Forums Liens Utiles


 
AccueilAccueil  FAQFAQ  S'enregistrerS'enregistrer  ConnexionConnexion  

Partagez | 
 

 Starting au vert (Cathy 3 - en cours)

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
AuteurMessage
MBS

avatar

Nombre de messages : 8144
Age : 53
Localisation : Toulouse
Date d'inscription : 31/10/2007

MessageSujet: Starting au vert (Cathy 3 - en cours)   Sam 10 Mar 2012 - 1:16

Chapitre 1
Une petite fille en pleurs
Quand Cathy a franchi la porte du Mandala à l’entrée de la rue des Amidonniers, le trio de jazz sur la scène s’est arrêté de jouer. Le visage du guitariste était aussi rouge que le rideau du fond de scène, un rouge sang qui se mêlait fort bien aux yeux barbouillés de mascara noir baveux de la jeune femme.
Il faut dire que Cathy était comme toujours fort en beauté. Plus que cela même, elle était une véritable invitation à aller s’amuser sous la couette, voire même en se passant de couette, de lit et de tout ce qui peut accueillir deux corps en position horizontale. La jupe n’était pas mini, elle était juste micro. Le top n’était pas plus agressif qu’une bande de loubards devant le guichet d’une banque en cours de braquage. Quand à ses cheveux, ils auraient pu servir de modèle à un peintre voulant transcrire les vagues turbulentes d’un soir d’avant-tempête ; ils étaient ondulés et chargés de reflets bleus.
Ce n’est pas tant en fait la sublime plastique de Cathy van der Cruyse qui a paralysé sur place l’auditoire du Mandala mais bien plutôt le Georges Béréta 92 de 1976 qu’elle tenait dans sa main droite parfaitement manucurée. Ce n’est pas tant les dix centimètres de talons de ses escarpins bleu électrique qui firent passer un courant de 380 volts dans les veines des messieurs présents dans la salle mais la manière dont elle reniflait en brandissant le flingue vers une ombre accoudée au bar. Ce n’est pas tant les larmes qui jaillissaient en fontaine de son regard clair qui embuèrent la salle que la fumée émise par le pistolet semi-automatique lorsqu’il fait feu froidement et à quatre reprises sur le consommateur.
On n’entendit pas le corps tomber en se fracassant au pied du comptoir mais le lourd accent d’Outre-Quiévrain de la blonde qui hurlait :
- Fallait pas me prendre pour une conne !…

*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*
pour vos commentaires : http://liensutiles.forumactif.com/vos-textes-longs-feuilletons-romans-pieces-f5/mbs-commentaires-t13327.htm

pour entrer dans mon univers : http://fiona.toussaint.free.fr
Revenir en haut Aller en bas
http://fiona.toussaint.free.fr
MBS

avatar

Nombre de messages : 8144
Age : 53
Localisation : Toulouse
Date d'inscription : 31/10/2007

MessageSujet: Re: Starting au vert (Cathy 3 - en cours)   Mar 29 Mai 2012 - 23:54

Au commissariat central Nicolas Sarkozy, l’arrivée de Cathy fit l’effet d’une bombe.
- Qu’est-ce que tu dis ? lâcha la fliquette qui conduisait en experte la suspecte dans le dédale des coins et des recoins de la massive bâtisse en briques orangées.
- Il faudrait jumeler votre ville et la capitale de mon pays. Elles sont faites pour aller ensemble. Vous avez le canal du Midi et nous avons la gare du Midi. ET votre canal passe aussi devant la gare.
- Pardon ?!…
L’agente de police regretta de ne pas avoir eu sous la main un annuaire du département de l’Ariège afin d’en appliquer quelques coups sur la tronche de Cathy. Et même, à bien y réfléchir, et en sachant très bien les risques qu’elle prenait, celui de la Haute-Garonne qui deux fois plus lourd aurait fait quatre fois plus mal (à supposer bien sûr que son instructeur ne lui ait pas raconté des craques).
- Je disais…
- Ferme-la !…
Ah ça, elle en avait vu des cinglés, Eléonore Rigueby, depuis trois mois qu’elle était affectée ici. Sa première affaire c’était un gang de vieilles commères qui ramassaient du riz à la sortie des églises après les mariages et le revendaient soi-disant au profit de l’Ethiopie. Pas banal vous l’avouerez ! Mais une dingue en escarpins bleus électrique qui après avoir dessoudé un banal quidam dans une boite de jazz se lançe dans une réflexion à haute voix sur un jumelage, il y avait de quoi re-calibrer aussi sec le déconapleintubomètre en ajoutant des graduations en haut de l’échelle. Si elle jouait un rôle, c’était une grande artiste. Si elle était seulement une grande malade dans sa tête, l’hôpital Marchant serait bien trop petit pour elle.
- Ah, inspecteur !… Vous tombez bien ! Je me demandais si vous ne vous étiez pas perdue dans nos couloirs… Cela fait combien déjà que vous êtes ici ?
- Trois mois, monsieur le commissaire.
Il était plutôt bel homme le commissaire Armengaud. Bel homme et bon flic. Eléonore Rigueby n’ignorait pas qu’il avait mis sous les verrous un redoutable gang de trafiquants de faux Armagnac fabriqué à base de Cognac et de Pineau des Charente frelatés. Il faut dire que depuis, dans son dos bien sûr, on l’avait affublé du sobriquet de « Pineau simple flic » dont il fallait souhaiter qu’il continuât à l’ignorer jusqu’à sa retraite et même au-delà.
Eric Armengaud darda sur elle son légendaire regard vert anis sans daigner même jeter la moitié d’une pupille sur la gravure fétichiste qu’elle tenait par le bras.
Il rigolait !…
Doucement certes, mais il rigolait…
Gentiment certes, mais il se foutait d’elle…
- Eh bien, vous allez reprendre le chemin en sens inverse et ramener cette demoiselle à son hôtel.
- Mais ?! s’étrangla Eleonor Rigueby. Elle a…
- Elle a fait son boulot… C’est tout !… Le type qu’elle a envoyé six pieds sous terre était un célèbre proxénète belge mouillé jusqu’au cul dans des affaires louches dans des hôtels de passe. Dudu la Somore qu’il s’appelait. Paix à son âme et paix à ses dames… Mademoiselle Van der Cruyse travaille pour les services secrets d’un pays autant voisin qu’allié. Son chef, le commissaire Roland de Roncevaux, passera récupérer le corps demain matin. En attendant, une fois à l’hôtel de mademoiselle, vous voudrez bien prendre toutes les précautions pour qu’elle ne quitte pas sa chambre.
- Jusqu’à quand ?
- Jusqu’à ce qu’on vienne vous relever…
- Ah mais ça tombe mal !… Je n’avais pas prévu que…
- Vous ne voudriez pas que cette personne si aisément reconnaissable soit reconnue par une des personnes présentes ce soir au Mandala quand même ? Cela ferait vinaigre…
- Euh ?…
Que pouvait dire en de telles circonstances une subordonnée, débutante de surcroît, à son supérieur direct, hiérarchique et beau comme un dieu, qui ne soit pas susceptible de lui valoir deux jours de mise à pied à faire la circulation sur un échangeur du périphérique ?
Rien !
Elle avait beau chercher, elle ne trouvait pas. Tant pis pour son copain, Raoul, qui allait l’attendre toute la nuit devant son ordinateur en matant des films téléchargés illégalement. Tant pis pour la petite robe glamour qu’elle s’était achetée pour l’occasion et qui attendait dans sa housse plastique.
Tant pis… Il allait falloir garder l’œil sur l’espèce de débile qui, sans se soucier de ce qu’il se disait à côté d’elle, avait entamé la lecture de l’annuaire de l’Ariège.
- C’est où son hôtel ?…
- Hôtel Ibis, rue Claire Pauilhac…
- A propos, fit la Belge revenant dans la conversation comme une épidémie renaît après la destruction des doses de vaccin de la pandémie précédente…
- A propos quoi ?! marmonna nerveusement Eléonore en pensant à la petite robe et à son emballage si fragile qu’elle aurait eu envie de déchirer avec les dents.
- Vous savez qu’il y a une Claire Pauilhac qui habite à La Bastide de Lordat dans l’Ariège ? Numéro de téléphone : 05.61.60.03.78

