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 Il commença à écrire sur le mur de sa propre main.

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Tryskel
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MessageSujet: Il commença à écrire sur le mur de sa propre main.   Dim 12 Fév 2012 - 21:55


Vendredi soir, je suis allée à un atelier d'écriture, première séance. petit groupe: on était quatre plus l'animateur.

On nous adonné des consignes, une phrase qui devait obligatoirement commencer le texte (je crois connaître ce jeu là AngeR ) et une liste de mots, on n'était pas obligé de tous les utiliser, c'était du "picorage".

Les mots::
Dictature, compagnon, enchantement, classique, courant, terrestre, cerises, pancarte, contemple, retour, eblouissement, anonyme.
Eléments:
Attention, siècle, ressusciter, jour.
Clés:
Incarnation, accompli, tenace.

Phrase de départ:
"Il commença à écrire sur le mur de sa propre main"

Voilà ce que j'ai écrit (environ 1 heure):

10/02/12


ATELIER ECRITURE 1)

IL COMMENCA A ECRIRE SUR LES MURS DE SA PROPRE
MAIN



Il commença à écrire sur les murs de sa propre main.
Il voulait que le passant distrait et pressé s’arrête et lise.
Qu’il connaisse l’éblouissement des mots sur un mur. Des mots accomplis pour ressusciter le jour. Tout est si morne en ce siècle de désillusion, il voulait juste dire quelque chose au passant. Etre le passeur tenace porté par le courant des mots.

Que celui qui passait, passager de sa vie trouve en lui un compagnon.
Un compagnon fidèle qui ne le quitterait pas, même s’il ne le voyait jamais.

Il tenait la bombe de peinture, le geste suspendu…
Il avait d’abord pensé à la craie, mais elle s’efface trop vite.
Quels mots ? Comment communiquer avec celui qui longeait le mur sans le voir ?
C’est vrai qu’il n’avait rien d’attrayant ce mur grisâtre qui s’écaillait. Nul ne se donnait plus la peine de le repeindre depuis que l’usine qu’il abritait avait fermé, imposant le silence froid des friches qui se délite dans l’indifférence.
Malgré quelques traces de lettres noires rappelant : « Défense d’afficher, loi du 28 juillet 1881 », des lambeaux d’affiches appelant à la grève s’accrochaient encore. Guenilles délavées du dernier cri de ceux qu’on avait licenciés, effacés après des années de labeur. Délocalisation mondialisation, désertification…
L’écho de leurs voix le frôla, il le saisit, le regarda palpiter au creux de sa paume.
Il devait le faire résonner. Mais il n’était pas un artiste, il n’avait pas cette aisance à jongler avec les mots de ceux qui se pavanent dans les radios et télévisions. Il était un tâcheron, un besogneux.
Pourtant il devait faire signe au passant, l’interpeller, faire qu’il regarde à travers le mur, voir ce qui fut et ce qui peut être.
Faire d’un peut être un possible, inviter le passant à écrire à son tour, même seulement un mot, si chaque passant écrivait son mot, le mur racontait une histoire, une histoire d’histoires croisées, l’histoire de ceux qui passent devant un mur…

Les mots parfois nous échappent, on sait comment (mais rarement pourquoi) on commence à écrire, on ne sait jamais comment ça finira.
Il ne voulait pas que ça finisse, il voulait tisser un lien, que la main soit l’outil.
Il posa la sienne sur le mur et en dessina les contours, réinventant sans le savoir le geste de l’Homme de Lascaux.
Il écrivit à côté : « Main », puis : « A toi passant, je tends la main ». Une phrase de catéchisme lui revint sans qu’il sache pourquoi celle là plus qu’une autre : « Il y eut un jour, il y eut un matin. » Il s’aperçut que ça rimait, enchantement, il ne se savait pas poète.

Il recula, contemplant son œuvre d’un œil critique.
Il aurait du choisir une autre couleur, noir sur gris c’était trop sévère, ça ne ressortait pas assez. Il fallait de la couleur sur ce mur. Des mains de toutes les couleurs, des mains posant des mots, une chaîne courant sur ce mur, lui redonnant vie, redonnant vie et sourire à ceux qui passaient sans le voir…

Ce ne serait plus un mur froid et anonyme, ce ne serait plus une barrière, un obstacle, ce ne serait plus un mur. Ce serait une page ouverte à tous les mots, de toutes les voix, de toutes les couleurs.
Plus personne ne serait anonyme…
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Romane
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MessageSujet: Re: Il commença à écrire sur le mur de sa propre main.   Dim 12 Fév 2012 - 23:07

J'adore ce texte. Ouvert au monde, à la communication, à "l'ensemble", lumineux, simple, un texte de coeur et d'âme...

Si quelqu'un veut continuer en créant un autre texte, qu'il n'hésite pas. La première phrase est magique...

*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*
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Romane
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MessageSujet: Re: Il commença à écrire sur le mur de sa propre main.   Lun 13 Fév 2012 - 0:15

Il commença à écrire sur le mur de sa propre main. On ne pouvait pas voir son visage. Ni son expression déterminée traversée par des éclairs de désespérance. Ni le sombre de ses yeux, ni sa lutte contre les nausées. On ne pouvait voir que sa silhouette. Elle se découpait noire sur pierre, grise sur poussière. Un homme face au mur.

On ne pouvait que deviner.

