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 Vic erre à Athènes

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Vic Taurugaux

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MessageSujet: Vic erre à Athènes   Sam 15 Oct 2011 - 11:50

Il fallait faire quelque chose. La dette grecque s'était creusée à mon égard, jour après jour, depuis notre dernière Odyssée, Scapi, sa femme, la mienne et moi. J'avais pourtant donné créance à ce pays, à ses paysages, ses coutumes, sa mythologie. Mais le temps passant, les souvenirs s'estompent, les impressions pâlissent à la façon dont les civilisations oublient leurs mythes, leur histoire et, peut-être même, leurs identités. Du coup, votre Culture s'en va, fuit, dégouline comme à travers les trous du pain. Bien sûr, vous léchez alors votre tartine par en-dessous, mais ces circonvolutions gastronomiques, ces circonlocutions stylistiques, ne peuvent venir à bout d'un mal qui vous ronge, d'une faim qui vous tenaille : celle de vos origines. Car enfin quoi, la Grèce ne serait-elle plus désormais le berceau de la démocratie, telle qu'elle me fut enseignée par mon professeur d'histoire au collège,il y a de cela si peu de temps, mais, à entendre les médias, serait subrepticement devenue un panier percé, celui que l'Europe se voit à présent condamnée à remplir sans fin ? Il nous fallait en avoir le cœur net.
N'écoutant donc que son courage et sa femme et abandonnant lâchement Scapi à la tyrannie de la sienne, votre Vic attitré a donc repris son bâton de pèlerin pour visiter pour vous, non tout le reste de la Grèce, mais plus sûrement Athènes. Son errance l'a donc conduit dans le dédale des innombrables artères de cette mégalopole égéenne, où le flot incessant des voitures, des bus, des taxis jaunes, des trams, des camions, se fraient comme naturellement un passage entre des immeubles ultra-modernes, des quartiers populaires, des collines plantées d'oliviers et d'églises byzantines et, aussi et surtout, d'un nombre inimaginable de tas de cailloux sculptés représentant, pour qui sait les lire, tout un cheminement de cairns plus historiques les uns que les autres.

Il vous faut d'abord comprendre qu'Athènes est une capitale européenne, à l'égal des autres capitales européennes, possédant un réseau de transport urbain tout à fait au point, des métros aussi spacieux que nos RER, des trams ultra-modernes, des bus, des trolleys, etc. Et, tout cela ne coûte au touriste que vous êtes désormais devenu, (puisque que vous marchez sur mes pas), que 14€ le ticket pass pour la semaine. Cette carte est obligatoire car cette ville, à la différence de Florence, Rome, Séville, etc, est très étendue ; ses différents sites étant espacés de plusieurs dizaines d'arrêts de bus. D'un côté, au Sud, vous avez la mer, ses plages, son port : le Pirée, et à l'autre bout, à une dizaine de kilomètres : l'Acropole : étymologiquement : acro : le bout, pole : la ville. Et derrière ce bout qui est devenu le centre, d'autres kilomètres carrés de quartiers citadins mais, qui étaient autrefois des champs. Alors, en ces temps de crise, (avez-vous entendu parlé de la crise?) votre ticket pass devra être considéré comme votre plus précieux souvenir. En effet, il coûte en euros, et au cent près, exactement la même somme qu'un parthénon en plastique made in china qu'un vendeur à la sauvette pakistanais n'aura de cesse de vouloir vous refourguer dès lors que vous vous déplacerez en short et avec un appareil photo autour du cou. Car ces deux objets (le ticket et le parthénon) possèdent la même valeur : à savoir qu'ils ne vous serviront à rien d'autre sinon qu'à vous remémorer vos aventures touristiques. En effet, une fois le sésame acheté, on vous apprend que le fameux réseau de transport urbain, auquel vous pouvez désormais prétendre, est en grève un jour sur deux. Un vent de révolte souffle alors dans votre cœur. Le ciel athénien, que vous imaginiez éternellement bleu, s'obscurcit tout à coup. Des nuages noirs déferlent depuis la mer. Vous avez peur. Quid d'un tsunami ? Vous escaladez alors les escaliers abrupts qui montent au temple d'Athena entouré de toute une procession de croisiéristes. Votre premier sacrifice est de vous acquitter au milieu de cette foule des douze euros qui vous permettront en quatre jours d'entrer dans tous les sites archéologiques de la ville. Puis, vous vous faites aborder par une prêtresse, une guide free-lance, qui, en français, peut tout vous expliquer. Les temples, les théâtres, les remparts : tout. Qu'on peut même se mettre à plusieurs francophones pour la payer, car son enseignement vaut cent euros. Le problème, c'est que les belges et les québécois qui vous entourent, possèdent déjà leurs propres guides rémunérées par leurs tour-opérators. Alors, comme l'orage menace, il ne vous reste plus qu'une solution. Devenir passager clandestin d'un car de touristes français. Vous l'identifier rapidement à sa conductrice qui agite désespérément au milieu de toutes ces impressionnantes colonnes ioniques et doriques, un drapeau tricolore devant des gens qui ne l'écoutent absolument pas. Ces derniers craignant la pluie et surtout l'ennui, préfèrent discuter du restaurant dans lequel ils pourront trouver très bientôt refuge. Zeus leur donne raison et les dissémine: un éclair zèbre le ciel. Ce n'est que dans ces conditions météorologiques que vous devenez apte à comprendre le temps, à entendre l'Histoire, l'histoire qui fait l'histoire, celle que raconte depuis la nuit des temps le Pathénon : la Centauromachie.

