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 Voler pour boucler ses fins de mois

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Romane
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MessageSujet: Voler pour boucler ses fins de mois   Mar 25 Sep 2012 - 2:51

Quand nous étions petits, nos parents nous apprenaient qu'il ne fallait pas voler. D'ailleurs souvenez-vous, c'était aussi l'époque du catéchisme et il fallait aller se confesser régulièrement, si l'on voulait se purifier en s'allégeant de ses péchés et le vol était salement pas joli à avouer, pour ceux qui s'y avisaient.
Et puis les voleurs, c'est bon à être enfermés après jugement.

Sauf que dans notre chère, très chère société civilisée, la pauvreté (dont ils disent qu'elle n'est pas ce qu'on dirait qu'elle paraît être) est devenue si monnaie courante (si je puis dire), que le vol devient un moyen banal pour boucler la fin du mois. Bawi. Ils disent dans l'article que le seuil de pauvreté est estimé à 954 euros de salaire mensuel, et pensez donc qu'il y en a à la pelle, des 954 revenus mensuels, dans l'hexagone...

Citation :
Je m’appelle Pauline, j’ai 25 ans et je vis à Paris. J’ai un diplôme bac 5 en communication, mais la précarité du marché du travail est telle que depuis maintenant deux ans, je suis hôtesse d’accueil pour subvenir à mes besoins et rembourser le prêt que j’ai contracté pour financer ma – coûteuse – école privée.

Je suis correctement payée pour ce que je fais : un peu moins de 1 000 euros net par mois en CDD, pour six heures de travail par jour.

J’arrive à vivre aussi car comme pas mal de mes amis, je vis encore chez ma mère. Une « Tanguette » parmi d’autres.

Nombre de mes amis sont tributaires de la bourse familiale car ils ne peuvent pas assumer le coût des études, celui de la vie et, surtout, celui du logement à Paris, qui est ridiculement élevé.

Il y a aussi ceux qui ont voulu à tout prix s’émanciper, par choix ou par obligation, et ont pris un job étudiant qui est vite devenu un job tout court. Mal payé, mal estimé, indispensable à l’heure où les factures s’accumulent.

La liberté est sanglée de contraintes, financières notamment.
Bobos salariés et voleurs

Mais les comptes sont vite faits. Sans franchir le seuil de pauvreté – estimé à 954 euros pour une personne seule en 2012 par l’Insee –, je flirte avec. 400 euros de remboursement de prêt, un peu d’argent – environ 200 euros – donné à ma mère qui touche une toute petite retraite : il me reste 400 euros pour tout le reste (transports, sorties, téléphone…), ce qui va très vite ici, à Paris, où rien n’est gratuit.

Alors, pour maintenir un niveau de vie acceptable dans cette capitale, j’ai remarqué que, sans se concerter, mes amis et moi-même avions recours à la même chose : le vol.

Vendeur en parapharmacie, « barista » pour un vendeur de café américain, infirmière, commercial en alternance… Nippés « bobos », salariés, à nous voir, rien ne laisse penser que nous volons pour vivre.

D’ailleurs, écrire « vol » ainsi donne un côté grave à un acte qui, aujourd’hui, nous semble banal. Cela ne choque personne entre nous, on ne s’en cache pas. On en discute même. Tout le monde est d’accord pour dire que si nous ne le faisions pas, nous ne bouclerions pas nos fins de mois.
Le vol, une juste compensation

Et, fondamentalement, aucun de nous n’a le sentiment de faire quelque chose de mal.

Quand on en discute, ce qui revient souvent dans le discours de chacun, c’est le sentiment de s’octroyer une juste compensation. Comme un tribut que nous devrait la société de consommation, qui nous fait trimer à peu de frais et qui, en même temps, nous impose des standards de vie, de besoins, impossibles à combler avec les maigres émoluments.

« Piquer », « récupérer » un truc nous donne quelque part l’impression grisante de nous faire justice nous-mêmes. De reprendre quelque chose qu’on devrait pouvoir s’acheter si la Terre tournait rond. Si on nous payait proportionnellement au coût de la vie.
Du crayon khôl aux crevettes

On n’est pas des malfrats. On ne vole pas ce qui a intrinsèquement de la valeur. Le but n’est en aucun cas de s’enrichir ou de léser un pauvre commerçant qui, comme nous, essaye de s’en sortir. Une sorte d’éthique encadre ces actes, une « barrière psychologique » qu’un vrai voleur franchit aisément. Pas nous. Les grandes enseignes, emblèmes de la consommation, sont nos cibles principales.

On prend seulement ce dont on a besoin et que notre niveau de vie ne nous permet pas de faire. Une fringue, de la nourriture de marque et – ô comble du luxe ! – de la viande… Oui, car la viande rouge s’invite de plus en plus rarement dans mon assiette, faute de moyens. Un comble au pays du steak-frites.

