaisant du contenu de son assiette comme de son antenne ; et puis c'était tout !

Quand, je vous raconte que tout le monde était resté au lit après avoir été gober toute cette supercherie, je vous place encore un peu en deçà de la vérité. Car, évidemment que la Bernadette Crochu avait autre chose à faire que d'aller perdre son temps, sinon son âme, à contempler béatement ces étrangers dans leur maléfique sabbat. D'ailleurs, elle s'était employée toute la semaine précédent le soi-disant spectacle, (et durant toute laquelle, on avait vu ces olibrius déambuler dans la campagne environnante en parlant aux oiseaux), à avertir chacun du danger qu'il courrait à s'approcher, ne serait-ce que de quelques dizaines de mètres, de ces voleurs de poules.
Car, outre son immense savoir pharmacologique, notre préparatrice détenait également une intuition ethnographique qui ne la trompait que rarement.
Non, la Bernadette ne se laisserait jamais hypnotiser par les calembredaines de tous ces cultureux, qui prenaient désormais régulièrement les étangs fangeux de l'Indre pour autant de lacs aux Dames ! Ce qui l'intéressa davantage, dans la période pré-citée, fut d'épier le comportement de celle qui passait pour leur cheftaine en parlant tout le temps. Car, si la Bernadette avait bien horreur d'une chose, c'était de la rivalité féminine sur ses terres. J'ai du vous conter déjà quelque part combien elle exécrait la Véronique, sa commère qui exerçait ses talents de l'autre côté de la place, dans son salon vaniteusement titré Tif 2000. Curieusement, cette donzelle-là, à la différence de toutes les autres femmes, omettait de dire du mal de sa voisine, si bien que les ragots n'avaient que peu de prise dans son commerce. Chez elle, les gens s'admiraient dans des miroirs et en ressortaient contents. Or, la médisance n'a que peu à faire chez les gens heureux et, c'est bien connu qu'on ne va au coiffeur que quand tout va bien. Le véritable commérage a besoin du malheur pour prospérer, je veux dire de la souffrance palpable comme celle qu'on trouve quotidiennement dans toute officine pharmaceutique. Le mal attire le mal, et de tout ce frichtis allopathique, notre Bernadette en retirait sa subsistance. Elle soignait les plus démunis de la commune non contre argent sonnant et trébuchant, mais, plus sûrement contre leurs savoureux cancans.
Alors, vous pensez combien, ces réunions secrètes au milieu de nulle part, (c'est à dire chez nous), mélangeant hommes et femmes pas d'ici, avaient eu de quoi faire jaser. Et, si on n'y voyait goutte depuis derrière la haie qui bordait le chemin menant à leur maison, on était tout de même en droit de s'imaginer, durant toutes ces heures de surveillance, qu'il s'y passait là des choses bien malhonnêtes. L'envie couplée à l'imagination permettant bien des fantasmes à ceux-là qui souffrent par trop du sentiment d'exclusion.
Bernadette était leur bonne âme, ou comme on dit sur les notices d'emploi des boites de suppositoires, leur principe thérapeutique. Chacun venant tour à tour lui décrire par le menu, ce qu'il avait vu, de ses yeux vu.
C'est-y pas Dieu possible ! : était sa formule consacrée, ponctuant la litanie des révélations. Et plus la semaine passait, plus s'élaborait dans son arrière-salle qui lui servait de laboratoire, un scénario diabolique concernant ces démoniaques qui n'hésitaient pas à « aller aux étangs », même les jours de pluie. Je crois que ce fut l'avant-veille de leur spectacle, que la Marie-Clopine (ainsi dénommée du fait de sa boiterie congénitale) rapporta (comme un champignon qu'on craint vénéneux, ou plutôt un serpent qu'on espère venimeux,) à notre pharmacienne, l'observation suivante : il y en avait un, un barbu, qui se levait la nuit pour prendre la lune en photo !

Mais le monde est ainsi fait que vous aurez beau prêcher les gens de se prémunir contre les dangers en se méfiant comme de la peste des étrangers ou en se faisant vacciner contre la grippe aviaire, chacun aujourd'hui ne veut plus en faire qu'à sa tête ! Si bien que, tout le monde, ayant lu l'affiche Lu, se précipita le samedi soir au fameux spectacle malgré les nombreuses mises en garde de leur attentionnée guérisseuse. C'est pas peu dire que de vous révéler ici la profondeur extrême des cauchemars qui hantèrent notre Bernadette durant ladite représentation (où allait se perdre à tout jamais sa basse-cour), et l'effroi qui fut le sien de constater le non-retour de sa chère clientèle pendant plus d'un mois. Les gens de Montbron, aussi curieux que cela vous puisse paraître, avaient tout à coup perdu l'ancestrale coutume de venir se plaindre de tout sous la croix verte, et, à l'heure tardive où l'on m'oblige à débuter cette histoire, tous, comme des bienheureux, se prélassaient encore dans leurs lits sans le moindre somnifère !

Face à cette désolation, Bernadette retourna dans son arrière-boutique, convaincue que ce matin-là, elle ne ferait plus aucun client. Elle médita un temps sous la photo. Celle qui ornait le mur jaune pisseux face à son bureau. Une icône commandée sur internet mais dédicacée à la main « Pour notre chère Bernadette, amicalement » et qui ne lui avait coûtée que soixante euros soixante six, autant dire une misère, quand je me serais enfin décidé à vous décrire ce qu'elle représentait, mais que quand même, j'ai le droit moi aussi de faire durer le suspens en longueur en faisant le maximum de lignes, sinon ce ne serait pas de jeu et je ne gagnerais jamais. Donc, en arrière-fond, (là, je vous parle de la photo) le drapeau tricolore flottait, légèrement plissé, comme si un souffle divin l'animait. Devant, mais un peu beaucoup décalé sur la droite, le président debout, droit et fier dans son beau costume (où des yeux avertis lisaient parfaitement au petit bouton rouge qui en ornait le revers, la Légion d'Honneur) posait paternellement sa main sur l'épaule de sa fille, assise à son côté, et dont la chevelure blonde indiquait la pureté de la race, et le sourire, la certitude qu'elle aussi, un jour, sauverait notre doux pays. Quand vous devez nuit après nuit lutter contre le désespoir, de telles images vous mettent le baume au cœur. Ainsi, face à ce charmant tableau, l'espérance revint peu à peu dans notre chère pharmacopole ; il lui fallait croire comme nous tous que, malgré l'austérité de la situation, le temps de Marine approchait à grands pas. Ragaillardie par cette pensée positive, elle reprit la lecture de ses magazines favoris, qui à force de gros titres et de clichés volés, racontaient avec moult détails la romance de l'été, celle du gros juif et de sa négresse dans leur hôtel new-yorkais. Mais, c'est au moment d'entamer le dernier épisode, le plus croustillant : (celui avec la fille de la socialiste), qu'à sa grande surprise, Bernadette entendit tinter le carillon de la porte. Elle referma alors délicatement son ouvrage en prenant bien soin de marquer sa page avec une vieille recette de potion purgative, et revint prendre place sur scène, c'est à dire juste derrière son comptoir d'apothicaire. Le « client » s'était un peu empêtré dans les lanières multicolores du rideau anti-mouches de l'entrée, car il possédait dans son dos deux immenses ailes d'un blanc immaculé. Elle eut donc le temps de l'observer dans son drôle de costume de toréador tandis qu'il tournait sur lui-même à la manière d'un insecte pris dans une toile d'araignée. Au bout d'un temps certain, l'étranger lui fit enfin face pour se présenter. Il effectua deux pas dans sa direction puis une révérence tout aussi gracieuse qu'inattendue.

Ola, senorita, Que guapa ! Me llamo Manolo Bandera !

Un frisson parcourue l'échine de notre héroïne : c'était la première fois qu'elle se trouvait en tête à tête avec un sans-papier, et qui plus est, dans son établissement. Pour garder son aplomb de commerçante, elle chercha dans son répertoire la réplique la plus cinglante qu'elle avait tant de fois répétée devant son miroir au cas malheureux où elle aurait, elle aussi, un jour, à faire à quelqu'un qui ne serait pas du village.

Ici, on ne parle que le français, je suppose que vous n'avez pas de carte vitale ?

Ni de papier de la CMU ?


