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 Cristal de neige [Fiona 9 - terminé]

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MBS



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MessageSujet: Re: Cristal de neige [Fiona 9 - terminé]   Dim 15 Juin 2014 - 19:20

La circulation des bus ayant été interrompue précocement en raison du retour du gel, Arthur avait dû marcher finalement jusqu’à la station de métro de Basso Cambo, déplacement difficile sur des bandes cyclables peu fréquentées – et donc pas déneigées – par ces journées de grand froid.
De Basso Cambo, il avait gagné en métro la place Esquirol puis, à nouveau à pied, un immeuble de la rue du Languedoc.
- Arthur, s’était-il annoncé à l’interphone.
Après une hésitation interminable, Cathy Miramont avait ouvert. Pandore n’aurait pas fait mieux.

L’idée de me faire tout expliquer par Virginie Roncourt ne tarde pas à m’énerver. Tout est fini dit-elle, mais j’ai la curieuse impression que tout est terminé de son point de vue à elle, avec sa lecture des événements… Laquelle n’est pas la même que la mienne. Mais pour en être parfaitement certaine, je dois me contraindre à écouter ce récit qui ressemble à un mauvais film de série B : faire raquer une vieille pour remplir les fouilles de son fils désargenté.
- Donc, Edouard Rouquet veut se présenter à la présidentielle… Ce n’est pas nouveau, il n’en fait pas mystère depuis longtemps. Il pense pouvoir gagner en 2017 quand les partis traditionnels se seront tellement plantés qu’il ne restera que deux recours, l’extrême-droite et l’extrême-centre si j’ose ce néologisme mathématique.
- Sauf que Toucheboeuf est persuadé qu’il ne faut pas attendre aussi longtemps. Que la bonne fenêtre de tir c’est 2012… Sarkozy est grillé et Hollande, qui bénéficie des petits soucis de DSK, ne lui parait pas pouvoir faire l’unanimité sur son nom à gauche. Avec une campagne à la hussarde, on peut selon lui renverser les montagnes et il donne comme exemple récurrent le cas de Chirac en 1995 qui en janvier était aux oubliettes et qui est revenu du diable vauvert pour l’emporter.
- Ok… Et Moza ?...
- Moza c’est l’autre composante du double complot… Que Rouquet veuille faire mumuse dans la course à l’Elysée, ça l’arrange puisque, lui, ce qu’il veut c’est prendre le contrôle du journal. Il a des contacts avec des investisseurs qui apporteront l’argent et quelques noms connus qui viendront booster la renommée du groupe. Rouquet veut vendre, Moza veut acheter et ses investisseurs sont près à mettre un bon prix, convaincus de faire une opération à double bande. Un, prendre pied dans le monde médiatique français. Deux, faire d’un Rouquet accédant à l’Elysée une sorte d’obligé.
- Ce sont donc des investisseurs étrangers.
- Oublions cela, ce sont des affaires qui ne relèvent pas du Ministère de l’Intérieur.
J’accepte mal l’argument mais je vois bien d’où peuvent venir ces sommes d’argent massives destinées à vassaliser l’Etat français… Il suffit de regarder la carte des nouveaux riches dans le monde pour se faire une idée.
- Reste un obstacle de taille… La mère Rouquet…
- Et son chevalier blanc, complète Virginie… Celui qu’elle présente comme le sauveur, celui qui va venir tout arranger et qu’elle se fait fort de convaincre… Votre Arthur…
- Je crois que ça je l’avais bien compris… Arthur, il a une renommée dans le métier, un savoir-faire et une efficacité redoutables et lorsqu’il a décidé de réussir quelque part, il réussit…
- Et, ce qui ne gâte rien, il a une femme pétée de tunes, ajoute Virginie
- Eh ! Mais personne ne le sait ça !...
- C’est un secret de polichinelle, ma pauvre Fiona.
Ce « pauvre Fiona » à ce moment des explications la fait sourire. Pas moi ! J’ai toujours dit que si ma richesse venait à me poser des problèmes je préfèrerais encore m’en débarrasser plutôt que de m’y accrocher.
- Dites-vous que quand on regarde les comptes de votre maison d’édition, on voit bien qu’elle ne tient que par les sommes que vous injectez dedans…
- Pffff… Et moi qui ai rechigné tout à l’heure à utiliser la carte de crédit de Parfum Violette pour louer un Velib… Je suis une indécrottable naïve…
- Ne dites pas ça… Si je vous laisse en plan maintenant, vous allez être capable de terminer de remonter tous les ressorts de cette mécanique foireuse. Vous êtes brillante !
- Liliane Rouquet nous veut pour sauver sa boutique, c’est pour cela qu’elle accepte Hier, Aujourd’hui, qui économiquement ne sera pas rentable. Mais comment pense-t-elle avoir mon argent ?
- Vous êtes mariée sous quel régime avec Arthur ? Vous avez signé un contrat de mariage ?...
- Non…
- Eh bien j’espère pour vous que vous savez que la moitié de votre fortune légalement lui appartient…
- Il ne l’aurait pas utilisé pour…
- Vous écopez déjà pour Parfum Violette… Pourquoi ne le feriez-vous pas pour La Garonne libre ?
Le pire c’est qu’elle a raison… J’en serais bien capable. Juste pour éviter trop de soucis à mon chéri. Et confusément, depuis le début, j’imaginais bien que le soutien de Liliane Rouquet envers nous n’était pas désintéressé et purement amical.
Sauf que tout ce que me raconte Virginie est déjà calibré, rond, tient bien dans sa bouche et ne semble souffrir d’aucune contestation possible. Trop clair, trop limpide par rapport aux nœuds tortueux que je m’évertue à défaire depuis vendredi dernier.
- Mais comment avez-vous fait pour comprendre tout ça en vingt minutes ?...

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MessageSujet: Re: Cristal de neige [Fiona 9 - terminé]   Dim 15 Juin 2014 - 19:25

Sur le palier de Cathy Miramont, quelque chose retient Arthur. Des souvenirs anciens, heureux ou pas. A l’époque où il était le king des reporters du journal et où l’avocate du groupe venait le tirer de certaines emmerdes… Une fois, en Amérique latine, elle avait plaidé sa cause auprès d’un régime se prétendant démocratique mais n’aimant pas qu’on vienne fouiner dans les conditions de travail des enfants. Il n’avait pas été en prison grâce à elle… Juste assigné à résidence dans son hôtel le temps qu’un accord tripartite se négocie entre la République française, l’Etat en question et le journal. Bien sûr, ensuite, avec l’affaire Lecerteaux, les relations s’étaient espacées mais bon sang ! S’il y avait une personne qu’il n’imaginait pas un jour abandonner la patronne, c’était bien son avocate depuis tant d’années. Arthur était convaincu qu’il aurait été capable de laisser tomber Liliane Rouquet – ne l’avait-il pas fait d’une certaine manière ? – avant même que Cathy Miramont agisse d’une manière ou d’une autre à son détriment.
Il n’a pas à frapper, la porte s’ouvre d’elle-même.
- Entre !...
Depuis combien de temps n’est-il pas venu ici ? Quatre ou cinq ans minimum. La dernière fois c’était pour parler de la situation de Corélia par rapport à lui. Cathy Miramont s’était plongée dans tous les textes de loi pour parvenir à justifier les droits de garde d’Arthur.
- Tu veux un café ?
- Si tu avais plutôt quelque chose à grignoter. Les journées sont longues et les passages à la cuisine bien trop rares.
- Une omelette au jambon, ça t’irait ?
- Oui…
Il est trop tôt pour lui parler. Elle ne peut que deviner les motifs de sa visite. Mais pour un quart d’heure encore, ils vont faire comme si rien n’avait changé. Comme si Cathy Miramont était toujours uniquement cette avocate brillante et rusée qui l’avait sorti d’un enfer annoncé.

Virginie Roncourt me regarde avec la sensation que je connais déjà la réponse à la question que je viens de lui poser. De toutes les manières, elle me surestime parce que je suis la prof préféré de son frangin ; dans son esprit, je suis sans doute plus savante que les milliers de livres qui tapissent les murs de la bibliothèque où nous échangeons sur les différents rouages de cette affaire.
- Vous en pensez quoi ?
- Que c’est Liliane Rouquet qui est venue vous chercher… Raison pour laquelle vous étiez à Blagnac le soir où nous avons embarqué dans le bus pour « la neige »… Je vous ai vue… Et heureusement… Sans quoi je n’aurais pas su vers qui me tourner…
- Mais si Fiona, vous aviez quelqu’un vers qui vous tourner mais vous avez toujours refusé de l’envisager…
- Pas Arthur…
- Non, le colonel…
- Le colonel ? C’est de l’histoire ancienne…
- Eh bien, justement, vous vous êtes une spécialiste de l’histoire moderne. Votre passé à vous, il faut qu’il demeure vivant dans votre présent.
Voilà qui est psychologiquement bien vu et bien dit. Un bon point pour elle ! Raison de plus pour ne pas rester sur ce terrain qui pourrait bien s’effondrer sous mes pas et m’engloutir dans des abymes douloureux.
- La patronne a bien senti que son fils tramait quelque chose et elle vous a demandé de défendre ses intérêts… Peut-être bien au nom de la liberté de la presse ou de l’intérêt supérieur de la Nation. Pour son journal, qui me paraît être son premier et véritable enfant, elle est prête à tous les arguments.
- Désolé Fiona ! Vous faites fausse route… C’est presque par inadvertance que nous avons mis le doigt là-dessus… L’inadvertance en l’occurrence d’ailleurs c’est vous.
On ne m’a jamais traitée d’inadvertance. Ce n’est pas spécialement douloureux mais ça interpelle.
- Madame Rouquet vous a parlé des difficultés économiques du journal mais vous a-t-elle précisé les origines de ces difficultés ?
- Pas la peine… On connait tous la crise des médias traditionnels… et de la presse en particulier.
- Elle joue dans les problèmes du journal mais pas tant que cela finalement. Ce qui plombe les comptes du groupe ce sont les dépenses plus que les recettes.
- J’ai fini par faire admettre aux participants de notre joyeuse sortie à la montagne qu’ils avaient tous eu tendance à abuser de leurs prérogatives…
- Oui mais un plus que d’autres…
- Que voulez-vous dire ?
- Liliane Rouquet nous a contactés parce qu’elle avait la conviction que les comptes de l’entreprise étaient bidons. Qu’une partie des recettes était détournée.
- Par qui et comment ?
- Eh bien, c’était ça l’idée de base du séjour à la montagne. Ecarter tous les responsables du groupe de leurs ordinateurs, de leurs téléphones et de leurs domiciles pendant au moins deux jours. Le temps de scanner tout leur passé, toutes leurs fréquentations, toutes leurs habitudes sans le moindre risque qu’ils se doutent de quelque chose.
- And the winner is ?...
- Nous avons des ex-aequo, Fiona.


