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 Le lexicalf à la portée de tous. Tome 2

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Vic Taurugaux



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MessageSujet: Re: Le lexicalf à la portée de tous. Tome 2   Sam 25 Jan 2014 - 11:54

Tocard : n.m 

Arbre-têtard parisien. On connaissait déjà tous ces innombrables et charmants noms d'oiseaux avec lesquels les automobilistes parisiens s'interpellaient ; on ignorait encore que des arbres puissent être également jeter à la figure du quidam au prétexte " qu'il devrait avancer sa chiotte ! »

Dans son délicat ouvrage paru en 1919, le jeune parisien Marcel Proust écrit :
« Mais, Madame Swann, ayant appris d'un ami qu'elle vénérait le mot tocard – lequel lui avait ouvert de nouveaux horizons, parce qu'il désignait précisément les choses que quelques années auparavant elles avait trouvées chic."
Proust, A l'ombre des jeunes filles en fleurs.

Ainsi, la poésie frappe-t-elle toujours à votre huis, au moyen d'un vocabulaire arboré dont les différents termes vous renvoient à différentes essences comme si la Culture, son arborescence langagière, ne pouvait s'étayer que sur des éléments de la Nature.

Gravez votre nom dans un arbre
Qui poussera jusqu'au nadir.
Un arbre vaut mieux que le marbre
Car on y voit les noms grandir.

Cocteau, Vocabulaire.

A l'heure où, pour mieux répondre au postulat qui édicte désormais qu'une bonne flambée équivaut au même rejet en particules fines dans l'atmosphère qu'un diesel effectuant 3500 kilomètres nos amis parisiens devraient se priver de l'alchimie d'un bon feu de bois générateur de convivialité au creux de leurs chaumines au profit de leurs incessants déplacements, leur rapport aux arbres s'est encore complexifié. Ici, l'on voudrait bien voir fleurir le chèvrefeuille entre des pavés disjoints, là on emprisonne dans quelque «  Jardin des Plantes » sous différents taxons latins des spécimens qui poussent encore à l'état sauvage entre les tombes du Père Lachaise.

La ville ignore les gaulis, se moque des baliveaux, des lais propres à repeupler de jeunes futaies, à dessiner les haies, elle préfère importer artificiellement dans l'austérité de sa bibliothèque de verre, une forêt entière arrachée à son terroir, utiliser des chênes centenaires, des pins séculiers pour agrémenter et distraire le caprice d'un prince et la vue de ses administrés. Elle oublie par là que ses premières cathédrales n'étaient que l'imitation grossière des frondaisons celtiques, et fait des ombrageux platanes, les prétentieux piliers de ses boulevards haussmanniens.

Je vous le dis ici tout de go, les Parigots sont des têtes de veaux. Énormes crânes mais ne pensant à rien, quand se prévalant de toutes leurs universités, de leurs académies, palais, ministères et autres panthéons, ces bureaucrates dédaignent par trop la sève provinciale qui pourtant les nourrit. Selon un grand nombre de ces orgueilleux, les patois n'auraient à franchir leur périphérique. Aux Tuileries, place Vendôme, le bon usage de la langue du XVIIIe siècle y ridiculisait le parler paysan avant que leur République jacobine ne décréta incorrects sur tout le territoire tous les dialectes franco-romans. Edmond Edmond pouvait toujours pédaler tout son soûl, l’Éducation Nationale à coups de férule éradiquait de la bouche de nos pious-pious tout roulement intempestif des r, toute nasalité dans les voyelles, tout e final trop appuyé. Et, sans doute, la poésie de notre langue aurait-elle disparue s'il n'y avait eu les arbres et leurs innombrables vocables.

