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 Agnès

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gérard hocquet

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MessageSujet: Agnès   Sam 11 Fév 2012 - 22:01

Agnès

Ce mois de juin dans le Nord était pourri. Dominique avait prévu de marcher autour du lac du Héron à Villeneuve d'Ascq en attendant de retrouver son fils à la sortie des cours. Il aurait aimé retrouver le vieux moulin restauré, le village gaulois et cette étendue d'eau où il venait chaque semaine, dans une autre vie, contempler le flot et ses reflets, les roseaux, les saules et les bouleaux des berges pendant ses footings, admirer les mobiles géants de CALDER au musée d'Art Moderne. Mais la ballade tombée à l'eau des orages successifs l'avait finalement amené à Lille. Sorti du métro à la gare, il dut allonger le pas pour descendre le boulevard Faidherbe et ne pas être trop mouillé avant d'atteindre la place du Général de Gaulle où se trouvait le lieu improvisé de son repli : le Furet du Nord . Pas le temps d'admirer les belles façades de grès, de calcaire et de briques de style espagnol, traces architecturales de l'occupation de la Flandre par Charles Quint. Ni d'aller fouiner dans la cour carrée aux pavés inégaux de la vieille bourse, sur les étals des bouquinistes. Il s'engouffra dans la grande librairie en jouant des coudes. Beaucoup avaient eu la même idée de venir s'abriter ici.
Quel beau nom pour ce ventre à livres que celui d'un furet où fureter.
Il hésitait entre les rayons des arts créatifs, celui des stylos plumes et des livres quand il se rappela le titre du bouquin conseillé par un ami connaissant son goùt pour la nature et les paysans. « L'ancolie », de JL TRASSARD. Ecouter un extrait de ces chroniques de la campagne mayennaise lui avait fait admirer cette écriture comme un lent labour de terre grasse. Il lui fallait découvrir le texte intégral.
« Pardon madame »...Hésitation après l'échange de regards...Un regard doux au fond myosotis... « Je crois que nous nous connaissons, non ?...Vous êtes...Attendez...Agnès, oui, Agnès ! »
« Oui, mais je ne vois pas... »
« Si, nous nous sommes vus deux fois je crois. Rappelez vous : la première fois à Brunehaut, près de Tournai, dans une petite ferme au carré où j'habitais. Vous y étiez venue avec André, un copain de passage. »
« Et la deuxième fois, c'était à l'hôpital psychiatrique d'Armentières. J'étais venu visiter un jeune que nous avions dû faire interner à cause de sa violence. Georges, si je me rappelle bien. Et vous étiez de service pour m'accueillir. »
Cet hôpital, ses cliquetis de clefs lourdes, ses portes épaisses qui claquent comme celles des prisons, ces regards étranges, perdus, ces voix terrifiantes venues d'ailleurs, les blouses blanches et les yeux des infirmiers comme infiltrés du mal des aliénés, de leur poids et de leur propre angoisse devant ces étrangers présents et absents, assis, debout, errant, imprévisibles et inatteignables. Il avait été retourné d'y laisser cet adolescent avec la peur qu'il dérive, subisse, soit contaminé. Avec la crainte qu'il n'en sorte plus.