Je vole de temps en temps de la viande, car je n’ai tout simplement pas les moyens d’en acheter régulièrement et que je me sens pousser des écailles à force de manger du surimi.

En moyenne, je subtilise un article une fois sur deux quand je fais mes courses. A chaque fois, c’est le même topo : un truc dont j’ai besoin, une petite chose, mais qui, conjuguée avec les dizaines d’autres trucs dont j’ai besoin, devient un véritable luxe.

Ça va du crayon khôl aux crevettes, des lingettes démaquillantes au tire-bouchon. Je paye tout le reste : du premier prix, des offres spéciales… Mon butin reste sagement au fond du sac de courses.

Et on pourrait croire que vu que je n’envisage pas de les payer, tant qu’à faire, je jetterais mon dévolu sur les denrées les plus luxueuses du magasin, histoire de. Même pas. Je prends le prix moyen ou le moins cher. Réflexe ? Sentiment de ne pas vouloir abuser ? Je ne sais pas.
Directement dans la caisse

D’autres potes, eux, prélèvent directement « à la source » leur budget loisir. C’est-à-dire qu’ils piquent dans la caisse. C’est déjà moins anodin, mais c’est assez courant dans les chaînes de restauration rapide où les salaires sont inversement proportionnels aux calories des menus.

La fraude y est difficilement détectable si l’on sait bien s’y prendre. En effet, ce genre d’établissements accusant chaque jour un taux de perte conséquent, quasi impossible lors de l’inventaire de chiffrer la démarque inconnue.

Mes amis savent où sont les caméras, dans quel angle ils sont filmés, quand et combien exactement ils peuvent prendre sans être pris.

Pour ce faire, ils ont développé tout un cortège de techniques, de l’article payé en liquide par le client mais pas enregistré en caisse, discrètement gardé au creux de la main. J’en ai vu s’en tirer avec 60 euros par jour en plus, cash. Parfois plus.

Ils s’en servent pour prendre un verre après leur journée, se payer des fringues, les courses, les livres, le train pour partir en week-end voir leurs parents, payer leur loyer… Pas de superflu, juste de quoi mettre du beurre dans les épinards. Et acheter des épinards.
Bons plans, récup’ et solidarité

Le vol n’est qu’un ultime recours parmi la multitude de « plans » que nous cherchons constamment pour maintenir notre niveau de vie. Récupération, fin de marchés, vide-greniers, friperies, enchères, sites d’achats groupés, gratuité… C’est toute une génération en mal de pouvoir d’achat qui s’active et échange ses combines.

Dans mon groupe d’amis, chacun participe à la solidarité collective. Celui qui bosse chez un restaurateur rapide ramène de la nourriture. Celle qui travaille en parapharmacie glane des échantillons, des articles « en casse » car le packaging est écorné.

Je n’ai pas pris de coup de soleil cet été grâce à ce « sponsoring ». Pour ma part, je ramène des gâteaux de mon lieu de travail, qui en commande par palettes pour les financiers en hypoglycémie.
Je ne veux pas faire l’apologie du vol

Je les donne à ma mère qui adore ça, mais ne pourrait pas s’en payer aussi régulièrement. Dès que l’un d’entre nous est au courant d’une bonne affaire, il en fait profiter les autres. On se serre les coudes.

Je profite également du service courrier pour poster mes courriers et celui d’amis. J’y passe des coups de fils surtaxés et je me fournis en articles de bureau.

Je n’ai aucun complexe à le faire d’autant plus que tout le monde dans mon entreprise fait de même, même ceux qui auraient les moyens de payer.

Mon témoignage n’est en aucun cas une apologie du vol. C’est simplement le reflet d’une réalité quotidienne pour beaucoup de jeunes et de moins jeunes, qui, à coups de débrouille, s’invitent au banquet dont ils hument le fumet, alors qu’on voudrait les mettre à la diète.
Source : http://www.rue89.com/2012/09/24/salaries-mais-precaires-vole-pour-boucler-les-fins-de-mois-235575

Obliger une belle part des citoyens à voler pour boucler la fin du mois, voilà qui me paraît honteux et méprisable. Ceux qui volent pour bouffer et pour se vêtir ne le font pas par plaisir, mais par nécessité. Alors évidemment, on pourrait cibler le crayon khôl, mais je vous arrête tout de suite : ce trait de coquetterie ne peut pas se comparer au fric dépensé à outrance par les mémères en mal d'étirement de peau, pas la peine de faire un plat pour un crayon.

Pourtant, je déteste le vol. Mais force est de constater que cette fois, je soutiens le pot de terre qui tente de récupérer un peu de sable histoire de tenir debout sur cette Terre branlante.

Honte, honte à ceux qui contraignent les petits.

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MessageSujet: Re: Voler pour boucler ses fins de mois   Mar 25 Sep 2012 - 7:45

Ça m'est arrivé de voler pur survivre, mais il y a bien longtemps.