En effet, ces végétaux possèdent de puissantes racines qui les relient tous à leurs multiples pays. Et, si ce n'était le gâtisme du Président Mitterrand et de son épouvantable bibliothèque soi-disant nationale, aussi l'industrie honteuse des jardineries, les bois, les fourrés, les bocages demeureraient là où la Nature les aurait semer. Seuls, essaimeraient alentour des taillis, les pollens, les glands, toutes sortes de graines et aussi un peu plus loin les petits noms indigènes qui désignent et différencient tous nos grands ligneux. Car ils existent autant de chênes que de patois, autant de charmes que de dialectes, autant de tilleuls que d'idiomes.

Lors de l'aménagement médiéval de nos campagnes, des forêts furent éclaircies, des champs créés et délimités au moyen de haies sculptées selon des principes savants d'émondage à hauteur d'homme. Du coup, au fil des ans, les arbustes qui les composaient, privés régulièrement de leur branchage pour mieux alimenter l'âtre d'une chaumière voisine, voyaient l'extrémité supérieure de leur tronc grossir, les faisant ressembler de plus en plus et de façon troublante à des silhouettes humaines, à des sentinelles à drôles de figures, des trognes vous diraient les gens de Perche, des tousses selon les picards, des halots fantomatiques pour ces trouillards de flamands. Car ces surnoms demeuraient locaux et ne voyageaient guère plus que ces « menhirs de bois " bretons dont les ragosses se veulent toujours les sobriquets.

Les mots, les jolis mots, demeurent accrochés à leur terroir bien plus qu'on n'y pense. Surtout quand ils désignent des objets peu porter sur le voyage. Quoi de plus sédentaire en effet qu'un arbre qui souhaite tout plutôt que de monter à Paris. C'est pourquoi, amis des langages paysans, méfiez-vous de l'accent pointu des messieurs de la Capitale, xylophobes quand ils rejettent extra-muros leurs bois du côté de Vincennes ou de Boulogne. Là, fleurissent au milieu des champs, des haies qu'il ne s'agit que de franchir, sur leur pourtour également des pistes où l'on parie que le meilleur est non le cheval qui traîne ou qui laboure, mais bien plus celui qui fuit le plus rapidement.

A choisir pour la gueule de leur atmosphère, les Parisiens optent pour l'exode effréné, pathétique et quotidien sur leur périphérique en place de la quiétude de leurs foyers. Voyez-les ruminer leur solitude au volant de leurs vaniteuses automobiles et où seule leur auto-radio y pleure encore la complainte du tocard à jamais disparu de l'impasse Florimont.
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Tryskel
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MessageSujet: Re: Le lexicalf à la portée de tous. Tome 2   Sam 25 Jan 2014 - 16:38

Quoi que parisienne d'origine, je salue la lucidité de cet article concernant l'absurdité qui consiste à déboiser nos campagnes pour verdir la capitale, et l'arrogance tueuse de savoureux parler locaux, y compris le "parisien" langue des faubourgs jugée vulgaire et chassée des lambris des classes.

Recevez le salut d'une Trogne/ Ragosse (j'ignore le terme usité dans le parler nantais) s'épanouissant sur une île de saint Sébastien sur Loire:
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Scapinocchio de la Mancha

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MessageSujet: Re: Le lexicalf à la portée de tous. Tome 2   Dim 26 Jan 2014 - 0:08

Tryskel a écrit:


Ouah la gueule de la trogne ! On dirait un visage hurlant de Gernica.

*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*
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gérard hocquet

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MessageSujet: Re: Le lexicalf à la portée de tous. Tome 2   Lun 27 Jan 2014 - 18:15

...pour continuer d'illustrer la trogne et autre tocard :

une trogne de charme peu charmante, plutôt envoûtante :



une trogne de chêne, mal rasée :



un trognon ou trogne moribonde :



une trogne en transe :



une trogne chenille :



un rang de trognes en marche : pompes à eau, peignes à vent : le sixième a été mené pour en faire du bois d'oeuvre.



une trogne ordinaire, patibulaire mais presque :

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kate100fin
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MessageSujet: Re: Le lexicalf à la portée de tous. Tome 2   Lun 27 Jan 2014 - 22:41