« Oui, Georges...Et vous êtes....Dominique !...Quelle coïncidence ! Mais vous ne portiez pas la barbe ?»
« Si...Agnès, cela me fait très plaisir de vous revoir,» dit-il en lui prenant les mains.
Les regards se cherchent, s'attardent.
« Il y a bien des années, n'est-ce pas ? »
« Vingt ans au moins...ou même vingt cinq, c'était en 87...Vous avez un peu de temps ? »
« Eh bien...Oui, oui, j'ai un peu de temps. »
« On pourrait marcher un peu en ville ?...Mais c'est vrai qu'il pleut ! ...On peut aller prendre un verre...On devrait avoir des choses à se raconter...C'est vraiment une surprise agréable de vous retrouver par hasard alors que je n'avais pas du tout prévu de venir jusqu'à Lille. »
Il pense au vers aimé de Brassens : « ces pays imbéciles où jamais il ne pleut » et sourit...Décidément, les orages...
Elle, ne sait que penser, mais se trouve comme entraînée par une vague douce et forte.
« Oui, allons à côté prendre quelque chose de chaud. Je ne cherchais rien de précis ici, je flânais, comme vous, à cause de la pluie dehors. »
La place du palais Rihour, comme les terrasses des cafés, est vide. Les clients sont comme entassés à l'intérieur de la brasserie où ils entrent et où les odeurs mêlées de mouillé et de cuisine les surprennent après celles de l'encre, de la colle et des livres d'à côté. L'ambiance est serrée, embuée, intimiste.
Une table étroite se libère au fond de la salle, un regard les accorde sur ce choix et il lui prend la main, elle la lui donne, pour cheminer dans le passage étriqué jusqu'aux places disponibles.
Une main dans leur main, cela faisait si longtemps. Il sent sa main douce, presque abandonnée déjà. Elle ressent la force, la chaleur et la détermination, peut-être un peu de rugosité.
Passer du grand espace vide de la place à une promiscuité dense pour s'échanger des propos intimes est comme se jeter dans une piscine. Il faut prendre le temps de tâter l'eau et ils le font en regardant les voisins : à droite une femme, la cinquantaine avancée, absorbée par les vapeurs de sa ou de ses bières et à gauche un couple de jeunes nez à nez par dessus la table et qui se mangent les yeux. L'une ou les autres ne les regardent pas s'installer. Ils se sentent moins oppressés.
« Vous préférez la banquette ou la chaise ? »
« La chaise ».
Il lui lâche la main à regret et s'installe adossé au mur, content de pouvoir observer les mouvements
du lieu. Elle attend pour s'asseoir. Le miroir par dessus la banquette lui sera une distraction à cet œil qui la prend déjà tout entière.
Oeillade, sourire, sourire, oeillade, leurs regards se croisent comme des phares qui marqueraient des temps d'arrêt à chaque tour plus marqués.
Lui, comment va-t-il lui dire ce qui le déborde ? Elle, comment ne pas aller trop vite, garder la tête hors l'eau ?
« Vous prendrez quoi ? »
« Un thé »
« deux thés s'il vous plaît. »
« On pourrait se tutoyer peut-être ? »
« Oui, bien sûr. »
« Tu habites Lille ? »
« Non, Cassel, et toi ? »
« Moi Cahors. Je suis de passage chez mon fils. Il est étudiant à Villeneuve d'Ascq, en histoire. »
« C'est loin le Lot ! Tu as d'autres enfants ? »
« Oui, quatre filles. Léo est le dernier...Mais, avec le TGV, le voyage est vite fait. »