*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*
pour vos commentaires : http://liensutiles.forumactif.com/vos-textes-longs-feuilletons-romans-pieces-f5/mbs-commentaires-t13327.htm

pour entrer dans mon univers : http://fiona.toussaint.free.fr
Revenir en haut Aller en bas
http://fiona.toussaint.free.fr
blue note

avatar

Nombre de messages : 8002
Age : 53
Localisation : Paris
Date d'inscription : 20/09/2009

MessageSujet: Re: Starting au vert (Cathy 3 - en cours)   Mer 30 Mai 2012 - 0:02



Trop bon !
Eleonor Rigueby... j'y crois pas.
Revenir en haut Aller en bas
http://eaux-douces.bloxode.com
MBS

avatar

Nombre de messages : 8144
Age : 53
Localisation : Toulouse
Date d'inscription : 31/10/2007

MessageSujet: Re: Starting au vert (Cathy 3 - en cours)   Ven 1 Juin 2012 - 22:28

* * *
Pendant que la bimbo belge faisait un arrêt vidange aux toilettes, Eléonore Rigueby avait compulsé les pages blanches de l’annuaire à la recherche de la commune – inconnue d’elle – de La Bastide de Lordat et de la fameuse Claire Pauilhac. A sa grande surprise, le numéro de téléphone correspondait bien. Comment avait-elle fait ça, la Belge ?
- Ben c’est facile, répondit Cathy lorsque la fliquette l’interrogea sur ce point. Il suffit que je lise un truc très vite et puis je m’en souviens…
- Longtemps ? s’étonna Eléonore.
- Ben oui… Je crois… Mais bon, ça ne me sert à rien…
Cathy oubliait – c’était bien là le pire des combles – qu’à plusieurs reprises cette faculté prodigieuse lui avait tiré au moins une épine du pied ou avait permis aux services secrets belges de boucler de redoutables affaires délicates.
Eléonore Rigueby avait le cheveu court, la bouche nacrée et la méfiance rivée au corps. Elle fit ce que font tous ceux qui découvrent les incroyables facultés de Cathy. Elle la poussa un peu pour voir jusqu’où le prodige pouvait bien aller.
- Et elle habite où cette Claire Pauilhac ? questionna-t-elle en s’effaçant pour que Cathy puisse franchir la porte à tourniquet à la sortie du commissariat.
- 36 rue Max Gallo.
- Vous pourriez me dire qui habite au 34 rue Max Gallo ?… A côté de madame Pauilhac ? demanda-t-elle pendant que la C3 banalisée quittait la place de parking banale sur laquelle elle était garée (avec deux pv glissés sous l’essuie-glace arrière).
- Raymonde Gomard veuve Pochet et Plume Bellavy… Vous voulez les appeler aussi au téléphone ?
Inutile… Eléonore Rigueby avait pris la peine de regarder dans l’annuaire. Les noms correspondaient.
- Et si je tourne à droite, j’arrive où ?…
- Qu’est-ce que vous voulez que j’en sache, je ne suis pas d’ici moi ! rétorqua Cathy avec une moue qui disait que derrière la colère apparente il y avait une véritable absence de réponse à cette question élémentaire.
La policière s’était juste contentée de faire le tour du commissariat. Droite, droite, droite… On revenait donc au point de départ… Et « l’agente belge » n’était même pas fichue de s’en rendre compte.
Pas plus visiblement qu’elle n’avait remarqué l’immense panneau invitant à tourner OBLIGATOIREMENT à gauche.

* * *
L’avantage d’être la femme et la secrétaire du chef c’est qu’on avait les nouvelles plus rapidement se disait Claire Van der Cruyse en voyant débouler son mari un grand sourire sur les lèvres.
- Voilà c’est fait ! On n’entendra plus parler de ce lourdaud de Dudu la Somore… Les honnêtes occupants de nos hôtels de luxe pourront désormais dormir tranquille sans être importunés par les gémissements plaintifs de ses pétassières de service.
- Et Cathy ? demanda Claire qui faute de pouvoir se ronger les sangs avait déjà abrégé l’existence de deux faux ongles vernis.
- Sans problème. Elle a été récupérée par la police locale qui va la border ce soir et nous la mettra demain dans le premier avion pour ici.
- Quand même, j’aurais préféré que tu laisses Franka en couverture… Cathy seule dans la nature…
- Ecoute, ma chérie… Tu sais bien qu’il y a des situations dans lesquelles Franka ne peut pas avoir Cathy avec elle.
- Dis que ma fille est un boulet ! s’emporta joliment l’ex miss Belgique.
Joliment car la colère faisait briller davantage ses yeux de lumière et ourlait ses lèvres d’une écume légère qui invitait tout homme normalement constitué à revoir l’ordre de ses priorités immédiates.
- Et puis, non, songea le colonel, Cathy n’était pas un boulet… Elle était juste spéciale mais ce côté spécial n’avait pas de prix aux yeux du chef des services secrets belges.
- Cathy est parfois du genre éléphant dans un magasin de porcelaine, tu le sais… Et pour une mission en Chine…
- Elle était de trop… J’ai compris… Donc tu as envoyé Cathy toute seule flinguer Dudu la Somore…
- Elle est grande maintenant non ?
Claire Van der Cruyse, épouse de Roncevaux, n’en était pas persuadée. Pour sa fille si spéciale, elle en avait tellement fait que l’idée que celle-ci puisse véritablement accéder à un âge mental adulte était autant une satisfaction qu’un crève-cœur.
- Elle pouvait se rater.
- Là c’est toi qui ne crois pas en elle, ma chérie, observa de Roncevaux en la prenant par les épaules.
Le siège pivotant pivota et l’ancienne miss se retrouva face à son mari. Leurs regards s’embrasèrent comme un morceau de tissu oublié sur une trajectoire d’escarbille. Une main de femme se tendit, une bouche d’homme s’approcha.
Le téléphone sonna.

* * *

*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*
pour vos commentaires : http://liensutiles.forumactif.com/vos-textes-longs-feuilletons-romans-pieces-f5/mbs-commentaires-t13327.htm

pour entrer dans mon univers : http://fiona.toussaint.free.fr
Revenir en haut Aller en bas
http://fiona.toussaint.free.fr
MBS

avatar

Nombre de messages : 8144
Age : 53
Localisation : Toulouse
Date d'inscription : 31/10/2007

MessageSujet: Re: Starting au vert (Cathy 3 - en cours)   Lun 2 Juil 2012 - 23:49

