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 Le Jeanino.

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Vic Taurugaux

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MessageSujet: Le Jeanino.   Mar 27 Mar 2012 - 15:31

Le Jeanino.
Il existe en Périgord des maîtresses de maison qui demeurent de véritables maître-queux. Dans leurs arrière-cuisines, à l'envi, durant l'hiver, on fait les canards, les oies, on trucide le cochon. Pour les bocaux. Ceux-ci s'entassent alors pêle-mêle, à la va-comme-je-peux, entre les pécharmant, les monbazillac et autres tour de grangemont. Et puis un beau jour, arrive ce qui doit arriver : le printemps. Alors, pour ranger sa cave, Jeanine invite des convives. Des fourchettes s'entend. Aussi des gosiers.

Nous revient alors, à nous pauvre lexicalfographe, le lourd privilège d'amuser la salle. La table. D'où la confection du Jeanino, jeu voisin du Cluedo offrant la possibilité aux convives de réfléchir entre deux bouchées à la nature du crime perpétré par la maison. Qui a tué, où, avec quelle arme ? Il s'agit alors d'actionner ses neurones autant que ses mandibules. Serait-ce Lisbeth Salander qui, au moyen du chandelier, dans la mezzanine ...? Ou plutôt, après le trou normand, Andrés Mola, avec une corde dans la salle à manger ? Les suspects des romans policiers sont légion, (presqu'autant que les plats) puisque les invités sont également amateurs de lecture !
Mais au dessert, il faut un coupable, une victime, un procès!

Ce jeu, le Jeanino, s'est déroulé pour de vrai dimanche dernier tout près de Bergerac pour le plus grand plaisir d'une tablée de treize. Mais, un des convives m'a confié qu'il réservait à Lu une petite gâterie : l'apothéose de sa plaidoirie pour tout cela !
Patientons donc un peu, ici même, en attendant la Cour !
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Romane
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MessageSujet: Re: Le Jeanino.   Mar 27 Mar 2012 - 18:00

Huilons nos iris, lecteurs affamés ! Le plat de résistance est annoncé ! Préparons-lui une haie de verres à pied, chacun encerclant le divin nectar des robes pourpre, grenat ou rubis.

Nous sommes prêts !

*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*
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Scapinocchio de la Mancha

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MessageSujet: Re: Le Jeanino.   Mar 27 Mar 2012 - 22:04

Puisque Vic a cafté, voici ma plaidoirie.
Les passages en italique sont empruntés à Pierre Desproges, avec son aimable autorisation post-mortem. (Tout Desproges - Editions du Seuil, mars 2008 - article "Bestiaire" pages 639-640)







