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 L'olympisme, une religion ? Le CIO, une secte ?

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MBS

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MessageSujet: L'olympisme, une religion ? Le CIO, une secte ?   Lun 27 Fév 2012 - 22:51

Petit cours d'une heure pour les élèves souhaitant présenter le concours de Sciences-Po (les thèmes des questions d'actualité sont cette année : Le sport ; La religion)

Entrée dans la séance : images de la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques d’Albertville (1992)

http://www.youtube.com/watch?v=io8zDhJMm7s

http://www.youtube.com/watch?v=llDcx9tSHG8&feature=related


I – L’olympisme, une religion planétaire ?

A) Un dogme, des rites

En novembre 1892, à l’occasion du cinquième anniversaire de l’Union des sociétés françaises de sports athlétiques, le baron Pierre de Coubertin propose au milieu d’une incompréhension à peu près générale la restauration des Jeux olympiques. Il établit ainsi de manière un peu fictionnelle un lien entre le sport moderne et les activités athlétiques à caractère religieux de l’antiquité. Deux ans plus tard, le 23 juin 1894, 79 délégations entérinent l’idée et décident de créer ces nouveaux jeux selon les principes voulus par Coubertin : des jeux tous les 4 ans, itinérants, excluant les femmes (même si ce n’est pas dit tel quel) et intégrant différents sports athlétiques (dont des sports collectifs modernes).
Coubertin donne à l’olympisme des valeurs qui ne seront rapidement plus celles de sports en développement dans toute la société et donnant naissance au professionnalisme. L’athlète olympique est l’équivalent d’un chevalier moderne, faisant preuve d’une bonne éducation, de morale, ayant le sens de l’effort (« Je rebronzerai une jeunesse veule et confinée, son corps et son caractère par le sport, ses risques et même ses excès. J’élargirai sa vision par le contact des grands horizons sidéraux, planétaires, historiques […] qui deviendront un ferment de paix internationale pratique »). Aujourd’hui, on considère que 4,5 milliards d’êtres humains suivent les Jeux olympiques d’été par le biais des différents médias. Pour l’historien Georges Vigarello, les Jeux olympiques sont « la religion des temps modernes ».
Ces valeurs définissent donc une forme de credo contenu dans la Charte olympique (« Le but du Mouvement olympique est de contribuer à la construction d’un monde meilleur et pacifique en éduquant la jeunesse par le biais d’une pratique sportive en accord avec l’Olympisme et ses valeurs »). Autour de celui-ci vont se greffer des symboles et des rites destinés à incarner l’olympisme : devise olympique (1891) ; défilé des délégations (1896à ; hymne olympique (1896 et repris à partir de 1960) ; serment et drapeau olympique (1920) ; la flamme (1928) et son parcours depuis Olympie (1936).
Si le mouvement olympique n’a pas pu empêcher les deux conflits mondiaux (ni même réintroduire l’idée grecque de la trêve olympique), il a pu obtenir quelques succès : équipe allemande commune de 1956 à 1968 (donc en pleine guerre froide), défilé commun des équipes des deux Corée aux jeux de 2000, 2004 et 2006. Il se trouve cependant très vite contesté…

B) Des « hérésies » triomphantes

- le nationalisme : les discours de Coubertin visent à l’exaltation des patries mais en aucun cas au nationalisme, c’est-à-dire à l’idée de la supériorité d’une nation sur les autres ; l’athlète concourt d’abord pour lui avant de représenter son pays. De même, ce ne sont pas des pays qui organisent les Jeux mais bien des villes. Pourtant, dès les premiers Jeux, les compétitions deviennent le moyen de proclamer la supériorité des nations (cas multiples dès 1896 : pas de gymnastes français pour ne pas avoir à affronter les gymnastes allemands ; les Grecs qui refusent l’idée que les Jeux puissent s’organiser ailleurs que chez eux…). Les Jeux deviennent une vitrine internationale (jeux destinés à proclamer la supériorité d’un pays comme à Paris (1900), Londres (1908), Berlin (1936) ; boycotts de 1976, 1980 et 1984 ; jeux des puissances émergentes : Séoul (1988), Pékin (2008), Sotchi (2014), Rio (2016))

