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 La facilité

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Vivor
Scribouilleur infernal
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MessageSujet: La facilité   Dim 25 Nov 2012 - 12:33

Quand on écrit en français, la facilité consiste à se servir de mots bouche-trou qui prétendent tout dire et finalement ne disent pas grand'chose.
Par exemple, aujourd'hui, on emploie le mot "gérer" à toutes les sauces. On gère tout, jusqu'à ses sentiments, jusqu'à sa façon de se tenir sur sa chaise percée.
De même, clivage, mot ridicule entre tous, car il igore les détails de ses nombreux analogiques qui, eux, signifient quelque chose de précis.
Revenons à gérer.
On gère uniquement son budget.
Pour le reste :
- On administre un bien, un patrimoine.
- On agence, on approprie, on distribue un bureau, une chambre, une pièce d'une maison.
- On assume ses responsabilités.
- On commande à ses passions.
- On conduit, on ordonne ses affaires.
- On dirige une entreprise, sa maison.
- On gouverne son personnel.
- On maîtrise une situation.
- On mène son train de vie, sa barque.
- On régit son domaine.
- On règle sa dépense.
- On dispense ses tâches.

Les nuances sont là pour entretenir la richesse de la langue. Les ignorer, c'est contribuer à son appauvrissement.
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MBS

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MessageSujet: Re: La facilité   Dim 25 Nov 2012 - 13:37

Oh que je souscris à tout cela, Vivor... Des deux mains et même des pieds si ça pouvait avoir du poids...

La perte rapide de richesse de la langue, on peut vraiment la mesurer (même si de tous temps, on a toujours trouvé que les jeunes faisaient les choses moins bien que les anciens). Trois exemples datant de la semaine qui se termine.
- je passe un reportage de TF1 sur le 13 mai 1958. Il contient des expressions comme "onction du suffrage universel" (lien : http://www.ina.fr/histoire-et-conflits/epoques/video/CAA88018517/le-13-mai-1958.fr.html) mais c'est une reportage diffusé en 1988 !... Cela ne veut pas dire que tout le monde comprenait mais il y avait une exigence sur la langue et pas une limitation à 200 mots.
- je fais travailler sur une une de journal. Une élève m'interpelle : "Monsieur, ça ne veux rien dire !". Moi : "Qu'est-ce qui ne veut rien dire ?". Elle : "Le climat ça peut pas accoucher d'une souris". Elle ne connaît pas l'expression et elle ne peut même pas reconstituer le sens imagé qu'elle contient. Pour finir, la phrase exacte était "la conférence sur le climat a accouché d'une souris"... Il y avait un retour à la ligne après le "sur" ; elle n'avait donc même pas lu la phrase entière.
- il reste une vingtaine de minutes avant l'heure de rendez-vous au bus pour rentrer du salon Infosup sur l'orientation. Un élève de première s'approche et me demande s'il a le temps de retourner à l'intérieur car il voudrait revoir un processus. Il doit voir que mon visage est intrigué par cette demande car il me demande si je sais ce qu'est un processus (vous remarquez bien, c'est moi qui suis supposé ne pas comprendre). Moi j'imagine qu'il a vu un truc sur le stand d'établissements professionnels industriels. Il ajoute alors "c'est juste récupérer un papier"... Un processus industriel sur un papier ?... M'ouais... Pourquoi pas ? Mais je finis par comprendre... Il ne parle pas d'un processus mais d'un prospectus !!!

Ajoutons à cela les difficultés des élèves de Littérature et société à comprendre le sens d'un sketch du Théâtre de Bouvard avec Michelle Bernier et Mimie Mathy (ils trouvent ça si difficile qu'ils pensent que c'est moi qui l'ai écrit).

Et voilà... Parmi les nombreuses causes aux difficultés de compréhension entre les personnes (profs et élèves notamment), il y a cette fracture de la langue qui s'accroît. Non pas qu'elle n'ait pas toujours existée mais la langue à copier aujourd'hui n'est pas celle du maître mais des médias.