A suivre


Vos envoyés spéciaux


Votre guide en mal d'auditoire.


Dernière édition par Vic Taurugaux le Sam 15 Oct 2011 - 15:32, édité 1 fois
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Romane
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MessageSujet: Re: Vic erre à Athènes   Sam 15 Oct 2011 - 14:16

Outre le plaisir de lire le récit de ce périple, je dois dire que les photos d'Athènes sous la pluie me réjouissent parce qu'elles ne sont pas habituelles. D'ordinaire, ces vieilles pierres sont toujours présentées sous un décourageant soleil de plomb. Bises à Corinne au passage !

Est-ce que l'atmosphère est tendue, là-bas ?

*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*
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Vic Taurugaux

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MessageSujet: Re: Vic erre à Athènes   Sam 15 Oct 2011 - 17:41

De la centauromachie

Dans la vie, il existe deux sortes de gens : ceux qui marchent à pied, et d'autres, plus riches qui possèdent une monture. Les premiers ne s'éloignent que très peu de leur terre où demeurent prises leurs racines. Leur pays, ils le cultivent ; c'est pour cela qu'on les appelle les paysans. Ils ont pour seule vertu la patience, ils connaissent le prix du temps qui seul, permettra aux raisins de murir, aux oliviers de pousser, aux troupeaux de prospérer. Ils accordent à tous ces fruits une valeur inestimable qui lie leur travail à leur contrée. Ils ont pourdéesse Athéna qui leur apporte la sagesse et la prospérité.
Les seconds n'ont pas de terre, ou alors très peu : des îles stériles au-delà des flots. Ils possèdent pour principales valeurs, leurs bateaux, leurs chevaux qui leurs permettent de se déplacer. Ils circulent rapidement à la façon des vents et, comme les tempêtes, jettent leur dévolu sur vos champs, vos maisons, vos villages. Ils sont commerçants et ou guerriers : on les appelle les centaures et ce sont les fils de Poséidon dont ils ont hérité et la fougue et l'instinct agressif.
Aujourd'hui, à Athènes, on trouve toujours ceux qui marchent à pied dans les manifestations, et ceux qui viennent de la mer, sur leurs yachts, dans les innombrables marinas qui gangrènent la plage. Là, farnientent en effet des milliers de capitaines d'industrie, de banquiers, de membres imminents de richissimes multinationales qui font et défont selon leur guise les marchés.
Et, pour relier ces deux instances, il existe la ligne de tram numéro 4 qui descend du centre-ville : la place Syntagma, et longe et les plages et les ports jusqu'à une petite ville dénommée Marathon. Et bien, croyez sur parole votre Vic qui la testée un jour de grève, la ligne numéro 4 est très longue, surtout quand on la fait à pied !