Romane a écrit:
Ils disent dans l'article que le seuil de pauvreté est estimé à 954 euros de salaire mensuel, et pensez donc qu'il y en a à la pelle, des 954 revenus mensuels, dans l'hexagone...
Ben moi je touche même pas la moitié de ça, et encore tout va dans le loyer.
Si 954 c'est le seuil de pauvreté (je serais bien content d'y être, moi), alors 417,94 mensuels, c'est le seuil de quoi ?

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MessageSujet: Re: Voler pour boucler ses fins de mois   Mar 25 Sep 2012 - 12:16

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alejandro
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MessageSujet: Re: Voler pour boucler ses fins de mois   Mar 25 Sep 2012 - 12:18

filo a écrit:
Ça m'est arrivé de voler pur survivre, mais il y a bien longtemps.

Romane a écrit:
Ils disent dans l'article que le seuil de pauvreté est estimé à 954 euros de salaire mensuel, et pensez donc qu'il y en a à la pelle, des 954 revenus mensuels, dans l'hexagone...
Ben moi je touche même pas la moitié de ça, et encore tout va dans le loyer.
Si 954 c'est le seuil de pauvreté (je serais bien content d'y être, moi), alors 417,94 mensuels, c'est le seuil de quoi ?

Je confirme qu'à Paris, avec 954 euros, on ne va pas bien loin.
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MessageSujet: Re: Voler pour boucler ses fins de mois   Mar 25 Sep 2012 - 12:18

La dernière marche avant le vol... Les banques alimentaires

http://www.7sur7.be/7s7/fr/1502/Belgique/article/detail/1506057/2012/09/24/De-plus-en-plus-de-Belges-font-appel-aux-banques-alimentaires.dhtml
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Romane
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MessageSujet: Re: Voler pour boucler ses fins de mois   Mar 25 Sep 2012 - 13:52

Le coût de la vie n'est pas le même suivant l'endroit où l'on se trouve. Sûr qu'à Paris, avec ce que tu gagnes filo, tu serais à la rue. Alex, je me souviens d'un temps où tu étais sacrément dans la merde aussi.
A bien y réfléchir, la majorité des LUs peuvent être considérés comme fragiles et plus que fragiles. Nous ne sommes pourtant pas l'exception, hein, donc à échelle nationale je n'ose même pas imaginer (sondages mis à part, parce que je me méfie).

Les banques alimentaires sont aussi nombreuses en France qu'en Belgique, je pense. D'ailleurs, tiens : en préparant une manifestation prochaine dans mon coin, j'ai recueilli notamment une photo qui date de 1920 : la soupe populaire à Boucau, pendant la première guerre mondiale. Quand je l'ai montrée autour de moi, les gens ont pris des mines horrifiées. Mais quoi... qu'est-ce qu'il y a de changé, à part qu'on n'est plus en guerre ?

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MessageSujet: Re: Voler pour boucler ses fins de mois   Mar 25 Sep 2012 - 22:41

Ce qui est terrible, c'est que le pouvoir d'achat a chuté parallèlement au développement exponentiel des produits de consommation. On a beaucoup plus de tentations mais beaucoup moins de quoi se les offrir...

Qui imaginerait maintenant de vivre sans un téléphone portable ? Ca poserait plein de problème, ne serait-ce que pour chercher un emploi.
Mais de l'outil de communication très utile, on est passé au bien technologique à convoiter.
J'ai un vieux nokia tout à fait vintage, qui date de 2007 ou 2008, que j'ai payé dans les 30 euros, et que je nourris de mobicarte à 25 euros pour deux mois. Ca me suffit. Le problème, c'est que beaucoup veulent maintenant le dernier portable à la mode, si on en juge par la folie générée par la sortie du dernier je-ne-sais-quoi.

C'est étrange, concernant les revenus, on s'est souvent moqué de moi quand je commençais dans ma profession. Certains me disaient qu'avec mes possibilités, j'étais vraiment une gagne-petit sans ambition de rentrer dans une administration. Mais voilà, ça me plaisait et j'acceptais de gagner moins d'argent que dans le privé.
Avec les crises économiques successives, les mêmes qui se moquaient ont fini pas me traiter de privilégiée. Je le suis, puisque je fais un métier qui me plait en gagnant très correctement ma vie. Mais si j'ai un bon salaire, c'est aussi parce que je ne me suis pas endormie et que j'ai passé des concours internes...

Et puis, le problème n'est pas pris dans le bon sens : ça ne devrait pas être un privilège d'exercer une profession qui plait tout en gagnant de quoi vivre correctement. C'est l'inverse qui est condamnable, une hérésie de notre société.
Alors je ne vais pas jeter la pierre à la petite jeune fille qui témoigne. Elle n'est pas vraiment en tort.
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