J'en ai rencontré une sympathique aussi :

T'as vu Vic, on dirait pas mais je participe...
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blue note

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MessageSujet: Re: Le lexicalf à la portée de tous. Tome 2   Mar 28 Jan 2014 - 0:28

Fabuleuses, ces trognes ! je n'aurais pas reconnu un charme dans la 1ère photo. Ceux que je vois habituellement sont bien peignés et rasés de près...
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Romane
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MessageSujet: Re: Le lexicalf à la portée de tous. Tome 2   Mar 28 Jan 2014 - 2:00

Peuple de trognes... A la fois magique, impressionnant, inquiétant, rassurant, merveilleux...

*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*
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Vic Taurugaux

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MessageSujet: Re: Le lexicalf à la portée de tous. Tome 2   Mar 28 Jan 2014 - 10:48

Trogne : n .f.

Avez-vous déjà entendu parler de dérivation régressive ? Non ! Je m'en doutais. C'est, bande d'ignares, que vous ne vous intéressez pas suffisamment à la science étymologique. Pierre Guiraud, à qui l'on doit plusieurs ouvrages, qui sur l'argot, qui sur les gros mots, qui sur le français populaire, atteste que trogne serait une dérivation régressive de l'ancien verbe estroigner, issu lui-même du latin extortionare : extraire en tordant. La dérivation régressive décrirait la naissance d'un mot nouveau à partir d'un ancien et dont on en aurait extirpé une partie : ici le préfixe e. On nomme également une dérivation régressive, une dérivation inverse. Mais, prenons, si vous le voulez bien le problème dans l'autre sens.

Au début était le verbe latin truncare : tronquer. Qui donna l'ancien verbe tronchier, d'où un participe passé tronqué puis tronc, c'est à dire ébranché. Car une dérivation lexicale (ou propre, c'est à dire l'inverse de l'inverse) ajouta à ce radical un préfixe pour permettre en 1276 estroncher, puis en 1326 estronner tandis qu'une dérivation régressive ébranchait en 1393 ce même préfixe pour donner le trongnon. Puis le n surnuméraire fut également émondé, c'est à dire nettoyé du radical afin que ce dernier perde son caractère immonde. Mundus, le monde désignait en effet chez les latins la « parure » car, tout comme le Kosmos grec, le mundus était d'abord un concept esthétique. Il s'agit toujours et en effet pour chacun de paraître dans le « beau monde ».
Exemple :
On voyait Mus, un peu plus bas, qui émondait une vigne grimpante. Choisissant avec soin le rejet nuisible, le sarment fatigué, il faisait claquer son gros sécateur d'un air compétent et sans hâte.
Henri Bosco, un rameau de la nuit.

Donc, ce qui est trognon, c'est ce qui est chou. Ce à qui, on a enlevé le superflu, l'excentrique, (les branches, les feuilles, les cheveux) pour n'en conserver que l'essentiel. Dans la plupart de nos langues, ce végétal, base de notre nourriture, se compose uniquement d'un radical délesté de tout affixe. Kaulos en grec, caulis en latin, Khol en allemand, col en espagnol. Ce met ancien est uniquement paré de vertus gastronomiques, médicinales, etc.
Du chou, ses propriétés digestives : le chou est un légume qui surpasse tous les autres : mangez-le soit cuit, soit cru ; si vous le mangez cru, faites-le macérer dans le vinaigre ; il fait digérer merveilleusement, fait du bien au ventre et l'urine en est bonne pour tout. Si vous voulez dans un banquet boire beaucoup et manger avec appétit, avant le repas, mangez-en cru, tant que vous voudrez, dans du vinaigre, et aussi après le repas, mangez-en environ cinq feuilles : il vous produira l'effet de n'avoir rien mangé et vous boirez tant que vous voudrez...
Caton l'Ancien , De l'Agriculture.