Il faut considérer le Parthénon comme un livre à ciel ouvert. Un livre de marbre qui possède en haut de ses colonnes les images du passé. C'est, si j'ose la comparaison, une sorte de bande dessinée sculptée dans le marbre, c'est à dire à jamais, et remplissant deux fonctions : l'édification des mortels qui la lisent et, en même temps, la vénération de leurs dieux. Le temple s'est construit en effet, comme un acte de foi. Chaque sculpture qui l'orne et qui dit un morceau du mythe, est une œuvre votive, un ex-voto, offert au dieu par un fidèle reconnaissant. Le Parthénon offre deux niveaux de lectures : un niveau externe situé sur le pourtour supérieur du temple et qui représente le mythe et un niveau interne, une frise de 166 mètres de long située au-dessus des colonnes internes et qui figure les panathénées : une immense procession ayant lieu tous les quatre ans dans l'Athènes antique qui, gravissant la colline de l'Acropole, entraînait sur son sommet tous les athéniens vers la déesse Athéna, et où tous ces fidèles lui offrait des sacrifices animaux, moutons, chèvres, bœufs...

Le côté Sud du bâtiment explique donc sur son extérieur la centauromachie, c'est à dire le combat entre les centaures, monstres à buste et tête d'homme et à corps de cheval contre les Lapithes : les paysans du coin. Le suspens étant : qui d'Athéna ou de Poséïdon va gagner ?


La mer vue depuis l'Acropole (au téléobjectif)


Groupe de Lapithes possédant l'écriture et le pouvoir de manifester pacifiquement.


Troupeau de centaures faussement calmes


Les drapeaux n'y changent rien, tous ces yachts représentent la flotte de Poséïdon que les centaures défendent.


La preuve


Richesses lapithes.


Zoom arrière.


Tram numéro 4 un jour sans grève.


Case de la bande dessinée parthénoenne, codifiée métope numéro 30 par les archéologues et volée par les anglais pour leur british Muséum. Les autres métopes que vous ne pourrez pas admirer à Londres, se trouvent au Louvre. Vous pouvez y aller en métro français, celui-là n'étant pas endetté...

... Pour l'instant.

A suivre.
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Vic Taurugaux

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MessageSujet: Re: Vic erre à Athènes   Sam 15 Oct 2011 - 18:33

Il faut comprendre la légende de notre dernier cliché emprunté par force à Wikipedia. Le Parthénon est une immense ruine. Non à cause des méfaits du temps, des orages, du vent, mais plutôt du fait qu'il a été, à l'égal de la Grèce, régulièrement pillé par des colonisateurs venus apporter la civilisation. On dira bien sur du mal des ottomans pour mieux occulter les longs siècles d'occupation française durant les croisades. Le Parthénon fut tour à tour, église chrétienne, mosquée, puis poudrière que les vénitiens eurent la bonne idée de faire sauter au XVIIème siècle et rasant un momument architectural capable de tenir debout durant des millénaires. Le mal étant fait, cela excusa par la suite le pillage et le saccage systématique de l'endroit par les français et les britanniques, très soucieux de se confectionner chez eux de superbes musées à moindre coût.
En 1980, Mélina Mercouri, ministre de la culture grecque tenta bien de demander à ses homologues européens de restituer un peu de ce qu'ils avaient volé. On lui répliqua que cela n'était possible, car si les états français ou anglais se mettaient à rendre, ne serait-ce qu'une seule statue chacun à l'état grec, cela créerait une jurisprudence permettant par la suite que les grecs, les égyptiens, les africains, les indiens et tutti quanti nous vident tous nos beaux musées qui recèlent tant d'hommages à ces peuplades sauvages. Donc, on veut bien prêter des milliards, mais faudrait pas exagérer ! La presse grecque est pour l'heure derrière le ministre de l'Industrie qui va négocier le rachat d'entreprises locales par des groupes comme Suez, Vinci, heureux comme tout de profiter de l'aubaine de la prétendue crise. Ce brave ministre argue que le personnel qui y travaille est amplement qualifié, diplômé et que ce ne serait pas juste que ces grands groupes ne rachètent l'industrie grecque juste pour la délocaliser dans des pays possédant une main d’œuvre meilleur marché.
La question pour le citoyen grec est donc d'essayer de comprendre qui dit vrai : les agences de cotation qui prétendent que le pays est mal géré ou leurs politiques qui crient au complot des marchés. Ce problème actuel est expliqué sur le côté Est de l'acropole par une autre bande dessinée marmoréenne : la gigantomachie. Ce sera le sujet de notre prochain cours, mais pour l'heure, que chacun se mette à l'abri, les éléments voulant sans doute me faire mentir, se liguant contre nous !