PLAIDOIRIE POUR L’AGNEAU DE DIEU




Mesdames et Messieurs les jurés,
Ce n’est pas pour me vanter, mais j’aime les animaux.
Quelle joie, chaque matin, d’ouvrir les volets pour entendre tousser les oiseaux.Quelle jouissance, au plus chaud des nuits d’étés, quand la touffeur aoûtienne nous contraint à dormir fenêtres et volets grands ouverts, d’écouter mugir l’âne d’un lunettier indépendant pourtant distant d’une lieue. J’aime tellement les animaux que je possède un chat. Ou plutôt, je suis possédé par un chat. Un chat persan. Indépendance et fierté, le chat n’est que noblesse. Particulièrement les persans car les persans se prennent tous pour LE chat. J’ai su tempérer la sublime arrogance du mien : je lui ai coupé la queue comme un boxer, je lui est rabattu les oreilles comme un cocker et je l’ai tondu comme un caniche (la coupe lion, vous savez avec le jabot bien bouffant sur le poitrail et les pompons aux pattes), et je le fais dormir dans le frigo, pour lui raidir un peu la démarche : il y a gagné en humilité ce qu’il a perdu en grâce ; depuis que le doberman le sodomise dans sa sciure, Sa Majesté féline a la couronne un peu penchée. Bref, il fait moins le fier. Pour finir, son collier à grelots fait bien rire les moineaux face auxquels il a énormément perdu en crédibilité.
Tous les animaux sont utiles à l’homme, y compris l’âne des L***** dont on n’a pourtant rien à braire. Et pas seulement parce qu’ils nous aiment, nous gardent ou qu’on les bouffe. Les animaux nous sont utiles dans d’autres domaines moins explorés.
Le sport par exemple. Au hasard, prenez le tennis.
On s’ennuie vite à jouer au tennis, à cause, bien sûr, de l’inertie de la balle, alors que si vous remplacez la balle par un poussin, c’est le fou rire assuré.
Les animaux sont moins intolérants que nous : un cochon affamé mangera du musulman.
Et comment ne pas louer la sobriété du chameau qui peut tenir soixante jours sans fumer de camel, ou l’admirable stoïcisme de l’anaconda qui peut
trembler de froid sans entrechoquer ses genoux. Non seulement parce qu’il n’a pas de genoux, mais parce qu’il lui reste, de l’époque où il était quadrupède, deux embryons de papattes enfermés sous la peau à hauteur des génitoires, ce qui lui permet de battre la semelle de l’intérieur à l’abri des gelées matinales.
Nous devons aimer nos frères les animaux. Et mépriser leurs bourreaux. Honte aux bouchers ! À bas les corridas ! Je le dis sans joie parce que j’aime le peuple espagnol, fier et ombrageux, avec un tout petit cul pour éviter les coups de corne ! À mort les bouchers ! À mort les matadors ! À mort la mère Bardot qui ne craint pas de s’exhiber en pull de laine arrachée poil à poil sur le dos du mérinos innocent.
Moi, je n’aurais jamais pu être boucher. J’avais pas le cœur. Je n’aurais pas pu être matador. J’avais pas les tripes. J’aurais pas pu être Bardot. J’avais pas les fesses.

Français, Françaises,
Salvadoriens, Salvadoriennes,
Rue Wilsoniens, Rue Wilsoniennes,
Trélissacois, Trélissacqui, Trélissaquand, Trélissacoù,
Colomniérois, Colomniéreines,
Le Toulonnais, La Toulonnaise,
Sainte-Laurent-sur-Manoirienne,
Fredo mon poto,
Mesdames et Messieurs les jurés,
Public chéri mon amour,
Bonjour ma colère, salut ma hargne et mon courroux…
Coucou.


Oui je sais, trop facile me direz-vous, alors que Pierre Desproges a quitté cette terre de souffrance, trop facile de s’accaparer son œuvre, de la détourner au profit de quelque sordide intrigue littéro-sado-culinaire.
Mais le temps m’était compté. Le tribunal me pressait. Plus question d’obtenir le moindre report d’audience. Ma procrastination trop longtemps dissimulée au monde allait m’éclater au visage comme une mine anti-personnelle échouée nonchalamment sur le rivage attend mine de rien mais sûre de son fait, le vacancier ventripotent. Alors oui, j’ai puisé dans le garde-manger du Maître quelques ingrédients pour alimenter mon fourneau. Mais les maîtres-queux de Dieu qui montent en chaire chaque dimanche matin, à l’heure où blanchit la campagne, ne piochent-ils pas eux-mêmes dans le Livre Sacré des passages qu’ils accommodent à leur sauce pour assaisonner leurs salades scatholiques ? Sont-ils moins coupables en la maison de Dieu que moi en la demeure de Jeanine ?
Desproges, la Bible, quelle différence ? Quelques millénaires tout au plus ! Lorsqu’il est question d’œuvre immortelle, le temps compte si peu !