Le serveur dépose la théière, les tasses et l'addition . « Voilà m'sieur dame. »
Il tourne indéfiniment la cuiller dans son thé. Depuis longtemps le sucre est fondu. Inspiration, souffle, inspiration, le cœur s'affole. Elle attend.
« Agnès ! »
« Oui ? »
« Il faut que je te dise, la première fois qu'on s'est vu, en Belgique, si je n'avais pas été en couple, je t'aurai recherchée. La deuxième fois, pareil. Je ne comprends pas aujourd'hui pourquoi je ne l'ai pas fait. Et toi ? »
Elle baisse les yeux, tourne la tête, le fixe à nouveau l'oeil un peu mouillé :
« Tu es libre aujourd'hui ? »
« Oui et non. Mais tu ne veux pas me répondre ? »
« J'ai ressenti aussi de l'émotion de ces rencontres. »
« Et là, maintenant ? »
« Maintenant encore...Mais ta réponse à ma question n'en est pas une. Explique-moi, je ne comprends pas. »
« Je ne suis pas prêt à te répondre maintenant. » Dit-il en montrant de la tête la table de gauche et celle de droite. « Cela ne te dérange pas si je m'en explique ailleurs, plus tard ? »
« Non...Tu cherchais un livre précis au Furet ? »
« Oui, « L'ancolie » de JL TRASSARD. Un auteur mayennais. Il a une écriture de laboureur : c'est comme s'il retournait chaque motte de mots l'une après l'autre, avec insistance et tranquillement. »
« Je ne connais pas. Mais le titre est beau. »
« C'est une référence en Mayenne et maintenant sur le plan national. Il a fait aussi beaucoup de photographie. Tu connais Raymond DEPARDON ? »
« Oui, pourquoi ? »
« Parce que je crois que TRASSARD écrit la paysannerie comme DEPARDON la filme. Et toi, tu cherchais quoi ? »
« Rien de précis. Je regarde ce qui sort, lis les quatrièmes de couverture et quelquefois, je prends un livre sur un coup de cœur ou parce que le thème m'intéresse. Par contre, je n'aime pas ce qui est trop compliqué, érudit ou ronflant . »
« C'est quoi ronflant ? »
« Les auteurs qui s'écoutent écrire si on peut parler comme ça. Tu lis beaucoup? »
« Je ne suis pas un très grand lecteur. Je fonctionne comme toi au coup de cœur. Avant d'acheter, à part les grands classiques, j'ouvre le livre au hasard et si l'écriture me plaît, en plus du thème, j'achète.. Et en général, je m'arrange pour lire ensuite à peu près tout ce qu'il a écrit. »
« Qui par exemple ? »
« Marguerite YOURCENAR, ZOLA, TOURNIER, WG SEBALD et récemment Christian BOBIN. »
« Je ne connais pas les deux derniers. »
« Agnès... Tu as quelqu'un dans ta vie, tu as des enfants ? »
« Non. »Son œil s'assombrit, elle détourne la tête.
« Excuse-moi, ce sont peut-être des questions douloureuses pour toi. »
« Non, pas du tout...j'ai eu quelques relations sans suite, des garçons gentils, mais pas vraiment ce que j'attendais. Sans père, je ne voulais pas d'enfant et puis, avec ce métier, j'avais peur que quelque chose des gens avec qui je travaillais me traverse la peau du ventre et fasse mal à l'enfant. Je n'ai pas pu m'affranchir de cette peur. C'est bête, non ? »
« Mais non, mais non...Mais pourquoi ne pas changer de travail, plutôt ? »
« Ma place était là, c'est ce que je me disais. »
Dominique met une légère pression de la main sur le bras d'Agnès, comme une caresse pour lui dire : je te comprends. Lui-même n'avait-il pas renoncé à l'ambition, à des rémunérations plus intéressantes pour rester au service des plus démunis ? Rien de comparable cependant avec le renoncement à être mère. En même temps qu'il l'admire, il aurait envie de l'entourer de toute la tendresse du monde. Renoncer à être mère : n'en a-t-elle pas souffert ? Enormément souffert ? Et pourquoi en fin de compte ? Pour tenir ce rôle ingrat, déléguée par une société au rouleau compresseur d'humanité, et qui refuse, pour l'argent, toujours ce maudit argent, de revoir son fonctionnement destructeur et élitiste. La révolte le gagne.
Aujourd'hui, il se reposerait bien cette question de savoir si chacun a ainsi comme une mission à remplir dans la vie, quelquefois au détriment de son propre accomplissement ? Ces « sacrifices » se justifient-ils ? Ils ne sont plus dans l'air du temps. Chacun veut « se réaliser » aujourd'hui, quitte à trouver mille acteurs de trop et pas assez de maçons. Mais comment valoriser ces métiers pénibles pour qu'ils trouvent preneurs ? Peut-être le travail prend-il trop de place et faudrait-il permettre à chacun la possibilité de s'épanouir dans une manière ou une autre de s'exprimer.