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MessageSujet: Re: Cristal de neige [Fiona 9 - terminé]   Dim 15 Juin 2014 - 19:29

L’omelette devait être succulente ou Arthur particulièrement affamé car elle disparut en quelques minutes. Pourtant Arthur n’était pas du tout pressé d’aborder les sujets délicats qui l’avaient conduit au domicile de cette amie si fidèle et sincère.
- Je sais pourquoi tu es venu… Tu te doutes bien qu’une visite après tant de temps et, même si les circonstances sont ce qu’elles sont, je ne peux que la trouver inquiétante. Alors, entre ton coup de sonnette et ton arrivée sur le palier de mon troisième étage, j’ai eu le temps de sonder toute la noirceur de mon âme et de déterminer quelles taches tu venais tenter d’éclaircir.
Arthur tripote sa fourchette entre ses doigts. Cathy Miramont a beau lui avoir ouvert la route, il peine à s’y engager.
- Comment as-tu pu ?... La trahir ainsi ?...
- Comment as-tu compris ?...
- Edouard est un ambitieux mais c’est un ambitieux faible. Devant sa mère, quelle que soit la haine qu’il doit souvent éprouver à son égard, il reste un petit enfant qui a peur de son ombre. Oh je suis bien certain depuis longtemps qu’il ne rêve que d’une chose, trouver un acquéreur qui coulera avec le groupe pendant que lui volera vers la gloire et le pouvoir. Et comme tous les faibles, il a besoin de gens pour faire le sale boulot à sa place. Des personnes qui vont comprendre ses désirs sans qu’il ait besoin de les formuler clairement, sans qu’il expose son âme pourtant pas très pure aux risques de remords futurs. Il a donc semé ses âmes damnées dans le groupe. Moza, Lacazi, Winckhlok… D’autres peut-être… Mais là-dedans, il faut quelqu’un qui puisse faire le relais entre ces comparses. Quelqu’un d’assez proche de Liliane Rouquet pour être au courant de tout et quelqu’un qui saura convaincre les uns et les autres sans jamais s’exposer lui-même en première ligne. Tout à l’heure, Virginie nous a expliqués comment vous aviez « fonctionné » pendant votre isolement dans les Pyrénées. Elle a parlé de rumeurs qui, de manière insidieuse, finissaient par pénétrer tous les esprits. Sans qu’on sache vraiment d’où elles venaient… Et ça m’a rappelé un truc que tu m’avais dit là-bas en Amérique du Sud : « ce n’est pas ce que je vais dire qui compte mais ce qu’ils croiront avoir déjà entendu ». Cette idée que la parole n’est forte que si elle se démultiplie, qu’elle ne porte vraiment qu’en venant de plusieurs directions en même temps, il n’y avait qu’une théoricienne de la parole comme toi qui pouvait l’avoir conçue. Mettre tout le monde dans le même lieu et laisser macérer les rancœurs en les entretenant par de petites touches de fiel. Tellement discrètes et détournées que personne ne pourrait jamais vraiment savoir d’où elles venaient. Et dans le même temps, tu étais une des seules à vraiment soutenir Fiona… C’est quand même étrange, les deux seules personnes qui ont réussi à faire semblant d’aimer ma femme, sont les deux personnes qui m’ont le plus aimé à part elle. Virginie comme une amante et toi presque comme une mère.
Cette longue tirade - dont je reconstitue le sens à défaut d’en pouvoir figer l’exactitude, Arthur ayant été fort pudique sur ce moment si douloureux pour lui – laisse place à un silence épais, solide, étouffant. La table de la cuisine se mue en échiquier géant autour duquel deux joueurs à la fois adversaires et nécessaires complices s’observent au moment de jouer des coups décisifs.
- Pourquoi ?

- C’était le plus insoupçonnable des hommes parce qu’il trainait sa peine depuis des années… Depuis son entrée au service de la publicité…
- Dorval ?...
Alors là, je m’accorde un brevet de naïveté toutes catégories. Le seul que j’aurais forcément exclu de toutes les magouilles c’était bien lui. Le cassé de la vie, le fracassé de l’amour, le père en deuil d’enfants qu’ils ne voyaient plus…
- Il ne s’appelle pas plus Dorval que vous Françoise Noël… En fait, on ne sait toujours pas d’où il sort. Mais ce qui est certain, c’est qu’il n’a pas de femme et pas d’enfants… En tous cas, pas ceux dont la photo trônait sur son bureau. En revanche, il n’a pas tardé à émouvoir un cœur trop longtemps resté sec avec ses pseudo-malheurs… Et ce qu’un cœur amoureux peut faire, ce n’est pas à vous que je vais l’apprendre, c’est immense.
- L’avocate ?
- Elle-même… C’était imparable. A chaque fois qu’il négociait un contrat publicitaire, elle mettait son nez dedans… Et une fois son nez reparti, 10 % du total s’était évaporé. Par des astuces aussi diverses que des commissions cachées sur des comptes off-shore, des centimes reversés à de fausses associations caritatives. Ce n’était jamais dans les contrats que conservait Cathy Miramont dans les archives de la boite. Donc, depuis trois ans, 10 % de l’argent gagné par le groupe ne lui revenait pas dans les faits.
- Ca doit faire un paquet…
- Une belle somme… Nos spécialistes financiers sont encore en train d’essayer de recoller les morceaux du puzzle pour avoir une idée du total.
- Vous avez trouvé ça quand ?...
- Dimanche… Mais il s’est avéré impossible de joindre Liliane Rouquet pour la prévenir. Entre temps, les données du problème s’étaient compliquées.


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MessageSujet: Re: Cristal de neige [Fiona 9 - terminé]   Dim 15 Juin 2014 - 19:34

- Tu as fait quoi ?!
Ce n’était pas véritablement cela qu’il s’était attendu à entendre dans la bouche de cette vieille amie. Détournement de fonds aggravé… Et tout ça par amour ?
- C’est quand nous avons été enfermés là-bas que j’ai compris qu’il m’escroquait à moi aussi… J’ai voulu rompre tout lien mais comment faire ?... J’étais piégée avec lui dans le même lieu. Il ne cessait de me dire qu’il pouvait produire les contrats originaux de nos derniers « coups » dans leur version originale… Qu’il suffisait qu’il les montre à madame Rouquet pour me détruire et me conduire à la centrale de Muret jusqu’à la fin de mes jours. Moi qui suis claustrophobe…
- Et donc là, tu as cherché à qui parler de tout ça…
- J’ai eu confiance en Etienne. Depuis le temps qu’on se connaît… C’est là qu’il m’a dit que si tu arrivais à la tête de la boite tu commencerais par commander un audit, que je tomberai forcément. Lui m’assurait que je ne risquais rien si le groupe était vendu aux intérêts qu’il défendait. Ce que j’avais à faire c’était faire ce que je savais le mieux faire. Ecouter les peurs des uns et des autres et les répercuter jusqu’à ce qu’elles poussent chacun à se replier égoïstement sur lui, à sombrer dans la parano. Jouer du huis-clos comme on peut le faire dans un tribunal pour instiller les doutes, les peurs, les angoisses dans toutes les têtes. Je n’avais plus rien à perdre… Ce que je ne savais pas, c’est qu’il avait prévu de tous nous éliminer… La seule finalement qu’ils voulaient garder en vie, c’est celle qu’ils ont évacuée pendant qu’on dormait, abrutis par une purge de cheval. Je me demande où elle peut être cette pauvre Liliane.
- C’est bien le moment de se poser la question…
- Je n’irai pas en prison, Arthur…
- Je l’espère pour toi mais je suis loin d’en être convaincu… Merci pour l’omelette.

L’amoureux de la rue débarque dans la bibliothèque sans se faire annoncer au préalable. Pour un flic, je lui trouve une démarche terriblement militaire lorsqu’il se fige devant Virginie Roncourt. Peut-être un transfuge récent des services de l’armée ?
- Virginie, il y a Rouquet qui veut bien jacasser.
- Qu’est-ce qu’il veut en échange ?
- Il ne l’a pas dit… Je préviens le commissaire ?
- Surtout pas. Il vient de rentrer se coucher. Le temps qu’il revienne, l’autre pourrait se refroidir. Fiona, vous m’accompagnez. Quelque chose me dit que vous avez envie de vous faire plaisir.
- Sans aucun doute… Cela me donnera l’occasion de reprendre avec lui une discussion à peine entamée vendredi soir… Mais pourquoi rester ici ?
- Diable ! Vous imaginez qu’on peut arrêter comme ça un sénateur et un député ? C’est encore ici où s’expriment les voies de la Nation qu’on a le moins de mal à garder un secret.

Il était plus de 22 heures lorsqu’Arthur a poussé la porte de notre appartement donnant sur le quai de Tounis. Pas si loin finalement de la rue du Languedoc mais si loin désormais.
Un peu de chaleur, un univers familier, lui redonnèrent meilleur moral. Pour un temps fort bref cependant.
Dix minutes plus tard, l’inspecteur Louchet débarquait chez nous en provenance directe du fin fond de l’Ariège.
- Je vous apporte des nouvelles de Paris… Le commissaire Renaudet des services spéciaux du Ministère de l’Intérieur a annulé le plan Epervier concernant votre épouse. Fiona Toussaint épouse Maurel est lavée des soupçons qui pesaient sur elle. Selon lui, toute l’affaire est résolue. Tout est fini !...
- Et ?...
- Et quoi ?
- Elle revient quand ?... Qu’est-ce qu’il advient des coupables ? des complices ?...
- Cela, je n’en sais rien…
- Donc, mon cher inspecteur, au risque de paraître rabat-joie… Rien n’est fini… Il se pourrait même que cela ne fasse que commencer… Ou recommencer…
Arthur prend un temps, propose un café à l’inspecteur qui l’accepte. Tout en le préparant, il essaye de prendre une décision : doit-il faire part au flic du pressentiment qui l’obsède depuis qu’il a interrogé Virginie saint-Lazare ? N’y tenant plus, et tandis que le café continue à se faire, il revient vers le salon.
- Je vais vous dire pourquoi je pense que rien n’est fini. Il y a trop de témoins de ce week-end. Beaucoup trop de gens qui savent au moins une partie de la vérité. Et puis, Liliane Rouquet n’est pas réapparue que je sache. Comment tout pourrait-il être fini ?... Inspecteur, si vous ne voulez pas avoir des choses sur la conscience, ne tenez pas compte de ce message. Poursuivez votre enquête et, surtout, protégez les témoins. Des gens qui sont capables de déclencher une avalanche en montagne ne devraient pas avoir peur d’éliminer une dizaine de personnes avant qu’elles n’en disent trop. Demain, nous pourrions nous retrouver au lendemain d’une petite nuit de cristal…
- Vous me prenez décidément pour un amateur… Il y a un inspecteur devant chaque domicile.
- Fort bien… Demain matin, je pense que vous pourrez procéder à l’arrestation de monsieur Thibaud Dorval. Pour avoir détourné au cours des trois dernières années plusieurs millions d’euros au détriment du groupe de La Garonne.
- Vous avez des preuves ?
- Un témoin qui acceptera de parler en échange d’un aménagement de peine par exemple… Mais ce témoin, il faut qu’il soit encore en état de parler demain… Je vais vous chercher votre café, inspecteur.