- les femmes : pour Coubertin, les femmes n’ont pas pour vocation à faire du sport mais à enfanter (« une olympiade femelle est impraticable, inesthétique et incorrecte »). Pourtant dès 1900, à sa grande fureur, des épreuves féminines sont organisées à Paris mais ce sont des sports « nobles », aristocrates (golf, tennis principalement). En 1922 et 1926 se tiennent des Jeux olympiques féminins organisés par la française Alice Milliat. Le départ de Coubertin de la présidence du CIO en 1925 permet d’inscrire des épreuves athlétiques féminines aux Jeux d’Amsterdam en 1928. Toutefois, les épreuves féminines vont longtemps rester marquées par la misogynie des organisateurs (suppression du 800 mètres jugé trop éprouvant pour leur « constitution fragile »).

- le professionnalisme : créés par des membres des élites européennes et nord-américaines, les Jeux Olympiques ont un rapport difficile avec l’argent (les premières récompenses sont des lauriers) parce que la pratique du sport ne peut être à leurs yeux une activité rémunératrice (c’est avant tout un effort qu’on fait pour soi). Très vite, des sportifs vont se retrouver mis au ban du monde de l’olympisme soit avant, soit après les compétitions (obligés de rendre leurs médailles) sur la foi d’accusation de professionnalisme (celui-ci commençant lorsqu’un sportif reçoit un dédommagement pour s’être déplacé à une compétition…). Cela conduit à la rupture entre des fédérations importantes (foot, tennis…) et le mouvement olympique. Dans les années 60, l’hypocrisie est réelle ; entre les « sportifs d’Etat » des pays de l’Est et les sportifs de l’Ouest qui sont rétribués pour leur participation à des meetings, les véritables amateurs sont rares et n’ont guère de chances de succès. Dans des sports comme le patinage artistique, la carrière d’un sportif est ainsi généralement brève ; une réussite olympique conduit au passage en professionnel pour profiter des revenus qu’offrent les tournées du style Holiday on ice. L’évolution décisive se produit en 1984 avec une transformation du serment olympique où la référence à l’amateurisme disparaît. Désormais les meilleurs sportifs de la planète (les Dream team de basket américaines, les premiers au classement ATP et WTA de tennis…) iront aux Jeux.




II – Le CIO, une secte ?

http://www.olympic.org/fr/cio

A) Un groupe conservateur ?

Le CIO (Comité International Olympique) est créé en juin 1894 après le vote de la « renaissance » des Jeux Olympiques. Il comprend 15 hommes, américains et européens, chargés de définir les épreuves et de codifier les règlements. Il est d’abord présidé par un Grec puisque les premiers jeux doivent se tenir à Athènes. En 1896, Coubertin en prend la tête puisque les Jeux Olympiques de 1900 doivent se tenir à Paris. Il va y demeurer jusqu’en 1925 (ce qui marque l’abandon de la présidence tournante et un premier indice d’un fonctionnement très particulier). Les premiers membres du CIO sont des conservateurs (1/3 sont même des aristocrates), ceux qui suivront ne seront guère différents puisqu’il n’y a pas élection de nouveaux membres mais cooptation, qu’il n’y a pas eu pendant longtemps de limites d’âge. Ce conservatisme peut expliquer pourquoi le régime hitlérien ne fut pas spécialement un problème pour le CIO lors des Jeux de 1936 (ce même CIO avait d’ailleurs confié les Jeux de 1940 à Tokyo). Le souci de représenter toute l’humanité a conduit à une multiplication du nombre des membres de sorte qu’il y a plus de pays représentés au CIO qu’à l’ONU. Cela renforce la possibilité de maintenir ce conservatisme (le CIO est une organisation qui reste largement en marge des règles internationales… et qui refuse d’inscrire toute référence aux Droits de l’homme dans sa charte) ; il faut en fait la mise à jour de scandales pour le faire évoluer. Par exemple, après la Seconde Guerre mondiale, le marquis de Polignac est maintenu au sein du CIO alors qu’il a été condamné à l’indignité nationale ; l’organisateur des Jeux de Berlin, Carl Diem, sera proposé plusieurs fois à la cooptation et des dirigeants sportifs de l’Allemagne nazie ou du Japon se trouveront réintégrés au CIO quelques années après en avoir été exclus. Un des cas les plus connus est celui du futur président du CIO, Juan Antonio Samaranch, qui a été un dignitaire du régime de Franco en Espagne. Un de ces prédécesseurs, Avery Brundage (1952-1972), avait été un des plus ardents défenseurs de la présence des Etats-Unis aux Jeux de Berlin faisant même retirer des athlètes juifs de l’équipe américaine.