Eh bien oui, j’assume et t’invite à notre table pascale, Pierre ! Comme Leclerc entra aux Invalides, avec son cortège d'exaltation dans le soleil d'Afrique, entre ici Pierre Desproges, avec ton terrible cortège, en notre Panthéon de la bonne chaire et du pain partagée. Oui, en cette période électorale, j’ai emprunté à ton œuvre le début de mon discours. Non pas quelques pincées pour assaisonner ma plaidoirie, non pas à la petite cuillère pour saupoudrer mon propos, pas même à la louche pour touiller ma harangue, mais à pleines brassées pour alimenter le barbecue de mes vociférations. Le plagiat est un plat qui se mange chaud, comme le gigot d’agneau.
Et c’est bien de cela qu’il s’agit aujourd’hui.

Ce préambule que je viens de vous servir en hors-d’œuvre, avant de vous infliger ma propre tambouille, ce préambule largement emprunté à Saint-Pierre Desproges, François d’Assise des chats écrasés, qui nous parle si bien de son amour des bêtes, nous éloigne-t-il du procès qui nous voit, en ce jour sacré, pieusement réunis autour de ces piteux reliefs culinaires en notre bon village de San Salvador de Brageirac, à l’ombre, sinon des jeunes filles en fleurs depuis longtemps fanées, du moins à celle de la tombe du plus proche voisin de Jeanine, le grand jazzman afro-andalou Maine de Biran (1766-1824) qui dort son sommeil sous une humble pelouse et dont les os blanchis s’entrechoquent en son caveau froid et obscure pendant que nous bâfrons en de criminelles agapes ? Que nenni ! Car c’est bien d’assassinat qu’il est question ici. Le crime le plus vil, le plus lâche, le plus ignoble qui se puisse concevoir : la destruction par consommation en sauce de l’innocence même. La crémation à l’ail de la plus charmante des bêtes du Bon Dieu.

Agnus Dei mon frère laineux en Jésus Christ, qui t’allais désaltérant dans le courant d’une onde pure, lorsque Jeanine survint, à jeun et court vêtue, cotillon simple et souliers plats, qui cherchait son menu et que la faim en ces lieux attirait ; agneau pascal, innocente créature bêlante, te doutais-tu dans ta confortable ignorance, que tes heures étaient comptées, quand tu t’es approché, confiant, près de cette louve sanguinaire, pour quémander quelques délices à croquer, bouquets de grandes campanules bleues, de digitales pourpre à long calices et de mille autres fleurs sauvages débordant de sucs capiteux. Au lieu de quoi elle cachait dans son dos – la traîtresse ! – le coutelas qui allait t’occire irrémédiablement – pour la plus grande satisfaction de nos papilles il est vrai ? Pouvais-tu envisager, en venant à sa rencontre, que tu étais déjà à deux doigts du trépas et à trois pas de la cocotte en fonte au fond de laquelle rissolaient déjà des pommes de terre nouvelles de Noirmoutiers et quelques lardons dans une huile d’olive de première pression à froid où baignaient un bouquet garni et quelques têtes d’ail ? Te doutais-tu que tu allais guilleret à ta perte savoureuse ? Savais-tu que tu n’aurais jamais ni carte d’électeur, ni carte vitale, ni carte bleue, ni carte vermeille, ni carte Michelin, que tu ne survivrais même pas à la carte des desserts ? Savais-tu que tu ne deviendrais jamais un mouton stupide prompt à ouvrir ton large bec au premier renard en talonnettes venu qui louerait ton plumage, mais que tu deviendrais avant l’heure un mets fondant sous nos palais avides ? Envisageais-tu en batifolant, insouciant, parmi pâquerettes et reinettes, que pour toi Pâques s’arrêterait net ?
Je la refais au ralenti, celle-là : Envisageais-tu en batifolant, insouciant, parmi pâque-rettes-zé-rei-nettes, que pour toi Pâques-s’arrête-rait-net.