Cathy la Belge savait tout de Jeanne d’Arc, cette héroïne qui avait semé son nom et des places un peu partout dans les villes de France. Il n’y avait plus de quoi étonner Eléonore Rigueby qui ne savait en revanche toujours pas si elle devait s’affoler d’avoir à protéger un tel phénomène de foire ou se dire que ça allait être l’occasion de se marrer un certain nombre de fois.
Du parking place Jeanne d’Arc à l’entrée de la rue Claire Pauilhac où se trouvait l’hôtel, il n’y avait qu’une grosse centaine de mètres. Assez cependant pour que deux automobilistes aient trouvé le moyen de déchirer la nuit de leurs klaxons obscènes. Eléonore avait failli aller leur rappeler, sa carte de police à la main, les règles qui président à l’usage de l’avertisseur sonore… A plus forte raison autour de minuit comme aurait dit Bertrand Tavernier.
Elle avait pris sur elle. La consigne c’était la discrétion… Pas facile à respecter avec une telle bimbo à côté. D’ailleurs, le réceptionniste de l’hôtel tiqua en les voyant entrer et approcher de son comptoir.
- Désolé, mesdemoiselles, on n’est pas au Carlton ici…
Eléonore dégaina cette fois-ci sa carte professionnelle tricolore qu’elle promena fébrilement sous le nez du préposé à l’accueil.
- Vous croyez que ça me rassure ? rétorqua-t-il sans sourire.
On allait où dans ce monde où plus personne ne croyait plus ni à l’honnêteté des puissants, ni à la respectabilité des forces de l’ordre ?… A moins que ce ne soit le contraire d’ailleurs.
- Venez border mademoiselle et vous verrez bien qu’elle va se coucher seule… Pour ma part, je me contenterai d’une chaise calée devant sa porte.
La proposition ne parut pas déplaire au réceptionniste qui imagina sans doute tout le profit qu’il pourrait avoir à être dans la chambre avec la blonde incendiaire sans pouvoir sortir puisque la fliquette coincerait la porte à l’extérieur.
Mais soit qu’il eût des principes, soit que l’état de son compte en banque ne lui permît pas de perdre son job, il préféra ne pas pousser plus loin cette idée un peu folle. Après tout, il y avait bien une réservation en bonne et due forme et l’établissement n’était en rien renommé pour les folies licencieuses qui pouvaient se tenir ailleurs. Alors, pourquoi voir le mal partout ?
Il tendit le passe électronique en essayant d’éviter de trop se demander ce que faisait la grande asperge blonde le nez dans le numéro de la veille de La Garonne libre.
Ce qu’elle faisait ?
Cathy découvrait le rugby.

* * *
- On s’est quoi ?…
Le colonel Roland de Roncevaux avait une nature plutôt positive et un calme sinon olympien du moins bien tempéré. La colère n’était pas son état normal.
- Il a peut-être bu trop de café, remarqua pour elle même son épouse.
Mais comme elle préparait elle-même cette boisson énergisante ringarde venue des pays chaud, elle connaissait au centilitre près la quantité consommée chaque jour par son époux. Aujourd’hui, en dépit de l’attente d’une heureuse confirmation de l’accomplissement de la mission de Cathy, il avait été plutôt raisonnable.
Non, visiblement, il y avait autre chose… Quelque chose qui le mettait en pétard comme jamais…
- Vous êtes en train de me dire calmement que nous n’avons pas ciblé la bonne personne ?…
Ne pas avoir ciblé la bonne personne ?… Cela voulait dire que Dudu la Somore n’était pas le responsable de toutes les turpitudes qu’on avait voulu faire disparaître en même temps que lui. Cela voulait dire que la mission du soir était un échec… et, accessoirement (mais ce n’était pas accessoire aux yeux de Claire van der Cruyse) que sa fille Cathy était une meurtrière de droit commun…
La voix de Roland de Roncevaux ne cessait de grimper de nouveaux barreaux sur l’échelle à décibels. Lorsqu’elle fut si forte que les fenêtres se mirent à trembler, Claire posa délicatement sa main sur celle de son époux pour qu’il ne réveille pas le planton qui roupillait devant la porte du bureau.
Claire était une délicate, une amoureuse des gens, une poétesse des sentiments. Mais, en cet instant tragique, elle était surtout une mère inquiète.

* * *

*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*
pour vos commentaires : http://liensutiles.forumactif.com/vos-textes-longs-feuilletons-romans-pieces-f5/mbs-commentaires-t13327.htm

pour entrer dans mon univers : http://fiona.toussaint.free.fr
Revenir en haut Aller en bas
http://fiona.toussaint.free.fr
MBS

avatar

Nombre de messages : 8144
Age : 53
Localisation : Toulouse
Date d'inscription : 31/10/2007

MessageSujet: Re: Starting au vert (Cathy 3 - en cours)   Lun 9 Juil 2012 - 0:21

- C’est bizarre ! C’est beaucoup trop calme !…
La manière dont Cathy van der Cruyse avait prononcé ces quelques mots manqua de faire exploser de rire Eléonore Rigueby. Quoi de plus calme qu’un couloir d’hôtel en pleine nuit ?
Prévenante, la jeune belge avait apporté à sa nounou d’un soir un verre d’eau et un paquet de gâteaux qui trainait toujours au fond de son sac. Cela avait motivé une réflexion double de la policière toulousaine tenant en une seule et même question : où mettait-elle ça ?… Le sac de Cathy était minuscule et son tour de taille démentait une éventuelle tendance au grignotage frénétique.
- Les gens dorment, répliqua Eléonore en essayant de réfréner ses envies de rigolade.
- Eh bien, ils ne vont pas dormir longtemps… Ca ne va pas tarder à tourner au grabuge.
Eléonore Rigueby n’eut pas le temps de demander à Cathy sur quoi elle se fondait pour une telle affirmation. Au bout du couloir orangé, un homme surgit, la main étrangement glissée entre la chemise et son veston. Il n’était pas en train de chercher ses papiers c’était clair, ni même le passe électronique pour entrer dans sa chambre. Sous son aisselle, elle n’avait aucun mal à imaginer le holster dans lequel ce porte-flingue si peu discret camouflait son instrument de travail.
- Qu’est-ce que je disais ? minauda Cathy.
Elle saisit le bras de la policière, l’attira vers elle et poussa violemment la porte. On n’entendit pas le claquement de l’huis se refermant ; il se perdit dans le fracas d’une double détonation : deux balles vinrent s’écraser sur le chambranle et faire voler l’encadrement de la porte.
- Qu’est-ce que c’est que ce cirque ? questionna Eléonore.
- Oh, expliqua tranquillement Cathy, j’ai vu ce type dans la rue qui rentrait dans l’hôtel. Il était dans la boite tout à l’heure. Juste à côté du type sur qui j’ai tiré… Pas besoin d’avoir fait de longues d’études pour imaginer qu’il allait me chercher…
- Mais… Vous auriez pu nous dire que…
- A quoi bon ?! soupira Cathy en haussant les épaules… On n’échappe pas à son destin… Moi, je ne sais pas pourquoi, les hommes ils ont toujours envie de me retrouver.
Deux nouveaux coups de feu firent passer la serrure électronique de vie à trépas. Un coup de pied bien donné fit vaciller la porte.
Eléonore sortit son arme de service et la pointa droit devant elle.
- Ca ne sert à rien, fit observer Cathy. Il tirera le premier, vous tremblez comme une feuille…
Pas faux ! Mais que faire ?
Sans attendre qu’Eléonore formule officiellement sa question par la procédure la plus basique, celle passant par un mouvement articulé des lèvres, Cathy ouvrit la fenêtre et poussa la policière à l’enjamber.
- Mais ?…
- Je l’ai déjà fait plein de fois, on risque rien…
Ne rien risquer ?… On était quand même au quatrième !
Un dernier coup d’épaule fit céder les dernières résistances de la valeureuse porte en bois exotique. Le tueur se précipita vers la fenêtre ouverte, se pencha pour jeter un coup d’œil dans la rue histoire de voir si sa proie avait sauté et n’était pas en train de donner une apparence nouvelle au trottoir.
Un coup de pied fouetté le cueillit au visage. Il s’effondra en avant sans qu’Eléonore, en équilibre très instable sur le rebord de la fenêtre voisine ait pu le rattraper.
- Et de deux ! fit Cathy…

*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*
pour vos commentaires : http://liensutiles.forumactif.com/vos-textes-longs-feuilletons-romans-pieces-f5/mbs-commentaires-t13327.htm

pour entrer dans mon univers : http://fiona.toussaint.free.fr
Revenir en haut Aller en bas
http://fiona.toussaint.free.fr
MBS

avatar

Nombre de messages : 8144
Age : 53
Localisation : Toulouse
Date d'inscription : 31/10/2007

MessageSujet: Re: Starting au vert (Cathy 3 - en cours)   Lun 9 Juil 2012 - 22:49