Mais, dès cette deuxième sommation, le ton de sa voix baissa, son agressivité pâlit car, l'hidalgo la fixait, non d'une banderille, mais d'un regard profond et immensément bon. L'homme à l'habit de lumière baragouina dans son sabir de métèque :
Yé souis cé loui qui ne dit yamès bonjour ! Yé cherche mes amigos mios, para la commedia del arte qué nous allons jugar en su pueblo. Qué vous ne les auriez pas vou, par hasard, bellissima senorita ?
Bernadette balbutia :
Mais, je crois qu'ils nous ont quitté depuis plus d'un mois ?

Ici, des didascalies vous enseigneraient bien plus savamment que moi, que cette phrase coula à la manière dont un sirop pour la toux vous descend peu à peu dans l’œsophage, car l'ibère au sourire angélique, ne la quittait plus des yeux, instillant en elle une impression très forte de bonté réciproque et contre laquelle, notre pharmacienne ne pouvait plus lutter. Remonta alors dans tout son corps, un traumatisme qu'elle y imaginait à jamais enfoui : celui qu'elle avait vécu, alors qu'elle n'avait qu'à peine quinze ans, quand, se retournant sur son passage, un même magnifique jeune homme lui avait souri, et qu'alors, elle avait depuis dû lutter très fort durant toutes ces longues décennies contre un sentiment interne, étrange et agréable à la fois, dont elle ignorait tout du nom, mais qui menaçait sa virginité.

Caramba ! S'écria de sa voix doucereuse le bel andalou ; Yé mé doutais bien qué y'étais un peu en retard pour manger des chamallows, il faut que yé vous quitte, amiga mia, si yé veux les rattraper dans ce jeu débile, con el mio caballo !
Il esquissa une révérence d'adieu et fut sur le point de tourner les talons quand une toute petite voix se fit entendre :
Oh ! Je vous en prie, ne partez pas déjà, Monsieur le Comédien !

Ces mots s'étaient échappés des lèvres de Bernadette, lui laissant au passage sur la langue comme un goût de pastille au miel toutes fleurs. La chose était d'autant plus étrange que c'était là un texte qu'elle n'avait jamais appris. Il semblait émaner d'une région encore inconnue de son anatomie : là, vous savez, juste au milieu de la poitrine.
Je n'ai pas pu assister à leur spectacle, ils me faisaient trop peur, et maintenant qu'ils ne sont plus là, je ne reverrai plus jamais vos amis ! Alors je vous en prie, dites-moi, ne serait-ce qu'une fois dans ma vie : qui sont-ils vraiment ?

Manolo quitta alors son pseudonyme qui n'était pourtant pas si vilain et son accent faussement espagnol car c'était somme toute là des accessoires de jeu fort encombrants, puis, d'une égale noblesse, sortit de son aile gauche une guitare.
Il y égrena des notes d'une musique que notre madone n'avait, de sa vie, jamais entendues et auxquelles venaient s'unir à présent le doux et familier carillon de l'église. Puis, sur toute cette mélodie, le beau jeune homme chanta de sa magnifique voix, en guise d'aubade et pour elle seule, un très long poème dont la dernière strophe disait à peu près ceci :
… Regardez-les passer, eux, ils sont les sauvages.
Ils vont où leur désir le veut, par-dessus Mont
Bron,et les mers, et vents, et loin des esclavages.
L'air qu'ils respire ferait éclater vos poumons.


L’angélus se tut sur cet ultime vers. Désormais, tout comme sur cette campagne française, dans le sein de Bernadette, la paix régna. Subrepticement, à la manière dont, sur les étangs, le martin-pêcheur disparaît dans l'éclat métallique de son aile, l'indien tira son salut. Alors, comme un rideau, le soleil tomba dru sur la Brenne. C'est qu'il y était, pile plume, midi.


Dernière édition par Vic Taurugaux le Jeu 29 Sep 2011 - 9:12, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Défi en collectif   Dim 25 Sep 2011 - 22:16

La boulangère de la Brenne
Lundi 19 septembre 2011


Je m'en souviens comme si c'était hier.
D'ailleurs, c'était hier : 19 septembre 2011 - jour où j'avais décidé de me gaver de petits gâteaux pâtissiers parce que je venais d'apprendre qu'un morceau de satellite allait nous tomber dessus. Je me disais qu'il valait mieux mourir le ventre plein et benèse.
Je ne regarderai plus jamais les choux à la crème de la même manière.

Je m'étais donc rendue à la boulangerie près de chez moi, chez Francine Grumeaux.
Une fois à l'intérieur je me suis mise à musarder derrière la vitrine, laissant divaguer mes envies. J'ai toujours eu le choix difficile en matière de gâteaux et puis, là, je me devais de ne pas faire d'erreur, la chose était importante.
Francine Grumeaux était un personnage antipathique.
Etait-ce son éternelle blouse à carreaux ( je n'ai jamais aimé les blouses à carreaux, ça me rappelait les vieilles sorcières sur le bord des routes en pleine tempête ), était-ce son abominable chignon, tellement tiré que la peau de son visage était sur le point de rompre ( je l'imaginais le soir lorsqu'elle le défaisait et que l'épiderme enfin libéré produisait de grands mouvements flasques ).
Peut-être était-ce finalement son côté vicelard et médisant, sa haine latente de tout ce qui vivait. Je n'ai toujours entendu de sa bouche que des horreurs sur ses clients et disons le, sur tout le monde en fait.
Cette femme là manquait d'amour.
Son boulanger d'homme mettait tout le sien dans cette merveilleuse nourriture que tout le quartier affectionnait. Du coup, il n'y en avait plus pour elle, de l'amour – alors elle se vengeait.

Sauf avec Merlin Pinpin, le facteur, qui semblait avoir trouvé un terrain d'entente avec la mégère : le scrabble. Merlin était un passionné des chiffres, Francine, elle, des lettres. Aussi incroyable que ça puisse paraître ces deux là s'en donnaient à coeur joie à la moindre occasion. Surtout quand la boulangère teignait son chignon en roux ; merlin avait un faible pour les femmes rondes aux cheveux roux.

Justement, tandis-que je pensais à lui le voilà qui arrivait – 10h, c'était son heure, quelle ponctualité !
Il était reconnaissable à son allure déséquilibrée. Ancien coureur cycliste, il avait été victime d'un accident lors du Tour de Brenne, et depuis, il boitait. Il s'était alors reconvertit dans un métier où il pouvait continuer à faire vivre l'objet de sa passion : son vélo.
Certains du quartier l'avaient affectueusement surnommé « Boiteux l'être ».
Il était également grand et maigre « long comme un jour sans pain » aurait dit mon grand-père – pain qu'il venait chercher tous les jours en apportant le courrier.

Je décidai de flâner encore un peu devant les gâteaux pour assister à leur amusante joute.


- Bonzour Madame Grumeaux !
- Bonjour Merlin, alors quoi donc aujourd'hui ?
- Ah – un courrier d'Amiens !
- Aha, 6 lettres : MANIES. Qui ça peut être...
- Somme totale : 7. Vous êtes en forme auzourd'hui !
- Tiens, je t'ai mis le campagne de côté !
- A une lettre près, j'aurais azouté une flute !
- T'es drôle toi Merlin !
- Ah, et ze vais prendre une boule pour ma voisine aussi.
- La mère Chicotte, elle est pas encore morte celle-là ?
- Oh, Madame Grumeaux, quand même...
- Ben tu sais – elle doit pas avoir loin de 100 ans, elle était déjà vieille quand j'étais gamine !
- Ça me fait penser – elle est du 19 septembre. Ze m'en souviens parce que ce sont les chiffres qui m'ont fait gagner au Tiropo : 19.9. Elle m'a dit la prochaine fois de jouer le 23 -6, la date d'anniversaire de sa fille.
- Celle qu'à les dents qui courent après le bifteck ?
- Tiens c'est marrant que vous disiez ça, parce qu'elle s'est marié à un boucher. Mais c'est pas elle, c'est l'autre. Donc, ze vais rajouter un fraisier.
- 8 lettres : REFRISAI. Pour la fille ?
- Non. Total : 10 – ze vous ai dit que c'était sa mère qui était du 19.9, donc c'est son anniversaire auzourd'hui.
- Oui, c'est un bon choix le fraisier, c'est bien quand on n'a plus de dents !
- Mais elle à des dents !
- Oh, j'en ai vu se casser un dentier sur une nougatine.
- Ça doit faire mal...
- C'est surtout drôle ! C'est arrivé à ma garce de belle-mère, je peux te dire que j'ai pas pleuré ! Une nougatine préparée avec amour par son andouille et abruti de fils adoré ! Ah, Ah, quand je revois la scène, j'peux pas m'empêcher de rire, c'était jouissif !