Voilà donc un peu pourquoi, dès 1624, le mot trogne se mit à désigner également la figure rubiconde d'un gros mangeur, d'un buveur dont la mine aurait un peu dérivé.

Comment ça, c'est tiré par les cheveux?
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Scapinocchio de la Mancha

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MessageSujet: Re: Le lexicalf à la portée de tous. Tome 2   Mar 28 Jan 2014 - 11:34

D'ailleurs chez nous, on ne dit pas "T'as vu ta trogne ?" mais on dit "T'as vu ta tronche ?"
Ou on ne dit rien, ça dépend du gabarit du mec.

De l'insulte "sale tronche" à l'insulte "tranche de cake", c'est une dérivation quoi, maître ?

*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*
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gérard hocquet

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MessageSujet: Re: Le lexicalf à la portée de tous. Tome 2   Mar 28 Jan 2014 - 12:57

C'est trop chou ces histoires de mots.
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filo

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MessageSujet: Re: Le lexicalf à la portée de tous. Tome 2   Mar 28 Jan 2014 - 14:02

L'évocation du chou n'était-elle pas superflue, alors que le trognon de pomme a été oublié ? Tsss Vic !

*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*
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Romane
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MessageSujet: Re: Le lexicalf à la portée de tous. Tome 2   Mar 28 Jan 2014 - 17:42

filo a écrit:
L'évocation du chou n'était-elle pas superflue, alors que le trognon de pomme a été oublié ? Tsss Vic !
Voudrais-tu insinuer par là qu'Adam et Eve ont donné jour à un garçon ? Le genre masculin est décidément très cap bourrut'.

*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*
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Tryskel
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MessageSujet: Re: Le lexicalf à la portée de tous. Tome 2   Mar 28 Jan 2014 - 18:04

kate100fin a écrit:
J'en ai rencontré une sympathique aussi :

T'as vu Vic, on dirait pas mais je participe...

Fantastique.

Vic, le parcours est savoureux!
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Vic Taurugaux

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MessageSujet: Re: Le lexicalf à la portée de tous. Tome 2   Mar 4 Fév 2014 - 11:01

Xénisme : n.m.
Je viens de vous trouver un mot pour le Scrabble, dites-donc ! Attention ! C'est un mot français, parce qu'au Scrabble, les mots étrangers sont interdits. Aussi, les xénismes mais pas le mot xénisme. Ne soyons pas xénophobes. Le xénisme, c'est comme qui dirait un pérégrinisme. Sauf que si ce dernier s'emploie plutôt pour un seul mot, le xénisme pourra désigner une tournure, une expression entière.

It is in the pocket ! par exemple que vous pouvez traduire en anglais par : you've got it made ! On dirait de l'anglais mais c'est une expression typiquement française. Remarquez, les Britanniques font de même. Ils disent tennis pour se montrer fair-play. Alors que ce mot désormais sportif est un pérégrinisme de l'interjection de chez nous : tenez. Là, c'est un exemple sur le papier, car lors d'un dernier crunch, vous n'avez vu aucun joueur français donner la balle à l'anglais !
Bon, alors, un autre exemple : il s'en fiche comme de l'an quarante. Voilà, une remarque que l'on penserait historique. C'est un xénisme arabe. Un truc de reubeu pas civilisé du tout. L'an quarante ici est une altération d'alcoran : le Coran. C'est une étymologie populaire.

Les mots migrent d'une langue à l'autre, d'un sens à l'autre par dissimilation. Par modification phonétique subie par un son au contact de son voisin, contigu ou non. C'est le contraire de l'assimilation qui a plutôt tendance à écraser les phonèmes. Je ne sais pas devenant chais pas. Seulement, ça, c'est un truc franchouillard. Vous dites chais pas à un anglophone, vous ne l'aidez pas beaucoup à vous comprendre. Normalement, face à un étranger, il est de bon ton d'articuler.