« Tu travailles toujours à l'hôpital ? »
« Non, j'ai dû arrêter. Je prenais trop sur moi, je me détruisais. »
« Et tu fais quoi maintenant ? »
« J'ai dû me soigner, pendant plusieurs mois. J'étais au fond d'un abîme, ne pensant qu'à mourir, épuisée. J'ai eu la chance de trouver le bon médecin et l'administration m'a aidée à une reconversion. Je suis l'assistante d'un vétérinaire près de Cassel. »
La femme d'à côté s'esclaffe et bredouille : « fallait bien qu'ça lui arrive à c'te bourrique, i' n' veut jamais m'écouter...Pauv'type ! » Elle se replonge dans la songerie avec des petits pfff. Les jeunes pouffent de l'autre côté.
« Tu disais quoi ? »
«  Que je travaillais avec un vétérinaire. Et toi, toujours dans l'éducation ? »
« Non, j'ai fini ma carrière. Je suis un « actif rentier », je suis très occupé. »
« Par exemple ? »
« Je vais te répondre, Agnès, mais je voudrais d'abord te dire , » il lui pose la main sur la sienne, « te dire que je ne crois pas au hasard et là, maintenant, je voudrais ne plus te quitter. »
Elle sourit , retourne sa main, leurs paumes se rejoignent puis leurs doigts s'enlacent. Il n'espérait pas d'autre réponse et les mots sont inutiles pendant quelques instants.
« Tu ne vas pas un peu vite ? »
« Non, vraiment, je ne pense pas. »
« Alors, tu me dis ? »
« Je te dis quoi ? »
« Eh bien à quoi tu occupes ton temps ! »
« Excuse-moi, je suis très troublé, tu sais. »
Les yeux d'Agnès lui disaient : moi aussi.
« En fait, je me suis séparé de ma dernière compagne et je vis seul pour consacrer un maximum de temps à l'écriture. Pour essayer, comme ça, d'aller aussi loin que je peux. Je rattrape toute la frustration des années de travail. Mais ce n'est pas si simple cette expérience de changer de vie. Tous les jours apportent des sentiments contrastés, de la liberté au poids de la solitude et d'une sorte de vide. Ce sont des états à double tranchant. On peut s'y égarer je crois. Mais je ne regrette pas cette expérience.»
« Tu écris ? Ca m'impressionne et je comprends bien ce que tu vis, je m'y reconnais . Et tu écris sur quoi ? »
« La plupart du temps de la poésie, un peu au jour le jour en fonction de la vie. Mais j'essaye aussi d'imaginer des histoires de fiction. »
« Des romans, des nouvelles ? »
« Plutôt des nouvelles. Le roman, j'en rêve, mais je ne sais pas si j'en suis capable. »
« Et en ce moment, tu es sur quoi ? »
« Je ne sais pas si je dois te le dire. »
« Hola, quel est ce mystère ? »
« En fait... En fait, j'ai écrit hier ce que nous vivons là, aujourd'hui. »
Agnès retire sa main de celle de Dominique, le regarde avec distance et son regard reprend instantanément un point de vue professionnel. Est-ce qu'il délire ? Non pourtant, il n'a pas cet œil vide et égaré, son œil vit, il est présent.
« Ca ne va pas ? »
« Si si, très bien. Je suis juste un peu bousculée par ce que tu me dis et un peu dérangée du ventre. Je vais passer aux toilettes si tu permets. »
Elle se lève avec maladresse, il la suit qui ondoie entre les tables serrées, fronce un peu le sourcil et sort un livre de sa poche, La souveraineté du vide , de Christian BOBIN  et lit ceci :
Ce qui nous est le plus cher – jusqu'à se confondre avec notre vie absente – nous arrive du dehors, dans le plus faible hasard d'une rencontre. Je suis tombé amoureux de vous pour un détail,pour rien. Pour la brûlure de votre voix. Vous parliez en souriant, et vos paroles ne contenaient qu'à peine ce sourire indifférent. Vous étiez nue dans votre voix, bien plus que dans un lit...Pour une raison aussi simple, on abandonne le tout de sa vie. L'instant de la rencontre se confond avec celui de la perte.
Agnès ne revenait pas. Il commence d'être inquiet, va pour la chercher quand le serveur vient vers lui avec un billet dans la main : « ma mère est mal, il faut que je parte, Agnès. »
Il ne la revit plus. Jamais plus. Et demeura encore avec une nouvelle inachevée.