Et devant nos yeux ébahis, voilà la boulangère partie dans un fous rire énorme. Elle ne pouvait plus s'arrêter. Elle commença à être prise de soubresauts fantastiques, qui je le remarquais admirative, ne défaisaient même pas son chignon.
Puis, d'un coup, elle s'effondra – la tête dans les choux à la crème.

Merlin et moi nous sommes approchés, dans un silence empli d'appréhension, malgré tout.
Le facteur pris une baguette de pain et s'approcha timidement en murmurant le prénom de la boulangère – de plus en plus inerte.
Il appuya légèrement l'objet sur la cuisse dodue, puis augmenta la pression. Le seul effet produit fut de répandre de la farine sur les carreaux de la blouse.

Nous dûmes nous rendre à l'évidence.

- Elle est morte.

- Oui, raide morte.

- AMERE DORT...

- Total :11...
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Tryskel
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MessageSujet: Re: Défi en collectif   Lun 26 Sep 2011 - 17:47

LE DOMAINE D’AMBROISIE

Lundi 19 Septembre 2011




Le rendez vous était fixé à 11H30 ce 19 septembre 2011, bien sûr, il serait en retard, ces gens là sont toujours en retard juste pour montrer qu’ils sont surbookés.
Zut, il était à l’heure !

« Bonjour Mademoiselle d’Armor, enchanté de faire votre connaissance »
Réponse automatique :
« Moi de même monsieur le Maire, merci de me recevoir »

Elle n’était pas enchantée du tout, elle n’avait pas la moindre envie d’être là ni de faire sa connaissance. Elle avait lu tout ce qu’elle pouvait apprendre sur lui, elle n’aimait pas le personnage…
Mais le rédac chef avait décidé qu’elle était la mieux placée pour ce reportage, alors elle s’était mise en route pour St Girault l’Etang, village de 2500 âmes, à mi chemin entre Montpellier et Nîmes, situé sur celle des routes de Compostelle que l’on nommait « Chemin d’Arles ». Comme tout le département de l’Hérault, St Girault connaissait une croissance démographique rapide, et c’était une des raisons qui l’y amenait car il fallait loger les nouveaux arrivants, et Mr le maire déployait les grands moyens.

Mr le maire : Louis Marie de Sanprofond.
Bâtonnier au barreau de Montpellier, maire depuis 2002, conseiller général depuis les récentes élections de 2011.
45 ans, divorcé sans enfant, élu sans étiquette. Ne plaide que les causes qui renforcent sa renommée, vise très haut en politique, a des amis dans tous les partis sans en prendre aucun.
Sa cause : son village dont il est l’enfant, installée depuis des générations, la famille avait fourni nombre d’élus, y compris au niveau national qu’il ambitionnait.
Grand, séduisant, beau parleur, ce mec était un tribun et représentait tout ce qu’elle détestait. Mais le travail est le travail, elle était une pro, les sentiments personnels passaient au second plan…

Il tenait négligemment un dossier qu’il posa sur le grand bureau. Toujours grands les bureaux, et avec son mètre 95, il ne risquait pas de disparaître derrière.
« J’ai étudié votre CV, beau parcours : sortie première de l’école de journalisme, prix Albert Londres, reconnue et appréciée dans la profession. N’y voyez rien de personnel, j’aime savoir à qui j’ai affaire. »
Appréciée, tu parles, elle savait ce qu’on disait d’elle : froide, insensible, distante… et s’en fichait tant qu’on ne portait atteinte à son travail.
« Dites moi, pourquoi avoir changé de nom ? C’est très joli Clothilde, et vous portez un nom prestigieux, votre père le professeur Perdillac est un chercheur renommé »

C’est pour ça qu’elle avait changé : son prénom ? Celui que toutes les filles ainées de sa famille maternelle (des châtelains à particule du bordelais) portaient depuis la nuit des temps. Elle le trouvait prétentieux.
Son nom ? Justement, elle ne voulait rien devoir à la renommée du professeur.
Elle n’avait fait ni HEC comme maman, ni médecine comme papa, alors elle devait se faire un nom, bien à elle : Gwen d’Armor et y avait réussi.
Mais on n’était pas là pour raconter sa vie…
« C’est un choix professionnel. »
Il eut le bon gout de ne pas insister.
« Vous étiez à l’inauguration hier ? Qu’en avez-vous pensé ? »
Stop ! Les questions, c’était elle qui les posait !
« Intéressant !
La découverte des vestiges de cette villa romaine a t-elle été une gêne ou un plus pour le projet du Domaine d’Ambroisie ? »
Le « Domaine d’Ambroisie » rien que ça, un lotissement à l’architecture antiquisante, pour gens friqués voulant profiter des avantages du climat, du cadre de vie, et des avantages de la ville, la campagne aseptisée !
« Un plus, un grand plus ! Certes cela a retardé les travaux puisqu’il a fallut trouver un autre terrain, mais quel charme et quelle émotion de retrouver dans un si bel état de conservation les traces de la grandeur romaine ! Sans compter d’un point de vue économique les visiteurs que cela va attirer. Les pèlerins qui vont s’arrêter chez nous, vous savez que nous sommes sur le Chemin d’Arles et que le pèlerinage connaît un fort regain d’intérêt. L’Hôtellerie du domaine n’est pas tout à fait terminée, mais pourra accueillir les premiers d’ici trois mois. »
La « grandeur romaine », on se calme ! Dans le coin, on trouvait des vestiges antiques en creusant dans son jardin ! Mais l’emphase du discours convenait bien au personnage ! S’il avait lu son dossier, il savait que c’était un de ses sujets de prédilection, alors il lui faisait le coup du patrimoine culturel !

« Et nous avons aussi des vestiges du Moyen Age, j’ai donné des ordres pour fouiller sur le terrain de l’ancienne abbaye.
Vous connaissez l’histoire de Sanprofond ?
- En 1185, Girault, seigneur du lieu a rapporté de la Croisade une ampoule contenant le précieux sang du Christ. Pour sa conservation et son adoration, il fonda le monastère du « Sang Profond » rattaché à St Guihlem le Désert, monastère où il termina ses jours.
Le monastère tirait profit de la relique que les pèlerins saluaient, et des vignobles environnants. Il fut brûlée pendant la Guerre de Cent Ans, la relique disparut et le monastère perdit de son prestige.
Les terres furent rachetées en 1702 par un vos aïeux, président au mortier du Parlement de Montpellier, elles sont depuis dans votre famille.
- Félicitations Melle d’Armor, c’est bien ce qu’on m’avait dit, vous maîtrisez vos sujets ! »

Bien sûr qu’elle maîtrisait, elle aussi aimait savoir à qui elle avait affaire. Si l’Histoire la passionnait, elle n’aimait pas étaler ses connaissances, mais là, il fallait lui clouer le bec, sinon il allait pérorer sur la conquête de la Gaule et les origines de sa famille, il devait connaître sa généalogie sur le bout des doigts, aussi loin qu’il pouvait remonter « L’enfant du pays ! »

« Mr le Maire, pouvez vous me retracer la genèse de l’idée du Domaine d’Ambroisie ? Quelle population comptez-vous attirer ? Quels avantages cela représente t-il pour St Girault ?
Comment le projet culturel de mise en valeur des vestiges vat-il s’articuler avec la modernité et le dynamisme du département ? »

Il avait répondu avec précision, le projet tenait la route, un tremplin pour ses ambitions.
Elle devait l’admettre, il travaillait sur du solide. Et il n’était pas déplaisant à regarder…
Deux grandes heures qu’elle n’avait pas vues passer, avec les photos prises la veille, elle tenait un bon papier !