En droit romain, un pérégrin n'est pas, à franchement parler, un citoyen. Je ne dis pas qu'on lui jette des cailloux, on le tolère, mais on voit bien que ce n'est pas un gars d'ici. Plutôt de passage. A la rigueur, on lui délivre une carte de séjour. Seulement, on ne sait pas trop d'où il est. C'est important les origines. Pour l'identité. Il existait des rapaces, des faucons pour être précis, dont on ne trouvait jamais les nids. C'est pour ça que les savants les ont appelés les faucons pélégrins.

Donc, un pélégrin, vous m'aurez compris, c'est un étranger. Qui doit être traité comme tel. A moins qu'il ne vienne chez nous pour une mission louable. Divine par exemple. Pieuse. Car à ce moment-là, on pourrait l'appeler pèlerin. Par dissimilation, s'entend. On pourrait le loger. Il existe des gîtes d'étapes pour eux portant un blason: un lion d'or. La plupart des voyageurs ignorent le pourquoi de cet animal peint. Alors qu'il n'y a qu'à lire l'indication: ici, l'y on dort. C'est bien aussi, les pèlerinages. Les gens reviennent sur leurs origines. C'est mieux que des pérégrinations Dieu sait où.

Enfin, je vous dis tout cela, mais les gens vont où ils veulent. Tous, nomades ou sédentaires, ne sont que de passage ici-bas. L'important, demeure le chemin.

Peregrine en caminos
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MessageSujet: Re: Le lexicalf à la portée de tous. Tome 2   Mar 4 Fév 2014 - 13:23

J'ai entendu une autre version de l'explication de l'an quarante : l'année 1740 a été une très mauvaise année de récolte à cause du froid. La France a échappé à la famine grâce à des importations et l'expression : "on s'en moque comme de l'an quarante" serait une réponse à ceux qui s'étalent sur des histoires anciennes.
Comment avoir une certitude là-dessus ?
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Vic Taurugaux

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MessageSujet: Re: Le lexicalf à la portée de tous. Tome 2   Mar 4 Fév 2014 - 14:51

gérard hocquet a écrit:

Comment avoir une certitude là-dessus ?

Pourquoi tant de doutes? Sur le lexicalf, il s'agit juste de me croire ...
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blue note

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MessageSujet: Re: Le lexicalf à la portée de tous. Tome 2   Mer 5 Fév 2014 - 0:30

Hé bien, on veut croire en toi, ô maître Vic...
J'ai appris un mot ce soir, ce n'est pas si courant.
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MessageSujet: Re: Le lexicalf à la portée de tous. Tome 2   Mer 5 Fév 2014 - 2:03

La Pérégrine aurait bien une troisième version de "L'An 40" celle que lui contait sa maman, et qu'elle écoutait, mais elle n'a jamais sucé son pouce, et n'oserai marcher sur les brisées de Maître Vic, en en rajoutant une couche!  Chuuttt 

Ceci n'est pas une Pérégrine, il semblerait que les récits de pèlerinage et/ou de errance ignore l'espèce féminine, censée rester à la maison pour garder le foyer, s'occuper des enfants, et être à la disposition de l'époux, père des enfants et maître de la maisonnée.
Cependant, l'objet a voyagé dans le sac de la Pérégrine depuis Santiago De Compostella.


Ceci est un objet touristique, hé oui, déplorons que le Pèlerinage soit devenu commercial, encore que:" devenu" est peut être un peu abusif, il l'a très tôt été, la Foi est une bonne raison de distribuer ses deniers.
Objet d'un goût que l'on peut trouver discutable, il semble (impression de Pérégrine) que l'Espagne soit volontiers productrice de choses fort kitch, mais nul n'est contraint de les acquérir.
Pourtant, la Pérégrine l'a fait, elle voulait trace de son passage.
Ceci est une chope. Ho la pérégrine sait fort bien qu'il est bien plus must de nos jours de dire "Mug", mais elle reste attachée à ce terme populaire. Maître Vic quand il aura quelques loisirs lexicalfiens, ne manquera pas de nous éclairer sur ce mot et sa famille: chope, chopine, choper...

