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 De fruits ramenant l'histoire à son point d'origine

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Tryskel
Miserere mei
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MessageSujet: De fruits ramenant l'histoire à son point d'origine   Dim 19 Fév 2012 - 22:17

Le Dernier Spectateur est l'atelier d'écriture auquel je participe depuis peu, je vous ai présenté la semaine dernière le principe (De sa propre main il commença à écrire sur le mur): des mots, des clés, des éléments et une (ou plusieurs au choix) phrase par laquelleele texte doit obligatoirement débuter.

Certaine de ces phrases peuvent paraître suprenantes, et le prétendant à l'écriure quelque peu hésitant la plume à la main. Mais depuis que j'ai affronté un certain: "Je n'ai jamais compris pourquoi ses paupières crisaient comme des prunes", j'avoue que ma capacité d'étonnement est quelque peu émoussée, et que je ne m'effraie plus si aisément.

Cette semaine:

MOTS:
Quête; palpable; impérial; destructrice; immense; communauté; autrui; indivisible; embarquer; erreur; sphère; luminosité.

ELEMENTS:
Sommeil; qualité; solitude; illusion.

CLES:
Immédiate; évitons; manque; pont.

On n'est pas obligé d'employer tous les mots, éléments et clés proposés. la phrase peut être introduite au début du texte si elle n'est pas la toute première, elle en demeure le point de départ.
Nous avons tous constaté qu'à partir des mêmes éléments, on écrit des textes extrêmement différents.

17/02/12



Atelier : Le Dernier Spectateur II)

DE FRUITS RAMENANT L’HISTOIRE A SON POINT D’ORIGINE


Malgré l’hiver qui a dénudé ses branches jusqu’à la sève, l’arbre est encore couvert de fruits ramenant l’histoire à son point d’origine.

Mais, quelle histoire ?

Celle de l’humanité commence par un fruit, un fruit interdit qui n’aurait jamais du être touché, un fruit qui allait ouvrir l’histoire.
La sphère de l’Arbre de la Connaissance, cueillie et croquée comme une vulgaire pomme !
Par quelle aberration Eve s’était-elle laissée embarquer dans cette quête par le beau discours du serpent ?
Et pourquoi Adam avait-il à son tour succombé à la tentation immédiate ?
Ils avaient pourtant tout pour être heureux. Ils ne manquaient de rien, le démiurge avait soigné tous les détails. Ils baignaient dans une douce luminosité, la qualité de vie, devenue de nos jours une exigence était assurée sans qu’ils n’aient à fournir le moindre effort, autour d’eux coulaient le lait et le miel…
Que pouvaient-ils désirer de plus ? Quelle envie les aveugla ?
Ne pas savoir, sommeiller dans une douce ignorance, n’est ce pas l’état idéal auquel bon nombre de leurs descendants aspirent aujourd’hui ?


Le voyageur s’arrête malgré un planning serré. Au milieu de cette solitude que traverse l’autoroute, l’arbre paraît incongru, il n’est pas à sa place, est -ce un mirage ?
Il faut qu’il en ait le cœur net, il se gare sur le parking.
Un parking ? Au milieu de nulle part ? Etrange, il emprunte régulièrement cette voie, mais il n’a jamais remarqué le parking, ni l’arbre…
D’ailleurs, il ne pratique pas le tourisme, il n’est pas là pour admirer le paysage, il travaille.
Un travail qui lui impose de parcourir deux fois par semaine deux fois 300 kilomètres, puisque la Société a préféré installer le centre d’ingénierie dans un patelin paumé où le terrain coûte bien moins cher. Ce qui lui vaut la reconnaissance des habitants du secteur puisque ça crée des emplois. Et lui devait aller voir ces employés pour vérifier que tout tournait bien sur ce site.
Vraiment pas le temps d’admirer les fleurs et les petits oiseaux…
Mais cet arbre là, seul dans la solitude, cet arbre l’interpellait. Il pouvait prendre quelques minutes, si on lui reprochait son retard, il inventerait une excuse, et puis, un chef n’a pas de compte à rendre.