« Puis je vous inviter à prendre un verre ?
- Merci, mais je dois rentrer sur Paris et la route est longue.
- Vous êtes quelqu’un de très intéressant Gwen d’Armor, nous nous reverrons !
- Veni, vidi ! Nous sommes gens fort occupés Mr le Maire, je pars en Afrique la semaine prochaine. Merci de m’avoir reçue. »

Puisqu’elle le prenait comme ça, son verre il allait le boire tout seul !
Intéressante cette fille en effet, totalement insensible à son charme, intelligente et cultivée, professionnelle jusqu’au bout des ongles, elle ne flattait pas, posait des questions précises…
Elle aurait pu être vraiment belle si elle s’en donnait la peine, mais elle n’avait vraiment pas l’air de se soucier de son apparence.
Différente de ceux qu’il croisait habituellement et qu’il classait en catégories : ceux qui l’admiraient, ceux qui pouvaient le servir, ceux qui le servaient parce que ça les servait, ceux qui le détestaient et qu’il prenait plaisir à combattre et à contrer !
Elle n’entrait dans aucune catégorie…
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MessageSujet: Re: Défi en collectif   Mer 28 Sep 2011 - 2:57

LE MALENTENDU
Lundi 19 septembre 2011

Dans la rue de la République de Saint-Pourçain-sur-Sioule, il y a un flux incessant de vies qui passent, croisent ou non leurs destins, tous exceptionnels, et s'en vont écrire une autre tranche de vie ailleurs. C'est fascinant, lorsqu'on y pense avec du recul.
Si on se pose sur un des bancs près du monument aux morts, par exemple, on peut assister à des tournants majeurs dans des vies, comme des rencontres, des incidents, ou encore à la ronde d'autres observateurs silencieux, des témoins de la normalité d'une fin d'après-midi de semaine.

Il y a aussi ceux qui s'en fichent pas mal, qui passent là sans penser à tout cela, pour aller d'un point à un autre, et puis c'est tout. Acteurs donc, mais pas curieux, en tout cas pour ce ne qui concerne pas leur propre personne.

C'était le cas de Penny, la grande Américaine qui venait deux fois par semaine à l'institut de beauté, situé justement en face du monument.
Pénélope MCTunik était connue dans le quartier, surtout par Geneviève l'esthéticienne de l'institut, mais aussi par le traiteur à côté, Monsieur Rouquette, qui en pinçait un peu pour elle au grand dam de sa femme, dont le regard acéré fusait de derrière sa caisse à chaque visite de l'Américaine, et que tout le monde pouvait clairement interpréter sans trop se tromper.
Ce que Madame Rouquette ignorait, c'est que son mari y avait déjà goûté, à l'Américaine, à la volée après la fermeture, dans la chambre froide, un soir où elle était restée alitée pour une indisposition alimentaire (ce qui était le comble, vu la qualité toujours revendiquée par son mari parmi les produits qu'ils utilisaient, et consommaient eux-mêmes).
Deux ou trois façades plus loin, l'autre institut, de toilettage pour chiens celui-là, recevait toujours régulièrement Penny, même depuis que son adorable (selon ses dires) chihuahua Goldie était morte.
Madame Dorémieux l'avait longtemps choyée, tondue, apprêtée, pour des concours, ou pour l'entretien courant. À présent, elle était surtout la confidente de Penny, qui avait bien eu besoin de réconfort moral après le décès de la divine Goldie.
En face, le philatéliste, Monsieur Humbert, toujours assis voûté dans son antre, attendait la retraite, dans des rites sans aspérité et dans sa routine quotidienne. Sauf le jour où Penny était entrée en croyant pouvoir acheter des timbres pour poster des lettres, et en était sortie avec lui à son bras pour aller dans une chambre d'hôtel du centre ville. Ça faisait longtemps, mais ce ne fut jamais renouvelé.

Mais ce jour-là, Penny, qui avait le temps car ne travaillait pas grâce à quelques rentes foncières, sortait de chez Geneviève après deux heures de papotages intensifs (sur le calendrier des rugbymen nus, ainsi que sur le projet de sa treizième opération de chirurgie esthétique, une lipo-succion), lorsque son regard fut attiré sur le banc de l'autre côté de la rue par une volée de chihuahuas tenus en laisse par une vieille dame qu'elle n'avait jamais vu dans ce quartier. La dame se leva du banc, cernée par la masse grouillante de mini-canidés qui s'embrouillaient et jappaient à qui mieux mieux, et que Penny suivit du regard cinq secondes. Lorsqu'elle reporta son regard sur le banc, elle eut la surprise d'y trouver quelqu'un d'assis, alors qu'elle était certaine de ne pas l'y avoir vu avant, ni même alentour.
L'homme était vêtu de noir, et dégageait une espèce de charisme, de prestance teintée peut-être de mystère, ce qui l'interpella au plus haut-point.
Comment a-t-il fait pour atterrir sur ce banc, d'où sort-il, this guy ? Se dit-elle.
Et comme elle n'avait rien de prévu, elle décida de traverser et de voir de plus près cet étrange individu.

Il fallait du temps pour traverser la rue de la République, et plus elle en approchait, plus elle discernait à quel point cet homme, en plus d'être mystérieux, était séduisant ; ce qui lui fit ressentir un petit réchauffement au ventre qu'elle connaissait bien, et auquel elle était relativement dévolue. Elle vérifia son décolleté et fut satisfaite de l'effet rendu par l'ensemble (après tout elle avait investi plusieurs milliers d'euros pour un tel résultat).
Lorsqu'elle fut devant le banc et l'homme, elle ne trouva pas mieux que de déclamer d'une voix de fausset "Vous permettez ?" en montrant la place libre à côté de lui.
L'homme ne sembla pas comprendre et regarda le banc comme s'il allait y trouver quelque chose, mais ne dit rien. Penny prit place, en veillant à ce que sa minijupe en cuir rouge ne se mette pas entre ses fesses et le banc, et en simulant une grosse fatigue, comme si elle traversait la ville et qu'elle faisait une pause en chemin.
Puis elle fit mine de se détendre, et sortit un papier au hasard de son sac, en fait une brochure sur les tarifs d'injections de botox qu'elle avait obtenue à l'institut ; mais peu importe, il s'agissait de paraître occupée.
L'homme paraissait aussi intrigué qu'intriguant. Fasciné, même.
"Quelle date sommes-nous, s'il vous plaît ? dit-il.
— Heu le 19 ou le 20, je crois.
— De quel mois ?
— Le 19, oui, puisque le 20 c'est demain, et j'ai rendez-vous avec un... heu un collègue.
— Déclinez, je vous prie, la date complète.
— Le 19 septembre.
— Et l'année ?
— Hé bien, 2011, vous croyez quoi ? C'est dans un an que tout va péter !
— Seconde décennie du millénaire, donc. Pourquoi "tout va péter" ?
— Ben 2012, quoi.
— Mais encore ?
— Vous savez, les Mayas, Sarko, la Chine, le nucléaire, les conflits partout... Et en plus je vais avoir, heu... 33 ans, c'est un âge symbolique !
— Je ne comprends pas, mais je perçois des failles dans vos allégations.
— Et si vous parliez normalement, on pourrait suivre une discussion plus claire, parce que là je sens bien que vous cherchez à m'impressionner, pour me séduire peut-être ? Mais vous savez, moi les intellos, ce n'est pas forcément mon truc.
— Je parle pourtant le langage adapté à la seconde décennie du millénaire. Cette dysfonction, de plus, intervient dans les deux sens : je ne vous comprends pas non plus.
— My God, on est mal barrés !
— Peut-être n'êtes-vous pas de France ?
— J'étais citoyenne des Etats Unis d'Amérique, mais je suis naturalisée française depuis trente, heu dix ans. Et il paraît que je parle très bien français, avec un accent mignon, ce n'est pas moi qui le dis.
— Je constate pourtant que vous l'énoncez à l'instant vous-même. À moins que ce ne fut une expression idiomatique ?
— Je ne dis pas d'idioties, si c'est ce que vous insinuez, là avec vos grands airs. c'est vous qui captez que dalle. Non mais d'où vous sortez, à la fin ?
— La fin ? La fin de quelle itération ?
— D'OÙ VENEZ-VOUS ?
— Je ne peux pas répondre à cette question selon vos références. Mais de façon empirique, je peux affirmer que j'ai toujours vécu ici, sur cette planète et dans cette agglomération.
— You're pulling my leg !
— Votre changement inopiné de dialecte me déstabilise quelque peu.
— Fuck !
— Ce phonème m'est inconnu.
— Votre œil,là ! Il a bougé vers moi, m'a regardé, mais l'autre est resté droit ! c'est... c'est monstrueux ! Vous me faites peur.
— Je vous demande pardon, ce n'était en effet pas adapté à la situation. J'accumule les imprudences."
Penny suait à présent à grosses gouttes, et une panique irraisonnée accéléra son rythme cardiaque et sa respiration. Elle allait se sentir mal.
L'homme en noir ajusta alors quelques réglages sur un appareil à son poignet, annonça une série de chiffres et conclut par "Fin anticipée de l'opération, déconnexion." puis il disparut, tout simplement.