Vous pouvez constater sur la photo que le Pérégrino marche vers Thot l'Ibis, dieu égyptien des scribes et des poètes, donc fort à sa place sur le bureau de la Pérégrine.

Voici le Pérégrino Soy, an solo:


Et pour justifier l'objet, la Pérégrine se fait un devoir d'accomplir los Pérégrino de Caminos de Santiago, pédibus, le seul vrai chemin se fait à pied! Certes, elle n'est pas arrivée, mais bon pied, bon Camino!

Et les lecteurs de Tolkien, connaissent tous "Pérégrine Touque"

Merci maître Vic d'avoir cheminé quelques mots avec la Pérégrine.
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MessageSujet: Re: Le lexicalf à la portée de tous. Tome 2   Mer 5 Fév 2014 - 13:20

Je n'irai pas jusqu'à te croire, juste jusqu'à accepter la version de l'an 40 que tu cites comme une des explications plausibles.
Ce qui m'importe en fait dans cette histoire est moins sa vérité historique dont je me fiche comme d'une guigne, que le phénomène collectif qui conduit à reprendre une expression sortie d'on ne sait où ni quand pour la répandre, la développer, la faire entrer dans le langage commun et ce, pendant des siècles.
Il y a comme une mouvance de la conscience collective qui permet l'adoption d'une expression, parfois d'une attitude, d'une mode, d'une pensée pour les rendre partagées par une majorité et avec lesquelles parfois, on a du mal à prendre de la distance et quand on la prend et les conteste, on se retrouve écrasé, balayé par leur force (ex : JAURES).
Et une de mes questions est de savoir s'il existe des "faiseurs d'opinion" ou "d'expression" capables de manipuler les masses, quels sont les ressorts de leur méthode et comment en briser l'élan ? De cela je ne me moquerais pas comme du premier bonnet de nuit de ma grand mère.
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Vic Taurugaux

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MessageSujet: Re: Le lexicalf à la portée de tous. Tome 2   Mer 5 Fév 2014 - 15:16

Ici, je vous parle de la langue. Pas des gens. Je vous explique comment les mots, les expressions migrent selon des processus phonétiques, d'une sonorité à l'autre, d'un sens à l'autre. Le sens des mots se disséminent d'un à l'autre à l'intérieur d'une langue, par entrechoquements avec d'autres selon une alchimie linguistique qui n'a d'autre logique que celle qu'on observe. Pourquoi l'an quarante viendrait d'alcoran plutôt que d'une autre anecdote? Pourquoi tel pollen s'est-il dirigé dans tel sens plutôt que dans tel autre? Vous me direz: le vent. Sans doute, c'est à cause du vent que telles graminées se retrouvent ici plutôt que là. Ce serait une explication. Insuffisante. On voit bien par cette image que la cause est multifactorielle.
Alors, l'idée que des gens, des faiseurs d'opinions, maîtriseraient nos parlers. Ce serait plutôt l'inverse ...

Maintenant, ce n'est qu'une hypothèse ...
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Vic Taurugaux

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MessageSujet: Re: Le lexicalf à la portée de tous. Tome 2   Ven 7 Fév 2014 - 10:55

Papa: n.m.

Plus encore que maman, mot affectueux, papa est un nom appellatif. On murmure maman. On appelle papa. Dans les langues à déclinaisons, le vocatif sert à cela. Le mot est décliné, on entend alors par sa légère déformation finale qu'il sert à appeler, à interpeller directement une personne.
Ainsi, en corse, pour appeler quelqu'un, vous devez tronquer son nom juste après l'accent tonique. Pour héler Dumenicu, vous dites : o Dumè.  Pour Pasquale : o Pasquà, etc.
Mais le français n'est pas une langue à déclinaison. Cependant, plus votre père est loin, plus vous l’appellerez fort en insistant toniquement sur la deuxième syllabe. Papà ! Ça sonne comme un ordre : Papà ! Viens ici ! Alors que dans Pàpa ? On entend : Pàpa ? T'es où ?