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zoé sporadic
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MessageSujet: Re: Vic erre à Athènes   Sam 15 Oct 2011 - 18:35

Vic Taurugaux a écrit:




Tram numéro 4 un jour sans grève.

Je vais garder ces deux-ci, elles manquaient à mon album !
Gaga
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Vic Taurugaux

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MessageSujet: Re: Vic erre à Athènes   Sam 15 Oct 2011 - 18:39

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zoé sporadic
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MessageSujet: Re: Vic erre à Athènes   Sam 15 Oct 2011 - 18:42

Ah, tu faisais un stage de sculpture ?
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Tryskel
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MessageSujet: Re: Vic erre à Athènes   Sam 15 Oct 2011 - 20:21

Pour ce magistral raccourci historique, Vic: chinois bisou d'une centauresse!
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Romane
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MessageSujet: Re: Vic erre à Athènes   Sam 15 Oct 2011 - 22:06

Passionnant. Vivement la suite !

(je dois dire que la dernière photo est particulièrement savoureuse Laughing )

*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*
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blue note

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MessageSujet: Re: Vic erre à Athènes   Dim 16 Oct 2011 - 23:41

Un compte rendu riche et savoureux de ton séjour. Et les photos me plaisent bien aussi, surtout celle du Parthénon sous la pluie. Pas très courant...
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Vic Taurugaux

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MessageSujet: Re: Vic erre à Athènes   Lun 17 Oct 2011 - 11:20

La gigantomachie, c'est le combat entre les dieux et les géants. C'est un peu plus flou parce que la différence entre un géant et un dieu n'est pas toujours perceptible : c'est beaucoup des questions de généalogies et de cultures. Prenez par exemple aujourd'hui Monaco : pour vous, c'est plutôt un état ou une multinationale ? C'est pas toujours clair ce que cache le nom. Monaco est un mot, une marque à forte valeur, mais on ne sait pas trop bien laquelle. La famille Grimaldi doit-elle être considérée comme une véritable noblesse ou comme une troupe d'acteurs issus d'Hollywood ? Dans le principe grec antique, le flou est le même et la représentation a énormément de valeur. Ainsi sur les frontons ouest et est du Parthénon. A l'ouest, par où vous arrivez, c'est la présentation de la querelle entre Athéna et Poséidon. A l'est, c'est sa conclusion, Athéna est déclarée vainqueur par Zeus. Tout cela est raconté par des sculptures gigantesques. Et ces sculptures, qui ornent les frontons sont parfaites : c'est à dire sculptées aussi bien devant que derrière. Les dos des personnages que personne ne peut voir, car appuyés sur le mur, ont été parfaitement travaillés. Car la sculpture est d'abord un cadeau aux dieux. C'est plus qu'une représentation pour les fidèles. Ensuite, l'église byzantine a repris ce concept artistique pour ses icônes. Tout cela est justement décrit au musée de l'art byzantin. Une icône, ce n'est pas un portrait comme les italiens de la Renaissance ont commencé à faire pour le plaisir des mécènes qui les rétribuaient. Une icône, sa fabrication doit être comprise d'abord comme une prière, une offrande : un ex-voto. Bien sûr, elle renseigne le fidèle sur tel saint, la vierge Marie, etc. Mais, ce n'est pas son but premier comme peut l'être une peinture catholique, italienne, française ou espagnole. L'intention religieuse n'est pas la même. Du coup, les catholiques ont fait des progrès pour représenter le réel, la perspective qui relativise le premier plan, l'arrière-plan etc... ont élargi leurs palettes de couleurs pour mieux coller à la réalité, là où, les byzantins avec leurs ors exposent la part mystique de la peinture.