Dernière édition par MBS le Dim 25 Nov 2012 - 15:30, édité 1 fois
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Vivor
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MessageSujet: Re: La facilité   Dim 25 Nov 2012 - 14:10

Prospectus, processus, pas mal ! Quant à la souris, je lui aurais répondu plaisamment qu'en effet, ce sont les montagnes qui en accouchent et non le climat wakeup
La maman de mes filleules, qui est prof agrégée de philo à Pau, me transmet régulièrement les prouesses de ses élèves à l'époque du bac. Et ce n'est pas piqué des hannetons...
Dans mon bahut, un internat français à l'étranger, pur et dur, soumis à un règlement draconien, ou mes parents avaient tenu à m'envoyer, passé le premier trimestre de la sixième, si nous écrivions "après qu'il soit parti" dans une rédac, c'étaient quatre points en moins. Récidive, toujours les quatre points, mais un coup de pompe au cul pour assaisonnement. Est-ce que j'irai me plaindre de cette sévérité ? Franchement, est-ce qu'avoir bûché sérieusement pendant sept ans, de 1996 à 2003, m'a traumatisé ? Allons, allons, je vois bien avec les parents de mes filleules que lorsque la volonté et la responsabilité parentales s'exercent à plein, on fait du bon boulot, et ce n'est pas l'aînée qui s'en plaindra, elle qui connaît par coeur une douzaine de fables de La Fontaine, grâce à papa (et aussi un peu à parrain) qui les lui a apprises.
Hélas, je connais aussi des parents qui tiennent ce genre de discours : "chez nous, on ne lit pas, ça sert à rien". Sic.
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MBS

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MessageSujet: Re: La facilité   Dim 25 Nov 2012 - 14:29

Il y a un terme de géographie que je voulais placer dans ma précédente intervention et que j'ai oublié. C'est le mot "fragmentation". On parle de fragmentation spatiale ou socio-spatiale pour désigner l'écart qui se fait entre des espaces pourtant proches (et qui donnent les fameux "quartiers", là encore bel exemple de détournement du sens d'un mot par les médias). Ce dont nous parlons s'apparenterait à une fragmentation culturelle. Il y a eu un temps où celle-ci s'est résorbée, notamment grâce à l'école (on va dire jusqu'aux années 80)... mais désormais, on sent que la maîtrise imparfaite de la langue condamne irrémédiablement des catégories entières d'élèves (et donc d'adultes futurs) à ne pas s'en sortir. Oh, bien sûr qu'avant, tout le monde ne pouvait imaginer entrer à la Sorbonne ou dans un IUT d'électro-quelquechose mais on ne faisait pas miroiter ça comme étant possible (c'était "si tu travailles bien et beaucoup"). Aujourd'hui, pour les élèves qui ont des idées, tu n'en reviens pas de l'écart existant entre leurs prétentions et le monde réel (les futurs pilotes d'avion qui ont 7 en maths ; les journalistes qui font dix fautes par ligne...). Le fait que tout se fasse facilement (les passages) n'arme absolument pas face aux difficultés (c'est le problème que je suis en train d'essayer - sans illusion - de règler avec la classe dont je suis professeur principal... ils disent qu'ils travaillent mais franchement ça ne se voit pas). Ceux qui viennent d'un milieu déjà cultivé s'en sortiront parce qu'ils ont souvent une ouverture d'esprit, une curiosité et un rapport différent à l'écrit ; pour les autres, dans les circonstances actuelles, c'est déjà largement fichu en sixième. A. ne me disait-elle pas hier : "A quoi ça sert de corriger des copies désormais ? Les bons restent bons, les moyens moyens et les mauvais ne s'améliorent pas. On ferait un devoir en septembre, ça suffirait." Terrible sentiment de frustration et de fatalité.
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Romane
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MessageSujet: Re: La facilité   Dim 25 Nov 2012 - 15:19

Ben dis donc.... Tu sais, quand je pense à ce que tu racontes ici, mais qui se vérifie malheureusement partout sur le terrain dès que tu causes à des jeunes, je crois que le monde a du souci à se faire quant à son fonctionnement dans les années à venir (tu cites très justement certaines professions qui seront exercées par ces futurs adultes effrayants par la limite de leurs capacités)...