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MessageSujet: Re: Cristal de neige [Fiona 9 - terminé]   Dim 15 Juin 2014 - 19:43

Le bureau du député Yves Toucheboeuf n’est pas parmi les plus reluisants de l’Assemblée Nationale. La plupart des Français ignorent la grande diversité des logements de fonction offerts aux élus de la Nation et la lutte sourde qui les oppose souvent pour leur attribution. Le parti pris du député centriste était qu’il fallait absolument être sur place, pouvoir tenir au besoin un siège directement dans les locaux de l’Assemblée. Il n’avait pas l’importance politique et médiatique des grands ténors qui logeaient dans la tour A à l’angle de la rue de l’université et de l’avenue Aristide Briand et ne pouvait donc prétendre à les y rejoindre. Peut-être après les prochaines législatives lorsqu’il serait devenu un peu plus ancien au sein de la confrérie des députés. En revanche, il n’était pas non plus de ceux qui ayant mal calculé leur coup ou manquant d’expérience avaient hérité de ces logements du troisième étage mal isolés et glaciaux l’hiver et étouffants l’été. Il était, comme dans son positionnement politique dans une sorte de juste milieu : un confort rudimentaire, spartiate, mais rien qui puisse porter atteinte pour autant à la dignité d’un élu du pays.
Contraint et forcé par une sorte de préséance – il n’était que député et Rouquet sénateur - mais aussi par les liens de clientélisme existant entre lui et son mentor en politique, Toucheboeuf avait dû abandonner son bureau. Deux inspecteurs, ceux qui accompagnaient Virginie Roncourt à la gare Montparnasse, attendaient auprès de lui dans un logement vacant du troisième qu’il se décide à s’expliquer. Ils n’avaient jusque là obtenu que des injonctions à lui rendre sa liberté, à prendre en compte son immunité parlementaire et à aller voir ailleurs s’il y était. A la première de ces demandes virulentes, le commissaire Renaudet, avec sa truculence proverbiale, avait répondu en demandant à un de ses hommes s’il pouvait aller acheter des piles pour son sonotone, il lui semblait vaguement entendre comme un bruit. Cette fin de non-recevoir n’avait donc pas rebuté le député qui, par foucade, se mettait à vitupérer contre ses geôliers et leur promettait les pires avanies une fois qu’il serait libre.
Edouard Rouquet avait à la fois plus d’expérience et plus de roublardise que son « jeune » collègue parlementaire. Des années à serrer des mains sur les marchés, ça vous apprenait à prendre les gens dans le sens du poil. Toujours être d’accord avec eux et si manifestement on ne l’était pas, prendre ça à la rigolade. Or, et je le savais bien, dans le privé, Rouquet fils était tout sauf un boute-en-train. Il y avait donc dans cette attitude un grand métier (selon les adeptes de ces comportements démagogiques) ou une profonde sournoiserie (selon plein d’autres personnes… dont moi). Le pire étant qu’à force de pratiquer ce gymkhana perpétuel, il finissait par ne plus en avoir réellement conscience. C’est cette certitude de mettre très vite les flics dans sa poche qui décida finalement Edouard Rouquet à sortir de son mutisme pour livrer « sa » vérité sur la situation.
- Rebonsoir monsieur le sénateur, je pense qu’il n’est pas besoin que je vous présente madame Fiona Toussaint.
- Pas la peine en effet… Bonsoir Fiona.
- Monsieur le sénateur…
Je dédaigne la main qu’il me tend. J’ai besoin d’entendre ses explications avant de savoir si je peux encore le compter parmi les personnes fréquentables. A première vue, j’ai des doutes énormes. Sa main, il peut donc se la mettre où il veut mais elle ne croisera plus la mienne jusqu’à nouvel ordre. En revanche, je compte bien faire peser sur lui toute l’incandescence de mon regard. Moi qui ai l’habitude de me dérober aux regards trop insistants, je me sens capable dans les circonstances dramatiques que nous vivons de tenir le coup et, au contraire, de l’agresser.
- Vous avez demandé à me voir ?
- Je voulais voir le commissaire…
- Il n’est pas disponible actuellement… Vous pourrez le voir demain matin.
- Vous ne comptez quand même pas que je vais passer la nuit ici ?
- Pourquoi pas ?! Votre ami Tourcheboeuf vous a laissé un bureau propre avec une banquette clic-clac vous permettant de dormir et des sanitaires. Nous vous ferons amener de quoi vous restaurer et vous changer… En revanche, pas de couverts ou de rasoirs, on ne sait jamais… Le commissaire prendra connaissance de votre déposition demain matin à son arrivée et il décidera ce qu’il convient de faire.
- Mais il faudra bien qu’il me libère, je suis protégé par mon immunité parlementaire. Qu’il la fasse lever s’il veut continuer à me garder séquestré.
J’ai bien envie de lui dire que je suis prête à lever immédiatement son immunité contre les gifles, mais, outre que je suis bien élevée, je me doute que ma présence pendant un tel interrogatoire est plus qu’aux limites de la légalité.
- Je vais enregistrer votre déposition pour éviter d’avoir à vous éveiller en pleine nuit pour vérifier vos propos pendant que je mettrais tout ça en forme. La bande sera ensuite détruite.
Je ne sais pas de quelle bande elle parle puisqu’elle pose devant le sénateur Rouquet un petit enregistreur numérique qui, par définition, n’a pas de bande. Peut-être une vieille habitude de langage chez les flics ? Ou elle a trop regardé Mission Impossible ?
- Monsieur Rouquet, quand avez-vous appris la disparition de votre mère ?
- Hier en fin d’après-midi. C’est un coup de téléphone venu de la gendarmerie d’Oust qui m’en a avisé.
- Le gendarme Baudry ? dis-je.
- Un nom comme ça, il me semble.
- Comment vous a-t-il présenté les choses ?
- De manière assez confuse, je dois le dire… Il utilisait beaucoup le conditionnel disant que des vérifications étaient en cours…
- Ils étaient en train d’interroger sans doute tous ceux qui étaient avec moi dans le chalet… Et Baudry n’a pas voulu me croire… Sans quoi vous auriez été prévenu bien plus tôt.
Le souvenir de ce temps perdu ravive ma rage. « Tout est fini ! », j’ai la nette impression que tout le monde oublie Liliane Rouquet. Ce qui n’est pas si stupéfiant que cela à proprement parler. Déjà au chalet, ils ne tenaient compte d’elle que lorsqu’elle était là ; dès qu’elle avait tourné les talons, elle n’était plus qu’une ombre lourde et exaspérante.
- Quelques temps plus tard, mon ami Etienne Moza m’a appelé depuis son bureau au siège pour me confirmer la nouvelle.
- Vous a-t-il dit que lui-même était supposé mort ?
- Non…
- Mais le gendarme Baudry a dû vous le dire, lui.
Virginie me fait les gros yeux. Si elle m’a proposé de l’accompagner, c’est pour nourrir en moi un besoin de comprendre, voire de prendre une revanche sur ceux qui m’ont pourri la vie. Sûrement pas pour que j’intervienne à tout bout de champ au risque de discréditer son travail aux yeux du suspect.
- Je ne m’en souviens pas…
C’est étrange… Mais après tout pourquoi pas… Moi-même, traumatisée par les événements du lundi matin, je doute soudain d’avoir avisé Arthur de l’événement.
- Comment avez-vous pris la chose ?
- Devant mademoiselle Toussaint, je ne vais pas dire que mes relations avec ma mère étaient empreintes de toute la chaleur normale dans une telle relation… Elle vous aura sans doute dit que nous avions des divergences sur la politique à mener au sein de notre groupe.
- En clair, vous vouliez vendre et votre mère consolider.
Je remercie mentalement Virginie d’avoir si bien résumé les choses, cela m’évite d’avoir à le préciser.
- C’est terriblement réducteur, objecte Edouard Rouquet. Nous nous opposions sur des choses à la fois plus générales et plus précises… Par exemple la nécessité de donner un rôle de premier plan à Arthur Maurel au sein du groupe.
- Rôle que votre mère a pourtant entériné vendredi dernier de manière officielle par un document dont nous avons le double en notre possession.
Des deux auditeurs, je pense être la plus étonnée. Quoi ! Arthur a accepté le job et il ne m’en a rien dit ?!... D’un autre côté, depuis son retour vendredi dernier, les événements ne nous ont pas laissé grand loisir d’évoquer l’avenir. C’est plutôt le passé qui nous obsède.
- Cela n’a aucune valeur, réfute le sénateur.
- Apparemment si… Un notaire nous l’a certifié… Pourquoi avez-vous accepté ce rendez-vous avec monsieur Moza ?
- Parce que des décisions s’imposaient face aux circonstances.
- Et pourquoi ici ?
- Pour plus de discrétion… Monsieur Toucheboeuf est un ami.
- Monsieur Rouquet, je vais vous dire franchement. Je serais un de vos électeurs, après les bobards que vous venez de me servir, je préfèrerais plutôt voter pour un parti de chasseurs-écologistes ou de gauchistes-nationalistes que mettre un bulletin à votre nom dans une urne. Vous mentez comme vous respirez… Sauf sur vos rapports mère-fils, cela va de soi…
- Je ne vous permets pas ! s’insurge l’ancien secrétaire d’Etat.
- Et moi je me permets… En vertu du principe qui veut que ce soit le flic qui pose les questions qu’il veut et qui juge de la cohérence des réponses… Vous allez donc répondre à la seule question qui vaille désormais et je vous préviens que toute réponse dilatoire sera très mal acceptée. Où est votre mère ?
- Je l’ignore.
- Moza devait-il vous révéler cela ?
- Non !
- Comptiez-vous vendre le groupe La Garonne à Moza ?
- Sûrement pas !
- Comment avez-vous connu Sarah ?
- Je ne sais pas de qui il s’agit…
- La jeune femme qui accompagnait monsieur Moza… Elle était au service de votre mère sous ce prénom de Sarah.
- Je ne connais pas cette Sarah… Ma mère m’a dit qu’elle avait engagé une certaine Bénédicte, une étudiante en physique qui l’aidait disait-elle à maintenir sa mémoire par des séries d’exercices mathématiques. Je ne l’ai vue qu’une fois et si elle ressemblait vaguement à votre Sarah ce n’était pas elle.
Virginie se tourne vers moi pour quêter mon secours. Quid de cette Bénédicte ?
- Jamais entendu parler…
- Nous vérifierons ce point, reprend Virginie Roncourt. Comment monsieur Moza vous a-t-il présenté Sarah ?
- Je vous ai dit que je ne connais pas votre Sarah !
- Donc tout à l’heure quand monsieur Moza est entré dans ce bureau avec cette femme, vous n’avez pas cherché à savoir de qui il s’agissait ?
- Moza aime bien avoir une femme à sa botte. C’est son côté rital macho…
- Eh bien, avec celle-là, il est mal tombé ! Elle est plutôt du genre à vous étendre raide.
- Que vous croyez, Fiona, rétorque Virginie. Elle est très souple, c’est une ancienne postulante à l’équipe de France de gymnastique. Elle est flexible comme une liane et endurante comme un chameau.
- Et mortelle comme une mygale…
Nous aurions peut-être poursuivi un moment notre petit jeu des comparaisons animales si la sonnerie du téléphone portable de Virginie n’avait pas résonné.
- Oui… Jérôme, ce n’est pas le mom… Pardon ?... Mais qui vous êtes ?... Bien sûr que c’est clair…


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MessageSujet: Re: Cristal de neige [Fiona 9 - terminé]   Dim 15 Juin 2014 - 19:47