J'ai lu pendant que j'étais en Grèce un bouquin sur Matisse. Pour lui, à son siècle, le sacré ne se trouve plus chez les dieux. Il est dans des personnes, des paysages, des instants qui sont pour nous, aujourd'hui, plus que le réel. Par exemple, un paysage , une rue de votre enfance que vous retrouvez. Ou bien, votre femme, vos enfants. Ces personnes, ces paysages, sont pour vous plus que des personnes, des vues réelles. Elles sont liées à vous de façon sacrée par l'amour, le souvenir, etc. C'est ça que Matisse veut peindre dans ses nombreux portraits de sa famille ou dans des vues de paysages à haute valeur affective pour lui. Le tableau n'est pas pour lui une photo qui par mimesis, reproduit le réel. Il est plus une extrapolation de notre rapport au réel et notamment de ce qu'il y a de sacré pour nous dans le réel.
En faisant ça, Matisse reprend un peu de la pensée de l'artiste antique qui sculpte sa mythologie, sauf qu'au lieu de peindre un dieu, Matisse peint son petit garçon car c'est plus moderne. Son enfant ayant plus de valeur pour lui que n'importe quel dieu désormais virtuel.

Dans les panathénées, la procession qui porte des offrandes à Athéna, il existe un personnage masculin qui porte sur ses épaules un veau ou un agneau et qu'on appelle un moscophore. Ce personnage va être reproduit par de nombreux sculpteurs grecs comme une sorte d'archétype, un rapport qu'un mortel peut avoir au divin avec la charge de porter sur son dos, un animal pour un sacrifice aux dieux. Ce moscophore va glisser peu à peu pour être intégré dans les icônes chrétiennes byzantines et représenter à la fois le berger qui ramène la brebis égarée à la façon de Jésus, à la fois Saint Christophe, le porteur du Christ, c'est à dire Dieu le fils qui sera sacrifié sur la croix. Les niveaux entre divin, humain, animal ne sont pas toujours clairement définis à la naissance d'une religion. Ainsi, quand vous visitez à Athènes, le musée de l'art Byzantin , vous trouvez énormément de représentation d'un personnage que vous jureriez avoir déjà vu dans la mythologie égyptienne sous les traits d'Anubis. C'est un homme à tête de chien : c'est toujours Saint Christophe!
La religion chrétienne a beaucoup fait pour lutter contre les polythéistes en prônant l'idée de l'unicité de Dieu et partant de l'Homme. Mais, bizarrement, cette religion prône le sacrifice humain, Jésus sur la croix, puis à son exemple, les premiers martyrs nourrissant les lions du Colisée, alors que les dieux grecs se contentaient très bien du sacrifice d'un mouton, d'une chèvre, voire d'un bœuf qui permettaient ensuite à chaque fidèle de partager le méchoui collectif. L'idée de sacrifier des humains aux dieux ou à la foule est donc un concept postérieur à ce que dit le Parthénon. C'est une idée de romain.