*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*
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MessageSujet: Re: La facilité   Dim 25 Nov 2012 - 15:28

Si j'osais, j'inviterais bien Vivor et MBS dans le lexicalf...
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MBS

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MessageSujet: Re: La facilité   Dim 25 Nov 2012 - 15:35

J'entends souvent à la radio un chroniqueur qui cherche le pire de la télé... Ca donne des petits extraits d'émissions de type télé-réalité des chaînes de la TNT... Et tu te dis quelle misère cette langue dans laquelle les expressions deviennent n'importe quoi genre "il n'y a plus que la peau sur les veaux"... tout en remarquant que les élèves ne parlent pas comme ça... Eh bien maintenant si... C'est le double effet QuiSeCoule : tu parles mal parce que tu ne lis pas ; tu parles mal parce que tu répètes ce que tu entends à la télé ou à la radio sans savoir que ce sont des expressions incorrectes.
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JoK
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MessageSujet: Re: La facilité   Dim 25 Nov 2012 - 15:43

Vic Taurugaux a écrit:
Si j'osais, j'inviterais bien Vivor et MBS dans le lexicalf...

C'est pas possible ! Vous n'utilisez pas la même version de Microsoft Word... tong spc
Je te soupçonne fortement de fainéantise, toi !! À moins que ça ne soit de la feignantise, tiens...
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Vivor
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MessageSujet: Re: La facilité   Dim 25 Nov 2012 - 15:46

Bon sang, ce que ton message respire la lassitude et la résignation ! Je te comprends... Dire que j'ai voulu être prof. Je me suis ravisé ensuite devant l'énormité d'une tâche qui me proposait cette image dissuasive, un tonneau des Danaïdes. Je me suis donc tourné vers d'autres cieux, plus solitaires et plus libres.
Une réflexion plus poussée nous conduirait discursivement à une double interrogation : sommes-nous condamnés à étouffer nos aptitudes naturelles sous la nécessité de pourvoir aux indispensables besoins alimentaires ? Si non, n'avons-nous que l'alternative de mourir de faim pour faire fleurir notre jardin ou de plier l'échine devant les exigences d'une société essentiellement pratique ? Ensuite, je me demanderais si la permissivité, le laxisme, l'absence de valeurs universelles ne servent pas les ambitions précisément de ce système tourné vers le matérialisme le plus dur. Voilà les questions qui me taraudent, et je n'ai pour réponse qu'un haussement d'épaules désabusé assorti de cet adage : "là où la chèvre est attachée il faut qu'elle broute".
Quel monde pour demain ? Celui de la fatalité attachée à la radicalisation d'une société argentière où ne surnage que l'appétit à assouvir immédiatement ? N'y a-t-il plus de place pour l'abstraction, la poésie, l'invention, la création, en un mot le génie humain ? Pourquoi n'avons-nous plus de Mozart, de Debussy ? Parce que le langage musical a été épuisé, ou parce que nous vivons la fin d'un cycle immuable ? Est-il possible de défrayer une autre voie ? Si oui, laquelle, et comment y parvenir, quand tout s'acharne à maintenir le plus grand nombre dans une dépendance de plus en plus asservissante ?
Eh oui, MBS, ma cervelle est le tantale de ces questions...
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MBS

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MessageSujet: Re: La facilité   Dim 25 Nov 2012 - 15:59

Ni las, ni résigné... Seulement réaliste et désireux de comprendre les problèmes pour les combattre (Don Quichotte pas mort !). Mais je pense que l'attitude parfois largement soulignée des profs (certains seulement, je peux en témoigner) consistant à se contenter de faire et refaire des cours de manière immuable trouve là sa source. Il ne faut pas aller chercher bien loin : tu dis les mêmes choses pendant des années et tu ne vois rien bouger. Forcément, quand les élèves comprennent (s'ils comprennent), ils ne sont plus avec toi. Alors, oui, envie de mettre de grands coups de pied dans la fourmilière, de mettre un peu d'ordre (ce qui ne veut pas dire de verrouiller le truc, chacun doit pouvoir garder sa personnalité) pour qu'il y ait des exigences communes fortes, qu'on se dise qu'on prépare à plus tard et ne pas remettre justement à plus tard la résolution de problèmes qui seront alors devenus sans solution. Sortir du principe de l'immédiateté qui fait que tout doit avoir un effet tout de suite. Et le comble, pour en revenir au titre de ce fil, c'est que ce n'est pas forcément plus difficile de faire ainsi. Il faut juste un peu plus de courage de la part de tout le monde.