Arthur et l’inspecteur Louchet se sont trouvés assez de points communs pour ne pas se contenter de prendre un seul café ensemble. Au menu de ces discussions tardives, l’affaire en cours évidemment. Mais de là, ils en sont arrivés à des échanges plus profonds sur les valeurs qui les portent et leur inadéquation formelle avec une partie des pratiques de notre époque. C’est ce que nous appelons avec Arthur « refaire le monde »… Généralement, nous ajoutons ensuite dans un éclat de rire un peu désespéré : « comme si on y pouvait quelque chose ». Seulement voilà, Gabriel Louchet, Arthur Maurel ou Fiona Toussaint font partie de ces personnes, nombreuses heureusement, qui se disent que le fatalisme ne mène de toutes les façons à rien et qu’au moins on peut essayer de faire changer un peu les choses. Déjà en inculquant des valeurs fortes aux générations qui viendront… et en n’hésitant pas pour cela à « mouiller le maillot » comme on dit en sport.
A 23h16, tandis que les deux hommes dissertaient encore, sur le pas de la porte de l’appartement, du meilleur moyen de préserver une gamine des tentations mercantiles de notre monde, le téléphone portable de l’inspecteur se mit à sonner en n’affichant pas un numéro connu.
- Oui… Roncourt ?... Vous êtes bien la petite Virginie ?… La casse-pieds préférée du chef ?... Ok, je vois… Je m’en occupe.
Le regard bleu lagon de Gabriel Louchet s’est chargé instantanément de tempêtes. Le flic tend la main à Arthur.
- Merci pour cette discussion, monsieur Maurel. Nous nous sommes évadés un court instant des réalités mais vous aviez raison sur un point depuis le début. Ce n’est pas fini…
- Vous avez mentionné le nom de Virginie Roncourt. Je suis persuadé que c’est elle que Fiona a cherché à contacter. Elle l’avait vue vendredi dernier lorsqu’ils ont tous embarqué dans le minibus pour la montagne. Qu’est-ce qu’elle vous voulait ?
- Elle ne m’a rien dit de très précis sur l’affaire en cours. Juste que des types s’étaient emparés de son frère et demandaient en échange de sa libération celle des gens qu’ils ont arrêtés à Paris.
- Et vous allez faire quoi ?
- Me mettre sur la trace de Jérôme Roncourt.
- Vous permettez que je vous accompagne ?
- Ah quoi bon, monsieur Maurel !... Vous ne pourrez jamais pondre le moindre article sur cette affaire, elle sent tellement mauvais que quand ce sera fini, et quelle que soit la fin, tout ceci dormira dans nos archives jusqu’à la fin des temps. Et on aura tous des épingles à linge sur le nez.
- Il y a un peu moins de deux ans, Virginie Roncourt a contribué largement à tirer Fiona d’un merdier pareil à l’actuel. Je pense, au nom des valeurs que nous évoquions tout à l’heure, que je me dois de faire quelque chose pour elle à mon tour. Je ne sais pas quoi mais je suis prêt à le faire.


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MessageSujet: Re: Cristal de neige [Fiona 9 - terminé]   Dim 15 Juin 2014 - 19:53

MERCREDI 8 FEVRIER 2012

Je ne me suis jamais demandé à quoi ressemblait exactement l’eau de boudin. Question sans intérêt désormais. Je le sais.
L’eau de boudin cela ressemble à deux coups de fils successifs qui vous renvoient quasiment au point zéro de votre existence, à cet instant étrange où tout est possible mais où rien n’est encore faisable. L’eau de boudin ça vous jette dans une rue en bord de Seine en pleine nuit avec dans l’âme un mélange aigre de fatalité, de dégoût et d’amertume. L’eau de boudin c’est ce qui vous attend quand vous vous trouvez confronté à l’impuissance première, celle du pot de terre contre le pot de fer.
A 22h50, le premier coup de téléphone annonçait à Virginie que Jérôme avait été enlevé de son domicile de la rue de Luppé et qu’il ne serait libéré qu’en échange de la libération d’Etienne Moza et de Sarah. De nouvelles instructions seraient données deux heures plus tard, le temps pour l’inspectrice d’en référer en haut lieu. Bien sûr, il ne fallait pas tenter quelque chose. Sans quoi…
Pour la première fois, j’avais découvert une Virginie Roncourt faible et déboussolée. Son frère, c’était un peu le seul amour de sa jeune existence, la seule personne pour qui elle se sentait véritablement redevable de quelque chose. Toutes ses autres relations n’étaient que des « clients possibles » comme elle disait, Jérôme était une permanence, un repère, le rappel de là où elle venait et peut-être bien le reflet de ce qu’elle aurait aimé être finalement si elle n’avait pas eu dès le départ cette volonté inflexible d’être la plus forte et la meilleure. Lui, il glandait et elle ne savait pas faire cela. D’un côté, cela l’énervait mais, en secret, au plus profond de son être, elle aurait donné beaucoup pour pouvoir goûter à quelques instants de quiétude, de détachement, comme lui semblait en connaître à longueur de temps. Il était aussi habile à draguer les filles qu’elle était prompte à faire fuir les mecs. C’est cette petite parcelle d’elle, petite en importance dans la masse du monde mais essentielle dans son propre fonctionnement, qui menaçait de s’effondrer.
A 22h55, elle rendait compte au commissaire Renaudet. Fort mal embouché comme d’habitude mais finalement compatissant devant sa situation personnelle.
- Petite, c’est moche ce qu’ils te font !... Mais, tu te fais mettre des deux côtés sur le coup ! Je viens de recevoir un appel du ministre… Il n’y a que dans ces moments-là qu’il me connaît, cette enflure. On doit laisser filer les deux gros oiseaux. Parait qu’on est dans l’illégalité en les ayant simplement retenus et interrogés… Comme si tout ce qu’il faisait ce gars-là était légal… Un jour, y aura des trucs qui sortiront et il en bavera… Mais pour le moment, c’est lui qui commande et nous on est juste bon à ouvrir le tube de vaseline. Alors, on relâche nos deux pourris avec nos plus plates excuses et en les suppliant gentiment de ne rien dire de tout ça à ces crétins de journalistes.
J’ai attendu un bon moment sans rien dire, la laissant aux prises avec ses angoisses et ses propres démons. Je connais tellement ça. Ces moments où plus rien n’a de sens, où la vie n’apparaît que sous ses aspects les plus sombres, les plus désespérants. Là, on ne peut rien pour vous aider. Il faut attendre que la crise passe d’elle-même, c’est-à-dire après une plus ou moins longue discussion avec soi-même. Le temps de repositionner les bornes de l’acceptable et du non-négociable, de redonner un cap à sa trajectoire personnelle, de trouver sous le magma des doutes un roc de confiance suffisant fort pour y prendre appui et repartir. Bien sûr, si on n’y arrive pas de soi-même, on a besoin l’aide de spécialistes. Mais pour des battantes comme Virginie et moi, c’est inutile. On ne peut s’en sortir que par nous-mêmes, en faisant ce travail de remise en perspective des événements néfastes, en leur donnant une dimension suffisamment acceptable pour pouvoir les traiter mais en les dégonflant assez pour qu’ils ne vous étouffent pas le jugement et le sens moral.
C’était bien sûr terriblement gênant d‘être spectatrice de cette lutte intérieure, de cette indécision. Fallait-il obéir aux ravisseurs ou prendre le risque de sacrifier Jérôme ? En mon for intérieur, je ne doutais pas de la décision finale de Virginie Roncourt. Nous n’avons passé ensemble que l’équivalent d’une journée et demie en tout peut-être depuis notre première rencontre mais cela a été amplement suffisant pour que je cerne la force d’âme du personnage. Au bout de dix minutes, sa décision était prise.
- Fiona, je sais que vous allez m’assurer de tout votre concours. Je le sais mais je le refuse. Là, ces pourris sont allés trop loin. C’est un combat maintenant entre eux et moi. Pour ce qui vous concerne, cette histoire n’est pas terminée parce que Liliane Rouquet n’est pas réapparue. Concentrez-vous là-dessus mais ne vous faites pas d‘illusions, ils ont des leviers puissants à leur disposition. S’ils ne veulent pas qu’on la retrouve, nous ne la retrouverons pas. Moi je vais aller au fight avec eux pour récupérer Jérôme. Plus je leur ferai mal et plus ça nous donnera une chance de les… J’allais dire de les vaincre mais non, au fond, je n’y crois même pas. Les enjeux de tout ça sont si grands qu’ils vont nous broyer… Vous, moi, le commissaire lui-même.
- Qu’est-ce que vous allez faire ?
- Je vais appeler un ancien collègue à Toulouse pour lui demander de se mettre sur la piste. C’est un bon limier, il devrait pouvoir faire. Puis je vais rentrer chez moi, rédiger une lettre de démission, la poster et je vais me mettre à mon propre compte. Demain matin, je prends le premier vol pour Toulouse et ça va chier !...
- Ici tout est donc terminé ?
- Evidemment… Toucheboeuf et Rouquet vont passer quelques coups de téléphone en sortant d’ici. Renaudet va recevoir un second appel du ministre. Moza et son frère vont pouvoir aller prendre le frais et disparaître dans la nuit. On aura de la chance si on garde Sarah… Tout ce petit monde pourra continuer à magouiller, effacera toutes les traces de ses combines. Donc vous voyez, la seule chose qui peut changer dans un futur proche c’est la réapparition de Liliane Rouquet mais ont-ils intérêt à ce qu’elle réapparaisse vivante ?
- Virginie, comment est-ce possible ?... Je veux dire que Toucheboeuf et Rouquet puissent avoir auprès d’eux des gars assez dingues pour exécuter des missions comme ça ou pour prendre l’initiative d’enlever Jérôme. Ils sortent d’où ?
- D’où voulez-vous qu’ils sortent ? Des rebuts de nos services secrets bien sûr… Vous avez oublié de quoi Rouquet a été secrétaire d’Etat ?
« Fliquette » me tend la main. Je la serre silencieusement en me disant que je préfèrerais la prendre contre moi pour lui donner un peu de la force qu’il me reste. Mais elle a dit qu’elle refusait par avance mon concours… Tant pis !
Il me semble pourtant que cette poignée de mains dure plus qu’elle ne devrait. C’est par fierté et pour se donner du cran qu’elle a refusé toute proposition d’aide de ma part. Au fond d’elle-même, je le sens, elle a peur. Peur de tout ce qui pourrait arriver, peur du vide dans lequel elle se lance. Et ma main c’est peut-être le dernier contact qu’elle aura avec sa vie d’avant. Quelle que soit la puissance de sa détermination, le lien est difficile à rompre.


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MessageSujet: Re: Cristal de neige [Fiona 9 - terminé]   Dim 15 Juin 2014 - 19:58

Se garer rue de Luppé est plus que difficile. Ces petites rues des faubourgs n’ont pas été prévues pour l’automobile, aucune maison n’a de garage et le soir venu, les voitures s’alignent pare-chocs contre pare-chocs au bord du trottoir laissant à peine le passage au centre de la chaussée. Caser la 405 de fonction de l’inspecteur Louchet dans de telles conditions est proprement impossible. Bien sûr, il a toute autorité pour décider de planter son véhicule en plein milieu mais ce serait terriblement contre-productif. Les circonstances qui l’amènent ici requièrent de la discrétion, il ne va pas la brader en provoquant des coups de klaxon frénétiques au-delà de minuit.
- Ca vous embête de prendre le volant et de tourner le temps que j’aille vérifier deux ou trois trucs ?
Arthur accepte de changer de siège avec l’inspecteur. Un tour par la rue Denis Papin et l’avenue de la Gloire – ce qui va être le circuit de la 405 pendant un bon moment – et il dépose Gabriel Louchet devant le numéro 39.