Alors, pour comprendre l'Acropole, le Parthénon, il ne faut pas forcément y monter. Ni suivre une guide. Pour cinq euros, vous pouvez visiter au pied de la colline, le nouveau et moderne qui explique et renferme les statues, les sculptures qui autrefois ornaient le temple. C'est un musée assez extraordinaire dans son architecture. Il a été construit sur les fouilles de la ville se situant au bas de ce site sacré. Sur des pilotis, a été placé un immense plancher de verre qui vous permet de voir sous vos pieds quantité de maisons, d'échoppes de l'époque antique conservées à l'abri sous le bâtiment. Ensuite ce plancher de verre monte de façon inclinée à la façon dont on montait au Parthénon. Là, une immense salle expose les statues de l'Acropole, notamment de très nombreuses Korés, des jeunes filles, car le Parthénon était « le temple des jeunes filles ». Le troisième étage, c'est la reconstitution à l'identique du temple, plus exactement de la partie supérieure des colonnes où se déroulent toutes ces frises que je viens de vous expliquer très brièvement.

Ensuite, vous pourrez, avec votre billet pass de 12 €uros profiter du restant de votre semaine pour déambuler à votre guise dans l'ancienne agora, immense parc renfermant de très nombreux sites : théâtres, temples, Etc. Enfin, vous pourrez le faire, à condition toutefois de ne pas faire comme moi. Choisir la semaine où tout est fermé pour cause de grève. Mais çà, un jour ou l'autre, les grecs me le paieront, car foi de Vic : je reviendrai.


Eléments du bestiaire du Parthénon: chevaux du quadrige du soleil émergeant à l'aube de la mer et visibles sur l'angle sud du fronton est.


Même équipage replongeant dans les flots le soir à l'autre bout du fronton


Variation romaine sur le même thème: les chevaux appartenant ici à Neptune. Comme quoi, les centaures ont la peau dure!


Le moscophore du Parthénon allant sacrifier son veau pour les panathénées.


Prémices de l'art byzantin visibles au musée éponyme: au début, les animaux se mangent entre eux.


Puis, sont pacifiés dans leur crèche par la naissance du Fils de l'Homme.


Hommes qui, à l'instar de l'icône de Saint Georges, se montrent capables dès le moyen-âge de guerres saintes contre les forces du Mal: les musulmans.

P.S. En guise de fin de notre cours d'histoire et de ses quelques petits raccourcis, petit cadeau pour Tryskell qui pourra admirer ici de son oeil celtique ces magnifiques entrelacs byzantins du IIIéme siècle après qui vous savez.

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Tryskel
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MessageSujet: Re: Vic erre à Athènes   Lun 17 Oct 2011 - 18:11


Merci Vic, j'aime beaucoup l'art byzantin et c'est un plaisir d'y retrouver des entrelacs celtes!

J'ajoute un grain de sel à ton cours (avac ta permission): le cheval qui tire le char du d'Hélios (le dieu du Soleil qui n'est pas Appolon comme beaucoup le croient, pas plus que Morphée n'est le dieu du Sommeil) a une grande importance dans la mythologie grecque, mais il est ambivalent.
Lorsque les (futurs) athéniens veulent donner à leur cité toute neuve un dieu protecteur, deux se proposent: Athéna et Poséidon. En cadeau Athéna offre l'olivier et Poséidon le cheval.
C'est Athéna qui l'emporte et devient la déesse éponyme de la cité. Elle offre l'olivier, symbole de propsérité, du travail agricole et d'une grande importance dans l'économie grecque, qui dit travail agricole dit période de paix pour qu'on puisse les pratiquer en toute sérénité.
Poséidon a offert un cheval vu comme symbole de combat et de guerre. Lorsqu'on parle des "chevaux de la mer" (très belle peinture que tu nous montres) on évoque les vagues qui se fracassent sur les rivages, la tempête, donc le contraire de la paix sereine.

Poséidon vécu fort mal sa défaite, d'où un antagonisme durable entre ces dieux dotés chacun d'un caractère irrascible et d'une forte personnalité, querelle dont Ulysse (entre autres) fera les frais, protégé d'Athéna poursuivi par l'ire du dieu des mers!

Par ailleurs les célèbres chevaux de la place St Marc à Venise sont ceux de l'hippodrome de Byzance pillée lors du détournement de la IVème Croisade en 1204!
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Romane
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MessageSujet: Re: Vic erre à Athènes   Lun 17 Oct 2011 - 22:29

Je ne dis rien et me contente de me délecter entre lecture et sculptures...

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