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blue note

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MessageSujet: Re: Agnès   Dim 12 Fév 2012 - 0:19

L'instant de la rencontre se confond avec celui de la perte.

Comme cette phrase me parle. Comme les mots de Bobin me parlent, de façon intime et profonde... voilà pourquoi je les lis, comme tu les fais, l'un après l'autre.
Cette nouvelle, Gé, est comme un coeur à nu. C'est douloureux, comme un instant de lumière arraché au vide.
C'est une émotion très intime.
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Tryskel
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MessageSujet: Re: Agnès   Dim 12 Fév 2012 - 4:05


Villeneuve d'Asc, station Pont de Bois, la fac de lettres Lille...III.
Lezennes, traverser la voie ferrée sur le pont et Rue Pavé du Moulin, un ancien coron!

Le Furet du Nord, face à Lille Flandre...
Rihour, palais des Beaux Arts...
Le vieux Lille, si beau!

Les cinq années d'études de mon fils à Lille III, quand j'allais le voir. Ton texte me les fait revivre très fort, tu évoques si bien Lille.

Et cette phrase, terrible mais vraie " L'instant de la rencontre se confond avec celui de la perte".

Beaucoup, beaucoup d'émotion!

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Romane
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MessageSujet: Re: Agnès   Dim 12 Fév 2012 - 14:58

L'instant de la rencontre se confond avec celui de la perte.

Je suis aussi très troublée par cette citation et le récit qui l'entoure et l'illustre en collant parfaitement à cette phrase.
C'est d'autant plus vrai que de toute manière, la mort nous attend tous quelque part et que s'il n'y a pas perte avant, il y aura perte ce jour là.

Ça va très loin...!

*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*
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gérard hocquet

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MessageSujet: Re: Agnès   Dim 12 Fév 2012 - 16:24

Merci de votre passage.
En fait, la fin de ce texte illustre bien la phrase de Bobin, mais à contresens si on lit la précédente :"pour une raison aussi simple, on abandonne le tout de sa vie..." et c'est de cette perte là dont parle Bobin : le tout de sa vie, et non pas la perte de l'être rencontré.
D'ailleurs, je suis en train d'imaginer une écriture complètement différente de cette histoire où le texte de Bobin viendrait à la toute fin de l'histoire.
J'ai envie de développer davantage le portrait d'Agnès et certaines digressions sur certains sujets.
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Vic Taurugaux

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MessageSujet: Re: Agnès   Lun 13 Fév 2012 - 9:59

« Avec l'amour maternel, la vie vous fait à l'aube une promesse qu'elle ne tient jamais. On est obligé ensuite de manger froid jusqu'à la fin de ses jours. Après cela, chaque fois qu'une femme vous prend dans ses bras et vous serre sur son cœur, ce ne sont que des condoléances. On revient toujours gueuler sur la tombe de sa mère comme un chien abandonné. Jamais plus, jamais plus, jamais plus. Des bras adorables se referment autour de votre cou et des lèvres très douces vous parlent d'amour, mais vous êtes au courant. Vous êtes passé à la source très tôt et vous avez tout bu. Lorsque la soif vous reprend, vous avez beau vous jeter de tous côtés, il n'y a plus de puits, il n'y a que des mirages. Vous avez fait, dès la première lueur de l'aube, une étude très serrée de l'amour et vous avez sur vous de la documentation. Je ne dis pas qu'il faille empêcher les mères d'aimer leurs petits. Je dis simplement qu'il vaut mieux que les mères aient encore quelqu'un d'autre à aimer. Si ma mère avait eu un amant, je n'aurais pas passé ma vie à mourir de soif auprès de chaque fontaine. Malheureusement pour moi, je me connais en vrais diamants. »

Romain Gary, La promesse de l'aube.

Est-ce ça aussi que Bobin entend par le tout de sa vie?

En tous les cas, Agnès: c'est très joli.
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gérard hocquet

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MessageSujet: Re: Agnès   Lun 13 Fév 2012 - 14:05

Je ne sais pas, Vic. Bobin a-t-il lu GARY ? Et on n'est pas obligé d'être d'accord avec GARY dans son idéalisation presque "vampiresque" de la mère.
Merci pour ton passage.
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Romane
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MessageSujet: Re: Agnès   Lun 13 Fév 2012 - 14:12

Vic Taurugaux a écrit:
Je dis simplement qu'il vaut mieux que les mères aient encore quelqu'un d'autre à aimer. Si ma mère avait eu un amant, je n'aurais pas passé ma vie à mourir de soif auprès de chaque fontaine.
Romain Gary, La promesse de l'aube.