Plus rien ne me retenant à l’Assemblée Nationale, j’ai quitté les lieux sans avoir d’idée précise d’un endroit où aller. Ma première idée c’est d’aller « chez nous », c’est-à-dire dans l’appartement parisien d’Arthur, rue Jules César dans le XIIème arrondissement. Mais justement parce que c’est chez nous, et que ce soir ce sera juste chez moi, l’idée m’effraye. J’ai trop longtemps fui seule pour accepter de replonger dans cette solitude maintenant que je suis lavée de toutes les accusations qui ont pu peser sur moi. Bien sûr, je pourrais me dire que je m’en sors bien, mais cela veut dire quoi bien s’en sortir quand rien n’est fondamentalement réglé. Pour rompre cette solitude, je pourrais appeler Arthur dont je n’ai pas de nouvelles, Ludmilla… Mais seulement voilà, si rien n’est terminé, cela signifie qu’on n’est toujours sûr de rien. Et notamment de la sécurité de nos lignes téléphoniques. Moi, il y a un truc qui me dérange dans tout ça et si Virginie n’en a pas fait mention, je suis bien certaine qu’elle aussi s’en est fait la remarque : comment est-on arrivé à Jérôme ? Pour le trouver, il fallait savoir que l’inspectrice Virginie Roncourt des services spéciaux du Ministère de l’Intérieur était sur le coup, que c’était elle qui avait procédé à l’interpellation d’Etienne Moza, d’Yves Toucheboeuf et d’Edouard Rouquet. L’efficacité de l’ennemi est particulièrement redoutable ; en quelques heures – peut-être moins – il a trouvé le bon moyen de mettre sur la touche la personne qui, manifestement, pilotait l’enquête autour de Liliane Rouquet. Comment ?...
Cet ennemi n’ignore pas depuis le début que Virginie Roncourt est mêlée à l’affaire Rouquet puisque Sarah et Gregor sont d’apparents transfuges de l’équipe qu’elle a mis en place autour de la patronne. Mais il ignore tout ce que Virginie garde pour elle ou partage seulement avec son supérieur direct. Jusqu’à ce qu’elle échange des messages avec moi ! Mon appel depuis l’habitation de Jérôme, rue de Luppé, a attiré l’attention de cet ennemi bien curieux sur cette adresse. Les textos, même brumeux, échangés à la gare Montparnasse et du côté de l’Assemblée Nationale leur ont apporté les informations qui ont conduit à la mise en œuvre de l’enlèvement. Si Roncourt pense que l’affaire est finie alors qu’elle se trouve à l’Assemblée Nationale c’est qu’elle a pincé Moza, Toucheboeuf et Rouquet en pleine réunion. Il faut donc agir pour la contrer. Et Jérôme devient une cible.
Cela veut dire que Virginie est bien connue de l’adversaire et que sa stratégie de rupture avec ses fonctions officielles n’est pas qu’un coup de tête destiné à protéger la réputation des services. Elle aussi vient de choisir de basculer dans la clandestinité. Plus de téléphone personnel, plus d’utilisation de son propre nom et sans doute qu’elle n’est pas rentrée à son propre domicile ce soir.
Cela veut dire aussi que mon propre téléphone portable, bien que récent, est déjà identifié comme appartenant à Fiona Toussaint. Mon premier élan est de m‘en débarrasser en le jetant dans la Seine. J’hésite à trois reprises et finalement, je décide d’en faire une arme d’intoxication de l’ennemi. Puisqu’il s’en sert pour me pister, ou tout au moins pour m’écouter, je vais lui donner mal à la tête.
Je commence par effacer toute trace de mes précédents messages, vide le répertoire (facile, il ne contient que deux numéros) et adresse ensuite 5 sms tous libellés de la même manière à 5 numéros totalement inconnus : « Ils mordent à l’hameçon. On peut foncer. F. ». J’interroge ensuite un annuaire téléphonique pour obtenir l’adresse d’un hôtel dans le quartier. Je sélectionne le plus proche, l’hôtel d’Orsay, rue de Lille, un cinq étoiles collant si peu à ce que je suis que cette simple idée me met en joie. Coup de fil. Reste-t-il une chambre ? Oui ?... J’arrive… Réservation à faire au nom de Françoise Noël. Je me perds un peu pour trouver la bonne rue et l’hôtel… J’entre. Le type de l’accueil me fait cracher un max. 600 euros pour deux nuits que je règle avec ma carte bleue personnelle. J’annonce soudain que j’ai oublié de prendre quelque chose dans ma voiture, je ressors et j’oublie de revenir. En revanche, je n’oublie pas de déposer mon téléphone portable dans ce que je vais appeler un pot de fleurs, faute de m’y connaître suffisamment en botanique, placé à l’entrée de l’hôtel.
Voilà. Renseignez-vous un peu, bande de dingues, et vous apprendrez que j’ai choisi le grand luxe pour me reposer de mes émotions… Tout en préparant une action visiblement planifiée de longue date. Si cela ne vous met pas la tête à l’envers pendant un bout de temps, alors j’aurais raté mon coup… Mais je suis sûre que vous allez vous demander qui est vraiment cette Fiona Toussaint et pourquoi elle ne se contente pas de pleurer la disparition de celle qu’elle appelle avec une certaine affection « la patronne ».


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MessageSujet: Re: Cristal de neige [Fiona 9 - terminé]   Dim 15 Juin 2014 - 20:02

- Je n’ai rien trouvé de particulier. C’est un tel bordel à l’intérieur qu’il est impossible de savoir s’il y a eu lutte. En tous cas, la serrure n’a pas été forcée mais ils sont peut-être entrés comme moi en la trafiquant élégamment. Seul truc étrange, il ne fait pas très chaud même si le chauffage électrique fonctionne.
- Donc, on n’a aucun moyen de savoir…
- Il faudrait interroger les gens du voisinage pour savoir s’ils ont vu ou entendu quelque chose… Par expérience, j’aurais tendance à dire que non… Dans ce coin, quand une personne âgée voit un truc un peu bizarre ou entend trop de bruit, elle téléphone à la police d’abord et elle réfléchit ensuite. Le mélange entre retraités et étudiants est souvent détonnant. Les gens qui sont venus ici sont des pros, pas de traces, pas de chambard… Tranquilles quoi…
- Si vous le permettez j’ai une idée que je voudrais vous soumettre. Je ne connais pas Jérôme Roncourt mais, de temps en temps, Fiona en parle. Vous savez comme le font tous les enseignants quand ils ont un gamin dans leur classe qui les désespère, ça commence toujours par « tu sais par la dernière de… ».
- C’est quoi votre idée ?
- C’est le genre à négliger ses études et à ne penser qu’au bien vivre. Aux filles surtout. La fac est fermée, qu’est-ce qu’il peut bien avoir à faire le soir sachant que déjà en temps normal il en fiche pas une rame ?
- Je ne sais pas… Aller au cinéma peut-être…
- Tout à fait. C’est en revanche un fondu de ciné… Nous sommes mardi… Enfin, nous étions mardi. Le jour où l’opérateur de téléphone Orange offre une deuxième place gratuite au cinéma à ses abonnés. Alors, même si ça caille dehors, il aura préféré sortir que rester chez lui, surtout si ça a du mal à chauffer. Entre une fille et un radiateur qui donne mal, je pense que Jérôme Roncourt préfèrera toujours la fille pour le réchauffer.
- Ce que vous essayez de me dire c’est qu’il n’a sans doute pas été enlevé chez lui mais ailleurs…
- Oui… Et qu’il n’est peut-être pas seul.
Effectivement, Jérôme n’était pas seul. Elle s’appelait Elise. Etudiante en biologie moléculaire. Une « tronche » blonde rencontrée à la gare en début d’après-midi et avec laquelle il avait passé des heures voluptueuses dans l’après-midi avant de se faire un McDo et de sortir au ciné.
Et si Arthur et Gabriel Louchet avait fait un tour de plus rue de Luppé, ils les auraient vus revenir tranquillement du centre-ville, serrés l’un contre l’autre comme deux tourtereaux frigorifiés mais bien décidés à trouver dans l’extase d’étreintes à venir le remède à cet hiver sibérien.

J’ai trouvé un taxi en bord de Seine et lui ai demandé de me conduire 35 boulevard d’Italie. J’ai terminé à pied jusqu’à cette habitation de le rue Toussaint-Féron où m’avaient été révélés les secrets de ma naissance et de ma petite enfance. Ce soir, tourneboulée par mes doutes, envahie de fatigue mais ayant surtout besoin de parler à quelqu’un, c’est là que j’ai choisi de porter mes pas. Comme on fait un pèlerinage pour retrouver la foi ou pour la consolider.
A près d’une heure du matin, je ne m’attendais pas à ce qu’on m’ouvre aussi vite. Mais mon nom craché dans l’interphone a fait un véritable miracle. Les serrures électroniques de protection se sont trouvées déverrouillées en un clin d’œil et la porte s’est ouverte sur une Lydie radieuse dans un peignoir satiné couleur ivoire de grande marque.
- Te revoilà enfin !...
Je l’embrasse comme dans un acte de repentance. Ce n’est certes pas elle qui m’a élevée dans mes premiers mois d’existence mais elle vit avec celui qui a veillé sur moi si longtemps et envers lequel j’ai été d’une ingratitude crasse.
- Il n’est pas là ?…
- Non… Il reviendra peut-être demain matin m’a-t-il dit… Des soucis ?
Je n’arrive pas sur le coup à savoir si c’est lui qui a des soucis ou si c’est moi.
- On les attire, dis-je avec fatalisme…
- Oui, mais on s’en sort… Le plus souvent… Tu viens dormir ?
- Oh oui… Revoir un peu de rose, ça va me faire du bien…

Boulevard de l’embouchure, le commissariat central de la police toulousaine vivait une nuit comme tant d’autres. Un ralenti de la journée. Sauf que le gel multipliait les accidents, que le grand froid augmentait le nombre des secours à apporter aux naufragés de la vie et que plusieurs personnes dans le grand Toulouse avaient été mises sous surveillance. L’excitation était donc différente d’une nuit ordinaire.
Gabriel Louchet conduisit Arthur dans son bureau, fit monter du café.
- Vous avez l’habitude de vous coucher tard je suppose dans votre boulot.
- Se coucher et réussir à s’endormir sont deux choses vraiment différentes. Je me couche tard et je m’endors encore plus tard… Donc, si vous craignez que je m’effondre, je peux vous rassurer, ça attendra encore un moment. Qu’est-ce que vous prévoyez maintenant ?
- Diffusion d’avis de recherche, mise en place de barrages sur les routes, dépouillement des vidéos de surveillance autour des cinémas selon votre suggestion… Et puis après attendre… Je vois mal ce qu’on pourrait faire d’autres. On n’a rien !...
- Et pour nos témoins ?
- Je préfère être à ma place plutôt qu’à celle de mes hommes qui planquent dans des voitures en bas de chez eux.
- Ils vous rendent compte régulièrement ?
- Toutes les deux heures… Pas à moi directement… Mais ici, à notre centre opérationnel…
- Votre fille a donc fait au moins un rapport depuis que je l’ai quittée ?
- Deux sans doute…
- Est-ce que je peux les voir ?
- Pourquoi ?... Qu’est-ce que vous avez en tête ?...
- Je ne sais pas… J’ai le sentiment que quelque chose ne colle pas dans ce que Virginie m’a raconté tout à l’heure… J’ai eu la même impression en rendant visite à Cathy Miramont.
- Vous voulez les rapports pour elle aussi ?
- Je veux bien… Et si j’osais abuser, tout ce que vous avez récolté depuis la fin d’après-midi.
- Vous avez souvent des intuitions comme ça ?...
- Même pas… C’est plutôt Fiona qui fonctionne comme ça… En creusant les sensations qui la mettent mal à l’aise jusqu’à ce qu’elle arrive à décrypter les signaux d’alerte que son esprit a lancé de lui-même.
- Vous auriez pu être flics tous les deux…
- Dieu m’en préserve… Déjà que je ne dors pas assez… Si je devais en plus me soucier de la sécurité de mes contemporains.