Sur ce, je retourne au remplissage de mes bulletins. J'ai de la chance, je n'ai pas un chef d'établissement qui rale s'il y a trop de notes au-dessous de la moyenne (enfin, je crois... c'est un nouveau...)
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MessageSujet: Re: La facilité   Dim 25 Nov 2012 - 16:05

Citation :
Mais je pense que l'attitude parfois largement soulignée des profs (certains seulement, je peux en témoigner) consistant à se contenter de faire et refaire des cours de manière immuable trouve là sa source. Il ne faut pas aller chercher bien loin : tu dis les mêmes choses pendant des années et tu ne vois rien bouger
.

Je ne sais plus si je l'ai déjà raconté, mais tout ça me rappelle furieusement un prof d'histoire au collège de ma ville, que ses élèves appelaient à juste titre "copié-collé". Il a passé tout son temps de prof à copier-coller d'une année sur l'autre ses cours, et pire : les sujets des contrôles.
Notoirement connu dans la cour du collège, vous pensez bien que les meilleurs élèves de l'année précédente ont monnayé leurs contrôle auprès des nouveaux.... Et cela sur plein d'années.

Il n'a pas l'air épuisé, maintenant qu'il est à la retraite.

*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*
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MessageSujet: Re: La facilité   Dim 25 Nov 2012 - 16:17

Sans doute mais ce n'est pas faire les cours ou les sujets qui épuise dans le métier. J'ai fait l'expérience de donner cette année un sujet sur deux déjà posé l'année passée et avec le corrigé toujours en ligne sur mon site (et le sélèves sachant tout cela). Qu'est-ce qu'il s'est passé ?... Une petite minorité est allée les voir et les travailler. Les autres n'en ont pas profité. Donc l'épuisement il vient de ça... Même quand tu leur donnes tout (j'ai encore fait l'expérience avec les secondes cette semaine) ça n'imprime pas ("quelle critique pouvez-vous faire concernant la ligne qui sépare le spays du Nord et les pays du Sud ?" -> "elle n'est pas droite !"). L'épuisement est dans la tête, dans les corps mais pas dans la préparation.
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Vivor
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MessageSujet: Re: La facilité   Dim 25 Nov 2012 - 16:25

Tout cela ne se résumerait-il pas à cette question : le terme "motivation" a-t-il encore un sens ?
Je pense que oui. Lisez plutôt la rédaction d'Aurélia, ma filleule aînée, il y a deux ans de cela (elle avait donc neuf ans), sans correction d'un adulte, par ses seules ressources :


Rédaction, Aurélia 9 ans, fin de CM1

Sujet : je raconte ma plus grande peur.

Où est ma sœur ?

Je me relève toute tremblante, je suis en nage. Je viens de faire un cauchemar. Je vais rapidement vérifier si ma sœur est toujours dans son lit. Elle n'y est pas ! Je commence à fouiller sa chambre, mais je me rends vite compte que j'aurais du voir plus grand. Mais avant de fouiller la maison, je dois réveiller mes parents. Zut ils sont encore au cinéma. Je regarde l'heure dans la cuisine : 23h11 !! Bon je commence par le salon : rien. Je n'ai pas plus de succès avec la chambre d'amis. Rien dans le bureau. Idem pour le garage. A la fin il ne reste plus que ma chambre. Je m'y attelle. Je ne trouve rien jusqu'à ce que je jette un œil vers mon clic-clac et qui est-ce que je vois ? Ma sœur !! Miléva !! J'ai failli crier. En tous cas je l'ai réveillée ! Elle se met à hurler !!! Quand elle s'est calmée je la raccompagne au lit. Clac la porte s'est ouverte : les parents ! Je me retiens de leur sauter au cou. Je prends ma montre il est 01h48 minutes. Le lendemain matin je lui fais tout expliquer, elle avait eu très peur du monstre à trois pattes. Alors elle est venue me voir, elle comptait me réveiller, mais elle n'avait pas réussi. Elle s'est donc installée dans le clic-clac. Fin.
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MessageSujet: Re: La facilité   Dim 25 Nov 2012 - 16:29