S’il avait su déchiffrer les entrailles, Caius Julius Caesar aurait entendu le foie d’agneau lui susurrer : "Méfie-toi des Ides de Mars". Et le 15 mars 44 avant Jésus Christ aurait été un lundi de Pâques comme un autre. Mais ce Latin orgueilleux et nationaliste refusa même d’écouter les prêtres trilingues qui eux, savaient lire aussi bien dans le cœur de veau braisé que le foie d’agneau persillade ou le boudin aux pommes. Alea jacta est, Jules n’obtint jamais le prix Pulitzer pour son bestseller De Bello Gallico.
Mais toi, toi angelot blondinet aux gracieuses bouclettes, innocent comme toi-même à ta naissance, aucun augure n’a jamais poussé la porte de la crèche pour t’annoncer : Méfie-toi de ceux qui se tapent la cloche à Pâques !"
Tu quoque filii ! Ah la la ! L’hallali de ta mort halal allait retentir tandis que toi, insouciante créature, tu jouais à saute-mouton avec les rosés des prés sans te douter que tu finirais dans la même marmite qu’eux !
Et te voilà dépecé, vidé, mariné, rissolé, découpé, et pour finir, empalé morceau par morceau au bout de nos fourchettes comme une vulgaire dinde aux marrons aux morilles et aux truffes arrosée d’un gevrey-chambertin 1982 !
Que ta fin serait pitoyable si elle n’était pas aussi succulente !

Mais un tel crime a sa coupable. Je l’ai déjà nommée dans ma plaidoirie. Perfide, elle tentera de se justifier. Elle prétendra qu’elle passait là par hasard, se rendant à la ville avec sur sa tête un pot au lait qu’elle comptait bien échanger contre une côte de boeuf. Ben voyons ! Pourquoi pas contre un troupeau de vaches, tant qu’on y est ? Elle prétextera un concours de circonstances, un chat persan à grelots, tondu comme un caniche se prenant dans ses jambes en fuyant un doberman, la chute du pot au lait, les convives qui auraient tirer une gueule longue comme un jour sans pain d’être obligés de se rabattre sur quelques bretzels aux graines de sésame. A cours d’arguments, elle invoquera quelque rite animiste qui commanderait d’égorger un agneau le dimanche qui suit la pleine lune succédant à l’équinoxe de printemps. Elle évoquera même une ancestrale tradition d’hospitalité, elle osera vous parler de convivialité. De convivialité, de qui se moque-t-on ? Et pourquoi pas d’amitié pendant qu’on y est ?

Bien entendu elle niera toute préméditation. Elle vous récitera "Le Loup et l’Agneau" qu’elle brandira comme une jurisprudence… Mais vous ne serez pas dupes de ses affabulations.
Mesdames, Messieurs les jurés, ne vous laissez pas influencer par les arguments fallacieux de cette créature perverse qui a commis son forfait en connaissance de cause et en faisant preuve d’un sang-froid qui nous glace d’effroi, ce qui est très mauvais sur la digestion.

Mais je n’accablerai pas davantage cette malheureuse ! Il est des circonstances atténuantes qu’il nous faut prendre en compte. Au moment de rendre votre verdict, souvenez-vous comment cette viande d’une tendreté exceptionnelle fondit sous vos palais ; comme elle se maria à merveille avec ce pécharmant de Costes ou ce tour de grangemont.
De plus, ce malheureux agneau n’était peut-être pas si innocent que cela, après tout ! "Si ce n’est toi, c’est donc ton frère". Où l’a-t-il caché ce frangin, dont la seule évocation ravive mon appétit ? La solidarité n’est-elle pas la moindre des choses dans une fratrie ?
Pensez à vos panses comblées et, avant de rendre votre verdict sans le moindre a priori, avant de réclamer une sanction, Mesdames et Messieurs les jurés, faites comme moi :

Réclamez du rab !

*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*
Imprimé par nos soins. Ne pas jeter sur la voie publique.
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Romane
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MessageSujet: Re: Le Jeanino.   Mar 27 Mar 2012 - 23:41

Et l'apéro, c'était quoi au juste ? Je veux dire : combien de tournées ?

A la guerre comme à la guerre des moutons, et que celui de Panurge préfère à son pied le prochain Navarin de la Mancha !

Cet homme est cinglé, certes, mais ses crises ne sont pas assez fréquentes.

*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*
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