Chapitre 2
Une bouteille à la mer
Bien sûr, il y eut un raffut de tous les diables. Les endormis réveillés en sursaut et coulant un œil dans le couloir pour voir si, le calme revenu, ils pouvaient se laisser aller à vociférer témoignèrent avec véhémence leur profond mécontentement. L’escouade de flics débarquant sans tambour ni trompette mais toutes les sirènes hurlantes devant l’hôtel ameuta tout le quartier. La direction de l’hôtel arrivée en catastrophe pour mesurer au plus vite l’importance des dégâts et prévenir instantanément les services juridiques de la maison mère rajouta au chaos.
Au milieu de ce grand Barnum sans chapiteau, Cathy gardait une attitude on ne peut plus modeste et discrète. Elle avait mis fin à la bruyante et intempestive intervention du tueur mais n’en tirait aucune gloire. Elle s’était détachée de tout ça sans le moindre problème alors qu’Eléonore Rigueby, elle, paraissait avoir besoin du contact de ses collègues toulousains pour reprendre tout son empire sur elle-même.
- Vous faites quoi ? questionna le commissaire Armengaud.
- J’attends de pouvoir aller me coucher, répondit Cathy. Je suis un peu fatiguée, figurez-vous…
- Vous coucher ? Mais vous n’y pensez pas !… Si quelqu’un a voulu se débarrasser de vous une fois…
- Une fois ?… Vous parlez comme nous dans le sud de la France !…
Eric Armengaud éluda la remarque débile de Cathy et poursuivit. C’était sa force, il le savait. Rien ne pouvait jamais le détourner d’une réflexion en marche.
-… on recommencera… On va aller vous mettre à l’abri en dehors de la ville et cette fois-ci, on fera tout pour que vous ne laissiez aucune trace.
- On n’a pas laissé de traces, s’insurgea Eléonore Rigueby qui avait bien vérifié pendant le trajet jusqu’à l’hôtel que personne ne les suivait.
- Et ça ? répliqua le commissaire en saisissant la bretelle du top pailleté et brillant de Cathy. Vous trouvez que ça ne suffit pas à faire de la discrétion un concept largement dépassé ?
Cathy eut un geste un peu vif pour éloigner la main élégante et manucurée du commissaire.
- Bien sûr, ronchonna-t-elle, avec vous les Français, c’est toujours pareil. Dès que vous voyez un étranger qui ne vous ressemble pas, tout est de sa faute !
- Je n’ai pas dit cela, fit Armengaud. Disons qu’on va trouver le moyen de vous rendre moins visible…
- Ca m’étonnerait… La cape d’invisibilité d’Harry Potter, ça marche pas !
Est-ce que c’était de l’humour ?…
Le commissaire Armengaud se surprit à constater que la jeune Belge le détournait du sillon bien tracé de ses pensées profondes. Il secoua la tête pour chasser cette question périphérique et reprit :
- A l’heure qu’il est, on fait ouvrir un magasin au centre-ville pour vous y trouver de quoi vous vêtir plus… discrètement.
- Ah d’accord… Comme ça je comprends mieux… Mais je pourrais quand même garder mes escarpins ? Je les aime bien…
Cathy se leva du lit, rangea le petit carnet qu’elle était en train de feuilleter dans une poche spéciale à l’intérieur de sa micro-jupe et battit des mains comme une gosse.
- Ils arrivent bientôt ?…

* * *

*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*
pour vos commentaires : http://liensutiles.forumactif.com/vos-textes-longs-feuilletons-romans-pieces-f5/mbs-commentaires-t13327.htm

pour entrer dans mon univers : http://fiona.toussaint.free.fr
Revenir en haut Aller en bas
http://fiona.toussaint.free.fr
MBS

avatar

Nombre de messages : 8144
Age : 53
Localisation : Toulouse
Date d'inscription : 31/10/2007

MessageSujet: Re: Starting au vert (Cathy 3 - en cours)   Mer 11 Juil 2012 - 23:25

Cathy se trouva fort dépourvue quand les habits furent venus. Rien de clinquant, de voyant, de tape-à-l’œil. Rien que des matières quelconques, des couleurs ternes et passe-partout. Pour mesurer l’étendue de sa détresse, il suffit d’imaginer ce que donnerait la rencontre improbable entre Karl Lagerfeld et la dernière collection d’une sous-marque de grande surface…
- Ca va gratter, ronchonna Cathy…
Le commissaire Armengaud se foutait des récriminations excessives de la jeune Belge comme de son premier bavoir. Ce qui lui importait c’était de faire disparaître au plus vite la bimbo de cet hôtel en attendant de la mettre dans un train pour la renvoyer chez les siens et dans le plat pays qui était le sien. Accessoirement, Armengaud était aux prises avec un tourment terrible. Quelque chose ne collait pas dans toute cette histoire… Il avait l’impression que les Belges cherchaient à le posséder depuis le début. Ok, Cathy van der Cruyse avait des capacités de mémorisation formidables mais, et même en adoptant un langage politiquement correct, c’était quand même une conne finie… Ou pas finie justement…
Où était l’embrouille ?…

* * *
Roland de Roncevaux décida à deux heures du matin qu’il était vain de s’escrimer sur le téléphone. Le commissaire Armengaud ne répondait pas et ne répondrait pas. Après tout, après une soirée mouvementée, n’importe quel être normalement constitué avait le droit de faire valoir ses droits à quelques heures de repos. Ce genre de renoncement, jugé bien hâtif, déplut fortement à Claire qui se ferma et ne dit pas un mot jusqu’à leur retour au domicile familial du boulevard Isabelle Corlier.
Une mauvaise surprise les attendait dans la boite aux lettres.
- Encore ! rouspéta le colonel de Roncevaux… C’est la troisième fois de suite que Cathy oublie de payer son électricité !…
Comme à chaque fois, en vertu de précautions sagement prises à la signature du contrat, la facture aboutissait sous forme de rappel au milieu du courrier des époux de Roncevaux.
Comme à chaque fois, Claire se posa en bouclier pour défendre la chair de sa chair. Un bouclier doux et aimant, suffisant fort pour détourner les tourments d’un époux épuisé, suffisant ferme pour que le chèque soit mis sous enveloppe avant que le couple ne se soit glissé sous la couette.
Comme à chaque fois, ils firent l’amour pour exorciser leurs angoisses et délivrer leurs âmes du poids d’une existence qui mêlait affection et travail, stress et contrariétés à répétitions.
Comme à chaque fois, vous tendez le cou pour en savoir un peu plus sur ce que furent les opérations de la nuit…
Comme d’habitude, même en vous levant et en me bousculant, vous n’en saurez pas plus.
Non mais !…

* * *
Le Domaine du père Olade était une de ces vieilles habitations retapées pour servir d’asile aux voyageurs soucieux de leur confort et de leur tranquillité. Ici, il y avait de quoi occuper l’homme d’affaires au sortir d’une longue journée de négociations, le voyageur de commerce en rupture de voyage jusqu’au matin suivant, l’artisan en attente de la réouverture d’un chantier. De la piscine au jacuzzi, de la salle de gym à la salle vidéo, il y avait de quoi rendre hyperactif un Corse apathique.
Il fut fort délicat de faire comprendre à Cathy que non, décidément non, Eléonore n’avait pas spécialement envie de faire un billard – même américain – à trois heures du matin au risque de réveiller tout le monde. Il était plus raisonnable d’aller dormir…
Cathy se ferma comme une huitre un mois sans « r » et monta se coucher en continuant à tripoter nerveusement l’étiquette de son pull en acrylique mordoré. Décidément, elle s’en souviendrait de sa mission en France. Ils étaient bien gentils tous ces Gaulois mais elle avait l’impression que le ciel leur était tombé sur la tête depuis longtemps et qu’ils en étaient restés vraiment fêlés.
Après avoir réglé par avance à l’hôtesse en chemise de nuit trop transparente le coût de la nuitée, Eléonore Rigueby gagna elle aussi la chambre verte…
- Vous avez de la chance, c’est la seule qui me restait, avait dit la proprio… Il y a une grande réunion en ce moment chez Airbus pour la mise au point de leur nouveau projet d’avion et on ne désemplit pas depuis dix jours…
Avant d’entrer dans la chambre verte – où tout était effectivement vert du sol jusqu’au plafond – la policière attrapa son pistolet de service qu’elle gardait, au mépris de tous les règlements, glissé entre son chemisier et son jean. La faculté de Cathy à provoquer des hécatombes ne pouvait que la rendre prudente.