Si j'osais ce raccourci. Dix ans de droite au pouvoir ont tué l'idée de motivation à l'école. Mon premier stage de formation pour jeunes profs c'était "travailler autrement". Le mot de motivation, on ne l'entend plus nulle part... Et les élèves qui ne l'étaient pas forcément beaucoup avant ne le sont plus du tout (sauf rares exceptions)
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MessageSujet: Re: La facilité   Dim 25 Nov 2012 - 16:31

Mais ça ne veut rien dire, "travailler autrement". Il faut définir de manière précise ce qu'on entend par-là...
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MessageSujet: Re: La facilité   Dim 25 Nov 2012 - 16:49

Petite explication de texte. On est au début des années 2000. Les jeunes profs de cette époque ont essentiellement eu des profs qui débitaient du cours d'Histoire (et parfois de Géo) au mètre avec l'idée qu'il fallait que tout ce qui était dans le bouquin se retrouve dans la tête de leurs élèves. Donc pour ces jeunes profs, faire cours c'est ça. Travailler autrement cela revenait donc à leur dire qu'on pouvait demander aux élèves de bosser par eux-mêmes, de produire, de réaliser, d'inventer... Bref, de se passionner pour leurs cours et de ne pas y voir que le simple moyen d'avoir une note au bout en regurgitant un truc appris et pas compris. Donc, je proposais la réalisation de fichiers (au sens non informatique de l'époque) sur une période donnée, de journaux historiques, de se placer à la tête d'une région pour l'administrer, donc de passer par du concret pour motiver les troupes. Chose étrange, depuis quelques mois, l'idée qu'il faut une pédagogie axée sur des projets motivants réapparaît. De là ma constatation introductive de tout à l'heure.
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MessageSujet: Re: La facilité   Dim 25 Nov 2012 - 16:58

Ah oui, je pige à présent.
Nous avions un prof d'histoire de génie. Je lui rends hommage dans un roman que j'ai fait (pardon, j'ai cette lubie d'écrire des romans, chacun a son ver rongeur...)

Monsieur Petitjean, il convient d'en dire un mot, était un homme débonnaire, doux, affectueux, bon dans l'acception philanthropique du terme. Il aimait ses élèves et ses élèves le lui rendaient. Sa silhouette reproduisait presque pour sosie celle de l'acteur américain Stanley Laurel. C'est pourquoi on l'appelait Stan. Mais monsieur Petitjean, en dehors de cette similitude physique dont il ne prenait pas d'ombrage, était apprécié surtout pour le génie avec lequel il avait fait de sa classe un moment qu'aucun élève n'aurait voulu manquer. Il avait une manière d'introduire le sujet du jour, qui consistait à attraper sans en avoir l'air le fait extérieur le plus anodin, l'incident le plus banal, de lui imprimer le tour nécessaire à produire la transition souhaitée, et d'entrer en matière par ce biais. Personne ne s'apercevait du subterfuge, et du reste personne ne cherchait à se détromper. Tous écoutaient, bouche bée, cet orateur sans rival, ce conteur exceptionnel qui parvenait à susciter la passion jusque dans les détails d'un ministère ou des variations démographiques d'une contrée au cours des âges.

Tu comprends maintenant pourquoi j'ai tant d'ardeur au travail : ce sont mes profs qui m'ont inoculé ce sérum.
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MessageSujet: Re: La facilité   Dim 25 Nov 2012 - 17:01

Ouais... Le modèle à atteindre et qu'on n'atteint jamais parce qu'on ne peut pas plaire (convenir) à tout le monde.
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MessageSujet: Re: La facilité   Dim 25 Nov 2012 - 18:16

Romane, si le fameux prof dont tu parlais avait connu ça, il aurait été encore plus en forme à sa retraite...