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MessageSujet: Re: Cristal de neige [Fiona 9 - terminé]   Dim 15 Juin 2014 - 20:07

A 2 heures 10, Arthur eut une sorte d’illumination. Il se redressa sur sa chaise, balaya du regard l’ensemble des feuilles imprimées devant lui et joignit les mains devant la bouche.
- Vous avez quelque chose ?
- Oui… Un truc un peu dingue au premier abord… Mais je suis sûr que c’est ça qui est la clé de tout.
- Expliquez !...
- Où sont tous ceux qui étaient dans le chalet ?
- Chez eux !...
- Où ont-ils passé la journée ?
- A travailler…
- Tous ?
- Sauf l’historien, Lacazi… Lui il est rentré sur Paris… Et évidemment Moza qui avait rendez-vous avec monsieur Rouquet comme vous l’avez appris au journal.
- Ils ont donc tous repris leur vie normale… Comme si rien ne s’était passé… Il n’y en a aucun qui a demandé à souffler un peu. Aucun qui n’est allé voir son toubib pour lui demander de l’arrêter un jour ou deux. Aucun qui n’a jugé bon de consulter un spécialiste pour évacuer les traumatismes psychologiques de ces derniers jours. Je sais bien que ce sont tous des cadres supérieurs habitués à bosser comme des dingues mais là quand même… Comme si rien ne s’était passé !... C’est un journaliste qui m’a dit ça à propos de Virginie : « elle a commandé sa salade comme tous les soirs »… Et c’est ça qui me pose problème. Comment peut-on revenir à l’ordinaire si vite ?
- Parce qu’on est habitué aux coups durs ?
- Vous y êtes habitués, vous ?... Vous voyez des collègues tomber, vous êtes le témoin des pires saloperies que l’humanité peut faire et vous vous y habituez ?… A la limite, vous vous forgez une carapace pour tenir le coup mais ça vous secoue quand même… Et si on vous propose de vous arrêter pour vous remettre d’aplomb, vous ne jouez pas au héros parce que vous savez que continuer c’est vous condamner à plus ou moins long terme. Eux, ils ne sont pas habitués à ça. Ils auraient dû s’effondrer. J’ai récupéré Fiona en miettes après différents événements survenus dans son existence. Elle m’a confié avoir pensé au moins une fois à mettre fin à ses jours tellement elle avait morflé. Jamais elle n’a été capable de se remettre à bosser avant une ou deux semaines… Et Fiona est dure au mal. Et Fiona adore son boulot… S’ils ont repris leur job c’est qu’il y a quelque chose qui les a dissuadés de s’arrêter. La peur !... Cette peur qui les a rendus paranos dans le chalet ne les a pas quittés. Ils sont toujours dans le même état de somnambulisme, avançant par habitude plus que par raison, mus par le sentiment qu’ils risquent de perdre leur place si je prends la direction du groupe. On a dû leur en remettre une bonne couche de cette frousse depuis leur libération. Ils vont donc bosser comme si rien n’était arrivé jusqu’à ce que quelque chose les libère… Et lorsque cette libération sera arrivée, alors seulement ils pourront s’effondrer.
- Quelle libération ?
- Ma mise hors course… Voilà ce qu’ils attendent tous pour respirer… Mon élimination… Je suis con… Je l’ai dit à plusieurs reprises, si j’avais été dans le chalet les choses ne se seraient pas déroulées de la même manière. On a choisi de viser Fiona parce que je n’étais pas là mais depuis le début l’objectif premier c’est moi… Celui qu’il faut abattre c’est moi.
- Que risquez-vous ? Vous êtes en sécurité ici.
- De m’effondrer sous vos yeux… Je pense qu’on m’a empoisonné ce soir… Un empoisonnement au tungstène. Planifié depuis plus d’une journée par une bande de cadres paumés et craignant pour leur petite place chérie… A la première occasion, se débarrasser de moi. Avec un truc qui ne laissera pas de traces trop visibles. Du tungstène, je suppose que vous voyez où ils l’ont trouvé…

Il neigeote sur Paris. Quelques flocons venus d’Allemagne à en croire le journal que je dévore dans la cuisine à défaut des tartines que Lydie m’a préparées mais que je suis incapable d’avaler.
Je me suis réveillée dans ma chambre tapissée de rose. Cassée, la bouche aigre, l’esprit confus mais finalement pas fâchée de ma décision de venir passer la nuit ici.
Ici j’ai l’impression d’être en sécurité. Ici j’ai l’impression qu’il ne peut plus rien m’arriver de mauvais. Ici j’ai enfin la possibilité de me reprendre et de me remettre les idées en place.
- Il vient de m’appeler. Il sera là dans un quart d’heure. Je lui ai dit que tu étais là…
- Qu’est-ce qu’il a dit ?
- Il a grogné… Mais je crois que c’était un grognement de satisfaction et de soulagement.

- Vous aviez raison, Arthur… On a trouvé des traces de tungstène dans vos urines, dans votre sang et à l’intérieur de votre estomac. Cela ne vous tuera pas mais vous allez devoir garder la chambre un bon moment pour subir des dialyses pour évacuer tout ça… La dose que vous avez ingérée n’était pas mortelle, preuve que votre empoisonneuse n’y connaissait rien…
Arthur se soulève sur un bras. La nuit a été courte. Depuis son admission en urgence à l’hôpital Purpan, il n’a dormi qu’environ deux heures… Et encore sous sédatifs. Penser que Cathy Miramont a voulu l’éliminer pour se donner une chance d’échapper à ce qui doit être son destin. Il trouve ça misérable et consternant.
- A propos, vous savez quoi ?... L’entreprise « Wood & Storm » m’a appelé pour me remercier de les avoir contactés.
- Vous aviez laissé un message ?
- Même pas…
- Alors c’est bon signe…
- C’est-à-dire ?
- Cette fois-ci, je crois qu’on peut dire qu’effectivement tout est fini…


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MessageSujet: Re: Cristal de neige [Fiona 9 - terminé]   Dim 15 Juin 2014 - 20:17

Le premier contact est empreint d’un silence pesant. Nos deux fiertés peinent à admettre qu’il faut faire le premier pas. Comme souvent, les choses se font de manière détournée et subtile.
- Tu as préféré finalement ne pas prendre ta chambre à l’hôtel d’Orsay ?
- Comment vous savez ça ?!...
- Je suis payé pour en savoir un peu plus que la moyenne de nos compatriotes.
- Vous m’écoutez ?...
- On te lit aussi…
Il est hilare alors que je suis consternée. Décidément, nos caractères ne trouveront jamais à véritablement s’accorder. Et je me condamnerai à ce vouvoiement cérémonieux que j’ai si longtemps rêvé de remplacer per un tutoiement de confiance. Mais comment avoir confiance dans un tel bonhomme ?
- Fiona, il faut que je te dise pourquoi j’ai découché cette nuit… A 3h12, au milieu de nulle part, j’ai commandé l’assaut d’un refuge des Pyrénées ariégeoises dans lequel était séquestrée Liliane Rouquet. Les trois hommes qui la gardaient ont malheureusement été abattus lors de l’assaut mais l’essentiel est qu’elle soit saine et sauve. Secouée mais saine et sauve.
- Comment saviez-vous où elle était ?
- Tu poses des questions auxquelles je ne peux pas répondre. Que fais-tu du secret défense ?
- Colonel !... Pas à moi !...
- Pourquoi dirais-je des choses à une ingrate qui m’a effacé de mon passé et boycotté de son présent ?
- Ce n’est pas vrai… Je n’ai rien effacé…
Ma réaction vive est sincère mais je ne peux que reconnaître qu’il a quand même largement raison. C’est moi qui ai coupé les ponts.
- C’est tellement compliqué nos relations… A chaque fois que j’y pense, je me traite moi aussi d’ingrate… Mais je ne peux pas vivre cette existence de mensonge, de dissimulation en permanence… Je ne peux pas reconnaître pour père quelqu’un qui pourra demain recevoir l’ordre de m’abattre si je dérange un peu trop le pouvoir en place quel qu’il soit.
- Comme tu y vas !...
- Disons pour être plus mesurée, quelqu’un qui a plusieurs reprises m’a manipulée pour tirer de moi des services qu’il aurait pu me demander directement.
- Nous y voilà !... Mademoiselle n’aime pas être manipulée…
- Sauf par mon époux et dans certaines circonstances seulement.
Cette fois-ci, c’est moi qui blague… Et l’évocation de mes rapports amoureux avec Arthur le met mal à l’aise. Pour lui, quoi qu’il puisse en dire, je suis toujours cette môme de quelques mois qu’il a recueillie chez lui et dont il a surveillé ensuite à distance l’enfance et l’adolescence.
- Alors ?... Qu’est-ce que vous êtes venus faire dans cette histoire ?
- Je suis désolé, je ne peux pas te le dire… A la limite, je peux te dire que ton amie Virginie Roncourt a été interceptée ce matin à Roissy avant qu’elle embarque pour Toulouse.
- Interceptée ?... Mais pourquoi ?... Elle partait sauver son frère…
- Son frère Jérôme va très bien. Je pense qu’il a fait des galipettes toute la nuit avec une brillante étudiante en biologie et que ça va changer sa vie.
- Attends !... Qu’est-ce que tu essayes de me dire là ?!... Que Jérôme n’a jamais été enlevé…
- Et qu’on lui a mis entre les pattes une fille à nous qui semble avoir goûté cette rencontre au-delà de ce que prévoyait sa mission. Si j’en crois le rapport téléphonique qu’elle a pu m’en faire tout à l’heure.
- Mais c’est encore vous qui tiriez toutes les ficelles dans cette histoire ?...
- Toutes les ficelles j’aurais bien aimé… Mais il y en avait trop, alors on a bien été obligé d’en couper certaines pour libérer quelques marionnettes qui sont comme ça parties à la dérive. Pour pouvoir libérer madame Rouquet cette nuit, il était indispensable que l’ennemi soit persuadé qu’il avait pris le dessus. Donc, intervention du ministre, ultimatum pour Jérôme Roncourt… Toute la bande du commissaire Renaudet mise sur la touche. Ce sont des bons mais ils jouent quand même en division inférieure par rapport à nous.
- Si j’arrive à comprendre à travers tous les rideaux de fumée que vous tirez, vous avez regardé toute cette histoire se monter puis se faire en sachant qu’à un moment donné il faudrait intervenir. J’en reviens toujours à mon credo de base : pourquoi manipuler quand il serait si simple d’empêcher tout dès le début ?
- Pour le plaisir de voir comment tu vas te débrouiller… C’est toujours un régal… Nouvelle tête, nouvelle identité, fuite en train, nouveau téléphone… Tu te démènes avec tes armes à toi qui sont la logique, l’intelligence et la persévérance. C’est toujours un grand moment de joie et de fraîcheur dans ma vie.
- Et après on s’étonne que je passe mon temps à me trouver naïve !...
- Bien sûr que tu es naïve… Mais tu n’es pas que ça… Et si je pouvais tout te raconter, tu verrais que tu nous a bien aidés en plusieurs occasions en perturbant les plans trop bien écrits de l’ennemi…
- Si je pouvais tout te raconter… C’est pratique ça… Et qu’est-ce qu’il faudrait pour que vous acceptiez de tout me raconter ?
- Que tu veuilles bien admettre que cette vie d’aventures te botte autant que celle plus pantouflarde de prof d’université. Que l’adrénaline te manque au bout d’un moment et que tu te lances avec délectation dans tous les défis au risque de faire valdinguer ton statut, ta renommée et même ta vie de famille. Que là où d’autres aiment les sudokus ou le Rubik’s cube pour se casser la tête, toi tu raffoles des projets tordus de types givrés qui pensent qu’ils vont pouvoir faire chavirer le pays dans le sens qui leur convient…
- Vous voulez que j’admette ça ?... Mais c’est n’importe quoi…
- Fiona, tu n’aimes pas les mensonges. Comment oses-tu me mentir ainsi ?... En plus c’est à toi que tu mens le plus. Parce que moi je sais bien ce qu’il se passe dans ta petite tête à la chevelure si changeante. Tu as besoin de cesser d’être Fiona Toussaint pour la redevenir pleinement ensuite. Tu te cherches parce que tu oscilles entre ces deux personnalités. Il te suffirait d’accepter que tu es ces deux entités, que tu es comme ça depuis toujours et que c’est une richesse au lieu d’être un drame permanent.
Que je me mente sur ce coup-là, je ne peux que le reconnaître dans mon for intérieur. Oui, je jubile quand je mets en place un stratagème pour me tirer d’un coup dur. Oui, j’adore endosser ces identités multiples, me composer une autre personnalité tout en gardant la mienne bien au chaud tout au fond de mon esprit comme une bouée en cas de coup dur. Oui, oui, oui !!!
- J’ai besoin de toi, ajoute le colonel en dardant vers moi un regard sans équivoque. Telle que tu es… Avec cette richesse de savoirs, cette capacité à analyser et à construire. Cela fait deux ans que j’essaye de te le faire comprendre mais toi tu refuses de l’entendre. Tête dure comme ta mère. Elle a préféré s’enterrer dans un monastère plutôt que d’accepter qu’elle pouvait continuer à servir son pays.
- Des femmes comme moi, il y en a des tas… Prenez Virginie Roncourt !... Voilà quelqu’un qui a toutes les qualités pour barbouzer… Moi je n’ai pas de souffle, je ne sais pas tirer avec un flingue et je suis incapable de cogner la première.
- Je ne te demande pas cela… Juste de reconnaître que cette vie pourrait te plaire…
- Bon, admettons… Oui, cette vie peut me convenir… De temps en temps… Et oui, j’admets que je m’amuse comme une petite folle à me planquer sous des trains, à balancer des valises sur des quais et à réserver des chambres d’hôtel dans lesquels je ne vais même pas dormir. Et même à comprendre comment une tueuse, ancienne gymnaste, a pu me filer sous le nez pliée en quatre dans une énorme valise. Voilà, vous êtes content ?!...

