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 Vaclav Havel : mort d'un président philosophe

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Romane
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MessageSujet: Vaclav Havel : mort d'un président philosophe   Lun 19 Déc 2011 - 14:25

J'aurais pu ouvrir ce fil dans coup de blues ou société politique, mais je trouve plus approprié de le faire ici même, en philosophie. Car ce n'est pas tous les jours qu'un philosophe est propulsé à la tête d'un pays, ce qui fut le cas pour Vaclav Havel.

Citation :
Il fut artiste, dissident et président. L'icône de la révolution tchèque, décédée ce dimanche 18 décembre à l'âge de 75 ans, savait que la sagesse politique se nourrit d'art et de pensée. De Platon à Kafka, de Heidegger à Beckett, retour sur les influences d'un authentique roi-philosophe.



Bien sûr, il est né à Prague, comme Kafka. Une ville ne guérit jamais d'avoir accueilli un génie de cette trempe. Vaclav Havel, qui commence à publier des articles dans des revues de théâtre dès les années 1950, accède au rang d'intellectuel dissident avec une pièce intitulée « le Rapport dont vous faites l'objet », écrite en 1965.

L'intrigue a de forts accents kafkaïens. Elle se déroule dans une « Administration ». Les employés de celle-ci y agissent de deux façons : ils prospèrent en piégeant les autres, ou chutent en se faisant piéger. On suit un Josef Gross qui tente de naviguer dans ces eaux troubles. La pièce est caractéristique de ce théâtre de l'absurde, qui triomphe à Paris mais qui est profondément Européen, emmené par Ionesco le Roumain et Beckett l'Irlandais.

Vaclav Havel tente alors de répondre à la question prophétique que Kafka a posée au XX e siècle : comment rester humain dans une civilisation qui pourchasse le vivant ? On retrouve ici le coeur de l'inquiétude heideggerienne : la réduction de l'être à sa dimension technique et à la place qu'il occupe dans une organisation normalisée.

Martin Heidegger est une figure intellectuelle incontournable dans ces années d'après-guerre. Vaclav Havel n'échappe pas à son influence. Mais il est marqué plus directement par un autre philosophe, un Pragois, lui aussi fondamental : Jan Patocka. Celui-ci est, avec Vaclav Havel, l'un des principaux initiateurs de la « Charte 77 », pétition dénonçant la « Normalisation » entamée par le pouvoir tchéquoslovaque et moment-clé dans l'histoire de la dissidence tchèque.

Potocka, penseur du « soin de l'âme » est surtout l'auteur d'un livre indispensable, « Platon et l'Europe », dans lequel il affirme, comme le relevait Paul Veyne dans « Libération » en 1983, que « les hommes ''ne sont pas des robots'' et que, par souci de leur âme, il leur faut penser la liberté contre les dogmes, car tout n’existe pas ''objectivement''. »

Jan Potocka, après avoir signé la Charte de 1977, est victime d'un acharnement policier et meurt au mois de mars. Paul Ricoeur dira qu'il a été « littéralement mis à mort par le pouvoir ». Vaclav Havel, de son côté, bascule pour de bon dans la dissidence. Entre 1977 et 1989, il est emprisonné à trois reprises. En prison, il écrit ses deux plus grands livres, « le Pouvoir des sans-pouvoirs », mise à nu du totalitarisme communiste, et « Lettres à Olga », précis épistolaire de résistance adressé à son épouse.
Le temps du pouvoir

En 1989, sa notoriété le place à la tête de la Révolution de velours. Le peuple pousse l'artiste vers le pouvoir. Vaclav Havel hésite. Il accepte de devenir une sorte de président intérimaire. Son intérim durera treize ans, comme il le notera lui-même avec humour. Devient-on vraiment roi, et le reste-t-on pendant aussi longtemps, sans le vouloir ?

Platon lui-même le savait bien : l'action et la pensée sont des mondes distincts, qui ne répondent pas aux mêmes lois. Havel le Président doit faire des compromis avec la réalité européenne. Son exercice du pouvoir entre même en contradiction flagrante avec ses maîtres à penser. Poussant l'Europe orientale vers l'Occident, il trahit à la fois Kafka et Heidegger, qui y voyaient chacun à leur manière un archétype de la civilisation sans âme.

A-t-il aimé le pouvoir ? Dans une interview donnée à France 24, il déclara :
« La tâche qui m’a été donnée, celle de faire de la politique, a été une tâche que j’ai assumée parce que j’ai été poussé par un sentiment de responsabilité ; mais ce n’était pas une activité dans laquelle je trouvais plus de plaisir que dans le théâtre. »

En 2007, il publia « A vrai dire... Le livre de l'après-pouvoir », une réflexion éclatante sur la nature du pouvoir politique. Il y écrivait notamment :
« La fonction présidentielle ne vous condamne pas à mentir ou à affirmer une opinion qui n'est pas la vôtre. Non, mais elle vous oblige à tout formuler dans une langue... officielle. Les discours par exemple que je devais prononcer m'ont causé beaucoup de tourments. En tant qu'écrivain, auparavant maître de mes mots, (...) j'ai du mal à comprendre comment j'ai réussi pendant quinze ans à écrire pratiquement tous les week-ends un discours pour lequel je disposais d'un temps limité de rédaction, alors que personne ne voulait savoir si j'étais inspiré. Il se peut que ce bagne que j'ai vécu constitue l'une des causes de ma difficulté actuelle à écrire. »

« L'après-pouvoir » fut aussi uns sorte de retour à sa philosophie politique initiale. Délesté des contraintes du politique, il put poser un regard lucide sur ce que l'Europe, après l'enthousiasme de la libération à l'Est, était devenue :
« Je trouve par exemple que l'Union européenne actuelle est trop matérialiste et technocratique. S'occuper des tarifs douaniers n'est certes pas une tâche inutile. Mais tellement insuffisante. Il manque un souffle politique à l'Europe. Une vraie dimension spirituelle. »

Espérons que son décès ne nous empêche pas d'écouter ce qu'il avait à dire.

David Caviglioli
http://bibliobs.nouvelobs.com/actualites/20111218.OBS7032/vaclav-havel-mort-d-un-president-philosophe.html

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Romane
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MessageSujet: Re: Vaclav Havel : mort d'un président philosophe   Lun 19 Déc 2011 - 15:44

Je rebondis sur ceci : comment rester humain dans une civilisation qui pourchasse le vivant ?

Qu'en diriez-vous ?

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MessageSujet: Re: Vaclav Havel : mort d'un président philosophe   Lun 19 Déc 2011 - 23:51

En entrant en dissidence mentale. Et en gardant une foi inébranlable en la notion de liberté.
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