B) Une puissance occulte ?

Le CIO mène en fait une sorte de diplomatie parallèle (il n’exclura l’Afrique du Sud que très tardivement) par l’intermédiaire des CNO (Comités Nationaux Olympiques). Cela lui permet de faire face à des adversaires puissants : les fédérations internationales des différents sports qui, en se mettant à organiser leurs propres compétitions mondiales, concurrencent les Jeux olympiques (il y eut même un temps dans l’entre-deux-guerres des fédérations sportives internationales « rouges » qui organisèrent des contre-jeux à Barcelone en 1936) ; certains Etats (pour limiter l’intrusion des pays de l’Est dans les mouvements sportifs des pays du Sud, le CIO crée en 1962 la « solidarité olympique » ; le site du CIO présente en ce moment l’exemple du premier sportif afghan à avoir obtenu une médaille olympique Rohullah Nikpai). On a vu comment en 2008 le CIO a réussi à empêcher l’initiative de sportifs français voulant arborer un pin’s pour protester contre les restrictions de libertés en Chine. Cette diplomatie vise à permettre au CIO de continuer à tenir en mains toutes les cartes lui permettant de contrôler le secteur sportif… et même plus.
Le CIO apparaît donc comme une puissance « politique » mais aussi économique ce qui l’affranchit de la tutelle des Etats. Si les villes qui organisent les Jeux Olympiques sont régulièrement en déficit à la fin des Jeux, le CIO lui est très riche. Cet enrichissement est le résultat de la politique mise en place par Juan Antonio Samaranch dans les années 80. Il a fait du CIO une organisation internationale non gouvernementale de droit privé, un statut helvétique qui donne une quasi inviolabilité judiciaire aux membres du CIO.. Samaranch a également déposé au titre de la propriété industrielle la marque et les symboles olympiques ce qui est une évidente source de revenus (leur utilisation sur des sites internet personnels peut ainsi valoir des ennuis aux webmasters). Enfin, en 1985, a été lancé le programme TOP (The Olympic Partners) avec 11 sponsors majeurs (Coca-Cola, Mc Donald’s, General Electric, Panasonic, Omega, Visa…) qui représente 1/5 environ des revenus du CIO. Dans le même temps, les droits de diffusion des Jeux Olympiques connaissaient une extraordinaire augmentation (ex : entre 1976 et 2008, passage des droits télé de 34 000 à 1,7 milliard de dollars) et sont même attribués avant le choix des villes hôtes.

Le CIO est donc aujourd’hui géré comme une entreprise très vigilante sur son image… mais que des scandales périodiques viennent frapper (comme des affaires de pots de vin pour l’attribution de certains Jeux olympiques : Salt Lake City par exemple en 2002). En dépit de réformes destinées à offrir plus de respectabilité (changement dans les procédures d’attribution des Jeux olympiques ; entrée plus nombreuse d’anciens sportifs de renom au CIO ; présidence de Jacques Rogge…), le CIO conserve une grande part d’ombre qui contraste avec la lumière sous laquelle sont exposées les épreuves qu’il organise.







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MessageSujet: Re: L'olympisme, une religion ? Le CIO, une secte ?   Mar 28 Fév 2012 - 0:37

J'me disais bien, mais j'ai eu du mal à le retrouver que j'avais fais un truc sur le sujet:

http://liensutiles.forumactif.com/t14934-je-me-fous-des-jeux-olympiques?highlight=jeux+olympiques

juste pour dire, j'ai pas le poste en entier, mais promis juré croix de bois etc... je vais le faire!
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