http://www.mon-historien.fr/formules-enseignants.html

Et le pire c'est que c'est ce genre de choses que j'aimerais faire... Mais dans un cadre officiel, gratuit et avec comme objectif d'amener les profs à évoluer dans leurs pratiques de classe. Parce que les stages de formation, tu vois à peu près toujours les mêmes (les plus motivés généralement) et que ceux qui ne rentrent pas dans ce schéma sont ceux qui veulent du tout prêt. Alors, si on les coachait de manière anonyme et en leur montrant comment faire des séances déjà prêtes, peut-êre que...
Et encore, vu ce que ça marche chez les élèves... AngeR
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MessageSujet: Re: La facilité   Dim 25 Nov 2012 - 18:29

Du prêt à enseigner, c'est tout à fait dans l'air du temps.
Je verrais bien une pub sur TF1 : faites apprendre sans peine l'histoire à vos élèves ! Frappez un grand coup avec nos formules privilégiées spécial lycée, spécial faculté ! - Spécial sans "e", c'est ça la grammaire pub - Soyez un prof moderne et novateur, vivez votre professorat comme vous ne l'avez jamais vécu !

Quelle merveilleuse époque que la nôtre.
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Romane
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MessageSujet: Re: La facilité   Dim 25 Nov 2012 - 20:20

@ MBS : ça lui aurait plu, à condition qu'il s'y retrouve. Il devait connaître son programme par coeur, pas sûr qu'un mot différent ou un retour à la ligne ne l'auraient pas perturbé....

*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*
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Tryskel
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MessageSujet: Re: La facilité   Dim 25 Nov 2012 - 22:38

Messires, je vous lis avec délectation et ne puis que souscrire à votre discours oh combien rafraîchissant malgré les manoeuvres dilatoires des tenants du toujours moins culturel!

J'ai deux étudiants une en 1ère année, un en 2ème, ils sont travailleurs et volontaires, mais un peu perdus dans le monde sans pitié et surtout sans guide de l'Université. J'ai un redoublant de TL qui commet une faute à chaque mot et dont le terme "travail" est exclu du vocabulaire. Ils étudient "Zazie dans le Métro", pour lui c'est de l'hébreu. Je me demande ce que ça va être quand on va passer à Lorenzacio! incl36

J'ai déjà parlé de mon prof de Philo qui était d'une extrême sévérité pour l'orthographe et le français, il n'admettait nulle transgression de la correction de la langue. Je l'ai pris pour une vieille baderne vacharde mais je me suis pliée (sans trop de peine) à ses exigences, aujourd'hui je le remercie de m'avoir transmis cette rigueur.


Dernière édition par Tryskel le Lun 26 Nov 2012 - 1:54, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: La facilité   Dim 25 Nov 2012 - 23:06

Tiens encore un mot-clé majeur... Rigueur... Je l'emploie depuis des années mais la nouveauté c'est que depuis deux ou trois ans, on me demande ce que ça veut dire... Vivor a parlé dans le titre de ce fil de "facilité". Par opposition à ce mot de rigueur, moi je parle désormais d'à peu près... Peu importe de bien faire, les élèves pensent qu'il suffit de faire et que ça passe tout seul ensuite.

Vendredi après-midi, tandis que j'avais décidé de prendre sur une heure de cours, pour marteler ce genre de message à la faveur d'un devoir rapide ayant donné des résultats minables là où d'habitude c'était un plus (en gros, pour parler chiffres, 8.5 au lieu de 13 de moyenne de classe), j'avise un des ouvriers en train de réparer notre toit qui passe sur le parking. Et de me lancer sans trop savoir où j'allais sur son cas : "imaginez que ce matin le chef de chantier lui ait dit de vérifier la solidité de la toiture et que, parce qu'il ne fait pas attention à ce qu'on lui donne comme consigne, il vérifie tous les pare-chocs... Vous imaginez sa défense par rapport à son chef de chantier pas content : vérifier la solidité des toitures ou des voitures, c'est presque pareil... Probabilité qu'il soit encore sur le chantier demain ?".Silence dans la classe. Tu enfonces le clou : "ce genre de réalité de la vie de dehors ne s'arrête pas quand on est au lycée". Et là, tu te dis que tu as gagné, que tu as fait bouger quelque chose. Tu parles !... C'est tellement ancré en eux... comme c'était ancré dans ceux qui les ont précédés mais qui avaient peut-être de plus grandes chances de surpasser ça parce qu'il y avait l'atout de la maîtrise de la langue. Si tu cherches à expliquer les choses, ils s'éparpillent ; si tu dictes, ils écrivent en silence... Sauf que ne comprenant pas ce qu'ils écrivent pour beaucoup, ils ne comprendront pas en bout de course, se planteront et baisseront les bras.