*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*
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MessageSujet: Re: Défi en collectif   Mer 28 Sep 2011 - 8:55

Silence on coule
Lundi 19 Septembre 2011

Le Tatinic fendait les eaux de la Baltique ce 19 Septembre 2011 ensoleillé. Les passagers profitant du beau temps s’étaient installés sur le pont dans l’attente des jeux idiots que toute bonne croisière se doit de proposer.
Sur la proue du bateau en aplomb de l’étrave le Capitaine Malakoff avait fait disposer un petit banc de bois sur lequel deux passagers pouvaient prendre place. Ce matin là, le hasard ou la chance firent que ce furent deux beaux spécimens de l’espèce humaine qui y prirent place.
La première arrivée fut la blonde Perdita qui s’y installa de façon à mettre en batterie ses effets de jambes qu’elle seule jugeait ravageurs. C’était un de ses plaisirs, allumer les guerriers tout en se retranchant derrière sa ligne Maginot.
Son manège durait depuis une petite heure lorsqu’un gros bonhomme vint s’assoir à ses côtés. Ce n’était pas ce qu’elle avait espéré, mais d’un autre côté ce jour sa ligne de défense ne serait pas enfoncée.
Ils gigotèrent un bon moment sur ce siège inconfortable, jusqu’à ce que Candido décide de briser la glace qui ne flottait pas que sous la quille.
- Je me présente Candido Perversé, belle journée. Hein.. ?
Après quelques instants d’hésitation Perdita décida de baisser légèrement la garde.
-Enchantée, Perdita, hum, hum…
- C’est ma première croisière, j’ai gagné le billet en répondant au Grand Concours du Tour de France sur la 2. Vous avez vu l’émission.. ?
- Je n’ai pas la télévision…
- Ah bon …(dépité…)
Quelques longues minutes passèrent où seul le vol et le cri des cormorans égayèrent l’atmosphère…
-Et vous, vous voyagez souvent.. ?
- Bien sur, la dernière fois j’ai été de Rennes à Angers en bus, quel périple…Là je profite aussi d’un concours pour faire ce voyage (dit-elle d’une voix allant à l’extinction…)
- Ah oui, quel concours, dit le lourdaud.. ?
Perdita rougit exagérément, visiblement le front était mal en point sous ces assauts imprévus. Mais elle se reprit courageusement pour répondre dans un soupir.
- Celui de rosière du village.
- Quel beau pays la France. Et qu’est ce que vous faites dans la vie.. ?
- - Je vis de mes rentes et de la vente de mes disques.
- Vous avez fait des disques.. ?
- O ui je chantais ne vous déplaise…
- Ah, intéressant, moi je ne connais qu’une chanson qui vaille la peine …La Marseillaise.. »allons enfants…. ! »
- Oh vous ouvrez une vieille blessure…
- Comment cela.. ?
- J’ai perdu mon fiancé à la guerre et depuis je pleure lorsque j’entends ce chant.
- Ah moi, j’adore, et surtout lorsque c’est un français qui gagne le Tour. (mystérieux…) Vous savez j’ai un secret…
- Ah oui lequel (curieuse..)
- Dans ma cabine j’écoute un enregistrement sonore du Tour de France 2002, qu’a réalisé mon copain Marcel, et ainsi je revis tous les évènements des étapes sur une carte murale où je pique des petits drapeaux…
- Ah intéressant dit elle sans y croire
- Mais là, j’ai un problème…
- Comment cela.. ?
- Il me manque une aiguille pour piquer le dernier drapeau sur les Champs Elysées.
- En effet, au fait pourquoi avez-vous tant de sparadrap sur les doigts.. ?
- Oh, ce n’est rien, juste que je suis maladroit et je déteste les piqures. Pouvez vous m’aider.. ?
- Comment cela s’offusqua t’elle,à nouveau en alerte.. ?
- Avez-vous une aiguille.. ?
- Et bien c’est que…
- Ah je comprends, vous avez une aiguille…
- Oui mais…
- Elle est mal placée… ?
- Voui, concéda t’elle…
- Ne vous inquiétez pas je serai fort discret, dites moi, où est elle.. ?
- Et bien (rougissante) là sur mon bas à la cuisse droite…
Candido se pencha de façon à entrevoir l’objet de sa convoitise.
- Je la vois…
- Vous la voyez, gémit elle, éperdue…
- Oui je la vois, elle est toute petite. Puis je m’en saisir.. ?
- Faites, se rendit elle, mais attention de ne pas me blesser…
Il se baissa et envoya la main. C’est alors qu’un bruit monstrueux fit vibrer tout le navire et que les sirènes du bord se mirent en action…La voix du Capitaine résonna dans le haut parleur…
- « Mesdames et Messieurs les passagers du Tatinic, tout va bien, ne vous inquiétez pas, juste un petit problème passager, nous avons heurté à l’arrière un iceberg flottant. Et nous devons évacuer le bateau. Les passagers ayant gagné leurs billets à des concours sont priés de patienter. Nous leur indiquerons le moment de désembarquement en attendant, les autres sont priés de se rendre aux points de survie. JE vous remercie et m’excuse de ce petit contretemps… »
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Romane
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MessageSujet: Re: Défi en collectif   Mer 28 Sep 2011 - 13:27

Troisième Phase

- Vous devez titrer votre chapitre.

- L'action se déroule le mardi 27 septembre 2011. Vous devez donc employer la conjugaison adéquate.

- Chaque personnage va maintenant côtoyer un autre personnage parmi les vôtres.

Distribution :

Vic : Louis Marie de Sanprofond, sur la tombe de Francine Grumeaux.
Filo : Manolo Bandera & Penny Mactunik
Trys : Clotilde & L'Homme Sans Nom
Kate : Merlin Pinpin & Candido Pervesé
Sbrec : Perdida Calarabia & Bernadette Crochu


- A vous de trouver le lieu et la circonstance qui font que ces personnages vivent un moment de cette journée ensemble, alors qu'ils ne se connaissaient pas le 19 septembre.

- J'ajoute un événement collectif : Dans cette phase, la vague sensation d'un vertige physique va être ressenti par tous les personnages, y compris les gens alentours.

Attention : Vous devez impérativement vous référer au profil de chaque personnage et de l'atmosphère qui en découle d'après les textes de la phase précédente, afin de conserver la cohérence de votre récit.

PS : Mêmes conditions : un seul post par personne.

Délai pour cette phase : une semaine, soit mercredi prochain.

*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*
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MessageSujet: La recette du croque-madame   Sam 1 Oct 2011 - 15:06

La recette du croque-madame


Les comptes de la commune de Saint Girault l'étang possédait une ligne budgétaire titré : événements & réceptions relativement importante pour une si petite ville si on la comparait à la liste des autres dépenses figurant au budget municipal : « émoluments des personnels, voirie, bâtiments municipaux, soutien aux associations para-municipales, sans oublier la gigantesque : remboursement de la dette ». La raison officielle, (c'est à dire, telle que la présentait en page 3 la feuille semestrielle : l'écho giraldien) de cette hospitalité hors norme est qu'elle reflétait la grande générosité de Monsieur de Sanprofond, qui se faisait fort d'accueillir le mieux qui fut tous ces nouveaux administrés fraîchement établis dans les lotissements et qui, par une taxe d'habitation subséquente, habilement calculée, venaient renflouer le revers bleu du camembert statistique (ornant la page 4 de cette même publication) et judicieusement dénommé: le cercle des recettes. Équilibrer un budget demeure le premier acte politique que l'on attend d'un maire et, des chiffres savamment exposés permettent ainsi de vivre relativement heureux pour qui souhaite développer sa carrière politique, en s'appuyant sur un conseil municipal au sein duquel l'opposition ne trouvera jamais quoi que ce soit à se mettre sous la dent. Bien sûr, la ligne événements & réceptions compilait nombre de factures de « vins et spiritueux, locations de chapiteaux, traiteurs, charcuterie etc... » ; aussi, n'avait-il pas été très compliqué d'y glisser à la date du 22 septembre 2011 une traite pour « frais de bouche » expliquant un nombre conséquent de viennoiseries, de petits fours et de pains aux quatre céréales et justifiant ainsi une facture de quinze mille euros payée rubis sur l'ongle à une obscure boulangerie-pâtisserie de la Brenne.