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MessageSujet: Re: Cristal de neige [Fiona 9 - terminé]   Dim 15 Juin 2014 - 20:24

Le colonel, toujours debout à trois mètres de la table, termine enfin le parcours jusqu’à moi, pose sa main épaisse sur mon épaule seulement protégée par le pyjama en satin que Lydie m’a passé. Ce contact, simple et franc, me débloque tout à fait. Il a confiance en moi et qu’est-ce que je lui donne en échange ? Ce qui est le pire à mes yeux. Une profonde mauvaise foi.
- Oui, colonel Jacquiers… J’en ai honte mais j’adore ça… Mais de là à l’accepter…
- On doit accepter ce qu’on est et combattre ce qu’on n’est pas. Sur ce point précis, tu n’as rien à combattre.
Il s’assoit à table, se verse une rasade de café noir et fait main basse sur « mes » tartines. Cette posture de petit-déjeuneur précautionneux dans ses gestes lui donne une attitude de vieux sage qui m’impressionne. Bien sûr qu’il a raison… Et depuis le début !... Il ne pouvait pas venir me trouver à 20 ans et me raconter ce qu’étaient mes origines réelles. Il ne pouvait pas débarquer dans ma vie à 28 ans pour m’expliquer pourquoi l’héritage des Rinchard me revenait de droit. Et je lui en voudrais encore s’il n’avait pas été le gardien vigilant des miens pendant que je me baladais dans Paris sous l’identité fantasmatique de Louise Cardinal.
- Tout ce qui est arrivé ne viendra jamais au grand jour, reprend-il. C’est trop nauséabond et trop lourd pour que le pays puisse le comprendre. Trois affaires se sont trouvées entremêlées de manière inextricable. Une privée, une économique et une politique. Tu t’es retrouvée au cœur des trois soit pour toi-même, soit à cause d’Arthur… Mais Arthur c’est toi aussi puisqu’Arthur c’est la moitié de ta fortune.
- La privée c’est la relation entre une mère et son fils, l’économique c’est la vente du groupe de La Garonne, la politique c’est la candidature Rouquet à la présidentielle. Jusque là je crois que j’ai compris.
- Je n’en doute pas… A un détail près… L’Elysée ne veut pas de la candidature Rouquet. Sous aucun prétexte.
- Pourquoi ?... Cela pourrait prendre des voix à gauche.
- Pas tant que ça… Mais ça pourrait surtout faire gagner le Président…
- Comment ça ?!... Quand on se présente à une élection c’est pour la gagner, non ? Surtout lui !
- Il s’imagine plus en sauveur, en recours… Il sait très bien qu’il est impopulaire dans une grande partie de l’opinion et qu’il fera un deuxième quinquennat au plancher en matière de sondage. Or il a besoin d’être aimé comme tous les animaux politiques. Il sait aussi que les mesures prises pour éviter la contagion de la crise financière ont épuisé durablement les finances de l’Etat. On ne peut plus rien faire sans passer par des mesures d’assainissement drastiques et qui vont mal passer dans le pays. Autant que ce soit la gauche qui les prenne et qui en souffre, que l’extrême-droite monte et que ses dauphins se déchirent en se tirant dans les pattes. Et un peu avant 2017, il deviendra le recours… Celui que tout le monde sera bien content d‘aller rechercher.
- C’était ça votre mission ?... Décider de ce que serait le résultat de la présidentielle.
- Pas exactement… Disons plutôt qu’il s’agissait d’éviter que ça ne tourne au détriment du pays… Derrière l’argent qu’on promettait à Edouard Rouquet, il y a une puissance montante, capable de se payer des folies comme mettre à la tête d’un pays l’homme qu’elle aura choisi. Un pantin ! Ni Sarko, ni Hollande ne sont des pantins. Ce qu’ils sont devenus, quelles que soient leurs éventuelles compromissions ponctuelles, aura été obtenu en s’imposant aux autres, en se créant des obligés pour les accompagner et les porter jusqu’aux marches du palais. Rouquet aurait été un obligé… Un obligé de Tourcheboeuf, de Moza et de cette puissance asiatique. S’il avait réussi, le Président aurait certes été battu selon ses désirs mais au détriment de l’indépendance du pays… et ça c’était inacceptable.
- Woaw !... On était tous à côté de la plaque !...
- Pas si loin quand même.
- Rouquet était mouillé jusqu’à quel niveau dans ces magouilles ?
- Aux orteils… Lui c’est le ravi de la crèche !... Toucheboeuf est le vrai cerveau. C’est lui qui a trouvé les hommes pour orchestrer toute cette embrouille. Et il les a trouvés où ?... Aux Kerguelen !...
- C’est quoi les Kerguelen ?
- Des îles de l’océan Indien…
- Je sais bien… Je veux dire qu’est-ce qu’il y a là-bas ?...
- Notre Guantanamo à nous… Si je te dis que les gens qui ont déclenché l’avalanche, séquestré madame Rouquet et fait quelques autres misères à tes proches avant de tomber les armes à la main cette nuit s’appellent Roche, Minois ou Isnard, ça te rappelle des bons souvenirs je suppose…
- Ah oui… Beaucoup de mauvais surtout… Toucheboeuf a réussi à les faire évader de là-bas ?
- Même pas… Il a obtenu leur élargissement il y a trois mois en arguant auprès du ministre de je ne sais quel service signalé rendu quand Rouquet était en poste à la sécurité intérieure. Officiellement, ils étaient réinsérés dans le tourisme en montagne. Pratique non pour préparer leur coup…
- En résumé. Toucheboeuf voulait l’Elysée pour son mentor et Moza le journal. Pour que cela se réalise il fallait apporter beaucoup d’argent à Rouquet mais un argent dont on ne puisse pas deviner la provenance. Moza représentait officiellement un groupe d’investisseurs diversifiés mais derrière lesquels en grattant plus ou moins on aurait découvert cette fameuse puissance. Mais ils voulaient tuer madame Rouquet ou pas ?
- C’est là que tu les as perturbés. Faute de pouvoir introduire des hommes à eux dans le chalet, ils ont acheté les dénommés Gregor et Sarah, menacé la cuisinière en disant qu’ils s’en prendraient à ses gosses si elle ne faisait pas ce qu’ils demandaient. A la faveur de ce séjour en montagne, ils comptaient éliminer en une seule fois toutes les têtes du groupe pour pouvoir placer les leurs… Toutes sauf Moza qui devait, sous un prétexte ou un autre, disparaître avant le tragique accident.
- L’avalanche…
- Les deux plus visés étaient évidemment Liliane Rouquet et Arthur…
- Sauf qu’Arthur n’y est pas allé et que c’est moi qui y étant les ai… per… tur… bés… Oh non ! Non ! Surtout ne me dites pas ça !... Ne me dites pas que c’est vous qui avez rendu Corélia malade juste pour qu’Arthur n’y aille pas et pour qu’ils se coltinent une chieuse à laquelle ils n’étaient pas préparés.
- Quoi que je te dise, tu n’apprécieras pas. Pense juste à ce qui se serait passé si Arthur était allé là-bas… Tu y serais allée aussi… L’avalanche aurait déferlé et nous ne serions pas là pour en discuter. Pour Rouquet et Lacazi, ce week-end « de travail » avait pour but de saper l’autorité de la patronne et d’Arthur qui menaçait de donner un nouvel élan au groupe et de le rendre d’une certaine manière invendable. Pour Moza et sa clique, c’était une opération à la Attila. Rien ne devait pouvoir repousser une fois l’avalanche passée. A partir du moment où Arthur n’a pas été présent, la stratégie Rouquet-Lacazi s’est concentrée contre toi. Tu devais servir de repoussoir : « regardez déjà comment est sa femme, alors imaginez ce que ce sera en plus avec le mari ».
- Oh j’ai bien senti que tout le monde avait du mal à m’encadrer… Même dans les sourires ou les mots gentils, il y avait des kilos de sournoiserie mal dissimulés. Je poursuis le raisonnement si vous permettez, colonel… Chez Moza, l’idée a évolué vers une variante de la précédente. Eliminer tout le monde avec l’avalanche… Sauf Arthur qui serait détruit par moi… Parce que je serais la seule à avoir échappé au drame. On sait que je me lève tôt, que je ne prends pas de petit-déjeuner… D’une manière ou d’une autre, on me fera sortir pour échapper à l’avalanche.
- Une rescapée ne fait pas une coupable, Fiona.
Comment peut-il me dire cela ?