Vous avez dit besoin de rigueur ?
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MessageSujet: Re: La facilité   Lun 26 Nov 2012 - 13:20

C'est quand même assez terrible, tout ça !
A un repas du village, je me trouve encaqué entre deux drôles un peu moins âgés que moi, ce genre d'ados vieillissants qui portent toutes les marques d'une caducité prématurée. Tous les cinq minutes, leur portable sonne et sonne encore que ça en devient une rengaine à ulcérer les sept sages. Je vous passe le contenu des échanges de propos qu'ils tiennent, ce serait une anthologie de la niaiserie. J'engage la conversation avec mon voisin d'en face, homme d'une soixantaine d'années, fort cultivé, très élégant, au verbe aussi discret que fleuri, et nous voilà partis à évoquer nos lectures. Déjà, ce mot, lecture, inspirent la grimace à mes deux pamphiles : lecture, a-t-on idée ! Cékouacetruclà ? Tout à coup, je confie à mon interlocuteur que je viens de commencer le sixième tome des mémoires de Saint-Simon. L'un des deux crapoussins se tourne vers moi et me dit : "waouh ! tu veux être curé ? J'en reviens pas..."
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MessageSujet: Re: La facilité   Lun 26 Nov 2012 - 14:21


Hé oui, besoin de rigueur (pas celle économique dirigée contre toujours les mêmes que nous imposent nos socialistes préférés). Quand on est intéressé, quand on croit à ce qu'on fait la tentation est de partir un peu dans tous les sens. mais il faut tailler, choisir, aller à l'essentiel surtout avec des élèves,et des adultes. J'ai préparé des jeunes profs aux concours, c'était pas triste non plus, ils attendaient du "Comment réussir en faisant le moins possible clefs en mains."
En bref, leur proposer les moyens en leur fournissant bases et méthodes pour approfondir eux mêmes s'ils le souhaitent. Ca s'appelle la "Culture"
La "méthodologie" très à la mode à la fin des années 80 a disparu des écrans radars de l'EN. Pourtant c'est de cette grille dont ils ont besoin. J'ai expérimenté qu'on s'en sort avec une méthode même si les connaissances ne sont pas très profondes. Ainsi ai-je réussi un exercice sur: "La syntaxe chez Claudel" pour un concours alors que ce brave Paul m'ennuie profondément.
Ils sont débordés par la masse de connaissances qu'on veut leur faire ingurgiter, sans fondations solides.
Que des petits malins surfent sur ce créneau pour se faire de l'argent n'a rien de surprenant dans une société profondément mercantile adepte de la facilité en tous domaines.
"Mieux vaut une tête bien faite qu'une tête bien pleine" disait un certain Michel voici 5 siècles, le message n'est toujours pas passé! incl36

Un exemple de consommation: l'Université permanente de Nantes, qui fait un travail remarquable, proposait une conférence de Boris Cyrulnik, que j'apprécie beaucoup et même un peu plus. Sachant qu'il y aurait du monde, je suis arrivée à 14H pour 14H30, déjà complet. Des gens faisaient la queue depuis le matin! Je n'ai donc pu y assister, j'ai râlé bien sûr, mais je m'en suis remise. Je suis convaincue que cette affluence n'était pas due à l'intérêt de sa pensée, mais à sa notoriété, il fallait y être, comme il faut avoir vu "ABSOLUMENT" telle expo.
Cette attitude ne date pas d'hier, mais certains de nos jours assument sans complexe que la Culture doit être un objet de consommation comme les autres.
Sauf que Culture que ce soit intellectuel ou agricole signifie travail, préparation du terrain, semailles, entretien, récolte...
Mais nous sommes dans le principe d'un substrat stérile qu'on enrichi à coup d'engrais, du tout tout de suite, le sens de l'effort n'est plus et les marchands d'engrais se frottent les mains! Je suis un dinosaure néanderthalien, j'assume!
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