Vous n'imaginiez peut-être pas encore, chers lecteurs, la rapacité des croque-morts dès que vous les charger d'un service « un peu discret ». Quinze mille euros pour le transport d'un défunt depuis le département de l'Indre jusqu'au sud de l'Hérault plus l'inhumation sur une concession funéraire déjà payée peut en effet s'apparenter à du vol. Or, les professionnels de la mort ont toujours possédé le nez creux dès lors qu'ils reniflent un cadavre, ou du moins des obsèques, un tantinet originales. Pourquoi donc en effet aller enterrer Madame Francine Grumeaux à l'autre bout de la France quand, depuis son enfance, son caveau familial l'attend à bras ouverts dans le minuscule cimetière de son village natal? Qui plus est, pourquoi tout cela, quand on sait que le sus-nommé caveau Grumeaux renferme déjà une pile de générations de cette famille authentiquement berrichonne et recèle, dans son étage supérieur, une place vide réservée pour la chère Francine, arrière-petite fille, petite-fille, enfant et cadette de ces différentes strates de macchabées ?

Mais, au moment où j'essaie de vous faire réfléchir à la chose, je n'ignore pas non plus que, nombre d'entre vous, ne s'étonnent plus de rien quant aux incohérences émaillant les destins de personnalités réelles, destins d'ailleurs souvent exhibés sur toutes les unes de nos médias dans le seul but de tenir en haleine un public de plus en plus exigeant en terme de rebondissements plutôt qu'en analyse de la réalité. Il nous revient donc à nous, auteurs d'authentiques fictions, d'aiguiser votre jugement afin que vous ne gobiez plus béatement tout ce que l'on vous raconte de manière fort sérieuse. Les clowns, c'est nous, et non pas les gestionnaires politiques de vos économies.
Pour en finir avec l'arrière-fond, je voudrais encore vous assurer que le mausolée de marbre ne couta pas bien cher vu qu'il fut offert par l'entreprise de maçonnerie ayant obtenu le marché de la réfection du péristyle de la mairie de Saint Girault.

Ce préambule étant clos, un amoureux du lexique français vous ferait, et fort justement remarquer que, dans la locution « pompes funèbres », le premier mot qui s'entend est le terme pompe signifiant à la fois faste et tricherie. Je veux souligner par là qu'un mensonge est d'autant plus habile quand il se trouve énoncer de façon grandiloquente, fastueuse et solennelle. Aussi pour ce même amoureux de la langue française, il est parfois plus intéressant, non de dénoncer à tue-tête, les trop nombreux scandales politiques à ses concitoyens désormais plus friands de sensations que de réflexions, mais, à l'instar de notre bon maître Molière, (bien plus modestement), de mettre un peu de sa plume, au service du théâtre et à soigner désormais l'entrée en scène d'un personnage inespéré.

J'ai donc spécialement retrouvé pour vous, en page 1 de l'édition du 5 octobre 2011 de l'Echo Giraldien, le texte que voici :


Autant, les voies de Dieu nous demeurent souvent impénétrables, autant je vous prie tous de croire à son infinie miséricorde. Car enfin quoi ? Confier les obsèques de la meilleure d'entre nous à votre humble serviteur, démontre, s'il en fallait, ici et à chacun, l'étendue incommensurable de sa charité, sa compassion illimitée, pour nous, pauvres créatures terrestres. Francine Grumeaux est morte comme elle aura vécu : le nez dans la farine. Ce décès peut apparaître à certains aussi cruel qu'étrange. Car, sa disparition soudaine consterne surtout tous ceux d'entre vous qui ne possèdent encore rien de la culture bretonne. En effet, la légende de feue Madame Grumeaux, et qui relate déjà un lointain passé, nous fut tissée en son temps par une chroniqueuse armoricaine. La concision de son écriture celtique nous amène aujourd'hui à nous pencher sur la vanité de nos existences : (la Mort nous fauchant toujours dans un instant inattendu), et, parallèlement, sur le dessein divin qui me confia ce même devoir d'expliquer aujourd'hui à tous le mystère de son trépas. Cette oraison funèbre qui nous rassemble donc, en ce mardi 27 septembre 2011, pour un ultime adieu à Madame la Vicomtesse, doit en effet, mes chers amis, non seulement vous permettre de faire le deuil d'un passé à jamais révolu, mais plus encore de vous laisser entrevoir un futur rédempteur. Breton je suis, et Dieu, dans son immense sagesse, m'a confié cette mission sacrée consistant à vous décrire cette union impensable, par delà la mort, reliant désormais et pour toute éternité Francine à son fils Louis Marie ici présent. Bien sûr, le chagrin qui s'abat sur nous tous est profond, mais c'est là un mal collectif nécessaire pour que vous puissiez enfin approcher la solennité de l'instant, celui qui rassemble pour des siècles et des siècles une mère et son enfant. Amen.

Qui aurait cru en effet que, sous ses airs bonhomme, la modeste boulangère d'un obscur village du fin fond de la Brenne, une femme qui comme toutes ces autres cachait si bien son âge, dissimulait en réalité une personne d'ascendance royale ? Il nous faut saluer ici le travail conséquent des généalogistes et des notaires, seuls capables de réunir malgré les vicissitudes de l'Histoire, des familles meurtries. La mort de cette quidam a enfin permis que soit révélée sa véritable identité : feue Madame la Vicomtesse Grumeaux de Sang Profond, et de rendre enfin à un orphelin éploré, une maman qu'il n'espérait plus! Oh ! Je sais les drames humains que beaucoup d'entre vous endurent et qui, à certains moments de leur vie ont pu vous faire douter de Sa présence ! J'ai vu certains parmi vous essuyer discrètement une larme. J'en ai entendu d'autres gémirent, quel qu’autre encore ne plus pouvoir parler, agité par de profonds sanglots. On m'a rapporté toute l'heure l'évanouissement de notre chef de chœur, puis l'indisposition momentanée du président du club de foot, qui, on me l'assure, se remet doucement dans les vestiaires des tribunes. Je ressens moi-même actuellement beaucoup de difficultés à m'exprimer tant l'émotion m'étreint. Ce bouleversement émotionnel nous touchent tous, mais chacun différemment, dans notre chair. Or, Jésus lui-même, a connu ces mêmes tourments en gravissant le Golgotha ! Aussi, si Dieu le Père, nous inflige comme calvaire, en plus de nos douleurs morales, ces quelques désagréments physiques, il nous faut tous méditer sur sa Parole: Père, que ta Volonté soit faite ! Mais, nous voici enfin tous réunis, mes très chers frères et mes très chères sœurs, devant ce que notre Sainte Église authentifiera très bientôt comme un véritable miracle ! Notre maire bien-aimé a, en effet, retrouvé la sienne, malheureusement trop tard, puisqu'au jour même de son trépas. Dieu a voulu cela. Et il vous faut lire désormais cet événement extraordinaire comme un signe de son infinie Bonté. De son index, il nous indique à tous la voie à suivre. Si, de par sa famille paternelle nantaise, votre premier magistrat était déjà de petite noblesse bretonne, il devient grâce à la découverte inopinée de sa maman, l'héritier caché de la Couronne et il vous importe à vous tous, ses plus proches administrés, de devenir ses plus fidèles soutiens dans son ascension vers sa destinée nationale. Les élections présidentielles auront lieu dans quelques mois, la droite française est gangrénée par les affaires, or, la France, fille aînée de l’Église, a besoin d'un chef légitime capable de nous sortir du chaos actuel. Louis Marie, hier encore, tu ignorais tout de ton destin. Aujourd'hui, rompant l'affreux silence qui l'avait, (tel autrefois le masque de fer), toute sa vie tenue au secret dans un fournil, votre maman par delà la tombe, éclaire enfin votre chemin. De la même façon que vous avez su gérer avec sagesse et justice notre petite communauté, vous saurez désormais sauver notre pays.

Ah ! Monsieur le député, Madame la conseillère régionale, Monsieur l'Inspecteur d'académie, Madame la présidente de notre troupe théâtrale, mesdames et messieurs les conseillers municipaux, chers concitoyens, chers fidèles, comme il est doux de compter sur votre présence en ce triste et merveilleux jour qui voit s'entrecroiser, mais trop tard, l'honnête et douloureuse existence de notre sœur Francine et l'accouchement de notre futur présidentiable : Louis-Marie.