Qui était-il, au fond, cet anonyme parmi les autres. Tous face au mur, tous noirs sur pierre, gris sur poussière. Tous face au mur. Tous.

On savait que le temps se comptait maintenant bien plus qu’il n’avait jamais compté. Une éternité par seconde. Une seconde par éternité.

D’un petit bout de crayon à papier, il écrivait sur la pierre des mots qu’on ne pouvait pas déchiffrer. Trop loin. Trop petits. A l’image d’autrefois. Trop loin. Trop enfoui. Tout ça n’existait plus. Tout ça n’avait peut-être jamais existé. Comment savoir, en cette seconde précise où les rafales balayèrent la rangée d’hommes.

Ils s’affaissèrent doucement. Au pied du mur.

Plus tard, on embarqua les corps, pêle-mêle sur une charrette qui fut déversée quelque part là-bas, entre bois et champs, dans une fosse.

Sur le mur on put lire pendant quelques heures encore le dernier message du condamné : Homme debout

Juste avant que la première pluie lave le mur et la poussière et le sang séché.

Juste avant qu’on l’oublie…

Romane

*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*
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Tryskel
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MessageSujet: Re: Il commença à écrire sur le mur de sa propre main.   Lun 13 Fév 2012 - 0:49


Pouff! Ro chinois tu as réagi au quart de tour! Un texte court mais fort, ça inspire les murs même quand y'en a pas autour des fenêtres! (j'ai pensé à toi quand j'ai vu le mot "mur").

Décidément, j'adore ces phrases déclencheurs, ça ouvre tellement de portes (dans les murs).

Maintenant si Vic puisqu'il est rentré du Cap Horn où il nous a expédié, veut bien se donner la peine de poser sa main sur ce mur... Et qui se sent, c'est ouvert!
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Romane
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MessageSujet: Re: Il commença à écrire sur le mur de sa propre main.   Lun 13 Fév 2012 - 0:52

Tu peux saluer très très bas, parce que je me suis fait violence pour écrire. Faut dire que les murs, écrire sur les murs, bref, ça m'inspire malgré moi et tant pis si le texte est sombre, c'est ce qui est venu.

J'aimerais bien qu'il y en ait d'autres !

*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*
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Vic Taurugaux

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MessageSujet: Re: Il commença à écrire sur le mur de sa propre main.   Lun 13 Fév 2012 - 11:10

Il commença à écrire sur le mur de sa propre main. Ce qu'il désirait désormais le plus au monde, c'était une page blanche. Pour être libre de sa parole, vous comprenez ? Par nature, les mots étaient eux-mêmes depuis toujours aliénés. Car, c'était toujours les dires des autres, mille fois rabâchés, mille fois entendus, mille fois désapprouvés. Des parlers du passé, des langues d'occasion. Ce qu'il souhaitait désormais, c'était du neuf, pas de la daube comme jusqu'à présent, mais une simple phrase, pure comme un diamant : quelque chose d'encore jamais exprimé. Voilà, c'est çà : il voulait écrire l'inexprimé.

Il avait beaucoup réfléchi depuis qu'il observait sa main. On la lui avait laissée. A la bibliothèque, il avait déchiffré, dans je ne sais plus quel bouquin, qu'il existe des bleds où, d'un coup de sabre, on tranche la main du condamné. Heureusement, (c'était l'éducateur qui le lui avait dit), heureusement, nous étions en France. Qu'était-ce alors quinze ans face à un tel supplice ? L'éducateur était comme l'avocat : tous deux pouvaient comparer les peines. Surtout celle des autres. Calculer. Parler de bonne conduite, faire miroiter des remises comme les commerçants qui utilisent les promotions pour mieux vous entuber. Cela leur était d'autant plus aisé de causer à tous ces autres que cette condamnation n'était pas la leur. Et que tous ces gens ne connaissaient rien du mitard qui vous isole de tout.

A l'intérieur de cette cellule qui se referme un jour sur vous, tout est déjà écrit sur les murs comme à l'intérieur de votre propre main. Il suffit de lire les graffitis qui sont comme autant de lignes de vie. Une bohémienne l'avait fait quand il n'avait alors que douze ans. Elle l'avait bien vu, c'était déjà marqué à l'époque dans sa paume, qu'il n'était qu'un gosse perdu. Agenouillé à présent sur sa paillasse, il repensa aux foyers, se remémora tous les foyers qu'il avait connus depuis tout petit, à la pompeuse Sauvegarde de l'Enfance qui lui avait volé son dossier, et, grâce à l'aiguille qu'il avait dissimulé derrière son oreille, il tatoua ses mots les plus intimes et qui étaient vraiment les siens, sur le dos de sa propre main : à ma maman.
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Tryskel
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MessageSujet: Re: Il commença à écrire sur le mur de sa propre main.   Lun 13 Fév 2012 - 17:34


Excellent Vic! L'aller/ venu entre mur et main...
Ro et toi avez perçu le mur comme une souffrance, un enfermement, mais aussi un support possible pour dire quand même...
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Alizé

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MessageSujet: Re: Il commença à écrire sur le mur de sa propre main.   Lun 13 Fév 2012 - 19:39

Un exercice qui donne des textes variés et intéressants.
ça donne envie de s'y mettre... mais j'ai déjà des textes sur le feu !
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MessageSujet: Re: Il commença à écrire sur le mur de sa propre main.   

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