* * *

*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*
pour vos commentaires : http://liensutiles.forumactif.com/vos-textes-longs-feuilletons-romans-pieces-f5/mbs-commentaires-t13327.htm

pour entrer dans mon univers : http://fiona.toussaint.free.fr
Revenir en haut Aller en bas
http://fiona.toussaint.free.fr
MBS

avatar

Nombre de messages : 8144
Age : 53
Localisation : Toulouse
Date d'inscription : 31/10/2007

MessageSujet: Re: Starting au vert (Cathy 3 - en cours)   Jeu 12 Juil 2012 - 23:27

La nature a parfois un humour qui ne fait rire qu’elle. Michel Marbel en était un très bon exemple. Ce grand gaillard de près de deux mètres et de 95 kilos, trois quarts centre de l’équipe de l’US Colomiers et grand espoir à son poste, avait un visage de gamin. Rien à voir avec les figures patibulaires, burinées, taillées à la serpe de bon nombre de ses camarades de jeu. Non, lui avait des joues bien roses, des traits fins, des cheveux aux bouclettes de bambin. Pour essayer de remédier un peu à ce qui était dans son sport un problème majeur, il s’était laissé pousser la barbe. Mais pas une barbe drue, fournie, chabalienne… Il avait quand même un certain sens de l’esthétisme le Michel… et pas encore de contrats publicitaires suffisamment nombreux pour se composer une image médiatiquement forte. A dire le vrai, ce fin collier de barbe ne résolvait pas vraiment son problème. Il faisait toujours poupon et dans les regroupements il y avait toujours quelqu’un pour lui demander s’il tétait encore sa mère… Un coéquipier, sans doute blagueur, lui avait indiqué un bon moyen de se vieillir prématurément les traits… Sortir en boite et forcer sur la boisson un peu plus que recommandé dans son contrat de sportif de haut niveau. Avec un peu de couperose, des valises sous les yeux, un regard un peu gris, on ne se permettrait plus de l’insulter.
Moyennant quoi ce soir-là… ou plutôt ce matin-là… pendant que Cathy et Eléonore s’endormaient enfin dans la chambre verte du Domaine du père Olade, pendant que Roland et Claire de Roncevaux se redécouvraient intimement pour la mille-trois-centième fois, Michel Marbel quittait le Jean-Sébastien Bar en titubant et en beuglant « I love you, I love you, I need you » à un lampadaire qui ne lui rendit jamais le quart de la moitié de cette déclaration enflammée. La vie est mal faite…
Elle devait l’être encore bien plus pour lui dix minutes plus tard lorsque, au carrefour entre la nationale 224 et la départementale 65, il dédaigna les indications des panneaux lumineux, s’engagea sur la route nationale et vint encastrer sa BMW dans un immense tronçon d’Airbus A.380 en provenance directe d’Hambourg.

* * *

*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*
pour vos commentaires : http://liensutiles.forumactif.com/vos-textes-longs-feuilletons-romans-pieces-f5/mbs-commentaires-t13327.htm

pour entrer dans mon univers : http://fiona.toussaint.free.fr
Revenir en haut Aller en bas
http://fiona.toussaint.free.fr
MBS

avatar

Nombre de messages : 8144
Age : 53
Localisation : Toulouse
Date d'inscription : 31/10/2007

MessageSujet: Re: Starting au vert (Cathy 3 - en cours)   Sam 14 Juil 2012 - 21:18

Lorsqu’après quatre malheureuses heures de sommeil Eléonore Rigueby arrêta la sonnerie de son téléphone portable, elle maudit pêle-mêle l’inventeur du téléphone, de la sonnerie et, tant qu’à bien faire, de la notion-même de communication orale.
- Rigueby, lâcha-t-elle avec un bâillement qui lui aurait valu un 10 à une épreuve olympique de décrochement artistique de mâchoire.
- Oui…Je vois ce que c’est, vous dormez pendant le service !…
Et m… !
Elle eut la présence d’esprit de ne pas livrer le résultat de cette analyse définitive au micro ultra-sensible de son téléphone. C’était déjà assez tendu comme ça sans en rajouter…
- Je vous appelle pour vous dire qu’il faudrait que vous prévoyiez large pour aller jeter qui vous savez à la gare… C’est la panique absolue ce matin sur les routes depuis qu’un connard a flingué à lui tout seul un convoi d’A.380…
Eléonore Rigueby, dont l’esprit caustique fonctionnait plus vite que sa propre capacité d’analyse, se félicita d’avoir souscrit sans le savoir pendant la nuit à un service de navigation par satellite. Il était hors de question de rater le TGV de 11h11 et de garder une minute de plus la Belge qui ajoutait à ses nombreuses tares le fait de parler pendant son sommeil. Des trucs incompréhensibles évidemment. Des onomatopées ou des grognements informes qui laissaient à penser qu’elle réinventait le langage inventé de la Guerre du feu.
- Merci pour l’info, commissaire. Nous levons le camp d’ici dix minutes…

* * *
Dix minutes c’était – Eléonore s’en rendit compte rapidement – une vue de l’esprit. Cathy van der Cruyse avait des mimiques et des étirements charmants au réveil mais elle en abusait largement. Il fallut bien cinq minutes avant qu’elle ait les deux yeux grands ouverts et les sens à peu près en ordre de marche.
- Ce n’est pas bien de partir le ventre vide… Maman dit toujours…
Allons bon ! Voilà que la mère débarquait maintenant ! Avec des conseils de mère qui sont toujours des conseils de prudence… Si elle-même avait écouté les recommandations de sa mère, elle serait secrétaire trilingue dans un cabinet d’avocats. L’horreur absolue quoi ! Combien chaque année de jeunes filles divergeaient d’un destin intéressant juste pour avoir écouté les conseils de leur mère ? Combien d’exploratrices perdues pour la France juste parce qu’au premier franchissement du portail du domicile familial, il y avait une sorte de furie qui jaillissait de la maison en crachant un « c’est pas bien d’aller dans la rue » auquel on ne trouvait rien à répondre. Surtout à trois ans.
- On s’arrêtera dans une boulangerie… Vous verrez ça ne manque pas… En France, pour crever de faim il faut vraiment le faire exprès… En revanche, si on a besoin d’un plombier…
Elle se rendit compte bien trop tard de l’énormité de ce qu’elle venait de dire… et se rassura aussitôt : Cathy n’y avait même pas prêté attention. Ses yeux brillaient déjà d’une gourmandise viennoise.

* * *
Quitter la chambre verte sans « espoir » de retour fut un premier soulagement. Dans la liste mentale qu’Eléonore Rigueby avait établi, il y aurait deux niveaux supplémentaires : arriver à la gare ; voir le train partir.
C’était évidemment un plan trop simple et trop prévisible dans un monde que compliquait la présence de Cathy van der Cruyse.