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MessageSujet: Re: Cristal de neige [Fiona 9 - terminé]   Dim 15 Juin 2014 - 20:28

- Mais il y a des choses qu’on me collera sur le dos… L’autopsie des victimes qui montrera qu’ils avaient tous été drogués, la pendaison suspecte de la cuisinière et peut-être même, car cela devait être déjà dans le projet initial, le meurtre du garde du corps. Et à qui profite le crime… A Arthur Maurel, le mari de la rescapée. Ca ne fait pas une preuve mais cela constitue un mobile.
- Ton destin a basculé parce que tu t’es posé les bonnes questions au bon moment et parce que tu as pensé aux autres avant de penser à toi-même. Tu as réveillé tout le monde, tu as sauvé ceux qui pouvaient l’être encore… Et j’irai même plus loin, tu as sauvé Arthur parce que tu as su t’enfuir. Car si tu étais restée, les différents témoignages contre toi, les preuves fabriquées, auraient amené les gendarmes à te foutre en taule et à s’en féliciter chaudement par communiqué. Là, ils ne pouvaient pas se vanter d’avoir laissé filer une femme simplement parce qu’ils avaient oublié de lui prendre ses clés de bagnole.
- Pourquoi ils n’ont pas laissé Liliane Rouquet dans le chalet ? Elle aussi, il suffisait de la droguer et c’était fini.
- A ton avis ?
- C’était peut-être un moyen supplémentaire de tenir le fils.
- Pas bête… Développe…
- En droit, on ne peut hériter pleinement que lorsqu’on a la preuve absolue du décès. C’est ce qui pose problème lorsqu’il y a de simples « disparus » comme dans les naufrages. On aurait retrouvé le corps dans quelques jours, à quelque distance du chalet. Une femme hébétée qui aurait tourné seule dans la montagne et qui finalement se serait laissée mourir faute de savoir comment redescendre dans la vallée. Pendant ces journées pénibles, on aurait pu travailler le fils au corps pour qu’il promette ou qu’il signe quelques documents pouvant un jour être compromettants pour lui.
- Ou ?
- On pouvait toujours la faire revenir dans le jeu au besoin… Une dernière fois… Pour finir d’écarter Arthur… Moyennant quoi, elle pouvait s’éteindre ensuite paisiblement chez elle victime de l’âge et de la fatigue occasionnée par une longue errance en montagne.
- Conclusion ?
- Heureusement que vous étiez là…
Ca m’arrache un peu la langue de le reconnaître.
- Depuis le début, vous suiviez toute l’affaire ?
- Oui… J’ai essayé d’écarter le projet monté par Renaudet et Virginie Roncourt mais ce bougre de commissaire est un teigneux et, si on s’entend plutôt bien, il souffre d’un complexe d’infériorité à notre égard. Il voulait nous montrer que ces hommes valaient les nôtres.
- Il a parfaitement raison. Vous sécrétez avec autant d’efficacité les héros et les pourris…
- Etonne-toi que je préfère recruter des héroïnes !
Recruter. Il ne s’agit plus seulement d’admettre qu’on aime faire. C’est d’engagement qu’il me parle.
- Vous êtes sérieux, mon colonel ?
- Parfaitement sérieux ! Nous avons dans notre cellule de sécurité besoin de personnes suffisamment connues pour ne jamais être suspectées de quoi que ce soit. Ce ne sont pas de véritables espions ou agents de terrain, mais ce sont des personnes qui nous rendent de gros services parce qu’ils ont foi en ce pour quoi nous combattons. Regarde ta copine Hélène…
Il ne m’avait jamais dit aussi nettement jusque là qu’Hélène bossait pour lui. Certes, mes mésaventures pendant le tournage du film de Duplan sur Richelieu m’avait montré une Hélène aux comportements parfois étranges et une complicité avérée avec le colonel mais cela pouvait juste être de l’ordre du service ponctuel.
- D’ailleurs, elle n’ira pas enregistrer son prochain album aux Etats-Unis mais à Londres… Histoire que tu puisses l’accompagner sans lui claquer entre les doigts au dernier moment à cause de l’avion.
- Cela signifie que vous comptez sur moi pour une… mission… en juillet.
- Qu’est-ce que tu préfères ? Partir dans l’ignorance des choses et tout découvrir à la fin ? Ou savoir pour une fois dans quoi tu mets les pieds.
- Savoir dans quoi je mets les pieds… Des fois que ce serait encore de la neige !... Où est-ce qu’on signe, mon papa ?...

FIN

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MessageSujet: Re: Cristal de neige [Fiona 9 - terminé]   Mer 18 Juin 2014 - 10:43

POSTFACE

A chaque fois que je termine de coucher sur le papier le récit de ces tranches de vie si spéciales, j’enterre mes gros cahiers de 196 pages derrière les bouquins de ma bibliothèque et ils n’en sortent plus.
Pourtant, aujourd’hui, alors que nous venons de porter en terre Liliane Rouquet, je fais une exception en revenant sur ces journées terribles et glaciales. Avec le recul, je me rends compte que non, décidément non, tout n’était pas fini. Cette affaire a eu bien des conséquences encore que je ne peux pas ne pas mentionner d’une manière ou d’une autre.
Liliane Rouquet ne jouait pas la comédie lorsqu’elle évoquait ses problèmes de mémoire. Elle est revenue de sa détention dans un refuge de haute montagne pyrénéen profondément affectée par les événements. Dans un premier temps, elle a semblé surmonter la crise avec la même énergie et les mêmes convictions qu’avant. Cela n’a été qu’un feu de paille jusqu’au printemps où a commencé un éprouvant et effrayant déclin. Elle n’a bientôt plus été capable de gérer le groupe de La Garonne et Arthur, conformément à ses volontés, a pris le relais. A se demander si la patronne n’avait pas grillé ses ultimes forces le temps d’assurer la transition.
Edouard Rouquet a eu beau faire tempêter ses avocats, il n’a rien eu de ce qu’il voulait absolument, à savoir la possession du groupe de presse. Il n’a obtenu que des biens financiers et immobiliers secondaires, ce qui faisait l’orgueil de la famille Rouquet passant entre des mains étrangères mais jugées seules capables de maintenir sa pérennité. Pour essayer de clore nos contentieux avec lui, nous avons acheté le domaine des Blés d’or dans le Lauragais que nous envisageons de transformer en une maison de l’histoire du Languedoc. Un projet parmi tant d’autres au milieu de deux existences désormais plus que remplies.
Les autres protagonistes de la sordide affaire du chalet maudit ont connu des destinées souvent contraires. Dorval, de son véritable nom Gilbert Grandin, a été cueilli à son domicile dès le 8 février au matin et incarcéré pour faits de délinquance en col blanc. Comme elle l’avait annoncé à Arthur, Cathy Miramont n’est pas allée en prison ; elle s’est empoisonnée – sans ratage cette fois-ci – à son domicile après avoir compris qu’Arthur avait survécu à sa tentative désespérée de le faire taire. Virginie Saint-Lazare a gardé sa place de rédactrice en chef pendant quelques mois avant de se voir proposer la direction de l’ensemble audiovisuel du groupe. Nos relations sont restées difficiles et le fait de savoir qu’Arthur la fréquente souvent excite en moi une jalousie et une incompréhension fort désagréable.
Il me le rend bien à propos de Vladimir Lacazi que j’aurais bien fait pendre par les pieds si j’en avais eu le pouvoir. Sauf que j’avais promis de lui rendre un service aussi important que celui qu’il m’avait rendue alors que je m’étais allongée dans la neige pour ne plus me relever. On le voit moins à la télévision, on ne l’entend plus à la radio, mais il continue à écrire… Et je me fais un devoir de l’éreinter systématiquement dans mes propres articles. Ce qui est de ma part le signe d’une évidente considération…
Je n’ai aucune nouvelle de Sarah qui doit être partie croupir aux Kerguelen. Une destination qui ne pourra que lui rappeler par son climat les lieux de ses funestes « exploits ». Je regrette juste que son Etienne Moza ne l’ait pas accompagnée là-bas. A dire vrai, je n’ai aucune idée de l’endroit où cette enflure peut se trouver. Le colonel Jacquiers m’affirme que sa trace a été perdue dans l’heure qui a suivi sa libération dans la nuit du 7 au 8 février 2012. A-t-il été liquidé ou s’est-il lui-même suicidé sans que son corps n’ait été retrouvé. Avec une ironie un peu spéciale, je trouverais cela juste normal : il aurait enfin mis sa situation en conformité avec son histoire personnelle fantasmée.
Yves Toucheboeuf ne s’est pas représenté aux élections législatives de 2012. Il en a été dissuadé par d’« amicales pressions » comme on dit. Il est parti mener, à la place de faire campagne, un voyage d’étude en Asie pour le compte de l’Assemblée Nationale dont il semble avoir oublié de revenir.
Et je ne voudrais pas clore ce complément aux accents forcément un peu nécrologiques, sans évoquer les victimes de cette affaire, ceux qui – contrairement à Arthur qui s’est sauvé lui-même d’une mort assurée à quelques jours de distance – ont eu le malheur d’être au mauvais endroit au mauvais moment. La cuisinière Blandine a été enterrée dans le caveau familial de Léguevin une semaine après la fin des travaux de déblaiement du chalet. Nous avons décidé avec Arthur de bloquer une somme pour aider à l’éducation de ses deux filles. Volonté un peu dérisoire au regard de la perte qu’elles ont subie mais cela me paraissait la moindre des choses à faire. Quant à Bénédicte, l’étudiante en physique retrouvée dans le hangar, il semble qu’elle n’ait été amenée là et exécutée que pour permettre à Sarah d’apparaître comme ayant été ma victime. Le plus consternant c’est que nous n’avons pas été capables de déterminer d’où sortait cette Bénédicte.
On le voit, cette affaire n’a toujours pas livré tous ses secrets et ne les livrera sans doute jamais. Comme l’inspecteur Louchet l’avait dit à Arthur, cette farce nauséabonde est rapidement passée aux oubliettes. Ses protagonistes n’en ont plus que le souvenir d’un cauchemar de cinq jours, entre neige et verglas, entre nausées et éclats. La neige finit toujours par fondre, pas sûr que certains souvenirs arrivent aussi facilement à se dissoudre dans l’acide du temps.

Ah, au fait, Jérôme Roncourt est toujours avec sa biologiste. Ils ne parlent pas encore de mariage mais c’est tout comme, ce qui ravit Virginie mais l’inquiète quant à sa propre incapacité à trouver l’homme de sa vie. Moi je l’ai trouvé et, consciente que j’aurais fort bien pu le perdre sur ce coup-là, je me le bichonne… Du moins, tant que je ne suis pas occupée à sauver la nation…

Toulouse, le 13 septembre 2013


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Cristal de neige [Fiona 9 - terminé]
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