Papa est un appellatif précurseur de tu. Il entame une phrase dans laquelle le locuteur s'adresse à un tiers. Car maman n'est pas à proprement parlé un tiers. Pas tout à fait. Elle est une personne à la lisière entre moi et non-moi. Alors que papa est beaucoup moins flou. Plus loin. Papa c'est toi quand maman, c'est encore nous. Il existe même des gens qui vouvoient leur père ! C'est dire la distance !

En français africain, on utilise le mot papa pour interpeller un monsieur déjà mûr, qui suscite le respect tel papa Wemba.

Papa Wemba est un musicien congolais qui avait un père chasseur. C'est à dire lointain. Par contre, sa maman était pleureuse. Il l'accompagnait partout. Dans toutes les cérémonies funéraires auxquelles elle était demandée. Les pleurs de la maman de Papa Wemba avaient vocation à relier encore un temps le défunt à sa famille. Pour atténuer la séparation. Un peu comme la musique. C'est sans doute pour cela que Papa Wemba est devenu musicien plutôt que journaliste ou avocat comme le souhaitait son père. Papa Wemba est dit papa dès son plus jeune âge car il est le fils aîné de sa maman. Elle lui doit le respect. Elle lui apprend le chant.

Appellatifs sont également en musique, les sons entre lesquels il y a une affinité. On les dit aussi attractifs, car ils semblent s'attirer, s'appeler mutuellement.  

Donc, pour mieux comprendre le mot papa, entendez respirer papa,  ici ou [url= http://papawemba.info/]là.[/url]
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auteur008

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MessageSujet: Re: Le lexicalf à la portée de tous. Tome 2   Ven 7 Fév 2014 - 12:04

Bonjour,
C'est très instructif, tes rubriques.
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Romane
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MessageSujet: Re: Le lexicalf à la portée de tous. Tome 2   Ven 7 Fév 2014 - 12:47

Le hasard veut que tu sois passé du chemin au papa.  Ange

*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*
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gérard hocquet

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MessageSujet: Re: Le lexicalf à la portée de tous. Tome 2   Ven 7 Fév 2014 - 14:11

"ici, je parle de notre langue, pas des gens."
ex : papa.
Désolé, Vic, mais à travers la langue, tu parles des gens et de leurs modes relationnels.
Mais quand je me questionnais sur la façon des gens de colporter des choses, je ne te demandais pas forcément une réponse dans ce Lexicalf. C'était juste pour causer.

Pas, pas à pas, papa, passe-passe, pas le temps, t'en fais pas, papa, le temps passe, passion, pas tout le temps, tant pis la casse, casser la pipe, sans piper mot, un peu plié, comme papier, papier mâché, moitié fâché, papier, papillon, ripaillons, sans bailler, sans papiers, sans crayons, cent crayons à papier, pour piller le pathos, habiller le patio, déciller le papi, les papilles éveiller, passer le temps, papa, pas à pas, passer le pas, pas tout seul, attends-moi.
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Vic Taurugaux

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MessageSujet: Re: Le lexicalf à la portée de tous. Tome 2   Ven 7 Fév 2014 - 15:11

gérard hocquet a écrit:
"ici, je parle de notre langue, pas des gens."
ex : papa.
 

Je parle de la façon dont les gens parlent ...
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Romane
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MessageSujet: Re: Le lexicalf à la portée de tous. Tome 2   Ven 7 Fév 2014 - 15:31

Si tous les gens du monde se taisaient tout à coup, pensez-vous qu'ils prendraient leur revanche en prenant faisant tourner tous les appareils électro-ménagers, moteurs de voiture, tondeuses, et tout et tout ?
C'est la question existentielle du jour  mdr

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Le lexicalf à la portée de tous. Tome 2
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