J'ai lu La promesse de l'aube il y a quelques années. Bref. Je reprends en citation ces deux phrases, parce que je ne suis pas d'accord, je ne suis pas d'accord, je ne suis pas d'accord.
Si la mère prend un amant, il se passe encore toutes sortes de choses qui font que le fils cherche absolument à attirer l'attention maternelle sur lui, justement parce qu'elle aime quelqu'un d'autre, quelqu'un qui n'est pas le père, quelqu'un qui est un intrus. A plus forte raison si l'intrus s'en mêle et décide de pourrir un tantinet la vie de son beau-fils.
J'en connais qui sont devenus très grands, très vieux, très mûrs, très expérimentés, et qui cherchent toujours désespérément à attirer l'attention de la mère : aime-moi...

La mère est le cadeau empoisonné des fils.

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gérard hocquet

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MessageSujet: Re: Agnès   Lun 13 Fév 2012 - 14:19

je dirai plus : elle est l'incontournable cadeau empoisonné des fils. Parce que sans elle, pas de fils. Mais je serais plus nuancé.
C'est justement parce que la mère a un amant , mari ou autre, mais de préférence pour l'équilibre des choses mieux vaut que ce soit le père, que le fils, même s'il reste en demande de l'amour maternel, peut se tourner vers d'autres femmes avec qui recommencer le processus de la vie et de la reproduction et de l'amour.
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Romane
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MessageSujet: Re: Agnès   Lun 13 Fév 2012 - 14:23

Le problème est qu'il ne règle jamais vraiment ses problèmes avec sa mère, l'homme, en fait. Consciemment ou pas, du reste. Bon nombre d'entre eux ont du mal avec leur compagne justement à cause de ça. (attention, je n'ai pas dit "tous", je ne veux pas généraliser)

Je ne sais pas si on peut dire la même chose des femmes vis à vis de leur père, peut-être que oui ?

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MessageSujet: Re: Agnès   Lun 13 Fév 2012 - 15:49

Romane a écrit:
Le problème est qu'il ne règle jamais vraiment ses problèmes avec sa mère, l'homme, en fait. Consciemment ou pas, du reste.
Je ne pense pas que ce puisse être généralisé (parce que c'est bien ce que tu fais, malgré ta parenthèse contradictoire), même si cela arrive à certains hommes .

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MessageSujet: Re: Agnès   Lun 13 Fév 2012 - 16:08

Tu as raison quelque part, filo. Je dis que je ne généralise pas, mais au fond je crois que je ne peux pas faire autrement, du moins ce que je pense me fait penser que je ne peux pas faire autrement, au moins au stade actuel de ma réflexion.

Parce que soit la mère a été trop présente, soit elle ne l'a pas été assez, rarement elle est à sa bonne place parce que c'est très difficile. Et qu'elle représente de toute manière consciemment ou pas, la première femme de la vie d'un homme, celle qui marque à jamais (et je répète, absente ou présente, peu importe). Je songe aussi au pouvoir qu'elle incarne, et donc à son mystère. Et sans doute beaucoup d'autres éléments qui ne me viennent pas à l'esprit dans l'instant.

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MessageSujet: Re: Agnès   Lun 13 Fév 2012 - 17:48

Romane a écrit:
Le problème est qu'il ne règle jamais vraiment ses problèmes avec sa mère, l'homme, en fait. Consciemment ou pas, du reste. Bon nombre d'entre eux ont du mal avec leur compagne justement à cause de ça. (attention, je n'ai pas dit "tous", je ne veux pas généraliser)

Je ne sais pas si on peut dire la même chose des femmes vis à vis de leur père, peut-être que oui ?

Je ne peux qu'approuver, mais je suis pas, vraiment pas, absolument pas objective sur le sujet!
J'ai quand même connu quelques hommes qui ont vécu sereinement leur relation à la mère, mais toute la littérature est remplie de relations soit conflictuelles par trop de présence ou une présence "toxique" comme dit Blue (Vipére au Poing pour ne citer que celui là), soit douloureuses par l'absence. C'est vrai aussi des femmes avec leur père, en fait ce qu'il faut pour que ce soit harmonieux et qu'on puisse construire une autre vie avec une autre femme, un autre homme, c'est couper le cordon une bonne fois, sans pour autant exclure les parents de sa vie, juste que ça prenne une autre dimension!
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