Cette poignée de terre que, chacun à votre tour, aller désormais jeter sur ce cercueil, est un morceau de France. Ici, à Saint Girault l'étang, cette glèbe rouge demeure le linceul de notre antique civilisation gallo-romaine. Ailleurs, ce même sol retient les étangs de la Brenne et il faut voir dans cette coïncidence toponymique, cette répétition lacustre, non un léger effet rhétorique de votre serviteur, (jusque là, j'étais comme vous, je ne l'avais même pas remarqué), mais, une fois de plus le signe de l'omniscience divine. Ce morceau de sol, que dans un instant éphémère vos doigts retiendront, puis jetteront dans cette plaie béante que représente ce tombeau encore ouvert, confère à votre geste, un caractère historique et sacré. Ce même geste que vous répéterez par deux fois en mai 2012 quand vous glisserez dans l'urne républicaine, ce nom gravé à jamais dans vos mémoires et sur le fronton de ce mausolée : Grumeaux de Sang Profond.

A l'issue de cette cérémonie, la municipalité a prévu dans le foyer socio-culturel une légère collation qui pourra, nous l'espérons, réconforter de leur malaise le plus grand nombre d'entre nous. Amen.


Allocution de Monsieur l'abbé Taurugaux, vicaire en la paroisse de Saint Girault l'étang pour les obsèques de feue Madame Grumeaux de Sang Profond, le 27 septembre 2011.


Dernière édition par Vic Taurugaux le Dim 2 Oct 2011 - 15:05, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: Défi en collectif   Sam 1 Oct 2011 - 16:04



LE PASSAGER DU TEMPS





Le rédac chef avait appelé :
« Perdillac, je t’attends à l’agence, c’est urgent !

Bien sûr elle avait râlé, que tout était toujours urgent pour avant-hier, qu’elle rentrait à peine d’Afrique, qu’elle n’avait pas le temps de souffler…
Bien sûr ça n’avait pas impressionné, ça faisait partie du rituel ! Et elle était assise dans le fauteuil des visiteurs, à l’écouter…

« De Sanprofond nous fait savoir qu’il se rend dans la Brenne, sur la tombe d’une nommée Francine Grumeaux le 27 Septembre, demain ! »
Oui, et alors ? Si Mr le Maire s’imaginait qu’elle allait suivre tous ses déplacements comme un toutou, il se plantait l’aristo ! Mais… « Francine Grumeaux » ça sentait la roture, qu’est qu’il pouvait aller faire là bas, quel lien pouvait-il avoir avec cette bonne femme défunte ?
« Bon, c’est quand même pas pour ça que tu m’as fait courir ?
-Non. St Pourçain sur Sioule, ça te dit quelque chose ?
- Un peu, c’est le patelin dont parlent tous les canards à sensation, il c’est passé un truc bizarre le 19…
- Très bizarre : une américaine Penny Mac Mactunick prétend qu’elle a vu un type disparaître sous ses yeux !
- Les States ont ouvert une annexe de la zone 51 dans la garrigue française ? Elle avait forcé sur le wiski ou les substances hallucinogènes la dame ?
- Pas d’après ce qu’on sait, et on ne sait pas grand chose, alors tu vas aller voir sur place.
- Je devrais recueillir son témoignage ?
- Impossible : très choquée, elle serait sous bonne garde dans une clinique, dont on ignore la localisation. Soit discrète, ça grouille de curieux parmi lesquels des agents secrets !
- C’est un gag ? J’aime les polars et la SF, quand c’est du roman. Et pourquoi moi plutôt qu’un de nos reporters mâles? Il passerait davantage inaperçu au milieu des Men in Black !
- Tu viens de le dire : tu adores la SF !»

Elle s’était donc retrouvée dans une chambre du seul hôtel du secteur, un Relais et Château avec piscine pour chercher la trace d’un mec disparu par enchantement…

En cette matinée ensoleillée du 27 Septembre, elle flânait au marché yeux et oreilles grands ouverts, commerçants et chalands ne parlaient que de ça !
Toutes les hypothèses, y compris les plus délirantes étaient exposées :
- On allait tourner un film et quelqu’un était venu tester les effets spéciaux…
- C’était des essais de l’armée…
- C’était un des effets du grand Complot Mondial : les « Maîtres Cachés » avaient fait disparaître un homme qui avait découvert leurs secrets, en plein jour, pour montrer leur puissance…
Et bien sûr, les inévitables extra terrestres récupérant en catastrophe l’un des leurs égaré sur notre planète… Ou une des premières manifestations de l’Apocalypse prévue dans un peu plus d’un an !

Rien d’original, inutile de poser des questions qui auraient attiré l’attention. Mais depuis plus de deux heures qu’elle traînait là, achetant quelques fruits pour la vraisemblance, elle n’avait rien appris de concret ! Comment retrouver un mec disparu qui n’avait peut être jamais existé que dans l’imagination d’une américaine déjantée ?

Elle alla au restaurant sur la place, c’était un bon poste d’observation, et les serveurs habituellement bavardaient volontiers !
Elle tomba sur la chaise… Elle sentait « quelque chose » dans l’air, quelque chose d’indéfinissable, tout paraissait flou, une vague sensation de vertige, était-elle la seule à l’éprouver ?
Le serveur lui fit répéter trois fois sa commande qui n’avait rien pourtant d’extraordinaire : un planteur. Elle éprouvait le besoin d’un truc un peu fort pour dissiper ce malaise…
Le serveur revint au bout d’une éternité avec… un Martini, l’air effaré, il se mouvait comme au ralenti. Et ces deux types à la table voisine qui lui lançaient des coups d’œil en biais. Non, elle n’allait pas virer parano !
Elle but ce qu’on lui servait, renonçant à contester, mais également au repas, elle n’avait plus faim, et aux questions, le serveur avait l’air à côté de la plaque !
Elle décida de retourner à l’hôtel pour profiter de la piscine, ça lui rafraîchirait les idées. Il y avait vraiment quelque chose de bizarre dans ce bled !

Vraiment bizarre ! La voiture avait roulé dans une sorte de gelée, le réceptionniste l’avait regardée comme si elle débarquait d’une autre planète, et elle avait du s’y reprendre à plusieurs fois pour se rappeler le numéro de sa chambre.
Il avait fallu une douzaine de passages de la carte magnétique pour que la porte de la chambre s’ouvre, énervée, elle la poussa brusquement, et se figea :
Un homme était assis sur le lit !

« Alors c’est vous ! »
Ce n’était pas une question. Grand, vêtu avec recherche pantalon serré, chemise, noirs, comme la cape ornée d’une fibule posée à côté de lui, un bracelet étincelant au poignet gauche. Plutôt séduisant, des traits réguliers, de longs cheveux noirs. Difficile de fixer un âge, mais il n’était plus très jeune.
Il leva ses yeux sombres et dit d’une voix grave :
« Veuillez m’excuser si je vous effraie. »
Elle n’était pas effrayée !
Elle se croyait dans un roman de SF, on n’a pas peur dans un roman, l’étrange y est la norme.
Cette sensation de vertige, c’était peut être ça : le passage de la dimension réelle dans la dimension romanesque…
« Non, vous n’êtes pas effrayée, c’est curieux, j’inquiète tous ceux que je rencontre !
Quel jour êtes-vous ? »
Il ne lui demandait pas si elle était un jour, ni quel jour « sommes-nous », mais quel était le jour dans son monde à elle.
« Le 27 Septembre 2011, calendrier grégorien.
- Ce calendrier dont le jour zéro est celui de la naissance du personnage que vous nommez Christ. Je ne suis jamais remonté aussi loin que la naissance de ce mythe. »
Jusqu’où était il remonté, et depuis quand ?
« De quand venez vous, quel est votre nom, pourquoi êtes vous ici ?
- Je ne puis répondre à la seconde question, nous ne pouvons révéler notre nom à des étrangers. De quand je viens ?- il calcula mentalement- de… l’an 1470 de la Grande République, ce qui fait pour vous… l’an 12 500. J’habite ici dans votre futur, nous nous déplaçons dans le temps, mais non dans l’espace »
Ainsi, l’humanité malgré tous ses efforts n’avait pas anéantit et l’espèce et la planète…
« Et vous maîtrisez le voyage temporel ?
- Vers le passé, seule la période entre notre naissance et le jour présent nous est interdite, mais « maîtriser » n’est pas le terme adéquat, si je le maîtrisais, je ne serais pas réfugié dans cette chambre. »
Il s’exprimait dans une langue châtiée, mais semblait hésiter sur les mots.