Il est au pied de l’arbre ; oui, ce sont bien des fruits. Des pommes ? Par leurs formes, leurs couleurs courant du jaune doré au rouge carmin. Mais des pommes en février, pas même ridées ?
Qu’est ce c’était que cette histoire ?
Histoire, ou histoires, comme contes, légendes, histoires de grand mères : Pommes d’Or, Pomme Empoisonnée, Pomme de Discorde…
Il n’aime pas particulièrement les pommes, les histoires non plus. A quoi bon dormir debout en faisant semblant de les écouter ?
Il est DRH, 1200 personnes à gérer, alors les rêvasseries, vraiment, il évite, c’est bon pour ceux qui n’ont rien d’autre à faire, lui a vraiment beaucoup à faire, et pour raison d’économie, on vient encore de lui refuser un assistant !
Il tend la main. Ce n’est pas une illusion, le fruit est palpable, lisse et doux dans sa paume.

Il voit :
L’immense champ s’est peuplé d’une fresque vivante.
L’homme des cavernes peint les parois de sa grotte, des hordes d’envahisseurs passent à grand fracas. Les empires s’effondrent et le paysan continue ses labours et ses semailles, il faut bien nourrir tout ce monde qui s’agite !

Il voit des femmes poussant des chariots remplis de produits d’entretien. Que font-elles ?
Le ménage. Le ménage dans un champ ? Sont-elles chargées d’astiquer les fruits ?
Il en reconnaît une, la chef d’équipe, la syndicaliste. Elle a pris un fruit, elle mord dedans.
Est ce que c’est autorisé par le règlement ? Les pauses sont très minutées, on ne les paye pas pour se reposer.
Est-ce que le propriétaire de l’arbre va porter plainte pour le vol de ses fruits ?
Est-ce que l’arbre a un propriétaire ?
Forcément, tout appartient à quelqu’un. Il déclinera la responsabilité de la Société, c’est un acte isolé, une décision individuelle qui peut ternir la réputation de l’employeur.
Un bon prétexte pour la flanquer à la porte cette enquiquineuse qui revendique pour un oui pour un non.

Il serre sa main sur le fruit, il serre sa main sur le vide…
L’arbre est toujours là avec ses fruits, mais il ne peut plus les toucher. Le champ est vide, il ne reste que l’arbre.
Il se secoue ne comprenant pas ce qu’il lui arrive, mais il reprend ses esprits. Il sait pourquoi il est parti ce matin : annoncer que la Société externalise le secteur entretien, trop coûteux d’employer en CDI 30 personnes. Un luxe, d’autant plus qu’elles ne font pas preuve de reconnaissance, on leur offre un travail, et elles demandent des horaires moins étalés, et même, le croirez vous, une augmentation !
Et bien, il allait leur clouer le bec, qu’elles rangent leurs balais et leurs prétentions. Une entreprise spécialisée s’occuperait du nettoyage, le contrat était signé. Elles avaient trois mois (ah, ces contraintes légales) pour trouver autre chose. Peut être qu’avec une petite recommandation de sa part, certaines pourraient être reprise par le nouvel intervenant. Mais pas la mangeuse de pommes il allait veiller à ce qu’elle ne se recase pas si facilement.

Il jette un dernier regard sur l’arbre, veut noter sur son I Phone, mais « pas de réseau », évidement, dans ce coin perdu…
Il sort son calepin à couverture cuir, une coquetterie, un cadeau pour sa promotion, écrit :
« Se renseigner sur propriétaire du champ et de l’arbre, acheter, couper l’arbre. Elément dangereux pour le rendement, peut provoquer des hallucinations, interdire à quiconque l’accès au terrain… »
Peut être dans quelques temps, quand cet arbre qui ne devrait pas être là, pas porter en plein hiver des fruits ramenant l’histoire à son point d’origine, quand cet arbre aurait disparu, la Société pourrait exploiter le terrain…






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