* * *

*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*
pour vos commentaires : http://liensutiles.forumactif.com/vos-textes-longs-feuilletons-romans-pieces-f5/mbs-commentaires-t13327.htm

pour entrer dans mon univers : http://fiona.toussaint.free.fr
Revenir en haut Aller en bas
http://fiona.toussaint.free.fr
MBS

avatar

Nombre de messages : 8144
Age : 53
Localisation : Toulouse
Date d'inscription : 31/10/2007

MessageSujet: Re: Starting au vert (Cathy 3 - en cours)   Dim 15 Juil 2012 - 20:48

Autant pour se tenir éveillée que pour couper court aux jérémiades persistantes de Cathy, Eléonore Rigueby avait mis la radio. On y évoquait bien évidemment – car c’était une radio locale – les embarras de circulation provoqués par l’accident de la nuit. Il faut dire qu’en des années de circulation de tronçons de l’A.380 véhiculés depuis Langon sur une route spécialement aménagée on n’avait jamais connu pareil accident. Aux dernières nouvelles, le conducteur avait réussi à survivre même s’il était sérieusement amoché.
- Il n’y a de la veine que pour la canaille, maugréa la policière. J’espère qu’il sera interdit de volant à vie celui-là.
En amoureuse de son métier et de l’ordre, Eléonore ne pouvait que porter un jugement sans aménité sur l’inconscient bourré qui avait provoqué une telle pagaille… Car, bien sûr, de plus en plus de banlieusards toulousains disposant à bord d’un GPS, les routes de contournement étaient elles aussi sérieusement encombrées.
- C’est pas vrai qu’on va le rater ! rouspéta Eléonore en regardant dans son rétroviseur Cathy se délecter de son troisième croissant au beurre.
Une autre remarque finit de l’énerver tout à fait. Où mettait-elle tout ça ? Cette fille se goinfrait et elle avait un physique de top model. Là, elle venait de se jeter sur les 100 grammes de chouquettes achetées « pour le voyage ». Franchement, la vie n’était pas juste. Sans être un laideron et tout en ayant une allure sportive, Eléonore se sentait mal dans son corps n’ayant pour lui que peu de sentiments positifs. Encore un coup de sa mère qui lui avait seriné pendant des années qu’elle ne serait jamais miss Monde…
Soudain, Cathy sembla redescendre de son nirvana pâtissier. Pas au meilleur moment d’ailleurs… Eléonore essayait de fendre le flot des voitures sur l’ancienne nationale 20 au nord de la ville en espérant pouvoir gagner via Launaguet la route d’Albi qui l’amènerait tout près de la gare.
- Comment ils ont dit qu’il s’appelait le type qui a emplafonné l’Airbus ?…
Regardant à droite, à gauche, à droite, à gauche, surveillant ses ailes à l’avant, ses ailes à l’arrière, rentrant le rétroviseur pour éviter d’accrocher une camionnette stockée sur le terre-plein central, Eléonore ne porta pas immédiatement attention à la question de Cathy. Un gros soufflement de mécontentement, un air furieux croisé dans le rétro, lui firent enfin prendre conscience – après avoir réussi à s’embarquer sur la bonne départementale – qu’il valait mieux apporter satisfaction rapidement à la requête de la jeune Belge.
- Michel Marbel… Ou quelque chose comme ça…
- Je le connais, affirma Cathy avec une voix si assurée qu’elle annonçait des révélations majeures à venir.
- Mais d’où ?…
- Il y avait son nom dans le journal…
Fin d’alerte… C’était la fameuse mémoire photographique de Cathy van der Cruyse qui ressortait. Dans le journal local, elle ne pouvait qu’avoir rencontré le nom de ce joueur de rugby puisqu’une bonne partie de l’édition était consacrée au sport. Il n’y avait donc rien d’étonnant.
- … et son nom était aussi dans le carnet.
- Le carnet ?… Quel carnet ?…
- Le type qui est venu à l’hôtel… Avant de faire son plongeon, il a laissé tomber un carnet. Je l’ai ramassé…
- Et il est où ce carnet ?…
- Dans ma jupe… Je l’ai mis dans la poche…

* * *

*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*
pour vos commentaires : http://liensutiles.forumactif.com/vos-textes-longs-feuilletons-romans-pieces-f5/mbs-commentaires-t13327.htm

pour entrer dans mon univers : http://fiona.toussaint.free.fr
Revenir en haut Aller en bas
http://fiona.toussaint.free.fr
MBS

avatar

Nombre de messages : 8144
Age : 53
Localisation : Toulouse
Date d'inscription : 31/10/2007

MessageSujet: Re: Starting au vert (Cathy 3 - en cours)   Jeu 19 Juil 2012 - 22:39

Seulement voilà… Vérification faite auprès du commissaire Armengaud, les vêtements de Cathy avaient été envoyés au nettoyage de nuit… Et du carnet il ne restait que des morceaux éparpillés au fond d’une machine à laver du commissariat Nicolas Sarkozy, des brisures de papier gonflées d’eau et des stries bleutées sur le top pailleté.
- Qu’est-ce qu’on fait alors ? questionna Eléonore Rigueby tout en déboitant route d’Albi pour essayer de prendre la tangente en s’enfournant dans une rue perpendiculaire.
- Je crois que nous n’avons pas le choix… Elle ne doit pas arriver à l’heure pour prendre ce train.
La policière évita de lever trop ostensiblement les yeux au ciel. Grâce à ses efforts et au viol de quelques règles élémentaires qu’elle était pourtant supposée défendre, elle était dans les temps. Elle aurait même pu trouver deux ou trois minutes pour acheter à la presse de quoi occuper la jeune Belge durant le voyage de retour.
Il fallait donc faire semblant de ne pas pouvoir tenir l’horaire. Trouver une belle file de voitures afin de pouvoir pester contre ces escargots motorisés occupés à baver au feu vert. Débusquer un passage si étroit qu’on ne pouvait le franchir qu’au prix d’un ralentissement désespérant. Tomber sur un camion de livraison barrant le passage.
Et pourquoi donc se fatiguer ainsi ? Eléonore savait depuis la nuit précédente que Cathy n’avait absolument pas le sens de l’orientation. Elle se contenta de tourner quatre fois dans le quartier Marengo avant de gagner enfin le bord du canal. En passant devant la gare et sa grande horloge dressée comme un juge de paix, elle lâcha avec une fatalité feinte.
- On l’a raté !…

* * *
- Un vrai standard ce matin, dit Claire de Roncevaux en décrochant pour la septième fois le téléphone… Oh ! ajouta-t-elle en bouchant de sa main gauche le micro du combiné. C’est Toulouse !… Oui, ne quittez pas, je vous le passe.
Elle bascula l’appel vers le poste de Roland qui, en bon retour des choses, brancha le haut-parleur. Dès qu’il était question de Cathy, il ne pouvait y avoir de secrets entre eux… Enfin, le plus souvent…
- Commissaire de Roncevaux…
Lorsqu’il était en contact avec des policiers, il préférait mettre en avant son ancien titre bien qu’il fut officiellement désormais colonel dans les services secrets belges. C’était sa petite madeleine de Proust à lui.
- Oui, bonjour commissaire… Ici le commissaire Armengaud de Toulouse… Voilà, nous avons eu un petit souci ce matin… En ce qui concerne la viande froide, elle est bien en route pour vous retrouver et vous pourrez en disposer dès ce soir auprès du transporteur que nous avons défini hier… En revanche, en ce qui concerne, votre personnel en mission, il y a eu un petit contretemps…
Roland de Roncevaux vit son épouse blêmir à la vitesse qu’il faut à un Flamand pour descendre un bock de bière.
Comme s’il avait eu une caméra de vidéosurveillance dans le bureau bruxellois, le commissaire Armengaud enchaîna pour rassurer son auditeur. Le hic c’est que le retard à l’embarcadère ferroviaire ça ne pouvait tenir qu’un temps… A la limite, il pouvait prétexter une grève mais la chose était aisément vérifiable par le commissaire de Roncevaux. Il gagna du temps avec une phrase creuse.
- Elle va bien…
C’était si creux que lui-même manqua d’enchaîner en posant la question qui s’imposait : « Ah tant mieux et elle rentre quand ? ». Chose étonnante, le commissaire de Roncevaux se tint coi quelques longues secondes (une longue seconde étant une seconde tout à fait normale dans les faits mais peut-être qu’avec le décalage horaire…).
- Alors tant mieux… Bonne journée, monsieur…
- Attendez, s’insurgea Armengaud, vous ne voulez pas savoir quand cette personne reviendra ?
- Si fait, mais je suppose que vous ne manquerez pas de me communiquer l’information… Bonne journée, monsieur…
- Mais enfin !… Elle ne pourra pas rentrer avant plusieurs jours…
- Plusieurs jours ?!… Expliquez-moi donc cela, cher confrère…
Expliquer, expliquer, il en avait de belles le Belge !… Expliquer l’inexplicable est un véritable défi… Alors expliquer ce qui n’existe pas c’était une gageure… Et en restant convaincant en plus… Sans quoi ça ne vaudrait pas tripette.
- Elle s’est cassée le pied… Pour plus de sécurité, on l’a faite admettre dans un service sécurisé à l’hôpital Purpan.
Ce n’était pas glorieux ni même très original… Il fallait juste trouver maintenant un moyen de faire croire à Cathy van der Cruyse qu’elle s’était effectivement cassé le pied…
… Et en même temps sonder sa phénoménale mémoire pour reconstituer le contenu du carnet du tueur à gage, savoir ce que le nom du rugbyman Michel Marbel faisait à l’intérieur et démêler toute l’affaire.
- Je crains qu’elle ne soit pas en état de voyager pendant plusieurs jours.
- Eh bien, ce n’est pas trop grave, répondit Roland de Roncevaux. Je suis sûr que vous veillerez bien dessus… Bonne journée, monsieur.
Le commissaire raccrocha en évitant d’afficher le sourire ravi qui brillait à l’intérieur de son âme. Cathy absente pendant quelques jours, Franka en mission en Asie, cela voulait dire encore quelques nuits tempétueuses dans le lit conjugal.