« La période qui vous est interdite évite les paradoxes temporels comme vous rencontrer vous-même. Votre présence serait due à une erreur de manipulation ?
- Non ma présence ici en tant que telle, mais le fait que vous me voyez et celui que je ne puisse changer d’époque.
- C’est votre bracelet qui vous permet de voyager, il est défectueux ?
- C’est un modèle expérimental, une miniaturisation de la machine originelle. Je suis curieux de nouveautés, mais je crains d’avoir été trop outrecuidant en pensant savoir l’utiliser. J’ai probablement provoqué la distorsion du continuum qui affecte vos semblables, mais vous semblez moins atteinte, pouvez vous m’aider ? »
« Moins atteinte ? » Il l’avait juste faite basculer dans un autre plan d’existence…
« Je ne vois pas comment je pourrais vous aider, j’appartiens au vrai monde !
- Par « Vrai Monde » vous parlez du votre, pensez vous que le mien est moins réel ? »
Ce n’était pas vraiment le moment idéal pour se lancer dans un échange métaphysique sur la réalité tangible ou non des dimensions parallèles. En d’autres circonstances, ça l’aurait passionnée !
« Je parle de MA réalité, une réalité dans laquelle beaucoup de gens sont à votre recherche.
- Il ne me semble pas que ce serait agréable pour moi de rencontrer ces personnes. »
« Peu agréable » c’était en dessous de la vérité, entre les gugus des Services Secrets hantés par le "Complot" et/ou le désir de mettre ses « pouvoirs » à leur service s’ils pouvaient s’en emparer, les allumés d’OVNI, de millénarisme, de Fin du Monde, les chasseurs de scoop et… il était mal le passager du temps ! L’aider ? Elle aurait bien voulu mais que pouvait-elle faire ?
La grande pro rationnelle avait fait place à une femme désarmée face à un homme qui disait venir du futur et semblait perdu parce que sa machine ne fonctionnait pas…
« Vous ignorez d’où vient l’erreur de manipulation ?
- Exactement. Mais je ne veux pas vous embarrasser davantage, vous faites preuve d’une grande amabilité envers moi. Je vais réessayer. Il est je suppose inutile de vous recommander de ne parler à personne de notre rencontre ? Vous êtes quelqu’un d’honnête. »
Il toucha plusieurs boutons sur le bracelet : la chambre trembla dans une brume orangée, et il disparut !

Lorsqu’elle reprit ses esprits, elle était incapable de dire combien de temps c’était écoulé, ni dans quelle dimension elle émergeait. Si tout ça n’avait été qu’une illusion ?
Non, sur le lit, brillait la fibule qui ornait la cape du voyageur, et elle savait que ce n’était pas un oubli de sa part, en plus, elle aimait beaucoup les fibules ! Quant à sa recommandation, elle était en effet inutile, personne n’y croirait et elle ne voulait pas tomber entre les pattes de Men in Black qui la questionneraient pendant des heures, pour obtenir des réponses là où il n’y en n’avait pas ! Enfin, pas de réponses qu’ils puissent admettre !

La sonnerie du portable la ramena brusquement dans son monde, la voix n’avait pas besoin de présentation :
« D'Armor, tu as quelque chose de concret ?
- Peut être, mais ça va pas te plaire.
-Et pourquoi ?
Un tu me croirais pas, deux ce serait impubliable ! »

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MessageSujet: Re: Défi en collectif   Sam 1 Oct 2011 - 19:27

L'ÉVASION

"Voilà ce qui arrive lorsqu'on dit la vérité ! Se dit Penny en ramenant son plateau-repas au comptoir du réfectoire. En plus on mange mal ici, bullshit !
— Vous avez terminé, madame McCornik, alors nous vous raccompagnons à votre chambre.
— McTunik ! Et j'ai droit à une sortie dans la cour et à la machine à café, il me semble, non ?
— Très bien, vous avez un quart d'heure, mais nous descendons avec vous.
— J'ai pas besoin de chiens de garde, c'est bon, vous croyez que je vais m'échapper ? Quand le psychologue va m'entendre, et j'y tiens, il va comprendre que je dis la vérité et me laisser repartir de cet établissement.
— Rien n'est sûr, vous savez des choses que nos services auront besoin d'entendre aussi, pour en évaluer la véracité.
— Je vous rappelle que je ne suis pas folle, puisque j'ai madame Chihuaha qui a témoigné ! Je n'ai donc rien à faire dans un asile de fous.
— Ce n'est pas la seule vocation de cette clinique et vous le savez bien, vous avez subi un choc, vous avez besoin de décompresser, et de vous libérer de cette histoire. Et la dame en question, et pas seulement elle, est interrogée aussi actuellement."

Penny descendit dans la cour... Un temps chaud pour un 27 septembre, surtout ici à Montluçon, comme si l'été ne voulait pas rendre les armes, comme si les saisons s'arrêtaient de tourner. D'ailleurs l'atmosphère était lourde mais étrangement oppressante.
Beaucoup d'autres internes déambulaient ; certains étaient vraiment atteints. Il y avait notamment ce jeune latino qui souriait à tout le monde et alternait un langage poétique en français parfait avec un baragouinage mi français mi espagnol à peine intelligible et qu'on avait capturé pas loin de Limoges avec des ailes d'ange sur le dos, en train d'alpaguer tout le monde, surtout les femmes et les enfants.
Justement, il s'approcha, alors qu'elle s'installait avec son café sur le seul banc à l'ombre.
On dirait Antonio Banderas en plus jeune, se dit-elle, j'aimerais bien savoir ce qu'il cache dans son pantalon moulant de toréador... hem what a divine ass ! Son ventre se réchauffa et elle sentit ses tétons durcir, lorsque en plus le jeune étalon lui décocha un sourire comme une banderille.

"Ola, encantador senorita, Me llamo Manolo ! Manolo Bandera. ¿y usted?
— Can you speak english ? Ou parlez-vous français ?
— Oui, mais cela enlève un peu de ma prestance naturelle.
— Hi hi ! Penny McTunik, nice to meet you.
— Ne sentez-vous pas que quelque chose se prépare, querida senora ?
— Que voulez-vous dire ?
— Dans l'air, ça se sent... Regardez-les tous.
Il montra du doigt les internes au fond de la cour qui en effet paraissaient nerveux et criaient de façon de plus en plus rapprochée.
— Bah ce sont des fous, non ? Ça fait quelques jours que je suis là, et je les vois souvent faire ça.
— Mais pas aussi longtemps et ensemble. Dios mio, je sens moi aussi une oppression, quelque chose ne va pas.
— My God, arrêtez, vous me le communiquez, je me sens pas bien, comme shootée.

Elle vit que les deux agents de sécurité qui ne la quittaient pas des yeux d'ordinaire se tenaient la tête et ne faisaient plus attention à elle.
— Manolo, un jeune homme aussi beau que vous ne peut être que gentleman, aidez-moi à sortir d'ici, maintenant ! Profitons du malaise général !
— Acción y la aventura, me conviene ! Venez !"

Il la prit par la main, sa poigne virile lui fit un effet galvanisant, et il partirent en contournant le banc puis la machine à café, vers la sortie de secours, où le garde se tenait la tête à pleines mains et semblait trop préoccupé pour surveiller quoi que ce soit. Il profitèrent de l'aubaine pour pousser la barre d'ouverture et se retrouvèrent dans une rue de Montluçon, où certaines voitures étaient arrêtées en plein milieu, créant un désordre inhabituel.
Ils coururent sans se retourner, slalomant entre les gens et les véhicules, jusqu'à tomber sur l'avenue du président Allende, où régnait la même confusion.
Et là, en voyant une espèce de gelée au sol, Penny comprit :
"Il est revenu ! Il vient juste de partir, j'en suis sûre !
— Que ?
— L'homme en noir ! Lorsqu'il a disparu devant moi, il s'est passé la même chose à Saint Pourçain, et après il y avait ça par terre. Il est revenu dans le coin, et là il vient de disparaître à nouveau. Ils vont être obligés de me croire maintenant.
— Santa Madre, vous aviez peut-être votre place à l'asile !
— Ne dites pas de bêtises. Vous faites quoi, vous, maintenant ?
— No sé, je suis là pour servir le Bien.
— Alors vous êtes bien un vrai ange, finalement. J'ai un "bien" à vous proposer, justement, ça se passe là, dans cet hôtel."

Cet après-midi du 27 septembre, Penny put alors vérifier enfin si les anges avaient un sexe ou non, et quelque chose me dit qu'elle ne fut pas déçue.

*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*
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