* * *

*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*
pour vos commentaires : http://liensutiles.forumactif.com/vos-textes-longs-feuilletons-romans-pieces-f5/mbs-commentaires-t13327.htm

pour entrer dans mon univers : http://fiona.toussaint.free.fr
Revenir en haut Aller en bas
http://fiona.toussaint.free.fr
MBS

avatar

Nombre de messages : 8144
Age : 53
Localisation : Toulouse
Date d'inscription : 31/10/2007

MessageSujet: Re: Starting au vert (Cathy 3 - en cours)   Ven 20 Juil 2012 - 0:05

Chapitre 3
Le cinéma
- Je ne me souviens de rien…
En entendant Cathy van der Cruyse prononcer ces quelques mots, le commissaire Armengaud et son adjoint Cardona se regardèrent avec effroi… Et s’ils avaient bousillé avec leur combine à deux balles la fabuleuse mémoire de la jeune Belge ? Envolé le décryptage du contenu du fameux carnet. Evanouis les espoirs de commencer à pénétrer les premiers arcanes du mystère du tueur à gages défenestré la veille.
- Vous voulez dire, bredouilla Cardona, que vous avez tout oublié ?
Cathy considéra l’inconnu qui venait de parler avec méfiance. Comme elle disait toujours en pareil cas – en bonne wallonne qui n’appréciait guère les Néerlandais - elle ne le connaissait ni Dave, ni d’Edam. C’était une sorte de grand échalas aux fausses allures de fil de fer rouillé (à cause de la teinte de ses cheveux). Il avait bien moins de charme que son voisin, le commissaire, n’ayant pour lui ni le regard, ni la chevelure, ni même le sourire compatissant du flic. En fait, il n’avait rien pour plaire… Et pour Cathy, la capacité à plaire était un critère essentiel pour définir le degré de confiance à accorder aux personnes. « Le corps est le reflet de l’âme » disait-elle souvent… Elle avait dû le lire quelque part car, dans les faits, elle ne savait pas très bien ce qu’était l’âme et sur quoi elle pouvait bien se refléter.
- Le carnet ? insista le commissaire Armengaud.
- Oui quoi le carnet ?… Vous n’avez qu’à le lire… Il est dans la poche de ma jupe.
Armengaud poussa un soupir qui, s’il vivait jusque là, lui permettrait d’éteindre en une seule fois ses 90 bougies d’anniversaire. Elle se souvenait du carnet !
- Nous avons eu un petit problème, expliqua-t-il. Le carnet est détruit. Vous souvenez-vous de ce qu’il contenait ?
- Evidemment, riposta Cathy en essayant de se redresser de toute sa fierté de phénomène… Mais pourquoi je suis attachée ?…
- Visiblement, vous ne vous en souvenez pas… Après avoir raté votre train, l’inspecteur Rigueby a voulu vous faire visiter la ville. Vous avez aussi raté une marche et vous avez glissé sur une rascasse au marché Victor Hugo…
- J’ai glissé sur une rascasse ? s’étonna Cathy.
- Vous ne savez peut-être pas ce que nous appelons rascasse par ici ? fit Cardona.
- Bien sûr que si que je le sais… Rascasse. Poisson de fonds rocheux au corps massif avec des lambeaux de peau, aux nageoires épineuses ainsi que la tête, elle-même dotée d'une large bouche. On les appelle aussi crapauds de mer…
- Ah ! Bien !… Je vois que nous sommes en terrain de connaissance, se félicita le commissaire… Mais, pour le moment, on suppose seulement qu’il s’agit d’une rascasse… Les tests ADN nous en diront plus…
- J’ai glissé et je me suis cassée quelque chose ?
- Le pied, assura Armengaud en se disant qu’il avait eu raison de choisir cet endroit-là car elle était bien du genre casse-pied.
- Et j’ai un plâtre ?…
- Oui.
- Chouette ! s’écria Cathy… On va pouvoir dessiner dessus !… Et je l’ai combien de temps ?
Cardona regarda Armengaud qui regarda Cardona qui regarda Armengaud qui regarda ailleurs parce qu’il trouvait ces échanges de regards pénétrants terriblement ambigus.
- Une bonne semaine, lâcha – au hasard – le commissaire.
- Ah zut ! fit Cathy… Franka ne sera pas rentrée d’Asie pour me faire un dessin.
Le commissaire jugea préférable de ne pas chercher à savoir qui était cette Franka. Nul doute que comme la fameuse rascasse, elle ne ferait qu’un passage éclair et fugitif dans toute cette histoire.

* * *

*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*
pour vos commentaires : http://liensutiles.forumactif.com/vos-textes-longs-feuilletons-romans-pieces-f5/mbs-commentaires-t13327.htm

pour entrer dans mon univers : http://fiona.toussaint.free.fr
Revenir en haut Aller en bas
http://fiona.toussaint.free.fr
MBS

avatar

Nombre de messages : 8144
Age : 53
Localisation : Toulouse
Date d'inscription : 31/10/2007

MessageSujet: Re: Starting au vert (Cathy 3 - en cours)   Jeu 26 Juil 2012 - 16:46

C’était un plâtre véritable. Plus véritable en tous cas que la supposée rascasse.
Mais un plâtre appartenant déjà au passé en ce qui concernait les techniques de guérison des fractures. Il avait fallu aller pêcher des autorisations en hauts lieux pour que les internes de l’hosto veuillent bien avoir recours à cette archaïque façon de procéder. Pour le coup, ils n’avaient pas fait les choses à moitié. Pour situer les choses, disons qu’en remplaçant le plâtre par du ciment, Cathy aurait fort bien pu être confiée sans espoir de retour au premier mafioso consciencieux venu.
De cela elle n’avait bien évidemment aucunement conscience au contraire de l’inspectrice Rigueby que la perspective de devoir « cuisiner » la fofolle belge n’emballait pas spécialement. Surtout qu’elle se disait que la naïveté de Cathy van der Cruyse ne durerait qu’un temps et qu’il fallait songer à déminer par avance ce futur moment de tension.
- Vous voulez que je vous remonte vos oreillers ?
- Je veux bien, répondit Cathy…
- Ca doit être dur pour quelqu’un comme vous d’être immobilisée comme ça. J’ai vu que vous aviez fait de l’athlétisme à haut niveau…
- Oui je cours beaucoup… Ca évite que certains garçons me rattrapent trop vite, ajouta-t-elle en gloussant… Et puis je fais du judo et un peu de karaté… Ah oui, et j’ai fait beaucoup de cirque aussi… Et de l’escalade… Et puis du foot aussi parce que mon papa il était footballeur professionnel…
- Et jamais blessée ?…
Chose extraordinaire, Cathy sembla devoir fouiller profondément dans sa mémoire avant de répondre. Comme si tout ce qui la touchait était plus compliqué à extirper de ce grand musée interne de la connaissance qu’était son cerveau.
- Non, non… Mais c’est pas grave, j’aime bien l’hosto… C’est rigolo. Une fois, je…
Cathy se mordit la langue pour ne pas en dire plus. C’était une des choses qu’elle avait réussi à comprendre au cours des derniers mois : il y avait des pans entiers dans sa vie qu’il ne fallait pas révéler. Jamais ! Il n’y avait que trois personnes avec qui elle pouvait en parler : maman, Franka et Roland. Pour les autres c’était niet !…
- Mais bon, reprit-elle en plissant le front, ça n’est pas être intéressant pour vous qui êtes française.
Estimant qu’elle avait assez brossé son informatrice dans le sens du poil (et pour une fois pas dans le sens du « à poil »), Eléonore Rigueby passa à la phase principale de son boulot : obtenir des réponses à des questions qu’elles ne maîtrisaient pas vraiment. A tout prendre, elle aurait préférer reprendre les 17 heures d’interrogatoire avec Maxwell Silvère Amer, un trafiquant de pièces détachées pour BMX qu’elle avait coffré deux mois plus tôt. Un coriace le Max ! Le genre à pas moufter, à pas balancer celui qui le fournissait là-bas au pays, en Nouvelle-Zélande. Jusqu’à ce que quelqu’un réalise qu’il ne parlait pas forcément très bien le français et que le recours à un interprète s’imposait au préalable.
Pour Cathy, nul doute qu’un interprète aurait pu parfois être nécessaire. A moins que le besoin le plus crucial ne fût du ressort d’un psychiatre ?

* * *

*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*
pour vos commentaires : http://liensutiles.forumactif.com/vos-textes-longs-feuilletons-romans-pieces-f5/mbs-commentaires-t13327.htm

pour entrer dans mon univers : http://fiona.toussaint.free.fr
Revenir en haut Aller en bas
http://fiona.toussaint.free.fr
MBS

avatar

Nombre de messages : 8144
Age : 53
Localisation : Toulouse
Date d'inscription : 31/10/2007

MessageSujet: Re: Starting au vert (Cathy 3 - en cours)   Jeu 26 Juil 2012 - 17:42

Léon Van Stimorol était consul de Belgique à Jambi sur l’île de Sumatra depuis 23 ans, 7 mois, 18 jours et 13 heures 10 lorsqu’il vit débarquer dans son bureau consulaire une tornade brune qui manqua tout ravager du sol au plafond.
- Vous n’êtes pas supposé venir en aide aux ressortissants de notre pays ? hurla la tornade sans même prendre la peine de s’asseoir sur le fauteuil en rotin de Taïwan qu’il lui désignait.
- N’est-ce pas ce que je fais en vous recevant ? protesta-t-il plus furieux qu’amusé par cette apparition tonitruante…
- Ah, ne commencez pas par répondre à une question par une autre question !… Ca fait deux plombes que j’attends dans votre antichambre et à part une dame se donnant des grands airs je n’ai vu personne sortir de votre bureau.
- C’était ma femme…
- Eh bien, vous devriez en changer…
Cet uppercut bien senti ayant fortement ébranlé la mâchoire du consul qui lui servait à mordre gaiment dans la vie, il fut plus facile pour Franka – car les plus fidèles de nos lecteurs l’auront reconnue à sa délicatesse – d’enchaîner.
- Il me faut un moyen pour transmettre rapidement des informations de la plus haute importance à Bruxelles.
- Mon téléphone vous est ouvert, rétorqua le diplomate qui, s’étant repris, poussa l’appareil vers la furie en jean et cuir beige.
- Il doit être sur écoute, votre bigophone à pédales !… Il me faut un truc un peu plus high tech si vous voyez ce que je veux dire. Avec cryptage double et bande passante réversible. Ne me dites pas que vous n’avez pas ça ici…
- Je ne vous le dis pas en effet mais je me permets de ne pas rajouter que si tel était le cas, je ne mettrais pas cet engin high tech comme vous dîtes à la disposition de la première venue.
Franka, comme si tant de rogne l’avait épuisée, se laissa tomber dans le fauteuil en rotin tressé, s’empara d’un coupe-papier sur le bureau et entama une sorte de dégommage en règle du talon de sa Ranger gauche.
- Tenez ! fit-elle après avoir extirpé une carte miniature de sa chaussure qu’elle balança – la carte pas la chaussure ! – au nez du consul.
Instinctivement, le diplomate rectifia la position. Ses yeux venaient de croiser les armes de l’Etat et la propre signature du roi. Sans aller plus loin dans sa lecture du document plastifié officiel, il ravala ses sarcasmes et ses préventions.
- Que puis-je faire pour notre pays et mon souverain, mademoiselle ?
- Je viens de vous le dire… Il me faut une ligne directe et pas surveillée avec Bruxelles… Et plus précisément avec le chef de nos services secrets.
- Je n’ai pas ce matériel à ma disposition, mademoiselle… Mais vous même n’en étiez-vous pas dotée au début de votre mission ?
L’attaque, dont la perfidie était pourtant minime, raviva la hargne dévastatrice de Franka.
- Mon portable personnel se trouve actuellement dans l’estomac d’un varan géant quelque part sur l’île de Komodo… C’est un peu loin pour que je retourne le chercher… Surtout à mains nues.
Tout en parlant, elle agitait nerveusement le coupe-papier dans les airs. Mains nues… Mains nues… C’était, aux yeux du consul, une affirmation qui demeurait fort discutable… Et dont il craignait de surcroit d’être la victime collatérale.
- J’ai mis à jour un complot international visant à déstabiliser le gouvernement de Singapour. Ce ne sont que des bribes encore mais je dois rendre compte.
- Quel genre de complot ?…
- Je ne sais pas… Un truc genre 11 septembre 2001 peut-être… Ca parle beaucoup d’avions, d’aéroports, de compagnies aériennes.
- A Singapour, fit le consul, les avions se posent quasiment en zigzagant entre les gratte-ciel.
- Justement… Imaginez que plusieurs se ratent…
Comme à regret, le consul fouilla dans la poche de son gilet et en extirpa un téléphone portable vénérable avec lequel il aurait fort bien pu casser une vitrine s’il avait eu des tendances à l’hooliganisme primaire. L’appareil pesait bien ses 250 grammes et son design l’apparentait presque plus à un sabot qu’au bijou high tech que réclamait Franka.
- Ne craignez rien, lâcha le diplomate en posant l’objet lourd dans la main fine mais musclée de Franka. Personne ne connaît l’existence de ce téléphone, ni son numéro… C’est un cadeau de ma vieille maman pour que je puisse communiquer avec elle par-delà les océans… Prenez votre temps, il me reste du forfait… Ou sinon faites vous rappeler. Le numéro c’est le 049 0 82 83 78… Je vous laisse travailler… Faites-moi juste prévenir lorsque vous aurez terminé. Ma secrétaire saura où me trouver.

* * *

*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*
pour vos commentaires : http://liensutiles.forumactif.com/vos-textes-longs-feuilletons-romans-pieces-f5/mbs-commentaires-t13327.htm

pour entrer dans mon univers : http://fiona.toussaint.free.fr
Revenir en haut Aller en bas
http://fiona.toussaint.free.fr
Contenu sponsorisé




MessageSujet: Re: Starting au vert (Cathy 3 - en cours)   

Revenir en haut Aller en bas
 
Starting au vert (Cathy 3 - en cours)
Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 1
 Sujets similaires
-
» Starting au vert (Cathy 3 - en cours)
» [Cassidy Cathy] Les filles au chocolat tome 2 : Coeur Guimauve
» vinyle coloris taupe et vert anis
» En cours: Hotchkiss H35 - RPM 1 / 72.
» Cours sur l'imparfait de l'indicatif

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Forums Liens Utiles :: Littérature :: Vos écrits : Poésie, nouvelles, romans, théâtre... :: MBS-
Sauter vers: